
Advertise on podcast: Planisphère géopolitique et stratégique
This podcast has
95 episodes
Language
FrenchPublisher
DiplowebExplicit
No
Date created
2019/10/24
Latest episode
2026/10/19
Average duration
26 min.
Release period
11 days
Description
L’actualité du monde est passée au crible par les experts de la géopolitique et des questions stratégiques. Cette émission Planisphère est diffusée sur la bande FM sur les fréquences de RND et RCF, puis mise à disposition comme podcast sur cette plateforme. Produite par Pierre Verluise, cette émission est également installée sur le premier site géopolitique qu'il dirige, Diploweb.com, accompagnée d'une synthèse rédigée, validée par l'intervenant. Enfin, vous trouverez ici quelques enregistrements de podcasts du Diploweb, antérieurs à cette émission Planisphère, par ex. avec Y. Lacoste.
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Que nous apprend la géopolitique des GAFAM ? Avec Julien Nocetti
2026/10/19
Nous utilisons souvent les grandes plateformes numériques américaines connues en France sous l’acronyme GAFAM, pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Auxquelles nous devrions ajouter des acteurs désormais majeurs qui n’entrent pas dans l’acronyme GAFAM de départ : OpenAI, Anthropic, SpaceX, Nvidia… Des sociétés qui redéfinissent en profondeur les moyens de la puissance américaine. Leur omniprésence conduit à s’interroger : que nous apprend la géopolitique des GAFAM ?
Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir Julien Nocetti qui publie un remarquable Que sais-je « Les GAFAM », aux PUF. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Extrait de la synthèse rédigée
"Les États-Unis entretiennent une relation symbiotique avec les Gafam et d’autres acteurs technologiques émergents, les utilisant comme des instruments de projection de leur puissance. Initialement, de la fin des années 1990 au milieu des années 2010, ces entreprises ont servi la diplomatie publique et le soft power américain, favorisant l’influence et l’ouverture des marchés à l’export.
Cependant, un tournant s’opère au milieu des années 2010. Les révélations de l’ancien contractuel de la National Security Agency (NSA) [2], Edward Snowden, ont porté un coup à l’exportation de la puissance américaine, tandis que les limites de la démocratisation par les réseaux sociaux sont apparues après les Printemps arabes (2011). Ces plateformes ont également commencé à être utilisées par des régimes ou partis hostiles aux États-Unis, comme l’a démontré l’ascension politique de Donald Trump. Précédemment, l’administration Obamaa décomplexé le recours à l’exploitation des données pour reconfigurer la puissance économique américaine. (...)
Julien Nocetti qualifie l’activité des Gafam d’« économie coloniale », une formule qu’il justifie par plusieurs aspects. Sur le plan immatériel, il s’agit de l’exploitation croissante des données numériques à des fins commerciales et de surveillance, alimentant une reconfiguration de la puissance américaine. Le discours de certains patrons, comme Mark Zuckerberg de Meta, professant la volonté de « connecter le monde », peut rappeler des messages quasi messianiques ou civilisationnels d’anciens empires.
Sur le plan matériel, cette dimension coloniale se manifeste dans l’expansion de l’intelligence artificielle. Les données alimentant les systèmes d’IA sont le plus souvent annotées par des travailleurs exploités dans les pays du Sud (Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique latine), constituant un retour à ce qu’on pourrait effectivement catégoriser d’économie néocoloniale.
L’analyse de Julien Nocetti révèle que les Gafam sont bien plus que de simples entreprises technologiques. Elles sont des acteurs géopolitiques majeurs, instruments de la puissance américaine, mais aussi vecteurs d’une « économie néocoloniale » par l’exploitation des données et du travail dans le Sud global. Leur omniprésence soulève des défis démocratiques fondamentaux, de la désinformation à l’érosion de la confiance dans les institutions, et questionne la capacité des États, notamment européens, à réguler un secteur dont l’innovation dépasse constamment le cadre politique. La régulation, bien que nécessaire, se heurte à l’agilité des Gafam et aux divergences d’intérêts entre puissances. "
Voir la synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Le corps comme champ de bataille ? Avec A. - M. Ciftcisoy
2026/10/13
Dans les conflits armés, les violences sexuelles sont des armes souvent passées sous silence, malgré leur caractère systémique. Comment mieux appréhender le corps comme un champ de bataille et élaborer une géopolitique de ces crimes en période de conflit armé ? Planisphère pose la question à Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy, docteure en droit, chef analyste documentaliste à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine au sein de la Gendarmerie nationale et chercheuse associée au CUREJ. Elle s’exprime en son nom propre. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Cette émission a été enregistrée le 21/09/2026, et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 12/10/2026.
Extrait de la synthèse rédigée:
"Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy souligne qu’un courant doctrinal en sciences sociales, porté par des auteurs comme MacKinnon, Cockburn ou Baaz, remet en question l’idée que les violences sexuelles en conflit armé seraient des crimes exceptionnels, déconnectés du temps de paix. Au contraire, ces violences constituent un prolongement, un « continuum » de violences fondées sur le genre, le sexe, l’humiliation, la domination et le pouvoir, déjà existantes avant le conflit. La guerre entraîne une exacerbation extrême de ces pratiques, mais ne les crée pas ex nihilo.
Le contexte de guerre transforme profondément les modalités et l’intensité de ces violences. Elles engendrent des dommages spécifiques, au-delà des impacts psychologiques (dépression, stress post-traumatique, anxiété) : infections, maladies, désordres gynécologiques, troubles intestinaux et mutilations. (...) La guerre lève les barrières sociales, morales et légales, désorganise les institutions, et favorise une impunité de fait qui libère des comportements habituellement contenus. Le corps devient alors un instrument symbolique, visant à humilier l’adversaire en affirmant une puissance totale, le montrant incapable de protéger ses civils. (...)
Le ciblage des victimes repose sur des critères liés au genre, à la domination, à l’humiliation et au pouvoir, avec des modes opératoires spécifiques. Les hommes sont souvent victimes dans des contextes publics (lieux de détention), subissant des tortures sur les organes génitaux, des pénétrations ou étant forcés à perpétrer des actes sur des membres de leur famille ou des personnes du même sexe, dans une logique d’humiliation, de “féminisation” et “d’homosexualisation”. Les femmes peuvent être attaquées dans des contextes privés ou publics, avec un ciblage massif, souvent sous les yeux de leur famille, et des mutilations (marquage au fer rouge, ablation de membres) visant à rendre le viol impossible à cacher.
