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Atelier des médias

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Rating
★★★★★
5
from
1 reviews
This podcast has
25 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/17
Average duration
42 min.
Release period
10 days

Description

L'atelier des médias, présenté par Steven Jambot, est une émission qui analyse les r/évolutions du journalisme et des médias à l'ère numérique. Elle est diffusée en podcast chaque samedi matin.  Contact : [email protected] 

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Steve Rosenberg, BBC Moscou: «Travailler en Russie, c’est comme être plongeur en eaux profondes»
2026/10/17
Depuis plus de 30 ans, Steve Rosenberg vit en Russie. Il y est le correspondant de la BBC depuis 2003. En visite en France pour le prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, il a accordé un long entretien à L’atelier des médias de RFI pour raconter son quotidien de journaliste étranger en Russie. Il y explique pourquoi il fait le choix de rester en Russie, malgré un environnement de plus en plus hostile aux médias. Comment raconter, depuis sa capitale, la réalité de la Russie en guerre ? Installé à Moscou depuis plus de trente ans, le journaliste britannique Steve Rosenberg est l'un des rares correspondants occidentaux qui travaille encore dans le pays – RFI y dispose aussi d'un envoyé spécial permanent. Il y a quelques mois, un documentaire de la BBC intitulé Our Man in Moscow a montré la façon dont Steve Rosenberg continue de faire son métier.  Une immersion sous pression Pour décrire sa vie quotidienne dans la capitale russe, le rédacteur en chef du bureau de la BBC à Moscou utilise une métaphore : « D’une certaine manière, travailler en Russie aujourd’hui, c’est un peu comme être plongeur en eaux profondes : on descend sous la surface, dans un environnement très étrange où la pression est forte. » Il explique ressentir le besoin de sortir régulièrement du pays pour « prendre un peu de recul » avant d'y replonger, tant la société a été submergée par une vague autoritaire après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, en février 2022. Steve Rosenberg n'est pas un inconnu en Russie. La notoriété qu'il a acquise en posant des questions directes aux dirigeants russes lui vaut parfois d'être reconnu dans la rue. Ces échanges impromptus, le plus souvent amicaux, avec des citoyens ordinaires, démontrent selon lui que la propagande officielle n'a pas contaminé l'ensemble de la population. Trente ans d'histoire, « quatre Russies » traversées Arrivé au moment de la chute de l'Union soviétique, Steve Rosenberg a vu le pays se métamorphoser : « Avec le recul, j’ai le sentiment d’avoir connu quatre Russies différentes. » Il énumère la fin de l'ère soviétique, le chaos plein d'espoir des années 1990, la première décennie Poutine axée sur la croissance économique, puis la « Russie Z » née de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine. Ce basculement du 24 février 2022 l'a profondément surpris. Il juge que le Kremlin a commis une erreur d'appréciation en imaginant une opération militaire victorieuse en quelques jours. Il constate aussi que « la décision de Vladimir Poutine [...] allait tout changer » et conclut : « Depuis ce qui s’est passé en février 2022, je n’écarte plus aucune possibilité. » Visas, sources, choix des mots : le journalisme sous contrainte Aujourd'hui, le travail en Russie des journalistes issus de pays dits « inamicaux » comme le Royaume-Uni est contraint par des règles administratives strictes : des visas au compte-gouttes et un renouvellement d'accréditation tous les trois mois. À cela s'ajoutent des interdictions d'accès aux régions frontalières de l'Ukraine comme Belgorod, Koursk ou Briansk, ainsi que l'adoption de lois répressives contre les « agents de l'étranger ». À écouter aussi« Moscou Parano » : Paul Gogo, un journaliste français dans la Russie de Poutine En outre, Steve Rosenberg explique : « Nous avons l’obligation de veiller à la sécurité des personnes que nous mettons à l’antenne. » Alors que la liste des experts acceptant de s'exprimer à son micro s'est drastiquement réduite, Steve Rosenberg pèse chaque mot de ses reportages et développe de nouveaux formats, tels que des revues de la presse locale ou des vidéoblogs. Face au pouvoir et sous le feu de la propagande Lors des conférences de presse officielles, il arrive à Steve Rosenberg de pouvoir poser une question à Vladimir Poutine ou au ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Cela constitue, selon lui, une responsabilité majeure qu'il mesure pleinement. Souvent pris à partie par les médias d'État russes – certains l'ont accusé de faire de la provocation –, il se défend : « Je ne pose pas de questions provocatrices : je pose des questions journalistiques normales. » Malgré les invectives virulentes du présentateur Vladimir Soloviov à la télévision d'État, Steve Rosenberg refuse d'entrer dans la surenchère pour ne pas devenir le personnage principal de ses propres sujets : « J’ai appris à avoir la peau plus dure qu’autrefois. » L'importance du terrain et des médias indépendants Souhaitant raconter l'histoire en cours jusqu'au bout, Steve Rosenberg compare la trajectoire actuelle de la Russie à une œuvre littéraire sans fin : « D’une certaine manière, la Russie ressemble à un immense roman de Tolstoï, à Guerre et Paix – malheureusement, davantage guerre que paix en ce moment ! » Il rappelle l'importance capitale de la présence sur le terrain pour montrer les nuances du pays au milieu d'une « réalité parallèle » façonnée par le discours officiel et les médias d'État. Saluant le travail indispensable de l'équipe qui est à ses côtés à Moscou, il rend aussi un hommage appuyé à la mémoire d'Anna Politkovskaïa et au courage des journalistes russes : « Les difficultés que je rencontre sont insignifiantes en comparaison de celles auxquelles sont confrontés les journalistes russes indépendants. »
ZOA: 1er anniversaire pour un média numérique qui séduit la jeunesse africaine
2026/10/10
