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Atelier des médias

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Rating
★★★★★
5
from
1 reviews
This podcast has
25 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/04/18
Average duration
39 min.
Release period
7 days

Description

L'atelier des médias, présenté par Steven Jambot, est une émission qui analyse les r/évolutions du journalisme et des médias à l'ère numérique. Elle est diffusée en podcast chaque samedi matin.  Contact : [email protected] 

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Fact-checking au Sénégal : le combat de Fatou Diéry Diagne contre la désinformation
2026/04/18
L'atelier des médias reçoit Fatou Diéry Diagne, journaliste fact-checkeuse au quotidien sénégalais Le Soleil. Elle a publié « Résister à la désinformation : Journal d’une fact-checkeuse sénégalaise ». Dans cet entretien, elle explique son approche dans la vérification des faits et partage les impacts de son activité journalistique sur sa vie personnelle. À 28 ans, Ndèye Fatou Diéry Diagne s'est imposée dans le paysage médiatique sénégalais en se spécialisant dans la lutte contre les infox. Sortie major de sa promotion au Cesti, elle est devenue journaliste au quotidien national Le Soleil, au sein duquel elle a cofondé « Soleil Check », la cellule de vérification en vidéo du journal.  À écouter aussiSénégal : Lamine Niang veut « faire revivre » le quotidien national « Le Soleil » Dans son livre, Résister à la désinformation : Journal d’une fact-checkeuse sénégalaise (éditions Le Carré culturel, 2025), elle raconte un parcours sinueux guidé par une curiosité d'enfant. Elle y décrit sa démarche d'autrice comme « une halte pour reprendre mon souffle et, surtout, laisser une trace ». Des vidéos en wolof pour parler au plus grand nombre Pour contrer la viralité des rumeurs, la journaliste a fait le choix du smartphone et de la vidéo, mais surtout celui de la langue locale. Environ 80 % de la population sénégalaise comprend le wolof, contre seulement un tiers pour le français. « On s’est dit qu’il fallait que le fact-checking parle aux Sénégalais. Et qu’est-ce qui parle mieux au Sénégal actuellement ? C’est la vidéo, c’est la langue locale », explique-t-elle. Cette stratégie permet de toucher toutes les générations, notamment lorsque des fausses informations sur la santé ou la politique circulent massivement. Le poids psychologique de sa mission à l'ère des réseaux sociaux Le métier de fact-checkeur n'est pas sans risques. Entre les attaques sur son physique, sa foi ou sa crédibilité, Fatou Diéry Diagne évoque un « prix psychologique » lourd à encaisser. Pour se protéger, elle s'astreint à une discipline de fer, notamment dans sa vie privée. Elle écrit : « Ma réputation est devenue mon armure et mon fardeau. Je choisis mes relations avec précaution, parfois avec froideur [...] Une seule photo, un seul mot mal interprété et c’est tout un travail qui peut s’effondrer. » Pour une réponse régionale à la désinformation Au-delà de son travail de terrain, elle milite pour une réponse institutionnelle et régionale à la désinformation. Elle propose la création d'un centre technique ouest-africain et l'intégration de l'éducation aux médias (EMI) dans les politiques publiques. Pour elle, le fact-checking agit comme une « arme nucléaire douce » : invisible et silencieuse, mais déterminante pour la stabilité d'une société. Malgré les obstacles et le manque d'accès aux données publiques, la passion de Fatou Diéry Diagne reste intacte et elle entend la rendre contagieuse, notamment auprès des filles et des femmes qui prendront la peine de l'écouter.
Mali, Burkina Faso, Niger : les dynamiques médiatiques au sein de l’AES
2026/04/11
Entre stratégies d’influence étrangères et reprise en main des récits nationaux par les autorités de transition, le contrôle des médias est désormais un levier central de la souveraineté au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Pour décrypter ces mutations, L'atelier des médias reçoit la géopolitologue Selma Mihoubi. Depuis la série de coups d'État survenus entre 2021 et 2023, les pays qui se sont réunis en confédération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont opéré un tournant radical, y compris sur le plan médiatique. Loin d’être uniquement le fruit d'ingérences extérieures, cette transformation s’appuie sur des racines locales profondes. Un « alignement narratif » Selma Mihoubi, docteure en géopolitique à Sorbonne Université et consultante, souligne que ce « régime narratif » s'articule autour de trois axes : la célébration d'une souveraineté retrouvée face à l'ancienne puissance coloniale française, l’instrumentalisation de l’histoire et une occultation volontaire des revers sécuritaires face aux groupes djihadistes. Dans ce contexte d'« encerclement cognitif », les États de l'AES structurent leurs propres outils de communication. La création de la radio La Voix du Liptako, de la télévision AES TV et d’une agence de presse commune à Niamey vise à créer un « alignement narratif », explique la géopolitologue. « En fait, il y a vraiment une recherche de coalition informationnelle pour diffuser un même narratif. Et d'ailleurs, les dirigeants des pays de l'AES l'ont dit eux-mêmes : les médias de service public de ces trois États [L’ORTM au Mali, la RTB au Burkina et la RTN au Niger, ndlr] doivent travailler pour le rayonnement de l'Alliance des États du Sahel et diffuser des contenus qui vont véhiculer ces narratifs-là. Donc il y a ce partage de contenus gratuits, justement pour s'assurer en fait d'un alignement narratif. » La vulnérabilité économique, un terreau fertile Les journalistes locaux ont été mis au pas tandis que le paysage médiatique sahélien souffre d'un sous-développement chronique et d'une précarité financière qui facilitent l'influence de puissances étrangères. Ainsi, l'agence étatique chinoise Xinhua propose ses dépêches gratuitement, une oportunité pour des médias locaux qui ne peuvent souscrire aux flux des agences européennes (AFP et Reuters) ou américaines (AP). Mais Selma Mihoubi explique que « cette opportunité économique de récupérer des informations gratuites n’est pas nécessairement synonyme d’une adhésion idéologique ». À cette influence feutrée s’ajoute la stratégie plus frontale de la Russie, qui utilise massivement des comptes inauthentiques et des campagnes d'astroturfing sur les réseaux sociaux pour saturer l'espace numérique de discours hostiles à la France. À lire aussiComment un réseau de désinformation tente de déstabiliser les pays de l'AES