Ces violences s’attaquent aussi aux symboles de pouvoir, comme le montrent les cas de l’ancienne Première ministre rwandaise Agathe Uwilingiyimana ou de l’homme d’affaires tutsi Assiel Kabanda, dont les corps ont été profanés et exposés. (...)
La grossesse forcée illustre explicitement cette dimension stratégique. Son élément moral, tel que défini par la CPI, exige l’intention de modifier la composition ethnique d’une population. En ex-Yougoslavie, des « camps du viol » retenaient prisonnières des femmes musulmanes bosniaques, violées et gardées jusqu’à terme pour modifier l’héritage « musulman et bosnien » par une « fécondation patrilinéaire ». Qualifier le viol d’« arme de guerre » rend compte de son usage guerrier, de sa systématicité et de sa dimension stratégique. Cependant, Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy nuance cette approche : si le viol peut relever d’une politique délibérée, il procède aussi de l’effondrement de l’ordre social en temps de guerre et de la levée des contraintes morales, étant une pratique peu coûteuse, hautement destructrice et parfois perçue comme une récompense pour les soldats. (...)"
Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
De la brigade des stupéfiants au pôle financier : 40 ans au cœur des affaires. Avec Roger Le Loire
2026/10/09
Les criminels sont aussi des acteurs géopolitiques. Les narco-mafias, comme les terroristes, cherchent à prendre le contrôle des territoires et des esprits. Mais comment connaître ces réalités au plus près du terrain, et quelle est l’ampleur de leur évolution ? Planisphère a le privilège de recevoir Roger Le Loire, dont les quarante ans de carrière, d’inspecteur de police à juge d’instruction offrent un éclairage unique sur ces phénomènes de l’ombre. Roger Le Loire est un homme à la carrière atypique. Il a été acteur dans de grandes affaires dont certaines ont ébranlé la République. Il a publié avec le journaliste Rémi Bellon, « Zonard, flic et juge », aux éd. Michel Lafon. En 2026, le Cercle K2 l’a honoré du prix Giovanni Falcone. Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois le 5/10/2026 sur RCF Notre Dame.
Extrait de la synthèse rédigée dont la version complète est sur Diploweb.com
"Roger Le Loire a débuté sa carrière à la brigade des stupéfiants en 1975, une époque où ce trafic était marginal en France, notamment après l’éradication de la « French Connection ». Les affaires portaient alors sur de petites quantités, comme 10 grammes de drogue. Cependant, le phénomène a depuis connu une transformation radicale. Après une période marquée par l’héroïne venue du Triangle d’Or d’Asie, le trafic actuel s’apparente à un « narco-banditisme de type horizontal », disséminé sur tout le territoire, avec des groupes se réclamant de labels comme la DZ Mafia.
Les chiffres attestent de cette escalade : en 2024, 49 tonnes de cocaïne ont été saisies en France, dont 14 tonnes au Havre. La même année, 49 narco-homicides, 133 tentatives et 14 victimes collatérales ont été recensés. Le chiffre d’affaires des stupéfiants en France a atteint 7,5 milliards d’euros en 2023, des dimensions comparables, selon Roger Le Loire, à celles du cartel de Cali qu’il a eu l’occasion d’étudier.
De 1990 à 1994, Roger Le Loire a exercé en tant que juge antiterroriste, traitant des dossiers sensibles et variés. Il a notamment enquêté sur l’attentat de Djibouti, l’organisation indépendantiste basque armée ETA (qu’il décrit comme « purement révolutionnaire » et opposée au trafic de drogue), le groupe Action Directe (impliqué dans l’assassinat de l’ingénieur général Audran), le Front de Libération Nationale Corse (FLNC), ainsi que les premières affaires du radicalisme islamiste (groupes islamistes armés).
Le point commun de ces groupes, souligne Roger Le Loire, est leur volonté de « semer la terreur » pour affirmer leurs idées. Certains, à l’exception notable de l’ETA, fonctionnaient également sur un mode mafieux, s’appropriant des biens par le racket. Ce métier s’est avéré particulièrement exigeant sur le plan personnel : le juge Le Loire était constamment sous la protection de gardes du corps (trois ou quatre policiers tournants), son domicile était relié par un système d’alerte à un commissariat, et ses déplacements étaient encadrés, limitant sa liberté. Il a également mené des enquêtes à l’étranger, notamment aux États-Unis, (...).
Sa carrière l’a aussi confronté aux ramifications internationales de la justice. En effet, il existe une compétence du juge d’instruction français à l’étranger via les demandes d’entraide pénale et les commissions rogatoires internationales. Un exemple marquant est l’affaire Pinochet, où, face au refus de la Cour suprême chilienne, il a contourné l’obstacle par une « rencontre de juge à juge » avec le juge Guzman, obtenant ainsi les pièces nécessaires. Au pôle financier, en tant que doyen des juges d’instruction, il a traité l’affaire Karachi, concernant des ventes françaises de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie Saoudite, où des intermédiaires étaient soupçonnés d’avoir versé des « rétrocommissions » à des partis politiques français. (...)"
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Comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Avec C. Fauconnier
2026/09/29
Avec 17 millions de kilomètres carrés, la Russie reste le pays le plus étendu du monde. Mais c’est aussi devenu une forme d’immense trou noir. Difficile pour les journalistes d’y travailler, quasi impossible pour un doctorant étranger d’y conduire une recherche universitaire. Alors, comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ?
Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Clémentine Fauconnier, politiste, Maitresse de conférence à l’Université de Haute-Alsace. Clémentine Fauconnier vient de publier « La Russie de Poutine : du tournant autoritaire à la guerre », aux éditions Le Cavalier Bleu. Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 28/09/2026.
Extrait de la synthèse rédigée complète disponible sur Diploweb.com
"Clémentine Fauconnier met en garde contre l’usage du terme « populiste » pour qualifier Vladimir Poutine. Bien que le dirigeant russe présente certains traits associés au populisme : revendiquer une conception verticale du pouvoir, un culte du chef, et une vision simpliste du monde – l’expression est jugée réductrice et trompeuse. L’invitée lui préfère les notions d’« autoritarisme » et d’« autoritarisme conservateur », qu’elle estime plus appropriées.
Elle souligne que ce conservatisme d’État est récent, marquant un « tournant conservateur » en 2012. Auparavant, dans les années 2000, Vladimir Poutine et son entourage se définissaient comme pragmatiques et centristes, rejetant les questions idéologiques au profit de la restauration de la grandeur du pays et de l’amélioration des conditions de vie. Ce n’est qu’à partir de 2012 que les dirigeants russes ont revendiqué un programme idéologique clair, s’appuyant sur les valeurs dites traditionnelles.