Un an après son lancement à Dakar, le média 100 % numérique ZOA souffle sa première bougie en totalisant plus de 75 millions de vidéos vues. Dans L'atelier des médias, Kaourou Magassa, rédacteur en chef, et Michelle Ymélé, journaliste à ZOA, décryptent les clés du succès de ce média d'information pensé par et pour les jeunes Africains. Lancé en octobre 2025 à Dakar, ZOA se fait peu à peu une place dans le paysage médiatique grâce à une stratégie ciblée sur les plateformes numériques. Avec plus de 1 200 contenus publiés en un an, le média cumule 75 millions de vues, près de 300 000 abonnés sur Facebook, 190 000 sur TikTok et plus de 236 000 sur sa chaîne WhatsApp. Sans oublier ses comptes YouTube et Instagram. Comme le rappelle son rédacteur en chef Kaourou Magassa, le choix des canaux répond à un impératif d'accessibilité : « On a fait le choix d'aller sur les plateformes comme Facebook, TikTok parce que c'est là où sont présents les jeunes Africains en grande majorité. » Un ton incarné, un média réactif et paritaire Peu porté sur les sujets de politique politicienne, ZOA privilégie les sujets de société, le sport et les initiatives citoyennes. Cette ligne éditoriale séduit une audience jeune et paritaire, notamment sur TikTok. Sur le terrain lors des grands événements sportifs comme la Coupe d'Afrique des nations (CAN), ZOA mise sur des formats humains et incarnés. La journaliste Michelle Ymélé explique cette proximité : « Nous traitons des sujets concernants, des sujets qui interpellent, qui parlent à tout le monde. » L'équipe cherche à capter l'attention des audiences sans donner de leçon ni se prendre au sérieux. Elle a aussi pour mission de lutter contre la désinformation en faisant oeuvre de pédagogie, notamment sur les questions de de santé. Un ancrage dakarois, mais une résonnance auprès des diasporas Basé au Sénégal, ZOA rayonne sur l'ensemble de l'Afrique francophone mais aussi auprès des diasporas en France. Ses audiences au Mali et au Burkina Faso, où la demande d'information fiable est forte, sont aussi non négligeables. Les portraits d'entrepreneurs et la mise en valeur des savoirs traditionnels connaissent un franc succès auprès du public. Pour Kaourou Magassa, ces récits renforcent le lien social : « Notre objectif, c'est un objectif de proximité, de raconter le quotidien pour et par les jeunes Africains. » Cap sur les Jeux olympiques de la jeunesse Pour entamer avec panache sa deuxième année, ZOA prépare la couverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à Dakar. Michelle Ymélé donne les recettes que souhaite appliquer l'équipe de ZOA : « Pour nous, c'est essentiel d'être aussi sur les pas de côté, raconter la vendeuse d'eau, raconter les histoires du vendeur de thé. »  Entre extension du réseau de correspondants vers l'Afrique anglophone, couverture de la Biennale d'art contemporain de Dakar et nouveaux formats à venir, ZOA veut continuer de grandir... et a déjà pour ambition de s'intéresser davantage à l'Afrique anglophone.
Kak rappelle l'importance du dessin de presse pour les 20 ans de Cartooning for peace
2026/10/03
À l’occasion des 20 ans de Cartooning for Peace, le dessinateur de presse Kak, président de l'association, était l’invité de L’atelier des médias. Pendant près d'une heure, il a été question de la défense des libertés face à la montée des autoritarismes ou encore de l'essor de l'IA. 375 dessinateurs de presse de 80 pays sont réunis sous la bannière Cartooning for Peace, qui vient de fêter ses 20 ans. Le mot d'ordre de cet anniversaire était l'intitulé d'une fresque dessinée le 24 septembre devant la mairie de Paris et d'une soirée au Théâtre de la Concorde : « Dessiner pour résister ».  Au micro de L'atelier des médias de RFI, Kak – Patrick Lamassoure à l'état civil – explique le mot « résistance » est le signe des évolutions politiques du monde. Face à la montée des extrêmes droites en Europe et au recul des libertés, la mission du réseau a dû s'adapter : « Il ne s'agit plus [seulement] de se battre pour défendre les autres [...], mais il s'agit même de se battre pour conserver ce modèle acquis durement ».  Forcer le trait avec intelligence Comment synthétiser l'actualité sans la déformer ? « C'est exagérer sans travestir », résume le dessinateur pour définir son métier. En forçant le trait, le dessin suscite l'émotion pour ouvrir la réflexion : « Le dessin de presse a l'avantage de passer par le cœur avant de passer par la tête », explique Kak en saluant l'héritage de Plantu, président-fondateur de Cartooning for Peace. Mais des dirigeants comme Donald Trump bouleversent la satire. Devant ces figures excessives, Kak s'amuse : « Le mec m’a battu, il a déjà fait la vanne en fait. » Face à ces « caricatures vivantes », le métier doit inventer un nouveau réflexe : « Mettre de la nuance dans la caricature » pour restaurer le sens critique. Après « Je suis Charlie », concilier vigilance et liberté Le traumatisme des attentats de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et la haine en ligne ont marqué la profession. Refusant l'autocensure, Kak prône une responsabilité renforcée avant publication : « Je ne vais pas changer mon dessin, mais je vais le regarder une deuxième fois avant de le publier pour être certain qu'il ne peut pas y avoir une mauvaise interprétation, de bonne foi. » Cette démarche nourrit les ateliers menés par les dessinateurs de Cartooning for Peace auprès des jeunes et des détenus. Une profession sentinelle des libertés « Thermomètres de la démocratie », les dessinateurs sont les premiers ciblés par les régimes autoritaires. Pourquoi ? Parce que « le rire est le meilleur antidote contre la peur », rappelle Kak. Le réseau soutient des dessinateurs emprisonnés comme Ashraf Omar en Égypte ou exilés comme Safa Odah, venue de Gaza. Mais la menace gagne l'Occident : aux États-Unis, Ann Telnaes a démissionné du Washington Post après la censure d'un dessin sur une rencontre au sommet entre Donald Trump et les dirigeants de la tech. En Pologne, l'assassinat du dessinateur russe Simion Skrepetsky montre la gravité des périls actuels. L'IA « régurgitative » et l'importance d'une presse libre S'agissant des outils d'intelligence artificielle, Kak récuse toute création algorithmique : « L'IA générative en réalité ne génère pas : elle rassemble, elle collecte, elle régurgite. On devrait l'appeler l'IA régurgitative. » Alors que Cartooning for Peace occupe quasi quotidiennement la une du journal Le Monde, Kak rappelle que la survie du dessin dépend du soutien des citoyens. Et de lancer cet appel : « Abonnez-vous à un média, parce que l'information professionnelle, c'est la base de votre liberté d'expression. »
