1500236152
Ici l'Europe

Advertise on podcast: Ici l'Europe

Categories
Country
United States
This podcast has
45 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/16
Average duration
20 min.
Release period
11 days

Description

RFI et France 24 vous proposent un rendez-vous intitulé «Ici l’Europe». Un entretien avec une personnalité européenne signé Caroline de Camaret (France 24). Chaque semaine, le vendredi, un grand entretien avec une personnalité européenne, un entretien avec un des grands acteurs de l’Europe d’aujourd’hui, qui nous parle de la construction de l'Europe, de sa proximité avec les citoyens et des enjeux internationaux qui l’attendent. Une coproduction RFI/France24. ***  Diffusions les vendredis à 19h40 TU vers toutes cibles, le samedi à 08h10 TU vers l'Amérique, l'Asie, l'Europe et 21h10 TU vers toutes cibles. 

Unlock Ici l'Europe podcast Email contact info,
Listeners & Audience details

Email contact information

Direct podcast contact details

Listeners

Audience numbers & engagement insights

Audience details

Podcast Insights

Podcast episodes

Check latest episodes from Ici l'Europe podcast


Pierre Moscovici: «L'extrême droite veut réduire l'UE à une union de nations, cible des prédateurs»
2026/10/16
Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Pierre Moscovici, membre français de la Cour des comptes européenne. Depuis 1977, la Cour des comptes agit comme un auditeur externe de l’Union européenne, examinant la gestion financière et le budget de l’UE. Ancien député européen, Pierre Moscovici fut aussi ministre des Affaires européennes puis de l'Économie, avant de devenir commissaire européen aux affaires économiques et financières, président de la Cour des comptes française et, finalement, membre de la Cour des comptes européenne à Luxembourg. « Une dette, ça se rembourse » Le 8 octobre, la Cour des comptes a remis son rapport annuel dans lequel elle alerte sur la dette européenne. Si celle-ci est d’ordinaire très faible, elle a fortement augmenté à la faveur du plan de relance post-Covid Next Generation EU et pourrait s’élever à 1 000 milliards d’euros en 2027. Pierre Moscovici tempère : « Ce n’est pas énorme si on la compare à des dettes comme la dette française (...) mais une dette, ça se rembourse. À partir de maintenant, il y aura donc une charge de la dette annuelle jusqu’en 2058, qui représentera environ 1/12e du budget de l’UE. » Si ce poids financier pourrait peser dans les négociations sur le futur budget de l’UE, Pierre Moscovici met en garde contre trop de sobriété : « Je suis, personnellement, comme Européen, convaincu que nous avons besoin d'investir plus. Nous sommes aujourd'hui en train de décrocher par rapport aux États-Unis. Nous avons besoin de cet investissement. Mais une dette, ça se rembourse et donc, ça se gère. » « Ce qui attend les Européens, c’est une négociation extrêmement difficile » En effet, l’UE s’apprête à renouveler son budget pour la période 2028-2034 et la bataille fait rage entre les États membres. Les « frugaux », comme les Pays-Bas, le Danemark ou la Finlande, emmenés par l’Allemagne, s’opposent vivement à la proposition de la Commission d’augmenter le budget de l’UE à 2 000 milliards d'euros. En face, les « Amis de la cohésion » ou ceux de la Politique agricole commune soutiennent la hausse du budget de l’UE. Pierre Moscovici observe : « Ce qui attend les Européens, c’est une négociation extrêmement difficile (…) ça se passe toujours comme ça. Il faudra un compromis, mais ce que je souhaite, c’est que ce compromis soit le plus ambitieux possible. » Et pour cause, l’ancien commissaire européen s’inquiète d’une perte de vitesse de la croissance et du PIB par habitant de l’UE face aux États-Unis ou à la Chine : « On ne peut pas être une puissance si on n'a pas d'ambition pour l'Union européenne. La solution à nos problèmes, qu’ils soient sociaux, économiques, géopolitiques ou climatiques, ce n’est pas uniquement l’Europe. Mais toute solution passe par l’Europe. » Pour augmenter le budget cependant, encore faut-il en avoir les moyens. Aujourd’hui, les contributions nationales des pays membres représentent l’écrasante majorité des ressources de l’UE. Certains États rechignent à augmenter cette participation, d’autant que la Grèce, l’Espagne ou encore la France arrivent à des échéances électorales majeures dans les prochains mois. En France notamment, l'euroscepticisme du Rassemblement national, en tête des sondages électoraux, pourrait bien changer la donne en cas d’élection. Pour Pierre Moscovici, il paraît effectivement compliqué d’adopter un budget pluriannuel dans ces conditions. Pour conserver les moyens de ses ambitions, l’UE doit donc, d’après lui, se doter à long terme de ressources propres, indépendantes des contributions des États membres. À lire aussiLe Conseil européen se réunit pour décider des futures orientations budgétaires de l'UE « En France, nous sommes déjà dans une crise de la dette » Autre enjeu de cette élection française, la gestion du déficit budgétaire national. Avec une dette qui dépasse les 3 500 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, Paris se trouve en bien mauvaise posture. Pierre Moscovici alerte : « Nous sommes déjà dans une forme de crise de la dette. Nous ne sommes pas dans une crise de la dette qui nous menace d'un collapsus ou d'une mort subite (…) mais on est étranglé progressivement. » Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement de rembourser, mais de garder la possibilité d’investir face aux défis qui se présentent. Alors que les tensions sociales ne cessent de s’aggraver, comme en témoigne le mouvement lycéen et étudiant, il rappelle : « Il faut vraiment, de manière vitale, que nous réduisions notre déficit à 5 % du PIB, si nous voulons investir pour le futur, si nous voulons être capables de répondre aux défis climatiques, de financer l'innovation, la recherche, l'éducation. Regardez ce qu’il se passe aujourd'hui. Le gouvernement ne peut pas donner de réponses financières. Pourquoi ? Parce qu’il n'a plus les moyens de le faire. » Le risque, selon lui, est que les marchés imposent à la France une politique d’austérité comme ce fut le cas pour la Grèce en 2009 ; une situation que l’ancien commissaire chargé des négociations avec la Grèce connaît bien. « Il faut repenser la social-démocratie au XXIe siècle » Grande figure du parti socialiste, ayant occupé plusieurs mandats sous cette étiquette, Pierre Moscovici a quitté le parti en 2019. Il dresse un bilan mitigé des social-démocraties européennes, alors que la droite et surtout l’extrême droite s’imposent un peu partout dans le monde et notamment en Europe : « Il faut repenser ce qu’est une social-démocratie au XXIe siècle, ce que c'est un socialiste, ce qu’est une gauche qui gouverne pour le XXIe siècle. Soit une gauche qui soit capable de faire des réformes de société et qui, en même temps, sache tenir l'autre bout de la chaîne, c'est-à-dire gérer sérieusement le pays. Tous les grands socialistes avaient toujours en tête qu'il fallait produire avant de redistribuer. » Il pointe notamment une offre politique social-démocrate peu lisible, qui peine à s’adapter aux défis du siècle. Pour lui, cela est d’autant plus dangereux que la montée de l’extrême droite et ses alliances avec la droite conservatrice mettent en péril le projet européen : « L'extrême droite a changé son rapport à l'Europe. Elle ne souhaite plus sortir de l'Europe, mais la conquérir, afin d’exercer une hégémonie culturelle. Et faire en sorte qu'on revienne finalement à une Europe qui soit une simple union de nations. » Alors, dit-il, « nos nations qui auraient prétendument retrouvé leur identité deviendraient, seules, des cibles offertes aux prédateurs. »
David Clarinval : «La Belgique n’acceptera pas un budget de l’UE de 2 000 milliards d’euros»
2026/10/09