Contrairement à l’idée d’une Russie isolée ou d’un « État paria », Clémentine Fauconnier nuance son positionnement international. Elle rappelle la doctrine Primakov, élaborée avant Poutine, qui visait à faire de la Russie une puissance de premier plan dans un monde multipolaire, intégrée (via le G8, le G20 et l’OMC) mais souveraine. Après la guerre d’agression russe contre l’Ukraine en 2022, la rupture avec l’Occident devient quasi consommée, mais la Russie a redistribué ses forces et ses échanges vers l’Asie de l’Est (notamment la Chine) et le Sud global.
La Russie de Vladimir Poutine aspire à être une grande puissance, capable de dialoguer d’égal à égal avec les États-Unis et la Chine, et de participer à l’architecture de sécurité européenne. Cependant, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a révélé une ambivalence majeure entre ces ambitions démultipliées et des moyens qui ne suivent pas forcément. Avant 2022, la stratégie russe privilégiait les stratégies hybrides (subversion politique, cyberespace) pour contourner une lutte armée à grande échelle, consciente de ses limites militaires.
L’armée russe, malgré une communication axée sur les armes sophistiquées, s’est montrée « très pauvre, mal équipée », confrontée à des problèmes stratégiques et un nombre d’hommes insuffisant. Le groupe Wagner, fondé en 2014 par Evgeny Prigojine, a illustré cette dépendance de l’État russe. Il a permis de sous-traiter des activités militaires et subversives en Afrique, en Syrie et en Ukraine, et a connu un essor important en 2022 grâce à sa capacité de recrutement, y compris dans les prisons. La « marche sur Moscou » de juin 2023, suivie de la mort mystérieuse de Prigojine, a cependant montré que toute tentative de contestation du pouvoir était vouée à l’échec, renforçant finalement l’État russe.
Clémentine Fauconnier est aussi cofondatrice du collectif de recherche sur la Russie contemporaine pour l’analyse de ses nouvelles trajectoires, Coruscant, créé en 2023. "
Voir le site du collectif de recherche Coruscant
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Existe-t-il une guerre juste ? Avec J-V Holeindre
2026/09/23
L’expression « guerre juste » peut sembler paradoxale tant les conflits armés sont intrinsèquement porteurs d’injustices. Pourtant, cette notion, loin de promouvoir la violence, vise historiquement à la circonscrire et à l’encadrer. Comment cette doctrine s’est-elle construite à travers les millénaires, quels sont ses principes fondamentaux et conserve-t-elle une pertinence face aux défis contemporains ? Planisphère pose ces questions à Jean-Vincent Holeindre, Professeur de science politique à l’université Panthéon-Assas. Emission enregistrée le 7/09/2026, radiodiffusée la première fois le 21/09/2026 sur RCF Notre Dame.
Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com
Extrait de la synthèse
Jean-Vincent Holeindre corrige d’abord une idée reçue : la doctrine de la guerre juste n’est pas née avec le christianisme, malgré l’apport de penseurs comme saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin. Ses véritables origines remontent à la Rome antique, au IIe siècle avant notre ère. Les Romains, à la fois grands guerriers et inventeurs du droit, ont été les premiers à élaborer l’idée qu’il convenait de justifier la guerre, tant dans la manière d’y entrer (« Jus ad bellum ») que de la conduire (« Jus in bello »), afin de limiter les injustices. Cette conception est particulièrement visible lors des guerres puniques, notamment la deuxième (218 à 202 avant J-C), relatée par Polybe, où les Romains invoquaient la légitime défense face à Hannibal, bien que leur propre posture fût également offensive.
Jean-Vincent Holeindre souligne que la théorie de la guerre juste n’est pas belliciste. Son objectif fondamental est de limiter la guerre : restreindre les conditions d’entrée en conflit et en modérer les effets sur les êtres humains. Elle ne relève pas du pacifisme absolu, ni du réalisme, mais cherche à encadrer l’usage de la force pour éviter l’escalade et les conséquences incontrôlables. (...)
Le XXe siècle des « guerres totales » a d’abord éclipsé la doctrine de la guerre juste, estompant la distinction entre combattants et non-combattants. C’est dans les années 1970 qu’elle connaît une renaissance, notamment sous l’impulsion du philosophe américain Michael Walzer (né en 1935), militant contre la guerre du Vietnam. Walzer, issu de la gauche américaine et de la revue « Dissent », a actualisé la théorie en soulignant des critères comme la légitime défense, le dernier recours et l’autorité légitime (les États). Il a ainsi critiqué les « guerres de choix » menées par les États-Unis, comme celle en Irak en 2003 sous George W. Bush, qu’il ne considérait pas comme justes car non défensives et préventives.
La doctrine a été mobilisée par les néo-conservateurs américains, précédemment sous Ronald Reagan (1981-1989), qui ont injecté une dimension morale dans la lutte contre l’« Empire du Mal » soviétique. Après le 11 septembre 2001, cette approche a conduit G. W. Bush (2001 – 2009) à un interventionnisme offensif, combinant croisade morale et exportation de la démocratie par la force. Jean-Vincent Holeindre y voit une « mésinterprétation » dangereuse, éloignant la politique américaine des principes de prudence et de limitation de la force inhérents à la guerre juste. (...)
L’analyse de Jean-Vincent Holeindre révèle la profondeur historique de la doctrine de la guerre juste et sa nature fondamentale : un cadre éthique visant à limiter l’usage de la violence. (...)
Face aux tentations interventionnistes du XXe et XXIe siècles et aux défis posés par les nouvelles technologies comme les drones, cette doctrine demeure un guide essentiel. Elle invite à la prudence et à la proportionnalité, rappelant que la force doit être un dernier recours, mobilisé pour défendre l’intégrité d’un État plutôt que pour imposer des valeurs. Même, et surtout, en temps de guerre, les limites morales et juridiques doivent être respectées.
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La guerre d’Europe a-t-elle commencé ? Avec Céline Marangé
2026/09/17
À la fin de l’Union Soviétique, beaucoup ont cru que le temps de la confrontation avec la Russie était terminé, que la démocratie et l’économie de marché étaient définitivement victorieuses. Pourtant, la guerre décidée par la Russie contre l’Ukraine a conduit à la révision complète de l’ordre de sécurité européen. La guerre d’Europe a-t-elle commencé ? Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir Céline Marangé, chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM). Céline Marangé a publié « La guerre d’Europe a commencé », aux éditions Les Arènes, Prix du Livre de géopolitique 2026. Cette émission a été et diffusée le 14/09/2026 sur RCF Notre Dame.
