1500236345
Européen de la semaine

Advertise on podcast: Européen de la semaine

Categories
Country
United States
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/03/20
Average duration
5 min.
Release period
9 days

Description

Chaque semaine, la rédaction Europe de RFI, fait le portrait d’un Européen qui est au cœur de l’actualité. Un portrait qui permet de découvrir les acteurs du monde dans lequel nous vivons et d’éclairer les évènements que nous commentons et dont nous témoignons dans les journaux de RFI.

Unlock Européen de la semaine podcast Email contact info,
Listeners & Audience details

Email contact information

Direct podcast contact details

Listeners

Audience numbers & engagement insights

Audience details

Podcast Insights

Podcast episodes

Check latest episodes from Européen de la semaine podcast


Mykhaïlo Fedorov, l’atout tech de Volodymyr Zelensky
2026/03/20
C’est le nouveau visage du gouvernement de Volodymyr Zelensky : Mykhaïlo Fedorov a été nommé ministre de la Défense en janvier dernier et il est notre Européen de la semaine. À 35 ans à peine, l’ex-ministre de la Transformation numérique se retrouve maintenant à la tête d’une armée en guerre depuis quatre ans. Mykhaïlo Fedorov est le plus jeune ministre de la Défense dans l’histoire du pays. Cheveux coupés courts, poivre et sel, grand et souriant, il préfère le sweat à capuche noir au treillis, montre connectée au poignet, il a la charge de gérer quelque 800 000 hommes, les reculs sur le front, le manque de défense aérienne et les problèmes de recrutement… Son truc à lui pourtant au départ, c’est la tech et l’informatique. Et il n’a jamais servi dans l’armée. En le nommant à ce poste, Volodymyr Zelensky a fait un choix très politique. « C’est une façon d’essayer de redorer l'image du ministère de la Défense après les scandales et les accusations de corruption qui ont entaché l'administration précédente », décrypte depuis Kiev Ruslan Bortnik, politologue ukrainien, directeur de l’Ukrainian Institute of Politics. « Il est jeune, intègre, doté d'une pensée moderne et d'une expérience réussie en tant que ministre de la Transformation numérique de l'Ukraine. Ce nouveau visage, synonyme d'intégrité, pourrait renforcer le soutien de nos alliés occidentaux ». Pro-drones Mykhaïlo Fedorov a débuté dans le marketing numérique avant de rejoindre la campagne de Volodymyr Zelensky en 2019 pour s’occuper de sa communication sur les réseaux. Et c’est au poste de ministre de la Transformation digitale que les Ukrainiens le découvrent. Avec plusieurs coups d’éclats. Il interpelle directement Elon Musk pour obtenir Starlink pour les troupes ukrainiennes. Il révolutionne les services en ligne de l’État pour les citoyens. « Il s'agit de la guerre la plus technologiquement avancée de l'histoire de l'humanité. L'Ukraine utilise la technologie pour maintenir sa résilience et riposter efficacement. La créativité et l'agilité dans l'utilisation des technologies nous permettent de rester résilients quoi qu’il arrive », expliquait-il dans une vidéo l'an dernier. Mykhaïlo Fedorov a d'ailleurs été l’un des premiers à défendre la production intensive de drones dans cette guerre. S’il est encore un peu tôt pour faire le bilan de son action à la Défense, son talent peut l’aider à contrebalancer son manque d’expérience dans l’armée, rappelle le chercheur Ruslan Bortnik : « Il est accessible, disponible pour parler. Il cherche toujours à obtenir des résultats rapides et positifs. Cependant, son expérience est limitée, notamment dans le domaine militaire, où cela pourrait représenter un défi de taille pour lui, car les risques de corruption et les responsabilités au sein des forces armées en situation de guerre sont bien plus élevés qu'auparavant ». Marié et père d’une petite fille de 8 ans, il met largement en scène sa vie de famille sur Instagram, ce qui joue aussi sur sa popularité. Futur candidat à la présidentielle ? Encore jeune, Mykhaïlo Fedorov peut aller loin. « C’est l’un des hommes politiques ukrainiens les plus prometteurs. Il pourrait être pressenti pour le poste de Premier ministre, voire même de président », pronostique le politologue Ruslan Bortnik. « Si son expérience militaire s'avère fructueuse, il pourrait accéder aux plus hautes sphères de la politique ukrainienne, ou bien prendre la tête d'un parti indépendant aux prochaines élections législatives. Il est sans conteste l'un des plus prometteurs ». Pas encore concurrent de Volodymyr Zelenksy, Mykhaïlo Fedorov reste un des plus proches du président ukrainien. Son atout pour rassurer sa population mais aussi pour séduire les alliés occidentaux.
Roberto Vannacci, dynamiteur de l’extrême droite italienne?
2026/03/13
L’ancien général italien de 57 ans, propulsé numéro deux de la Ligue du Nord en 2024 à la suite d’un succès de librairie, a finalement rompu avec le parti de Matteo Salvini qu’il juge trop modéré. Au Parlement européen où il siégeait au sein du groupe des Patriotes, il rejoint celui des Nations Souveraines (qui comprend l’AfD allemande). Une défection dont les secousses se font sentir jusqu’à Rome, au sein de l’extrême droite italienne et de la coalition formée par Georgia Meloni. Ce ne sont que quelques sièges situés un peu plus à droite dans l’hémicycle européen. Mais le transfert de Roberto Vannacci du groupe des Patriotes à celui des Souverainistes européens a été scruté avec beaucoup de nervosité au sein de l’extrême droite italienne. La défection a été actée ce lundi 9 mars à l’occasion de la session plénière du Parlement européen, et elle suit de quelques semaines la création par l’ancien général italien de son propre parti, « Futur National », avalisant sa rupture définitive avec la Ligue du Nord. « Futur National est un vrai parti de droite, déclarait l’ancien protégé de Matteo Salvini le 5 mars dernier à Rome. Une droite authentique, sincère et fière, une droite qui n’a pas honte d’être de droite et qui s’inscrit fermement dans ses principes et ses valeurs ». Sous-texte : la Ligue du Nord et les Fratteli d’Italia de Georgia Meloni auraient trahi la droite souverainiste, « anti-woke » et anti-européenne que les deux partenaires de coalition étaient censés défendre. Fort de sa popularité et de sa présence dans les médias italiens, le nouveau chef de parti vise un électorat précis, celui des « déçus du melonisme ». Des électeurs de droite et d’extrême-droite qui reprochent à la dirigeante italienne d’avoir fait trop de concessions à l'Otan et à l’UE dans sa quête de normalité, critiquant son soutien à l'Ukraine et une politique jugée trop molle à l'égard de l'immigration.  Fiel «anti-woke» Au départ, il y a un livre auto-édité, un ouvrage gorgé de fiel anti-progressiste : « Le monde à l’envers », publié par le général italien à l’été 2023. Le succès est monumental : le livre se vend à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et les plateaux télé s’arrachent le nouveau héraut de l’extrême-droite italienne, malgré ses attaques ad hominem et ses déclarations outrancières. «Le ministre de la Défense Guido Crosetto, co-fondateur et membre des Fratelli d’Italia, est littéralement tombé de son fauteuil lorsqu’il a lu le livre, souligne Giuseppe Bettoni, professeur de géographie et de politique à l'Université Unitelma Sapienza de Rome . « L’ouvrage est empli de déclarations outrancières qui ont valu à son auteur des accusations d’homophobie, de racisme, de sexisme… En outre, comme tout fonctionnaire, et surtout les militaires, il aurait dû demander la permission à ses supérieurs, chose qu'il n'a pas faite… et il a été puni pour ça. » Sanctionné par l’armée, Roberto Vannacci se trouve rapidement rattrapé par la vie politique italienne… et par un certain Matteo Salvini, qui veut profiter de cette popularité soudaine. Pour le dirigeant de la Ligue du Nord, ce nouveau venu coche toutes les cases : adepte de la provocation et des formules fracassantes, souriant et à l’aise sur les plateaux de télévision comme sur les réseaux sociaux... « La Ligue du Nord était en chute libre dans les urnes comme dans les sondages, et Matteo Salvini s’est dit qu’il pourrait l’utiliser pour éviter un fiasco aux élections européenne de 2024 », se souvient Lorenzo Castellani, politologue au sein de l’Université Luis Guido Carli à Rome. « Il a donc proposé à Roberto Vannacci de se présenter au Parlement européen, ce qui a très bien marché puisqu’il a fait un très bon résultat. Au début, la relation était bonne à tel point que Salvini l’a nommé numéro 2 de la Ligue… Et puis Roberto Vannacci a montré qu’il avait des velléités personnelles, a commencé à créer son propre réseau d’associations de soutien… et Salvini a commencé à se méfier de lui. Assez vite, il est devenu clair que la lune de miel était terminée. » À lire aussiHistoire de l'antifascisme, du combat contre Mussolini au troisième millénaire Divorce à l’italienne La rupture est consommée au début de ce mois de février, avec la création de « Futur National ». La nouvelle formation dont le logo est une flamme tricolore horizontale est créditée de 3 à 4% d’intentions de vote… Ce résultat n’est pas si modeste puisqu’il serait suffisant pour permettre au nouveau parti d’entrer à la Chambre des députés – et donc pour peser lourdement sur les équilibres de la prochaine coalition de gouvernement que Georgia Meloni espère former. Surtout, l’impact électoral de l'ancien général pourrait être dévastateur pour… Matteo Salvini, l’homme qui a favorisé son ascension politique ! « Il va devoir faire rapidement un choix et adopter la bonne stratégie, pointe Guiseppe Bettoni de l’Université Unitelma Sapienza. « S’il reste là où il est, Salvini risque d’être écrasé entre les 30% de Meloni et les 3-4% de Vannacci. Or, sur certaines thématiques, notamment celle de l’immigration ou de la guerre en Ukraine, Vannacci va beaucoup plus loin que la Ligue du Nord. En réclamant par exemple la « re-migration » c’est-à-dire le retour des migrants dans leurs pays… C’est donc un problème énorme pour Matteo Salvini. »  Georgia Meloni doit-elle craindre également l’irruption sur sa droite de ce trublion nationaliste et ultra-conservateur ? Deux scénarios se présentent à elle : soit elle inclut Roberto Vannacci dans sa coalition, ce qui la fera pencher encore plus à droite… soit elle le laisse en dehors, au risque de perdre des points précieux dans les sondages, puis dans les urnes. Un casse-tête dont la dirigeante italienne se serait bien passée alors qu’approche l’échéance des élections législatives, prévues pour 2027. À écouter dans Le débat du jourY a-t-il encore une opposition politique à l’extrême droite en Europe ?