Cette semaine, nous recevons David Clarinval, vice-Premier ministre et ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture. Il commente la position de son pays en termes de concurrence commerciale ou de participation au prochain budget de l’UE.  Face à la concurrence commerciale accrue de la Chine et des États-Unis, « l'Europe est à la croisée des chemins et vit une période assez difficile », selon David Clarinval, ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture et membre du Mouvement Réformateur, le parti libéral de centre droit. « Nous avons des Chinois qui effectuent un dumping majeur en soutenant entre trois et huit fois plus leurs entreprises et leur industrie par rapport aux pays de l'OCDE. Cela met en compétition nos entreprises de manière un peu déloyale », précise-t-il. « D'autre part, les États-Unis utilisent la clause de la nation la plus favorisée avec des tarifs douaniers. Ce sont des politiques assez agressives à l'égard de l'Europe. » « Un herbivore dans un monde carnivore » Reprenant une expression utilisée par Emmanuel Macron en 2024, David Clarinval estime que l’Union européenne (UE) est « un herbivore dans un monde carnivore » en termes d’économie : « Les industries en Europe sont passées de 20% de valeur ajoutée en l'an 2000, à à peine 13% aujourd'hui. Nous voyons nos industries quitter l'Europe ou même faire faillite. Si nous voulons inverser cette tendance, nous devons prendre les choses en main et avoir une politique assez ambitieuse, un peu plus agressive, tout en restant évidemment ouvert sur le commerce. » En ce sens, l’UE tente de convaincre Pékin de réduire volontairement ses exportations de véhicules hybrides et de donner aux Vingt-Sept un accès aux terres rares. Dans le même temps, les États membres discutent la possibilité de renforcer leur bazooka commercial, l'instrument anti-coercition qui permettrait de surtaxer de manière ciblée et rapide des pays accusés de pratiques de dumping déloyales. « Nous sommes favorables à cette politique », indique le vice-Premier ministre du gouvernement De Wever. « Le fait d'avoir été parfois beaucoup trop naïfs pendant tant d'années fait que nous avons perdu des parts de marché. Nous devons prendre toute une série de mesures. Nous devons être plus durs. » David Clarinval explique que la Belgique est favorable au « Made with Europe », c’est-à-dire la possibilité d’ouvrir les marchés publics aux entreprises de pays liés à l'UE par un accord de libre-échange ou une union douanière : « Nous ne sommes pas pour un protectionnisme qui ferme les barrières autour de l'Europe et qui empêche le commerce international. Nous devons être ouverts avec des partenaires qui respectent les règles [...] Nous devons donc être plus rapides dans la prise de décisions et avoir des outils qui nous permettent d'être plus réactifs au niveau de la Commission. Cette ligne est en train de trouver sa place. C'est une ligne un peu pragmatique entre un protectionnisme fermé et un libéralisme trop naïf. » « Un éparpillement des moyens du plan de relance »  Le plan de relance post-Covid de l’UE, un programme pour lequel la Commission va décaisser de 634 milliards d’euros d'ici la fin de l'année 2026, touche à sa fin. Selon le ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture, cet emprunt en commun a permis de « donner un peu d'oxygène à l'économie pour retrouver du dynamisme ». « D'une manière globale, j'en ai une analyse assez positive. Cela nous a permis de mobiliser des moyens pour faire toute une série de projets intéressants. » Il note tout de même quelques bémols dans l’utilisation de ces fonds : « D'une part, ce plan de relance coûte cher aux États puisque nous avons des taux et montants importants à rembourser. De plus, le processus est administrativement assez lourd, donc nous espérons que si d'autres projets de ce type se présentent dans le futur, il y aura un assouplissement des règles. Enfin, en Belgique, nous avons vu un éparpillement des moyens sur plein de petits projets plutôt que de les avoir focalisés sur des gros projets porteurs de plus de relance. [...] La Belgique est un État complexe, avec plusieurs niveaux administratifs qui se chevauchent et donc avec un plan de croissance qui est lui-même morcelé entre les différents niveaux de pouvoir. » « Financer principalement la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense » Un plan de relance qui devait servir de modèle pour le futur budget de l'UE, en particulier avec des financements par objectifs. La Commission européenne vise une enveloppe totale de 2 000 milliards d'euros pour le budget 2028-2034, soit une hausse de 60% du budget actuel. Cela représente moins de 2% du PIB de l'Union. David Clarinval indique que la Belgique n’est pas contre une augmentation du budget « mais certainement pas jusqu'à 2 000 milliards », indique-t-il. Il demande une diminution « de 20 à 25% » par rapport à cette proposition de base. « Sinon, en Belgique, cela veut dire que nous devrions payer grosso modo entre un et deux milliards d'euros en plus chaque année. Or, nous payons déjà pas mal. [...] C'est un effort qui devra aussi être fait dans l'usage que nous ferons de ces moyens. Nous souhaitons principalement financer la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense. » Il indique cependant vouloir une diminution des moyens alloués à la politique de cohésion, c’est-à-dire le financement de projets locaux visant à réduire les disparités entre régions européennes.    Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Agnès Le Cossec et Oihana Almandoz.
Maciej Witucki : «Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine...»
2026/10/02
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d’Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d’amélioration. « Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux » L’avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. M. Witucki tempère : « les patrons européens croient en l’Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux. » Face à l’augmentation éclair des prix de l’énergie, due entre autres à la guerre dans le détroit d’Ormuz. Maciej Witucki rappelle : « la crainte, c’est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n’est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l’inflation ». Si certains pays ont décidé, face à l’urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : « il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l’énergie, donc il faut que l’on partage plus nos actifs. »  Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : « il n’y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d’être signée hier soir par le Président. »  Mais pour lui, « les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l’accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale ».   « Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle » Les grands défis de l’industrie européenne s’incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l’industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : « on est devenus trop dépendants (...) cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir d'un côté les ambitions de développement de l’Europe, de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas. » Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : « Le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré ». « Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes. »   « Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre » S’il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d’abord Polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6% en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d’euros gelés par l’UE en raison de manquements à l’État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour M. Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : « la leçon, c’est que la Pologne, elle a l’entrepreneuriat, l’ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre. » La défense de l’État de droit est elle aussi au centre, ce qu’a démontré la Pologne après huit années d’un régime « pas tout à fait libéral ». Le Président de BusinessEurope explique « on est définitivement pour la défense de l’Etat de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques. »   « La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux » Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, « cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale ». Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l’Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : « tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine ».
Aurore Lalucq : « Face à la hausse du prix du carburants, il faut taxer les superprofits »
2026/09/25
Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et aux inquiétudes devant leur faiblesse économique, Aurore Lalucq, la présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe Socialiste et co-présidente de Place publique. L'UE est confrontée à une faible croissance (1,1 %) et à la forte augmentation des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : « On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients. » Mais ce qui l’inquiète, « c'est la question de l'inflation importée sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs. Donc, il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies. » Face à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen, qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. « Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger TotalEnergie », glisse-t-elle. Un budget français et européen à la peine Autre dossier difficile, le budget. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques, et de la dette privée, et l'incertitude créée par Donald Trump. « Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit : "La France, là, tout de suite, va rentrer en crise financière." » Par contre, du fait de la situation internationale, « on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c’est clair. » Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards sur cinq ans – contre 54 milliards préconisés par le gouvernement pour 2027. Face au Rassemblement national qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a lui aussi proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L'eurodéputée estime que l'UE est une force : « Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français… et la perspective de 2027 issue des élections présidentielles ! » En ce qui concerne le budget européen de 2028-2034, la présidente de la commission ECON au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays « frugaux » comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche qui demandent de passer en dessous des 2 000 milliards d'euros sur sept ans. « Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre », affirme-t-elle. Pour cela il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. « Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur la question, ce qu'on appelle des actifs sûrs. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques. » Des turbulences internationales Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires dans les élections régionales de l’AfD en Allemagne. « C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. » « Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : l'extrême droite n'est pas un parti comme un autre ». Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et « le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas des inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres. » Après le discours du Premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelle son opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada – pour des raisons sanitaires. « Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, des associations. Avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent : "Ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !" »  Face aux accords commerciaux – l’UE en a signé plus de 80 –, l’eurodéputée affine sa position : « On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole, affirme-t-elle. Donc, il faut accélérer sur la question de l'électrification dans le domaine. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, nos batteries, etc., être détruites par une concurrence déloyale », comme celle de la Chine ! Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques après le retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. « Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser. » Enfin face à Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre Trump contre l’Europe(éditions Les petits matins), elle affirme : « Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne. » Elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : « Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respecté, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent, conclut-elle.
Hadja Lahbib «Soit on continue à courir après les catastrophes, soit on les empêche de survenir»
2026/09/18
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Hadja Lahbib, Commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes. « C'était l'été de toutes les vérités » Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. « On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire », alerte-t-elle. Or avec le changement climatique, « on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc il va falloir les anticiper ». Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, « parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison ». La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. « C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour partir, pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre », rappelle-t-elle. La Commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. « Imaginez-vous si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer et aux États, aux petits États comme aux grands ».  À lire aussiIncendies en Europe: un continent entier face aux brasiers   « Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen » Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. « Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol », alerte la Commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. « Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives ». Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, « qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères ». À écouter aussi«Nous ne savons plus où aller»: en Ukraine, un drone russe frappe un immeuble résidentiel à Odessa   « Les autres pays aussi pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie »  Interrogée sur la montée de l'extrême-droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, « le repli sur soi, la peur de l'autre », est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, « le respect, la liberté, la paix ». Elle met en garde contre ces « discours populistes, malheureusement simplistes et qui sont manipulés en plus par des puissances malveillantes comme la Russie. Et on le voit aussi les États-Unis qui soutiennent des groupes d'extrême droite ».  À écouter aussiÉlections régionales en Allemagne: l'AfD compte surfer sur son succès à Berlin et dans le Mecklembourg
Luc Frieden : «L’Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés»
2026/09/11
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Luc Frieden, Premier ministre luxembourgeois et président du Parti populaire chrétien-social, membre du Parti populaire européen. Présent à Paris pour le premier Sommet international sur l’espace organisé par Emmanuel Macron, il évoque l’importance d’une autonomie stratégique de l’Europe, la nécessité de s’unir face à un monde de plus en plus menaçant, mais aussi certains chantiers à venir au sein de l’Union. « L’Europe doit jouer son propre rôle » Les 9 et 10 septembre 2026, se tenait à Paris le premier Sommet international sur l’espace à l’initiative du président français Emmanuel Macron. Si les grandes entreprises américaines comme Blue Origin ou SpaceX ont boycotté le Sommet à la demande de Donald Trump, 120 pays y ont participé, dont le Luxembourg. Luc Frieden approuve « l’idée du président Emmanuel Macron de réunir tous ceux qui veulent que l’Europe soit autonome et forte », mais rappelle : « Nous restons des amis des États-Unis ». Pour lui, ce besoin d’autonomie « ne signifie pas qu’il faut exclure les autres (...) nous travaillons évidemment bien avec les Américains et d'autres sur ces sujets, mais l'Europe a besoin, en matière de défense, en matière d'énergie, en matière d'intelligence artificielle, en matière d'espace, de jouer aussi son propre rôle. » Il cite par exemple les satellites commerciaux, dont le Luxembourg est le premier opérateur en Europe. Face à une situation géopolitique de plus en plus complexe, « les satellites jouent un rôle en matière de défense, en matière de communication quantique, de sécurité ». Il faut donc « que l'Europe soit un peu plus autonome car nous ne l'avons pas été suffisamment, peut-être, par le passé ».   « Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres » L’Union européenne encadre l’utilisation des réseaux sociaux sous le Digital Services Act, adopté en 2024, et a récemment inclus certaines intelligences artificielles dans ses prérogatives. Si des avertissements ont été émis, aucune sanction directe n’a encore été prononcée au niveau européen. Pour M. Frieden, « un Européen ne doit jamais avoir peur des autres. C'est un grand continent, 400 millions d'habitants. Donc nous pouvons être fiers de ce que nous sommes, avec nos valeurs, nos principes. » Il faut selon lui « une intelligence artificielle humaine », qui respecte ces valeurs européennes. Le Luxembourg est ainsi le premier pays d’Europe à avoir signé un partenariat stratégique avec la société française Mistral AI, pour intégrer l’intelligence artificielle aux services de l’État et collaborer avec les institutions de recherches publiques. Le Premier ministre insiste sur la nécessité d’encadrer ces pratiques car « les valeurs de l’Europe, ce ne sont pas les mêmes qu’en Chine et aux États-Unis », mais rappelle que « les sanctions, c’est toujours la dernière, dernière étape ».   « Nous avons besoin de nouvelles ressources qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité » Alors que le projet de budget pluriannuel de l’Union européenne pour la période 2028 - 2034 suscite de vifs débats parmi les États-membres, Luc Frieden déclare : « mon pays n’est ni du côté des “frugaux”, ni du côté des “pays de la cohésion” ». Il explique : « on a besoin d'un budget qui soit plus grand que le budget actuel. Mais il ne faut pas qu'il soit trop grand parce qu'il doit aussi être financé. » Ainsi, bien qu’il se soit opposé à une taxe européenne sur le tabac ou à la taxation des superprofits des multinationales lors de la crise énergétique, il prône le développement d’autres ressources propres à l’UE : « il faut des ressources propres qui fassent du sens, qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité, qui soient en même temps réparties de façon équitable entre les États membres. » Pour lui, la recherche de ces ressources, via la taxation notamment, ne doit pas impacter la compétitivité des entreprises, au risque que celles-ci « soient poussées vers d’autres continents ». Une augmentation du budget reste nécessaire, afin de « soutenir, au niveau européen, les nouvelles politiques : l'innovation, l'espace, la technologie, les satellites » sans pour autant ponctionner dans la politique de cohésion ou la politique agricole commune.   « L’Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés » Le dimanche 6 septembre 2026, le parti d’extrême droite allemand AfD a remporté 44% des voix aux élections parlementaires régionales en Saxe-Anhalt, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Luc Frieden réagit : « pour un voisin de l'Allemagne dont le pays a été envahi en 1940 par les nazis, c'est évidemment extrêmement choquant et inquiétant ». Pour lui, ce retour en force du nationalisme d'extrême-droite est « un énorme défi pour les partis du centre politique ». Il enjoint ainsi à « analyser cela en commun au niveau européen » et appelle « les électeurs de tous les pays européens à regarder l'histoire : le nationalisme, la discrimination des minorités, cela conduit à la Deuxième Guerre mondiale ». Alors que l’extrême droite européenne sympathise avec une Russie de plus en plus menaçante, Luc Frieden rappelle « il y a déjà aujourd'hui des attaques hybrides (...) Nous sommes attaqués tous les jours ; nos systèmes informatiques, les drones, ce n'est pas de la science-fiction, c'est déjà une réalité. » Il en appelle ainsi à l’Union : « l'Europe a tout intérêt à être unie, à être soutenue, car c'est la seule réponse pour survivre dans ce monde très compliqué (...) c'est pour cela qu'il faut l'Europe, parce que chaque pays seul est faible, même s'il est grand. »
François-Xavier Bellamy : «Pedro Sanchez est parfaitement responsable de la crise de Ceuta»
2026/09/04
En cette rentrée morose pour l'Union européenne, nous recevons François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, député européen au Parti populaire européen et ancien professeur agrégé de philosophie. Il a mené la liste Les Républicains aux élections européennes, où il a été réélu en 2024, avec 7,2 % des voix (soit six députés en tout). En cette rentrée, il revient sur les grandes crises de l’été, notamment les menaces russes, les enjeux écologiques ou encore l’arrivée de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave de Ceuta. « La Commission finit par reconnaître la légitimité de notre combat sur le Mercosur » La Commission européenne a suspendu temporairement les importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel depuis le Brésil, à partir du 3 septembre. Cette décision est liée à l'usage d'antibiotiques. Pour François-Xavier Bellamy, « la Commission européenne a fini par reconnaître la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur. » Il rappelle qu’il « n’est pas contre le commerce international », mais pense « ne pas avoir le droit, après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous, d'accepter d'importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles… En montrant si rapidement après l'application provisoire de l'accord que le plus grand pays du Mercosur, le Brésil, n'est pas capable de garantir des normes sanitaires, la Commission reconnait que nous avions raison. » La suspension pourrait être levée lorsque le Brésil aura présenté des garanties suffisantes. « Pedro Sanchez est responsable de Ceuta » Fin juillet, environ 80 000 migrants arrivent en quelques jours à Ceuta, petite enclave espagnole en Afrique du Nord, causant une crise à la fois politique et humanitaire. L’enquête sur les causes de ce mouvement massif de population continue, alors que de forts soupçons perdurent sur une possible responsabilité marocaine, couplée à une vague de désinformation sur les réseaux sociaux ayant encouragé les individus au départ. Mais pour l’eurodéputé, la charge incombe avant tout à Pedro Sanchez, « qui a décidé en avril dernier de régulariser largement le million d’étrangers vivant et travaillant sur le territoire espagnol sans statut légal ». François-Xavier Bellamy dénonce « un gouvernement qui décide en réalité de récompenser l'illégalité », mais qu’il estime très différent de celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a délivré un million de titres de séjour pour favoriser l’immigration de travail, à rebours de son programme : « Il y a une différence majeure entre délivrer des titres de séjour, c'est-à-dire permettre à des gens de rentrer légalement dans votre pays et légaliser des gens qui sont rentrés illégalement. » L’eurodéputé défend à ce titre le « règlement retour » adopté par le Parlement européen le 17 juin dernier, et pour lequel il avait fortement milité. L’objectif du règlement retour, « c'est d’expulser en dehors des frontières de l'Europe des gens qui, par exemple, ont été déboutés du droit d'asile, qui en tous les cas sont illégalement présents sur le sol européen ». Si ce nouveau règlement prévoit de renvoyer les migrants dans des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien, comme l’Ouganda ou le Rwanda par exemple, l’eurodéputé n’y voit pas d’inconvénient : « Est-ce qu'ils ont un lien avec la France s'ils y sont présents de manière illégale ? (…) Ce n'est pas un emprisonnement, c'est simplement une manière de reconduire hors de nos frontières des personnes qui s'y sont introduites de manière illégale. Il n'y a que l'Europe qui est dans cette situation d'impuissance. Vous ne rentrez pas illégalement en Chine, au Japon, aux États-Unis, vous ne rentrez pas illégalement dans un pays africain. » « Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes » Le règlement retour, vivement critiqué par une partie des eurodéputés, avait d’ailleurs dû être adopté grâce à une alliance entre le PPE et de toutes les droites radicales du Parlement européen comme les Patriotes, où siège le Rassemblement national. Si cette alliance se démarque de la grande majorité au centre du Parlement, l’ancien professeur de philosophie insiste : « Il n’y a jamais eu de cordon sanitaire des votes. » Quant à savoir si ce partenariat pourrait se refléter dans la politique nationale, François-Xavier Bellamy réaffirme son soutien à Bruno Retailleau pour la présidentielle et explique : « Aujourd'hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. » (…) Quand elle lance sa campagne en disant qu'elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français. (…) Eh bien, cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l'avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l'Europe dans son ensemble. »
Antonio Tajani : «L’Italie n’est pas du tout impliquée dans la guerre en Iran»
2026/07/10
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Antonio Tajani, ministre des Affaires étrangères italien, et vice-président du gouvernement Meloni, une coalition tripartite allant de son parti, Forza Italia, à la droite radicale (Frères d’Italie, La Ligue). Il fait un tour d’horizon de l’actualité internationale vue de l’Italie meloniste, et revient sur les réformes migratoires et institutionnelles controversées. « Poutine n’a pas gagné en 4 ans la guerre contre la petite Ukraine » En avril 2026, après le retrait du veto hongrois, le prêt de l'Union européenne à l'Ukraine de 90 milliards d'euros a été finalement débloqué. Le chef de la diplomatie italienne affirme le soutien italien à l'Ukraine : « On va aider de toutes les façons l'Ukraine, parce que je pense qu'il faut gagner la guerre avec la Russie. Poutine n’a pas gagné la guerre en 4 ans contre la petite Ukraine », relève-t-il. Tajani souligne que « l'Italie n'est pas en guerre avec la Russie » et « qu'après la guerre, on parlera avec la Russie ». Il précise que dans le cadre de la paix, « il faudra que l'Europe décide de lever ses sanctions [contre la Russie] ». Et donc qu’elle soit protagoniste et à la table des négociations de paix. Pour le secrétaire du parti Forza Italia, « il y a une position officielle du gouvernement italien, et elle est en faveur de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ». Bien sur, il faudra « résoudre les problèmes de corruption (…) Et puis il faudra aller de l'avant d’abord en intégrant les Balkans (Monténégro et Albanie) et après avec l'Ukraine ». « Nous ne sommes pas impliqués dans la guerre en Iran » En juin, Donald Trump avait affirmé que Giorgia Meloni l’avait « supplié » de poser avec lui pour une photo du G7. La dirigeante italienne avait démenti sèchement. Tajani assure que l'Italie est « alliée des États-Unis depuis longtemps (…) Il faut toujours réfléchir sur la politesse ». Sur la guerre en Iran, « nous ne sommes pas impliqués dans cette guerre », répond-il alors que le secrétaire général de l’OTAN a parlé de 500 avions au départ des bases militaires américaines en Italie, propos qu’il qualifie de « grande faute, pas la vérité », réduisant ces vols à des étapes techniques, « jamais pour aller bombarder l’Iran ». Alors que l’Italie s’est vu reprocher par Trump sa contribution trop faible à l’OTAN, le vice-président du