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Ici l'Europe

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Categories
Country
United States
This podcast has
46 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/04/17
Average duration
20 min.
Release period
8 days

Description

RFI et France 24 vous proposent un rendez-vous intitulé «Ici l’Europe». Un entretien avec une personnalité européenne signé Caroline de Camaret (France 24). Chaque semaine, le vendredi, un grand entretien avec une personnalité européenne, un entretien avec un des grands acteurs de l’Europe d’aujourd’hui, qui nous parle de la construction de l'Europe, de sa proximité avec les citoyens et des enjeux internationaux qui l’attendent. Une coproduction RFI/France24. ***  Diffusions les vendredis à 19h40 TU vers toutes cibles, le samedi à 08h10 TU vers l'Amérique, l'Asie, l'Europe et 21h10 TU vers toutes cibles. 

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Thierry Breton: «Ceux qui ont soutenu le mouvement MAGA de Trump s'en mordent les doigts»
2026/04/17
Cette semaine, nous recevons Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur et ancien ministre français de l’Économie. Il commente la position de l’UE sur le conflit au Moyen-Orient et salue la victoire de Peter Magyar en Hongrie, signe de renouveau pour le pays. Alors qu’un cessez-le-feu est en cours entre l’Iran et les États-Unis, Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur estime que « les Européens ne sont pas concernés » car n’ayant pas été « informés de cette guerre, ni consultés. » « Les États membres ne doivent pas gagner d’argent grâce à cette situation » Les prix du gaz ont bondi de 70% et ceux du pétrole de 60% dans l’Union européenne (UE) en conséquence des frappes américano-israéliennes sur des infrastructures énergétiques et du blocage du détroit d’Ormuz. 22 États membres ont déjà introduit plus de 120 mesures non coordonnées, pour un coût de plus de 9 milliards, afin de faire face à cette hausse des prix de l’énergie. Ce que déplore la Commission européenne qui souhaite faire adopter une posture commune. Thierry Breton incite les États membres à ne pas « gagner d’argent grâce à cette situation » car il s’agit « un choc des prix », « temporaire » et « artificiel » selon lui : « Cette situation est la conséquence du choix d'un homme, Donald Trump, d'avoir rejoint cette guerre. Pour les Européens, il me semble qu'aucun pays ne doit gagner de l'argent de façon indue. » Il prend l’exemple de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en France, payée par les consommateurs sur les achats de carburant : « Cette TVA va générer des revenus supplémentaires. À chaque tranche de 10 dollars d'augmentation du prix du baril de pétrole, l'État engrange entre 30 et 60 millions d'euros supplémentaires par mois en TVA. [...] Il faut redistribuer l'intégralité de ces montants à ceux qui en ont le plus besoin, qui sont le plus impactés. Par exemple les agriculteurs, les marins-pêcheurs, les transporteurs, ou tous ceux qui ont besoin de leur voiture, notamment dans le domaine de la santé et de l'accompagnement des personnes. » Il salue le cessez-le-feu : « Il est normé et donc dans le cadre, il y a encore des négociations. »   « Nous n’avons jamais vu une telle ingérence dans une élection » En Hongrie, la victoire écrasante de Peter Magyar aux élections législatives va mettre fin aux 16 ans de règne du nationaliste Viktor Orban. Le futur Premier ministre a annoncé vouloir restaurer un État de droit fonctionnel notamment en termes de justice ou de liberté de la presse avec pour objectif de récupérer une partie des fonds européens gelés à cause des manquements de Viktor Orban. Thierry Breton s’insurge de l'implication des États-Unis dans cette élection, notamment de la venue du vice-président J.D. Vance pour soutenir le candidat du Fidesz : « Nous n’avons jamais vu une telle ingérence d'un pays étranger dans une élection. C'est absolument inédit. [...] À quelques jours des élections, le vice-président s’y est rendu pour dire comment il fallait voter. »  Selon lui, cela n’a pas suffi à faire basculer le vote en faveur de Viktor Orban : « Qu'ont dit les Hongrois aujourd'hui ? Être soutenu par le mouvement « MAGA » (Make America Great Again), cela ne marche plus. [...] Tous ceux qui se sont revendiqués précisément de cette connexion, de cette amitié, aujourd'hui s'en mordent les doigts parce qu'ils voient bien comment réagissent les citoyens européens à cette volonté de vassalisation absolue de l'Europe, qui est totalement inacceptable pour nous. » Il est optimiste quant à l’avenir de la Hongrie : « Ce sera compliqué évidemment de changer plusieurs années de Fidesz en Hongrie mais Peter Magyar à la majorité des deux tiers au Parlement, ce qui va lui donner le moyen de faire beaucoup. Nous sommes dans une nouvelle phase politique. »
Enrico Letta : «Le gouvernement hongrois a trahi l'Europe»
2026/04/10
Les guerres s’intensifient. Au Moyen-Orient, le conflit déclenché par Donald Trump embrase une région déjà sous tension. En Ukraine, la guerre initiée par Vladimir Poutine continue de redessiner l’équilibre du continent. Si l’Union européenne n’est pas directement engagée sur le terrain, elle en subit de plein fouet les répercussions économiques, énergétiques, mais aussi politiques et morales. Fragilisée et divisée, elle doit aujourd’hui composer avec ses propres limites. Pour en décrypter les enjeux, l’invité d’Ici l’Europe est Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, président de l’Institut Jacques Delors et auteur d’un rapport de référence pour la Commission européenne sur la compétitivité et le marché unique.   Une Europe affaiblie par ses divisions Pour Enrico Letta, le constat est clair : l'Union européenne paie le prix fort de son incapacité à parler d'une seule voix. Face à la guerre déclenchée par l'administration Trump au Moyen-Orient, les Vingt-Sept se retrouvent spectateurs impuissants. « Les Européens sont hélas divisés et ça, c'est le grand problème. Cette division nous empêche d'être unis et d'être capables de bloquer quand il est nécessaire de le faire les folies, comme cette folie de l'administration Trump qui est en train de faire chuter l'économie mondiale et de mettre le Moyen-Orient à feu », explique-t-il.  Les conséquences économiques s'annoncent lourdes pour le continent : prix de l'énergie en hausse, avions cloués au sol, faute de carburant. « On va payer un prix très grave. Les Européens vont le payer double parce que, à cause des divisions, on n'est pas capable de dire non et de bloquer », avertit-il. Le chantage américain sur l'Ukraine  La question ukrainienne cristallise selon lui toutes les vulnérabilités de l'Europe. L'absence d'une défense commune intégrée offre à Washington un levier de pression considérable. « Nous n'avons pas de défense européenne totalement unie, et les industries de défense européenne ne sont pas complètement intégrées comme elles devraient l'être », décrit Enrico Letta.  Pourtant, le président de l’Institut Jacques Delors refuse tout désengagement européen envers Kiev : « L'Ukraine mérite le soutien de l'Europe. C'est un soutien coûteux, mais c'est un soutien qui nous fait faire des pas en avant vers l'intégration européenne ». Il souligne notamment l'enjeu industriel : « Défendre les Ukrainiens avec 27 systèmes de défense séparés, cela veut dire acheter des armes aux Américains, créer des emplois aux États-Unis, alors que s'intégrer, ça veut dire que cet argent qu'on dépense devient des emplois chez nous », explique-t-il. Hongrie : « c’est une trahison » Sur le blocage hongrois des aides européennes à l'Ukraine, l'ancien président du Conseil italien ne mâche pas ses mots. Viktor Orbán, qui avait accepté une clause de non-participation au prêt de 90 milliards d'euros voté en décembre, oppose désormais son veto. « Ce qui a été fait au mois de décembre vient d'être mis sous chantage par Orbán. C'est la démonstration que là aussi, peut-être, on a été trop mou ».  Il va plus loin en évoquant les révélations sur le ministre hongrois des Affaires étrangères, accusé d'avoir transmis des informations à son homologue russe depuis les réunions européennes : « Quelques-uns des représentants hongrois ont été les espions de Moscou. Je pense que c'est de la trahison. Il faut appeler les choses comme elles le sont. La solidarité européenne a été cassée par le gouvernement hongrois », poursuit-il.  À quelques jours des élections du 12 avril, où Viktor Orbán reçoit le soutien de l'extrême droite européenne et du vice-président américain Vance, Enrico Letta appelle à une réponse ferme : « Si on veut déclencher toutes les clauses et toutes les règles pour bloquer complètement tout argent qui arrive à la Hongrie, je pense que le moment est venu de commencer à y réfléchir ». 
