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5from
This podcast has
24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/04/19
Average duration
47 min.
Release period
7 days
Description
La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.
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Taïwan, «l’archipel des possibles» selon la revue Esprit
2026/04/19
Rendez-vous mensuel avec la revue Esprit dans le magazine Idées ce dimanche. « Taïwan, l’archipel des possibles », tel est le titre du dossier du numéro d’avril qui met l’accent sur la singularité de l’île. Il est coordonné par Jean‑Yves Heurtebise, spécialiste de la pensée chinoise à l’université Sun Yat Sen. En ligne de Taïwan, il est l’invité de Pierre-Edouard Deldique, ainsi que la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon.
Le dossier l’affirme: dans un monde marqué par la montée des conflits, la remise en cause du droit international et l’affirmation de régimes autoritaires, Taïwan fait figure d’exception.
L’île combine en effet une démocratie vivante, une société civile active, une créativité culturelle remarquable ainsi qu’une capacité d’innovation technologique reconnue.
Comme il le précise dans l’émission Jean-Yves Heurtebise propose de lire Taïwan non comme un modèle imposable, mais comme un contre‑exemple à l’idée selon laquelle la modernité chinoise serait nécessairement autoritaire.
Comme d’habitude, le dossier est une somme de contributions de spécialistes.
Tanguy Lepesant analyse la position stratégique de l’île. Son article montre comment la géographie nourrit à fois la vulnérabilité de l’île montagneuse mais aussi sa capacité de résilience .
Paul Jobin replace Taïwan dans les flux économiques et politiques de l’Asie. Loin d’être périphérique, l’île est un carrefour de la globalisation avec son industrie des semi‑conducteurs et ses liens avec le Japon, la Corée et l’Asie du Sud‑Est.
Vincent Rollet revient sur la gestion taïwanaise du Covid‑19, souvent citée comme exemplaire. L’article montre comment la mémoire du SARS, la confiance institutionnelle et la mobilisation citoyenne ont permis une réponse rapide et efficace.
Gwennaël Gaffric explore, lui, la littérature taïwanaise contemporaine à travers la métaphore du tremblement, qui renvoie à la fois aux séismes géologiques et aux secousses d’une société plurielle.
Corrado Neri analyse l’essor des technologies immersives (XR) à Taïwan, présentées comme un laboratoire de modernité culturelle. L’île y apparaît comme un terrain d’expérimentation où se croisent innovation technologique et création artistique.
Dans sa conclusion, le coordinateur du dossier propose une réflexion stimulante : Taïwan serait un miroir pour l’Europe, révélant ses hésitations stratégiques, ses fragilités démocratiques et son rapport ambivalent à la puissance.
De tout cela, il est question dans ce numéro d’Idées.
Comme souvent dans Esprit, le dossier Taïwan est accompagné d’articles variés, sur le concept de civilisation par exemple, ou l’affaire Epstein et la question de la transparence, ou bien encore sur Sarte le « mal aimé ».
Sans oublier, bien sûr, l’éditorial consacré cette fois à l’information sur la guerre intitulé : « Trop d’images, pas assez d’information ».
Anne-Lorraine Bujon y revient au cours de ce nouveau numéro d’Idées, le magazine qui interroge ceux qui pensent le monde.
Programmation musicale :
- Recite - Lim Giong
- San Min Chu-i - Hymne de Taïwan (République de Chine)
- Where I’m from - Dungi Sapor, Tjaka
- A pure person - Jieh
- A pure person (BO du film Millenium Mambo) - Lim Giong
- Intro - Dungi Sapor.
La Commune, guerre civile française selon l’historien Michel Winock
2026/04/12
Cette semaine, Pierre-Edouard Deldique consacre un numéro d’Idées à « La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) pour reprendre le titre du dernier livre en date de Michel Winock, son invité.
Pourquoi ce choix ? Parce que cet épisode de l’histoire de France revient très souvent dans le débat d’idées car symbole de la division (certains diraient chronique) de ce peuple.