Ukaleq Slettemark, la voix du Groenland aux Jeux d’hiver de Milan
2026/02/20
Les Jeux olympiques d’hiver de Milan se terminent ce dimanche, avant de laisser la place aux Jeux paralympiques à partir du 6 mars. Durant ces deux premières semaines de compétition, la politique s'est immiscée entre les épreuves. Et une athlète s’est distinguée bien au-delà des pistes. La Groenlandaise Ukaleq Slettemark a marqué ces Jeux par ses performances sportives. Mais elle a aussi défié Donald Trump et ses velléités d'annexion du Groenland…  À 24 ans, l’athlète originaire de Nuuk n'y est pas allée de main morte pour défendre son pays. En amont des épreuves de biathlon féminin, Ukaleq Slettemark s’est exprimée devant les caméras internationales aux côtés de son frère, lui aussi qualifié pour les Jeux. « Le Groenland ne sera jamais américain. Nous skions pour le Danemark, pour le Groenland et pour montrer au monde entier que nous sommes là ». La jeune biathlète skiait sous les couleurs du Danemark, car le Groenland ne disposait pas de comité national olympique. Elle assume pleinement cette prise de parole. « Chaque Groenlandais a un avis sur la question. Nous aurions pu choisir de rester silencieux, mais nous avons senti une responsabilité en tant que personnalités publiques. Et 96 % des Groenlandais ne veulent pas devenir Américains ». Une qualification en famille Au Groenland, Ukaleq Slettemark est connue pour ses titres. En 2019, elle devient championne du monde de biathlon jeune en individuel. Mais sa prise de position a accentué la sympathie des Groenlandais à son égard. « Sa façon d'être super honnête, de dire comment elle se sentait personnellement par rapport aux prises de paroles de Donald Trump, ça a eu beaucoup d'écho. Mais à Nuuk et au Groenland, ce qui a été le plus important, c'est surtout qu'elle se soit qualifiée aux Jeux avec son frère. C'est très rare pour des athlètes groenlandais », explique Karoline Engelund, correspondante du média danois DR à Nuuk. Le biathlon, chez les Slettemark, c'est une affaire de famille. « Quand j’étais petite, mes parents faisaient du biathlon. Ils m’embarquaient avec eux. Chaque hiver, je passais énormément de temps sur les compétitions et les championnats du circuit international », se remémore la biathlète groenlandaise. Sa mère a fondé la fédération groenlandaise de biathlon, et son père, Øystein Slettemark, est une figure centrale du développement du ski de fond et du biathlon au Groenland, particulièrement à Nuuk, où il est considéré comme « une légende locale », selon la journaliste Karoline Engelund. Une athlète engagée L’enfance d’Ukaleq Slettemark, passée entre montagnes, escalade, pêche et camping, a aussi façonné son engagement environnemental. Un engagement qui se traduit dans les médias et dans sa pratique d'un sport qui reste polluant. « C'est normal chez les athlètes d'avoir plusieurs sponsors, du matériel neuf », observe Katerine Engelund. « Ukaleq a fait une vidéo dans laquelle elle montre la combinaison qu'elle a utilisée pendant ces Jeux, on y voit des trous ici et là. Elle explique qu'elle va continuer à s'en servir pour les compétitions ». La sportive le dit, elle pourrait changer de voie, se diriger vers une carrière qui ne l'oblige pas à prendre l'avion plusieurs fois par an, devenir scientifique, mais elle considère qu'elle peut changer le système de l'intérieur. « J’ai une audience importante. Je peux utiliser ma voix pour parler de sujets qui me tiennent à cœur. Je peux rester dans ce sport et le changer de l’intérieur. Si j’arrête, tout continuera comme avant. » assure la jeune Groenlandaise,  Sportivement, Ukaleq Slettemark n’a pas atteint son objectif de qualification pour l’épreuve de poursuite lors de ces Jeux de Milan. Mais elle a tout de même amélioré son classement par rapport aux Jeux olympiques d’hiver de 2022. Prochain rendez-vous dans les Alpes en 2030.
Paolo Petrecca: le fiasco des JO en Italie, symptôme d’une télé publique sous emprise du politique
2026/02/13
Stéréotypes, erreurs en série, incompétence : la couverture de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver par la chaîne Rai Sport a provoqué une onde de choc en Italie. Au-delà du flop télévisuel, l’affaire Paolo Petrecca relance le débat récurrent sur l’indépendance et la gouvernance du service public italien. Dès les premières secondes du direct, devant 9,3 millions de téléspectateurs italiens, le malaise est palpable. À peine a-t-il eu le temps de prononcer un « buona sera » que Paolo Petrecca se trompe de stade, qualifiant le mythique stade de San Siro à Milan de « stade olympique », alors que celui-ci se trouve en réalité à Rome.   La gaffe aurait été vite oubliée si, quelques minutes plus tard, il n’avait pas confondu des stars de la chanson, puis multiplié les erreurs : il ne reconnaît pas la présidente du CIO, Kirsty Coventry, et peine à identifier les champions et championnes du volley italien lors du passage de la flamme. Pendant près de trois heures de cérémonie, il enchaîne les ratés : commentaires approximatifs, propos creux… Paolo Petrecca reste malgré tout sûr de lui, se permettant de couper la parole à ses collègues et même de parler pendant certaines prestations musicales. La retransmission vire au naufrage lors de la parade des délégations internationales, où les stéréotypes s’accumulent. « C’est le triomphe des lieux communs », résume Simone Salvador, animateur de la chaîne en ligne SPORTinMEDIA : « “Les Brésiliens ont la musique dans la peau”, les “Arabes et leurs vêtements traditionnels”, les “Africains et leurs rites vaudous”, les “Espagnols au sang chaud”… c’est tellement grossier qu’il y a eu un déluge de critiques unanimes sur les réseaux sociaux. Au final, la polémique a éclipsé la beauté de la cérémonie. » Paolo Petrecca est même soupçonné d’avoir volontairement censuré la performance du rappeur italo-tunisien Ghali, connu pour son soutien à la cause palestinienne. Le directeur de la Rai n’a même pas prononcé son nom et la régie n’a fait aucun plan serré pendant les trois minutes qu’a duré sa prestation.   Un fiasco annoncé En interne, le désastre n’a rien d’une surprise. Le commentateur initialement prévu est sanctionné 72 heures avant le direct, pour avoir révélé des informations sous embargo concernant le déplacement à la cérémonie du président italien Sergio Mattarella. En tant que directeur, Paolo Petrecca aurait pu confier l’antenne à un journaliste sportif expérimenté. Il choisit au contraire de s’auto-désigner, alors qu’il n’a plus commenté de grands événements à l’antenne depuis plus de vingt ans. La rédaction tente de le dissuader, rappelant la difficulté de l’exercice. En vain. Petrecca a pêché par orgueil.  Dès le lendemain, les journalistes de Rai Sport cessent de signer leurs productions olympiques et annoncent trois jours de grève à l’issue des Jeux, si aucune mesure n’est prise contre leur directeur. Confrontés à « la pire humiliation de Rai Sport », ils dénoncent un « préjudice grave pour l’image de la chaîne publique, de ses salariés et un manque de respect envers les téléspectateurs, qui financent la Rai par la redevance. » À lire aussiJO d'hiver 2026: Milan-Cortina, entre ferveur populaire et défi organisationnel Un dirigeant très politique Ce fiasco relance une controverse plus large sur l’indépendance du service public italien. Paolo Petrecca est réputé proche du parti néo-fasciste Fratelli d’Italia de la Première ministre Giorgia Meloni. Sous le gouvernement Draghi, elle avait réussi en 2021 à le placer à la tête de RaiNews, la chaîne d’information en continu. Depuis, elle l’a maintenu en poste, malgré deux motions de défiance votées par la rédaction. En cause, une série de choix très contestés. Le soir de l’élection présidentielle française, par exemple, Paolo Petrecca impose d’ouvrir le journal sur un obscur festival des villes identitaires, qui se déroule à quelques kilomètres de Rome. Quelle n’est pas la surprise des journalistes quand ils le voient, au premier rang du public, assister à la prestation de sa future épouse, chanteuse. En 2023, il tente aussi d’étouffer une affaire liée à l’entourage de Georgia Meloni, une histoire de TGV arrêté dans une gare, au bon vouloir du ministre de l’Agriculture, ex-fiancé de la sœur Meloni. Levée de bouclier de la rédaction. En guise de réponse, Paolo Petrecca décide de diffuser quarante-cinq minutes d’un meeting de Fratelli d’Italia en direct. « Comme souvent en Italie, au lieu d’être viré, il a été promu à la tête de Rai Sport… On frôle la télévision russe », siffle Gianguido Spinelli, scénariste romain, qui connaît bien le milieu audiovisuel italien. Selon plusieurs médias, Paolo Petrecca ne commentera pas à la télé la cérémonie de clôture des JO d’Hiver le 22 février, mais son destin au sein de la Rai n’est pas encore tranché.  À lire aussiLa Rai, radiotélévision publique italienne, en grève contre les pressions éditoriales La « Télé-Meloni » en question L’affaire Petrecca illustre une dérive ancienne et bien connue des Italiens. Dans l’après-guerre, la télévision d’État était sous la houlette de la coalition au pouvoir : Rai 1 pour le puissant parti des démocrates-chrétiens, Rai 2 pour les socialistes, même les communistes domineront Rai 3 en leur temps. Mais depuis son passage sous tutelle parlementaire dans les années 1970, la Rai est devenue un champ de bataille, avec une pratique tacite mais instituée : la lottizzazione, le partage des postes clés entre partis. Des marchandages qui incluent, aussi, les partis d’opposition.  « Depuis 25-30 ans, aucun gouvernement, ni de centre-gauche, ni de centre-droit, n’a réellement affronté la question de l’autonomie de la RAI face aux partis, annonce d’emblée Massimo Scaglioni, directeur du centre de recherche sur la télévision à l’Université catholique de Milan. Au-delà de la politisation des postes de direction, le vrai problème, ce sont les personnes choisies. Pendant longtemps, malgré une coloration politique, il y avait de vrais professionnels, de grands intellectuels même, qui dirigeaient la Rai… Désormais, on constate que les hauts responsables ne sont pas toujours des gens du métier ou des dirigeants compétents. »   Outre fragiliser l’audiovisuel public et jeter le discrédit sur les journalistes sérieux de ce mastodonte médiatique, qui compte une vingtaine de chaînes de télévision et de radio et plus de 10 000 salariés, le cas Petrecca rappelle une réalité persistante : dans la gouvernance du service public italien, la loyauté prime sur le professionnalisme. Avec une conséquence paradoxale selon le chercheur : « La coalition de Giorgia Meloni voulait réorienter idéologiquement la Rai, mais elle n’y parvient pas vraiment, faute de profils compétents, justement, capables d’imposer des changements culturels profonds. » Fratelli d’Italia accuse toujours la Rai « d’être de gauche » et la Première ministre ne cache pas son mépris pour les journalistes : en conférence de presse, elle ne prend tout bonnement aucune question, elle ne fait que des déclarations.  À lire aussiGiorgia Meloni met la main sur la Rai, l'audiovisuel public italien