Les fanzines, des espaces de liberté éditoriale pour tous, sur papier
2026/04/04
Avec le producteur Arnaud Contreras, L'Atelier des médias redécouvre les fanzines. À l'heure du tout numérique, ces publications indépendantes sur papier n'ont pas perdu leur raison d'être. Bazooka, Le Dernier Cri, Bongoût, Sniffin’ Glue, Abus dangereux, Compote de Potes, Comtesse, H13, Nunuche, Remède Miracle… Autant de titres et de collectifs de fanzines – qu'on abrège aussi en zines –, contraction des mots anglais fanatic et magazine, type de publication que L'Atelier des médias met à l'honneur dans cet épisode. Le voyage commence à la Fanzinothèque de Poitiers, un lieu ressource créé en 1989, qui conserve plus de 60 000 fanzines soigneusement classés. Son directeur, Andrew Hales, dit « Andy », explique comment le lieu est organisé et rappelle que le principe du fanzine a été lancé dans les années 1930 par des « fanatiques de science-fiction » qui ne trouvaient pas, dans la presse traditionnelle, de magazines traitant des sujets qui les passionnaient. Ensuite, il a explosé avec la mouvance punk dans les années 1980. La définition d'un espace de liberté Pour Andy, le fanzine s'analyse aujourd'hui comme une réponse à la surveillance et à l'éphémère du numérique. Les créateurs « se méfient un peu de l’espace numérique et de l’internet. Ils ont envie de revenir créer dans un espace moins surveillé et faire des choses sur du papier qui est distribué entre des gens de main en main ».  À écouter aussi« L’adieu au journal » : comment la presse papier a changé le monde Marie Bourgoin, cofondatrice de la Fanzinothèque et autrice du livre Fanzinorama, souligne que la technique importe peu face à l'envie de s'exprimer : « Il n’y a pas de mode d’emploi en fait. Je crois que c’est surtout la passion. » Marie Bourgoin insiste sur la dimension physique : « On a besoin de contact physique, de papier, de toucher les objets et ça nous manque beaucoup dans le numérique. Le papier vieillit bien », assure-t-elle. Un acte politique et collectif Si certains créent des egozines, véritables journaux intimes publiables – à l'instar de Rodolphe Cobetto Caravanes qui définit sa pratique comme « le côté journal intime publiable » –, beaucoup voient dans le fanzine un moteur de partage. À Paris, au Point FMR, le collectif Rue Poule Zines a organisé un atelier pour « faire ensemble ». Anne, membre du collectif, explique que l'enjeu dépasse la simple création artistique : « C’est quelque chose de politique de faire quelque chose de collectif, de créatif et de non lucratif. C’est une forme de résistance ». Face à l'émergence de l'intelligence artificielle, ces créateurs revendiquent l'authenticité du geste manuel : « On fait des choses en papier et en fait on crée des relations en vrai. C’est pas artificiel, c’est pas virtuel ». Si vous voulez vous aussi vous essayer à faire un fanzine avec une simple feuille A4, suivez ce lien : HOW TO MAKE A ZINE
« Moscou Parano » : Paul Gogo, un journaliste français dans la Russie de Poutine
2026/03/28
Après neuf ans en Russie, le journaliste indépendant Paul Gogo publie Moscou Parano, un livre dans lequel raconte les coulisses de son métier de correspondant dans dans ce pays. Entre harcèlement administratif, surveillance permanente et climat de délation, il explique au micro de L'atelier des médias de RFI pourquoi il a finalement quitté Moscou en février 2026. Le journalisme en Russie est-il devenu mission impossible quand on est indépendant ? Pour Paul Gogo, qui vivait à Moscou depuis 2017, la réponse est amère. Dans son dernier livre – le deuxième –, Moscou Parano – La Russie de Poutine mise à nu, il décrit un pays transformé par la guerre en Ukraine en une dystopie où la surveillance est devenue la norme. Dans L'atelier des médias, le journaliste français confie que quitter le territoire russe a finalement représenté un soulagement : « Je ne suis plus dans une situation où je pourrais finir en prison ce soir. » L'héritage d'Anna Politkovskaïa Profondément marqué par la lecture de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, Paul Gogo a bâti son approche éditoriale sur le reportage au long cours, dans les pays en conflit, pour « donner la parole aux vivants ». Il rappelle aussi que la société russe n'est pas monolithique. Pour lui, il est crucial de chercher les nuances au sein de la population, soulignant la complexité d'un peuple pris entre lassitude et peur. Cette quête de vérité l’a mené jusqu'à Vladivostok, très souvent suivi par le FSB. Sur le terrain, la délation est encouragée, comme à Ekaterinbourg où un média local a publié son numéro de téléphone, invitant la population à le harceler. « Ce pays n’a plus rien de drôle. Même ce qui relève du folklore, cette "âme russe" si attirante, est désormais un outil politique à part entière destiné à détourner le regard des curieux », écrit Paul Gogo. Un « cauchemar administratif » La pratique du journalisme en Russie s'est muée en un véritable parcours du combattant. Depuis 2022, les accréditations ne sont plus annuelles mais à renouveler tous les trois mois, transformant la vie des derniers correspondants étrangers en un « cauchemar administratif » permanent. Tout est passé au crible, explique Paul Gogo dans son livre : « Sachez que j’ai beaucoup donné à ce pays : des dizaines de photos, mes empreintes, un accès à mon téléphone, une radio des poumons, de l’urine, du sang, de la salive, des informations personnelles, ma voix, un peu de ma liberté et même de ma dignité. » À cette pression s'ajoute l'isolement bancaire suite à la sortie du système SWIFT. Pour financer ses reportages, Paul Gogo devait voyager avec des milliers d'euros en liquide, ses cartes bancaires étrangères étant inutilisables. En février 2026, Paul Gogo a quitté Moscou pour la France. Il continue d'écrire sur la Russie dans sa newsletter sur Substack. 