Christophe Hansen : « Les accords commerciaux apporteront de nouveaux débouchés »
2026/04/03
Face aux crises qui secouent le monde agricole : colère contre le Mercosur et hausses de carburant liées à la guerre du Moyen-Orient, le Luxembourgeois Christophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture et à l’alimentation, s’exprime sur l’impact de l’actualité sur ce secteur bousculé. S’il défend les accords commerciaux, il détaille les solutions de la Commission pour accompagner les agriculteurs et l’importance de la Politique agricole commune. Après plus d’un mois de guerre en Iran, la flambée des prix du diesel mais aussi des engrais impacte directement les agriculteurs et leurs moyens de production. « Sans compter les flux commerciaux », explique Christophe Hansen, « parce qu'on exporte beaucoup de nos biens agricoles vers ces pays qui sont en guerre actuellement. La crise en cours peut avoir un impact très grave sur notre production européenne ». Sur la question très sensible du Mercosur, le commissaire Hansen justifie la décision d’Ursula von der Leyen de mettre en œuvre provisoirement cet accord de libre-échange, malgré le vote du Parlement européen qui avait saisi la Cour européenne de justice.  « Ursula von der Leyen agit sur mandat des États membres » – si la France comme d’autres États étaient contre – « la majorité est là, les traités sont là aussi pour être respectés. » Par ailleurs, le commissaire Hansen met en avant les clauses de sauvegarde spécifiques négociées et l’opportunité pour des secteurs en crise comme les vins et spiritueux d’y trouver de nouveaux débouchés. Sur l’accord commercial signé avec l’Inde, Christophe Hansen rappelle : « Nous avons décidé d'exclure par exemple la viande bovine, mais aussi des produits comme le riz ou encore le sucre qui sont des secteurs sensibles pour l'Union européenne. »  Idem pour le récent accord avec l’Australie où les négociations ont tenu compte pour les quotas de viande du niveau d’absorption possible pour les marchés européens. Une attribution de 40 millions d'aides de l'UE aux viticulteurs français Le commissaire Hansen revient sur les difficultés du monde agricole comme la dermatose nodulaire qui a décimé les troupeaux de bovins en début d’année. « Je crois qu'il y a une augmentation alarmante des maladies animales à travers toute l'Union européenne ». Selon lui, la mondialisation n’est pas le problème. Mais, pour augmenter la sécurité alimentaire, il faudrait par exemple avoir une chaîne de transfert plus courte : « Parce qu'on a de moins en moins d'abattoirs, par exemple. Je vois dans certains États membres qu’il est encore possible d'avoir des abattoirs mobiles ou à taille réduite. Si effectivement, on transporte moins les animaux vivants, le risque déjà est minimisé. » Selon lui, ces maladies animales ont un impact sur la sécurité alimentaire. Face à la crise qui frappe de plein fouet les agriculteurs et en particulier les viticulteurs, le commissaire Hansen a annoncé en février, lors du dernier salon de l’agriculture, l'attribution de 40 millions d'aides de l'Union européenne aux viticulteurs français pour aider cette filière viticole à distiller ses surproductions. « Mais ça me fait quand même un peu mal au cœur de voir qu'on détruit des vins de qualité, qu'on procède aussi à l'arrachage, et détruit en quelque sorte nos paysages historiques. » L'adhésion de l'Ukraine à l'UE est loin d’être acquise Le commissaire Hansen récuse aussi les critiques sur le nouveau budget de la Politique agricole commune qui stagne et constitue à peine un quart du budget européen. « On parle de quasiment 400 milliards. C'est déjà une grande victoire et on n'est pas encore au bout des discussions qui vont aussi dépendre de la volonté des États membres à contribuer à ce budget. » Quant aux craintes et fake news sur la possible future adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, un pays céréalier, le Commissaire relativise. « C’est vrai, c'est que pendant la libéralisation temporaire en 2023/2024, on a eu des perturbations considérables sur nos marchés. Mais maintenant on a des quotas très fixes qui sont contrôlés et qui sont aussi fortement liés à l'alignement des standards de production de l'Ukraine. » Quant à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, elle est, selon le Commissaire, loin d’être acquise et cela demandera beaucoup de temps. Sur la ligne de son groupe politique, le Parti populaire européen qui demande beaucoup de simplifications et revient sur certaines clauses du pacte vert, en particulier les nouvelles techniques génomiques, les NGT (qu'on n'appelle pas OGM), le commissaire Christophe Hansen refuse la polémique. « Ces nouvelles techniques génomiques permettent aussi d'utiliser moins d'engrais et moins de produits phytosanitaires, d'être plus résilients aux sécheresses. Donc, il ne faut pas diaboliser les produits qui donnent aux agriculteurs les moyens de produire. Et ça, effectivement, la productivité et la compétitivité ont été négligées et nos agriculteurs en souffrent encore aujourd'hui. »
Nadia Calviño : «L'Europe doit se libérer de ses dépendances excessives»
2026/03/27
Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant poussée à repenser sa puissance. Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement (BEI), détenue par les 27 États membres, joue un rôle-clé : lever des fonds sur les marchés pour financer les priorités européennes, de la transition écologique à la souveraineté énergétique, en passant par l’innovation, le logement, la défense et la sécurité. Face à un contexte international plus instable, l’institution a élargi son action. Comment agit-elle, et avec quels moyens ? Sa présidente, Nadia Calviño, est l’invitée d’Ici l’Europe.   Face aux tensions, la BEI élargit son action à la défense Longtemps centrée sur la transition écologique et le développement économique, la Banque européenne d’investissement (BEI) élargit désormais son action aux enjeux de sécurité et de défense. Une évolution assumée par sa présidente, Nadia Calviño : « Il est indispensable que l’Europe renforce ses capacités et son indépendance dans ces domaines ». Les chiffres illustrent cette réorientation : les financements dédiés sont passés d’environ 1 milliard d’euros en 2024 à 4 milliards l’an dernier (2025). La BEI finance désormais des groupes comme Thalès et soutient les PME du secteur, tout en maintenant une ligne rouge claire. « On donne du financement surtout pour que les banques puissent prêter aux petites et moyennes entreprises dans les domaines de la sécurité et de la défense, en excluant l'armement », explique la présidente de l’institution.   Réduire les dépendances énergétiques Sur le front énergétique, la présidente de la BEI se veut rassurante. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l'Europe a progressé : « Il y a beaucoup plus de renouvelables, et on a aussi renforcé nos capacités nucléaires », explique-t-elle. Face à la guerre tarifaire lancée par Washington, elle souligne la résilience européenne : « L'économie européenne est beaucoup plus résistante qu'on ne le croyait, mais il faut continuer à investir pour qu'on puisse jouer le rôle qui correspond à une économie de 450 millions de personnes. »   Le logement, nouvelle priorité européenne Depuis 2013, les prix des logements à l’achat et à la location ont bondi en Europe. Pour la première fois de son histoire, l'UE vient de se doter d’un plan pour le logement abordable et d’un commissaire au logement. Nos équipes se sont rendues à Barcelone, l’un des symboles de cette crise du logement, à la rencontre de ses habitants dont beaucoup connaissent des difficultés pour se loger. Ils visitent également des initiatives locales de rénovation ou de construction de logements, en partie financées par des fonds européens. Par ailleurs, la BEI a doublé ses financements dans ce secteur et s'est fixé un objectif ambitieux : « On a un objectif très clair de financer 1 million de logements d'ici 2030. Cette année, on a prévu d'investir 6 milliards d'euros. » La France est le premier bénéficiaire de ces financements, avec plus de 3,4 milliards d'euros investis ces cinq dernières années dans le logement social et intermédiaire.
