
Advertise on podcast: Afrique économie
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5from
This podcast has
31 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/22
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3 min.
Release period
2 days
Description
Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI.
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Au Nigeria, les chauffeurs sont toujours en colère un mois après le départ d'Uber
2026/10/22
À Lagos, commander une course sur les applications de transport à la demande est devenu un parcours du combattant. Depuis le départ d'Uber en septembre dernier, la demande a du mal à être satisfaite par les applications restantes. D’autant plus lorsque les chauffeurs entament des grèves pour revendiquer l’amélioration de leurs conditions de travail. Ils réclament une baisse des commissions pour encaisser la flambée du carburant.
De notre correspondante à Lagos,
« Aucun chauffeur n’est disponible pour le moment. » Voici le message que les habitants de Lagos voient désormais fréquemment apparaître sur leurs téléphones lorsqu’ils tentent de commander une voiture sur les applications de transport en ligne. Vivian travaille sur ces plateformes depuis quelques mois seulement et elle a remarqué le changement : « Dès que vous êtes connecté, les demandes arrivent sans arrêt, contrairement à avant, regrette-t-elle. Mais les chauffeurs prennent plus de temps à venir. Parfois, les clients se plaignent qu’ils n’obtiennent pas de course dans un délai raisonnable. Maintenant, ça peut prendre 15 ou 20 minutes. »
Selon les chiffres du syndicat des transporteurs en ligne, 50 000 conducteurs étaient actifs sur les applications de transport à la demande au Nigeria. Mais après le départ d’Uber, certains ont attendu plusieurs semaines avant que leur candidature sur les autres applications ne soit acceptée.
Cela a engendré une baisse considérable de leurs revenus. Bolade, 14 ans d’expérience en tant que chauffeur, est passé sur inDrive, une application où le prix de la course se négocie entre le client et le chauffeur. « Le travail n’est plus comme avant. Tout a changé, déplore-t-il. Nous avons perdu des clients. Beaucoup de clients. Je ne peux pas dire combien je gagnais exactement avec Uber, mais aujourd’hui, ça n’a rien à voir. »
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Départ de Moove... après Uber Comme les autres chauffeurs, Bolade a reçu 40 000 nairas de compensation, soit 26 €. L’entreprise nigériane Moove, qui louait avec option de rachat des véhicules aux chauffeurs Uber, a également annoncé quitter le marché nigérian, offrant à ces derniers les voitures mises à disposition. Un cadeau estimé à 26 millions de dollars.
Pour autant, les transporteurs continuent de réclamer un effort aux plateformes avec lesquelles ils collaborent, notamment en organisant des grèves à Lagos, comme la semaine dernière. « Les chauffeurs réclament que les compagnies de mise en relation réduisent leurs commissions et augmentent les prix des courses pour les clients, explique Ayoade Ibrahim, le secrétaire général de l’Union des transporteurs sur application du Nigeria. Ils devraient pouvoir exploiter le mécanisme des prix. C’est pour ces raisons que nous nous mettons en grève, pour augmenter les revenus des chauffeurs. »
D’après le syndicat, des négociations sont en cours avec Bolt. Mais les transporteurs reprochent toujours aux applications de ne pas suffisamment répercuter l’augmentation de plus de 60 % du litre de carburant depuis le début de la guerre en Iran.
À écouter dans Appels sur l'actualitéUber : pourquoi la plateforme quitte-t-elle progressivement l’Afrique?
Guinée: quelles alternatives au sachet d'eau bientôt interdit?
2026/10/21
En Guinée, l'interdiction des plastiques à usage unique, dont les sachets d'eau très bon marché, provoque une crise d'accès à l'eau potable. Un moratoire de six mois est accordé pour trouver des alternatives conciliant santé et environnement, tandis que les autorités et les industriels peinent à résoudre l'équation entre besoins essentiels de la population et lutte contre la pollution.
L'unité de production d'eau en sachet de Souleymane Fofana, dans la banlieue de Conakry, s'est remise à tourner à plein régime depuis que les autorités ont accordé ce moratoire. Mais dans six mois, ces sachets d'eau en plastique à usage unique seront de nouveau interdits. Pour le président de l'Union des producteurs d'eau minérale, il faut explorer deux alternatives : les sachets biodégradables et le recyclage des plastiques.
« Nous lançons ce défi à nos fournisseurs pour trouver des solutions d'envoyer sur le marché des plastiques biodégradables. Arrivés à ce stade, nous allons nous donner la main pour la création de PME pour le recyclage et la collecte de ces plastiques. Parce que l'exigence du gouvernement, c'est l'environnement. Nous voulons un environnement sain, non pollué », explique-t-il.
Cependant, le prix des sachets biodégradables est bien plus élevé que celui des sachets plastiques. Une autre piste, avance Souleymane Fofana, pourrait être de supprimer les droits de douane sur les plastiques utilisés dans la fabrication des bouteilles, pour faire baisser leur prix au détail. Mais ces bouteilles plastiques, elles aussi, polluent. C'est pourquoi Mamady Aminata Touré, un militant environnemental, appelle le gouvernement à concentrer ses efforts sur le développement d'une filière de recyclage :
« Quand vous regardez et faites la cartographie, vous verrez qu'il n'y a pas trop d'entreprises dans la transformation et le recyclage des plastiques. Il faut développer ce secteur et donner de la confiance à ces entreprises. Quand on parle des entreprises, il faut parler du ministère de l'Industrie. Je pense que l'État a un rôle à jouer. »
Un réseau d'eau potable encore largement défaillant En mettant en place une politique industrielle, faite d'incitations et de subventions, ce secteur pourrait se développer en quelques années. Mais sur le long terme, la meilleure solution est le développement du réseau de la Société des eaux de Guinée (SEG), défend M'Bany Sidibé, président de l'Union pour la défense des consommateurs de Guinée : « Jusqu'à présent, la Société publique d'eau de Guinée (SEG) ne fournit pas d'eau dans les robinets. Même à Conakry, la plupart des concessions n'ont pas d'eau de la SEG. Et à plus forte raison, dans les préfectures, les sous-préfectures et les districts. La couverture en eau potable, pour couvrir toute la Guinée, il faut au moins cinq à dix ans. »
En attendant, M'Bany Sidibé prévient : tant qu'aucune alternative aussi bon marché que le sachet d'eau n'existe, celui-ci reste indispensable. Car c'est grâce à lui que les consommateurs les plus modestes peuvent accéder à l'eau potable et éviter de contracter des maladies hydriques comme la dysenterie ou la fièvre typhoïde.