De l'éducation aux médias au combat du Fonds pour une presse libre
2026/03/21
Alors que s'ouvre lundi la Semaine de la presse et des médias dans l'école, Steven Jambot reçoit Serge Barbet, directeur du Clemi, puis Charlotte Clavreul, du Fonds pour une presse libre, pour discuter des enjeux majeurs de l'information et du pluralisme dans l'écosystème informationnel. Les temps sont durs et les crises sont multiples à travers le monde. Dans ce contexte, le « vivre-ensemble » est mis à rude épreuve, y compris dans les démocraties bien établies comme la France. Dans cet épisode de L'atelier des médias, nous explorons deux initiatives qui agissent pour le bien commun à travers une information citoyenne de qualité. L'éducation aux médias est fondamentale Lundi 23 mars 2026 marque l'ouverture de la 37e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l'école. Serge Barbet, directeur du Clemi, souligne l'urgence de revenir aux fondamentaux avec le thème « Où est l'info ? ».  Cette mission de résilience dépasse évidemment les seules frontières françaises. Ainsi, Serge Barbet préside le Réfémi, un réseau qui unit autour de l'EMI des organismes de Côte d’Ivoire, du Sénégal ou encore du Cameroun. Un engagement vital pour la stabilité de nos sociétés. Le procès de Bolloré mis en scène par le Fonds pour une presse libre Dans la seconde partie de l'émission, Steven Jambot reçoit Charlotte Clavreul, directrice du Fonds pour une presse libre (FPL). Elle vient présenter Le procès de Bolloré, publié le 19 mars 2026. Ce livre, qui fait suite à une audience publique symbolique, donne un aperçu du système médiatique d'influence porté par le milliardaire français Vincent Bolloré. Charlotte Clavreul justifie ainsi le diagnostic : « Ce sont des médias de la haine tout simplement. Ce sont des médias qui propagent, qui diffusent des idées racistes, xénophobes, qui radicalisent le débat public, qui cherchent tout le temps en fait des boucs émissaires ».  Sanctuariser le journalisme indépendant Face à la concentration des médias, le FPL propose un modèle de résistance. Créé par l'équipe de Mediapart, cet organisme à but non lucratif a d'abord servi à sanctuariser le capital du journal en ligne pour le rendre incessible et insaisissable : ce média ne pourra jamais être racheté par un grand groupe industriel. Reconnu d'intérêt général, le FPL soutient désormais tout l'écosystème français de la presse indépendante grâce aux dons de citoyens. Que ce soit par des subventions à l'innovation, des avances remboursables ou le Fonds Ripostes dédié à la défense juridique des rédactions attaquées, l'objectif reste le même : garantir un journalisme libre.
Le mystère des stations de nombres relancé par une diffusion en persan
2026/03/14
L’atelier des médias reçoit le journaliste Guillaume Origoni, qui publie Le mystère des stations de nombres. Ce livre, fruit d’une enquête s’étalant sur plus de douze ans, retrace l'histoire de ces fréquences clandestines dont il est admis qu'elles ont été utilisées par les services de renseignement pour communiquer avec des agents infiltrés. Et pourraient encore l'être aujourd'hui... Le 28 février 2026 au soir, quelques heures seulement après le début des bombardements israélo-américains sur l’Iran, une fréquence s'est animée sur les ondes courtes. Sur 7910 kHz, une transmission radio a débuté : une voix d'homme égrène des suites de chiffres en persan. C'est ce que l'on appelle une station de nombres. Quelques jours plus tard, elle est pasée sur 7842 kHz à la suite d'un brouillage de la fréquence initiale mais celle que l'on a baptisée V32 continue de diffuser deux fois par jour durant plusieurs dizaines de minutes et jusqu'à 1h30. Qui diffuse ces messages ? À qui sont-ils destinés ? Que contiennent-ils ? Et plus globalement : que sont les stations de nombres ? Des ondes décamétriques au service du secret Le journaliste indépendant Guillaume Origoni vient justement de publier un livre intitulé Le mystère des stations de nombres (Buchet Chastel, février 2026). Il rappelle que « tout le monde peut les entendre mais en fin de compte personne ne peut savoir quelle est la nature des communications et des messages qui sont échangés et à qui ils s’adressent ». Ce retour des voix chiffrées n'est, selon lui, pas une coïncidence : des stations de nombres avaient déjà recommencé à émettre à la suite de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine, en 2022. À lire aussi sur France 24Derrière le mystère des émissions radio en persan, le retour d'une vieille technique d'espionnage Les stations de nombres utilisent les ondes courtes (entre 3 et 30 MHz), capables de parcourir des milliers de kilomètres en rebondissant entre la croûte terrestre et l'ionosphère. Durant la guerre froide, elles étaient le « théâtre de l'esprit », selon l'expression du pionnier Havana Moon. Parmi les plus connues : Swedish Rhapsody (G02) avec sa berceuse, ou du Lincolnshire Poacher (E03). L'analogique survit au XXIe siècle Guillaume Origoni souligne la dimension esthétique et inquiétante de ces émissions : « une froideur qui confine à la rigor mortis. Ces messages n’ont pas d’âme ». Pourtant, derrière ces voix synthétiques se cache un chiffrement efficace qui repose sur un one-time pad (masque jetable), un code mathématiquement inviolable si la clé n'est utilisée qu'une seule fois. Comme l'explique l'auteur : « Personne ne peut craquer le message, personne ne peut le décrypter. Les rares fois où cela est arrivé, c’est parce qu’il y a eu une négligence humaine. » À l'heure du numérique, la survie de ces spy radios a de quoi fasciner. La résilience des ondes courtes réside dans leur robustesse, leur efficacité et la simplicité du matériel de réception. Posséder un poste de radio n'est pas suspect, contrairement à l'usage de logiciels de cryptage sophistiqués. Par ailleurs, en cas de shutdown numérique, comme en Iran, les ondes courtes restent un moyen fiable de recevoir des informations.