Rob Jetten, le sprinteur de la politique néerlandaise
2026/02/06
Il va devenir le plus jeune Premier ministre et le premier dirigeant ouvertement homosexuel. Aux Pays-Bas, Rob Jetten s’apprête à prendre les rênes du prochain gouvernement et il est notre Européen de la semaine. Ce centriste pro-européen a créé la surprise aux dernières élections d'octobre. Son profil détonne dans la vie politique néerlandaise.  38 ans, athlétique, un sourire permanent et un visage de star de cinéma. Le chef du Parti des réformateurs D66 n’a pas seulement gagné l’élection, il a aussi battu Geert Wilders, le leader de l’extrême-droite néerlandaise dont le parti dirigeait le précédent gouvernement. Pour l'emporter, Rob Jetten s’est inspiré d’un certain Barak Obama et son fameux « Yes, we can ». Un discours positif qui a marché. « Ce que Rob Jetten a fait, et ce que le parti a fait, c'est offrir une alternative à toutes ces forces négatives en politique », raconte Hans Vijlbrief, député du D66, réélu lors des dernières élections. « Il a raconté l'histoire des Pays-Bas, leur avenir possible. Il a insufflé un dynamisme nouveau à la société, ce qui nous a permis de remporter la victoire. C'est donc bien l'homme et son storytelling qui ont fait notre succès. » Il y aussi du Macron version 2017 dans Rob Jetten : même précocité, même dynamisme et même sourire. Rob Jetten a aussi profité de l’absence de Gert Wilders, invisible pendant la campagne à cause de menaces d’attentats. À lire aussiPays-Bas: après leur victoire aux législatives, les centristes se préparent aux négociations en vue d’une coalition Sprinteur et gendre idéal Rob Jetten n’a même pas 40 ans. On peut dire qu’il aime aller vite. Député à 30 ans. Chef du parti D66 un an plus tard. Ministre de l'Énergie et du Climat entre 2022 et 2024. Un sprinteur dans la politique mais aussi dans la vie. Rob Jetten est un athlète. Dans sa jeunesse, il était meneur d'allure, un « lièvre » en athlétisme. Et il s’est illustré pendant la campagne en participant à une émission télé de culture générale. Un intello sportif, un peu trop parfait à tel point qu’il a été surnommé « Robot Jetten ». « Au début, on l'appelait comme ça, mais je crois que très vite, les gens ont compris qu'il n'était pas du tout un robot, mais une personne très chaleureuse », assure le député Hans Vijlbrief. « Son image a complètement changé. Si vous demandez aux gens dans la rue, je pense qu'il est aujourd'hui l'une des personnalités les plus populaires de notre pays ». Costume cintré, bien coiffé, Rob Jetten est très présent sur Instagram, posant avec sa famille ou avec son compagnon, un joueur de hockey sur gazon argentin. Leur mariage est prévu l’été prochain. «En même temps» Son programme est une sorte de « en même temps » sur l’immigration. Il s'est engagé à consacrer davantage de fonds aux programmes d'intégration tout en voulant lutter contre l'immigration illégale en autorisant les demandes d'asile en dehors de l'UE. Et il a aussi fait de grandes promesses pour l’accès au logement - un vrai problème aux Pays-Bas. Il promet la construction de dix nouvelles villes. « La question du logement est très liée dans le débat politique aux Pays-Bas à la question de l'immigration, décrypte Koen Damhuis, maître de conférences en sciences politiques à l'université d'Utrecht. Si on est confronté à une situation de rareté de logement, comment est-il moralement acceptable, légitime d'ouvrir les frontières à des centaines de milliers de migrants chaque année ? ».  Rob Jetten a aussi essayé pendant la campagne de changer l’image élitiste de son parti et de parler aux électeurs d’extrême-droite. « Il a fait une tournée aux Pays-Bas et s'est rendu notamment dans les communes où l'extrême droite était très implantée, rappelle Hans Vijlbrief. Il faut aller à leur rencontre et tenter de répondre à leurs préoccupations, car ce sont des préoccupations tout à fait légitimes : où trouver un logement ? Comment faire face à la vieillesse ? Qu'en est-il des soins de santé ?». Rob Jetten a promis un nouveau gouvernement pour le mois prochain. Mais il devra composer avec un parlement où il n’a pas la majorité et où l’extrême-droite reste toujours aussi forte.
Khaby Lame, superstar de TikTok, bientôt concurrencé par son jumeau numérique
2026/01/30
Khaby Lame est le tiktokeur le plus suivi au monde. Toutes plateformes confondues, il cumule près de 360 millions d'abonnés. À 25 ans, le créateur de contenus italo-sénégalais a cédé il y a quelques jours des parts de sa société pour près d'un milliard de dollars. Selon ce contrat, demain, son clone généré par intelligence artificielle pourrait même faire le travail à sa place. Un milliard de dollars pour s'offrir les droits sur l'image de Khaby Lame, c’est le prix à payer pour l'un des visages les plus reconnaissables des réseaux sociaux.  L'influenceur est né en 2000 à Dakar. Lorsqu’il a un an, sa famille quitte le Sénégal pour le Piémont italien. Khaby Lame grandit dans un logement social près de Turin. Aujourd'hui c'est la star de TikTok la plus connue, mais avant ça il enchaîne les petits boulots : maçon, plongeur, serveur, mécanicien. Avant de se lancer sur les réseaux, il travaillait dans une usine. « Son histoire sur les réseaux sociaux commence dans un moment de grande fragilité. Il perd son emploi pendant la pandémie et ce détail est essentiel, parce qu'il casse l'idée du talent construit à l'avance. Il ne devient pas un créateur de contenu par stratégie, mais parce qu'il est un homme ordinaire qui comprend instinctivement le langage de son époque », analyse Francesca Caon, journaliste à l'édition italienne du Huffington Post.  Dans une interview en 2022, Khaby Lame raconte : il a toujours fait des vidéos avec ses amis, qu’il publiait sur Youtube. Avec le chômage, il commence à en faire sur TikTok pour s'amuser. Le style de Khaby Lame : ne rien dire. Il tourne en dérision des vidéos qui prétendent faciliter le quotidien, et tout tient à sa gestuelle, à sa façon de dire « c'est bien plus simple comme ça » devenue virale. Le crédo fonctionne. Khaby Lame connaît un succès rapide. Ne pas parler, c'est parler à tout le monde peu importe le pays. En deux ans, il devient le tiktokeur le plus suivi de la plateforme. Une success story flamboyante  Khaby Lame assure ne pas tenir compte du nombre de vues ou d'abonnés. Pourtant, il explose les records et gagne beaucoup d'argent. Certains de ses posts peuvent lui rapporter des dizaines de milliers d'euros. Son premier achat, une maison pour ses parents. Un accomplissement pour lui, qui vient d'une famille ouvrière. Mais Khaby Lame ne s'est pas arrêté aux réseaux sociaux. « En cinq ans, Khaby Lame est passé du rôle de créateur à quelque chose de plus large », explique Francesca Caon. « Il travaille avec de grandes marques de luxe, devient ambassadeur et participe à des campagnes internationales. Mais surtout, il n'est plus seulement quelqu'un qui fait des vidéos, il est devenu une identité immédiatement reconnaissable ». La preuve : il fait de courtes apparitions, ce qu'on appelle des caméos, dans de grosses productions hollywoodiennes, comme dans le film Bad Boys : Ride or Die. Khaby Lame y apparaît dans une scène avec son idole, Will Smith. Une personnalité qui l'a inspiré, puisque c'est en voyant l'acteur américain jouer dans le Prince de Bel-Air qu'il a eu envie de se lancer dans les vidéos. À côté de ça, il est nommé ambassadeur de bonne volonté pour l'Unicef en faveur des droits de l'enfant. Un rôle qui a du sens pour Khaby Lame. « Ayant moi-même fini par trouver ma vocation après avoir craint la pauvreté durant mon enfance, je sais que tous les enfants peuvent s’épanouir si on leur en donne la possibilité et l’occasion », a-t-il déclaré.  Une superstar qui risque de bouleverser le monde des réseaux Début janvier, Khaby Lame a vendu les droits exclusifs de son image à une entreprise basée à Hong Kong et cotée au Nasdaq, Rich Sparkle Holdings. Elle pourra donc utiliser l’image de l’influenceur. « Ce contrat donne essentiellement accès à des données : les expressions du visage, les gestes, le langage corporel, des réactions. Autrement dit, il permet de créer un jumeau numérique basé sur l’identité de Khaby Lame », décrit la journaliste Francesca Caon. Une nouveauté qui permettra de publier des vidéos de ce jumeau numérique à toute heure, dans toutes les langues, et qui pose des questions éthiques. « Ce contrat ne concerne pas seulement Khaby Lame. Il concerne l'avenir de tous les créateurs. Il marque un changement de paradigme profond. Ce qui compte désormais, ce n'est plus seulement ce que l'on crée, mais qui l'on est, l’image », déplore Francesca Caon. « Le risque de plus en plus concret, c'est que le créateur ne devienne qu’un simple fournisseur de données pour des systèmes capables ensuite de le remplacer ». Reste à voir si une intelligence artificielle aura autant de succès que la version humaine de Khaby Lame. À lire aussiTikTok: le célèbre influenceur Khaby Lame cède sa société pour près d'un milliard de dollars
Le Portugais Antonio José Seguro, un revenant candidat à la présidentielle
2026/01/23
