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Afrique économie

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★★★★★
5
from
1 reviews
Categories
Country
France
This podcast has
31 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/02/04
Average duration
3 min.
Release period
2 days

Description

Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

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À Madagascar, le textile mise sur le haut de gamme
2026/02/04
À Madagascar, plusieurs marques de vêtements haut de gamme ont vu le jour ces dernières années. Un écosystème très dynamique porté par de jeunes créateurs de mode malgaches soucieux de valoriser des matières premières et des savoir-faire locaux. Du design des pièces à leur commercialisation, ces entrepreneurs contrôlent l’essentiel de la chaîne de valeur. Si elles s’adressent dans un premier temps à une clientèle locale, ces marques aspirent à se faire connaître à l’international. Avec notre correspondant à Antananarivo, « Alors, là, je vous présente la chemise Iranja, une chemise en coton local entièrement crochetée à la main », nous présente Alexandra Denage. Elle nous reçoit dans son atelier de confection à Antananarivo. Cette créatrice franco-malgache a lancé il y a deux ans à Madagascar sa marque de prêt-à-porter haut de gamme, Denage, après avoir travaillé pour de grands noms de la mode en Europe. Son modèle économique est basé sur une chaîne de valeur presque 100 % locale, à l’opposé des usines textiles installées en zones franches à Antananarivo, qui produisent pour des enseignes étrangères. « Dans les zones franches, le tissu vient souvent d’Asie et sera déjà coupé ou dessiné, puis l’assemblage se fait ici avant que les pièces ne repartent ailleurs pour être terminées. On se retrouve sur une chaîne de valeur divisée partout dans le monde », explique-t-elle. « À la différence, dans notre atelier pour Denage, le dessin, la découpe, le collage, l’assemblage, tout se fait ici et la pièce est terminée ici », promeut l’entrepreneuse. Elle emploie aujourd’hui six couturières et a aussi lancé un Institut de la Mode et de l'industrie créative (IMIC), pour pallier le manque de formation dans ce secteur à Madagascar. « On confectionne ici pour les plus grandes marques du monde, notamment des grandes marques de luxe, mais on a très peu de marques locales connues », constate-t-elle. L’un des principaux freins, selon elle : les compétences. « Le patronage, par exemple, connaître les proportions, dessiner les pièces, avoir les bonnes mesures par taille... C’est une compétence locale très dure à trouver. On a un besoin de formation professionnelle et de structuration de toute cette chaîne de valeur de la mode », analyse Alexandra Denage. Des volontés de s'exporter Aina Luciana Rasoloarisoa, 31 ans, a créé sa marque Ain'Ampela. Elle produit du coton sauvage dans le sud-est de Madagascar, qui est ensuite travaillé par des tisserandes selon des techniques ancestrales : « On essaye de planter du coton, mais cela prend du temps. Le tissage du coton sauvage, c’est une filière complètement éteinte qu’on tend, en ce moment, à faire renaître. Les femmes tisserandes ont hérité ce savoir-faire de leurs ancêtres, de mère en fille. On va produire peu, mais ça va être de la bonne qualité, ça va durer dans le temps, on ne fait que du sur-mesure. » Pour toucher une clientèle principalement locale pour l’heure, à la fois malgache et expatriée, ces créatrices misent sur les réseaux sociaux et la présentation de leurs collections lors de défilés. Narove Soamamy, fondatrice de la marque Lovatsara.K, voit dans cette dynamique créative et entrepreneuriale une volonté d’affirmation culturelle. « Un créateur, quelle que soit son origine ethnique à Madagascar, peut travailler sur des signes culturels et mettre ça en valeur. Donc, les marques qui se distinguent aujourd'hui, chacune évolue sur son créneau. On arrive à reconnaître les marques par des signes bien distincts », témoigne Narove Soamamy. Une fois qu’elles seront pleinement rentables à Madagascar, ces marques comptent s’exporter sur de grandes places de la mode internationale, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements? 
Les cotonculteurs africains réclament des subventions pour les pesticides
2026/02/03
Une quarantaine de cotonculteurs ouest-africains, venus de six pays du continent, se sont réunis pendant trois jours à Dakar. Objectif : mettre en commun les bonnes pratiques et échanger sur les défis partagés par la filière, entre fluctuation des volumes dans un contexte de changement climatique, lutte contre les ravageurs et difficulté de financer les intrants agricoles. De notre correspondante à Dakar, Autour de la table, des producteurs de coton du Burkina Faso, du Cameroun, du Mali, du Sénégal, du Tchad et du Togo. Du bilan de l’année écoulée ressort un constat commun : entre la pluviométrie erratique liée au changement climatique, l’insécurité dans de nombreuses zones et la pression des parasites, impossible de maintenir un rendement satisfaisant sans appui de l’État. Principal plaidoyer de l’Association des producteurs de coton africains (AProCA) : obtenir davantage de soutien financier des pays producteurs. « Il faut que l’État subventionne les intrants, estime Koussouwè Kouroufei, président de la Fédération des groupements de producteurs de coton du Togo et de l’AProCA, surtout les engrais et les pesticides qui sont tellement chers aujourd’hui, surtout avec l’apparition de ce jasside. C’est une augmentation qui n’était même pas dans notre compte d’exploitation, donc, aujourd’hui, si l’État ne fait pas quelque chose, le producteur ne s’en sortira pas ». À lire aussiFace à un contexte mondial défavorable, le coton africain en lutte pour sa survie Le jasside, un ravageur qui fait exploser les coûts de production Le jasside, du nom de cet insecte ravageur apparu en Afrique de l’Ouest début 2020, provoque des dégâts considérables sur le coton. Comme au Cameroun l’année dernière, seul pays où il n’y a pas de subventions aux engrais ou pour l’achat de pesticides. Résultat : un important manque à gagner, comme en témoigne Gilbert Dousselbe, producteur de coton sur 20 hectares au nord du Cameroun : « C’est vrai, la campagne 2024-2025 a beaucoup joué sur le rendement, car on a eu l’attaque des jassides et le produit qu’on a utilisé pour contrôler ces jassides a eu aussi un autre effet, car ça a tellement coûté cher. En plus, les rendements ont baissé, ça a beaucoup joué sur les recettes ». Des recettes en baisse, avec une production en recul de plus de 20 %. Le Sénégal, une exception grâce à l’appui de l’État Il y a cependant une exception dans ce climat morose : le Sénégal, avec une production qui a presque doublé, elle est passée de 12 000 à 20 000 tonnes cette année. La recette ? « C’est la relation entre les producteurs de coton et la société cotonnière, explique Moussa Sabaly, producteur dans la région de Kolda, nous avons eu beaucoup de difficultés mais le gouvernement nous a soutenu et nous avons pu obtenir des intrants de qualité, à bon prix et à bonne date. L’État nous a soutenu sur le prix ». Dans un manifeste publié à l’issue de la réunion, les 15 pays membres de l’Association des producteurs de coton africains appellent les États à soutenir une filière particulièrement fragilisée, en facilitant l’accès à des intrants agricoles à des prix abordables et à du matériel de qualité, avec un objectif : produire au moins une tonne par hectare d’ici 2030. À lire aussiLes cotonniers africains sur le qui-vive refusent d'être déclassés 
Ghana: après des années chaotiques, le secteur pétrolier va-t-il connaître un second souffle?