Qu’apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec Ivan Sand
2026/09/11
Vous le savez, la France a été une puissance en Afrique et plus d’une fois impliquée dans des crises politiques. Au point d’avoir significativement réduit son nombre d’implantations et d’accords de défense. Mais avez-vous idée de ce qui se passe au sein de l’état-major particulier du président de la République française lorsqu’une crise survient ? Et d’ailleurs, comment pourrions-nous en avoir une idée ? Le roman offre une voie d’exploration unique. Pour répondre au micro de Planisphère, nous avons la joie de recevoir Ivan Sand, auteur du roman « Un État-major particulier » aux éditions Novice. Il s’exprime en son nom propre. Cette émission a été enregistrée le 22/06/2026 et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 7/09/2026
Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com , le premier site géopolitique francophone.
Extrait de la synthèse rédigée
" L’état-major particulier (EMP) du président de la République française, bien que peu connu, n’est pas une unité secrète. Composé d’un général cinq étoiles et de quatre conseillers représentant chaque armée et le commissariat des armées, il concentre un pouvoir et une influence considérables, ayant un accès quotidien au chef des armées, le Président de la République. Ivan Sand souligne que la gestion de crise y est d’une complexité rarement perçue : une crise n’arrive jamais seule, se mêlant à des enjeux de politique intérieure ou des catastrophes naturelles. Les décideurs disposent de peu de temps, d’informations parcellaires, et doivent composer avec la « tyrannie des distances » et le « chaos des échelles ». L’EMP apporte alors sang-froid et une évaluation des risques militaires pour aider le président à trancher.Ivan Sand met en lumière la faiblesse relative des exécutifs sur certains plans (la communication notamment), même d’une grande ou moyenne puissance. Dans son roman, un pays militairement plus faible peut mettre en difficulté la France, confrontant le président à un sentiment d’impuissance malgré son budget militaire conséquent. Les conseillers militaires jouent alors un rôle crucial pour apporter sérénité et éviter des décisions extrêmes.
Ivan Sand, docteur en géopolitique, explique que la fiction apporte une dimension unique à l’analyse géopolitique. Contrairement aux travaux universitaires ou journalistiques, elle permet de se « mettre dans la peau des personnages », d’explorer leurs failles, leurs ambitions et leurs rivalités interpersonnelles. Ces facteurs humains, souvent déterminants dans les prises de décision, sont difficilement saisissables autrement.
Cette approche est d’ailleurs utilisée par les armées elles-mêmes, notamment via les « Red Teams » ou les « serious games », où des professionnels de la fiction imaginent des scénarios d’anticipation (attaques de drones inédites, nouvelles alliances géopolitiques) pour tester les réactions des décideurs politiques et militaires. La fiction, si elle est bien documentée et parvient à saisir les « réflexes humains », peut ainsi offrir une compréhension très réaliste des dynamiques en jeu. (...) Le thème de la trahison est aussi abordé à travers un officier qui maintient le contact avec le putschiste nigérien, son ancien camarade d’école de guerre. Ivan Sand dépeint un personnage complexe, initialement pétri de bonnes intentions, pensant pouvoir résoudre la crise, mais qui se laisse entraîner dans un « engrenage » et finit par commettre une faute. Cette figure met en lumière la dimension profondément humaine des crises, même au plus haut niveau de l’État. (...)"
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L’Indo-Pacifique existe-t-il encore ? Avec Marianne Péron-Doise
2026/09/11
Depuis une vingtaine d’années, la puissance mobilisatrice du concept d’Indo-Pacifique a imposé une nouvelle image de l’Asie, intégrant la dimension « Indo » (Inde et Océan Indien) au côté du Pacifique. Cette reconfiguration, initialement économique, est devenue un enjeu stratégique majeur, reflétant les dynamiques de puissance et la maritimisation du monde. Cependant, après deux décennies d’évolution, le concept conserve-t-il sa capacité d’entraînement face aux crises ? Planisphère pose la question à Marianne Péron-Doise. Marianne Péron-Doise, Directrice de recherche à l’IRIS où elle est co-responsable du Programme Asie pacifique et dirige l’Observatoire Géopolitique de l’Indo-Pacifique. Elle vient de publier une "Géopolitique des mers et des océans", éd. Cavalier Bleu. Cette émission a été enregistrée le 22/06/2026 et radiodiffusée sur RCF Notre Dame le 31/08/2026.
Podcast et synthèse rédigée et validée sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Extrait de la synthèse
"Le concept d’Indo-Pacifique qui a émergé il y a deux décennies, a supplanté la dénomination traditionnelle d’Asie-Pacifique, jugée trop centrée sur l’Asie Orientale (Chine, Japon, Corée du Sud, ASEAN) et l’Australie. Marianne Péron-Doise explique que cette nouvelle construction est intrinsèquement maritime, intégrant l’océan Indien et, plus précisément, l’Inde, un pays de 1,4 milliard d’habitants.
L’objectif initial était de parier sur l’émergence de l’Inde pour équilibrer un Pacifique dominé par les États-Unis mais où la Chine montait en puissance. D’une vision économique, tirée par le développement des « dragons » et des « tigres » asiatiques, le concept a évolué vers une dimension plus stratégique, liée à la maritimisation du monde, aux flux commerciaux et au développement des marines, notamment après la mobilisation internationale contre la piraterie somalienne dans les années 2000.
Le concept d’Indo-Pacifique porte un sous-texte anti-chinois, reflétant les interrogations sur l’orientation de la puissance de Pékin. Marianne Péron-Doise souligne la réalité physique de la Chine comme puissance commerciale et économique majeure, visible dans la hiérarchie des ports mondiaux. Le port de Shanghai, avec environ 50 millions d’équivalent vingt pieds (EVP), surpasse largement le premier port européen, Rotterdam, qui en traite 11 millions. Cette « extraordinaire puissance logistique » fait de la Chine l’« usine du monde », avec une activité intense sur sa façade maritime.
Cette puissance civile marchande s’accompagne d’un développement militaire rapide et « Mahanien ». La marine chinoise, qui se mesure à la marine américaine, compte déjà quatre porte-avions (deux acquis, un construit, un en construction) et de nombreux sous-marins. Ces capacités navales appuient des revendications maritimes agressives en Mer de Chine méridionale (illustrées par la « carte en neuf traits » revendiquant les trois quarts de la zone, rognant sur les archipels des Spratleys et Paracels) et sur les îles Senkaku administrées par le Japon. La Chine remet en cause le droit de la mer par la création et la militarisation d’îlots artificiels pour étendre sa zone économique exclusive (ZEE) en dépit de l’opposition des Philippines et du Vietnam qui n’ont de cesse de rappeler leurs droits souverains . (...)