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Tunisie: quand l'intelligence artificielle s'impose dans les entretiens d'embauche
2026/10/20
En Tunisie, l'intelligence artificielle (IA) n’est pas forcément un frein au recrutement. Si certains postes sont supprimés ou modifiés par les usages de l'IA, les employeurs cherchent désormais à recruter des jeunes qui peuvent s'adapter et composer avec cette nouvelle donne.
Devant le stand de l'entreprise Outsourcia, experte depuis plus de 20 ans dans la relation clients, la file d'attente est longue. Mais ceux qui viennent déposer leur CV n'auront pas directement un entretien avec un humain. « Ils passeront un entretien via l'IA tout d'abord, puis un entretien RH par la suite, afin de leur expliquer ce que l'on fait, ce qu'on ne fait pas, explique Maher Bouras responsable du recrutement. Ça nous fait gagner en terme de temps, en terme de profiling des CV. Ça nous permet de shortlister directement les profils cibles. » Un besoin de rendre le processus plus rapide car l'entreprise prévoit de recruter dans les six prochains mois près de 300 personnes.
L'IA s'invite de plus en plus dans la pratique des entreprises. À Teleperformance, par exemple, les nouveaux agents de cette multinationale devront désormais travailler avec elle dans le cadre de la relation client, explique un recruteur : « Avant, comment on récoltait ces informations ? Il fallait, à la fin d'un appel, demander à un client : "Comment s'est passé votre expérience avec nous ? Est-ce que vous êtes content ou pas content ?" C'est un processus qui prenait du temps et de l'effort au client. Aujourd'hui, il y a des IA qui permettent de comprendre, qui analysent, qui écoutent les appels etc. Et cette analyse-là permet de comprendre, de donner une note, une émotion. C'est un moyen plus rapide et plus confortable, pour l'agent aussi, pour évaluer la qualité de l'interaction. »
L'IA, suppression de postes et nouvelles compétences L'IA a, dans certains secteurs, des impacts sur les volumes d'emplois. Chez Logiqe, une entreprise française de cybersécurité, elle a déjà remplacé les postes de développeurs ou de data analysts. Pour ses nouveaux recrutements d'ingénieurs, l'entreprise met désormais l'accent sur les bonnes pratiques de cybersécurité facilitées par le traitement des données par l'IA. Logiqe vient de s'installer en Tunisie. Jim Coupez y est responsable commercial. Il défend néanmoins la nécessité de vrais travailleurs : « L'IA ne remplace pas tout. On a vraiment besoin d'un aspect humain et c'est pour ça qu'on a envie de former une génération et énormément de personnes. Ensuite, pour la partie déploiement, ça va aller beaucoup plus vite parce qu'un ingénieur, dès qu'il aura un problème, va pouvoir s'appuyer sur l'IA, poser des questions etc. »
L'intervention humaine est aussi nécessaire dans la supervision et le suivi des rapports réalisés par l'IA. En Tunisie, où le taux de chômage demeure élevé, à 15%, beaucoup espèrent voir s'offrir de nouvelles opportunités d'emplois.
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Gabon: la montée de l'État français au capital de la multinationale Eramet vue depuis Libreville
2026/10/19
Le 12 octobre, le groupe français Eramet a confirmé l'augmentation de son capital d’ici la fin de l’année. L'État français pourrait injecter jusqu’à 330 millions d'euros, et deviendrait ainsi le premier actionnaire du groupe avec 49% des parts. La Comilog est l'une des filiales majeures du groupe Eramet. Elle exploite l'un des plus gros gisements de manganèse au monde, au Gabon à Moanda. Un changement différemment apprécié.
Du côté de Jocelyn Lebama, le secrétaire général des travailleurs des industries minières et métallurgiques du Gabon, l'accueil est plutôt mitigé : « Côté travailleurs, cela ne suscite pour l'instant aucune réaction. » Pour lui, cette augmentation de la participation de l'État français ne change rien à la Comilog. « Le gouvernement français accède à 49% d'actionnariat dans le groupe Eramet, mais le gouvernement français a 0% sur la terre gabonaise. La mine de Moanda est au Gabon, elle appartient aux Gabonais sous la conduite de M. Oligui Nguema, le président de la République gabonaise », insiste Jocelyn Lebama. « Cela n'empêche pas Comilog de fonctionner de façon normale, parce que Comilog est une entreprise de droit gabonais. Maintenant, si la discussion doit se faire avec le gouvernement français, le gouvernement gabonais avisera », pointe-t-il encore.
Au Gabon, la Comilog représente 2 000 emplois directs (jusqu'à 10 000 indirects), des recettes fiscales et des projets d'infrastructures. Cet été, un protocole d'accord a été signé pour transformer le manganèse au Gabon d'ici 2031. « L'augmentation de la présence de l'État français au capital d'Eramet va peut-être permettre d'avoir une autre discussion sur les infrastructures, sur la prise en compte d'un certain nombre d'éléments, notamment la RSE de l'entreprise », projette Ike Ngouoni, à la tête du cabinet de conseil stratégique Aïla. Autre sujet central : celui du ferroviaire au Gabon, note encore l'analyste. « On peut peut-être discuter de la modernisation du chemin de fer. C'est vraiment un élément important dans le nœud logistique, à la fois pour y mettre mais aussi pour le Gabon », développe-t-il.
Sécuriser des approvisionnements stratégiques Avec des cours mondiaux défavorables, des matières premières défavorables et des difficultés sur certains de ses projets – notamment au Sénégal –, Eramet a essuyé une perte nette de 195 millions d'euros au premier semestre. L'arrivée de l'actionnaire étatique devrait détendre les finances de l'entreprise. Pour le spécialiste des marchés des matières premières et fondateur du cercle CyclOpe, Philippe Chalmin, il s'agit avant tout pour la France de sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques. « C'est, à mon avis, la seule décision logique qui pouvait être prise. Eramet est presque le seul grand mineur indépendant européen », souligne l'expert. « Une décision stratégique de l'État […] en ligne avec ses objectifs en matière de sécurisation des approvisionnements en métaux critiques », indique le communiqué d'Eramet.