2026/02/02
Après quatre ans d'arrêt, la seule raffinerie de pétrole publique du Ghana a finalement recommencé ses activités en décembre 2025. Une annonce précédée plus tôt dans l'année par des promesses d'investissements chiffrées à plus de trois milliards de dollars dans l'exploration et le forage. Au cœur de la stratégie de l'administration de John Dramani Mahama : la reconstruction de la confiance avec les géants du secteur, après des années de déclin. De notre notre correspondant à Accra, Un rendement en mesure de couvrir 40% des besoins en carburant du Ghana : voici ce que devrait permettre de produire la raffinerie de pétrole de Tema, selon les estimations de Kodzo Yaotse, responsable pétrole et énergie conventionnelle à l'Africa Centre for Energy Policy. De quoi soulager les finances du pays – le carburant représentant le premier poste d'importation du Ghana –, mais pas seulement. « C'est une très bonne nouvelle pour sa contribution à la sécurité énergétique du pays, spécifiquement en réduisant la dépendance énergétique en importation de produits raffinés. Mais également dans la constitution de réserves stratégiques de carburants essentiels à un niveau national », explique Kodzo Yaotse. D'une production de 28 000 barils raffinés par jour, la raffinerie de Tema espère presque doubler sa production dans un futur proche. Encore faut-il, selon Kodzo Yaotse, que la seule raffinerie administrée par l'État ghanéen ne retombe pas dans les travers qui ont conduit à sa fermeture, quatre ans plus tôt : « Accumulation de dettes chroniques, exposition à la volatilité des prix du pétrole brut, manque de devises étrangères ou encore mauvaise gestion généralisée au sein de l'entreprise... Depuis la reprise en main par le nouveau gouvernement, nous n'avons pas vu de stratégie accessible au public qui montre que ces problèmes ont été résolus de manière durable. » À lire aussiPétrole: au Ghana «l'objectif, c'est de produire jusqu'à la dernière goutte» « La rhétorique doit être suivi d'actes » En plus de l'arrêt de la raffinerie de Tema, le Ghana a par ailleurs connu, ces huit dernières années, une absence d'investissements majeurs dans l'exploration et le forage de pétrole brut. Des erreurs stratégiques auraient été commises par la précédente administration. « Ce qu'ils essayaient de faire, c'était d'optimiser les gisements en déclin, beaucoup moins de mener de nouvelles explorations. Donc d'exploiter la ressource jusqu'à la dernière goutte plutôt que de la faire grandir », avance Bright Simons, analyste au think tank ghanéen Imani. Résultat : la production de pétrole brut n'a fait que décliner depuis cinq ans, passant de 71 millions de barils environ en 2019 à seulement 48 millions en 2024. Une trajectoire que le président actuel du Ghana, John Dramani Mahama, entend bien changer. En septembre 2025, le gouvernement ghanéen a par exemple annoncé la signature d'un mémorandum d'intention de 1,5 milliard de dollars avec la major italienne ENI. Mais, d'après Bright Simons, le chemin est encore long avant de pouvoir en tirer réellement profit : « La rhétorique doit être suivie d'actes. Aujourd'hui, il y a un manque de coordination au niveau gouvernemental qui doit être adressé afin de pouvoir provoquer de réelles débouchées commerciales, et ainsi attirer encore plus d'investissements. » À lire aussiLe Ghana annonce le redémarrage de la raffinerie publique de pétrole de Tema
En Afrique du Sud, la guerre du tabac est déclarée avec le géant British American Tobacco
2026/02/01
Le groupe British American Tobacco (BAT) menace de fermer sa seule usine de production sud-africaine. BAT se dit victime du marché illégal de cigarettes dans le pays ; l'entreprise estime qu'il représente environ 75% du marché. Seulement, derrière ce possible retrait du sol sud-africain, certains acteurs du secteur y voient surtout une manœuvre commerciale. Selon British American Tobacco, le marché du tabac sud-africain est aujourd'hui dominé à 75% par le commerce illégal de cigarettes. « On nous a longtemps promis des changements, mais rien n'est fait. Et aujourd'hui, nous avons tout simplement atteint un point où nous ne sommes plus en mesure de desservir un marché qui n'existe pas », se défend Johnny Moloto, en charge de la région Afrique subsaharienne pour l'entreprise. Seulement, dans son communiqué, BAT annonce passer à un modèle d'importation. La multinationale souhaite donc quitter l'industrie sud-africaine, mais pas son marché. Une situation incompréhensible pour Sinen Mnguni, président de FITA, une coopération d'acteurs du tabac créée en 2012 pour faire face aux grandes entreprises du secteur : « Si vous n'êtes pas satisfait des règles, pourquoi produire à l'étranger pour ensuite importer en Afrique du Sud ? En fin de compte, ils licencient des employés en Afrique du Sud et souhaitent désormais avoir le moins de relations possible avec les autorités sud-africaines. Tout en faisant en sorte que la réglementation soit si stricte pour les acteurs locaux et qu'il leur sera impossible de faire des affaires. Ils veulent renforcer leur contrôle à tel point que les acteurs locaux ne puissent plus les concurrencer. » Un coup de bluff de British American Tobacco ? La situation illustre le combat entre petits producteurs et multinationales. Quelques jours après l'annonce par BAT de la fermeture de son usine fin 2026, plusieurs médias sud-africains révèlent qu'en parallèle, l'entreprise a racheté plus de 100 000 de ses propres actions. « Le cœur de cette histoire, c'est surtout l'intérêt des actionnaires, décrypte le professeur Lekan Ayo-Yusuf, directeur du Centre africain pour la surveillance de l'industrie du tabac, mais ils utilisent désormais la