Bien que normalisé, le concept d’Indo-Pacifique a été mis à l’épreuve par des crises récentes, nécessitant sa réactivation. Marianne Péron-Doise note que l’Indo-Pacifique est désormais « familier, introduit, avalisé, normalisé » par de nombreux acteurs, y compris l’Union européenne qui a publié sa stratégie en 2021 suivie par l’ASEAN elle-même. Cependant, en septembre 2021, l’annulation du contrat de sous-marins français par l’Australie au profit d’une alliance avec les États-Unis et le Royaume-Uni (AUKUS), a porté un coup au multilatéralisme affiché. (...)
Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Pourquoi lire les revues Carto et Moyen-Orient ? Avec G. Fourmont
2026/09/07
Comment éclairer de façon cartographique l’actualité internationale ? Comment mettre en perspective l’actualité d’une région aussi complexe et conflictuelle que le Moyen-Orient ? Pour le savoir, Planisphère a le privilège de recevoir Guillaume Fourmont, rédacteur en chef de Carto et Moyen-Orient deux revues publiées par Aréion, disponibles en kiosque. Podcast et synthèse rédigée disponible sur le premier site géopolitique francophone Diploweb.
Cette émission a été enregistrée le 19/05/2026 et radiodiffusée le 30/06/2026 sur RCF Notre Dame.
Extrait de la synthèse rédigée.
Lors de cette émission de Planisphère, Guillaume Fourmont, rédacteur en chef des revues Carto et Moyen-Orient, revient sur l’importance de l’analyse géopolitique et de la cartographie dans la compréhension des relations internationales contemporaines. À l’heure des réseaux sociaux, de l’instantanéité de l’information et de la multiplication des commentaires, il défend une approche fondée sur le recul, la pédagogie et l’expertise. À travers la présentation des deux revues publiées par le groupe Areion et disponibles en kiosque, il montre comment les cartes, les analyses universitaires et le temps long permettent d’éclairer des sujets complexes souvent réduits à des visions simplifiées ou sensationnalistes.
Guillaume Fourmont souligne d’abord les limites du traitement actuel de l’information. Selon lui, les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue favorisent une consommation rapide et superficielle de l’actualité, laissant peu de place à l’analyse approfondie. Il insiste sur la différence entre commenter un événement et l’expliquer réellement. Les réseaux sociaux peuvent constituer des vecteurs de diffusion, mais ils ne permettent pas de comprendre les dynamiques historiques, politiques ou territoriales d’un conflit.
Dans ce contexte, les cartes apparaissent comme un outil essentiel de compréhension. Elles permettent de spatialiser les enjeux, de représenter des dynamiques géopolitiques et de rendre accessibles des situations complexes. La cartographie devient alors un support pédagogique capable d’aider aussi bien les étudiants que les diplomates, les enseignants ou les chefs d’entreprise. (...)
Guillaume Fourmont souligne d’abord les limites du traitement actuel de l’information. Selon lui, les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue favorisent une consommation rapide et superficielle de l’actualité, laissant peu de place à l’analyse approfondie. Il insiste sur la différence entre commenter un événement et l’expliquer réellement. Les réseaux sociaux peuvent constituer des vecteurs de diffusion, mais ils ne permettent pas de comprendre les dynamiques historiques, politiques ou territoriales d’un conflit.
Dans ce contexte, les cartes apparaissent comme un outil essentiel de compréhension. Elles permettent de spatialiser les enjeux, de représenter des dynamiques géopolitiques et de rendre accessibles des situations complexes. La cartographie devient alors un support pédagogique capable d’aider aussi bien les étudiants que les diplomates, les enseignants ou les chefs d’entreprise.
L’intervenant insiste sur l’importance de l’expertise académique dans l’analyse des crises internationales. Il évoque notamment l’exemple de l’Irak et critique le manque de prise en compte des spécialistes lors de certaines interventions militaires occidentales. Selon lui, ignorer les connaissances historiques et géopolitiques peut conduire à des erreurs stratégiques majeures. (...)
Plus. Voir la synthèse rédigée complète disponible sur le premier site géopolitique francophone Diploweb.
Israël-Palestine : que disent les cartes ? Avec Delphine Papin
2026/06/24
Le Proche-Orient est peut-être la région du monde où les passions obscurcissent le plus la compréhension. Il est donc utile de prendre le temps de poser les faits, et de cartographier le terrain, pour mieux en comprendre les dynamiques. Israël – Palestine : que disent les cartes ? Pour répondre à cette question, Planisphère a le privilège de recevoir Delphine Papin, docteure de l’Institut français de géopolitique, rédactrice en chef au journal Le Monde. Delphine Papin co-signe avec Gilles Paris : « Israël – Palestine. Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre », une co-édition Tallandier – Le Monde. Podcast et synthèse rédigée complète sur le Diploweb.com, le 1er site géopolitique francophone. Cette émission a été enregistrée le 05/05/2026 et diffusée le 23/06/2026 sur RCF Notre Dame.
Extrait de la synthèse rédigée
"Delphine Papin revient sur les dynamiques historiques, territoriales et géopolitiques du conflit israélo-palestinien à travers l’analyse cartographique. À partir de l’atlas Israël-Palestine, histoire, société, économie : un atlas pour comprendre, coécrit avec Gilles Paris, elle montre comment les cartes permettent de mieux comprendre les héritages historiques, les transformations territoriales et les recompositions contemporaines du conflit. L’entretien insiste également sur le rôle des outils cartographiques modernes, notamment les images satellites, dans l’analyse des conflits actuels.
Delphine Papin explique que l’objectif de l’atlas « Israël – Palestine. Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre » (co-édition Tallandier – Le Monde) est d’articuler les événements européens et moyen-orientaux afin de mieux comprendre la naissance du conflit israélo-palestinien. La première carte de l’ouvrage, couvrant la période 1881-1920, met ainsi en parallèle la montée de l’antisémitisme en Europe, notamment dans l’Empire russe, et l’émergence du sionisme, mouvement politique visant à créer un foyer national juif.