Femmes journalistes : entre vocation passionnée et obstacles systémiques
2026/03/07
Pour la Journée internationale des droits des femmes, L'atelier des médias reçoit la journaliste Claire Lemaître qui analyse dans un livre les réalités de l'exercice du métier de journaliste, en France, pour les femmes. Entre précarité, sexisme et plafond de verre, ces professionnelles de l'information défendent leur place, malgré tout. Fin 2025, la journaliste Claire Lemaître a cosigné avec l'enseignante-chercheuse Pauline Renaud un livre intitulé Femmes journalistes : entre passion et (dés)illusion. Cet essai s'appuie sur les témoignages de 31 professionnelles de l'information aux profils variés et analyse un paradoxe criant : alors que le métier se féminise – 48 % de cartes de presse sont détenues par des femmes en France –, les inégalités structurelles demeurent. Claire Lemaître souligne que derrière cette parité de façade, les femmes sont plus exposées à la précarité, étant surreprésentées parmi les pigistes et les contrats courts. Elles font face à un plafond de verre persistant qui limite leur accès aux postes de direction. Pourtant, le journalisme demeure pour elles une vocation puissante, souvent rêvée dès l'enfance. L'autrice explique que pour beaucoup, ce métier définit leur identité : « Ce sont des femmes qui voient un métier utile. Il y a un rôle démocratique là-dedans. Elles ont des valeurs, elles estiment que c'est un métier qui fait avancer, qui fait bouger les choses et c'est quelque chose de très important pour elle ». La confrontation avec le réel impose souvent une désillusion. Lemaître invoque le concept sociologique d'illusio de Pierre Bourdieu pour décrire cet arbitrage permanent entre les gratifications et les sacrifices consentis. Parmi les obstacles majeurs figurent le sexisme ou encore les freins liés à la maternité. Comme le précise Claire Lemaître : « La carrière va souvent stagner. Le métier de journaliste est un métier où la disponibilité est considérée comme une compétence. » Elle note également la difficulté pour certaines femmes de témoigner sous leur véritable identité des violences subies : « C’est souvent plus valorisant de dire que ça a été facile, qu'on a été forte, qu'on a été recherchée. Dire qu'on a été harcelée, ça reste quand même compliqué. » L'entretien aborde aussi l'intersectionnalité, rappelant que les femmes racisées subissent des difficultés cumulées. Face à ces défis, des stratégies de survie émergent. La spécialisation permet de s'imposer par l'expertise. La sororité et l'organisation en collectifs, tels que Prenons la une, deviennent des leviers essentiels pour briser l'isolement et lutter contre l'opacité salariale. Ces espaces permettent de transformer le sentiment d'injustice en force collective. En conclusion, Claire Lemaître exhorte les futures journalistes à « créer un réseau avec d'autres femmes ou avec d'autres hommes aussi pour se protéger mais aussi pour se donner de l'élan ». Le mot de la fin revient à la démocratie, car l'apport des femmes est indispensable pour garantir une information plurielle.
« L’adieu au journal » : comment la presse papier a changé le monde
2026/02/28
L'atelier des médias reçoit l'historien Guillaume Pinson pour explorer la « révolution anthropologique » du journal papier, de son triomphe au XIXe siècle à sa disparition progressive face au numérique. Dans L’adieu au journal (CNRS éditions, 2026), cet universitaire québécois raconte comment l'ère médiatique, qui a précédé l'ère numérique, a radicalement changé nos émotions, nos sensibilités sonores et notre rapport au temps. L'ouvrage s'articule autour de quatre mouvements. Le premier explore les émotions. Pour Guillaume Pinson, la presse papier n’a pas seulement apporté de l’information, elle a agi comme le « premier système affectif de masse ». En lisant quotidiennement les mêmes nouvelles, « l’humanité a appris à ressentir le monde de manière synchronisée ». Ce « désir de connexion » de 1850 a tout d'un ancêtre direct de notre addiction aux notifications. Quand le papier faisait du bruit Le deuxième mouvement est plus surprenant : le journal était une « machine sonore ». Avant le gramophone, il était la « machine à enregistrer les sons la plus performante ». Par l'invention de l'interview (la parole vive) ou la publication de partitions musicales, le journal « sonorisait » le réel. Guillaume Pinson évoque ainsi le rôle des crieurs de rue qui « chantaient les titres en occupant l’espace sonore urbain ». Un empire de papier francophone L'auteur décrit ensuite un « empire de papier » francophone mondial. Au XIXe siècle, le français était la langue du luxe et de la diplomatie. « La dimension médiatique du territoire francophone s’étirait presque à l’infini », de Shanghai à Rio. Ce réseau fonctionnait déjà par un système de « copier-coller », créant une véritable toile mondiale bien avant l'avènement d'Internet. La fin de la respiration temporelle La rupture la plus vive concerne notre rapport au temps. Le journal imposait des pauses, un rythme marqué par le fameux « À suivre » des romans feuilletons. Selon Guillaume Pinson, « nous avons perdu un certain rapport à cette respiration temporelle un peu forcée que nous imposait le journal ». L'historien n'oublie pas la face sombre de cette industrie, rappelant le sort de ces enfants qui distribuaient le journal pour un maigre revenu. Et que l'on peut mettre en parallèle avec les enfants qui au XXIe siècle travaillent dans des mines pour extraire les métaux qui permettent de fabriquer nos appareils électroniques.