question du commerce illicite pour forcer le gouvernement à négocier et à les aider à retrouver une place dominante, puisqu'ils ne sont pas en mesure de battre leurs concurrents sur le marché… Vous savez, BAT est une entreprise très rusée. Par exemple : BAT est désormais le plus grand détenteur de parts de marché dans le domaine des cigarettes électroniques. Ils pourraient alors tenter d'utiliser ce problème de commerce illicite, qui concerne les cigarettes traditionnelles, pour faire pression sur le gouvernement et obtenir une exemption des restrictions publicitaires ou des taxes sur les cigarettes électroniques, tout ça pour compenser leurs pertes liées au tabac. » Le professeur utilise l'expression « faire pression », parce que BAT parle maintenant de continuer sa production locale si la part du commerce illicite chute drastiquement en Afrique du Sud. À lire aussiLe tabac: histoire d'un produit populaire devenu un problème de santé publique
En Éthiopie, la réforme fiscale fait grincer des dents les petits commerçants
2026/01/29
En juillet 2025, le Parlement éthiopien a adopté une importante réforme fiscale. Objectif : moderniser son système de collecte de l'impôt pour augmenter les recettes de l'État. Six mois après son entrée en vigueur, les conséquences de cette révision se font sentir auprès des petits commerçants, auxquels les autorités demandent toujours plus de taxes.  Avec notre correspondante à Addis-Abeba,  La file de clients ne désemplit pas devant l'épicerie d'Assefa. À l'angle d'un chemin escarpé du quartier de Kotebe, à Addis-Abeba, le commerçant vend depuis quatre ans des produits du quotidien comme l'huile, le sucre ou des légumes. Mais cette année, Assefa est amer : les taxes exigées par les autorités d'Éthiopie ont explosé. « Cette année, j'ai payé entre 25 000 et 30 000 birrs de taxes. L'année dernière, on m'a demandé entre 3 000 et 5 000 birrs. Quand j'ai vu ça, j'étais dévasté. Ca m'a beaucoup stressé. Le gouvernement ne nous aide vraiment pas avec cette politique, ça détruit les petits business. On ne peut pas payer ces sommes et en même temps bien gagner notre vie », confie-t-il. Assefa fait partie des nombreux propriétaires de petites entreprises étranglés par les taxes. Car pour atteindre l'objectif ambitieux de recettes de 1 200 milliards de birrs éthiopiens, fixé pour le dernier exercice fiscal, les autorités ont besoin de collecter toujours plus d'argent. Les PME exerçant dans le système formel sont les premières touchées, explique Hayat Fedlu, économiste et rédactrice pour Business Review Magazine. « La plupart des petites entreprises opèrent dans le secteur informel. À cause de cela, l'État éprouve des difficultés à percevoir des recettes fiscales. Le système s'est donc focalisé à tort sur les cibles faciles, à savoir les petites entreprises déclarées », détaille-t-elle. Encourager la formalisation À l'origine de cette situation, on retrouve la révision du système fiscal éthiopien, en vigueur depuis six mois. « La dernière réforme de l'impôt sur le revenu a introduit un nouveau mécanisme d'imposition des petites entreprises, basé sur le chiffre d'affaires annuel », décrypte Edris Seid, économiste spécialiste de la fiscalité. « Or, j'ai constaté que certaines entreprises sont surtaxées simplement parce qu'elles sont sous la surveillance des agents du fisc. Lorsque ces agents sont chargés de recouvrer des impôts supplémentaires, ils s'en prennent généralement aux entreprises formelles qui paient déjà leur juste part », poursuit-il. Pour l'économiste, des solutions existent pour rendre ce changement moins brutal auprès des petits commerçants : « Le gouvernement doit faciliter quelque peu l'enregistrement ou la formalisation, afin de leur permettre d'intégrer l'économie formelle. Ce qui lui permettra de collecter davantage d'impôts. » Les montants, jugés exorbitants par les commerçants et exigés par les autorités font partie, des raisons qui ont poussé à l'expiration de plus de 80% des licences commerciales en 2025. À lire aussiL'économie informelle en Afrique
Port de Berbera: convoitises autour du «balcon sur le Bab el-Mandeb»
2026/01/28
Mi-janvier, la Somalie, en conflit diplomatique avec les Émirats arabes unis, a annoncé annuler tous les accords avec Abou Dhabi. Parmi eux, Mogadiscio vise notamment le contrat d’exploitation du port de Berbera, opéré par DP World au Somaliland. Hargeisa et l’opérateur émirien ont réfuté la compétence de Mogadiscio sur ce port. Un port au cœur d'enjeux croisés.  Cette sortie de Mogadiscio est la dernière en date d’une longue série. En 2024 déjà, un accord avec l'Éthiopie devant lui permettre un accès à la mer suscitait une levée de boucliers de la part de la Somalie. À lire aussiL’Éthiopie signe un accord avec le Somaliland pour avoir accès à la mer Pour Yann Alix, spécialiste des infrastructures portuaires africaines, ces frictions révèlent l’enjeu stratégique du port de Berbera : « Aujourd'hui, dans la lecture géopolitique que l'on peut faire sur l'exploitation des trafics de conteneurs dans la Corne d'or, c'est cette mise en avant, évidemment, de l'importance géostratégique et géoéconomique des terminaux à conteneurs dans le fonctionnement socio-économique des nations et de toute la Corne d'or. » Le gérant de la fondation Sefacil rappelle : « On l'avait déjà vu avec Djibouti et le litige qu'ils avaient avec DP World. Et donc effectivement, ce sont des assets stratégiques qui sont de plus en plus exposés, finalement, à la turbulence géopolitique du monde que l'on vit aujourd'hui. » Berbera suscite l’intérêt du fait notamment de sa position géographique, aux portes du canal de Suez. « Berbera est comme un balcon sur un énorme corridor maritime, ce balcon sur le Bab el-Mandeb est incontournable », décrit Ali Hojeij, avocat d’affaires, spécialiste des infrastructures portuaires en Afrique. Berbera, en chiffres, c’est aujourd’hui « à peu près 1 050 mètres de quais, dont un nouveau quai conteneur de 400 mètres, un tirant d'eau de 17 mètres, et une capacité annuelle moyenne d'EVP, donc pour les conteneurs, on est aujourd'hui à 500 000 en moyenne ».   