L’originalité de cette approche réside dans la mise en relation des dynamiques européennes et de la situation géopolitique du Proche-Orient au sein de l’Empire ottoman. L’atlas montre également le rôle des puissances coloniales, notamment la France et le Royaume-Uni, dans le redécoupage territorial du Moyen-Orient après la chute de l’Empire ottoman, notamment à travers les accords Sykes-Picot. Cette spatialisation des événements permet de mieux saisir les interactions entre les évolutions politiques européennes et les transformations géopolitiques du Proche-Orient. (...)
L’entretien aborde ensuite les méthodes utilisées par les journalistes et cartographes du journal Le Monde pour documenter le conflit après les attaques du 7 octobre 2023. En raison de l’impossibilité d’accéder librement au territoire de Gaza, les équipes ont eu recours à l’imagerie satellite, déjà utilisée pour suivre la guerre en Ukraine.
Ces images permettent d’analyser l’étendue des destructions, les déplacements de population et les transformations territoriales opérées par Israël, notamment la construction de routes militaires et de checkpoints dans la bande de Gaza.
Delphine Papin insiste sur la révolution que représente aujourd’hui l’accès à des images satellites de haute qualité, provenant parfois de satellites chinois, indiens ou du secteur privé, et qui permettent aux journalistes d’observer des territoires autrefois difficilement accessibles. (...) En conclusion, Delphine Papin rappelle l’importance de la cartographie pour comprendre un conflit aussi complexe que celui entre Israël et la Palestine. Les cartes permettent non seulement de visualiser les transformations territoriales, mais aussi de mettre en évidence les logiques démographiques, historiques et géopolitiques qui structurent le conflit depuis plus d’un siècle. (...)
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Face aux attaques informationnelles, vers une riposte réaliste ? Avec Anaïs Meunier
2026/06/21
Avec les importants moyens d’aujourd’hui, est-il possible de détecter une campagne de manipulation de l’information dès qu’elle commence ? Quel est le véritable but d’une telle opération, parfois pensée plusieurs mois à l’avance, ou improvisée de manière opportuniste ? Comment les experts font-ils pour analyser concrètement une manipulation sans tomber eux-mêmes dans la spéculation ? Pour répondre au micro de Planisphère, nous avons la joie de recevoir Anaïs Meunier. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com le premier site géopolitique francophone.
Anaïs Meunier parle en son nom propre. Elle a été analyste en Ingérences numériques étrangères chez Viginum, au SGDSN. Elle travaille maintenant sur l’usage des outils et méthodes pour anticiper les attaques informationnelles et lutter contre les manipulations de l’information. Anaïs Meunier est responsable de projet Recherche et Développement chez Storyzy et auteure du podcast Signal sur bruit. Cette émission a été enregistrée le 14/04/2026 et diffusée le 16/06/2026 sur RCF Notre Dame.
Extrait de la synthèse rédigée.
"Anaïs Meunier met en lumière la complexité croissante des opérations de manipulation de l’information dans les sociétés contemporaines. À travers une approche inspirée de la cybersécurité, elle explique comment les experts analysent ces phénomènes sans tomber dans la spéculation, quels sont les véritables objectifs poursuivis par les acteurs malveillants et pourquoi il est souvent difficile de détecter une opération dès son lancement. L’échange insiste également sur la nécessité d’adopter une vision de long terme fondée sur la résilience narrative, la compréhension des mécanismes psychologiques et une approche méthodique des observables numériques. Anaïs Meunier remet d’abord en question l’expression couramment utilisée de « campagne de manipulation de l’information ». Selon elle, ce terme est problématique car il suppose une vision globale que seuls les attaquants possèdent réellement. Les observateurs extérieurs, qu’ils soient analystes, journalistes ou citoyens, ne voient en réalité que des fragments dispersés : des contenus, des comportements suspects ou des publications isolées. Par conséquent, parler de « campagne » revient inconsciemment à adopter le point de vue de l’attaquant. Elle préfère donc une approche fondée sur l’observation progressive d’indices et de corrélations permettant, avec le temps, de reconstruire une cohérence globale.
Elle critique également l’usage du terme « signal faible », qu’elle juge inadapté. Pour elle, un signal est soit observable soit inexistant ; la difficulté réside davantage dans la capacité à recouper plusieurs informations afin de donner du sens à des événements apparemment isolés. Cette logique d’accumulation d’indices constitue le cœur du travail analytique en manipulation de l’information. (...)
Contrairement à une idée largement répandue, Anaïs Meunier explique que les manipulations de l’information ne cherchent pas nécessairement à faire changer brutalement d’opinion. Elle s’appuie sur les travaux de l’historienne Bénédicte Chéron pour souligner que la propagande agit principalement comme un amplificateur d’idées déjà présentes dans les sociétés. Les opérations informationnelles exploitent des peurs, des divisions ou des croyances préexistantes afin de les renforcer.
Elle distingue alors deux grands types d’opérations :. Les opérations stratégiques, menées sur le long terme, visant à ancrer des divisions sociales ou à banaliser certaines idées extrêmes. . Les opérations tactiques, plus courtes et ciblées, destinées à provoquer une action immédiate ou une réaction spécifique.
(...) certaines cherchent à modifier progressivement l’environnement idéologique d’une société, tandis que d’autres visent simplement à influencer un comportement ponctuel. (...)"
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Pourquoi une crise inédite dans l’OTAN ? Avec Amélie Zima
2026/06/10
Vous le savez, 23 des 27 pays membres de l’Union européenne sont aussi des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Cette OTAN qui compte par ailleurs 32 membres – dont les Etats-Unis – est de plus en plus mise sous pression par Donald Trump. Se pose alors avec une forte acuité la question suivante : pourquoi une crise inédite dans l’OTAN ? Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Amélie Zima. Cette émission a été enregistrée le : 05/05/2026 et diffusée le 09/05/2026 sur RCF Notre Dame. Un document précieux pour comprendre les ressorts de l’actualité. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com
Extrait de la synthèse rédigée
"Dans Selon Amélie Zima, la crise actuelle est inédite parce qu’elle provient directement du membre le plus puissant de l’Alliance : les États-Unis. Sous l’influence de Donald Trump et des réseaux politiques qui l’entourent, Washington remet en cause plusieurs principes fondamentaux inscrits dans le traité de Washington de 1949 [2], notamment le règlement pacifique des différends, le respect de la souveraineté des États et l’inviolabilité des frontières. Les tensions autour du Groenland ou les discours et les actions visant le Canada illustrent cette remise en question de principes considérés jusqu’ici comme intangibles dans l’espace transatlantique.