L’historien, spécialiste de la vie politique française, choisit de raconter la Commune à travers une journée fondatrice : le 18 mars 1871, au cours de laquelle les Parisiens se sont soulevés et où la fracture entre la capitale d’une part et le gouvernement réfugié à Versailles, d’autre part, est devenue béante.
Au micro, avec un don de conteur, Michel Winock raconte une France traumatisée ; défaite contre la Prusse, chute du Second Empire et siège éprouvant de Paris ont laissé un pays exsangue. Dans la capitale, la population, affamée et politisée, refusa la politique de conciliation menée par Adolphe Thiers.
L’auteur montre comment cette situation explosive rendait inévitable l’affrontement entre un gouvernement soucieux de restaurer l’ordre et une ville qui se vivait comme le dernier bastion de la République.
Le cœur du livre – publié logiquement dans la fort ancienne collection « Les journées qui ont fait la France » - repose sur la description minutieuse de cette journée décisive, lorsque Thiers ordonna la récupération des canons de la Garde nationale installés à Montmartre, quand l’opération tourna au fiasco. Les soldats fraternisèrent alors avec la foule, deux généraux furent exécutés, et le gouvernement s’enfuit à Versailles.
Dans sa conversation avec Pierre-Edouard Deldique, l’historien restitue l’atmosphère électrique de ces heures où tout semblait possible. C’est dans le chaos que naquît la Commune de Paris, un pouvoir insurrectionnel partisan d’une démocratie directe, sociale et populaire, un pouvoir divisé, jacobins contre les fédéralistes, socialistes versus anarchistes par exemple.
Ces tensions ont affaibli la capacité de la Commune à résister à l’État représenté à Versailles et ces divisions résonnent encore aujourd’hui. Michel Winock souligne en effet que cet éclatement préfigurait les fractures durables de la gauche française, encore perceptibles aujourd’hui.
Les derniers chapitres du livre sont consacrés à la « Semaine sanglante » de mai 1871, lorsque les troupes versaillaises reprirent Paris, quartier par quartier, des jours de répression décrits avec sobriété, la violence extrême de la répression : exécutions sommaires, combats de rue, incendies, milliers de morts.
Il rappelle que cette répression constitue l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire contemporaine française. Elle laisse une cicatrice durable dans ce que l’on a coutume d’appeler la mémoire collective.
Au micro de l’émission, et dans son livre, l’historien s’intéresse de près au rôle des femmes durant ces jours de fièvre, et pas seulement la plus célèbre aujourd’hui, Louise Michel (font une biographie engagée, écrite par Edith Thomas est publiée chez Gallimard).
Livre d’histoire, l’ouvrage de Michel Winock s’avère aussi un ouvrage de réflexion politique. L’auteur interroge en effet ce que la Commune dit de la France, ses divisions, sa culture politique marquée par la radicalité et la méfiance envers le pouvoir central. Il montre aussi comment la Commune est devenue un mythe en quelque sorte, célébré par certains, honni par d’autres, et toujours présent dans les débats contemporains.
Comme le recommande Franz-Olivier Giesbert, dans son éditorial du « Point » (9 avril) : « Lisez et faites lire la Commune de Michel Winock pour y apprendre tout ce dont nous sommes capables et pour tout faire afin que ne soit pas rajouté un jour, par notre faute collective, un nouvel affrontement au grand fleuve sanglant qui traverse nos siècles d’une tuerie de masse l’autre ».
Programmation musicale :
- Le Temps Des Cerises (auteur Jean-Baptiste Clément ; compositeur : Antoine Renard) - Giovanni Mirabassi
- Le Temps Des Cerises - Pascal Comelade
- Le Temps Des Cerises - Yves Montand.