Liberté de la presse en France : l’Ofalp recense les entraves au droit d'informer
2026/02/21
« L’atelier des médias » reçoit Lucile Berland, coprésidente de l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp), pour présenter le premier rapport de cette association qui entend recenser les atteintes à l'exercice du journalisme en France. Après un premier échange au cours des Assises du journalisme de Tours en 2023, un collectif de professionnels et de citoyens s'est mis au travail pour documenter ce qui n'était jusqu'alors qu'un sentiment diffus. Comme l'explique Lucile Berland au micro de L'atelier des médias de RFI, la création de l'Ofalp répondait à un besoin urgent : « On avait tous cette impression un peu diffuse du côté des journalistes indépendants, des syndicats, des associations, mais sans pouvoir la documenter. C'était un vrai angle mort ». La puissance publique, premier auteur d'atteintes Le premier rapport annuel de l'Ofalp, portant sur l'année 2024, recense 91 atteintes avérées sur le sol français. Le constat est sans appel : dans 41,8 % des cas, les auteurs sont des acteurs publics ou des représentants de l'État (forces de l'ordre, élus, ministres). « C’est l’une des surprises du rapport. Je ne m’y attendais pas du tout ​​​​​​», confie la coprésidente. L'année 2024, marquée par un contexte électoral tendu, révèle également une forte hostilité émanant de l'extrême droite. Qu'il s'agisse de violences physiques en manifestation ou d'entraves administratives plus silencieuses, comme le refus de communiquer des documents publics via la Cada, la liberté d'informer subit des pressions multiformes. À lire aussi Quand médias et ONG sont entravés par le droit : entretien avec Sophie Lemaître Un enjeu démocratique global Au-delà des agressions physiques, le rapport met en lumière des menaces plus structurelles : procédures-bâillons (SLAPPs) visant à épuiser financièrement les journalistes et les rédactions, remises en cause du secret des sources et concentration des médias aux mains de quelques milliardaires. Pour Lucile Berland, ces atteintes à la liberté de la presse ne concernent pas uniquement la corporation des journalistes, mais bien l'ensemble de la société civile : « Chaque fois qu’un journaliste est entravé, ce n’est pas qu’une histoire corporatiste, c’est grave pour la démocratie en général car [...] on empêche une information souvent d’intérêt public d’émerger dans le débat public ». Et les conséquences sont concrètes : « Dans 6 cas sur 10, cet impact est bien réel. Ce n’est pas seulement le journaliste qui a été entravé, c’est une info qui ne sort pas ou qui sort de manière partielle. » En France, pays classé au 25e rang mondial de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, les acquis sont fragiles. Aussi, l'Ofalp invite les citoyens et les rédactions à se saisir de ce combat : « Notre liberté, c'est votre droit de savoir », dit son crédo.  '
Les ondes courtes de la radio n’ont pas dit leur dernier mot
2026/02/14
12 antennes géantes situées au centre de la France diffusent les programmes de RFI en ondes courtes. Ces ondes, qui parcourent des milliers de kilomètres, continuent d’informer des millions d’auditeurs, notamment zones rurales ou dans des pays qui se ferment. En écho à la Journée mondiale de la radio, L’atelier des médias s’intéresse aux ondes courtes. À l'heure du tout numérique, la radio par ondes courtes (OC) ou shortwave (SW) n'est pas encore reléguée au passé. C'était l'idée d'une table ronde qui s'est tenue le 31 janvier 2026 au festival Longueur d’ondes, à Brest, dont cet épisode de L'atelier des médias fait entendre des extraits choisis. Aux côtés de Steven Jambot se trouvaient Carlos Acciari, chargé de la planification ondes courtes au service diffusion de RFI, et Jérôme Hirigoyen, directeur du développement et des radios internationales chez TDF. Le rebond sur l'ionosphère : une technologie qui fait fi des frontières Le secret de la puissance des ondes courtes réside dans la physique. Contrairement à la FM, dont la portée excède rarement 70 kilomètres, les ondes décamétriques (entre 3 et 30 MHz) utilisent l'ionosphère – une des couches de l'atmosphère – comme un miroir. Depuis le centre émetteur de TDF près d'Issoudun (Saint-Aoustrille et ses alentours, pour être précis), en région Centre, 12 antennes géantes ALLISS de 80 mètres de haut diffusent les programmes de RFI par bonds successifs sur des milliers de kilomètres. Cette infrastructure, l'une des plus performantes au monde, permet de cibler des zones jusqu'à 15 000 km de distance.  