Selon Amélie Zima, la crise actuelle est inédite parce qu’elle provient directement du membre le plus puissant de l’Alliance : les États-Unis. Sous l’influence de Donald Trump et des réseaux politiques qui l’entourent, Washington remet en cause plusieurs principes fondamentaux inscrits dans le traité de Washington de 1949, notamment le règlement pacifique des différends, le respect de la souveraineté des États et l’inviolabilité des frontières. Les tensions autour du Groenland ou les discours et les actions visant le Canada illustrent cette remise en question de principes considérés jusqu’ici comme intangibles dans l’espace transatlantique. Cette situation fragilise profondément l’identité même de l’OTAN, traditionnellement définie comme une « communauté de sécurité », c’est-à-dire un ensemble d’États entre lesquels le recours à la coercition ou à la force est exclu. Désormais, certains Européens envisagent même des mécanismes de protection face aux États-Unis eux-mêmes, notamment via l’article 42.7 du traité de Lisbonne sur la défense collective européenne. La crise ne porte donc plus uniquement sur le partage du fardeau militaire ou les dépenses de défense, mais sur la confiance politique au sein de l’Alliance. (...)
L’interview revient ensuite sur les conséquences de la fin de la Guerre froide. Après la disparition de l’URSS et du Pacte de Varsovie en 1991, les États européens auraient pu développer une autonomie stratégique plus importante. Pourtant, ils ont largement réduit leurs investissements militaires durant la période dite des « dividendes de la paix ».
Cette baisse des dépenses de défense a progressivement créé une dépendance structurelle envers les États-Unis, notamment dans des domaines clés comme le renseignement, la logistique, le transport stratégique ou les capacités de commandement. Même si plusieurs États européens ont récemment engagé des efforts de réarmement importants, des « trous capacitaires » subsistent encore. A. Zima rappelle également que les États-Unis demandent aux Européens, depuis les années 1990, d’assumer davantage leur propre sécurité. Cependant, ce discours américain est resté paradoxal : Washington encourage les Européens à se renforcer tout en conservant le contrôle des principales structures de commandement de l’OTAN. (...)
Le discours américain est resté paradoxal : Washington encourage les Européens à se renforcer tout en conservant le contrôle des principales structures de commandement de l’OTAN. (...)"
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L’influence et la guerre informationnelle sont-elles au cœur des démocraties ? Avec Ludivine Relano
2026/06/03
Nous pensons être informés… mais influence et guerre informationnelle sont plus que jamais à l’œuvre dans nos démocraties. Dans un moment de post-vérité, les mises en récit sont devenues plus puissantes que les faits. Comment comprendre … et investir ce nouvel espace de conflictualité ? Pour en parler, nous avons la joie de recevoir Ludivine Relano. Issue du recrutement universitaire, la capitaine Ludivine Relano est lauréate du concours de l’Ecole de guerre – Gendarmerie, en 2024. Ludivine Relano s’exprime en son nom propre. Cette émission a été enregistrée le 07/04/2026 et diffusée sur RCF Notre Dame le 02/06/2026.
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Extrait de la synthèse rédigée.
"Dans un contexte marqué par la surabondance d’informations et la montée des stratégies d’influence, la question de la maîtrise de l’espace informationnel devient centrale pour les démocraties. À travers cet échange, Ludivine Relano éclaire les mécanismes contemporains de la désinformation et de la guerre informationnelle. Elle met en évidence les transformations profondes du rapport à l’information, où les récits, les émotions et les algorithmes redéfinissent la manière dont les individus perçoivent la réalité et prennent position.
Contrairement à une idée largement répandue, l’accès massif à l’information ne signifie pas que les individus sont mieux informés. Ludivine Relano souligne que nous vivons aujourd’hui dans une « illusion de la connaissance » (expression utilisée par le sociologue Gérald Bronner), caractérisée par une exposition permanente à un flux d’informations que notre cerveau peine à traiter.
Cette saturation informationnelle, souvent qualifiée d’« infobésité », empêche la hiérarchisation et l’analyse critique des contenus. Face à cette surcharge, les individus ont tendance à privilégier l’instantanéité et la simplicité, au détriment du temps long, de la complexité et de la réflexion. L’émotion devient alors un facteur déterminant dans le traitement de l’information, reléguant les faits au second plan.
L’un des points essentiels développé par l’intervenante réaffirme ce constat : personne n’est à l’abri de la désinformation. Contrairement à certaines idées reçues, le niveau d’éducation ou d’intelligence ne protège pas contre ces phénomènes.
Cette vulnérabilité s’explique par la nature humaine elle-même, notamment par les biais cognitifs qui influencent notre perception du réel. Les individus sont naturellement enclins à croire des informations qui confirment leurs opinions. À cela s’ajoute le rôle croissant des intelligences artificielles génératives et des deepfakes, qui rendent les contenus trompeurs de plus en plus crédibles et difficiles à détecter.
(...)
Cette bataille s’exprime dans tous les espaces : médias, réseaux sociaux, sphère politique. Les contenus les plus émotionnels et polarisants bénéficient d’une plus grande visibilité, notamment en raison du fonctionnement des algorithmes. La réalité devient alors secondaire face à la perception construite par ces récits, ce qui fragilise la capacité collective à établir des vérités partagées.
La désinformation s’inscrit désormais dans une logique de guerre informationnelle. Elle constitue une arme utilisée par certains acteurs, notamment étatiques ou non étatiques (proxy), pour déstabiliser les démocratiessans recourir à la force militaire ( Harmful informations / sharp power)
Ces stratégies visent à semer le doute, à créer de la confusion et à fragmenter la cohésion sociale. La diffusion de fausses informations est particulièrement efficace, car elles circulent plus rapidement et plus largement que les informations vérifiées et cela prend beaucoup de temps pour les débunker. (...)"
Plus. Lire la synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Les Baltes face à la menace russe. Avec Céline Bayou
2026/05/31
Quels sont les trois pays ex-soviétiques qui partagent aujourd’hui près de 800 kilomètres de frontières avec la Russie et se trouvent au cœur du dispositif sécuritaire de l’Alliance atlantique ? Oui, ce sont les trois États baltes : Estonie, Lettonie et Lituanie. Ont-ils quelque chose à nous apprendre au sujet de la Russie ? Planisphère pose la question à Céline Bayou. Céline Bayou est spécialiste de la région baltique et chargée de mission au Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle est également Docteure de l’Inalco et rédactrice en chef de la revue en ligne Regard sur l’Est. Céline Bayou publie « Les pays Baltes. Face à la menace russe », aux éditions Tallandier. Céline Bayou s’exprime en son nom propre. Cette émission a été enregistrée le 14/04/2026 et diffusée le 26/05/2026 sur RCF Notre Dame.