La démocratie est impossible selon Pascal Boyer
2026/04/05
C’est un constat un tantinet inquiétant que formule au micro de Pierre-Edouard Deldique, dans le magazine IDÉES ce dimanche, Pascal Boyer, anthropologue, expert en anthropologie cognitive, une spécialité qu’il nous explique dans l’émission.
Dans son dernier livre en date, L’impossible démocratie chez Robert Laffont, Pascal Boyer poursuit son exploration de l’anthropologie cognitive en l’appliquant cette fois au domaine politique.
Son hypothèse est simple, voire dérangeante : la démocratie moderne repose sur des attentes psychologiques qui ne correspondent en rien ou presque à notre architecture cognitive héritée de l’évolution humaine.
Au fil des pages, l’auteur, professeur aux États-Unis, propose ainsi une relecture des crises contemporaines — polarisation, populisme, défiance — à partir de mécanismes mentaux profondément enracinés.
Selon lui, il existe un fossé entre nos institutions démocratiques, les constitutions par exemple, et leurs pratiques, et nos intuitions.
Au micro de l’émission, fort de ses recherches en Afrique notamment, Pascal Boyer estime que pour être efficientes, les démocraties libérales supposent par exemple des citoyens capables de raisonner de manière abstraite, d’accepter le compromis, de tolérer l’incertitude, de reconnaître la légitimité d’adversaires politiques.
Or, selon notre expert, ces dispositions sont contre-intuitives.
Nos intuitions politiques, façonnées dans des sociétés de petite taille, favorisent, elles, la cohésion du groupe, la méfiance envers l’étranger, la sacralisation de certaines valeurs, la recherche de leaders protecteurs en période de menace.
En clair, la démocratie exigerait de nous des comportements que notre évolution n’a pas retenus. C’est un type de régime exigeant, fragile, qui demande aux individus de dépasser des intuitions profondément ancrées.
Qu’on se le dise: la démocratie ne va pas de soi, elle exige des efforts permanents, d’où sa fragilité. Comme le notait Cornelius Castoriadis, reprenant Thucydide, « il faut choisir, se reposer ou être libre ».
► Pascal Boyer, L’impossible démocratie (Flammarion)
Programmation musicale :
- Patti Smith - People Have The Power
- Tracy Chapman - Talkin' Bout A Revolution
- Jamiroquai - When You Gonna Learn.
La revue Esprit et «les nouveaux territoires des drogues»
2026/03/29
Comme chaque mois, Pierre-Édouard Deldique consacre un numéro d’IDÉES au dossier de la revue ESPRIT, partenaire de l’émission. Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, est son invitée, ainsi que Marie-Jauffret Roustide qui propose avec Jean-Marxence Granier, un dossier complet sur les questions du narcotrafic et de la dépendance aux drogues.
Un dossier qui va au-delà de la nécessaire répression du trafic. Elle ne suffit pas, dit au micro Marie Jauffret-Roustide. Cette approche ne protège pas la société et fragilise les usagers, tout en empêchant d’imaginer des politiques publiques cohérentes.
Comme le veut la revue, le dossier se distingue par une pluralité de voix : chercheurs, acteurs de terrain, responsables associatifs, élus, usagers, qui permet de saisir la complexité d’un phénomène qui concerne rien de moins que la santé publique, la sécurité, l’économie informelle, les politiques urbaines et les trajectoires individuelles.
Comme le note Anne-Lorraine, dans l’émission, le dossier est ouvert sur le monde. Il parle de « l’impérialisme étatsunien » et de son usage politique du thème des drogues ou bien de l’Afghanistan et les recompositions géopolitiques autour de l’opium.
Cette dimension internationale rappelle que les politiques nationales ne peuvent être pensées isolément. L’un des apports majeurs du numéro est la comparaison européenne, qui met en lumière des modèles alternatifs au Portugal souvent cité par Marie Jauffret-Roustide, ou du pragmatisme suisse.