À écouter aussi Ondes courtes: à la découverte des antennes géantes qui diffusent RFI à travers le monde HFCC et géopolitique des ondes courtes La gestion des fréquences mondiales repose sur une coordination internationale rigoureuse. Deux fois par an, les grands diffuseurs mondiaux (Américains, Chinois, Russes, Japonais, Français...), qui représentent des radios comme BBC, VOA, DW, NHK, KBS se réunissent au sein de la HFCC (High Frequency Coordination Conference) pour s'accorder sur les plans de fréquences et éviter les brouillages. Jérôme Hirigoyen décrit ces rencontres comme des « accords entre gentlemen » essentiels pour assurer la clarté du signal. Dans un contexte de tensions mondiales, la HF (haute fréquence) redevient un enjeu de souveraineté. Si un satellite peut être brouillé par une simple antenne au sol, il est extrêmement complexe et coûteux de neutraliser totalement les ondes courtes. C'est aussi le média de « dernier recours » lors de crises ou de blackouts. Jérôme Hirigoyen souligne cette permanence stratégique : « Quand on a besoin de communiquer, ça reste un média extrêmement robuste. » Un futur numérique : DRM et DRM Cast L'innovation ne délaisse pas les ondes courtes avec la norme DRM (Digital radio mondiale). Ce format numérique offre une qualité audio supérieure, réduit la consommation d'énergie de 30 à 40 % et permet la transmission de données (images, textes). RFI et TDF expérimentent actuellement le projet DRM Cast, pensé comme un véritable « serveur de podcasts ». Ce boîtier autonome, couplé à un panneau solaire, capte le signal DRM et stocke les données reçues afin de pouvoir les rediffuser en WiFi. Dans un camp de réfugiés ou une zone sans internet, les utilisateurs peuvent ainsi télécharger gratuitement des contenus sur leur smartphone.
« High School Radical » : Max Laulom filme à l'iPhone ses amis devenus pro-Trump
2026/02/07
Le vidéaste français Max Laulom, 28 ans, a signé avec High School Radical (Arte, 2025) un documentaire singulier qui confronte ses souvenirs de lycéen en Oklahoma à la réalité d'une Amérique fracturée.  Dix ans après son année d'échange, Max Laulom est retourné voir ses anciens amis, presque tous devenus partisans de Donald Trump. Les 4 parties de son documentaire, High School Radical, diffusé sur Arte.tv et sur YouTube, cumulent déjà plusieurs millions de vues.  « L'iPhone casse la distance » La signature de Max Laulom réside dans son usage exclusif du smartphone. En s'appuyant sur les codes du vlog, il propose une forme de témoignage incarné et immersif. Pour lui, cet outil change radicalement le rapport à l'autre : « L’iPhone casse la distance ». Cette approche, qu'il qualifie de vlog documentaire, permet de capturer le réel mieux qu'une caméra : « C’est filmer aussi la banalité, c’est filmer les petites choses, c’est laisser le réel venir pénétrer l’enregistrement, les aléas aussi ». En tournant seul, il devient plus mobile et réactif, capable de « dégainer » son téléphone pour saisir la ferveur d'un meeting ou la tension dans un stand de tir. À écouter aussiLe youtubeur Gaspard G raconte sa «mission d'information» Une Amérique enfermée dans des « bulles médiatiques » Le voyage de Max Laulom révèle une population assaillie par un flux constant d'informations. Il décrit des citoyens évoluant sous une véritable « cloche médiatique », s'informant via des podcasts d'opinion plutôt que par les médias traditionnels : « Chacun évolue dans son propre paysage idéologique. » Lors d'un meeting de Donald Trump, il a observé une ferveur quasi mystique : « C’est une messe religieuse et c’est un gourou qui vient annoncer la fin des difficultés pour ces gens-là. » Face à ce « raz de marée émotionnel », les discours factuels peinent à résonner. Documenter la « bascule » du monde Malgré la polarisation et le spectre d'une guerre civile évoqué par ses interlocuteurs, Max Laulom a produit un documentaire qui s'achève par un plaidoyer pour le dialogue. « Ma solution, c'est de rester en contact avec eux parce que [...] je suis presque une des seules composantes de leur environnement cognitif qui n'est pas de ce monde-là », explique-t-il. Max Laulom entend poursuivre cette exploration des bascules de notre monde — qu'elles soient politiques, militaires ou climatiques — prochainement en Ukraine (où il se trouve en ce moment, et pour la troisième fois), en Syrie et au Groenland. Son message pour la nouvelle génération de vidéastes est simple : « Si tu veux faire un film, tu as juste besoin d'un truc qui filme », des paroles d'Orelsan.