Rafał Trzaskowski : «L'investissement européen a soutenu le miracle économique de la Pologne»
2026/03/20
Cette semaine, nous recevons Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie et candidat battu au second tour de l'élection présidentielle polonaise de 2025. Pro-européen, il défend les réformes du gouvernement de Donald Tusk et fustige les vétos répétés du président Karol Nawrocki. En juin 2025, Rafał Trzaskowski, proche du Premier ministre Donald Tusk au sein du parti Coalition civique, a perdu le second tour de l’élection présidentielle face à Karol Nawrocki du parti conservateur Droit et justice, qui l’emporte avec 50,89% des voix.  Depuis, ce président souverainiste a mis son veto sur de nombreuses lois et pratique une cohabitation très dure avec le gouvernement pro-européen de Donald Tusk. « C’est un président souverainiste populiste », commente le maire de Varsovie. « Il est en train de mettre son veto sur plusieurs initiatives du gouvernement, juste pour créer de l'imprévisibilité avant les élections parlementaires de 2027. »   « Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes » La Commission européenne a débloqué un montant de 137 milliards d’euros de fonds pour la Pologne après l’arrivée au pouvoir de ce nouveau gouvernement pro-européen. La somme avait initialement été gelée pour non-respect de l'État de droit du précédent gouvernement. Pourtant, les réformes se font attendre à cause des multiples blocages du président.  Le maire de Varsovie nuance la situation : « Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes comme par exemple l’accès gratuit aux crèches pour les familles. Nous menons une politique très pro-européenne [...] Mais il est vrai que les présidents Andrzej Duda puis Karol Nawrocki ont mis leur veto sur toutes les lois pour réformer le système judiciaire. »    « Nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis » Le pays effectue un effort sans précédent pour se réarmer en consacrant 5% de son budget à la défense. Pourtant, le président Karol Nawrocki a rejeté la participation de son pays au mécanisme de financement européen SAFE qui prévoyait de lui accorder 40 milliards d’euros pour renforcer sa défense.  Un refus que déplore le maire de Varsovie : « C’est vraiment triste car cela était dans notre intérêt pour notre armée et notre industrie. [...] Karol Nawrocki pense que les États-Unis défendront seuls la Pologne. Le gouvernement de Donald Tusk et moi-même, nous pensons que nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis et investir dans l'OTAN, mais en même temps investir dans l'Union européenne pour avoir la capacité de défense la plus forte possible. Il faut faire les deux. [...] En Pologne, Karol Nawrocki veut se placer comme l’un des plus anti-européens, c’est pourquoi il prend toutes ces décisions anti-européennes. » Face à l’imprévisibilité du conflit au Moyen-Orient, Rafał Trzaskowski défend une Europe forte : « Il faut se battre pour la position de l'Europe. Cela nécessite de la détermination afin de la renforcer d’un point de vue politique ou sécuritaire. »   « La plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine » Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Pologne a accueilli plus d’un million d'Ukrainiens, principalement des femmes et des enfants. Une nouvelle loi a cependant restreint les prestations sociales, les soins médicaux ou encore le séjour légal accordés aux Ukrainiens. Rafał Trzaskowski reconnaît qu’« une partie de la société polonaise est fatiguée par la guerre [...] Cependant, la plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine dans sa lutte contre l'agresseur russe. Mais les partis populistes ont décidé d’avoir un discours anti-Ukrainien pendant leur campagne électorale. »  La Pologne affiche une croissance de 3,6% en 2025, bien au-dessus de la moyenne européenne ainsi qu'un taux de chômage très bas, à environ 3%. Un miracle économique notamment porté par les fonds de l’UE : « En effet, l'investissement européen a soutenu notre miracle économique. Par exemple, à Varsovie, 5 milliards d’euros ont été investis dans divers projets : le métro, le tramway, les navettes électriques [...] Nous avons beaucoup investi dans des projets écologiques. [...] Il y a beaucoup de programmes d'innovation, notamment des start-up soutenues par l'argent européen. »
Pierre Vimont : «Il faut essayer d’arrêter le conflit le plus vite possible»
2026/03/13
Cette semaine, nous recevons Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe, ambassadeur aux États-Unis de 2007 à 2010, et ancien secrétaire général du Service d'action extérieure de l'Union européenne jusqu'en 2015. Il revient sur le conflit au Moyen-Orient et la position de l’Union européenne, dont il déplore la passivité.  L'Union européenne ne sait que faire ni penser des bombardements décidés par Donald Trump et Benyamin Netanyahu contre l'Iran, sans qu'elle ait eu son mot à dire dans l'embrasement de la région. Elle doit subir de lourdes conséquences géopolitiques et économiques, et peine à réagir. « Face à cette réalité qu'est l'Iran, les 27 États membres n'ont pas toujours les mêmes positions. Ça prend beaucoup de temps pour se mettre d'accord et plus encore pour passer à l'action », explique Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe. « Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est une Europe un peu plus active, un peu plus agile sur le plan diplomatique et capable de se faire entendre », poursuit-il.  Si l’Espagne a été la première à critiquer l’opération israélo-américaine, plusieurs pays européens lui ont ensuite emboîté le pas. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont tous deux souligné qu’il y avait eu violation du droit international. « Peu à peu, une certaine ligne européenne se dessine et c'est utile », commente Pierre Vimont.  À lire aussiConflit au Moyen-Orient: Pedro Sanchez tient tête à Donald Trump et dit «Non à la guerre !»   Le blocage du détroit d’Ormuz a, par ailleurs, affolé les marchés financiers. Le cours du Brent a dépassé les 100 dollars le baril à deux reprises cette semaine, obligeant l’Agence internationale de l’énergie à débloquer des stocks d’urgence. 400 millions de barils ont été mis à disposition du marché par les 32 pays membres de l’organisation. « C'est un effort considérable qui visiblement a eu l'effet d'apaiser un peu les marchés. [...] Mais la pression demeure, et il faut continuer à mettre l'accent sur ce qui est le plus important, c'est-à-dire essayer d'arrêter ce conflit le plus vite possible », analyse Pierre Vimont.  La flambée des hydrocarbures est une aubaine pour un acteur international : le Kremlin. Antonio Costa, président du Conseil européen, a déclaré que la Russie de Vladimir Poutine est, pour l'instant, le seul « gagnant » de la guerre au Moyen-Orient. « Les sanctions qui avaient été prises par les Américains contre le pétrole russe ont été suspendues donc oui, la Russie se retrouve dans une meilleure position », explique Pierre Vimont.  Le conflit au Moyen-Orient a aussi eu pour effet de détourner l’attention d’un autre conflit, central pour les Européens, celui de l’invasion russe en Ukraine. « On voit bien que Volodymyr Zelensky est un peu frustré de cette situation », constate Pierre Vimont. Alors que Budapest bloque toujours le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev, « Il faut que les Européens restent attentifs à la situation en Ukraine », ajoute-t-il. À lire aussiMacron reçoit Zelensky à l'Élysée pour éviter que l'Ukraine soit éclipsée par l'Iran
Arancha González Laya : «L’escalade est déjà là au Moyen-Orient»
2026/03/06