Mener la «bataille culturelle» à l'ère de l'IA: les pistes de Christophe Payet
2026/09/26
En pleine frénésie de l'intelligence artificielle, le journaliste Christophe Payet, auteur de GuerillIA (éditions du Seuil), invite à dépasser le marketing de la peur. Il prône une réappropriation locale, frugale et créolisée de l'intelligence artificielle. Entretien. Ces temps-ci, les discours sur l’intelligence artificielle oscillent entre deux extrêmes : des promesses de salut ou l'apocalypse. Pour Christophe Payet, ces récits s'inscrivent dans un véritable « technopium » – clin d'œil à l'opium du peuple théorisé par Karl Marx. « Ce récit mystique, qu’il soit fasciné ou apocalyptique, nous condamne totalement à l’impuissance », analyse-t-il. Au micro de L'atelier des médias, l'auteur de GuerillIA explique qu'en alimentant la peur d'une superintelligence incontrôlable, les géants technologiques font de la com' et masquent des réalités concrètes et prosaïques : la consommation d'eau des data centers, la précarisation des travailleurs du clic au Kenya ou à Madagascar, et la prolifération du « slop », cette bouillie de contenus synthétiques. Biais idéologiques et impérialisme culturel Conçues en majorité par des hommes blancs californiens, les IA génératives véhiculent les présupposés culturels de leurs concepteurs. Elles intègrent aussi de la « sycophancy », cette flatterie algorithmique conçue pour susciter de l'addiction. Plus grave encore, la diffusion planétaire de ces modèles impose une vision du monde unique. Christophe Payet alerte : « On est dans une monoculture imposée qui est en réalité un nouvel impérialisme culturel ». L'enjeu fondamental, rappelle-t-il, ne doit pas résider dans la quête d'une puissance brute, mais dans l'appropriation démocratique des outils. Des modèles frugaux et une créolisation de l'IA La riposte passe par des initiatives à des échelles plus petites. À l'image de la start-up sud-africaine Lelapa AI et de son modèle IncubaLM, entraîné spécifiquement sur cinq langues africaines, des alternatives émergent. Frugaux en énergie et accessibles hors ligne, ces outils répondent à de vrais besoins citoyens. Il s'agit de « créoliser l'IA », c'est-à-dire de « récupérer cette technologie pour en faire une technologie dont on s'empare avec notre langue, notre culture et nos enjeux locaux ». Mener la guérilla dans les interstices technologiques S'inspirant du Manuel du guérillero urbain (1969) de Carlos Marighella, Christophe Payet appelle à utiliser les plateformes open source comme Hugging Face pour s'approprier les armes de l'ennemi. Enfin, l'auteur, qui assume avoir utilisé Claude, d'Anthropic, pour le challenger durant l'écriture de ce livre, met en garde contre la « prolétarisation cognitive ». « Si je lui délègue l'écriture à ma place, je vais me prolétariser et perdre en savoir-penser. »
Hervé Brusini : le pape Léon XIV affirme « la nécessité d’un bon journalisme »
2026/09/19
Le pape Léon XIV séjournera en France du 25 au 28 septembre 2026. Au mois de mai, le souverain pontife publiait une encyclique, Magnifica Humanitas, dans laquelle il alertait sur les dangers de l’intelligence artificielle, mais il affirmait aussi l’importance du travail des journalistes. Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres, a trouvé ce texte « remarquable » et il explique pourquoi au micro de L’atelier des médias de RFI. C'est un « agnostique absolu » qui se dit interpellé par la parole du pape. Journaliste, président du prix Albert-Londres, Hervé Brusini n'a rien d'un vaticaniste. Mais l’encyclique Magnifica Humanitas, publiée le 25 mai 2026, a attiré son attention. Si tout le monde a relevé qu'elle aborde les périls de l'intelligence artificielle, moins nombreux sont ceux qui ont noté que la publication pontificale affirme avec force la nécessité d’un journalisme de qualité, fondé sur la vérification, le récit et l'explication. Aussi, fin août, Hervé Brusini a signé une tribune dans le journal Le Monde. Au micro de L'atelier des médias, il salue un texte venu « sonner les cloches » des rédactions. Pour lui, la démarche du pape constitue une reconnaissance inédite de la légitimité des journalistes à un moment où la profession traverse une crise de confiance et fait face à ce qu'il qualifie de « guerre déclarée à la réalité ». Du rejet de la presse au « virage dialectique » de la vérité des faits L’entretien revient sur l'histoire des relations entre l'institution catholique et les moyens de communication. Si l'invention de l'imprimerie par Gutenberg a d'abord suscité l'enthousiasme, l’Église s'est rapidement méfiée des traductions en langues vernaculaires qui favorisaient la libre interprétation des textes. Au XVIIIe et au XIXe siècle, les déclarations papales qualifiaient encore la liberté de la presse de « droit monstrueux ». Le basculement s'amorce sous Léon XIII, par exemple avec la création de L'Osservatore Romano en 1861. Radio Vatican verra le jour en 1931. L'essor de la télévision sous Pie XII marque ensuite une étape décisive doublée d'un « virage dialectique », que prolongent Jean XXIII puis Paul VI, ce dernier affirmant que la vérité de l’information est une « vérité photographique, celle des événements, des faits ». Face à cette solide tradition intellectuelle, Hervé Brusini constate non sans ironie : « Ce qui est terrible ou ce qui est stupéfiant, c'est que [l'Eglise] pense plus que nous ». Précision des mots, éthique et mission Président du Comité relatif à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes (Chipip) de France Médias Monde, Hervé Brusini souligne l’importance de répondre aux saisines du public avec rigueur et pédagogie. La précision du vocabulaire est elle aussi déterminante. Enfin, alors que les jeunes générations grandissent entourées d'écrans, le président du prix Albert-Londres appelle de ses vœux une vaste éducation aux médias et à l'information (EMI), avec la participation des journalistes. Refusant tout désenchantement, il rappelle le sens profond de sa démarche : « Cette mission ne me vient pas d'un appel du Seigneur, mais d'un appel politique des personnes qui attendent tellement de nous. » Et de rappeler : « Le journalisme c'est la vie. »