Les Portugais éliront leur président le 8 février prochain, et c’est une première depuis 40 ans, il y aura un second tour. André Ventura du parti d'extrême droite Chega a obtenu 23,5 % des suffrages, mais le premier homme de l'élection, c'est le socialiste Antonio José Seguro. Avec 31,1% des suffrages, il a déjoué les pronostics des sondages.  Sept points d’avance sur l’extrême droite, une surprise pour le socialiste. À 63 ans, les cheveux poivre et sel, ses lunettes enfoncées sur le nez, Antonio José Seguro est un revenant. « C'est un peu un outsider », explique Victor Pereira, historien et chercheur à l’université de Lisbonne. « C'est pas le candidat le plus évident, ce n'est pas un candidat historique. Il a eu quelques fonctions gouvernementales, mais dans des périodes extrêmement difficiles au Portugal. Ce sont les années de la troïka, des années où le Portugal est au plus bas économique », ajoute l’historien. À son arc, Antonio José Seguro a d'autres cordes, comme la présidence des jeunesses socialistes. Il est aussi très proche de l'actuel secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Le socialiste était son secrétaire d'État adjoint lorsque Antonio Guterres était Premier ministre du Portugal.  Dix ans de traversée du désert   Antonio José Seguro a aussi été député socialiste, puis sa carrière prend un tournant. « Entre 2011 et 2014, il a été secrétaire général du Parti socialiste et là il a été battu aux primaires en 2014 », rappelle Yves Léonard, historien, professeur à Science Po et spécialiste du Portugal. « Il est battu par celui qui va marquer de son empreinte les dix dernières années de la politique portugaise, à savoir, le socialiste Antonio Costa. Là commence la traversée du désert pour Antonio José Seguro ». Antonio Costa, qui succède à Seguro à la tête du Parti socialiste, avant d'être nommé Premier ministre puis de prendre la tête du Conseil européen.  Après cette défaite, Antonio José Seguro se retire de la vie politique pendant une dizaine d'années. Mais il ne disparaît pas totalement de la vie publique. Pendant cette période, il enseigne les relations internationales à l'université autonome de Lisbonne, il apparaît comme éditorialiste politique sur la chaîne CNN Portugal, et il se lance aussi dans l'entrepreneuriat dans les secteurs de l'agroalimentaire, du tourisme et de l'agriculture. Il s'est même mis à produire du vin et de l'huile d'olive. En 2024, il fait son retour sur la scène politique et commence à évoquer une possible candidature à l'élection présidentielle de 2026. Et en juin 2025, il officialise son entrée dans la course.  Un candidat que personne n’attendait  Ce candidat que personne n'attendait a donc réussi à emporter 31 % des voix au 1ᵉʳ tour le 18 janvier dernier, grâce à une campagne modérée. « Je vais reprendre un slogan de campagne d'un homme politique français dans les années 80 : "La France tranquille", en l'occurrence le Portugal tranquille… il a joué sur une certaine tranquillité », décrypte Victor Pereira, historien et chercheur à l'Institut d'histoire contemporaine de l'université de Lisbonne. Face à André Ventura de Chega et ses sorties tonitruantes, Antonio José Seguro a joué la carte de la mesure. « Ce qui est intéressant, c'est que Seguro a toujours eu ce positionnement de modéré au sein du Parti socialiste, un Parti socialiste qui est lui-même modéré à l'échelle européenne. C'est pas un profil de révolutionnaire, de gauchiste, et de ce point de vue-là, il ne fait pas peur à un électorat de centre, de centre droit, voire de droite », analyse Victor Pereira. Et c'est cette posture qui fait de lui le favori pour le second tour, le 8 février prochain.  L’enjeu de la poussée de l’extrême droite  Antonio José Seguro l'a déclaré à plusieurs reprises, s'il est élu, il sera le président de tous les Portugais. Il se veut au-dessus de la politique partisane malgré son étiquette socialiste. Mais le grand enjeu après ces élections est ailleurs. « Il aura à composer et à essayer, dans la mesure du possible, de contenir l'ascension jusqu'ici assez fulgurante du parti Chega », anticipe le spécialiste du Portugal Yves Léonard. Cette campagne pour la présidence a surtout servi de rampe de lancement au parti d'André Ventura, dont l'objectif principal était avant tout d'accéder au second tour et d'unir la droite derrière lui, avant de prochaines échéances électorales.  À lire aussiPrésidentielle au Portugal: vers un second tour entre les candidats socialiste et d'extrême droite
Nikos Christodoulides, un président chypriote dans la tourmente
2026/01/16
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était à Chypre ce jeudi 15 janvier, pays qui assure depuis le 1er janvier la présidence tournante de l’UE pour six mois. Elle a été accueillie par le président Nikos Christodoulides, qui a fait du soutien de l’Ukraine l'une de ses priorités. Mais il est aussi au centre d’un scandale depuis plusieurs jours, soupçonné de corruption. Une vidéo choc, dont l’origine est indéterminée et pour le moins suspecte, a été publiée sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Le président chypriote y est accusé de corruption, pour le financement de sa campagne électorale qui l’a amené au pouvoir en 2023. L’intéressé a réagi en disant qu’il n’avait « rien à craindre ». Mais deux membres de son entourage proche ont démissionné : son épouse Philippa Karsera et son directeur de cabinet Charalambos Charalambous, qui est aussi son beau-frère. « Ils n’ont pas nié les propos tenus dans cette vidéo, juste dit qu’ils étaient sortis de leur contexte », s’étonne Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l’université de Nicosie et directeur du bureau chypriote de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung. C’est un désastre pour la réputation de Nikos Christodoulides, surtout que, durant sa campagne, il s’était engagé à mettre fin à la corruption généralisée qui avait terni la présidence précédente. » Un bon communicant L’épouse du président chypriote, Philippa Karsera, a quitté ses fonctions de directrice d'une association soutenue par l'État, invoquant des attaques sur les réseaux sociaux contre sa famille. Jugée très influente, elle forme avec Nikos Christopoulides un couple uni – ils ont quatre filles – et considéré comme puissant politiquement. Nikos Christodoulides reste en tous cas droit dans ses bottes. À 45 ans, ce diplômé de sciences politiques, qui a commencé sa carrière au sein du Parti démocrate, conservateur, a été notamment porte-parole du gouvernement puis ministre des Affaires étrangères, avant de démissionner pour se présenter en candidat indépendant à l’élection présidentielle de 2023, qu’il a remportée. Et pour Rally Papageorgiou, journaliste à l’agence de presse chypriote CNA, Nikos Christodoulides est un homme politique assez habile : « Il est très bon en communication, il est proche des gens, parle à tout le monde et leur répond ce qu’ils veulent entendre. Il va dire "oui" aux chefs d’entreprises, "oui" aux employés. Mais en termes de décisions, il ne va pas prendre de responsabilité, si ça lui coûte trop ». Soutien à l’Ukraine, éloignement de Moscou Pour la présidence chypriote de l’UE, Nikos Christodoulides a fait du soutien à l’Ukraine l'une de ses priorités, confirmant le tournant qu’a pris Nicosie en s’éloignant de Moscou. Le président chypriote « a poursuivi l'orientation pro-occidentale de la politique étrangère de son prédécesseur, Anastasiades, explique Hubert Faustman, et je pense qu'il a mené une politique étrangère assez habile dans le contexte de la guerre de Gaza, des développements régionaux, et de la guerre ukrainienne, où, contrairement à sa réputation vis-à-vis de la Russie et à son image plutôt pro-russe, il est en réalité resté fidèle à l'Occident ». Dans ce contexte, la sortie de la vidéo interroge. Certains y voient l’empreinte de la Russie. Et les autorités du pays enquêtent pour déterminer si elle résulte d'une « activité hybride » dirigée contre le pays.  La question chypriote en suspens Nikos Christodoulides est aussi attendu sur la question chypriote. L’île est divisée en deux depuis 1983, seule la partie sud fait partie de l’UE. Le Nord est occupé par les Turcs. Le président chypriote a dit qu’il souhaitait reprendre les discussions sur la réunification, arrêtées en 2017 à Crans-Montana en Suisse, à la faveur aussi de l’arrivée d’un dirigeant nord-chypriote, plus ouvert au dialogue. Mais la position de Christodoulides n’est pas forcément aussi claire. « Les Chypriotes turcs lui reprochent par exemple d’avoir été à Crans-Montana à l’époque et d’avoir aidé l’ancien président Anastasiades à quitter la table des négociations, avant un accord, explique Rally Papageorgiou. « Donc, il y a des doutes aujourd’hui sur sa sincérité, s’il veut vraiment reprendre les discussions ». Il faut dire que Nikos Christodoulides doit gouverner avec une coalition de partis et certains ont des positions dures concernant le règlement de la question chypriote. Pour l’instant, il devrait se concentrer sur la présidence chypriote de l’UE et tenter d’en tirer le meilleur parti afin de remonter dans les sondages, assez bas ces derniers mois, s’il veut notamment se représenter à la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en 2028. À lire aussiPrésidence tournante de l'UE: Chypre entend faire de l'Ukraine «une priorité essentielle»
La Canadienne Chrystia Freeland, nouvelle conseillère économique de Zelensky
2026/01/09
Chrystia Freeland, députée canadienne et représentante spéciale du Premier ministre pour la reconstruction de l’Ukraine, va rejoindre Kiev pour devenir conseillère économique de Volodymyr Zelenski. Un rôle taillé sur mesure pour cette ancienne ministre des Finances, ardente défenseure de l’Ukraine. « L’Ukraine est au cœur du combat mondial pour la démocratie et je suis heureuse de pouvoir y contribuer bénévolement », écrivait cette semaine Chrystia Freeland, sur X, après avoir accepté le poste de conseillère économique auprès du président Zelensky. À 57 ans, elle quitte une longue carrière politique au Canada pour se consacrer pleinement à l’Ukraine, pays d’origine de sa mère et avec lequel elle entretient des liens forts. « Ses grands-parents maternels sont venus au Canada après la Seconde Guerre mondiale et se sont installés dans l’Alberta. Elle a grandi dans une communauté où on a toujours cru que l’Ukraine deviendrait indépendante un jour », raconte la journaliste canadienne Catherine Tsalikis, autrice d’un livre qui lui est consacré *. « Étudiante, Chrystia est allée à Kiev, où elle a intégré des programmes qui militaient pour l’indépendance. C’était une cause qui lui tenait à cœur. » Journaliste originaire d’Ukraine, elle défend ardemment ce pays C’est finalement comme journaliste que Chrystia Freeland couvre l’indépendance de l’Ukraine en 1991. Car avant d’embrasser la carrière politique, cette diplômée de Harvard et Oxford, parlant 5 langues dont l’Ukrainien, est correspondante à Kiev du Washington Post, du Financial Times et de The Economist. Puis elle enchaine les postes dans plusieurs pays et les responsabilités dans les médias. « Mais elle a toujours gardé des liens avec l’Ukraine, assure Catherine Tsalikis, et lorsque Vladimir Poutine envahit l’Ukraine en 2022, elle est aux avant-postes de la réponse canadienne », soutenant inlassablement « son pays de cœur ». Chrystia Freeland occupe à l'époque le double poste de vice-Première ministre et de ministre des Finances du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Entrée