Cette semaine, nous recevons Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole et actuelle doyenne de la Paris School of International Affairs à Sciences Po. Elle revient sur le conflit au Moyen-Orient et le risque d’embrasement de la région ainsi que sur la brouille diplomatique entre les États-Unis et l’Espagne, seul pays européen à avoir ouvertement condamné les frappes américaines et israéliennes comme une violation du droit international. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël bombardent la République islamique d’Iran. De son côté, Téhéran lance des missiles contre des bases américains et contre les alliés de Washington dans la région. Ni prévenus, ni partie prenante, les Européens sont pris de court et craignent un embrasement du Moyen-Orient. « L’escalade est déjà là », estime Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole. « L’Iran a décidé que la manière de se défendre était d’étendre le conflit à d’autres pays de la région. On est donc dans un conflit à dimension régionale avec des conséquences globales », dit-elle en référence au blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution entraînant un ralentissement de l’économie mondiale. La doyenne de la Paris School of International affairs à Sciences Po Paris dénonce le « choix » de Washington et Tel-Aviv d’attaquer l’Iran « sans l’accord des alliés, notamment ceux de l’OTAN ». « Ce n’est pas une guerre de nécessité, dénonce Arancha González Laya. Il n’y avait pas une urgence ou un risque imminent qui demandait une riposte de la part des États-Unis et d’Israël. Et ce n'est pas non plus une intervention à caractère humanitaire car chaque jour qui passe, on voit bien les conséquences de cette guerre sur les populations civiles. » En Europe, les Vingt-sept sont partagés sur ces frappes. Pourtant, certains pays font partie du théâtre des opérations, à l’image de Chypre visée par des missiles iraniens lancés sur une base militaire britannique installée sur l’île. « L’Europe se retrouve à devoir réagir, mais elle réagit de manière prudente, en disant ne pas vouloir rentrer dans l’offensive, explique Arancha González Laya. Mais il est aussi clair qu’ils sont prêts à se défendre quand ils sont attaqués, d’où l’envoi par certains pays européens, y compris l’Espagne, de moyens militaires, surtout navals, en Méditerranée. » Seule l’Espagne condamne les bombardements et dénonce clairement une violation du droit international. Une position qui déplaît à Donald Trump et qui l’a fait savoir en s’en prenant vertement à Pedro Sanchez, lors d’un point presse en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz. « Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis a une posture dure vis-à-vis d’un leader européen », nuance l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, prenant en exemple les brouilles avec l’Ukraine, le Danemark ou le Royaume-Uni. « Les leaders de ces pays ont eu des postures non-alignées avec les intérêts des États-Unis, donc Donald Trump les menace d’embargo. Le langage de la force est le seul que comprend Trump. Là où il voit de la faiblesse, il s’acharne. C’est une leçon que nous avons apprise depuis son retour à la Maison Blanche et qu’il nous faut garder à l’esprit quand nous avons un sujet sur lequel nous ne voulons pas transiger. »
Philippe Étienne: «On n'est plus dans une époque où les Européens peuvent rester divisés longtemps»
2026/02/27
Celui qui a été en poste 13 ans à Bruxelles, mais aussi en Allemagne, Russie, aux États-Unis, et conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, se raconte dans SHERPA (Éditions Tallandier). « L’Europe n’est pas une froide diplomatie, mais une affaire d’hommes et de femmes. Nous avons vécu de nombreuses crises, mais ce qui me frappe c’est que l’on voit une Europe qui arrive à y répondre malgré tout », estime Philippe Étienne. Il reconnait avoir embrassé la diplomatie à une époque où « l’on a cru voir la mondialisation heureuse ». Mais les temps ont changé : il met aujourd’hui en garde contre l’émergence de la puissance chinoise… et contre une administration Trump qui n’aime pas l’Union européenne en tant que telle. L’Ambassadeur de France souligne une ambiguïté dans le message de Trump, après son revers devant la Cour suprême qui a invalidé ses taxes supplémentaires pays par pays. Il a annoncé de nouveaux droits de douane envers l’ensemble du monde : ce qu’il a signé in fine est-ce 10% ou 15% ? « Le plus préoccupant, c’est l’incertitude qui n’est jamais bonne en économie ». Il déplore la difficulté des Européens à s’accorder sur l’aide à l’Ukraine, « alors que nous entrons dans la 5è année de guerre, la plus longue bataille de tous les conflits mondiaux : c’est incroyable ce que les Ukrainiens ont eu à supporter ! » Il reconnait que la Hongrie de Viktor Orban et la Slovaquie ont une attitude de divergence par rapport à la Russie : « en revanche, il peut y avoir des régions enclavées qui n’ont pas accès aux ressources énergétiques et ça l’UE doit le reconnaitre, en tenir compte, ce qu’elle fait d’ailleurs. » Ce bon connaisseur de Bruxelles considère qu’ « on trouve toujours des solutions pour accorder les 27… On n’est pas dans une époque où l’on peut rester divisés longtemps ! » Si les États membres semblent partagés sur la position à tenir sur le « Conseil de la Paix » façon Trump, pour suivre le conflit à Gaza, un Conseil concurrent de l’ONU, Philippe Etienne voit dans ces difficultés « une opportunité : l’Union européenne n’est pas seule : pensez au Canada, à l’Inde, au Proche-Orient, au Japon ! Nous avons beaucoup de partenaires pour défendre le système international. L’UE a l’occasion de devenir une puissance et d’affirmer ses valeurs ».
Émission spéciale Ukraine à l'occasion des quatre ans de la guerre
2026/02/20
Notre grand invité est Charles Michel, ancien président du Conseil Européen (2019-2024) et ancien Premier ministre belge.  Emmanuel Macron a raison de reprendre le dialogue avec Poutine  Alors qu'il était président du Conseil, quand la guerre à éclaté le 24 février 2022, Charles Michel en garde un souvenir fort. « La nuit de l'invasion russe, Volodymyr Zelensky m'a téléphoné pour me dire que la guerre avait démarré sur l'ensemble du territoire. Un homme qui était traqué : on avait peur qu’il soit capturé ou éliminé par les Russes. C’était un des objectifs de Poutine ! » Il salue la fermeté et la rapidité des Européens. Selon lui, Vladimir Poutine a été pris par surprise, car il pensait que l'Ukraine allait s'effondrer en quelques jours et que l'Europe allait se diviser. Or il y a eu unité chez les Européens pour livrer des armes.  Pourtant, quatre ans après et avec le 20ème paquet de sanctions européennes, quel est leur impact sur le pouvoir russe ? Selon Charles Michel, « ces sanctions font du mal économiquement à Poutine et  la levée des sanctions de l'UE peut être un levier de pression lors des négociations ». Si Donald Trump a baissé sa contribution envers l'Ukraine, l'UE prend le relais avec une aide financière de 90 milliards. « Il faut faire plus encore, c'est un investissement pour nous, pour notre paix, soutenir les Ukrainiens c'est soutenir notre propre avenir. Il faut néanmoins que les Européens s'affranchissent des Américains en développant des projets de défense industriels et les programmes de surveillance satellitaire comme Starlink, mais cela prendra du temps ». Concernant les négociations de paix ou de cessez le feu, Charles Michel estime que « c’est une honte que les Européens soient mis à l'écart ». Selon lui, Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Poutine sans naïveté. « C’est un conflit qui va impacter le sort de nos enfants et petits-enfants. On ne peut pas accepter les bras ballants que les Américains et les Russes jouent à la roulette russe avec notre avenir ».    Avec un long reportage en Ukraine « Ukraine : l'Europe au front » Quatre ans après l'invasion russe à grande échelle, l'UE s'impose comme le principal soutien de l'Ukraine. Avec un dernier prêt de 90 milliards d'euros voté en février 2026, elle confirme son engagement massif, alors que les États-Unis se retirent. Ce soutien se heurte aussi à des défis considérables : urgence humanitaire, réforme de l'État de droit, infrastructures énergétiques détruites, près de 9.4 millions de déplacés... Dans un pays qui réforme tout en combattant, l'espoir d'adhésion à l'UE reste le cap qui permet aux Ukrainiens de tenir. Reportage de Mélina Huet.