Désinformation et ingérences : la stratégie européenne expliquée par Nathalie Loiseau
2026/09/12
Face aux ingérences étrangères, à la désinformation amplifiée par l'IA et au pouvoir croissant des géants du numérique, l'Union européenne prépare son « bouclier européen de la démocratie ». Enregistré à la Fabrique de la diplomatie, cet épisode de L'atelier des médias reçoit la députée européenne Nathalie Loiseau pour décrypter les enjeux d'une riposte stratégique. Enregistré le 4 septembre 2026 lors d'un événement intitulé la Fabrique de la diplomatie sur le campus de l'Université Sorbonne Nouvelle, ce numéro de L'atelier des médias explore la vulnérabilité des démocraties face aux attaques informationnelles. Des ingérences amplifiées à l'ère du numérique À l'approche de scrutins majeurs en France et dans le monde, la députée européenne Nathalie Loiseau pointe l'urgence d'une prise de conscience citoyenne. Si la manipulation de l'information à des fins politiques n'est pas nouvelle, son échelle et sa rapidité de diffusion ont changé de dimension : « La désinformation est vieille comme le monde. Ce qui se passe à l'ère du numérique, c'est qu'elle est amplifiée et elle est accélérée ». Nathalie Loiseau met la Russie de Vladimir Poutine à l'index. Elle rappelle que ce pays demeure le principal vecteur d'ingérence sur le continent européen, ciblant tout particulièrement l'Hexagone : « Le deuxième pays sur le continent européen le plus ciblé par les ingérences russes, derrière l'Ukraine, c'est la France ». Des figures politiques comme Édouard Philippe [que Nathalie Loiseau soutien, ndlr], Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann ont ainsi été visées par des opérations coordonnées destinées à semer le doute et à altérer la confiance démocratique. Le bouclier européen et le DSA : réguler les comportements, pas les opinions Pour contrer ces menaces, le Parlement européen examine les recommandations du « bouclier européen de la démocratie ». Face aux accusations de censure que certains opposants pourraient formuler, Nathalie Loiseau opère une distinction nette entre liberté d'expression et manipulation automatisée : « La liberté d'expression, c'est un droit pour un être humain. C'est pas la liberté pour des robots de donner une visibilité artificielle à un contenu ». S'appuyant sur le Digital Services Act (DSA), l'UE entend encadrer les comportements inauthentiques et forcer les plateformes à respecter le droit européen. L'eurodéputée rappelle l'apport protecteur du texte pour les citoyens : « Si vous êtes Européen, grâce à cette loi, si l'un de vos contenus posté sur un réseau social est supprimé [...], vous avez une voie de recours [...] Dites-moi où est la censure ? ». Le rapport préconise également la création d'un Centre européen pour la résilience démocratique afin d'échanger les meilleures pratiques, à l'image de l'agence française Viginum ou d'initiatives menées à Taïwan et en Moldavie. À écouter aussiViginum : les ingérences numériques étrangères en ligne de mire IA générative et soutien aux médias : le choix de la véracité L'entretien aborde enfin les dérives de l'intelligence artificielle générative qui peuvent faire ressurgir des contenus de propagande pourtant interdits dans l'UE. Nathalie Loiseau plaide pour soumettre les IA conversationnelles aux exigences du DSA et réaffirme l'importance cruciale d'un écosystème médiatique solide : « On n'aura pas de démocratie en bonne santé si on n'a pas des médias en bonne santé, notamment des médias de service public ». Pour garantir la transparence de l'information face à la viralité des réseaux sociaux, Nathalie Loiseau défend l'adoption de normes indépendantes comme le label Journalism Trust Initiative (JTI), afin de « remplacer la viralité par la véracité ». À écouter aussiCe que la certification Journalism Trust Initiative représente
Indigo Publications, un groupe de presse né de lettres d'information pour les décideurs
2026/09/05
Pour la reprise de L'atelier des médias après une pause estivale, Steven Jambot reçoit Quentin Botbol, directeur général d'Indigo Publications, et Paul Deutschmann, rédacteur en chef d'Africa Intelligence. Ils décryptent le modèle singulier d'un groupe de presse indépendant, fondé sur l'investigation exclusive et un financement reposant uniquement sur ses lecteurs. Fondé en 1981 par Maurice Botbol et aujourd'hui dirigé par son fils Quentin Botbol, Indigo Publications s’est spécialisé dans l’information à haute valeur ajoutée. Avec des titres comme Africa Intelligence, La Lettre, Intelligence Online ou le plus récent Glitz, le groupe se concentre sur les mécanismes de décision au plus haut niveau de l'État et des grandes entreprises. Son modèle économique est strictement fondé sur l’abonnement payant, excluant toute publicité ou actionnariat extérieur pour garantir son indépendance. Au cœur de cette stratégie, le quotidien numérique Africa Intelligence, publié en français et en anglais, s'attache à couvrir les « angles morts » et les « signaux faibles » du continent africain. Paul Deutschmann souligne l'importance d'un réseau d'une centaine de correspondants, essentiels pour obtenir une information de terrain, souvent protégés par l'anonymat dans des contextes politiques sensibles. Pionnier du numérique dès 1995, le groupe revendique aujourd'hui près de 50 000 abonnés et un chiffre d'affaires dépassant les 10,5 millions d'euros. L'ambition d'Indigo s'est récemment étendue au grand public avec la reprise de la Revue21 en 2023. Ce nouveau départ du magazine s'accompagne du développement de sa présence numérique.