en politique en 2013 comme députée à Toronto, Catherine Freeland gravit les échelons de la politique canadienne et enchaine les portefeuilles ministériels : commerce international, affaires étrangères. En 2019, elle est nommée vice-Première ministre et en 2020 ministre des Finances, devenant la première femme du Canada à occuper ce poste. « Elle a marqué l’histoire en brisant un plafond de verre », commente Jean-Noël Bellavance, chef du bureau d’Ottawa au journal La Presse. Une ascension politique fulgurante et une démission fracassante Mais l’ascension de Catherine Freeland que certains voyaient déjà comme future Première ministre du Canada, est stoppée nette le 16 décembre 2024. Quelques heures avant de prononcer un discours sur le budget, elle apprend que Justin Trudeau, dont elle est proche, veut la remplacer à son poste, pour redonner un second souffle à son gouvernement. Catherine Freeland démissionne avec fracas, précipitant la chute quelques semaines plus tard du Premier ministre, déjà très affaibli. Elle tente de briguer la tête du Parti libéral mais échoue derrière Mark Carney, qui deviendra, lui, Premier ministre. Chrystia Freeland fait un bref passage au ministère des Transports puis est nommée représentante spéciale du Canada pour la reconstruction de l’Ukraine. « Elle a été reléguée à un rôle de second violon, donc elle a décidé de faire autre chose », analyse Joël-Denis Bellavance, d’où sa décision de partir travailler auprès de Volodymyr Zelensky, comme conseillère économique. Après un moment de flottement, elle a annoncé qu’elle abandonnait finalement son mandat de député au Canada. Beaucoup avaient dénoncé un conflit d’intérêt. Bourreau de travail et négociatrice coriace « Chrystia est multi-tâches, habituée à cumuler les postes », souligne Catherine Tsalikis. En plus d’être mère de trois enfants. « C’est un bourreau de travail », reconnait Joël-Denis Bellavance, et une « négociatrice coriace », qui a montré à Donald Trump « de quel bois elle se chauffait », lorsqu’elle négociait l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, sous le premier mandat du président américain. Une ténacité qui l’aidera sans doute à affronter son nouveau poste en Ukraine, elle qui est aussi dans le viseur de Moscou, déclarée persona non grata depuis 2014 sur le territoire russe. * Chrystia de Catherine Tsalikis (éditions House of Anansi)
Albin Kurti, nationaliste de gauche et homme fort du Kosovo
2026/01/02
En remportant les élections législatives organisées dimanche 28 décembre au Kosovo, Albin Kurti a réussi son pari : le Premier ministre sortant a rassemblé près de 50% des suffrages sur son nom. Un score en forme de succès personnel pour l’homme fort du pays. Ce n’était pas gagné d’avance. Personne n’avait imaginé une si large victoire. Le Kosovo et ses 1,6 million d’habitants sortent de neuf longs mois de blocage politique. Le parti Vetevendosje (Autodétermination, en français), au pouvoir depuis 2021, était arrivé en tête des élections législatives de février dernier, mais sans majorité absolue. Aucun accord n’avait été trouvé avec les autres partis. Cette fois, Albin Kurti est assuré de former le prochain gouvernement. « Nous devrons rapidement constituer un Parlement issu de la 10ᵉ législature puis former sans délai un nouveau gouvernement. Nous n'avons pas de temps à perdre et devons avancer ensemble au plus vite », a-t-il promis après sa victoire. À lire aussiKosovo: le parti du Premier ministre sortant Albin Kurti en tête des législatives anticipées Filon populiste Sa victoire, Albin Kurti la doit à la faiblesse des oppositions, au vote déterminant de la diaspora et à sa campagne populiste. « C'est quelqu'un de très habile, on le présente souvent comme un intellectuel, un idéologue, explique Florent Marciacq, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Aujourd'hui, c'est quelqu'un qui a réussi à mobiliser sur une fibre assez populiste, il faut le dire aussi, mais dans un paysage qui est très divisé et donc qui réussit réellement à capter un petit peu les électorats. » Albin Kurti a joué à fond la personnalisation de sa campagne. Il a aussi promis de verser 100 euros aux retraités et à chaque famille avec des enfants en bas âge d’ici la fin de l’année pour lutter contre la hausse des prix. Ancien révolutionnaire, de gauche et nationaliste Albin Kurti a toujours été engagé à gauche et a milité dès ses années étudiantes. En 1997, le voilà à la pointe de l’occupation de l’université de Pristina contre le gouvernement de Slobodan Milošević. Il est arrêté et emprisonné deux ans plus tard. Dès sa sortie, il se lance en dehors des partis traditionnels. Son crédo : la lutte anticorruption et l’autodétermination du Kosovo, deux thèmes porteurs dans la jeunesse du pays. Âgé de 50 ans, marié à une chercheuse norvégienne, père d’une fille, il reste très discret sur sa vie privée et sobre aussi dans son style vestimentaire avec un éternel costume sans cravate. L'enjeu de la communauté serbe Pour sa réélection, il a évité les sujets qui fâchent. En février dernier, il promettait de gouverner le Kosovo « d'un bout à l'autre », même dans les territoires en majorité peuplés de Serbes. Mais cette fois, il a surtout parlé d'économie. La cohabitation avec la communauté serbe sera l’un des principaux défis de son second mandat, prévient le chercheur Florent Marciacq : « Albin Kurti espère avoir une reconnaissance du Kosovo qui lui a été promise par les accords d'Ohrid soutenus par les États-Unis il y a quelques années. La condition pour cela est la mise en œuvre de cette association des municipalités serbes. Maintenant que le Kosovo a effectivement les mains libres pour agir, la question est : "Quelle sera la position de l'Union européenne et des États-Unis pour faire pression sur la Serbie pour qu’elle-même mette en œuvre et respecte les engagements de reconnaissance à terme du Kosovo ?" ». Scruté par les États-Unis et les Européens Autonomiste, il l’est aussi envers les grandes puissances. Ses relations sont glaciales avec Donald Trump car Albin Kurti s’est dit prêt à accueillir des migrants expulsés des États-Unis. Le climat s’est en revanche réchauffé avec l’Union européenne qui a levé une partie de ses sanctions contre le pays. Mais ses prochaines actions en direction de la minorité serbe seront scrutées de près par ses alliés. À lire aussiLe Kosovo, terre d’accueil pour les expulsés des États-Unis
Ukraine: Volodymyr Zelensky, un président sous pression pour conclure la paix
2025/12/26
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky se dit optimiste sur les chances de faire avancer les discussions visant à mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine et annonce une rencontre avec Donald Trump dimanche 28 décembre en Floride. Les questions sensibles, telles que le sort du Donbass, devraient être abordées. Sous pression de l’administration américaine pour conclure un plan de paix, Volodymyr Zelensky a connu une fin d’année délicate. Il parvient malgré tout à conserver la confiance des Ukrainiens.  Donald Trump voulait un accord avant Noël. Son vœu n’a pas été exaucé. « Beaucoup de choses peuvent être décidées avant le Nouvel an », veut croire Volodymyr Zelensky, au lendemain de discussions avec les envoyés de la Maison Blanche. En dépit de cet optimisme affiché, le président ukrainien est soumis à forte pression, d’autant que les positions russes restent, pour l’heure, inflexibles. Mardi, Volodymyr Zelensky a détaillé devant la presse le plan de paix révisé en 20 points, le présentant comme la meilleure tentative de l’Ukraine de mettre fin à la guerre. Le document aborde un large éventail de questions, allant des éventuels arrangements territoriaux aux garanties de sécurité que Kiev souhaite obtenir pour prévenir toute future agression russe, en passant par les plans de reconstruction du pays ravagé par la guerre. Selon Volodymyr Zelensky, les diverses sections du plan « reflètent en grande partie la position commune ukraino-américaine ». Reste quelques points de blocage, à commencer par la question épineuse de l’avenir du Donbass. La Russie exige que les forces ukrainiennes se retirent des territoires de la région de Donetsk qu’elles contrôlent encore. Le président ukrainien ne peut accepter cette demande. À écouter et à lire aussiVolodymyr Zelensky, président ukrainien S’il cède, « il n'aura plus d'avenir politique », tranche le politologue Volodymyr Fessenko du centre Penta à Kiev. « En Ukraine, le sentiment qui domine est qu’il est impossible d'accepter de reconnaitre juridiquement les territoires occupés comme étant russes. Si, en cas de cessez-le-feu le long de la ligne de front, une partie du territoire ukrainien restait sous contrôle russe, la plupart des Ukrainiens pourraient accepter ce scénario mais à condition que ces territoires ne soient pas reconnus juridiquement comme étant russes. » Militairement, l'Ukraine ne peut pas se permettre de céder des zones fortement fortifiées de Donetsk, note pour sa part la chercheuse ukrainienne Olena Prokopenko, du centre de réflexion German Marshall Fund. « Céder des territoires fortifiés sans combat offrirait à la Russie une base idéale pour intensifier son invasion. Si l’Ukraine acceptait ces concessions, notre position sur la ligne de front serait gravement affaiblie. Les abandonner sans combat, donner à la Russie des territoires qu’elle n’a pas réussi à conquérir en onze ans depuis l’invasion du Donbass, constituerait une décision militairement désastreuse », explique-t-elle.  