Hubert Védrine : «Il ne faut pas négliger la relation entre Merz et Meloni»
2026/02/13
Cette semaine, nous recevons Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui publie son dernier ouvrage « Après l’Occident ? » (Perrin et Robert Laffont). Soutien à l’Ukraine, autonomie militaire de l’UE et relation avec les États-Unis, il commente les dossiers brûlants auxquels sont confrontés les Européens.  Les eurodéputés ont approuvé le prêt européen de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour acheter des armes. Selon Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), « il faut aider l'Ukraine à tenir bon et à préparer la suite car à un moment donné, il y aura un compromis douloureux ».   Hubert Védrine explique partager l’avis « de vieux réalistes américains, bien avant Trump : les États-Unis ont très mal géré la Russie d'après l'URSS [...] Il fallait agir autrement que de traiter la Russie en quantité négligeable. Et de toute façon, la Russie doit redevenir un interlocuteur. [...] L'opinion française et l'opinion européenne sont complètement binaires : tout est la faute de Poutine qui est un monstre. »    « Orban avait dit qu’un jour ou l’autre nous devrions reparler à Poutine » Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche opposant à l’aide à l’Ukraine, s’oppose à ce prêt de l’UE destiné aux Ukrainiens. Son pays ne participera d’ailleurs pas à ce prêt commun, tout comme la Slovaquie et la République Tchèque. Selon Hubert Védrine, Viktor Orban est pourtant moins isolé qu’avant sur certains sujets : « Il avait dit qu’un jour ou l’autre, nous devrions reparler à Poutine. Cela scandalisait la plupart des commentateurs en Europe de l'Ouest. Même si nous sommes horrifiés par ce qu'il a fait, cette position commence à être adoptée par d'autres pays, y compris par Macron ou Merz. Les Européens se rendent compte que nous ne pouvons pas laisser Trump gérer tout seul les relations avec la Russie. »  Pour la suite, les élections d’avril décideront du sort d’Orban : « Et peut-être les perdra-t-il, ce qui changerait la donne dans un sens plus positif ! »   L’autonomie militaire européenne « a toujours été irréaliste »  En ce qui concerne les menaces de l’administration américaine de se désengager de l’OTAN, Hubert Védrine estime « que Trump ne va pas au bout de sa démarche ». « Le système militaro-industriel technologique américain veut garder ce lien car 70% des dépenses de défense des Européens ne vont pas à l'Europe mais aux États-Unis. Ils veulent garder cela. Normalement ils n'ont pas intérêt à couper le lien. » L’autonomie militaire européenne et le fait que l’Europe devienne un pilier de l’OTAN « a toujours été irréaliste », estime l’ancien ministre français. Selon lui, l'autonomie est un « objectif » encore difficilement atteignable : « Quand Macron et Starmer réunissent la coalition des volontaires éventuels pour donner des garanties à l'Ukraine dans l'hypothèse du cessez-le-feu, tous les participants disent qu’il faut une garantie américaine. »    « Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification » Le couple franco-allemand est scruté car les deux pays sont considérés comme moteurs de l’UE. Entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz, les divergences sont multiples avec une Allemagne plus libérale, contre l’idée d’un grand emprunt européen. Les Allemands ont également soutenu la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur contrairement à la France : « Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification », estime Hubert Védrine. « Nous sommes des pays fondamentalement différents. Si nous ne sommes pas d'accord, rien ne marche. Nous avons des désaccords sur plein de sujets, à commencer par l'énergie et notamment sur la question nucléaire, mais pas que. Il n'empêche que si nous voulons que la machinerie européenne fonctionne mieux, il faut que la France et l'Allemagne soient d'accord. Nous sommes différents, nous avons des désaccords mais qu'est-ce que nous pouvons faire quand même ? Il faut abandonner l'approche un peu sentimentale de la question. Il faut être beaucoup plus concret. » La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chancelier allemand Friedrich Merz sont-ils en pleine « bromance » ? Bien que la dirigeante italienne appartienne à la droite radicale, elle est alignée au chancelier allemand sur certains dossiers. « Il ne faut pas négliger cette relation, c'est très important. Il ne faut pas le traiter de façon polémique. Il y a énormément de sujets où il y a convergence, comme l’immigration. Est-ce que cela veut dire qu’il y a des divergences sur tous les autres ? Non. »  Selon lui, la France doit se questionner sur les désaccords entre sa politique et celle de l’Allemagne : « Qu’est-ce que nous devrions faire ? C'est un sujet peu populaire parce qu'il faudrait que les Français travaillent plus finalement, investissent plus. »
Pascal Lamy: «Le Groenland était important pour nous, et Trump a été forcé de reculer»
2026/02/06
Cette semaine, nous recevons Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce et actuel vice-président du Forum de Paris sur la Paix. Il revient sur les rapports de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump, de la place de l’Europe dans le monde, notamment dans le secteur économique où les industries manquent de compétitivité, et de la défiance croissante des Européens vis-à-vis des institutions. Nous vous proposons aussi un reportage inédit sur « l’Arctique, terre de toutes les convoitises », signé Isabelle Romero et Luke Brown, présents à la Conférence Arctic Frontiers à Tromsø. L’Europe et les États-Unis font face à une crise de confiance majeure. Même si la tension est retombée, la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland a ébranlé la relation transatlantique. Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce, les Européens ont une leçon importante à en tirer de cette crise : « Il y a une grande différence entre la rhétorique, cette espèce d’hyperactivité, et la réalité. Le Groenland, c’était important pour nous, et il a été forcé de reculer. » L’UE peut rivaliser dans un rapport de force avec les Américains, estime-t-il. Mais les Vingt-Sept doivent s’interroger sur la fiabilité de leur partenaire américain. Notamment en ce qui concerne le dossier ukrainien, le « vrai sujet » pour l’Europe selon Pascal Lamy.  Le vice-président du Forum de Paris sur la paix déplore la position changeante de Donald Trump, mettant davantage la pression aux Européens qu’à Vladimir Poutine. Il reconnaît cependant notre dépendance : « Pour obtenir des renseignements sur le positionnement des troupes russes en Ukraine, on aimerait bien se passer des Américains. Il y a des moments où les rapports de force sont les rapports de force, même si cela nous fait mal à l’estomac. Il faut être lucide : il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir. » Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, 72% des citoyens de l’UE se disent « très préoccupés », selon une récente enquête Eurobaromètre du Parlement européen, et appellent à une Europe plus unie. C’est aussi ce que note Pascal Lamy. « Les Européens sont très en soutien de l'intégration européenne et les menaces extérieures ont accentué ce soutien dans l'ensemble de l'Europe. » Mais l’Europe doit aussi faire face à la défiance d’une partie de la population face aux institutions européennes. Selon la même enquête, 49% des sondés ont une image positive de l’UE, le chiffre descend même à 38% pour les Français. « Il n’est pas étonnant que la France se distingue par un pessimisme considérable par rapport aux autres car elle se perçoit comme allant plus mal que les autres », reconnaît Pascal Lamy. À l’approche d’un Conseil sur la compétitivité, l’ancien directeur général de l’OMC appelle à plus d’investissements dans les années à venir pour augmenter la croissance et la compétitivité de l’Europe. « Notre potentiel de croissance aujourd’hui, c’est la moitié de celui des Américains, le tiers de celui des Chinois et le quart de celui des Indiens. Pour nous développer, il faut renforcer le marché intérieur. Nous avons un gisement sous nos pieds, le marché intérieur, mais on ne l’exploite pas. » 
Valdis Dombrovskis: «L’accord commercial UE-USA, bien qu’asymétrique, assure plus de prévisibilité»
2026/01/30
Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro avec un reportage long format et un entretien de Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie. Il fait état de la situation économique de l’Union dans un climat instable dû à l’imprévisibilité de l’administration américaine.  À la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, le commissaire se félicite de l’apaisement des relations : « Il est positif que nous ayons réussi à replacer le dossier Groenland sur une base plus constructive. Le président Trump a donc supprimé en quelque sorte ses revendications à l'égard du Groenland (...) L'accent est désormais mis sur le renforcement de la sécurité dans la région arctique. Et les autorités danoises et groenlandaises, soutenues par l'Union européenne (UE), ont indiqué qu'elles étaient disposées à en discuter. » D’un point de vue économique, Donald Trump avait également menacé d’instaurer de nouveaux droits de douane sur les produits européens. Le Parlement européen a alors suspendu le processus de ratification de l’accord commercial encadrant ces droits de douane entre l’UE et les États-Unis, jugé désavantageux pour l’Union. Le président américain a finalement retiré ces menaces de surtaxes douanières. Selon Valdis Dombrovskis, également ancien Premier ministre de Lettonie, du parti de droite Unité affilié au groupe Parti populaire européen, « le choix aujourd'hui est d'accepter cet accord ou de poursuivre l'escalade commerciale » : « Nous avons évalué ces deux possibilités. Nous avons également observé l'expérience de la Chine, qui a opté pour cette escalade dans la guerre commerciale. Très vite, les droits de douane ont dépassé les 200% côté américain et côté chinois, ce qui était prohibitif. La Chine a fini par renoncer à l'escalade et a conclu un accord qui était comme le nôtre, asymétrique. »  Il réitère son soutien à cet accord : « Les relations d'échange et d'investissement entre l'UE et les États-Unis sont les plus importantes au monde. Nous avons accepté un accord, même asymétrique, qui permet d'assurer plus de clarté et de prévisibilité. » La croissance des États-Unis devrait atteindre 3% en 2026, contre 1,2% pour les Vingt-Sept. « C'est vrai, l'UE est dépassée par plusieurs autres grandes économies. Certains chocs économiques expliquent cette situation à court terme, comme les conséquences de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, ou la nécessité de réduire notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes », reconnaît le commissaire européen. « C'est pourquoi l'une des premières initiatives de la Commission européenne a été la Boussole pour la compétitivité, qui présente tous les principaux facteurs affectant la compétitivité de l'UE afin de relancer la croissance économique dans l'Union. » Le 1er janvier, la Bulgarie est devenue le 21è membre de la zone euro après avoir rempli les critères de Maastricht. Dans cet État balkanique au bord de la mer Noire, entre la Roumanie, la Grèce et la Turquie, les 6,4 millions d'habitants ont abandonné le lev, la monnaie bulgare.  Si cette intégration est bien perçue par les milieux économiques, elle divise une population dont 22% vit sous le seuil de pauvreté, entre espoirs et craintes d’inflation.  Nos reporters retrouvent sur le terrain divers acteurs du changement : rencontre avec Mariya Gabriel, ancienne vice-Première ministre et ex-commissaire européenne bulgare, un chef d’entreprise, le vice-ministre de l’économie, la cheffe de la représentation de la Commission en Bulgarie, un député souverainiste, une avocate anti-corruption et surtout, les habitants de Sofia et du reste du pays. Selon Valdis Dombrovskis, cela va permettre « de renforcer l'eurozone et le rôle international de l'euro, car cela projette également la confiance. (...) Cela positionne l'euro comme monnaie ouverte avec un pouvoir d'attraction sur de nouveaux membres », conclut-il.
Andrej Plenkovic: «Donald Trump a fait deux pas en arrière : sur le Groenland et les taxes !»
2026/01/23
Cette semaine, nous interrogeons Andrej Plenkovic, Premier ministre de la Croatie, au lendemain d’un sommet européen extraordinaire. Il explique combien les Vingt-Sept sont sceptiques sur l’avenir de la relation transatlantique, malgré le renoncement de Donald Trump concernant le Groenland et la hausse des droits de douane. Le jeudi 22 janvier 2026, les Vingt-Sept se sont réunis pour un sommet extraordinaire convoqué par Antonio Costa à la suite des menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Groenland et d’augmenter les droits de douane des pays qui ont engagé des soldats sur place. Andrej Plenkovic, Premier ministre croate depuis 10 ans, qualifie cette réunion de « constructive » : « Il y a eu des débats francs en ce qui concerne les relations entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis. Nous avons discuté de trois points importants : tout d’abord, le fait d’assurer une solidarité complète des Vingt-Sept vis-à-vis de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Danemark et du Groenland. Puis, de revenir à une normalité dans les relations transatlantiques, fondement de l’ordre international. Enfin, nous avons discuté de la nécessité de mettre en place des instruments anti-coercition dans le domaine des droits de douane et de comment les appliquer si besoin. » Ce sommet a cependant eu lieu après un adoucissement des positions de l'administration américaine. Ce revirement est intervenu après une discussion entre le président américain et le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte. « Donald Trump a fait deux pas en arrière », estime le Premier ministre croate. « J'étais au courant que Mark Rutte était en train de chercher une solution plutôt généralisée des pays de l'Arctique, de l'Union européenne et de l'OTAN », explique Andrej Plenkovic qui avait rencontré le secrétaire général de l’Otan la semaine passée. Selon le Premier ministre, la réaction négative des marchés financiers face à ces tensions a poussé Donald Trump à reculer. « Puis, nous voyons que l'opinion publique américaine ne soutient pas vraiment la position de leur gouvernement vis-à-vis du Groenland. Finalement, cette méthode a déjà été utilisée par le président Trump : essayer de faire monter les enchères et ensuite revenir en arrière et calmer le jeu afin de chercher une solution qui pourrait être satisfaisante pour les intérêts de sécurité des États-Unis. »   « Les Européens, coordonnés, doivent calmer le jeu »  Andrej Plenkovic se veut rassurant : « Il y a eu un peu de tension mais demain ou après-demain, nous aurons d'autres sujets à gérer. L'UE adopte une position assez coordonnée. Nous tenons une ligne selon laquelle la question de l'intégrité territoriale des États membres ne peut pas être remise en question. » Il appelle à « calmer le jeu » : « La ligne de la Croatie est d’essayer de rétablir le dialogue, de nourrir nos rapports car nous devons rester partenaires dans un monde sans cesse en changement. Il faut plutôt cultiver les relations transatlantiques que de mener des actions qui peuvent détériorer la situation. » Il regrette cependant ces désaccords et l’inconsistance de la relation transatlantique : « La montée des tensions politiques entre alliés n'a pas beaucoup de sens. Nous avons énormément d'autres sujets à traiter qui sont des vrais problèmes globaux. Des amis et partenaires comme les États-Unis et les pays de l'UE ne devraient pas avoir ce genre de débat qui est un peu hallucinant. Au mois de décembre, nous parlions de sanctions contre la Russie et quelques semaines après, nous évoquons l’usage d’instruments anti-coercition contre les Américains. C’est un instrument qui n'a pas été conçu contre les États-Unis, mais contre la Chine. »   « Nous étudions les implications de Conseil de la paix » Donald Trump a inauguré à Davos son nouveau « Conseil de paix », en présence d'une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe. La Croatie a reçu une invitation à y participer : « Je suis très reconnaissant pour cette invitation mais comme elle est arrivée environ un jour et demi avant la date de la signature, il était impossible pour nous de signer ce type de document si rapidement en raison de contraintes constitutionnelles juridiques. » Si certains pays, comme la France ou l'Espagne, ont d’ores et déjà décliné l’invitation, Andrej Plenkovic annonce « étudier ce texte ». Le président du Conseil européen Antonio Costa a évoqué de « sérieux doutes » concernant ce « Conseil de paix », en particulier sur sa compatibilité avec les Nations unies. Le Premier ministre croate le rejoint sur ce point : « Quelle est la position de ce Conseil vis-à-vis des structures existantes des Nations unies ? Sommes-nous toujours dans le cadre de ce qui était prévu en accord avec les Nations unies, c’est-à-dire un suivi du plan de