Outre ce dossier riche, on notera aussi que ce numéro de la revue Esprit consacre son éditorial à la situation politique française marquée, selon elle, par « un attentisme irresponsable » ou bien encore, parmi beaucoup d’autres, un article sur le paradoxe du « wokisme » qui, voulant défendre les minorités, peut parfois les fragiliser.
Le site de la revue.
Programmation musicale
- Neil Young - Needle And The Damage Done
- Mariane Faithfull - Sister Morphine
- U2 - Running To Stand Still.
Catherine Van Offelen : la prudence n’est pas ce que vous croyez
2026/03/22
Entre la fuite en avant et le principe de précaution, notre invitée, érudite, Catherine Van Offelen propose une voie médiane, subtile et audacieuse : celle de la phronesis, cette prudence antique qui n’a rien de timorée. (Rediffusion du 7 septembre 2025)
Dans son essai Risquer la prudence, elle exhume une vertu oubliée, à la fois pratique et courageuse, capable de guider l’action humaine dans l’incertitude.
Catherine Van Offelen en parle avec une précision rare dans ce nouveau numéro d’Idées au micro de Pierre-Édouard Deldique.
Contrairement à l’idée moderne de prudence – souvent associée à l’immobilisme ou à la peur du risque – cette jeune intellectuelle nous rappelle que la phronesis aristotélicienne est une forme de sagesse active. Elle ne consiste pas à éviter le danger, mais à l’évaluer avec justesse, à décider malgré l’ambiguïté, et à agir avec discernement. C’est une prudence qui ose, qui tranche.
L’auteure critique le règne du principe de précaution, devenu selon elle un dogme paralysant. Elle plaide pour une réhabilitation de la décision humaine, fondée sur l’expérience, le jugement et une forme de courage intellectuel.
Catherine Van Offelen, aux multiples références, puise dans les textes d’Aristote, mais aussi dans les traditions stoïcienne et chrétienne, pour montrer que la prudence n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle est la vertu du capitaine dans la tempête, du médecin face à l’incertitude, du citoyen dans un monde complexe.
Dans un style limpide et rigoureux, elle tisse des liens entre philosophie antique et enjeux contemporains : écologie, politique, éthique médicale, intelligence artificielle.
Partout, la phronesis apparaît comme une boussole précieuse.
Risquer la prudence est plus qu’un essai philosophique : c’est une invitation à penser autrement notre rapport au risque, à l’action et à la responsabilité. En réhabilitant cette vertu oubliée, Catherine Van Offelen nous offre une clé pour naviguer dans l’incertitude sans renoncer à agir.
Son enthousiasme est roboratif. Il nous invite à être prudent, mais pas trop…
► Catherine Van Offelen, Risquer la prudence – Une pratique de la sagesse antique (Gallimard)
Programmation musicale :
- Brad Mehldau – Dear Prudence
- Yves Jamait – Ah ! la Prudence
- Louis Sclavis – Aboard Ulysses's boat.
Quand Marcel Gauchet remonte aux origines des idéologies
2026/03/15
Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Édouard Deldique reçoit un des grands philosophes français dont le dernier ouvrage « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel et non plus Gallimard l’éditeur historique du penseur), s’inscrit dans la continuité de son travail sur la sortie de la religion et la genèse de la modernité politique.
Au fil des pages et au cours de l’émission, il nous propose une réflexion de longue durée sur les idéologies : leur apparition, leur fonction et leur transformation dans les sociétés démocratiques. Le grand et discret philosophe y voit un outil essentiel pour comprendre comment les démocraties se représentent elles-mêmes, comment elles se projettent dans l’avenir et comment elles affrontent leurs crises actuelles.
L’auteur retrace la généalogie des idéologies depuis le XVIIIè siècle, moment où les sociétés occidentales basculent d’un ordre fondé sur la tradition et la religion vers un monde où les individus doivent inventer leur avenir.
Avec une année de naissance précise : 1796. Il explique pourquoi dans le livre et l’émission.