Quelques podcasts à écouter pendant l’été, avec Matilde Meslin
2026/07/25
Pour ce dernier numéro avant une interruption estivale, L'atelier des médias reçoit la journaliste Matilde Meslin, qui est spécialisée dans l'écoute et la critique de podcasts. Elle a sélectionné des séries audio en français que les auditeur.ices de RFI peuvent ajouter à leur application d’écoute. Il est de réchauffement climatique ou encore d’Aya Nakamura. • « Réchauffement climatique : comprendre l’urgence avec une climatologue », un épisode du podcast Code source, du journal Le Parisien. L'invitée est la climatologue française Valérie Masson-Delmotte, membre du Haut Conseil pour le climat et de l’Académie des sciences. • « Quelles leçons tirer de cette canicule brutale ?», c’est un épisode de Chaleur humaine, un podcast du journal Le Monde incarné par Nabil Wakim. • « Vivre avec les grands feux », c’est une série de LSD, La série documentaire, de France Culture, signée Alice Lefilleul. Réalisation : Jean-Philippe Navarre.  • « Liste de lecture », un podcast d’Ambre Chalumeau, de Quotidien (TMC). • « Les vacances sa mère », un documentaire de Renée Greusard. Réalisation Arnaud Forrest, pour Arte Radio. • « Qui est vraiment Aya Nakamura ? », un podcast de Marie Zafimehy pour RTL. On vous invite vivement à écouter « Jack dans les rues du globe », un docu-fiction qui est une coproduction de RFI et de la mairie de Toulouse. Il est incarné par Jack Souvant et coréalisé par Simon Decreuze. Sans oublier le « Podcast Club », un podcast de recommandation de podcasts. Diffusé tous les 15 jours, il réunit Matilde Meslin, Vincent Zuresco et César Monteyrol.
Radios communautaires au Honduras : les peuples oubliés résistent par les ondes
2026/07/18
Au Honduras, où les médias sont concentrés entre les mains de quelques puissants, une soixantaine de radios communautaires résistent, souvent dans la clandestinité. Marie Griffon et Célia Pousset nous emmènent à la rencontre de responsables de ces radios qui utilisent les ondes pour défendre leurs terres et leur culture malgré les menaces. « Waruguma signifie étoile, une étoile lumineuse qui sert de guide à tout le peuple. » Ainsi parle Horacio Martínez, directeur de la radio du même nom, à Trujillo. Dans un pays classé 132e sur 180 au classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), des petites stations comme Waruguma sont souvent le seul moyen pour les populations de s'informer hors des canaux officiels. Le Honduras est le pays le plus pauvre d'Amérique latine après Haïti, selon le Fonds monétaire international (FMI). Gangrené par la corruption et le crime organisé, le pays est aux mains d'une poignée de familles industrielles qui possèdent la quasi-totalité des journaux et télévisions. Face à cela, les radios communautaires s'efforcent d'informer dans les zones rurales isolée et deviennent parfois des cibles. Le défi de la légalité Pour exister, ces radios doivent faire preuve de courage. Au Honduras, les fréquences sont mises aux enchères et s'arrachent à des prix inaccessibles pour des associations. « Ici, dans le Nord, une fréquence a déjà été adjugée pour 12,5 millions de lempiras (plus de 400 000 euros) », explique Jorge Andino, directeur de Play FM. Pour ces médias sans publicité, impossible de réunion une telle somme. Résultat : la majorité des 70 radios communautaires du pays opèrent sans licence légale. « La communication communautaire n'est ni légitimée ni reconnue par l'État. C'est comme marcher en permanence sur la corde raide. C'est vivre à la limite », déplore Jorge Andino. Sans reconnaissance, ces radios risquent à tout moment la saisie de leur matériel, voire la prison pour leurs animateurs, sur simple dénonciation d'un homme d'affaires influent. Au manque de protection juridique s'ajoute la précarité technique. Dans les studios souvent installés chez l'habitant, on utilise des ventilateurs de fortune pour refroidir des émetteurs de faible puissance. Lors des orages, faute de paratonnerres, les stations doivent souvent couper l'antenne pour ne pas perdre leur unique outil de diffusion. Informer, au plus près des communautés Plus au sud, à la frontière avec le Nicaragua, la Radio Cholula Triunfeña ouvre son antenne aux paysans locaux. Ici, on insonorise les murs avec des dizaines de boîtes d’œufs collées les unes aux autres. Wilfredo Hernández Cruz, le directeur, y défend une parole sans artifice : « Parlez comme vous êtes, car c’est justement cela l’essentiel : que les habitants des zones rurales aient accès à un micro. » Mais cette liberté a un prix. Située dans une zone de trafic de drogue et de traite d'êtres humains, la radio dérange les pouvoirs économiques et mafieux en dénonçant les investissements opaques et les concessions minières. « Nous avons déjà perdu des camarades qui ont été attaqués, persécutés, réduits au silence », confie Wilfredo Cruz. Les menaces sont directes : appels anonymes, piratages de téléphones ou encore l'envoi d'une balle dans une boîte pour signifier à un journaliste de cesser ses enquêtes. Amanda Ponce, directrice de C Libre (Comité pour la libre expression), souligne que l'État hondurien a longtemps occulté cette réalité. « Il y a deux décennies d’assassinats de journalistes qui sont aujourd'hui complètement effacées par l'État », précise-t-elle. Depuis les années 1980, le schéma reste le même : éliminer ceux qui mettent en lumière la corruption et les liens entre banques, narcotrafic et pouvoir politique. L’héritage de Berta Cáceres Dans les montagnes froides de l’ouest, le peuple Lenca poursuit un combat emblématique. C’est ici que la célèbre militante écologiste Berta Cáceres a fondé la radio Guarajambala avant d’être assassinée en 2016. Pour le COPINH (Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras), la radio est l'un des seuls moyen de mobiliser les communautés contre les projets extractifs qui menacent leurs rivières. Aujourd'hui, une nouvelle génération prend le micro. Leiby, une journaliste de 25 ans, a été formée dans l'école Voix des Rivières créée par l'organisation. Pour elle, la mission est claire : « Nous dénonçons, nous devenons la voix des communautés. Nous sommes la voix des grandes injustices que nous subissons dans ce pays. » Malgré la violence, ces radios continuent tant bien que mal de diffuser. Elles font entendre des musique indigènes ou alternatives, des langues en recul comme le Garifuna, elles racontent l'histoire de ces communautés marginalisées et créent une solidarité qui dépasse désormais les frontières. En l'absence de médias nationaux lors de la commémoration de l'assassinat de Berta Caceres, ce sont des radios communautaires du Guatemala et du Costa Rica qui sont venues prêter main-forte à leurs sœurs honduriennes. Ces ondes, bien que fragiles, restent un espace où l'on peut « inviter les gens à rêver ». Dans un pays où certains tentent de les faire taire, les radios communautaires prouvent chaque jour que la parole radiodiffusée est un pouvoir que l'on ne peut pas totalement éteindre.