À lire aussiSomaliland: le port de Berbera au cœur des tensions entre la Somalie et les Émirats arabes unis DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars Depuis sa prise opérationnelle en 2017, DP World revendique avoir fait progresser le volume de cargo de 35 %. Le Somaliland importe l’essentiel de sa consommation par Berbera : principalement des produits alimentaires, des produits pétroliers, des matériaux de construction et tous types de machines et d’équipements. Un accès vital pour son approvisionnement, mais également stratégique pour l’entrée des devises. Spécificité : Berbera s’est imposé dans la région sur le segment de l’exportation de bétail sur pied, c'est-à-dire moutons, chèvres et vaches, mais aussi chameaux. « Il a une capacité de bétail qui est aujourd'hui d'environ 4 millions de têtes par an pour les terminaux spécialisés. Et si on observe au-delà de la question bétail, qui, en effet, est essentielle non seulement pour le Somaliland, mais aussi pour l’hinterland de l'Éthiopie, on voit de manière plus globale en termes de performance que les ports de Berbera et de Djibouti, bien sûr, qui est plus grand que celui de Berbera, sont quand même devant Mombasa », souligne Ali Hojeij. En 2024, l’exportation a rapporté plus d’un demi-milliard de dollars au Somaliland, en augmentation de 20 % sur un an. Pour tenir le rythme, à terme, DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars dans les infrastructures portuaires de Berbera. À lire aussiLe port de Berbera au centre de l'accord entre l'Éthiopie et le Somaliland 
Guinée: orpailleur artisanal, une profession à haut risque
2026/01/27
Dans la préfecture de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, région riche en or, l’orpaillage artisanal est l’activité économique qui emploie le plus. Selon des estimations, plus de 200 000 personnes en tirent un revenu direct. Mais, cette activité présente des risques. Régulièrement, des puits s’effondrent sur les mineurs. Les sites d’orpaillage bénéficient certes de l’assistance de la Croix-Rouge pour les secours, mais cela ne suffit pas toujours. De notre envoyé spécial à Siguiri, Au fond de son puits d’une dizaine de mètres, Sidiki remplit des seaux de boue et de roches qu’il a extraites avec sa pioche. Quand le seau est plein, il est remonté avec une corde par des personnes restées à la surface. Si les orpailleurs ont de la chance, ils y trouveront de la poussière d’or. Sidiki remonte à la surface, ses vêtements sont recouverts de boue, son visage aussi. Il a une quarantaine d’années, cela fait vingt ans qu’il est mineur, et il a déjà connu un accident. « C’est un travail difficile, témoigne le mineur. J’ai déjà vu un éboulement sur d’autres mineurs. Et moi, ça m’est aussi arrivé une fois : j’étais dans le puits, j’ai cherché à me lever, il y a eu un bruit puis ça s’est effondré. J’ai crié et cinq personnes sont venues m’aider : ils ont creusé pour enlever la terre et j’ai pu sortir. Mon corps était entièrement enseveli, sauf ma tête. J’ai eu de la chance. » Et même s’il a vécu cet épisode traumatisant, il continue à descendre. « Malgré ça, je n’ai pas peur. Je n’ai pas d’autre travail donc je continue de faire ça pour nourrir ma famille », explique-t-il. « Il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé » Mounir, lui, reste à la surface pour remonter les seaux. Il a 18 ans, il était chauffeur, mais un accident lui a causé des problèmes de vue, alors il travaille ici depuis deux ans. Quand il a débuté, il descendait dans les puits, mais il a arrêté à cause du danger que cela représente. « C’est très profond, c’est obscur et on a du mal à respirer quand on est au fond. J’ai déjà vu un éboulement, tout s’est effondré sur le creuseur. Les autres ont pu le sortir, il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé. Ses hanches sont abîmées, il ne peut plus marcher normalement. Depuis, ça me fait peur. Même si on gagne plus d’argent quand on descend, je ne veux plus le faire », détaille Mounir. Souvent, les accidents se produisent à cause de négligences. « Généralement, c’est lorsque les consignes de sécurité ne sont pas appliquées », déplore M’Bemba Bayo, le président de la Croix-Rouge dans la préfecture de Siguiri. « Là où on creuse et qu’il y a faille, les traditionnels sont informés et ils interdisent et balisent la zone pour interdire l’accès au site. Mais si vous ne respectez pas les consignes de sécurité et que vous descendez en l’absence des chefs traditionnels, s’il y a effondrement, c’est que vous n’avez pas respecté », détaille-t-il. En cas d’effondrement, la Croix-Rouge aide les orpailleurs à sortir les victimes, à leur appliquer les premiers soins et à les évacuer vers un centre de santé. Malgré ces risques, le cours élevé de l’or incite toujours plus d’orpailleurs à creuser le sol pour en trouver. À lire aussiRemède à la misère pour certains, l’or transforme en profondeur la société guinéenne
En Tunisie, les agricultrices à la conquête de la propriété et des marchés
2026/01/26