paix du président Trump pour Gaza ? Pour le moment, nous voyons une organisation internationale complètement nouvelle qui a pour objectif de promouvoir la paix. Nous continuons d'étudier ce document et ferons le nécessaire. » La Bulgarie et la Hongrie, quant à eux, ont rejoint ce « Conseil de paix », à contre-pied de la position des autres membres de l’UE. Andrej Plenkovic tempère ces 2 exceptions : « Ça n'empêche pas les autres pays européens de former une position coordonnée, qui pourrait avoir comme objectif de faire un geste pour faciliter les relations transatlantiques. Cette nouvelle organisation va de toute façon commencer son travail, avec ou sans les Européens. Il faut essayer de préserver le plus possible l’unité européenne et en même temps participer à ce Conseil d’une manière acceptable en termes juridique et politique. »   « Les garanties pour l’Ukraine de Trump sont une participation constructive » Volodymyr Zelensky, qui a rencontré Donald Trump à Davos, a assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les États-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit. Le Premier ministre croate salue cette avancée : « L'Ukraine est prête pour la négociation d'un accord de paix. [...] L’initiative politique du président Trump est une participation constructive aux côtés des alliés européens afin d’offrir des garanties de sécurité, mais aussi pour la reconstruction de l'Ukraine. » Il appelle cependant à la prudence : « Je dis au président Zelensky d'essayer de trouver un accord sans faire de concession de territoire ukrainien à la Russie. Le contraire serait un précédent qui posera des difficultés dans l'avenir pour beaucoup d'autres situations qui peuvent se passer. [...] Il ne faut jamais accepter le fait qu’une agression soit récompensée par l’acquisition du territoire ».
Hadja Lahbib : «Israël doit respecter ses obligations et laisser l'aide humanitaire entrer à Gaza»
2026/01/16
Cette semaine, nous recevons Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité. Guerres en Ukraine et à Gaza, manifestations en Iran ou tensions entre les Vingt-Sept et les États-Unis, elle commente les multiples conflits et crises face auxquels l’UE doit réagir. L’Europe se trouve chamboulée par les manœuvres géopolitiques de Donald Trump qui remettent en cause l’ordre mondial d'après-guerre. Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité, définit son rôle comme le fait « d'anticiper les crises, qu'elles soient provoquées par des catastrophes naturelles, par des guerres ou par des attaques cyber ».  « Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles » La Commission européenne souhaite que chaque État membre mette au point un kit de survie accessible aux citoyens, contenant de la nourriture, de l'eau et des copies de documents d'identité importants en cas de crise. « Ces kits de survie sont déjà répandus et acceptés dans des pays comme la Suède, la Finlande ou le Danemark. Dans d'autres pays, comme la France, la Belgique ou l’Espagne, c'est plus difficile. Cela a provoqué certaines questions. On m'a demandé si nous n’avions pas peur de semer la panique. Je dirais plutôt le contraire. Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles car nous pourrons faire face, par exemple, à une fermeture pendant quelques heures de toute alimentation énergétique », détaille la commissaire européenne. « L'objectif est de mettre à genoux la population » L’Ukraine est victime de coupures d'électricité quotidiennes à cause des frappes russes sur ses infrastructures énergétiques. « C'est une stratégie très claire poursuivie par les Russes. Cela enfreint les règles du droit de la guerre. Il y a des règles à respecter. On ne vise pas les infrastructures vitales même en temps de guerre. L'objectif est de mettre à genoux la population. » De nombreux habitants de Kiev se réfugient dans des trains afin d’avoir accès à des générateurs, notamment fournis par l’UE : « Depuis le début de la guerre, nous avons fourni à peu près 9 500 générateurs à l'Ukraine pour lui permettre de survivre. Depuis 2022, nous avons aidé l’Ukraine à hauteur d’environ 1,25 milliard d'euros. Et nous allons continuer », explique la commissaire, également en charge de l’aide humanitaire.  « C'est une crise qui nous concerne tous » Au début du mois, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Depuis, l’administration américaine travaille avec la présidente par intérim et entend prendre le contrôle des ressources pétrolières du pays. L’UE, qui prône l’intégrité territoriale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, semble peu audible sur ce dossier. Hadja Lahbib regrette l’attitude des États-Unis : « Pendant des décennies, ils ont incarné cette force pour la liberté, pour la défense de la démocratie. Évidemment, il y a beaucoup d'amertume aujourd'hui. [...] Ce n'est pas que Maduro avait une légitimité démocratique, certainement pas, mais ici, c’est le droit international et la Charte des Nations Unies qui sont remis en question. » Elle en appelle à l’autodétermination des Vénézuéliens : « Ce qui est important aujourd'hui, c'est que les Vénézuéliens aient le dernier mot. [...] Ce sont eux qui m'intéressent. [...] Ce qui m'inquiète, c'est le régime qui sera mis en place et comment finalement le droit à l'autodétermination des peuples sera garanti. »  Les Vénézuéliens représentent la deuxième nationalité à déposer le plus grand nombre de demandes d’asile dans l’UE. « Il faut réduire la crise. Nous contribuons à l'aide humanitaire aux Vénézuéliens, aux pays limitrophes qui accueillent beaucoup de réfugiés, mais aussi en Europe. [...] C'est une crise qui nous concerne tous. » « Nous serons auprès des Iraniens dans l'aide humanitaire » En Iran, la répression des manifestations par le régime au pouvoir a déjà causé des milliers de morts et plus de 10 000 arrestations. Si certains États membres ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour demander le respect de la liberté d’expression, l’UE est jugée trop timide par certains dans la condamnation de cette répression. « Nous envisageons des sanctions. Nous en avons déjà pris beaucoup, entre autres contre les Corps des Gardiens de la Révolution islamique », se défend la commissaire européenne. Elle appelle à écouter les Iraniens : « Ce qui nous importe, c'est que le premier et le dernier mot reviennent au peuple iranien. [...] Il y a une fatigue du régime qui étouffe les libertés fondamentales. [...] Il y a un ras-le-bol général même si toutes les régions ne sont pas concernées donc il faut être extrêmement prudent. [...] Nous demandons le droit à l'autodétermination des peuples [...] Nous serons auprès des Iraniens dans l'aide humanitaire. » « L'UE soutient le Danemark » Une autre crise frappe les Vingt-Sept de plein fouet : la volonté de Donald Trump de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, pour des raisons de sécurité nationale. Alors que le Premier ministre groenlandais a affirmé que son peuple ne souhaite pas faire partie des États-Unis, le Danemark, membre de l’UE et de l’OTAN renforce sa présence militaire sur l’île. « L'UE soutient le Danemark. Elle est en empathie et en solidarité avec le peuple groenlandais », réitère la commissaire européenne Hadja Lahbib. Elle appelle à la désescalade : « C'est une situation sans précédent. Il faut être à l'écoute du Groenland et éviter la surenchère. » « Pour l'accès à l'aide humanitaire, les 27 sont alignés » L’UE a apporté une aide financière humanitaire de 1,6 milliard d’euros à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Au point de passage de Rafah en Égypte, aux portes de Gaza, l’acheminement de l’aide humanitaire est cependant fortement restreint par Israël : « Elle doit y parvenir sans entrave. C'est une obligation qui incombe à l'État israélien, la puissance occupante. C'est une obligation inscrite dans les conventions de Genève dont Israël est partie prenante. C'est aussi le message qui a été adressé à plusieurs reprises par l'ensemble des 27 États membres. Si nous ne sommes parfois pas sur la même ligne quand il s'agit de ce conflit au Moyen-Orient, en ce qui concerne l'accès à l'aide humanitaire, nous sommes tous alignés. » Elle appelle Israël à laisser entrer cette aide humanitaire dans l’enclave palestinienne : « Le cessez-le-feu prévoyait le passage d’environ 600 camions par jour, nous en sommes très, très loin. Il y a à peu près 250 camions qui entrent par jour à Gaza. C'est largement insuffisant. La crise humanitaire continue à s'aggraver. [...] Israël doit respecter ses obligations », se risque-t-elle.