gouvernement se défend : « On ne peut pas dire que l'Italie n'utilise pas son armée dans le monde pour défendre l'Occident ». Il insiste sur la nécessité de bonnes relations économiques : « Nous avons besoin des États-Unis, mais aussi les États-Unis ont besoin de l'Italie et de l'Europe ». À lire aussiSommet de l'Otan: malgré les critiques de Trump, les alliés réaffirment leur clause d'assistance mutuelle Au sommet bilatéral France-Italie du 25 juin 2026, les deux pays ont notamment discuté de la mise en œuvre d'une coalition multinationale au Liban à la fin du mandat de la FINUL, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban : « l'Italie, comme la France, sont des amis du Liban et prêts à faire tout ce qu'il faut ». À écouter aussiTrump réitère ses propos caustiques contre Meloni et attise la brouille entre l'Italie et les États-Unis   « Nous voulons la migration régulière » Le gouvernement Meloni a incité l'Union européenne à adopter une « directive retour » pour renvoyer les migrants dans un pays tiers hors de l'UE, indépendamment de leur pays d’origine. L'Italie a signé des accords par le passé avec la Libye, pays qui a été accusé de violations des droits de l'homme et de tortures sur migrants. Alors que son gouvernement a procédé à une régularisation massive de 500.000 personnes, le vice-président se défend de toute contradiction : « nous ne sommes pas contre les immigrés, nous voulons la migration régulière, c’est-à-dire choisie pour l'éducation et le travail ». Il décrit cette mesure comme « une bonne façon de se battre contre ceux qui utilisent les problèmes des Africains ou d'autres, ceux qui viennent d'autres pays pour gagner, mais en faisant des dommages en l'Italie et en l'Europe. » Son gouvernement Meloni est-il affaibli ? En mars 2026, il a proposé par référendum une grande réforme de séparation des carrières entre juges et procureurs. Une réforme perçue comme une censure de la magistrature par 54% des Italiens qui l’ont rejetée… bien que « 13 millions d'Italiens ont voté en faveur de la réforme », se console-t-il. Prochaine étape : la loi électorale, qu’Antonio Tajani entend changer « avec des lois » et pas à travers des « réformes constitutionnelles ». Le vice-président du Conseil des ministres estime que « la stabilité est cruciale pour un pays industriel » et fait l'éloge de son gouvernement Meloni tripartite : « les gouvernements les plus stables sont des gouvernements du centre droit à la droite (...) ceux de gauche sont des simples alliances électorales… Nous, on est toujours unis, même si nous avons des idées différentes, même si ce sont des partis différents », se félicite Antonio Tajani.  À écouter aussiItalie : la laborieuse intégration des migrants africains
Maia Sandu : «Il faut accentuer la pression économique sur la Russie»
2026/07/03
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, pays de 2,8 millions d'habitants et voisin de l'Ukraine, qui a ouvert les négociations d'adhésion à l'Union européenne. Le 22 juin 2026, un sommet UE-Moldavie s'est tenu à Bruxelles, dans le cadre du premier groupe de chapitre de la procédure d'adhésion, ouvert le 15 juin 2026. Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, souhaite « une adhésion à part entière » mais se dit prête « à discuter de toute autre formule qui ne se substituerait pas à cette adhésion et ne retarderait pas le processus d'intégration à l'UE ». Cette émission inclut également un reportage d'Isabelle Romero sur le développement économique de la Moldavie.   « Ils ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix » Malgré une campagne de désinformation massive venant de la Russie, Maia Sandu a été réélue présidente de la République de Moldavie en 2024 pour un deuxième mandat consécutif et un an après, en 2025, son parti Action et Solidarité a gagné les élections législatives face au Bloc électoral patriotique, parti pro-Kremlin. « Les Moldaves ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix », nous dit Maia Sandu. Selon elle, ses concitoyens souhaitent « rester dans le camp du monde libre », c'est-à-dire celui de l'Union Européenne, « reconnue comme le projet de paix le plus abouti. » Car ce petit pays de l'ex-bloc soviétique « perçoit plus clairement l'agressivité russe » depuis le début de la guerre en Ukraine. « Il est crucial pour nous de rester dans le camp du monde libre », nous confie la présidente.   « Nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter » La Transnistrie a fait sécession avec la République de Moldavie en 1992 pour se rallier à Moscou. Dans cette région, qui représente 10% du territoire moldave, « il n'y a que 200 officiers russes ». Sur cette militarisation russe, Maia Sandu explique que : « certes, cette présence comporte des risques, mais pas aussi importants pour la sécurité qu'on peut le penser. » Elle affirme même que « la Russie a abandonné la population de Transnistrie sans chauffage ni électricité. (...) Cela prouve bien que l'on ne peut pas compter sur elle. »   En mai 2026, Moscou a signé un décret facilitant l'obtention du passeport russe pour les habitants de Transnistrie. Maia Sandu ne s'inquiète pas de l'impact de ce décret, affirmant que « les jeunes craignent qu'une fois en possession d'un passeport russe, ils ne soient envoyés combattre en Ukraine pour le compte de la Russie. » Ainsi, la présidente ne rejette pas l'idée d'une réunification avec cette région : « nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter. » « D'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes. » Alors que le premier bloc de négociations s'est ouvert entre l'Union européenne et la Moldavie, la présidente espère « que les États membres reconnaîtront nos efforts et que le processus fondé sur le mérite nous mènera à l'adhésion. » Elle affirme notamment que son pays a « éliminé totalement [sa] dépendance au gaz russe. »   Le plan de croissance de 1,9 milliard d'euros sur la période 2025-2027 alloué par l'Union européenne « nous offre de réelles opportunités », se réjouit Maia Sandu. La situation économique du pays pourrait ainsi s'améliorer et serait bénéfique pour « consolider [la] démocratie » dans le pays : « je suis convaincue que les mesures que nous prenons actuellement s'inscriront dans la durée et nous permettront d'instaurer l'Etat de droit attendu tant par l'UE que par les citoyens moldaves. » Néanmoins, le problème de corruption reste un frein à l'adhésion à l'UE. En réponse, Maia Sandu assure que « d'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes de la justice. »   Notre reportage : la Moldavie accélère sur le chemin de l’Union européenne Alors que la Moldavie vient d’ouvrir le premier chapitre des négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, le gouvernement, les représentants européens et les entreprises se rassemblaient à Chisinau pour la première conférence d’investissement UE Moldavie. L’objectif, lever des fonds pour aider ce pays fragile à décoller économiquement et atteindre les standards de l‘UE. Des fonds conditionnés à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption. Mais l’influence de la Russie et sa guerre hybride dans le pays compliquent ce destin européen souhaité par la présidente Moldave Maia Sandu. Par Isabelle Romero.
Odile Renaud-Basso : «Notre banque soutient la résilience des Ukrainiens»
2026/06/26
Intervenant dans des pays en crise notamment l’Ukraine et le Moyen Orient- mais aussi en Europe et en Afrique - Odile Renaud Basso, directrice de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) nous livre son analyse.   « On vient de refaire nos prévisions de croissance avec pour 2026, une baisse de 0,5% en moyenne sur l'ensemble de nos pays, » explique Odile Renaud-Basso qui note un ralentissement sur l’économie mondiale. Créée en 1991 pour contribuer à la construction d'une nouvelle ère post-guerre froide en Europe centrale et orientale, la BERD est détenue par 77 pays, ainsi que l'Union européenne et la Banque européenne d'investissement. Si la banque n’intervient pas en France, sa directrice met en garde sur le contrôle des dépenses publiques et le danger de la dette après le choc de la guerre au Proche-Orient : « Beaucoup de pays ont pris des mesures de soutien à la demande pour réduire l'augmentation des prix de l'énergie, par exemple des prix à la pompe…. il faut que ces mesures soient temporaires et très ciblées. » Odile Renaud-Basso explique la vocation de sa banque d’investissement « Notre rôle est vraiment d'aider les pays à faire face aux situations les plus difficiles. Quand le secteur privé, les investisseurs privés vont avoir tendance à se retirer à être moins capables de prendre du risque ». Ainsi la BERD a investi 46 milliards d'euros en Cisjordanie depuis 2024 et prévoit de déployer 5 milliards d'euros dans les pays touchés par les répercussions de la guerre en Iran. Le soutien à l'Ukraine est aussi une des priorités de la BERD avec 10 milliards d'euros déployés. « C’est très important de reconstruire pendant la guerre et notamment sur ces grandes infrastructures qui sont fondamentales à la vie quotidienne des habitants de l'Ukraine et aussi au fonctionnement de l'économie. » Elle évoque l’accès à l'électricité, au chauffage, à l'énergie et aux transports. La présidente de la BERD explique « J'ai beaucoup été en Ukraine, j’ai été frappée  par la résilience, c'est-à-dire la détermination des Ukrainiens à continuer et à défendre leur pays, leur indépendance, leur autonomie et à poursuivre les efforts malgré les difficultés. » Elle observe que malgré toutes ces difficultés dans la vie quotidienne - s’il y a eu des défections au début de la guerre - aujourd’hui très peu d'Ukrainiens ont quitté le pays et la plupart sont restés dans le pays pour le défendre. Et la BERD est présente dans le pays pour soutenir cette résilience. « Je pense que c'est important et que l'économie ukrainienne a besoin d'investissements étrangers pour se développer.  