Le scénario dans lequel Volodymyr Zelensky se verrait contraint de céder tout le Donbass à la Russie « ne pourrait se produire qu’en cas de situation catastrophique sur le front ou dans le secteur énergétique, qui ne lui laisserait pas d’autre choix », avance Volodymyr Fessenko. Concessions territoriales  Quoi qu’il en soit, le président ukrainien n’en sortirait pas indemne. Seule concession à laquelle Volodymyr Zelensky se dit prêt : l’Ukraine pourrait retirer ses troupes des zones de l'ouest de la région de Donetsk encore sous son contrôle, pour les transformer en une zone démilitarisée dans le cadre d'un éventuel accord de paix avec Moscou, à condition que la Russie retire ses forces d’une zone équivalente. En tout état de cause, Volodymyr Zelensky estime que la création d'une zone démilitarisée doit être approuvée par le biais d'un référendum. Parallèlement aux discussions autour du plan de paix, le président ukrainien a dû affronter une tempête intérieure ces derniers mois. L’affaire Midas, vaste affaire de corruption qui touche le secteur énergétique ukrainien, a poussé les ministres de la Justice Herman Halouchtchenko et la ministre de l'Énergie, Svitlana Hryntchouk à démissionner le mois dernier. Volodymyr Zelensky a ensuite dû se défaire de son plus proche conseiller, Andriy Iermak. En écartant le chef de l’administration présidentielle, qu’il n’a pas encore remplacé, tout en maintenant une ligne relativement ferme dans les pourparlers de paix, sa côte de popularité est remontée. Selon une enquête récente menée par l’Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS), 61% des Ukrainiens lui font confiance. « Aussi étrange que cela puisse paraître, la confrontation autour du plan de paix de Donald Trump a une fois de plus aidé », affirme Volodymyr Fessenko. Le plan de paix amendé par Kiev prévoit également la tenue d'élections en Ukraine dès que possible après la signature d'un accord de paix. Le mandat présidentiel de cinq ans de Volodymyr Zelensky aurait dû expirer en mai de l'année dernière, mais il a été prolongé en vertu de la loi martiale en vigueur depuis l'invasion russe de 2022. Le chef de l'État a chargé le Parlement de réfléchir à des modifications de la législation électorale pour examiner la possibilité d’organiser une présidentielle. Olena Prokopenko y voit une « démarche habile » tant sur le plan intérieur qu’à l’international. « Cela envoie le signal qu’il redonne un rôle central au Parlement, qui a été largement marginalisé ces dernières années, en lui confiant une décision potentiellement historique. Sur le plan international, cela montre qu’il est prêt à participer à des élections et qu’il ne fuit pas ses responsabilités », explique-t-elle. Sur le plan international, cette initiative est vue comme importante car elle renvoie la pression vers Donald Trump, qui accuse son homologue ukrainien d’utiliser la guerre comme prétexte pour éviter une élection et se maintenir au pouvoir. « En acceptant de préparer un cadre législatif, Zelensky contraint Trump à faire pression sur Vladimir Poutine afin d’obtenir un cessez-le-feu, que ce dernier a rejeté à plusieurs reprises ces derniers mois. Cela permet de mettre en évidence que l’obstacle à la paix n’est pas l’Ukraine, mais bien la Russie », note Olena Prokopenko. Élection présidentielle  Dans le cas, très hypothétique, où une élection présidentielle pourrait se tenir avant la fin des hostilités, quelles chances Volodymyr Zelensky aurait-il de remporter le scrutin ? La probabilité d’une victoire du président sortant est « très forte », selon la chercheuse du German Marshall Fund, « non pas parce qu’il n’existe pas de griefs à son égard, mais parce que l’Ukraine a besoin d’une unité maximale pour résister à la pression de l’administration américaine dans le cadre des négociations de paix. Ses chances de victoire seraient aujourd’hui bien supérieures à ce qu’elles seraient après la guerre ». La perspective pour Volodymyr Zelensky de remporter le scrutin est plus élevée aujourd’hui, abonde Volodymyr Fessenko : « Les citoyens qui lui sont favorables ou neutres évaluent positivement son rôle comme chef de la politique étrangère et commandant en chef. Après la guerre, surtout s’il devait conclure un accord de paix perçu comme défavorable, ses chances pourraient diminuer. » Dans ces conditions, certaines figures de l’opposition estiment que Volodymyr Zelensky pourrait être tenté d’organiser au plus vite des élections. Conformément aux engagements pris par le président auprès de Donald Trump, la Rada, le Parlement ukrainien s’apprête à examiner la question de l’organisation d'élections. Cependant, « il existe une faible probabilité qu’un projet de loi sur les élections en temps de guerre voit le jour. Son adoption reste incertaine. Le scénario le plus probable pour l’an prochain serait la tenue d’élections uniquement si un accord de cessez-le-feu était conclu au premier semestre », pronostique Volodymyr Fessenko, qui constate que « même au sein du parti présidentiel Serviteur du peuple, nombreux sont ceux qui s’opposent à des élections en temps de guerre. Si l’opposition et les députés réticents se mobilisent, l’adoption d’une telle loi sera impossible », souligne le politologue. En Ukraine, l’opinion publique estime, dans une très large majorité, qu’aucune des conditions sécuritaires, juridiques ou structurelles ne sont réunies pour organiser des élections, note Olena Prokopenko. « Les Ukrainiens comprennent que ce n’est pas le moment. Il n’existe aucune demande sociale en ce sens, et ce débat est principalement ravivé sous la pression de la Russie et des États-Unis ». Selon le sondage récent du KIIS, seuls 9 % des Ukrainiens soutiennent l’idée d’élections en temps de guerre. À lire aussiGel du front, élections, Otan: ce que contient la dernière version du plan américain pour la paix en Ukraine
Sergueï Karaganov, l’influent stratège russe qui veut lancer un missile nucléaire sur l’Europe
2025/12/19
Il dit que la guerre entre la Russie et l'Europe a déjà commencé. Il souhaite envoyer un missile nucléaire sur Berlin. Intellectuel russe, proche des sphères du pouvoir, Sergueï Karaganov multiplie les déclarations chocs à l'égard du Vieux Continent, et semble davantage prêcher pour une Troisième Guerre mondiale que pour une paix en Ukraine. Avec quel poids au sein du Kremlin ? « Notre véritable adversaire est bien l’Europe. » « Cette guerre ne prendra fin qu'avec une défaite morale et politique de l'Europe. » L'Europe, « redevenue l’expression la plus absolue du Mal qui ronge l’humanité. » Tels sont les mots crus que Sergueï Karaganov a lâchés au début de ce mois de décembre 2025 sur la première chaîne de télévision russe, et que la revue Le Grand Continent a traduits en français. Une intervention évidemment destinée aux Européens, qui, selon lui, n'ont plus assez peur de la Russie. Pour cet intellectuel russe, « une façon de remettre les pendules à l'heure ce serait de se livrer à un tir d'arme nucléaire », relate Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. « Ce serait un tir de démonstration. Le but ne serait pas de raser Kiev ou Varsovie. Mais sa grande théorie, c’est qu’il faudrait réinstiller la peur. » Premier holà du Kremlin, qui nuance de fait l’influence de Karaganov : « C'est dans cette séquence-là qu'il a été manifestement recadré par la diplomatie russe. Elle lui a demandé de lever le pied sur ces éléments de langage », ajoute le chercheur à l’Iris. Toujours est-il que cette escalade verbale coïncide avec l'escalade de ce qu'on appelle la guerre hybride. En cette fin d'année, la Russie est accusée d'incursions de drones, d'avions de chasse et même de sabotages à la bombe. Le tout dans le territoire de l'Union européenne. La frange radicale d’une galaxie de commentateurs mainstream Sergueï Karaganov a une voix qui porte, mais dont il faut nuancer la portée. Le politologue n'est ni porte-parole du Kremlin, ni conseiller officiel. Il s'inscrit dans une nébuleuse de commentateurs, journalistes, intellectuels et autres propagandistes. Parmi eux, beaucoup se réclament proches de Vladimir Poutine. La prudence reste donc de mise. « C'est très difficile de savoir qui a véritablement l'oreille de Vladimir Poutine », explique Cyrille Bret, chercheur associé à l'Institut Jacques Delors sur les enjeux relatifs à la Russie. « Ça participe d'ailleurs à la puissance du président russe : il ne laisse pas son entourage cartographié. » Une chose est sûre : Sergueï Karaganov fait partie de l'élite russe. Il est reconnu pour son expertise sur la politique internationale. Aujourd’hui président d'honneur du bureau du Conseil pour la politique extérieure et de défense, il a une longue carrière de chercheur et de conseiller depuis les années 1980. En fait, il est l'un des intellectuels qui ont le mieux réussi la transition entre l'ère soviétique et celle de la Fédération de Russie. Mais son discours radical n’en reste pas moins mainstream à Moscou. S'il a voix au chapitre, c'est parce qu'il sert le régime, comme l’indique Cyrille Bret : « La première vocation d'une voix telle que celle de Karaganov ou de [Alexandre] Douguine, ou d'autres théoriciens, c'est d'abord de faire entendre la voix de la Russie. La Russie considère qu'elle a été réduite au silence. Et c'est pour cette raison que des déclarations fracassantes servent l'intérêt national russe tel que Karaganov l'interprète : faire entendre la vision proprement russe, non occidentale, des relations internationales et des rapports entre la Russie et l'étranger. » De la doctrine Karaganov à l’eurasianisme 2022 a été une rupture pour Karaganov. Après l’invasion russe de l’Ukraine, il se détourne complètement de l'Occident, qu'il considère minoritaire. L'heure est à « une majorité globale » dirigée par la Russie. Son mépris pour l’Europe s’accentue tellement qu'il prône une stratégie sino-russe. Au point de devenir un chantre de l'eurasianisme. « Il appelle même à déplacer la capitale du pays pour matérialiser ce tournant ! », note Igor Delanoë. « Il veut bâtir une nouvelle capitale en Sibérie, de l'autre côté de l'Oural, qui permettrait d'ancrer dans la géographie ce tournant avec une capitale orientale au sens géographique du terme. » S'il veut laisser tomber l'Europe, c'est parce que, selon lui, le libéralisme a fait son temps. Les démocraties ne sont bonnes qu'à s'écrouler. L'Occident s'enfonce dans la décadence par la surconsommation, la mondialisation et le transhumanisme. Lui, décrit la Russie comme un empire asiatique. Finalement, le seul intérêt que Sergueï Karaganov continue de voir en Europe, c’est son vœu historique de récupérer les anciennes parties de l’Union soviétique. Il a même donné son nom à ce courant : la doctrine Karaganov. Elle postule que la Russie doit défendre les droits des ethnies russes dans les pays voisins. Un discours que partage Vladimir Poutine. À lire aussiGuerre en Ukraine: Vladimir Poutine assure que «la balle est dans le camp» de ses adversaires
Andrej Babis, le retour gagnant du «Donald Trump tchèque»
2025/12/12