Il s'agissait d'accompagner, dans une certaine mesure, la sortie de la famille Duval, qui était jusque-là l'actionnaire de référence, rappelle l'expert, et plusieurs prétendants, dont un fonds américain et un émirien, avaient manifesté leur intérêt. « Il n'était pas question de laisser Eramet partir, je ne dirais pas à l'étranger, mais partir quand même sous un contrôle qui allait lui donner d'autres logiques », note Philippe Chalmin. Une nouvelle qui n'a cependant pas réjoui les milieux boursiers. L'action d'Eramet a chuté de plus de 14% après l'annonce du groupe.
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En Afrique du Sud, les zones économiques spéciales cherchent encore leur modèle
2026/10/18
Elles sont plus de 230 sur le continent, dont 12 en Afrique du Sud : ce sont les zones économiques spéciales (ZES). Elles sont désormais un modèle bien implanté, censé attirer les investissements et stimuler la création d'emplois et l'industrialisation. Celle de Coega, tout au sud du pays, à l'extérieur de la ville de Port-Elizabeth, est la plus ancienne, établie au début des années 2000, et la plus vaste. Et son bilan est contrasté.
De notre envoyée spéciale à Port Elizabeth,
Sur les tapis, les fruits défilent et finissent dans des cartons, acheminés par des convoyeurs aériens. Ce ballet impressionnant permet à l'entreprise Coega Packing et à son directeur Russell Stead de conditionner les récoltes sud-africaines avant de les exporter : « Nous traitons entre 1 000 et 1 500 cartons par heure. Nous réceptionnons les fruits, nous les nettoyons, puis nous les emballons afin de les envoyer vers les marchés du monde entier. »
Le choix de s'implanter au sein de la zone économique spéciale de Coega faisait sens pour la compagnie, qui opère sur place depuis trois ans. « Premièrement, elle est bien positionnée. Deuxièmement, il y a un port à proximité. Et puis, il y a un travail fait sur les infrastructures, ce qui a, évidemment, une grande importance pour nos activités », détaille Russell Stead.
Un port au potentiel partiellement exploité Coega comprend plus de 9 000 hectares et a également attiré des investissements étrangers, avec notamment l'implantation d'usines chinoises d'assemblages de véhicules BAIC et de camions FAW. Et afin de faciliter les exportations, le port en eaux profondes de Ngqura est intégré à la zone. Angélique Swartbooi représente l'autorité publique Transnet qui en a la gestion : « Ce que vous avez devant vous, c'est le terminal à conteneurs. Il a une capacité potentielle de deux millions d'EVP, mais on peut utiliser pour l'instant 1,2 million d'EVP. Et de l'autre côté, là-bas, se trouve notre terminal dédié au manganèse. »
En 2025, quelque 11 000 personnes étaient employées à Coega. Cependant, de très grandes parcelles sont pour l'instant toujours vides, avec des projets non concrétisés. Et les avantages fiscaux existants sont peu attractifs.
Des coûts élevés, des incitations limitées Pour Anthony Black, professeur émérite d'économie à l'université du Cap (UCT), ce type de zone n'a pas encore fait ses preuves dans le pays : « Ce genre de programmes n'a pas rencontré un grand succès dans sa capacité à attirer des volumes importants d'investissements. Par ailleurs, les coûts liés aux infrastructures et aux autres mesures de soutien ont été relativement élevés. Et les incitations proposées restent assez limitées. » Finalement, certains investissements réalisés dans les zones économiques spéciales auraient tout aussi bien pu voir le jour en dehors de ces zones, selon l'économiste. « Il est donc difficile de déterminer dans quelle mesure elles ont réellement permis de générer des investissements supplémentaires qui n'auraient pas eu lieu autrement », conclut-il.
Un récent rapport de la Banque mondiale montre que sur l'ensemble des zones économiques spéciales sud-africaines, entre 2016 et 2024, les pouvoirs publics ont investi plus d'un milliard d'euros. Pour la première fois en 2024, les recettes ont fini par dépasser les dépenses, mais sans avoir encore atteint les ambitions du pays.
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Coton africain: la congestion record du port d’Abidjan menace toute la filière
2026/10/15
Une nouvelle campagne cotonnière commence en Afrique de l'Ouest. Malgré une commercialisation qui a mis du temps à démarrer, l'ancienne récolte a globalement pu être vendue, mais vendue ne veut pas dire expédiée ! Des tonnes de coton sont bloquées à Abidjan, un des gros points de sortie de la production ouest-africaine. En cause, une importante congestion portuaire.
« Des navires restés en rade pendant trois semaines, des escales annulées, reportées, des conteneurs vides qui ne sont pas disponibles, des conteneurs pleins de partout, des fenêtres d'accostage très courtes, des camions qui n'arrivent pas à entrer dans le terminal », c'est la description faite par Johanna Adotevi, directrice commerciale d'Ivoire Coton et de Faso Coton, pour raconter le quotidien de ces derniers mois autour du port d'Abidjan.
Ce « chaos » qui dure encore aujourd'hui, pour reprendre ses mots, a débuté à la fin du mois de mai « après la reprise des exportations consécutives à la vague de commande de coton du Bangladesh ».
Quelle que soit la compagnie maritime, explique-t-elle, « le port d'Abidjan a connu une congestion inédite depuis 15 ans ». En conséquence, « des délais records, jusqu'à trois mois d'attente alors qu'il faut normalement trois semaines ». Pour Ivoire Coton, cette situation représente à peu près 30 milliards de francs CFA (environ 45,7 millions d'euros) pour 3 000 tonnes qui sont bloquées, en tenant compte des subventions impayées, « parce que tant qu'on n'embarque pas, on n'est pas payé et si on n'est pas payé, on ne peut pas encaisser », résume Johanna Adotevi.