Et donc, avoir des investissements étrangers, c'est un afflux de financement, un signe de confiance  mais aussi une possibilité de développement. ». Par ailleurs, Odile Renaud-Basso souligne les nouvelles orientations des investissements de sa banque. « On a une majorité d'actionnaires européens, comme le Royaume-Uni, le Canada, le Japon qui considèrent que pour une banque multilatérale de développement, soutenir la transition énergétique et la décarbonisation de l'économie est une priorité, tout comme l'égalité hommes femmes, ou le fait de faciliter l'accès des femmes au marché du travail et  à la formation ». Enfin la Banque européenne de reconstruction et de développement s'intéresse beaucoup à l'Afrique avec ses atouts : sa forte croissance démographique, sa  flexibilité et une capacité d'innovation importante. Odile Renaud-Basso souligne donc : « Des défis majeurs pour le continent africain, mais aussi un potentiel extrêmement important d'où l'intérêt, pour une banque comme la nôtre, de voir comment on peut soutenir le secteur privé, les investissements dans les PME via le secteur bancaire, par exemple ».
Michel Barnier : «Le Pen et Bardella n'ont jamais reconnu s'être trompés sur le Brexit !»
2026/06/19
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne et ancien Premier ministre français. Au programme également : le reportage d’Alix Le Bourdon sur la réponse de l'Union européenne à la crise énergétique. Alors que l'Union européenne aborde l'été dans une situation de tension internationale et de crise énergétique bien installée, Michel Barnier rappelle que « le rôle des gouvernements, des ministres des Affaires étrangères et des chefs d’État n’est pas forcément le même que celui de la Présidente de la Commission. »  L’ancien Commissaire européen au marché intérieur a « souvent souhaité que Madame Von der Leyen se concentre davantage sur le renforcement du marché intérieur » plutôt que sur la politique étrangère : « Le moment est peut être venu de créer un Conseil européen de sécurité et de défense, pour que les grands pays engagés dans les efforts de défense puissent être plus flexibles, plus opérationnels ». Un cadre nouveau qui pourrait être ouvert à des pays qui ne sont pas dans l’Union européenne, comme le Royaume-Uni ou la Norvège par exemple. S’agissant de l’adhésion possible de l’Ukraine et de la Moldavie, mais aussi de certains pays des Balkans occidentaux, Michel Barnier affirme qu’ils ont vocation à intégrer la « famille européenne ». Sans pour autant brûler les étapes : « Est-ce qu'il faut prendre des raccourcis ? Je crois que cela ne serait ni dans l'intérêt de ces deux pays, ni dans l'intérêt de l'Union européenne (...) Nous avons déjà un accord d'association avec l'Ukraine extrêmement ambitieux qui a été négocié dans les années 2012-2013. Appliquons cet accord qui est déjà une grande marche en avant dans l'intégration au marché unique. Il faut aussi que ces adhésions soient acceptées par nos peuples. » À lire aussiÀ Bruxelles, Volodymyr Zelensky plaide pour une accélération du processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE « Je préfère être impopulaire qu’irresponsable » La Commission européenne a accordé, le 3 juin 2026, plus de flexibilité aux 27 États membres pour faire face aux conséquences de la crise énergétique. Ils pourront dorénavant utiliser jusqu'à 0,3% de leur PIB par an pendant 2 ans, pour des mesures d'accompagnement et de soutien aux entreprises et aux ménages. Michel Barnier salue le pragmatisme de la Commission mais tempère la bonne nouvelle : « Il s'agit de permettre aux États de verser de l'argent ou de diminuer les impôts, à condition d'avoir de l'argent, si je puis me permettre. (...) Ce n'est pas possible qu'on continue en France à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Et donc voilà pourquoi il faut dire la vérité aux gens. Je préfère être impopulaire qu’irresponsable. » L’ancien Commissaire européen plaide pour recréer une capacité de production industrielle et agricole sur le continent européen, ainsi que pour une meilleure coordination en matière de fiscalité à l’échelle de l’Union.   À lire aussiCrise énergétique: le FMI prêt à aider les pays les plus vulnérables, mais de la discipline avant tout « Ce serait un drame pour la France que d’être toute seule »  10 ans après, 56% des Britanniques disent regretter le Brexit. D’octobre 2016 à mars 2021, Michel Barnier a été négociateur en chef du Brexit pour l’Union européenne. S’il estime que « ce ne serait pas juste de dire que tous les problèmes actuels des Britanniques ont été provoqués par le Brexit », il affirme qu’ils ont été aggravés et rendus plus difficiles « à cause du Brexit ». Pour lui, cette décision « insensée » est due à une « campagne de mensonges, de démagogie menée par Monsieur Farage et Monsieur Johnson (...), soutenus par des réseaux russes ou des réseaux américains qui cherchaient à faire exploser l'Union européenne de l'intérieur ». En vue de la présidentielle de 2027, l’actuel député de la 2ème circonscription de Paris reste « loyal aux Républicains », notamment à l’égard du candidat que les militants ont choisi : « Il faut respecter les militants. Et donc Bruno Retailleau porte nos couleurs ».  Il n’envisage pas que le Rassemblement national accède au pouvoir : « Non, je n'envisage pas ce scénario. Je vais tout faire pour qu'il ne se produise pas. Il n'y a pas de fatalité, sauf si on est fataliste. Madame Le Pen l'a très bien dit le soir même du Brexit, il y a 10 ans ‘Bravo aux Britanniques, ils se sont libérés de la servitude européenne’. Je n'ai jamais entendu ni Madame Le Pen, ni Monsieur Bardella reconnaître qu'ils se sont trompés ce jour-là (...), donc je pense qu'ils sont toujours dans cette idée qu'il faut faire exploser l'Union européenne (...) Si on se recroqueville comme le propose Madame Le Pen ou Monsieur Bardella, mais aussi pratiquement mot pour mot de la même manière, Monsieur Mélenchon, ce serait un drame pour la France que d'être toute seule. » À écouter aussiLes défis du Royaume-Uni, cinq ans après le Brexit Notre reportage : les investissements européens dans les renouvelables, un enjeu stratégique Après la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine, le conflit au Moyen-Orient rappelle le coût économique de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la facture énergétique de l'Union a bondi de 27 milliards d'euros. Les perspectives de croissance ont dû être revues à la baisse autour de 1% pour 2026, alors que l'inflation augmente. Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables ne répondent plus seulement à des objectifs climatiques : ils sont aussi devenus un enjeu de résilience économique, de compétitivité et d’indépendance stratégique pour l’Europe. Un reportage de notre correspondante Alix Le Bourdon.
Edi Rama : «Nos concurrents balkaniques ne veulent pas d’un projet Trump en Albanie»
2026/06/12