Plus de deux mois après sa victoire sans appel aux élections législatives avec 35% des voix pour son parti ANO, Andrej Babis a été nommé, ce mardi 9 décembre, Premier ministre de la République tchèque. Le milliardaire de 71 ans retrouve la direction du gouvernement après quatre années dans l’opposition, et un virage à droite toute pour cet admirateur déclaré de Donald Trump.  C’est un « come-back » politique impressionnant : après avoir passé quatre ans dans les rangs de l’opposition et subi plusieurs enquêtes pour détournements de fonds, Andrej Babis est de nouveau nommé à la tête du gouvernement tchèque. Toute ressemblance avec Donald Trump est parfaitement assumée et même revendiquée par cet homme d’affaires septuagénaire qui a multiplié les références au président américain durant la campagne électorale. La première de ces références étant bien sûr son statut de milliardaire et d’entrepreneur, d’homme d’affaires « contraint » d’entrer en politique pour gérer l'État comme on gère une entreprise. « C'est l’un de ces entrepreneurs qui, à un moment donné, a considéré que son influence économique ne suffisait plus et qui décide de s’impliquer personnellement dans la vie politique, décrypte Jana Vargovcikova, maîtresse de conférences à l’Inalco. Il a créé son parti en 2011, le parti ANO… Les politistes parlent d’un parti-entreprise, c’est-à-dire qu’il ne faut pas imaginer des dynamiques internes, une implantation locale. C’est le chef qui a le dernier mot et qui constitue son équipe autour de lui, comme bon lui semble. » À lire aussiRépublique tchèque: le milliardaire Andrej Babis nommé au poste de Premier ministre Virage à droite La comparaison avec Donald Trump ne s’arrête pas là : comme le président américain, Andrej Babis a dirigé une première fois le pays, de 2017 à 2021, et a ensuite perdu les élections avant de triompher dans les urnes quatre ans plus tard. Et comme Donald Trump, il s’est radicalisé entre son premier et son deuxième mandat. Un virage vers la droite populiste qui n’avait rien d’évident. « N’oublions pas que, jusqu’aux élections européennes de 2024, son parti ANO était associé aux libéraux à Strasbourg, rappelle Jacques Rupnik, directeur de recherches à Sciences-Po Paris. Il a ensuite changé de casquette. C'est le cas de le dire puisqu’il arbore désormais la casquette rouge de Donald Trump. Au Parlement européen, son parti siège maintenant avec les Patriotes de Viktor Orban. Il y a donc un déplacement vers la droite populiste – sans en partager les excès, mais en jouant très clairement sur la fibre nationale-populiste. » Avec une inquiétude à la clé pour les partenaires européens de la République tchèque : Andrej Babis va-t-il jouer les trouble-fêtes à Bruxelles, à l’image de Viktor Orban, le dirigeant hongrois dont il se dit proche ? « On peut s’attendre raisonnablement à ce qu’il s’oppose aux politiques environnementales du Pacte Vert, et qu’il assume une position très conservatrice sur les politiques d’immigration et d'asile », pointe Jana Vargovcikova. « Sur la question du soutien à l’Ukraine en revanche, c’est plus flou. Il a promis de réduire le soutien de Prague à l’Ukraine durant la campagne électorale… mais l’incertitude demeure sur ce point et il n’est pas certain qu’il se mette aux côtés d’Orban pour créer des situations de blocage au moment de renouveler ou d’augmenter l’aide à Kiev. » Un pragmatique, pas un idéologue Accusé par ses adversaires politiques et par le Premier ministre sortant, le libéral Pietr Fiala, de vouloir éloigner Prague de son axe européen et occidental, Andrej Babis s’en défend. Dès le soir de sa victoire électorale, le 4 octobre dernier, il réaffirme sa volonté de maintenir l’ancrage européen et atlantiste de son pays et rejette fermement toute velléité de rapprochement avec Moscou. « De toute façon, il n’ira pas chercher la confrontation à Bruxelles parce qu’il est essentiellement pragmatique et qu’il n’a aucun intérêt, en tant qu’homme d’affaires, à s’éloigner de l'UE », souligne Jacques Rupnik. « Son entreprise agro-alimentaire opère dans plusieurs pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, etc. Il sera un compagnon de route des Trumpistes européens, tels qu’ils se mettent en place avec le mouvement des Patriotes au Parlement européen. Mais ce n’est pas un idéologue, il n’a pas pour mission de sauver ou de détruire l’Europe. » Un premier test de ce « Babis bis » se jouera dès le 18 décembre à Bruxelles, où le milliardaire tchèque retrouvera les conciliabules du Conseil européen. À l’ordre du jour, notamment, le financement de l’aide à l’Ukraine par le biais des avoirs russes gelés. Un excellent révélateur des intentions, à l’international, du nouveau Premier ministre tchèque. À lire aussiGuerre en Ukraine: «L’utilisation des avoirs russes gelés serait un pas audacieux de l’Union européenne»
Ukraine: Roustem Oumerov, l'homme-clé des négociations de paix, négociateur chevronné mais contesté
2025/12/05
De retour de Moscou, Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump, devait rencontrer ce vendredi 5 décembre en Floride le négociateur en chef ukrainien Roustem Oumerov. Depuis la démission du chef du bureau du président Andrii Yermak sur fond de scandale de corruption, le chef du Conseil national de défense et de sécurité a pris la tête de la délégation ukrainienne pour les négociations de paix avec les Américains. Considéré comme un négociateur chevronné, Roustem Oumerov a aussi quelques points faibles. L’ancien ministre de la Défense n’en est pas à sa première mission diplomatique. Il a été membre de la délégation ukrainienne lors des négociations avec la Russie dès 2022. Il a aussi participé aux pourparlers sous l’égide de la Turquie et de l'ONU, qui ont débouché sur un accord pour débloquer les exportations céréalières en mer Noire et a joué un rôle dans les négociations qui ont abouti à des échanges de prisonniers de guerre et de civils. Musulman, Roustem Oumerov est né en Ouzbékistan soviétique, dans une famille de Tatars de Crimée déportée de la péninsule sur ordre de Staline. Cheveux rasés, visage rond, barbe de trois jours, carrure épaisse, toujours vêtu d’un treillis militaire, ce polyglotte a aussi participé cette année à deux cycles de pourparlers à Istanbul avec la délégation russe. Et il était déjà présent en Floride le mois dernier, lorsque le plan de paix en 28 points a fait surface. « C’est un négociateur pas facile, assez compétent, persévérant et méthodique. Il est entré dans le processus de négociation notamment grâce à ses liens étendus avec le monde islamique, puisqu’il est issu du peuple tatar de Crimée. La Turquie lui était donc proche, il s’y sentait à l’aise, et il s’est révélé dans son travail comme un négociateur sérieux et respecté », note le politologue ukrainien Ruslan Bortnik. « Il est l’une des figures de négociation les plus importantes dont dispose encore le président », après la démission du chef de son administration qui menait aussi les discussions internationales pour la partie ukrainienne. À lire aussiUkraine: Roustem Oumerov, un «incorruptible» au ministère de la Défense Réformateur Lorsqu’il a pris le portefeuille de la Défense en 2023, en remplacement d’Oleksiy Reznikov, empêtré dans une affaire de corruption, la société civile, dans l’ensemble, avait applaudi, voyant en Rustem Oumerov, un réformateur qui pourrait mettre de l’ordre dans ce ministère et en particulier dans les achats de matériel militaire. Député du parti libéral d’opposition Holos entre 2019 et 2022, il avait été à la tête de la commission parlementaire chargée de contrôler les livraisons d’armes occidentales, s’y forgeant une réputation de militant anti-corruption qu’il a consolidée en tant que directeur du Fonds des biens d’État, le principal fonds de privatisation du pays. Mais, les attentes de la société civile ont été déçues. « Sa nomination comme ministre de la Défense a été une erreur », affirme Daria Kaleniuk, directrice et fondatrice de l'Anti-Corruption Action Centre (AntAC). « Notre organisation et moi-même avons reconnu que nous nous étions trompés dans notre évaluation de Roustem Oumerov. Nous l’avons fortement critiqué pour sa gestion défaillante du ministère. En réalité, il ne gérait rien du tout. C’était devenu un véritable "ministère du chaos" ». Selon l’experte, l’ancien ministre de la Défense aurait même annulé certaines de ses propres réformes dans le domaine des achats militaires. Sous pression, Roustem Oumerov avait fini par quitter le ministère l’été dernier pour prendre la tête du Conseil de défense et de sécurité nationale, un changement présenté comme une promotion. À lire aussiUkraine: Roustem Oumerov nommé nouveau ministre de la Défense par le président Zelensky « Ministère du chaos » Sa nomination comme négociateur-clé avec les Américains est intervenue après son audition par le Bureau national anticorruption (NABU), le 26 novembre, dans le cadre du vaste scandale dans le secteur de l’énergie. Cette affaire, dont toute l'ampleur n'a pas encore été révélée et qui a poussé à la démission Andrii Yermak, le bras droit du président, a pour personnage principal l’homme d'affaires en fuite Timour Minditch. Selon le NABU, ce dernier est soupçonné d’avoir influencé des décisions de hauts responsables du gouvernement, dont l’ex-ministre de la Défense, Roustem Oumerov. Entendu en tant que témoin, il n’a jusque-là pas fait l’objet d’accusations. « Il est possible que cette nomination doive aussi être perçue comme une tentative du président de protéger une figure politique dont il a besoin », note Ruslan Bortnik, soulignant que le président ukrainien avait utilisé une méthode similaire avec son chef de l’administration. Le NABU n’a pas encore révélé tous les détails des heures d’enregistrements auxquelles il a eu accès. « Nous nous attendons à de nouvelles révélations, notamment concernant Fire Point — une société considérée comme contrôlée par Timour Minditch, qui a reçu d’énormes contrats du ministère de la Défense pour des drones et le projet de missile "Flamingo". De nombreuses questions se posent à propos de cette entreprise », souligne Daria Kaleniuk. Pour la militante anti-corruption, la désignation de Roustem Oumerov comme principal négociateur ukrainien dans les pourparlers de paix est « une très mauvaise décision », en raison d’un « conflit d’intérêts potentiel : il pourrait utiliser ces négociations pour se maintenir au pouvoir ou éviter des poursuites. Ses intentions pourraient ne pas être alignées sur les intérêts de l’Ukraine mais sur les siens. » La directrice de l'ONG Anti-Corruption Action Center, « Zelenskyy devrait démettre Oumerov de ses fonctions sans attendre qu'il soit inculpé ou qu'il fasse l'objet d’enquêtes. Il n'est tout simplement pas la personne en qui les Ukrainiens ont confiance ». Si Roustem Oumerov a été entendu en tant que témoin, sans qu’aucune accusation ne soit formulée à son encontre, sa situation pose un problème, selon Ruslan Bortnik. « Le chef de la délégation ukrainienne se retrouve dans une position vulnérable, d’un côté en raison des enquêtes anti-corruption, et de l’autre, parce que sa famille vit aux États-Unis ». Plusieurs organisations de la société civile ont affirmé que la famille de Roustem Oumerov possédait plusieurs propriétés de luxe aux États-Unis — une affirmation que lui et son service de presse démentent. Selon une enquête récente de l’ONG AntAC, la famille Oumerov posséderait ou louerait plusieurs biens immobiliers outre-Atlantique : trois appartements en Floride, un appartement à New York, et quatre villas près de Miami. « Tous ces biens n’ont pas été déclarés conformément à la législation ukrainienne, or nous disposons de preuves provenant de registres publics américains et de certains registres non publics. Nous connaissons exactement les adresses des villas et des appartements », affirme Daria Kaleniuk, « et on ne sait absolument pas d’où proviennent les fonds permettant un tel train de vie ».