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Du producteur au négociant, personne n'est épargné Ce parcours du combattant a aussi un impact sur les producteurs, selon Kassoum Koné, directeur commercial de la compagnie ivoirienne de coton et président actuel de l'Association cotonnière africaine. « Quand il y a un goulot d'étranglement, toute la chaîne en amont est bloquée, souligne-t-il. Il y a un problème notamment pour les cotonculteurs qui attendent que les conteneurs soient exportés pour être payés, et qui ne comprennent pas ce qui se passe, mais qui ressentent le manque d'argent. »
D'autres acteurs de la filière s'impatientent aussi, c'est le cas des négociants. Pour eux, chaque conteneur représente un risque financier. Un conteneur bloqué au port, c'est toujours un handicap, explique Thierry Devilder, président de la maison de négoce Devcot et président de l'Association française cotonnière : « Quand on a des cotons qui sont au port, on est pris en otage par les compagnies maritimes, on a des frais de stationnement de conteneurs à quai qui renchérissent le prix », déplore-t-il. Un coton livré en retard, c'est un client mécontent et le risque d'être soumis à d'éventuelles taxes, ajoute le négociant.
La taxe redoutée aujourd'hui est celle de l'Inde, un grand acheteur de coton africain, qui avait levé il y a quelques mois ses droits de douane à l'importation de coton, mais les rétablira à compter du 1ᵉʳ novembre.
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Un retard qui déprécie l'origine africaine L'autre crainte, c'est que cette situation joue contre la réputation du coton africain. « Quand on est en compétition avec un coton brésilien qui est disponible tout de suite, dans le même marché, et que le nôtre met trois mois à arriver, on se tire une balle dans le pied », résume Johanna Adotevi.
« Quand on viendra sur le marché, on va nous offrir moins, parce qu'on devient une origine à problèmes et parce qu'on n'arrive pas à livrer à temps », ajoute la directrice commerciale d'Ivoire Coton. Si les effets négatifs ne se font pas encore sentir, elle craint qu'ils se fassent sentir sur les prix l'année prochaine.
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Face à l'épidemie d'Ebola, l'économie congolaise marque le pas
2026/10/14
Cinq mois que la RDC est frappée par la 17ᵉ épidémie d’Ebola de son histoire. Si les conséquences sont bien évidemment d’abord humaines, la barre des 4 000 décès a été franchie et les structures et personnels de santé mis à rude épreuve, cette épidémie entrave aussi l'économie.
L'épidémie pourrait coûter jusqu'à 2% du PIB du pays si la crise durait plus d'un an, selon les scenarii de la Banque mondiale. Un coût lié d'abord aux restrictions de déplacements, que ce soit vers l'Amérique du Nord notamment, mais aussi et sans doute surtout avec la fermeture de la frontière à l'Est avec l'Ouganda. « Nous avons presque 800 millions d'échanges commerciaux chaque année entre la RDC et l'Ouganda », rappelle Julien Paluku, le ministre du Commerce extérieur congolais et ancien gouverneur du Nord-Kivu.
« C'est tout à fait normal qu’avec la fermeture des frontières, ces activités aient pu ralentir. Mais je note aussi qu’entre la RDC et l'Ouganda, même si le trafic des personnes est interdit, le trafic des marchandises n'est pas totalement interdit. Et donc ça permet quand même à ce que l'activité commerciale, bien que n'étant pas celle que nous voulions, puisse continuer petit à petit », souligne le ministre.
Une baisse d'activité clairement identifiée par les experts de la Banque mondiale. « À travers les données satellitaires, nous voyons des signes de ralentissement économique dans les zones touchées. Dans les provinces de l'Est où Ebola continue de sévir, nous voyons cette baisse d'intensité lumineuse nocturne qui traduit généralement une réduction de la mobilité, une baisse des activités, des échanges commerciaux », détaille Albert Zeufack, le directeur pays de la Banque mondiale en RDC. Ce qui, précise-t-il, « se traduit a posteriori par une baisse de l'output et aussi des recettes fiscales, mais on n'a pas encore chiffré cela ».
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Résilience et solidarité internationale S'ensuit un effet boule de neige, décrypte Albert Zeufack : « Les perturbations dans l'économie se propagent à travers les réseaux de transport, à travers le commerce, les chaînes d'approvisionnement et surtout la confiance des investisseurs qui retardent leur investissement. Et cela a un impact énorme sur l'emploi. »
Malgré ces difficultés, le ministre du Commerce promeut la résilience des acteurs économiques. « Lorsque l'activité commerciale est affectée entre les pays voisins, notamment l'Ouganda, avec lesquels les populations font leurs activités commerciales, les gens s'orientent vers le commerce interprovincial, par exemple entre le Nord-Kivu et le Tshopo, Kisangani, l’Ituri et le reste du pays », décrit Julien Paluku, rappelant que le pays affronte sa 17ᵉ épidémie. « On a réussi à faire face aux seize premières épidémies et donc celle-ci aussi ne sera pas une catastrophe, surtout qu'il y a une mobilisation générale », rassure-t-il.
Dans la lutte contre cette épidémie, la Banque mondiale s'est engagée sur un montant de près de 430 millions de dollars depuis le mois de mai. Les autoritéscongolaises réfléchissent également déjà à l'après, avec de possibles allégements fiscaux pour les opérateurs économiques qui auront été les plus durement touchés.
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Le yuan gagne du terrain en Afrique dans le commerce avec la Chine
2026/10/14
Passée presque inaperçue en juin dernier, l’ouverture par la Chine d’une chambre de compensation en Afrique du Sud marque une étape importante dans la yuanisation de l’Afrique. Ce dispositif permet de régler directement en yuans les transactions entre la Chine et 19 pays africains, sans passer par le dollar.
Un gain de temps et d’argent pour les entreprises et les États qui commercent avec la Chine : convertir une monnaie en dollars, puis les dollars en yuans, et inversement, représente un important manque à gagner. Pour XN Iraki, économiste et enseignant à l’université de Nairobi, il était urgent de s’en affranchir grâce à la Renminbi Clearing Bank of Africa.
Cette chambre de compensation est opérée par la banque sud-africaine Standard Bank et la banque chinoise ICBC. « Avec ce mécanisme de compensation, les pertes sont réduites et les transactions commerciales deviennent plus fluides, souligne l'économiste. Il était temps de mettre en place un tel système pour faciliter les échanges entre la Chine et l’Afrique. C'est plus facile de payer les exportations, les importations, et l’ensemble du système bancaire devient également plus simple. Les opérations de compensation prennent moins de temps et, surtout, vous êtes moins exposé aux fluctuations et aux coûts de change. »
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En RDC, une alternative au dollar Jusqu’ici, ces paiements internationaux reposaient souvent sur des banques correspondantes et sur le réseau Swift, qui permet aux établissements financiers d’échanger des instructions de paiement. La nouvelle chambre de compensation doit faciliter les règlements directs en yuans et limiter le recours au dollar.