Comment aider les Tunisiennes à devenir propriétaires de leurs terres agricoles ? Elles représentent 80 % de la main-d'œuvre agricole, mais seulement un quart d'entre elles tiennent une exploitation. Pour les aider à se mettre à leur propre compte, ou à acheter leurs terres, ces dernières années, des programmes leur viennent en aide. Grâce à des bailleurs de fonds ou des financements étatiques, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer.  Derrière son stand bien achalandé, Dhekra Ben Salah présente fièrement son huile d'olive. Elle a fait le déplacement depuis le Kef, au nord de la Tunisie, pour faire découvrir son travail à l'occasion d'un événement à Tunis. Le résultat d'un labeur acharné pour cette ingénieure agronome reconvertie à l'agriculture. « J’ai planté dix hectares d’olives de la variété Chetoui », explique-t-elle. C’est grâce à un prêt foncier, « une opportunité que donne l’État pour les ingénieurs agronomes », qu’elle a pu se lancer. Un prêt sur 25 ans avec un taux d’intérêt à 3 %, une aubaine pour elle qui a toujours voulu revenir sur sa terre natale après des années passées à l’étranger. Malgré ce coup de pouce, les difficultés restent nombreuses, notamment pour « la vente en ligne, la visibilité ou le financement. Par exemple, pour exporter un produit, il faut avoir certaines certifications, telles que le bio qui coûte au minimum 4 000 dinars par an ». Des collectifs pour s'entraider Cela représente un budget considérable pour ces agricultrices-entrepreneuses qui partent souvent de rien. Comme Meriem Majdi, qui tient un collectif d'agricultrices à Sidi Bouzid, au centre-ouest tunisien. « Au début, on n’avait pas grand-chose, à part le savoir-faire lié au bois d’olivier », raconte-t-elle tout en se prenant en photo avec des représentants étrangers sur son stand. « On s'est organisées à plusieurs pour s'entraider et aussi créer plusieurs produits de la région. On a participé à des formations et on a réussi à se rendre plus visibles. Et après une visite organisée par l'Organisation internationale du travail en Afrique, on a commencé à participer à des foires africaines et maintenant, nous avons un réseau. » Aujourd’hui, avec trente femmes de la région, Meriem Majdi exporte de l’huile d’olive et du bois d’olivier vers la Côte d’Ivoire et le Kenya. Cette constitution en collectif leur permet aussi de sortir du travail informel et de constituer des entreprises durables. Un élan important pour ces femmes qui représentent près de 50 % de la population rurale active. À lire aussiEn Tunisie, les femmes apportent un nouveau souffle au secteur de l'olive
RDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23
2026/01/25
Les rebelles du M23 contrôlent plusieurs gisements stratégiques et font transiter les minerais par le Rwanda, un moyen clé de financement du conflit. C’est notamment le cas des mines de Rubaya, situées à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, qui fourniraient entre 15 et 20 % du coltan mondial et restent toujours sous le contrôle du M23. Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux gravissent les collines de Rubaya, pelles et pioches en main, dans l’espoir de trouver sous terre de précieux fragments de coltan. Les équipes de jour et de nuit se relaient sans interruption sur ces sites hautement convoités. Le M23 y prélève des taxes importantes : 50 000 francs congolais par jour et par puits. Une spoliation organisée qui se poursuit, selon Jean-Pierre Okenda, directeur de l’ONG congolaise La Sentinelle des ressources naturelles. « La guerre, c’est l’argent, et l’argent, ce sont les mines de Rubaya. En réalité, c’est l’essentiel du budget du M23, compte tenu de l’importance du gisement et de la qualité du coltan. Rubaya reste l’épicentre de cette guerre et permet de ravitailler suffisamment le M23, et bien entendu le Rwanda », explique-t-il. À lire aussiEst de la RDC: les minerais des Kivus entre économie, géopolitique et insécurité (rfi.fr) Une contrebande de minerais avérée Une fois extraits, les minerais sont vendus à des négociants, qui s’acquittent eux aussi d’un agrément annuel auprès du M23. Le coltan est ensuite confié à des transporteurs qui l’acheminent jusqu’à Mubambiro, près de Goma, avant de franchir la frontière rwandaise. À ce stade, les minerais sont mélangés à d’autres productions, ce qui rend leur traçabilité quasi impossible. Des fraudes documentées par le programme ITSCI, chargé de promouvoir des chaînes d’approvisionnement responsables. Son directeur, Mickaël Daudin, pointe des incohérences. « Prenons l’exemple du Rwanda. Nous avons mis en place des contrôles efficaces au niveau local et constatons que, sur l’année 2025, les données de production tracées sont restées stables. En revanche, si l’on observe les statistiques internationales, on note une très forte augmentation des importations, en particulier de tantale, en provenance du Rwanda », souligne-t-il. Des gisements dans l'accord USA-RDC ? Les mines de coltan de Rubaya figurent aujourd’hui sur la liste des projets proposés par la RDC aux États-Unis dans le cadre d’un accord sur les minerais stratégiques. Le pari de Kinshasa : attirer l’intérêt américain pour sécuriser la zone. Un espoir que tempère Jean-Pierre Okenda. « On peut considérer cet accord comme un échange minerais contre sécurité. Kinshasa nourrit beaucoup d’attentes, car les minerais sont la clé de voûte de tout le système. Il y a clairement une volonté des États-Unis de contrer la Chine en RDC. Mais il faut relativiser : une exploitation industrielle n’est pas possible sans une pacification durable de la région », avertit-il. Récemment, le groupe suisse Mercuria et un fonds d’investissement américain ont annoncé des investissements pour moderniser l’extraction à Rubaya. Un effet d’annonce, selon plusieurs experts, qui estiment que le Rwanda ne renoncera pas à l’exploitation de ces ressources sans garanties solides. À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?