Urbania : Philippe Lamarre raconte l'ambition d'un groupe média né au Québec
2026/07/11
À Montréal, Steven Jambot est allé rencontrer Philippe Lamarre, cofondateur d’Urbania, un média de société qui s’est donné pour mission de « rendre l’ordinaire extraordinaire ». Créé en 2003 sous la forme d'un magazine indépendant, Urbania est devenu un groupe diversifié présent au Québec mais aussi en France. Il vient d’ailleurs de racheter le studio de podcast français Binge audio. Dans cet entretien, il est question d'audace, de storytelling et de souveraineté culturelle. « Ça a toujours été notre ambition d’être une sorte de TV5 Monde jeune et cool. » Philippe Lamarre, cofondateur d'Urbania, résume ainsi l'énergie qui anime ce groupe média québécois aujourd'hui solidement implanté des deux côtés de l'Atlantique. L’enjeu est de taille : dans un paysage médiatique dominé par les algorithmes des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), comment faire exister une culture francophone originale et indépendante ? Pour Philippe Lamarre, la réponse réside dans la capacité à créer des ponts entre les territoires et les formats, tout en restant fidèle à la promesse d'Urbania : « rendre l’ordinaire extraordinaire ». Un magazine pour développper un storytelling Tout commence à Montréal, en 2003. Designer de formation, Philippe Lamarre avoue une « difficulté à se faire dire quoi faire dans la vie ». Après avoir lancé son agence de création, il crée Urbania sur un coup de tête, mû par une véritable « allergie à l'autorité ». L'idée ? Un magazine thématique qui pose un regard « anthropologique » sur la ville, loin des sentiers battus et des vedettes. Le succès actuel du groupe repose sur une expertise peaufinée depuis les débuts : le storytelling – l'art de raconter des histoires, en bon français. Philippe Lamarre se plaît à rappeler : « Notre slogan de rendre l'ordinaire extraordinaire, c'est qu'on prend des choses qui semblent banales [...] et on essaie de les raconter de façon captivante. » Il cite comme inspirations le magazine Colors de Benetton ou l'émission documentaire belge Strip-tease. Aujourd'hui, Urbania est une « machine » diversifiée de plus de 100 collaborateurs répartis entre Montréal et Paris. Le groupe s'appuie sur plusieurs piliers : une unité éditoriale, un studio de création de contenus pour les marques (branded content), une maison de production audiovisuelle et un laboratoire technologique. Il accompagne aussi des influenceurs dans le développement de leurs contenus. Cette structuration permet au groupe de rester indépendant financièrement : « On veut faire de l'argent pour raconter plus d'histoires », martèle Philippe Lamarre. La conquête de la France et la conviction du podcast C'est en 2020 qu'Urbania a franchi l'océan pour s'installer à Paris. L'objectif n'était pas d'exporter un produit québécois, mais de bâtir un « cousin français » avec des équipes locales et une ambition commune. À écouter aussiComment Urbania France veut informer autrement En mars 2026, le groupe a franchi une étape majeure en rachetant Binge Audio, le studio de podcast français qui produit notamment Les Couilles sur la table ou Programme B, alors en redressement judiciaire. Ce rachat vise à créer un « pont entre les podcasts et l'audiovisuel ». Il est « stratégique », assure Philippe Lamarre, qui croit fermement que la frontière entre les formats s'efface : « Le podcast, de plus en plus, devient un médium audiovisuel parce que les podcasts sont maintenant des vidéos. Donc la frontière entre les genres et les formats est en train de s'abattre. » En outre, l'audio offre une fidélité d'audience précieuse dans un monde de consommation rapide et morcelée. Mais le regard de Philippe Lamarre se tourne vers l'ensemble de l'espace francophone, notamment l'Afrique et Haïti. Son rêve pour les dix prochaines années ? « Fédérer une espèce de communauté de gens anticonformistes qui ont envie de bousculer l'ordre établi et qui s'adonnent à être francophones ». Ouvrir des bureaux à Dakar ou Abidjan fait déjà partie d'hypothèses de travail. Souffler sur les braises de la souveraineté numérique Au-delà de son entreprise, Philippe Lamarre s'implique dans le débat public au Québec. Il a coprésidé un groupe de travail sur l'avenir de la culture et de l'audiovisuel québécois, remettant en 2025 un rapport dont il a proposé le titre : Souffler sur les braises. Le constat est le suivant : face au numérique qui a abattu les frontières, la culture francophone risque de s'effriter si elle ne se prend pas en main. Il pointe notamment du doigt l'impact de la loi C-18 au Canada, qui a conduit Meta (Facebook et Instagram) à bloquer les contenus d'actualité sur ses plateformes. Pour lui, la solution passe par une reprise de contrôle de la distribution : inciter les audiences à s'abonner directement aux infolettres ou aux applications des médias pour ne plus dépendre des plateformes. Pour l'avenir, Philippe Lamarre explore aussi le potentiel de l'Intelligence Artificielle (IA). Chez Urbania, un responsable accompagne les équipes pour s'épargner les tâches répétitives et aider les créateurs à mieux distribuer leurs contenus. « L'intelligence artificielle brise le coût de fabrication du contenu. Mais il faut trouver une manière de créer des outils où on garde le contrôle de la relation avec les audiences », explique clairement Philippe Lamarre. À ceux qui voudraient suivre ses traces d'entrepreneur des médias, Philippe Lamarre conseille de faire preuve de « persévérance », de savoir s'entourer de gens « meilleurs [qu'eux] » et de continuer à se retrousser les manches, chaque matin. Tant qu'à faire, pour raconter des histoires extraordinaires ?