Parmi les 19 pays africains concernés figure la République démocratique du Congo (RDC), dont les échanges commerciaux avec la Chine ont dépassé 19,2 milliards de dollars sur les sept premiers mois de l’année. Que signifie cette chambre de compensation pour le pays ? Al Kitenge, analyste économique basé à Kinshasa, y voit une possibilité de diversifier les moyens de paiement : « On aura le choix de payer en dollars ou en yuans selon nos besoins. Tout ça amènera à une possibilité de concurrence, analyse-t-il. Et qui dit concurrence, dit réduction des coûts, dit également compétitivité et souplesse. La yuanisation n'est pas l'équivalent de la dollarisation qui était un monopole, une exclusivité. Et aujourd'hui, il n'y a aucun pays qui acceptera encore une fois une forme quelconque de monopole ou d'exclusivité. »
Une yuanisation qui profite à la Chine Le mouvement dépasse les seuls paiements commerciaux. Le Kenya a récemment converti en yuans trois prêts initialement libellés en dollars, contractés auprès de la banque publique chinoise Exim Bank pour financer la ligne ferroviaire reliant Mombasa à Nairobi.
Selon XN Iraki, la Chine reste la grande gagnante de ce dispositif. « Si l’on regarde les échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains, la Chine est toujours excédentaire. Elle exporte davantage vers l’Afrique qu’elle n’importe depuis l’Afrique, regrette-t-il. Donc, à long terme, oui, c’est avantageux pour la Chine. Mais j’espère qu’avec le temps, l’Afrique pourra davantage en bénéficier en augmentant ses exportations vers la Chine, notamment grâce à la réduction des droits de douane. »
Le Ghana a récemment mis en place son propre mécanisme pour accéder au système chinois de paiements transfrontaliers en yuans. Cette infrastructure bancaire doit permettre aux importateurs ghanéens et aux autres clients éligibles de régler certaines transactions directement en monnaie chinoise.
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Maurice: la saturation du marché local oblige les entreprises mauriciennes à s'exporter
2026/10/13
Les grands groupes mauriciens regardent au-delà des frontières de l'île. Leurs activités internationales représentent désormais une part importante de leurs revenus et de leurs investissements. Du Kenya à Madagascar, en passant par l'Afrique de l'Est et l'océan Indien, les implantations se multiplient, car le marché mauricien est saturé. Une stratégie d'expansion qui permet aux entreprises mauriciennes de diversifier leurs revenus tout en s'appuyant sur leur connaissance des marchés africains.
De notre correspondant à Port-Louis,
Les derniers rapports annuels, publiés récemment, démontrent que l'activité internationale pèse désormais lourd dans les résultats des conglomérats mauriciens. Cette expansion répond à la contrainte d'un marché intérieur de petite taille. Mais elle traduit aussi une ambition : profiter de la croissance de marchés africains où les opportunités sont grandes.
« L'Afrique représente un marché important, avec une population jeune, des villes qui se développent, et beaucoup de besoins dans la finance, l'économie, l'immobilier, la technologie ou encore la distribution. C'est pour ça que les entreprises mauriciennes veulent diversifier leurs activités et ne pas dépendre uniquement de l'économie mauricienne », explique Tahir Wahab, analyste économique.
Pour ces groupes, l'enjeu est donc de trouver des marchés suffisamment vastes, tout en capitalisant sur une expérience acquise à Maurice. L'Afrique de l'Est constitue l'un des principaux terrains d'expansion. C'est le cas du groupe familial CIEL qui accélère sa présence sur le continent, avec des activités dans le textile, les services financiers, l'industrie sucrière et la santé. « L'Afrique de l'Est fait partie de notre trajectoire de croissance depuis plusieurs décennies, avec Madagascar dès les années 90 et puis l'Afrique de l'Est à partir des années 2000. Aujourd'hui, près de 60% de nos revenus sont générés en dehors de Maurice, principalement l'Afrique de l'Est et le reste provenant de l'Asie », explique Guillaume Dalais, directeur général de CIEL.
IBL suit une trajectoire comparable. Le groupe est notamment présent au Kenya dans la grande distribution avec Naivas, dont il a pris le contrôle en 2023, et qui compte aujourd'hui 114 supermarchés. Mais sa stratégie ne consiste pas uniquement à accumuler les participations, explique Michel Pilot, directeur des opérations d'IBL East Africa : « On n'est pas en train de délaisser notre cœur mauricien, loin de là, mais il faut aussi constater que notre stratégie Beyond Border fait qu'aujourd'hui, sur 124 milliards de roupies (2,33 milliards d'euros, NDLR), on a plus de la moitié de notre chiffre d'affaires qui est généré à l'étranger. La prochaine étape pour nous, c'est de mieux connecter ces investissements entre eux afin de créer une plateforme régionale qui partage nos savoir-faire et nos expertises. »
Cette implantation progressive donne aux groupes mauriciens une dimension nouvelle. Leur avantage ne repose pas seulement sur leurs capacités financières, mais aussi sur leur connaissance des marchés régionaux et leur aptitude à travailler avec des partenaires locaux.
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En Afrique australe, le business du charbon relancé par la crise du détroit d'Ormuz
2026/10/11
Afrique du Sud, Mozambique, Zimbabwe mais aussi Tanzanie : les exportations de charbon d'Afrique australe ont bondi ces derniers mois. Du charbon qui permet notamment la production de carburants. Dans le contexte du blocus du détroit d'Ormuz qui entraîne des difficultés d'approvisionnement et des prix en forte hausse, le charbon africain retrouve sa compétitivité.
Le charbon d'Afrique australe est de nouveau très attractif. Richard Senkondo, en charge de la campagne No New Coal (« Pas de nouveau charbon ») d'un consortium d'ONG de défense de l'environnement et de la santé, le confirme. « Il est vrai que depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, l'Afrique est devenue la solution rapide à la crise énergétique. Et le charbon est une solution immédiate pour les pays développés », constate-t-il.