Russie: Naoko, étudiante en musique et chanteuse de rue devenue prisonnière politique
2025/11/14
En Russie, la chanteuse Naoko, 18 ans, est devenue, peut-être malgré elle, un symbole. La musicienne de rue, de son vrai nom Diana Loguinova, a été, une nouvelle fois, condamnée, le 11 novembre 2025, à une peine de 13 jours de prison, comme son guitariste Alexandre Orlov. Les jeunes musiciens venaient de purger deux peines similaires. Leurs performances publiques, où ils interprètent des chansons de musiciens russes opposés au pouvoir, leur valent des ennuis judiciaires en cascade. Étudiante au conservatoire en classe de piano, Diana Loguinova aime aussi se produire dans la rue, où elle chante, derrière son piano électrique, aux côtés d’un guitariste, Alexandre Orlov, son fiancé, et d’un percussionniste. Avec son visage aux traits poupins, ses cheveux décolorés et ses grandes lunettes aux montures translucides, Naoko et son groupe Stoptime a commencé à chanter à Saint-Pétersbourg en août dernier. La vidéo du concert sur la perspective Nevsky a activement circulé sur les réseaux sociaux et le groupe nouvellement créé a vite gagné en notoriété, attirant des dizaines de spectateurs à chacune de ses performances. Interpelés le 15 octobre, les trois musiciens ont été condamnés à 13 jours de détention pour « trouble à l’ordre public », puis, pour « discrédit » de l’armée russe. À l’issue de cette peine, le batteur du groupe, Vladislav Leontiev, âgé de 18 ans, a été libéré, mais Diana et Alexandre ont été condamnés une troisième fois pour avoir organisé un « rassemblement de masse » sans y être autorisés. Amnesty international estime dans un communiqué que des jeunes gens sont punis « pour leurs performances, qui ont apporté une bouffée d'air frais dans un pays étouffé par la répression et l'autocensure ».  Cette pratique des condamnations à des peines d’emprisonnement dites « administratives » pour des motifs souvent futiles ou contestables, comme celui d’avoir gêné la circulation des piétons, a été surnommée « le carrousel », par les défenseurs des droits humains. Son but : effrayer les militants. « Nous constatons que cette pratique est utilisée de plus en plus activement dans les affaires politiques », note Oleg Kozlovsky, chercheur pour la Russie dans les domaines de la liberté d'expression, de rassemblement et des crimes contre les activistes pour Amnesty International. « Contrairement aux affaires pénales, ces cas ne nécessitent qu'un minimum de travail et de préparation. Les tribunaux n’examinent pratiquement aucune preuve. À l'expiration de leur peine, les personnes sont immédiatement arrêtées pour un autre motif. Dans la pratique, elles peuvent donc passer plusieurs mois en détention administrative », explique Oleg Kozlovsky. Cette méthode des petites peines qui s’accumulent permet aux autorités de garder la personne sous pression et de se donner la possibilité de rassembler un dossier pour ouvrir une affaire pénale. « Le comportement des autorités indique que la décision concernant Diana et les musiciens de rue en général n'a pas été prise au Kremlin », estime le critique musical Artemi Troïtsky. « D'une part, les autorités veulent les punir sévèrement et intimider la population. D'autre part, elles craignent que cela ne provoque une réaction forte, de nouveaux actes de solidarité ». De jeunes gens ordinaires Naoko et son groupe ont reçu une vague de soutien à travers de pays : des musiciens leur ont emboité le pas, certains ont été arrêtés et condamnés, comme eux, à des peines de prison. Des affiches avec le visage de la chanteuse ont fleuri dans l’espace public et les vidéos et photos se multiplient sur les réseaux sociaux. « Cette histoire réfute le mythe que les autorités russes s'efforcent de promouvoir, à savoir que l'ensemble de la société russe approuve la guerre ou, du moins, n'y est pas opposée et que tous ceux qui s'y opposent sont une poignée d'agents étrangers rémunérés, qui ont tous quitté le pays. On voit ici des jeunes gens ordinaires qui sortent dans la rue et qui attirent des foules de plus en plus importantes », affirme Oleg Kozlovsky. Si les autorités russes s’en prennent aux musiciens de rue qui portent des messages pacifistes ou critiques du pouvoir, c’est aussi parce qu’ils portent un caractère d’imprévisibilité, estime Artemi Troïtsky, ancien guitariste du groupe rock expérimental Zvuki Mu, qui a participé, dans les années 1980, à l’organisation des petits concerts improvisés entre musiciens en marge des circuits officiels dans des appartements, surnommés « kvartirniki ». « La musique de rue n'a rien à voir avec les concerts dans des appartements, où un cercle très étroit de personnes se réunit et où tout le monde se connaît plus ou moins », note le journaliste musical, désigné par la justice russe « agent de l’étranger ». « Ce type d’événement n’intéresse par le pouvoir. Ce qui les inquiète en revanche, ce sont ces musiciens de rue qui attirent un grand nombre de personnes, aux profils très variés. Tout cela est imprévisible et cela fait peur aux forces de sécurité ». Dans un entretien à un média local, Diana Loguinova a expliqué que l’art était la seule façon de pouvoir exprimer sa pensée, confiant qu’elle avait peur de chanter des chansons interdites, mais que c’était un « devoir ». À travers ses concerts de rue, la jeune musicienne dit apporter de la chaleur et de l’espoir. « Si ce type d'îlots de liberté prend de l'ampleur, cela peut être dangereux pour le régime. Et c'est pour cela qu'il coupe à la source toute tentative d'expression civique », note Olga Prokopieva, directrice de l’association Russie-Liberté, soulignant que la rapide notoriété de Naoko « montre que les jeunes ont envie d'écouter de la musique qu’ils aiment, avec des paroles qui ont une résonance, des paroles de chanteurs qui ont dû s'exiler parce qu'ils étaient réprimés par le régime, parce qu'ils portaient un message à travers leur musique ». Reprises de chansons d'"agents de l'étranger" Parmi les morceaux les plus discutés, repris par le groupe Stoptime : « Coopérative Lac des cygnes », du rappeur Noize MC, déclaré « agent de l’étranger », qui vit en exil. Cette chanson a été interdite en mai 2025, en Russie, pour avoir « suscité une attitude négative envers les représentants du pouvoir russe, le président russe et ses partisans », mais la décision du tribunal n'interdisait pas l'interprétation de la chanson elle-même. Ses paroles appellent, entre les lignes, au renversement du régime. Le ballet de Tchaïkovski était diffusé lors de la mort de dirigeants soviétiques ou encore le 19 août 1991, jour de l’effondrement de l’URSS. Par ailleurs, la coopérative « Ozero », qui signifie lac en russe, est une société créée dans les années 1990 par Vladimir Poutine pour construire quelques luxueuses datchas au bord d’un lac de Carélie avec des amis, Vladimir Iakounine, Iouri Kovaltchouk, Nikolaï Chamalov, Guennadi Timtchenko, devenus depuis, les représentants de l’élite économique du pays. La coopérative « Ozéro » symbolise la corruption dans les hautes sphères du pouvoir. Dans une interview, Diana Loginova a déclaré que le groupe interprétait rarement cette chanson et ne l'enregistrait pas. Mais la vidéo où l’on voit Naoko devant une foule de jeunes chantant et dansant sur les paroles de Noize MC est devenue virale. Plusieurs personnalités, parmi lesquelles un élu local, un rappeur pro-pouvoir ou encore la journaliste Marina Akhmedova, membre du Conseil des droits de l'homme auprès du président, ont écrit des dénonciations. Autre chanson qui heurte les défenseurs du Kremlin, « Tu es soldat », de Monetotchka, artiste en exil, elle aussi désignée « agent de l’étranger ». « Tu es soldat/Et quelle que soit la guerre dans laquelle tu te bats/Pardonne-moi, je serai de l'autre côté », dit le refrain. Invitée du forum organisé par l’association Russie-Libertés, à Paris, en octobre, l’artiste pop a repris cette chanson. « La salle était pleine, les gens pleuraient tellement ces paroles sont fortes », se remémore Olga Prokopieva, « ces morceaux étant interdits en Russie, quand des chanteurs de rue les reprennent, on voit que ça résonne dans l'esprit des jeunes et c'est encourageant ». Le groupe fait de nombreuses reprises, y compris d'artistes en odeur de sainteté au Kremlin, mais ce sont précisément les morceaux d'artistes « agents de l'étranger » qui ont recueilli des dizaines de milliers de likes. Présente à toutes les audiences, pour soutenir sa fille, la mère de Diana Loguinova n’a fait que de courtes déclarations à la sortie du tribunal. Dans une interview à l’agence de presse progouvernementale Regnum, elle a déclaré qu’elle chantait ces chansons « pour faire le buzz », insistant sur le fait qu’elle se produisait souvent lors d'événements consacrés au Jour de la Victoire, interprétant des compositions patriotiques. La mère de Diana a également indiqué que sa famille comptait des combattants des forces armées russes qui participent à « l’opération militaire spéciale », terme officiel pour désigner la guerre en Ukraine. Naoko avait-elle conscience des risques encourus et de la charge qu’elle porte en chantant des chansons aux paroles chargées de sens ? « Je pense qu'elle est devenue un symbole, peut-être malgré elle, mais en grande partie grâce aux efforts des autorités russes. Certes, des vidéos sont devenues virales, mais si elles n'avaient pas réagi de manière aussi disproportionnée à la menace qu'elles ont perçue, les choses n’auraient pas pris une telle ampleur », affirme le chercheur Oleg Kozlovsky. La jeune chanteuse, aujourd’hui derriè

Podcast reviews

Read Européen de la semaine podcast reviews


0 out of 5
0 reviews

Podcast sponsorship advertising

Start advertising on Européen de la semaine relevant audience podcasts


What do you want to promote?