Un manuel d’écoute des médias sonores invite à tendre l’oreille
2026/01/31
Alors que se tient à Brest le festival Longueur d'ondes, dédié à la radio et à l'écoute, L'atelier des médias présente “Tendre l’oreille”, un manuel d’écoute des médias sonores. Ses deux auteurs, Ariane Demonget et Etienne Noiseau, invitent à une écoute plus consciente et plus critique de la radio et des podcasts. Ni essai théorique, ni thèse universitaire, cet ouvrage se veut un compagnon d'expérience pour susciter la curiosité. Les auteurs du livre Tendre l'oreille, liés à l'association Beau bruit, ont choisi de s'adresser au public sur un pied d'égalité. Comme l’explique Ariane Demonget : « On a voulu être du début jusqu’à la fin toujours du même côté : du côté de l’écoute. Nous sommes tous et toutes des écoutants. » Cette démarche est associée au travail graphique de Catherine Staebler, qui a conçu une narration visuelle dynamique pour rendre les concepts sonores palpables. Selon Étienne Noiseau, cette collaboration a permis au livre de dépasser le simple texte : « Par moment le dessin prend la narration en main. Parfois le dessin apporte une illustration, parfois le dessin apporte un petit décalage par rapport à ce qui est écrit. » L'ouvrage propose ainsi des exercices concrets, comme le « zoom sonore », invitant à percevoir les sons depuis son propre corps jusqu’à « toucher l'horizon sonore ». Décoder la radio L'un des objectifs majeurs du manuel est de rappeler que tout contenu audio est une construction. Contrairement à l'image d'un média de l'instantanéité, Étienne Noiseau souligne que « la radio, contrairement à des idées reçues, est un média de l’écrit la plupart du temps », s'appuyant sur des scripts et des conducteurs précis. Le livre lève également le voile sur le pouvoir du montage, une étape cruciale. Étienne Noiseau prévient : « Couper dans un son, ça peut ne pas se percevoir [...] ça peut amener peut-être dans certains cas à faire dire quelque chose à quelqu’un qui n’a pas vraiment dit comme ça. » Cette malléabilité du sonore, si elle permet une grande créativité, impose aux auditeurs de passer de la simple audition à une « auralité » consciente, c’est-à-dire comprendre que le message est spécifiquement mis en forme pour être reçu par une oreille. Les défis de l'IA et la sobriété numérique L'entretien aborde aussi les enjeux contemporains, de l'intelligence artificielle générative — capable de créer de « vrais faux » témoignages, à l'image de cet épisode des Pieds sur terre (France Culture) — à l'empreinte environnementale du numérique. Les auteurs rappellent que la bande FM reste bien plus sobre en énergie que le streaming mobile, consommant quatre fois moins de ressources. Que ce soit à travers l'écoute solitaire au casque ou l'expérience collective, l'ambition d'Ariane Demonget et Étienne Noiseau est de « poser une petite pierre de ce que pourrait être une éducation à l'écoute ». Dans une société saturée d'écrans, ce manuel offre un temps de respiration pour tenter de comprendre ce qui se joue entre nos deux oreilles.
Continuer à informer sur le terrain des conflits
2026/01/24
Gaza, l’Ukraine, le Soudan, l’est de la RDC, le Venezuela, l’Iran, … Face à la multiplication des crises mondiales et à l'évolution technologique des conflits, la sécurité des reporters est au cœur des préoccupations des rédactions. L'atelier des médias diffuse des extraits choisis d'une table ronde qui réunissait des représentants de l'AFP, de TF1-LCI, de l'Unesco et de l'Armée de Terre française pour analyser les défis du moment, entre zones de non-droit et guerre informationnelle. Le 15 janvier 2026, lors de l'événement Médias en Seine, le débat a débuté par un constat sombre : le monde est devenu plus dangereux pour les journalistes. Andrea Cairola, conseiller à l'Unesco, souligne un retour massif des attaques physiques après des décennies de déclin. Ce climat d'insécurité extrême touche particulièrement Gaza, où plus de 220 journalistes ont été tués selon RSF et où les infrastructures de presse n'ont pas été épargnées. Phil Chetwynd, directeur de l’information de l'AFP, s'alarme de ce franchissement de lignes rouges : « Notre bureau à Gaza a été ciblé par quatre tirs d'un char qui a tiré très concrètement sur la salle des serveurs pour éliminer une caméra live qui donnait sur le champ de bataille. » La guerre des drones en Ukraine Sur le terrain ukrainien, la menace a changé de visage avec l'utilisation massive des drones. Solenn Riou, reporter pour TF1-LCI, explique que l'identification traditionnelle du journaliste (« presse » sur le gilet ou le véhicule) est devenue paradoxalement un danger. Elle décrit une réalité quotidienne éprouvante et reprend les propos d'un officier rencontré dans ce pays : « Le terrain ukrainien, c'est comme une autoroute, une autoroute de drone, ça s'arrête jamais ». Cette évolution oblige les reporters à une certaine discrétion et à une préparation logistique sérieuse, où le soutien des fixeurs locaux devient vital. L'importance de la formation des journalistes de guerre Pour faire face à ces dangers, la formation est devenue le pilier de la stratégie éditoriale des grands médias. Des stages intensifs, comme celui proposé par l'armée française à Collioure (au CNEC), permettent aux journalistes d'apprendre les gestes de secourisme de combat et de comprendre les effets des armes. Le Commandant Philippe, chef de la section médias du SIRPA-Terre, insiste sur l'importance de ce dialogue entre militaires et journalistes : « Nous les armées, l'objectif n'est pas de vous censurer vous les médias, mais de vous permettre de faire votre travail. »  La bataille de l'information et de la confiance Enfin, l'époque est marquée par une guerre hybride où la désinformation est utilisée comme une arme par certains belligérants. La lutte contre la propagande et le maintien de la confiance du public sont les ultimes remparts du journalisme de terrain. Phil Chetwynd conclut sur la nécessité de la nuance : « Notre travail, c'est vraiment un travail de nuance [...] une des choses les plus importantes [...] c'est d'expliquer clairement ce qu'on ne sait pas ».