Une tendance qu'expérimente les courtiers maritimes. Dionisios Tsilioris est analyste chez Ursa Shipbrokers, basé en Grèce. Sur les huit premiers mois de l'année, les exportations de charbons de l'Afrique du Sud et du Mozambique ont dépassé les 60 millions de tonnes métriques. « Une étape historique, selon cet expert. Ce sont les résultats les plus élevés enregistrées sur ces dix dernières années. En ce qui concerne les données de suivi des navires, qui remontent loin dans le temps, on observe actuellement un taux de croissance de 11%. C'est très important et très significatif. Le fait qu'un secteur affiche une croissance de 11% alors que la tendance mondiale est de 3%, c'est considérable. »
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Des infrastructures en expension, de nouveaux projets miniers Une tendance qui s'explique par différents facteurs, selon sa collègue Ioanna Matsouka : « Je dirais que cela s'explique par la mise en place de quotas d'exportation de charbon par l'Indonésie, qui est le premier exportateur mondial. Et si l'on ajoute à cela le fait que, en raison des perturbations dans le détroit d'Ormuz, il n'y a pas eu d'exportations de GNL pour couvrir la production d'énergie, nous avons assisté à cette forte hausse des exportations d'Afrique du Sud et du Mozambique. »
Dans les pays d'Afrique australe, les entreprises productrices de charbon ont enregistré des bénéfices record. En Tanzanie, cette dynamique se traduit – au grand désarroi de Richard Senkondo – par une grosse dynamique du secteur. La construction d'un nouveau terminal charbonnier est en cours. « Nous avons également assisté à une vague d'investissements en Tanzanie », a-t-il pu documenté. « La société Sichuan Hongda est de nouveau présente dans sud de la Tanzanie. Elle a signé un accord d'une valeur de trois milliards de dollars, pour lancer l'exploitation du charbon, dans le cadre d'un tout nouveau projet minier. Cette initiative sape l'engagement du gouvernement dans ces objectifs de décarbonation », regrette-t-il. Une dynamique vers l'extraction fossile polluante donc, alors que le phénomène El Niño s'apprête à durement toucher le continent.
Sénégal: à Dakar, des taxis électriques chinois pour moderniser le parc automobile
2026/10/08
Au Sénégal, après le bus électrique, place aux taxis électriques. Pour ce projet pilote, la Banque pour le commerce et l'industrie vient d'investir dans un premier lot de 100 taxis 100% électriques. L'objectif : en avoir 10 000 d'ici 2030 pour moderniser le transport urbain toujours très polluant à Dakar.
De notre correspondante à Dakar,
Les 100 véhicules gris flambant neufs de la marque chinoise Geely sont tous garés sous un grand hangar. Un premier lot accueilli en grande pompe et une première étape dans la modernisation du parc automobile sénégalais. C'est ce qu'espère Barra Sow, administrateur du Fonds de développement des transports terrestres : « Cent véhicules, c'est un début. Au Sénégal, le transport est très vétuste. Il y a des véhicules qui datent et créent une pollution qu'on a du mal à gérer. L'introduction progressive de ces véhicules électriques va être une bouffée d'oxygène pour l'environnement et créer des conditions de transport beaucoup plus confortables. »
L'idée est de créer un cercle vertueux : un transport plus écologique, avec des chauffeurs soit futurs propriétaires de la voiture avec un système de crédit-bail, soit salariés d'un groupement d'intérêt économique (GIE) ou d'une coopérative de transporteurs, avec contrat et compte en banque obligatoires.
Une nouvelle forme d'inclusion financière « Le salaire toutes charges comprises est de 229 000 francs CFA (environ 350 euros, NDLR), avec assurance maladie et prime de retraite. À cela s'ajoute une politique d'épargne qui leur permet d'être éligibles à un autre crédit pour leur propre compte. Les chauffeurs de taxis bénéficient de cette inclusion financière. Et, par ricochet, leurs familles », explique Papa Massal Dièye, directeur général de la Banque pour le commerce et l'industrie (BCI), à l'initiative du projet.
Une bancarisation intéressante pour la BCI, qui gère tout l'aspect financier, mais qui donne aussi de nouvelles perspectives aux chauffeurs. Famara Dafe, à la tête d'un GIE de 25 chauffeurs, se réjouit surtout des économies d'essence : « Avant ces véhicules, un taximan pouvait rouler toute la journée et dépenser en gasoil près de 30 000 francs CFA (environ 45 euros, NDLR). Aujourd'hui, on nous amène des véhicules et avec 5 000 francs CFA (environ 7,60 euros, NDLR), tu as 430 kilomètres ! Là, nous disons merci ! » Reste la mise en place des bornes électriques, en cours, promet l'entreprise qui s'en charge. Huit bornes avec charge rapide et fonctionnant sur batterie doivent être installées à Dakar.
10 000 véhicules d'ici 2030 Le coût des 1 000 véhicules est de 20 millions d'euros, selon la BCI. Dix milles doivent être livrés d'ici 2030. Shilu-Jie, responsable du projet chez Geely, confirme l'intérêt de son entreprise pour ce nouveau marché sénégalais : « Ça les intéresse beaucoup, car ici, c'est le début des véhicules électriques et ils vont apporter les services pour les réparations et tout car ils ont l'expertise. »
Reste un frein majeur pour devenir propriétaire des voitures électriques : le coût de la mensualité – entre 500 et 600 euros par mois – pour acquérir le véhicule, au bout de quatre ans, risque d'être inaccessible pour la majorité des chauffeurs de taxi.
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À Madagascar, le pari du raphia et du cuir de zébu haut de gamme
2026/10/07
À Madagascar, le cuir de zébu et le raphia sont deux matières bien connues des artisans. Mais leur potentiel ne s’arrête pas aux objets traditionnels pour touristes. Aujourd’hui, de jeunes créateurs cherchent à les transformer localement en accessoires haut de gamme et à conquérir les marchés internationaux. À Antananarivo, une entreprise mise sur un savoir-faire maîtrisé de bout en bout, du tannage du cuir au dernier point de couture, avec l’ambition de montrer son potentiel aux enseignes de luxe et maisons de couture qui se fournissent déjà sur l’île en produits semi-finis.
De notre correspondante à Antananarivo,
« Est-ce que les peaux sont prêtes, Lucien ? » « Non, pas encore, répond Lucien. Celles-là ont encore besoin d’une dizaine de jours supplémentaires de trempage. »
Dans le quartier d’Andraisoro, une vingtaine de peaux de zébu sont immergées dans un mélange d’eau et d’écorces d’arbres. Elles doivent tremper au minimum 21 jours dans ce bassin de tannage végétal pour gagner en souplesse. Ici, le brassage se fait aux pieds et à la main.