Gaël Veyssière: « L'Ukraine n'est pas en train de s'effondrer »
2026/01/09
Cette semaine, nous recevons Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine. Il décrit les dures conditions de vie des Ukrainiens et appelle à l’union des États membres pour soutenir le pays financièrement et militairement.    L’Ukraine vient de vivre son quatrième Noël sous la menace russe. Pour Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine depuis 2023, ce début d’année est « difficile » pour les Ukrainiens : « Il y a des coupures d'électricité pendant les deux tiers de la journée. Il y a de plus en plus de frappes russes avec un nombre important de vecteurs, c'est-à-dire des drones et des missiles. »  Pourtant, selon lui, les Ukrainiens sont « extraordinairement résilients ». « Ils tiennent le coup. Ils savent pourquoi ils se battent et continuent, explique l’ambassadeur. Les Ukrainiens sont déterminés à ne pas se laisser faire et à ne pas se laisser imposer un ordre russe ou des concessions territoriales. » « La Russie progresse militairement mais très lentement » À ce jour, la Russie occupe 20 % de la superficie totale de l’Ukraine. Selon les chiffres de la carte interactive en ligne DeepState, la Russie a conquis moins d’1 % du territoire en 2025 alors que Vladimir Poutine affirme être en train de gagner la guerre. « C'est faux », rétorque Gaël Veyssière. « Ces chiffres le montrent très clairement. La Russie progresse militairement, c'est vrai, mais très lentement. [...] L'Ukraine n'est pas en train de s'effondrer. Le narratif russe n'est pas fondé. Vraisemblablement, dans six mois, la situation ne sera pas tellement pire sur le plan militaire en Ukraine qu’elle ne l’est maintenant. Ce que cherchent les autorités russes, c'est à créer une situation dans laquelle on dirait que ce n'est plus la peine de soutenir l'Ukraine puisqu'elle est en train de perdre. » En 2025, l’avancée russe a été particulièrement notable dans l'oblast de Donetsk avec 78 % du territoire occupé. L'oblast de Louhansk, quant à lui, est presque entièrement occupé. « L’avenir de l’Ukraine est en jeu, explique Gaël Veyssière. La viabilité de l'Ukraine est en jeu ainsi que le fait qu’elle puisse être une puissance souveraine et que nous respections ses frontières. » « Il y a une intense activité diplomatique pour trouver un accord » Alors diplomatique en ce moment pour essayer de trouver un accord. Pas forcément avec les Russes pour l'instant, mais au moins entre les Ukrainiens, les Américains et les Européens, pour ensuite aller voir les Russes, poursuit l’ambassadeur de France en Ukraine. « Les choses ont beaucoup progressé. Il y a des textes, c'est discuté avec les Américains et les Européens de façon très approfondie. [...] Il y a des discussions intenses pour arriver à un point d'équilibre qui engagerait les Ukrainiens, les Américains, les Européens et qu'il faut ensuite que les Russes acceptent. » « Il faut former l'armée ukrainienne » Les 35 pays membres de la « Coalition des Volontaires », essentiellement européens, se sont accordés à Paris pour déployer une force multinationale en Ukraine et participer à une surveillance d'un potentiel cessez-le-feu sous « leadership » américain, une fois un accord de paix trouvé avec la Russie. Des garanties de sécurité indispensables pour Gaël Veyssière : « Des garanties de sécurité doivent permettre aux Ukrainiens de se projeter dans le futur, en se disant que les Russes les ont attaqués en 2014 et en 2022 mais qu’ils ne les rattraperont pas demain parce qu'il y aura suffisamment de garanties pour que cela ait lieu. » Outre une force multinationale de la « Coalition des volontaires » soutenue par les Américains, il appelle à « former l'armée ukrainienne » afin qu’elle soit « robuste et équipée » et puisse « jouer un rôle de dissuasion ».  « Il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution » Au sommet européen du 18 décembre dernier, les États membres ont peiné à trouver une solution afin d’accorder une aide financière à l’Ukraine. La Commission européenne et certains pays plaident pour avoir recours aux avoirs russes gelés en Europe, majoritairement immobilisés en Belgique. Cependant, les Belges s’y opposent, notamment par peur de représailles russes.  Pour financer l’effort de guerre ukrainien, les Européens ont finalement décidé de réaliser un emprunt en commun de 90 milliards d'euros.« Cela aurait été mieux si nous avions pu nous mettre d'accord sur les avoirs gelés, mais en réalité, il y avait un besoin à très court terme et il fallait trouver des financements pour l'Ukraine. Cette solution financière a été trouvée », tempère Gaël Veyssière. Selon lui, la question des avoirs russes « n’est cependant pas oubliée » : « Au contraire, selon les conclusions du Conseil européen, nous allons continuer à essayer de mettre sur pied une formule pour pouvoir utiliser plus directement ces avoirs gelés. » La Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, réticents à soutenir financièrement l'Ukraine, ont accepté de ne pas opposer leur veto à ce prêt en échange d'une exemption d’y participer. « C'est évidemment inquiétant », commente Gaël Veyssière, également ancien membre de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE. « Plus l'Union européenne (UE) est unie et plus elle est à même de peser et de devenir cette puissance géopolitique et géostratégique qu'elle aspire à être. Cela aurait été encore plus inquiétant si la division avait mené à la paralysie. Là, il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution. [...] Ce n’est pas la meilleure solution possible mais il n'empêche qu’il faut être pragmatique, il faut que les choses avancent. Et là, les choses ont avancé. » « L'Ukraine est déterminée à rejoindre l'UE » Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a nommé un nouveau chef de cabinet, Kyrylo Boudanov, en remplacement d’Andriy Yermak qui avait démissionné à la suite d’un scandale de corruption. Selon Gaël Veyssière, ce nouveau chef de cabinet est « une légende en Ukraine pour ses hauts faits militaires ». « C'est un homme avec lequel les services compétents, en France et dans tous les autres pays, collaborent étroitement. [...] La fonction de directeur de cabinet du président était jusque-là extraordinairement politique. Désormais, elle sera beaucoup plus concentrée sur la gestion de la guerre, des questions de renseignement et des questions de sécurité. »  « La Russie en porte-à-faux » La semaine passée, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, cette intervention en rupture avec le droit international « met en porte-à-faux la Russie, selon Gaël Veyssière. Elle est le grand allié de Nicolas Maduro et de son régime corrompu. La Russie est assez embêtée parce qu'il faut à la fois qu'elle défende son allié et en même temps qu’elle essaie de ne pas trop braquer le président Trump. Toute action qui est faite en dehors des règles du droit international n'est pas bonne pour ceux qui sont attachés à son respect. De ce point de vue, cette intervention n'est pas forcément une bonne nouvelle, ni pour nous, ni pour l'Ukraine.»

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