Infrastructures, tourisme, investissements: une CAN 2025 gagnante pour le Maroc
2026/01/22
Au Maroc, la CAN s’est achevée dimanche 18 janvier 2025, et a battu tous les records en termes économiques. Une augmentation de plus de 90 % des revenus pour l’organisateur, record de sponsors (23), record de spectateurs en tribune avec plus de 1,3 million. Du côté marocain, c’est un premier bilan très positif qui en est tiré, notamment en termes de développement. « Ce sont des méga-chantiers, dans tout le pays, qui sont accélérés par ces rendez-vous, analyse Ryad Mezzour, le ministre de l'Industrie et du Commerce. Ces rendez-vous viennent avec des exigences, ils nous mobilisent. Pour vous donner une idée, on est sur 40 milliards d’investissements par an. Ces deux dernières années, organiser la CAN nous a fait gagner dix ans de développement en termes d'infrastructures. » Avec un record annuel de 20 millions de visiteurs, le secteur du tourisme est en première ligne. Mais la ministre en charge, Fatim-Zahra Ammor, y voit un catalyseur sur un plan politique plus global : « Ce qu’il faut retenir, c'est que, grâce au leadership de Sa Majesté aujourd'hui, nous avons mis en œuvre une feuille de route pour laquelle le gouvernement a investi, a mobilisé 600 millions d'euros depuis 2023. » Objectif : 26 millions de visiteurs d’ici la fin de la décennie : « Nous avons mis en place des leviers qui ont montré leur efficacité et que nous continuons à déployer. On a renforcé de manière significative la connectivité aérienne et beaucoup investi dans l'hébergement, mais également dans l'offre d'animation pour augmenter les durées moyennes de séjour et pour augmenter les revenus. » De nouveaux marchés Avec six villes d’accueil, la compétition a permis de mettre en valeur des destinations peu touristiques. La CAN a également permis d’attirer de nouveaux publics : du Nigeria, de l'Afrique du Sud, mais également d’Asie. Hamid Bentahar est le président de la Confédération nationale du tourisme. Il a remarqué de nouveaux types de demandes. « Cela a eu un impact sur l'activité des congrès, des séminaires et des demandes qui arrivent, de marchés avec lesquels on faisait peu de business dans le passé et qui s'intéressent de plus en plus au Maroc, témoigne-t-il. Je n’ai jamais reçu autant d'appels que ces derniers temps sur des investisseurs africains qui ont envie d'investir au Maroc et qui voient le Maroc, au-delà d'une terre d'hospitalité, comme une terre d'opportunité, d'investissement. » Le Maroc a été cette année marqué par les manifestations de la GenZ aux revendications sociales. Pour la ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire du Maroc, l’organisation de ces évènements sportifs doit bénéficier aux populations. « Quand on met un TGV entre Casablanca et Marrakech, ce sont d'abord les Marocains qui vont en profiter. Il y a beaucoup de projets dans le secteur de la santé qui sont en cours et qui profiteront aux Marocains. Quand on prévoit de mettre un RER également, ce sont les Marocains qui en profiteront, met en avant Fatim-Zahra Ammor. Tous ces événements, comme la Coupe du monde 2030, par exemple, ainsi que tous les projets qui y sont associés, sont des accélérateurs de développement pour notre pays d'abord et pour sa population. » Selon les autorités, 25 000 emplois sont créés chaque année dans le secteur du tourisme ; elles visent 150 000 emplois d’ici à 2030. À lire aussiCAN 2025: le Maroc, déjà première destination en Afrique, attend des retombées touristiques
Au Cameroun, le grand flou autour de la production d'or
2026/01/22
Alors que le cours de l’or atteint des sommets, le Cameroun peine à tirer profit de sa production aurifère. Le dernier rapport de l’ITIE révèle un écart spectaculaire entre les exportations officiellement déclarées et les chiffres avancés par les pays importateurs, mettant en lumière une filière minière largement opaque.   22,3 kilos d’or exportés en 2023 : c’est le chiffre communiqué par l’administration camerounaise et repris dans le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Un volume dérisoire comparé aux données du principal pays importateur, les Émirats arabes unis, qui affirment avoir acheté près de 15 tonnes d’or camerounais sur la même période. Un écart qui soulève de sérieuses interrogations sur la production réelle du pays. Pour Marc Ummel, responsable Matières premières au sein de l’ONG Swissaid, plusieurs explications se superposent. « Il peut y avoir eu une augmentation de la production d’or au Cameroun. Mais on sait aussi, et cela a été documenté, qu’une partie de l’or de Centrafrique transite en contrebande par l’est du Cameroun avant d’être réexportée vers les Émirats arabes unis. » La production officiellement déclarée reste extrêmement faible. « Une grande partie de l’or n’est pas déclarée. Il y a beaucoup de production illégale et un écart très important lié à la contrebande », souligne Marc Ummel. De l'or qui s'échappe très rapidement S'exprimant sur ce décalage, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry reconnaît les limites de l’appareil étatique. Il estime que la société nationale des mines, la Sonamines, ne dispose pas des moyens « financiers et technologiques » nécessaires pour assurer un suivi efficace de la production aurifère. Ce manque de structuration de la filière aurifère est dénoncé notamment par le chercheur Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole à l'université de Bamenda, qui pointe une filière mal structurée. « Notre compagnie nationale minière intervient uniquement en aval, au niveau de la collecte et de la commercialisation. Mais qui s’occupe de l’exploitation ? C’est là que l’or nous échappe. Avec une réelle volonté politique, le Cameroun pourrait produire jusqu’à 20 tonnes d’or par an. », estime-t-il. Extrait en grande partie dans l’est du pays, l’or camerounais transite de collecteur en collecteur avant d’être acheminé vers Yaoundé ou Douala. Il est ensuite vendu à des bureaux d’achat et à des sociétés de trading souvent opaques, avant d’être exporté, principalement vers les Émirats arabes unis. « L’or est transporté par des personnes, en bagage à main, jusqu’aux Émirats arabes unis. Une partie est aussi passée par l’Ouganda en 2024 avant d’y être exportée, explique Marc Ummel, il y a un phénomène de contrebande extrêmement important. Il y a vraiment un besoin ou une nécessité que les autorités s'engagent pour lutter contre ce fléau de la contrebande et que cet or soit déclaré pour que l'État en profite ».  Selon l’ITIE, ces dysfonctionnements auraient entraîné des pertes estimées à 1,8 milliard de francs CFA pour la Sonamines sur la seule année 2023. Face à cette situation, le directeur général de la société d’État a réclamé la fermeture immédiate de tous les sites semi-mécanisés illégaux, jusqu’à leur mise en conformité.