Cette semaine, nous recevons Edi Rama, Premier ministre albanais. Il commente les manifestations qui secouent son pays contre la construction d’un complexe hôtelier de luxe lié à la famille Trump. L’Albanie, pays de 2,7 millions d’habitants situé dans les Balkans, a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne (UE) en 2009. Son statut de candidat lui a été accordé en juin 2014 et les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2022. Selon Edi Rama, Premier ministre socialiste albanais, « le club des Vingt-Sept a besoin de se réformer pour être à la hauteur des défis de ce nouveau monde » mais « l'Europe unie reste le plus beau et grand projet politique jamais conçu ».    « La Russie n’est pas présente du tout en Albanie » Lors du 8è sommet UE-Balkans occidentaux qui s’est tenu le 5 juin 2026 à Tivat, au Monténégro, les États membres ont discuté de l’avancement des négociations pour l’intégration de l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L'objectif principal pour l’UE est de tenir ces pays éloignés des influences russe et chinoise. S’il reconnaît une influence de ces pays dans les Balkans occidentaux, il estime que cela ne « regarde pas vraiment l’Albanie » : « L'Albanie est un pays très européen. La Russie n’y est pas présente du tout [...] Pour nos voisins, c'est plus complexe. » L’Albanie est considérée par l’Union comme le deuxième pays le plus avancé, juste derrière le Monténégro, dans son processus d’adhésion. Elle a ouvert les 33 chapitres de la négociation. Alors que le chancelier allemand estime que l’Ukraine devrait devenir « membre associé » de l’UE avant d’en devenir un État membre à part entière, Edi Rama s’oppose à ce type d’adhésion : « Il nous faut un nouveau moment Helmut Kohl. À la chute du mur de Berlin, l’UE n’a pas dit à l’Allemagne, il faut compléter tous les chapitres, et seulement alors vous rentrerez. » Helmut Kohl a réunifié, puis remis l’Est à niveau. « C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir tous les pays qui négocient autour de la table et après, chacun des pays doit faire son propre travail. » Edi Rama est prêt à concéder que les nouveaux entrants dans le club européen ne puissent pas exercer leur droit de veto : « Je pense qu’une grande puissance globale ne peut pas fonctionner avec le vote à l’unanimité et donc les veto. [...] Ce mécanisme ne fonctionne pas, même pas en ce moment entre les Vingt-Sept. »   « Il s’agit d’un investissement très important » Depuis début juin 2026, des manifestations quotidiennes ont lieu à Tirana contre un projet immobilier porté par Ivanka Trump, fille du président américain, et son époux, Jared Kushner. Les détracteurs affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars et qui devrait être construit dans une zone protégée de la côte adriatique du pays, représente un risque pour l'environnement. Le Premier ministre Edi Rama défend ce projet : « Il s’agit d’un investissement très important, pas seulement de la part de Jared Kushner mais aussi d’investisseurs du Qatar. C’est un investissement qui va nous aider à ne plus avoir seulement un tourisme low cost, qui implique beaucoup de pression sur l'environnement. Ce projet va également amener beaucoup plus d'argent dans le pays. [...] Nous avons été élus pour tenir nos promesses. Ce projet en fait partie. C'est très intéressant parce qu'à Tirana, il y a des manifestations mais à Vlora, où le projet doit se faire, les gens sont pour le projet. »   « Il s’agit de manifestants contre le gouvernement » Il défend le droit des Albanais à manifester mais remet en question les motifs liés à ces protestations : « Ces manifestations montrent que l’Albanie est un pays démocratique. [...] Mais les manifestants ne représentent pas tous les Albanais. Nous avons la preuve, grâce à des enquêtes, que la majorité des Albanais sont en faveur de ce projet. Ce projet n’est plus la raison des manifestations. On ne parle même plus de ce projet. Il s’agit de manifestants contre le gouvernement, qui veulent la fin de ce gouvernement. » La zone dans laquelle le complexe immobilier doit voir le jour est une aire protégée, abritant de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, devenus symbole de la protestation. Les opposants au projet accusent le gouvernement d’avoir modifié la loi pour permettre la réalisation de ce projet. Ce que réfute le Premier ministre : « Il ne s'agit pas d'un changement de loi pour rendre le projet faisable. Il s’agit d’un territoire protégé où nous pouvons construire sous certaines conditions. » Selon lui, les ingérences extérieures contre ce projet sont multiples : « Il y a une ingérence de l’Iran avec qui nous sommes en guerre cyber depuis trois ans. Puis, il y a des concurrents dans la région qui ne veulent pas voir ce développement en Albanie. Enfin, comme je le disais, une partie de la population veut des choses différentes pour le pays. »   « La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille » Le parquet anticorruption a ouvert une enquête sur les modalités d’achat des terrains. Le Premier ministre ne reconnaît qu’une affaire en cours : « Cela fait partie de toutes ces demi-vérités qui, avec les réseaux sociaux, deviennent un grand mensonge. Il n’y a jamais eu de problèmes avec les fonds. Ils proviennent de la Banque d’investissement du Qatar. [...] Le parquet anticorruption fait une enquête sur l’un des propriétaires qui a vendu le terrain. L’investigation continue. » Beaucoup de manifestants expriment leur frustration face à la corruption qui sévit dans le pays : « La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille. [...] Nous avons fait une montagne de choses pour lutter contre. »
José Manuel Albares : «Les forces d'extrême droite menacent nos démocraties»
2026/06/05
Cette semaine, nous recevons José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères. Immigration, conflit au Moyen-Orient, montée de l’extrême droite : il détaille les politiques de l’Espagne, parfois à contre-courant du reste de l’Union. L’Espagne, pays de 50 millions d’habitants, est l’un des États de l’Union européenne (UE) à s’opposer le plus fortement à l’action d’Israël au Moyen-Orient. L’UE intensifie cependant sa pression sur Israël en préparant des sanctions à l'encontre des ministres accusés d'encourager les violations de droits de l'homme, notamment le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Pour José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, ces sanctions sont « nécessaires » : « Nous devons envoyer un message fort à Israël en leur disant que nous soutenons évidemment l'existence de leur État. Israël doit avoir le droit à la paix et la sécurité mais c’est également le cas pour les peuples palestiniens et libanais. [...] La démocratie respecte les droits de l'homme et le droit international. Tant que cette violence perpétuelle continuera, l'Europe ne peut pas avoir la même relation avec l'Israël. »   « Une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde » Certains États membres comme l’Irlande, la Slovénie ou encore l’Espagne demandent la suspension de l’accord d'association entre l’UE et Israël, un texte qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs. L’Allemagne, par exemple, s’oppose à cette suspension. José Manuel Albares dénonce le fait que l'article 2 du texte garantissant « le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques » n’est pas appliqué par Israël : « Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous devons dire à Israël que nous n’accepterons pas que la guerre soit le seul type de relation entre eux et les autres peuples du Moyen-Orient. Il doit y avoir une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde. » Selon lui, il faut également « donner une réponse à l’opinion publique qui demande de faire tout ce qui est en notre pouvoir » pour régler ces conflits. « Une partie de l'accord doit être suspendue par vote à l'unanimité mais une autre par la majorité qualifiée. Je dis qu’il faut voter et voir le résultat à la majorité qualifiée, pour la partie commerciale de l’accord par exemple », poursuit-il.    « La Russie est en train de perdre cette guerre » La guerre s’enlise en Ukraine alors que les Russes poursuivent quotidiennement leurs frappes : « Vladimir Poutine disait que cette guerre durerait 72 heures tout au plus. Nous sommes dans la cinquième année de conflit. Nous pouvons dire que la Russie est en train de perdre cette guerre. » Le chef de la diplomatie espagnole rappelle le soutien inconditionnel de l’UE à l’Ukraine : « Peu importe la situation militaire, nous ne pouvons pas accepter cela en Europe. [...] Nous devons défendre l'indépendance, la démocratie et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Par conséquent, nous sommes décidés à soutenir l'Ukraine pour qu'elle gagne non seulement la guerre, mais surtout qu'elle gagne la paix. » La France a notamment évoqué l’idée d'ouvrir à nouveau un canal de discussion avec la Russie afin d'avancer dans les négociations. Une idée à laquelle ne s’oppose pas le ministre espagnol mais qui le pousse à s’interroger : « La vraie question, c'est pour parler de quoi exactement ? J'aimerais bien qu'il y ait une table de négociation et un cessez-le-feu mais la Russie ne veut pas en entendre parler. [...] A plusieurs reprises, des médiateurs ont essayé de ramener les Russes à la table, d'obtenir un cessez-le-feu mais cela n’a pas abouti. Si ces nouvelles discussions entraînent un vrai changement autour de pourparlers de paix, bien sûr, pourquoi pas. » Et de rappeler : « Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les institutions européennes n’ont voulu cette guerre. C'est la guerre d'un seul homme. » À lire aussiPour le deuxième mois d'affilée, l'Ukraine grignote le terrain envahi par les Russes « Toute politique migratoire doit respecter les droits de l’homme » Les États membres durcissent leur politique migratoire et mettent en place des centres de retour situés hors du territoire européen, qui devraient recevoir des étrangers devant quitter l'UE, notamment après un refus d'une demande d'asile. Une mesure qui inquiète les ONG d’un risque de violation des droits humains. L’Espagne s’oppose à ces centres : « Nous