C’est la première étape de fabrication des sacs de Saravea, une entreprise créée en 2025 par deux jeunes femmes : « L’idée est partie de créer et de montrer au monde qu’on peut réaliser des produits d’exception made in Madagascar », explique Ando Rasolonjatovo,
À 37 ans, elle est l’une des deux cofondatrices. Avec Domoina, elles dessinent des sacs qui mêlent cuir et raphia : « On a des raphias qui sont teints avec les feuilles de manioc. C’est ce qui donne cette couleur verte. Ce jaune-là, c’est teint avec du curcuma. Ça, c’est le premier bain, c’est plus foncé… et après le deuxième, le troisième bain, ils sont plus clairs. »
Si le raphia fait l’objet d’une sélection minutieuse, les deux femmes ont surtout concentré leurs efforts sur la maîtrise du cuir.
« Le cuir de zébu est très difficile à manier. On voulait un cuir très souple et sans odeur. C’est pour ça qu’on fait nous-mêmes notre propre tannage, poursuit-elle. Là, je vous emmène au cœur de notre atelier. Tous ces rouleaux sur les étagères, ce sont les peaux qu’on a tannées dans le bassin. Elles sont sèches, et prêtes à être parées. »
« Nassa, tu as fini le traçage ?, demande Lucien. Ok, alors mets-toi, s’il te plaît, à la découpe pour le parage. » Selon Ando, Lucien est leur chef d’atelier : « C’est grâce à lui que nos idées prennent vie. Il nous a tout appris. »
Du manuel dans chaque pièce Chaque pièce passe encore par des gestes entièrement manuels, jusqu’à la couture. « Une de nos autres spécificités, c'est le point sellier, dit Ando. Ce sont des points troués un à un à la main, puis cousus à la main aussi avec deux aiguilles en va-et-vient. Et ça, c’est le top pour la durabilité. »
Cette exigence répond à une ambition : exporter un produit fini. L’artisanat malgache a généré 32 millions d’euros d’exportations en 2024, dont 58 % pour les produits à base de fibres végétales.
Sur l’île, près de 70 % du raphia exporté quitte encore le pays sans avoir été transformé. « Ce qui nous démarque [de nos concurrents], ce sont surtout nos modèles, assez vintage, qui sortent des basiques, des cabas ordinaires. Notre objectif, c’est clairement de faire de l’export et d’obtenir des contrats de grandes marques pour des sous-traitances. »
« Ce qui me plait avec cette ambition, c’est de partager ce savoir-faire précieux, opine Lucien. Former les jeunes, j’aime ça. Parce qu’une fois dans le tombeau, ce savoir-faire ne servira plus à rien. »
À Saravea, le pari est donc double : faire monter en gamme des matières malgaches encore largement exportées à l’état brut, et surtout transmettre les gestes qui permettent de leur donner davantage de valeur.
Face au changement climatique, les agriculteurs mauritaniens tentent de s'adapter
2026/10/06
Le changement climatique impacte gravement la production agricole sur le continent africain. Le le Programme alimentaire mondial (PAM), estime que le phénomène El Niño menace de faire basculer près de 50 millions de personnes en plus dans une situation de faim aigüe. La Mauritanie ne fait pas exception aux difficultés. Sur place, le monde agricole tente de s’adapter.
De notre correspondant à Nouakchott,
Sous un petit hangar, au milieu de son champ de légumes, Mohamed Mbareck Bacary et ses collaborateurs cherchent un peu d'ombre. Devant eux, des pots bien alignés. Malgré l’arrosage, certaines jeunes pousses ont déjà jauni sous l’effet des chaleurs inhabituelles. Ingénieur environnementaliste, fondateur de l'association Tall Haya qui œuvre dans le maraîchage, il est en première ligne face au changement climatique : « La température est de plus en plus élevée, l'irrégularité de la pluviométrie également et la sécheresse s’accentue de plus en plus, déplore-t-il. Donc ceci affecte les domaines agricoles sensibles, nous avons des produits qui ne peuvent pas tenir dans ces conditions. »
Cette année, il n’a que très peu plu en Mauritanie. Mohamed Fall évolue dans le secteur agricole depuis plus de trente ans. Même si ses champs ont produit cette année, c'est tout de même moins que d'habitude et cela l'inquiète. « C'est le dernier mois de pluie, après on sera en octobre. D'habitude, je suis en avance, je travaille toute l'année, explique-t-il. Là, j'ai déjà récolté, j'ai enlevé les poivrons. En ce moment, j'ai la tomate qui fleurit, j'ai l'aubergine qui fleurit et la pastèque en production », témoigne-t-il.
Pour mieux résister aux effets du changement climatique, pas de solution politique nationale mais des initiatives locales. Mohamed Fall, lui, mise sur le paillage. « Travailler le sol, en le mélangeant avec le fumier de la paille pour au moins pouvoir résister, indique l'agriculteur. On a découvert cette technique, là, vous voyez, c’est le paillage avec des débris de balles de riz et de la paille. Donc là, quand j’arrose, je pourrai rester trois jours sans arroser », témoigne cet agriculteur.
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Valoriser des plantes considérées comme nuisibles Les start-ups s'emparent également du sujet. Djeinaba Camara, cofondatrice de Typhinity SARL, valorise le typha, une plante envahissante habituellement considérée comme nuisible. Elle l'utilise pour fertiliser les terres des agriculteurs de Rosso et les aider à faire face au changement climatique. « Le typha est une plante envahissante, qui a occupé plus de soixante-deux mille hectares de terre en quelques années. Elle a une croissance rapide de mille quatre cents hectares par an. Donc elle est nuisible aux cultures, elle occupe les terres agricoles. C’est une menace environnementale que nous, on veut transformer en une opportunité économique en la valorisant dans une ressource organique pour la restauration des terres dégradées à Rosso », détaille-t-elle.
Et de préciser l’usage détourné qu’elle propose de faire de cette plante : « C’est une alternative à l’utilisation des engrais chimiques. Autrement dit, pour aider à augmenter la fertilité de leur sol, augmenter leurs productions, tirer des bénéfices face au changement climatique. »
Les acteurs rencontrés sont formels : le changement climatique a déjà affecté les rendements agricoles. Un enjeu crucial quand on sait que la Mauritanie importe plus de 70% de ce qu'elle consomme.