Infrastructures, commerce, emploi: l’Afrique mise sur les corridors intégrés
2026/01/20
Construire des écosystèmes économiques durables, développer les industries, les transports et les opportunités d'emploi tout en misant sur la collaboration entre les pays : les projets de corridors intégrés fleurissent sur le continent. Bâtis autour d'axes de circulation, ce sont bien plus que de simples infrastructures destinées à exporter des matières premières, mais plutôt la promesse d'un développement économique qui profite au plus grand nombre.  De notre envoyée spéciale à Luanda, L’autoroute Abidjan-Lagos, qui doit relier sur plus de 1 000 kilomètres cinq mégapoles d’Afrique de l’Ouest, est un exemple des grands projets de corridors qui se multiplient sur le continent. Ces grands travaux ont pour but de stimuler le développement économique et industriel, ainsi que le commerce entre les pays. Pour Amine Idriss Adoum, directeur en charge des infrastructures à l’agence de développement de l’Union africaine, cela représente un changement de paradigme : « Aujourd'hui, si vous regardez le commerce transfrontalier ou le commerce intra-africain, c'est à peu près 15 %, ce qui est extrêmement bas par rapport au reste du monde. Pendant longtemps, nous avons fait l'erreur de croire que les projets de transport doivent servir uniquement pour exporter. Nous sommes en train de montrer que la mobilité a un véritable impact économique. » La mobilité pour encourager l’intégration nationale, une ambition qui nécessite de la part des pays concernés de gros efforts d’harmonisation des politiques et de gouvernance. C'est même « le principal défi » pour Pedro Pinto, PDG de Dominio Capital, une entreprise liée à la logistique du secteur pétrolier : « La plupart de ces investisseurs craignent que la situation d'un pays donné ne change radicalement d'ici trois, quatre ou cinq ans. » Le corridor de Lobito, un modèle Avec des objectifs économiques et sociaux multiples, les corridors intégrés sont des projets très ambitieux, qui appellent des investissements massifs. Cette dimension supplémentaire demande le soutien des investisseurs et partenaires. « Ce sont des projets d'éducation, de santé, qui sont plus complexes que faire purement des infrastructures, estime Sergio Oliete, en charge des transports à la Commission européenne. Si on veut faire bien les projets, ils sont plus complexes et plus coûteux. »  Déjà bien avancé, le corridor de Lobito, qui doit permettre de relier les régions minières de la Zambie et de la RDC à la façade atlantique de l’Angola, est souvent érigé en modèle de ces nouveaux corridors intégrés. Le long de la ligne ferroviaire sont prévus la création de zones économiques spéciales, l’extension de la couverture du réseau mobile ou encore le développement du secteur agricole. À lire aussiAngola: les États-Unis accordent un prêt pour moderniser le tronçon angolais du corridor de Lobito
Tchad: Baga Sola, «capitale humanitaire» du Lac, victime du retrait de l’aide
2026/01/19
Ces quinze dernières années, la ville de Baga Sola dans la province tchadienne du Lac a connu un essor économique sans précédent avec l’arrivée massive d’organisations humanitaires déployées en réponse aux exactions de Boko Haram. Mais aujourd’hui, sous l’effet conjugué de la multiplication des crises et des baisses des financements occidentaux, les ONG se retirent de la zone, le Lac sombre dans l’oubli de l’aide internationale et Baga Sola périclite. De notre envoyé spécial de retour de Baga Sola, « Actuellement nous sommes au carrefour, station Cho Cherif », explique Vincent Gouara Lassou, agent de protection pour Handicap International à Baga Sola. Il nous sert de guide aujourd’hui. Ici, c’est le cœur de la ville. Avant « il y avait de l’ambiance. Il y avait des embouteillages tout au long de la route. Les gens mettaient ici des marchandises. Et quand vous regardez avec moi, maintenant tout est quasiment vide, décrit-il. Derrière là, c’était un bureau d’une ONG nationale. Ils ont perdu les financements. C’est pourquoi ils ont quitté ce bâtiment. C’est vraiment la crise. » Après 15 ans de crise humanitaire, l’attention se détourne du Lac. Les efforts sont redirigés vers l’Est du Tchad où affluent les réfugiés soudanais. Puis en janvier, la suspension de l’aide américaine est un nouveau coup dur : « Il y a des pères de familles qui se retrouvent à la maison, sans travail, puisqu’ils sont arrivés au terme de leur contrat et avec la rupture des financements ils sont partis. Donc, je me retrouve presque seul. Et cela m’affecte aussi. » « Ça nous a vraiment impactés » Tous les pans de l’économie sont touchés à Baga Sola. « Même au marché, vous trouvez des commerçants qui se plaignent car ils ne voient plus personne », intervient Vincent Gouara Lassou. Bienvenue Balong est l’un de ces commerçants. Il fournit les ONG en véhicules et carburant. « Auparavant par mois, je vendais au moins 68 000 litres. Mais de nos jours, je n’arrive même pas à vendre 30 000 litres. De 2015-2016 à nos jours, on est descendu à vraiment 35 % du chiffre d’affaires », se plaint-il. La politique de Trump et l’arrêt de nombreux financements ont été un coup dur. « Ça nous a vraiment impactés En janvier, on n’a pas travaillé. En février, on n’a pas travaillé. Jusqu’à mars, il n’y avait rien. Et si ça nous touche, ça touche aussi la population. Elle vit pire que nous », déplore-t-il. La population souffre également de l’arrêt des distributions du Programme alimentaire mondial qui a perdu près de la moitié de ses ressources au Tchad par rapport à l’an dernier. L’organisation humanitaire a également fermé son bureau de Baga Sola et cessé d’opérer les vols humanitaires vers la province, accentuant encore son isolement.