Pour lui, les idéologies sont constitutives des démocraties modernes : elles ne masquent pas la réalité, elles la rendent intelligible. Elles permettent aux citoyens de se situer dans un monde où l’autorité ne vient plus d’en haut mais doit être construite collectivement.
D’évidence, même si les idéologies structurent la vie démocratique, leur pouvoir demeure énigmatique. Elles inspirent les grands mouvements d’opinion, organisent les clivages, mais elles évoluent, se transforment, se délitent parfois.
Marcel Gauchet montre comment leur succession depuis le XIXè siècle reflète les tensions internes des démocraties : entre liberté et égalité, individu et collectif, progrès et désenchantement.
L’essai s’inscrit dans un contexte où les démocraties semblent traversées par un pessimisme profond : montée des populismes, défiance envers les institutions, fragmentation idéologique. Les analyses de Gauchet résonnent avec ce climat : il montre que les démocraties peinent aujourd’hui à penser leur propre devenir, faute de cadres idéologiques suffisamment robustes pour orienter l’action collective.
Et il précise que les idéologies existeront toujours. Elles se transformeront mais elles persisteront.
Programmation musicale :
- Herbie Hancock - Maiden Voyage
- Nat King Cole - Night Lights
- Joe Pass - Django.
L’internet génère une pensée néoréactionnaire, selon Arnaud Miranda
2026/03/08
Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique, consacre un numéro d’IDÉES à la pensée néoréactionnaire aux États-Unis - influente parmi les acteurs de l’administration Trump - avec son invité, Arnaud Miranda, docteur en Théories politiques, auteur d’un essai à la fois éclairant et inquiétant intitulé « Les Lumières sombres, comprendre la pensée néoréactionnaires » publié chez Gallimard, dans une nouvelle collection, « La bibliothèque de géopolitique » avec la revue Le Grand Continent.
Il s’agit ici d’une plongée dans un des courants intellectuels les plus déroutants et influents de la droite radicale contemporaine. Son nom ? La « néoréaction ».
Ce courant constitue une contre‑culture structurée, née sur Internet dans les années 2010‑2020. Ses figures majeures, souvent anonymes ou dissimulées derrière des pseudonymes, développent une pensée mêlant références libertariennes, « technofuturiste », traditionalistes et anti‑égalitaires.
Arnaud Miranda nous propose une histoire numérique en quelque sorte des idées néoréactionnaires, en analysant textes, réseaux, modes de diffusion et stratégies de ces penseurs d’un genre nouveau.
Les idées néoréactionnaires, telles que les présente de façon très pédagogique, Arnaud Miranda dans le livre et au cours de l’émission, sont tranchées ; rejet de la démocratie jugée inefficace, corrompue et incapable de gérer la complexité du monde contemporain, promotion d’un modèle monarchique où l’État serait dirigé comme une entreprise, foi dans la technologie comme instrument de gouvernement et de contrôle social, vision étroite du progrès qui renverse l’héritage des Lumières au profit d’un rationalisme élitiste et autoritaire.
Arnaud Miranda qui, au micro de cette nouvelle édition d’IDÉES et dans les pages de son essai, sait parler clairement de choses complexes, montre que les catégories habituelles — populisme, extrême droite, conservatisme — ne suffisent pas à saisir la néoréaction.
Il propose donc une typologie renouvelée des droites contemporaines, attentive ô combien aux techniques numériques, bases de tout leur édifice idéologique, aux hybridations idéologiques et aux formes d’autorité propres à l’ère technologique.
Il s’agit d’une révolte élitiste contre la démocratie qui emprunte autant à la Silicon Valley qu’aux penseurs réactionnaires européens.
Une émission à écouter absolument car ce courant de pensée se propage un peu partout.
Programmation musicale
- Aaron Xeres - Two Shadows
- Labi Siffre - Cannock Chaze
- Chet Baker - The Thrill Is Gone.