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Le commerce Cameroun-Nigeria profite d'une sécurité améliorée
2026/10/05
Depuis 2019, les échanges commerciaux ont repris entre le nord du Nigeria et l’Extrême-Nord camerounais. La sécurisation du corridor permet aux transporteurs de circuler à nouveau et relance les recettes douanières.
De notre correspondant de retour de Maroua,
Un convoi de gros porteurs en provenance du Nigeria est à l’arrêt de part et d’autre de la bretelle sableuse qui relie le géant économique au Cameroun. Ces convois ont parfois été la cible d’attaques de Boko Haram. La situation s’est améliorée, selon Aboubacar Mahamed, un conducteur nigérian qui transporte des sacs de mil vers Ndjamena, au Tchad. « Du Nigeria, de Kano en passant par Maiduguri, de Maiduguri pour Banki pour entrer à Kourgui, nous n'avons eu aucun problème, il y a la sécurité de Kourgui à Amchidé et à Yagoua, aucun problème sur la route. »
Malgré la sécurisation du corridor, Aboubacar Mahamed indique qu’il est préférable de l’emprunter à certaines heures : « Les soldats camerounais du Bataillon d'intervention rapide font beaucoup d’efforts, mais pour nous, si le camion tombe en panne, entre 18 heures et 19 heures, il vaut mieux passer la nuit dans ce village ou dans la brousse, explique-t-il, et autour de 6 heures du matin le lendemain, tu peux démarrer, c’est mieux de commencer à circuler à partir de 6h du matin et se garer autour de 17h. »
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Un corridor devenu essentiel pour les populations Pour atteindre Kourgui, ces camionneurs transitent par Limani, le principal bureau des douanes côté camerounais. Fermé en 2014 à cause des exactions de Boko Haram, il a rouvert il y a sept ans.
Célestin Delanga, spécialiste des questions de sécurité dans le bassin du lac Tchad à l’Institut d’études de sécurité (ISS), souligne l’importance de la reprise des échanges entre les deux pays : « Le Cameroun exporte des produits vivriers, du bétail vers le Nigeria, il importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées entre autres, liste le chercheur, cela contribue à assurer la sécurité économique. L’amélioration du trafic avec le renforcement du dispositif sécuritaire le long des axes commerciaux transfrontaliers permet notamment de redynamiser les échanges commerciaux »
Les populations longtemps éprouvées par les exactions de Boko Haram tirent elles aussi les bénéfices de ce regain d’activités économiques. Pour Célestin Delanga, le commerce transfrontalier joue désormais un rôle essentiel dans une région confrontée à de nouvelles difficultés climatiques. « Il y a deux ans, ce sont des inondations qui ont détruit les cultures et les moyens de subsistance, cette année c’est la sécheresse qui paralyse la saison pluvieuse et donc le commerce transfrontalier est une sorte de bouée de sauvetage », affirme-t-il.
L’amélioration du commerce pousse les ambitions de recettes douanières à 741 milliards de francs CFA pour les neuf premiers mois de 2026. Elles n’étaient que d’un milliard de francs CFA en 2023.
Retrouvez notre webdocSur les traces de Boko Haram : Cameroun, la terreur aux frontières
Tchad-France: l'économie pour relancer une relation refroidie
2026/10/04
Après le refroidissement diplomatique de 2024, le Tchad et la France cherchent à relancer leur relation par l’économie. N'Djamena veut attirer les entreprises françaises pour financer ses ambitions de développement, avec 26 milliards d'euros d’investissements visés d’ici 2030.
Un nouveau code du travail, des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers, la digitalisation des entreprises et des services de l’État : le Tchad veut convaincre que son climat des affaires s’améliore.
Le pays mise notamment sur un guichet unique, via l’Agence nationale des investissements et des exportations (Anie), pour faciliter l’installation des entreprises. Abderrahmane Gademi, administrateur provisoire de la Chambre de commerce et d’industrie, défend ces réformes : « Aujourd'hui, les réformes sont engagées. Donc le développement économique du Tchad, la diversification économique dans sa globalité, la transformation du tissu industriel, liste-t-il, toutes ces priorités aujourd'hui rentrent dans le cadre du Plan national de développement Tchad Connexion 2030, dans le cadre de la mise en œuvre de la vision dictée par le Maréchal Président de la République. »
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L’électricité, un frein persistant aux investissements Les réformes sont récentes, mais l’indice d’attractivité établi par l’institut Amadeus pour 2024 ne progresse pas : le Tchad se classe 49e sur 54 pays africains évalués.
Pour Djimadoum Mandekor, économiste et ancien directeur central à la Banque des États de l’Afrique centrale, l’un des principaux obstacles à l’investissement reste l’accès à l’électricité. « Cet obstacle-là n'a pas disparu. Il y a quand même un décalage entre des engagements et, encore une fois, une mise en œuvre pratique, concrète, souligne-t-il. Des efforts sont à faire pour que les entreprises, tant nationales que celles qui viennent de l'étranger, trouvent les moyens de réaliser effectivement leurs activités à faible coût. »
Sur cette question, Marc Galinier, directeur Afrique de la société française Qair, vient de signer un accord pour deux centrales solaires de 30 mégawatts aux portes de N'Djamena. « Tout le modus operandi, que ce soit inhérent aux taxes fiscales et douanières, à la facilitation de la contractualisation, force est de constater que ça s'est extrêmement amélioré, met-il en avant, le Tchad met les moyens en place aujourd'hui pour faciliter l'installation des entrepreneurs. »
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Les entreprises françaises de retour au Tchad Côté français, le Medef International voit des opportunités dans ce réchauffement des relations, mais aussi dans la reprise de la coopération sécuritaire. Son président, Philippe Gauthier, souligne l’intérêt retrouvé des entreprises françaises pour le pays. « Le Tchad est un pays stable dans la région. Il est passé à travers les "révolutions" des autres pays du Sahel. Et on a pas mal d'entreprises françaises qui reprennent le chemin du Tchad sur les infrastructures, sur l'énergie, sur la santé, etc. », pointe-t-il.
Quelques accords ont été signés ces dernières semaines. Ils pourraient contribuer à relancer les investissements directs français au Tchad, tombés à 48 millions d’euros en 2024.
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