C'est l'histoire d'un hackathon intergénérationnel en Côte d'Ivoire
2026/07/04
Mi-juin, Abidjan a accueilli un hackathon organisé par CFI autour de la fracture numérique. Douze participants, des aînés et de jeunes talents du numérique, ont planché sur cette question : "Comment créer des ponts numériques pour renforcer la cohésion sociale en Côte d’Ivoire ?" Pour L'atelier des médias, Raphaëlle Constant a suivi cet événement. Pendant trois jours, du 16 au 18 juin 2026, l'Orange Digital Center d'Abidjan s'est transformé en un laboratoire de créativité intergénérationnelle. À l'initiative de CFI et piloté par Istorias Media, le hackathon du projet Kouman (parler, en langues bambara et nouchi) a réuni des équipes mixtes composées d'aînés, de créateurs de contenu et d'étudiants. L'objectif était de s'attaquer à la fracture numérique qui isole les générations dans des espaces d'information étanches, créant un terrain fertile pour la désinformation. Comme l'explique Naira Davlashyan, cofondatrice d'Istorias Media, l'enjeu est de permettre aux aînés de mieux s'informer tout en redonnant une place aux jeunes dans la transmission : il faut « trouver des vrais prototypes, des outils pour résoudre le problème de la fracture numérique entre les générations ». « Il faut en parler, il faut trouver des solutions [...] parce qu'il ne faut pas avoir peur du numérique, il faut travailler avec. » Le « design thinking » pour briser les tabous Pour stimuler l'innovation, les participants ont utilisé la méthode du design thinking, plaçant l'humain au centre de la création. Après des « entretiens empathiques » visant à comprendre les usages de chacun, les équipes ont imaginé des prototypes concrets. L’équipe 1 a ainsi développé « Confessionnal », un chatbot destiné à faciliter le dialogue sur des sujets sensibles comme la sexualité ou les violences domestiques. Pour Adama Diomandé, aîné de l'équipe, cet outil est une réponse aux tabous culturels : « C'est un outil qui va révolutionner le lien entre parents et enfants. » De son côté, l’équipe 3 a proposé une solution utilisant l’intelligence artificielle pour aider les citoyens à identifier les contenus trompeurs et les discours de haine. « Kouman Play » : recréer le village virtuel Le grand prix a été décerné au projet « Kouman Play » de l'équipe Yankady, une application ludique de transmission des valeurs traditionnelles. Le jeu propose des défis basés sur les proverbes et les contes des plus de 60 ethnies de Côte d’Ivoire, forçant parfois le jeune joueur à consulter un aîné pour progresser. Irchad Razaaly, ambassadeur de l'Union européenne en Côte d'Ivoire, a salué une solution qui « permet de recréer virtuellement [un] village, recréer des liens entre des enfants et des parents ou des grands-parents qui ne se voient pas nécessairement. » Il a ajouté : « Cette application peut aussi aider beaucoup d’enfants de la diaspora qui ne vivent pas dans un milieu qui est naturellement celui qui peut transmettre la culture, la langue, les valeurs. » Pour le jury, la force du projet réside dans son approche pédagogique. Léonce Koné, manager de l'Orange Digital Academy, y voit une opportunité de moderniser la tradition : « Ils n'ont plus le temps de s'asseoir autour d'un feu, mais ils sont en permanence sur leur téléphone. Comment créer ce nouveau feu entre les anciens et les jeunes ? C'est le numérique. »  L'équipe gagnante bénéficiera d'un accompagnement de la GIZ, l’agence de coopération internationale allemande pour le développement, dans l'idée de tenter de transformer ce prototype en une application accessible au plus grand nombre.
IA et journalisme : le regard de Chloé Sondervorst, réalisatrice à Radio-Canada
2026/06/27
Au siège de Radio-Canada, à Montréal, Steven Jambot s'est entretenu avec Chloé Sondervorst, réalisatrice qui travaille beaucoup sur les usages éditoriaux de l’intelligence artificielle au sein de ce groupe de média de service public canadien. Il est notamment question de pratiques journalistiques et de la notion de confiance à l’ère de l’IA. L'intelligence artificielle transforme les rédactions, mais pas forcément là où on l'attendait. Pour Chloé Sondervorst, si la transcription automatique fait gagner un temps précieux, l’irruption massive de l’IA générative porte en elle le germe du slop. Cette « bouillie » numérique, produite à bas coût, menace d'enterrer le travail des professionnels de l'information sous une montagne de contenus médiocres. Le péril de la « bouillie » La multiplication des outils de création automatisée crée un paradoxe : l'apparente productivité cache souvent une perte de temps réelle. Chloé Sondervorst alerte sur l'usage de l'IA pour générer des rapports ou des courriels sans supervision humaine : « On a l'apparence d'un travail utile qui en réalité va nous faire perdre du temps parce que la personne qui reçoit cette bouillie [...] va devoir vérifier, va devoir décrypter ». Ce phénomène de dégradation de la qualité pose la question du référencement des contenus synthétiques face à l'information originale produite par des professionnels. Préserver sa « musculature cognitive » L'enjeu n'est pas seulement technique, il est philosophique. Pour l'ancienne étudiante en philosophie, le risque majeur est celui de la dette cognitive. En déléguant trop tôt la réflexion à la machine, le journaliste risque d'atrophier ses propres facultés d'analyse. Elle paraphrase ainsi les propos d'un expert : « On va pas envoyer un robot à la salle de sport à notre place si on veut développer notre musculature.» Et d'ajouter : « Je pense qu'au niveau cognitif, on peut s'appuyer sur cette analogie-là aussi. » Utilisée avec curiosité, l'IA peut servir d'assistance cognitive ou de partenaire de brainstorming, « quelque chose de complémentaire [...] très utile pour nous interroger sur nos propres angles morts ». Le terrain, ultime rempart de l'authenticité Face aux géants technologiques, la souveraineté numérique est devenue un vrai sujet. Dans le service public de l'audiovisuel, le déploiement d'outils d'IA se poursuit, par exemple dans la valorisation des archives. Radio-Canada explore notamment la génération augmentée de récupération (RAG) pour ancrer les réponses de l'IA dans ses propres données certifiées. Pourtant, l'avenir de la profession se jouera peut-être loin des écrans. Pour contrer la méfiance du public, Chloé Sondervorst prône un retour massif au terrain et à l'humain pour « capter les bruissements, les conversations citoyennes qui échappent justement aux algorithmes ». C'est en montrant la fabrication de l'information et en assumant ses doutes que le journaliste (re)deviendra le garant de l'authenticité.