L'alimentation pour enfant, un marché porteur sur le continent africain
2026/01/18
La malnutrition infantile reste très importante sur le continent. Un tiers des enfants de moins de 5 ans souffre de malnutrition chronique, note l’Unicef. Une malnutrition souvent déterminée par la qualité et non la diversité des aliments donnés aux enfants. Ces dernières années, les scandales liés à l’alimentation pour bébé se sont multipliés. Les pratiques de grandes multinationales comme Nestlé sont dénoncées. Dans le même temps, de petites entreprises agro-alimentaires investissent de plus en plus le terrain de l’alimentation pour bébé. « Je suis Marie-Ange Ehounou, nutritionniste, diplômée d'État de la petite enfance et maman d'enfants en bas âge. » En 2018, cette jeune mère ivoirienne nourrit son bébé avec des aliments achetés dans le commerce. Elle pense bien faire, mais fait face à une situation inattendue. « J’ai été frustrée, révoltée par le vécu malheureux avec mon fils Kylian. Il a été atteint de malnutrition infantile et a failli mourir », témoigne-t-elle. Elle décide alors de faire une formation de nutritionniste et alimente un blog dédié. La demande d'informations et de produits de qualité est importante. Marie-Ange Ehounou se lance ainsi dans l'aventure Pouyou, la production de farine locale à base de produits sourcés et contrôlés. Pouyou compte aujourd'hui une dizaine d'employés, travaille avec une centaine d'agricultrices ivoiriennes et produit un peu plus de 40 000 tonnes de farine par an. Malgré la croissance de son activité, les défis ne manquent pas. « Surtout au niveau de la recherche de financements, explique l’entrepreneuse, parce que pour une start-up comme la mienne, où le marché est existant - il est fiable, il est viable et il croît rapidement -, il faut tout de suite avoir de l'argent pour pouvoir booster l'entreprise. Donc le défi est plus à ce niveau-là ».   À écouter dans Le Conseil santéL’alimentation idéale pour le nourrisson Alimentation pour bébé : un marché de plus d'un milliard d'euros En septembre dernier à Cotonou, l'Unicef a lancé l'initiative First Foods Africa. Un de ses objectifs : soutenir une agro-industrie dédiée à l'alimentation pour bébé de qualité. « On veut engager des entreprises locales qui cherchent à améliorer la nutrition des jeunes enfants. Quand on a identifié ce type d'entreprise, nous, on facilite l'investissement », détaille Mauro Brero, spécialiste nutrition de l'UNICEF. Il prend l’exemple des entreprises moyennes « qui n'ont pas un accès très facile aux financements parce qu'elles n'ont pas accès au microcrédit, parce qu'elles sont trop grandes pour le microcrédit ». Elles n'ont pas accès également « aux financements traditionnels par des banques, parce qu'elles ne peuvent pas donner de garanties suffisantes ». « C'est ça qu'on cible aussi », pointe Mauro Brero. Un secteur qui ne peut cependant pas avancer sans un appui politique important. « On travaille avec les gouvernements pour améliorer les standards et les politiques régulatrices, parce que c'est important d'avoir un environnement politique qui est favorable à la production locale et au business et en même temps, qui respecte les meilleurs standards », explique encore le spécialiste de l’UNICEF. « Parfois, ce n'est pas facile parce qu'on fait face à un lobbying très fort de certaines entreprises multinationales, mais les gouvernements peuvent aller dans cette direction, concède-t-il. On a la preuve que dans certains pays, c'est en train de marcher. » Pouvoir d'achat et prise de conscience des populations créent une demande de plus en plus importante. L’alimentation pour bébé est un secteur porteur. Ce marché, évalué à 600 millions d'euros en 2022, devrait dépasser le milliard cette année. À écouter dans Priorité santéQuestions de femmes: la diversification alimentaire chez l’enfant
Avec la mécanisation, la transformation du karité ivoirien rapporte plus aux coopératives
2026/01/15
La Côte d’Ivoire est l'un des plus gros producteurs de karité. Selon le Conseil du coton et de l’anacarde désormais en charge de la gestion de la filière karité, plus de 50 000 tonnes ont été produites entre avril et décembre 2025. Mais elle ne transforme localement qu'une part de sa production. À Tafiré, dans le centre-nord du pays, une unité moderne de transformation du karité, installée il y a deux ans par une ONG au profit de deux coopératives féminines, a profondément changé les pratiques. Moins de pénibilité, une production en hausse et des revenus plus réguliers : derrière le beurre de karité, c’est une véritable dynamique d’autonomisation économique qui s’installe.  Avec notre envoyée spéciale à Tafiré, À l’entrée de la commune de Tafiré, l’unité de transformation du karité est en pleine activité. Dans la cour, à l’ombre d’un arbre, une trentaine de femmes, pour la plupart d’âge mûr, s’affairent autour des amandes de karité, fraîchement ramassées en forêt. Assises sur des nattes, elles procèdent au tri, une étape essentielle, explique Yah Coulibaly, membre de la coopérative : « Nous trions les noix de karité pour enlever les mauvaises graines. Si le tri n’est pas bien fait, le beurre ne sera pas de bonne qualité. Quand toutes les femmes sont présentes, on peut trier plus de quinze sacs par jour. » Une fois triées, les amandes sont lavées, puis séchées au soleil. Viennent ensuite le concassage, la torréfaction et le broyage, qui permettent d’obtenir une pâte épaisse et rougeâtre. Malgré la présence d’équipements modernes, le moulin reste de capacité limitée. Et lorsque l’électricité fait défaut, les femmes doivent encore battre la pâte à la main. Elles sont aujourd’hui plus d’une centaine, issues de deux coopératives, à travailler dans cette unité. Avant son installation, chacune transformait le karité de façon individuelle. Ami Koné, l’une des responsables, mesure le chemin parcouru. « Avant, il fallait au moins quatre à cinq jours pour produire vingt kilos de beurre. Aujourd’hui, avec les moulins, en deux jours, on dépasse les cinq cents kilos. Et on a surtout appris comment bien traiter les amandes », détaille-t-elle. À lire aussiTransformation du karité, les femmes engagées malgré la pénibilité Des conditions pour développer la production Au-delà de la productivité, c’est le quotidien de ces femmes qui est transformé. Pour certaines, le karité est devenu la principale source de revenus. « J’ai cinq enfants. Quatre vont à l’école. C’est avec la vente du beurre de karité que je paie leur scolarité et les fournitures. Je ne fais aucune autre activité à part ça », assure Yélé Koné. Le beurre de karité produit dans cette unité est vendu sur place entre 2 000 et 3 000 francs CFA le kilogramme. Mais, malgré ces débouchés, un défi majeur persiste : l’approvisionnement en amandes de karité. En cause, la concurrence croissante sur le marché, explique Minafou Koné, présidente de l’ONG Femmes, Agriculture et Actions en Côte d’Ivoire, la FAACI, à l’origine de l’installation de cette unité de transformation : « Aujourd’hui, des industriels entrent dans la filière et parlent en termes de grandes quantités d’amandes. Forcément, sur le marché, la capacité d’achat de ces femmes diminue. C’est la loi de l’offre et de la demande : les prix des amandes augmentent et elles n’ont plus toujours les moyens d’en acheter suffisamment pour transformer. » Aujourd’hui, ces femmes ambitionnent d’exporter le beurre de karité produit à Tafiré. Mais, pour franchir ce cap, plusieurs conditions restent à remplir : sécuriser l’approvisionnement, disposer de davantage de zones de collecte de karité et surtout faire certifier la matière première, un passage obligé pour accéder aux marchés internationaux. À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes

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