y sommes fermement opposés car nous considérons que cela ne respecte pas la dignité des migrants. Toute politique migratoire doit respecter les droits de l’homme. » Selon lui, les pays qui accueilleraient ces centres se retrouveraient dans une position « très gênante » : « Nous devons avoir un dialogue à très haut niveau avec nos partenaires au lieu de les obliger à avoir des centres de rétention comme cela. » Enfin, ces centres ne sont « pas efficaces », selon le ministre espagnol : « Qu’est-ce qui est efficace ? C’est ce que fait l’Espagne. Les chiffres officiels de l’UE montrent que la route migratoire par laquelle il y a eu la plus grosse chute du nombre d'arrivées de migrants irréguliers est celle qui passe par l’Espagne. Soit par l’Andalousie, la Méditerranée ou les Îles Canaries. » Il rappelle les principes de la politique d’accueil espagnole : « Nous avons une coopération policière pour lutter avec acharnement contre les mafias qui trafiquent avec les humains. Puis, nous augmentons notre aide au développement à l'Afrique occidentale pour offrir des voies à la jeunesse africaine. »  Le ministre des Affaires étrangères vante les bienfaits de cette politique migratoire : « Nous avons la croissance économique la plus forte de l'Europe, le double de celle de la France par exemple. Cela nous permet d'augmenter nos salaires, d'avoir un niveau d'emploi record de plus de 22 millions de personnes et d'avoir réduit de 40 % les dernières années notre taux de chômage. Il est possible d'avoir une politique migratoire qui concilie droits de l'homme, dignité de chacun, réduit les chiffres d'entrées des migrations illégales, qui permet d’avoir la plus forte croissance d'Europe et qui fait croître notre population. » Face aux multiples attaques auxquelles l’UE est confrontée, José Manuel Albares s'inquiète de l'affaiblissement de la démocratie : « Des pays extérieurs à l’UE voudraient voir un projet européen affaibli et divisé. Mais la menace est aussi interne : les forces d'extrême droite menacent directement nos démocraties. Chaque citoyen a son mot à dire pour être sûr que l'Europe reste un projet de démocratie, de paix et de prospérité », conclut-il. Émission préparée par Renaud Lefort, Oihana Almandoz, Aline Bottin, Charlotte Prud'homme, Isabelle Romero et Perrine Desplats. À lire aussiL'Union européenne valide le projet de création de centres où renvoyer les migrants à l'étranger
Mariya Gabriel : «Les parents ne savent pas comment les algorithmes influencent leurs enfants»
2026/05/29
Cette semaine, nous recevons Mariya Gabriel, sous-directrice générale de la communication et de l’information à l’UNESCO. Elle déplore le recul de la liberté d’expression dans le monde et défend une approche européenne et éthique de l’Intelligence Artificielle, qui soit inclusive et fondée sur les droits humains. Mariya Gabriel, également ancienne commissaire européenne et ancienne vice-Première ministre de Bulgarie, commence par rappeler que la liberté d’expression a baissé de 10% depuis 2012, selon le dernier rapport de l’UNESCO. Elle insiste également sur les violences en ligne subis par les femmes journalistes, qui « a doublé en trois ans ».   « La désinformation paralyse les sociétés » Mariya Gabriel veut renforcer la lutte contre la désinformation en ligne. « La désinformation érode la confiance et paralyse les sociétés. Elle peut être un vrai danger pour la santé publique. Aujourd'hui, avec l'Intelligence Artificielle, tous ces phénomènes sont amplifiés. L'approche de l'UNESCO est une approche équilibrée. » Mariya Gabriel veut prêter plus attention aux familles et aux parents : « Nous avons beaucoup parlé des jeunes, nous avons beaucoup parlé des enseignants. Aujourd'hui, ce sont les parents qui se sentent dépourvus. Ils ne savent pas ce qui se passe, ni comment les algorithmes influencent leurs enfants ». Améliorer la compréhension de l’IA au sein des familles, mais aussi rendre plus efficace les services publics et le système judiciaire. « Parce qu'aujourd'hui, 44% des juges et des procureurs disent qu'ils utilisent l'IA dans leur travail, mais seulement 9% ont eu accès à une formation. »   « La souveraineté technologique est un élément-clé » Sous la pression américaine, la Commission Européenne a repoussé à juin l’annonce de son « paquet technologique » sur l’Intelligence Artificielle. Des textes qui encouragent le développement de solutions souveraines pour permettre aux Européens de reprendre le contrôle de leurs données, alors que les entreprises technologiques de la Silicon Valley entendent bien garder leur mainmise sur les infrastructures numériques européennes. « Si la souveraineté est comprise comme la maîtrise des choix, oui, c’est un élément-clé », indique l’ancienne commissaire européenne à l’Économie et à la Société Numérique, qui rappelle que l’UNESCO a adopté en 2021 à l’unanimité le premier et seul cadre normatif sur l’éthique de l’IA. « Maintenant, il va falloir continuer la discussion parce que nous allons devoir parler des centres de données et de l'énergie qu'ils consomment (…) Nous devons parler aussi de la gouvernance des données ».   « 9 enfants sur 10 utilisent l’IA pour avoir une conversation du quotidien » Mariya Gabriel rappelle que « 9 enfants sur 10 utilisent l'intelligence artificielle pour avoir une conversation « de tous les jours », et 1 enfant sur 2 donne des informations personnelles : si on ne veut pas reproduire l'erreur que nous avons faite avec les réseaux sociaux il y a 20 ans, nous devons tous nous unir pour que l’IA corresponde à des principes éthiques qui soient fondés sur les droits humains et qui soient durables ». Elle insiste sur la maitrise des données numériques, qui influencent le développement des algorithmes et doivent promouvoir des valeurs telles que « l’inclusivité, la non-discrimination, la responsabilité et la transparence ».   Retrouvez également notre reportage sur l'intelligence artificielle, la révolution technologique la plus importante du siècle. Notre reporter Luke Brown est parti à la rencontre des acteurs de ce secteur en Europe. Émission préparée par Georgina Robertson, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Loïc Chalavon.
Roxana Mînzatu : «la réponse au populisme passe par des politiques sociales efficaces et crédibles»
2026/05/22
Alors que la guerre au Moyen-Orient inquiète de nombreux Européens, l'Union européenne affiche un chômage inférieur à 6%. Mais la crise énergétique pèse sur les entreprises et suscite des questions sur l'avenir de l'emploi. Pour en parler, nous recevons Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. Une stratégie pour sortir 100 millions d'Européens de la pauvreté La Commission européenne a lancé sa première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, un signal politique fort selon Roxana Mînzatu. Elle rappelle qu'un Européen sur cinq est aujourd'hui en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. « On a presque 100 millions d'Européens qui sont en risque de pauvreté, en risque d'exclusion sociale. On parle de la pauvreté des enfants, du sans-abrisme, du logement, du coût de la vie », explique la vice-présidente exécutive de la Commission.  Parmi les outils envisagés, une directive européenne sur l'accès au travail des personnes sans emploi, qui fixerait des conditions minimales communes pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi dans les États membres. La Commission prépare également une loi sur les emplois de qualité, attendue en décembre, qui entend concilier compétitivité et salaires décents.    Neuf morts par jour au travail : « c'est inacceptable » Chaque jour, neuf Européens décèdent sur leur lieu de travail. Un chiffre que Roxana Mînzatu qualifie d'« inacceptable », alors même que la législation européenne a permis de réduire de 70% les accidents mortels au travail en trente ans. La Commission entend aller plus loin en intégrant dans la future loi sur les emplois de qualité les risques psychosociaux et ceux liés aux conditions climatiques extrêmes. « La vision avec laquelle on travaille en Europe, c'est un objectif zéro sur les morts au travail. »   Intelligence artificielle : opportunité et risque pour le monde du travail Sur l'impact de l'IA, la vice-présidente exécutive européenne appelle à une discussion sociétale sérieuse, tout en reconnaissant que personne ne peut aujourd'hui mesurer avec certitude les effets sur l'emploi. Elle annonce pour novembre 2026 un paquet législatif sur l'éducation, qui comprendra des mesures pour développer la culture numérique en Europe et intégrer l'IA dans les écoles. « L'IA est en réalité une grande opportunité, mais aussi une vulnérabilité. On a besoin de compétences parce qu'on voit déjà des travailleurs qui utilisent l'IA chaque jour sans avoir eu de formation dédiée », explique-t-elle.

Podcast reviews

Read Ici l'Europe podcast reviews


0 out of 5
0 reviews

Podcast sponsorship advertising

Start advertising on Ici l'Europe relevant audience podcasts


What do you want to promote?