Slovaquie : les journalistes face à un climat politique hostile
2026/06/20
Reportage à Bratislava, en Slovaquie, où les journalistes témoignent de conditions de travail difficiles et d’un climat de plus en plus hostile à la presse. Rencontres avec Lukáš Diko, rédacteur en chef du Centre d'investigation Ján Kuciak, et Michaela Terenzani, responsable de la rédaction de SME Daily. Puis le directeur du bureau de Reporters sans frontières chargé de l’Europe centrale, Pavol Szalai, discute de la liberté de la presse en Slovaquie mais aussi en Hongrie voisine.
Abdulmonam Eassa : de la Syrie au Soudan, le photojournalisme comme rempart contre l'oubli
2026/06/13
Abdulmonam Eassa est devenu photojournaliste en 2013, à l’âge de 18 ans, en racontant le siège de sa ville, en Syrie, par l’armée de Bachar al-Assad. Après avoir obtenu le statut de réfugié en France, il a couvert la révolution soudanaise et il vient de recevoir le prestigieux World Press Photo pour un reportage sur la guerre civile au Soudan. Abdulmonam Eassa vit désormais à Damas, mais il s'est confié au micro de L’atelier des médias lors de son passage à Paris. Âgé de 31 ans, il vient de recevoir le prestigieux World Press Photo 2026 pour son reportage sur la guerre civile au Soudan, réalisé pour le journal Le Monde. Pour lui, « l'importance de ce prix à mon avis c'est vraiment la visibilité de cette histoire, cette histoire qui est tellement dure, qui est tellement peu couverte par les médias. » Le siège de sa ville, en Syrie Abdulmonam Eassa n'a pas choisi la photographie par vocation, mais par nécessité. En 2013, alors que sa ville natale de Hamouria, dans la Ghouta orientale, est assiégée par le régime de Bachar al-Assad, il se lance en autodidacte en s'appuyant sur des tutoriels trouvés sur Internet. « C'était une forme de résistance parce qu'il y avait une machine de propagande [...] qui niait et qui ignorait complètement les massacres », explique-t-il. Devenu « journaliste citoyen » puis collaborateur de l’AFP, il documente le quotidien d’une population enfermée sous les bombes, vivant au jour le jour. L’exil et le miroir soudanais Après avoir trouvé refuge en France en 2018 [il a ensuite obtenu la nationalité française, en 2021], il découvre la liberté d'exercer son métier en couvrant les manifestations des Gilets jaunes à Paris : « C'était la première fois que je commençais à sentir cette liberté de presse. » Mais c’est le Soudan qui devient son terrain de prédilection dès la fin 2020. Avec son confrère Elliott Brachet, il y documente la révolution puis la chute dans la guerre civile. Lauréat du prix World Press Photo en avril 2026 pour ses reportages « Une nation prise au piège », il déplore l'indifférence internationale : « Le monde entier a abandonné le Soudan, complètement. » Son approche privilégie l'humain face aux chiffres terribles de la guerre civile soudanaise. À écouter aussiComment informer sur la guerre civile au Soudan ? Documenter pour la mémoire collective Désormais basé à Damas après la chute du régime en décembre 2024, Abdulmonam Eassa a retrouvé une Syrie où « les gens [ont] soif de parler ». Bien qu'il reste prudent en précisant qu'il ne s'agit pas forcément d'une « liberté extraordinaire », il estime que la Syrie est aujourd'hui, en termes d'accès à la liberté de la presse, le « seul pays de la région » à offrir un tel espace. Parallèlement à ses reportages, il s'investit dans la transmission et prévoit d'ouvrir un centre de formation à la photographie dans la Ghouta pour travailler sur la mémoire collective. Son travail sur le Soudan sera exposé au festival Visa pour l'image à Perpignan en septembre 2026. Pour lui, le photojournalisme reste un rempart contre l'oubli et la désinformation : « Les fausses informations, c'est notre vrai ennemi. »
Portrait d'une radio communautaire au Cameroun: Échos des montagnes
2026/06/06
À Mokolo, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, une radio communautaire sensibilise les populations locales aux questions de santé, d'agriculture et œuvre pour une cohabitation pacifique dans cette région troublée. Au micro de Raphaëlle Constant, l’équipe de la radio Échos des montagnes partage ses multiples défis. Jeudi 4 et vendredi 5 juin, on célébrait en France la Fête de la radio, un événement annuel soutenu par le ministère de la Culture et par l’Arcom, l’autorité de régulation du secteur audiovisuel français. Pour célébrer la radio, sur RFI, "L'atelier des médias" a fait le choix de proposer une plongée dans les réalités d’une radio communautaire comme il en existe des milliers en Afrique. Fondée en 2007, la radio communautaire Échos des montagnes, basée à Mokolo dans l’Extrême-Nord du Cameroun, sert de lien vital pour les populations locales confrontées à l'insécurité et aux crises alimentaires. Cette station diffuse des programmes en douze langues pour sensibiliser les auditeurs aux enjeux de santé, d'agriculture et de cohabitation pacifique entre agriculteurs, éleveurs et déplacés. Malgré des défis techniques majeurs, tels qu'une antenne détruite par les intempéries et une dépendance à l'énergie solaire, l'équipe de bénévoles passionnés maintient une grille d'émissions en misant sur l'interactivité. Elle joue également un rôle crucial dans la lutte contre la désinformation et collabore étroitement avec les autorités camerounaises avant de diffuser des contenus liés aux questions sécuritaires. Aujourd'hui, bien que menacée par un manque de financements institutionnels et des contraintes administratives, la radio demeure une « voix des sans-voix » indispensable au développement social. Ce média de proximité prouve son impact en favorisant l'éducation des filles et en offrant un espace de dialogue essentiel pour la cohésion sociale de la communauté. Avec la cheffe de station Hapsatou Ndjobdi, le chargé de programmes Charles Adama et le producteur René Yahoua.  Portrait d'une radio communautaire au Cameroun: Échos des montagnes, l'âme solidaire du Mayo-Tsanaga, un reportage de Raphaëlle Constant réalisé par Steven Helsly.

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