Mark Zuckerberg, Sam Altman, Pavel Durov: les dirigeants de la tech vus par Guillaume Grallet
2026/01/17
Dans cet épisode de L'atelier des médias, Steven Jambot reçoit Guillaume Grallet, rédacteur en chef sciences et tech au magazine Le Point, pour discuter du livre qu'il vient de publier, Pionniers, dans lequel il fait le récit de ses rencontres avec plusieurs figures de la tech mondiale. L'intelligence artificielle bouleverse nos sociétés et ouvre des perspectives vertigineuses, entre progrès scientifique et risques existentiels. Fruit de quinze ans de terrain, Pionniers : Voyage aux frontières de l'intelligence artificielle nous emmène à la rencontre de personnalités du monde de la tech et notamment de l'IA. Le journaliste français Guillaume Grallet n'y cache pas sa curiosité pour ces créateurs, rappelant qu'il leur pose quasi systématiquement trois questions : leur vision du monde dans dix ans, la personnalité qu'ils aimeraient rencontrer, et ce qu'il faut apprendre aux enfants à l'ère de l'accélération technologique. Guillaume Grallet explique sa démarche : « C'est une véritable curiosité de savoir quel monde toutes ces personnes inventent ». Ce voyage journalistique révèle que la Silicon Valley n'est pas un bloc monolithique. Par exemple, si Jensen Huang (Nvidia) estime qu'il ne sert plus à rien d'apprendre à coder, Dario Amodei (Anthropic) soutient au contraire l'importance de comprendre le fonctionnement des machines. À écouter aussi :Plongée sociologique au cœur de la Silicon Valley Entre transhumanisme et repli protecteur Dans son livre, Guillaume Grallet raconte ses rencontre avec des figures emblématiques de la tech, à commencer par Mark Zuckerberg – patron de Meta – dont les convictions transhumanistes l'amènent à imaginer une communication par la pensée d'ici 30 à 50 ans. Pourtant, parallèlement à ces ambitions globales, le patron de Meta semble se préparer à un avenir sombre en construisant un complexe autosuffisant à Hawaii. Face à ces projets parfois opaques, Guillaume Grallet plaide pour une transparence accrue : « Il faut que tous les artisans de ces technologies nous expliquent où ils veulent nous emmener et surtout incluent tout le monde et ne pas nous emmener vers une dystopie ». L'émergence d'une IA souveraine et diverse Cet entretien s'intéresse aussi à la place de l'Afrique dans cette révolution. À travers des figures comme Pelonomi Moiloa et les conférences Indaba, une résistance s'organise contre le « néocolonialisme numérique ». L'objectif est de valoriser la richesse des quelques 2 000 langues africaines pour créer des outils adaptés aux réalités locales, notamment pour l'agriculture ou le climat. Guillaume Grallet souligne l'importance de cette diversité : « On voit des personnalités [...] qui veulent s'appuyer peut-être sur la diversité des langues africaines pour changer le monde ». De la même manière, il salue les efforts européens, comme ceux d'Arthur Mensch avec Mistral AI, qui refusent la fatalité de dépendre uniquement des géants américains. Rester humain : le défi des « neurodroits » Ayant lui-même expérimenté l'implantation d'une puce NFC en 2015 avant de la faire retirer, Guillaume Grallet alerte sur les dérives de l'augmentation humaine. Il rappelle que l'innovation technologique doit rester un outil de progrès et non un moyen d'hybridation forcée. Face à des projets comme Neuralink, il devient essentiel de défendre nos neurodroits, explique Guillaume Grallet : « Si c'est 'nous augmenter, pour nous augmenter', là je dis non. Et je dis qu'il faudra dire non de plus en plus fermement ». Pour lui, l'intégrité de notre cerveau et le droit d'apprendre par soi-même sont des piliers de notre liberté future.
«Le Grand Continent»: l'esprit d'une revue de géopolitique, raconté par Gilles Gressani
2026/01/10
Gilles Gressani, directeur et cofondateur du Grand Continent, explique au micro de Steven Jambot comment sa revue s'est structurée au point de devenir une référence européenne du débat intellectuel et stratégique, en mêlant réactivité et approche du temps long. Fondé en 2019, Le Grand Continent a fait souffler un vent de fraîcheur sur le monde des revues. Pour Gilles Gressani, son directeur et cofondateur, l'espace médiatique est trop souvent saturé par des thématiques locales qui occultent les enjeux globaux, alors que les questions internationales sont désormais « surdéterminantes de l'espace national lui-même », explique celui qui est aussi président du groupe d'études géopolitiques. En s'affranchissant de « 95 % des polémiques un peu inutiles », sa revue fait le choix délibéré du temps long pour se concentrer sur les transformations structurelles et brutales du politique.  Le numérique comme levier Bien que la revue paraisse annuellement en format papier chez Gallimard, elle est avant tout un pure player, un média né en ligne. Gilles Gressani y voit une « énorme possibilité de démocratisation », permettant de diffuser des analyses profondes auprès de millions de lecteurs. Face à la captation de l'attention par des contenus superficiels, il mise sur l'intelligence du public : « Mon pari, c'est toujours de penser que les lectrices et les lecteurs sont des individus, des personnes qui ont une souveraineté, qui sont intelligents et que du coup on ne doit pas prémâcher le travail pour eux. » Une revue « en 3D » Le modèle économique de la revue repose sur une stricte indépendance, sans publicité, financé par une communauté d'abonnés qui a presque triplé en un an, se félicite Gilles Gressani. Il compare la fabrication de ses contenus à celle d'un « restaurant de très grande qualité » où le savoir-faire artisanal transforme des produits bruts – analyses de chercheurs ou documents sources traduits – en clés de compréhension. Ce média ne se limite pas à ses contenus : il se déploie physiquement à travers des débats dans plusieurs villes européennes et très prochainement des masterclasses. Cette approche, qualifiée de « revue en 3D » par le journaliste Nicolas Truong, favorise de véritables confrontations d'idées. Pour Gilles Gressani, cet engagement, incarné par le Grand continent, est vital car « la capacité de résister à la nouvelle recolonisation passe d'abord par la capacité à résister à la colonisation des cerveaux ».

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