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Extrait de la synthèse rédigée
"Les Etats baltes - Estonie, Lettonie et Lituanie — occupent aujourd’hui une position stratégique centrale dans la compréhension des dynamiques de sécurité en Europe face à la Russie. Frontaliers de cette dernière, ils constituent à la fois une zone d’exposition privilégiée aux menaces hybrides et un laboratoire de réponses innovantes en matière de résilience. À travers l’analyse de Céline Bayou, spécialiste de la région, il est possible de comprendre comment ces États anticipent, subissent et contrent les stratégies russes, tout en jouant un rôle croissant au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.
Depuis la cyberattaque massive contre l’Estonie en 2007, les États baltes sont devenus un terrain d’expérimentation des stratégies hybrides russes. Ces attaques se caractérisent par leur diversité et leur intensité croissante : cyberattaques, désinformation, manipulation des minorités russophones, brouillage GPS, violations aériennes ou encore sabotage d’infrastructures.
Ces actions restent volontairement sous le seuil de la guerre conventionnelle afin d’éviter une réaction militaire directe, tout en créant instabilité et pression constante. L’objectif est double : fragiliser les institutions et diviser les sociétés. Cette multiplicité de menaces impose aux États baltes une vigilance permanente face à des formes de conflictualité évolutives.
Face à ces menaces, les États baltes ont développé une réponse structurée et non-escalatoire. Leur approche repose sur le concept de « défense totale », mobilisant non seulement les institutions mais aussi les citoyens. L’objectif est de maintenir la cohésion sociale tout en rendant chaque individu acteur de la sécurité nationale.
Cette logique se traduit concrètement par des dispositifs de sensibilisation, comme par exemple le livret distribué il y a quelques années déjà en Lituanie expliquant comment réagir en cas de crise ou d’attaque. Elle s’appuie également sur une mémoire historique forte, notamment celle de la résistance des « frères de la forêt » face à l’occupation soviétique. Cette culture de la résilience renforce la capacité des sociétés baltes à absorber les chocs et à limiter les effets des attaques informationnelles. (...)
Longtemps perçus comme alarmistes concernant la nature du projet russe, les États baltes ont vu leurs analyses pleinement validées en février 2022. Ils occupent désormais une place centrale dans les débats stratégiques européens et au sein de l’OTAN. Leur expérience leur confère une légitimité croissante, illustrée par la nomination de personnalités baltes à des postes clés au niveau européen.
Ils sont aujourd’hui force de proposition, notamment sur le soutien à l’Ukraine ou les politiques de défense. Cette évolution marque un basculement : d’États périphériques, ils deviennent des acteurs influents dans la définition de la sécurité européenne. (...)
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La Chine deux décennies avant son objectif de première puissance. Avec S. Balme
2026/05/21
La Chine est aujourd’hui au cœur des équilibres géopolitiques mondiaux, mais elle reste souvent mal comprise, enfermée dans des visions simplistes oscillant entre fascination et inquiétude. Comment analyser réellement sa montée en puissance ? Quels sont les ressorts de sa stratégie militaire, économique et technologique ? Et que révèlent ses évolutions internes à propos de la stabilité du régime ?Pour en parler, nous avons l’honneur de recevoir Stéphanie Balme, professeure-chercheuse à Sciences Po Paris et directrice élue de son Centre d’études internationales (CERI) - (CNRS). Cette émission a été enregistrée le 07/04/2026 et diffusée le 19/05/2026 sur RCF Notre Dame.
Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le 1er site géopolitique francophone
Extrait de la synthèse
"Stéphanie Balme, directrice du Centre de recherches internationales (CERI) à Sciences Po, propose une analyse approfondie de la Chine contemporaine. Elle invite à dépasser les visions simplistes pour mieux comprendre la complexité d’un pays en pleine transformation. Son intervention aborde à la fois les dimensions politiques, économiques, militaires et technologiques de la puissance chinoise, tout en soulignant les biais fréquents dans les perceptions occidentales.
Stéphanie Balme insiste d’abord sur la difficulté à penser la Chine en dehors d’une logique binaire. Dans les discours publics, elle est souvent perçue soit comme une menace globale, soit comme une solution miracle aux défis occidentaux. Or, cette opposition est réductrice et empêche une compréhension réelle de ses dynamiques.
Selon Stéphanie Balme, la Chine est un objet d’étude complexe qui exige un travail de recherche approfondi. L’abondance de données disponibles ne garantit pas leur fiabilité, car elles sont majoritairement issues de sources officielles. Le travail du chercheur consiste alors à analyser l’écart entre les discours institutionnels et la réalité observée sur le terrain. Elle souligne également que les représentations occidentales de la Chine reflètent souvent davantage les inquiétudes et projections propres à ces sociétés que la réalité chinoise elle-même.
Sur le plan militaire, la Chine s’impose comme la deuxième puissance mondiale. Cette montée en puissance ne résulte pas d’un changement brutal, mais d’un effort constant et progressif. Le budget militaire augmente régulièrement, traduisant une stratégie de long terme cohérente.
Cette dynamique s’inscrit dans des priorités clairement identifiées : la question de Taïwan, les tensions en mer de Chine méridionale, ainsi que la modernisation technologique de l’armée. L’accent est particulièrement mis sur les technologies de pointe comme l’intelligence artificielle, le cyber ou encore le spatial. Cette évolution s’accompagne également d’une intégration croissante entre les secteurs civil et militaire, illustrant une approche globale de la puissance. (...)
Après une période de relative stabilité institutionnelle entre les années 1990 et 2010, caractérisée par une organisation des successions politiques, ce modèle a été profondément modifié sous Xi Jinping. La suppression des limites de mandat et la concentration du pouvoir ont renforcé l’autorité du dirigeant actuel, mais ont aussi ravivé des tensions internes. Les purges politiques, qui touchent les plus hauts niveaux de l’État, témoignent de luttes de pouvoir importantes et d’une certaine imprévisibilité du système. (...)
L’intervention de Stéphanie Balme met en lumière une Chine profondément complexe, à la fois puissante, ambitieuse et traversée de tensions internes. Elle invite à dépasser les analyses simplistes pour adopter une approche nuancée, fondée sur la recherche et la compréhension des dynamiques de long terme. La Chine apparaît ainsi comme un acteur incontournable du système international, dont l’évolution aura des conséquences majeures pour les décennies à venir. (...)"
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