Jean-Frédéric Schaub : l’histoire exige rigueur et modestie
2026/03/01
Dans Idées cette semaine, Pierre-Édouard Deldique vous propose une réflexion sur la place de l’histoire dans notre monde contemporain, avec son invité l’historien Jean‑Frédéric Schaub, auteur d’un essai pertinent intitulé : « Le passé ne s’invente pas » (Albin Michel). Au fil des pages, ce spécialiste de l’histoire des mondes ibériques s’arrête sur la manière dont les sociétés produisent et manipulent le passé.
Dans un contexte saturé de récits identitaires, de réécritures politiques et de « vérités alternatives », il interroge la fragilité de la vérité historique et la responsabilité des historiens face aux usages publics de l’histoire à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des « vérités alternatives ».
Il dénonce « le temps qui s’est laissé envahir par l’empire du faux et des faussaires ».
Dans son livre, et dans l’émission, Jean-Frédéric Schaub souligne à ceux qui l’auraient oublié, que l’histoire n’est pas un récit parmi d’autres, mais une discipline fondée sur des méthodes de vérification, de critique et de confrontation des sources. C’est une science.
L’historien n’est pas un romancier, mais un enquêteur même s’il se fait l’avocat de la littérature. Mais histoire et littérature ne se confondent pas même s’il existe une « littérature du réel » ou « littérature de non-fiction ». Il fustige également la tentation qu’ont certains historiens de se raconter eux-mêmes. Il n’a aucune attirance pour « l’ego histoire ».
Notre invité insiste sur la dimension épistémologique du travail historique : la vérité historique n’est jamais absolue, mais elle est le résultat d’un protocole rigoureux. Selon lui, c’est cette rigueur qui distingue l’histoire de la propagande, de la mémoire ou du « roman national ».
Jean-Frédéric Schaub ne nie pas l’importance de la « mémoire collective » entretenue par un État (le Panthéon en France) mais il rappelle que la mémoire n’est pas l’histoire. La première est sélective, affective, orientée ; la seconde est critique, argumentative, ouverte à la révision.
Jean‑Frédéric Schaub signe ici un livre combatif. « Le passé ne s’invente pas » rappelle que l’histoire n’est pas un réservoir de mythes mobilisables à volonté, mais une discipline exigeante qui repose sur la critique, la preuve, la confrontation des interprétations, et la maîtrise des langues pour aller au plus profond des archives et de la compréhension des peuples colonisés notamment.
Dans un moment où les récits identitaires prolifèrent, où la désinformation brouille les repères, où la mémoire supplante parfois la connaissance, l’invité d’IDÉES ce dimanche propose une boussole intellectuelle : défendre la vérité historique comme bien commun. Sur la bandeau rouge qui entoure la couverture de cet ouvrage, on lit : « Contre les réécritures de l’histoire ».
Au fond, défendre l’histoire, c’est défendre la démocratie.
Programmation musicale :
- Jamiroquai - Virtual Insanity
- Mehldau Brad / Blade Brian / McBride Christian / Redman Joshua - Past In The Present
- Duke Ellington / John Coltrane - In a Sentimental Mood.
Avec Alain Duhamel, soixante ans de vie politique française nous contemplent
2026/02/22
Dans IDÉES, cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit le vétéran du journalisme politique, Alain Duhamel, pour un conversation vivante émaillée d’anecdotes.
Avec son dernier livre en date « Les Politiques. Portraits et croquis », Alain Duhamel, un observateur exigeant, toujours aussi présent à la télévision, comme il le fut dans les décennies précédentes, se nourrit de plus de cinquante ans d’analyse du pouvoir afin de brosser le portrait de figures d’hier et d’aujourd’hui qui façonnent la vie politique française.
Il faut le voir en parler, l’œil vif et pétillant avec une gourmandise que le temps n’a pas altérée.
L’ouvrage rassemble environ soixante personnalités, de Marine Le Pen à Gabriel Attal, de Gérald Darmanin à Jordan Bardella, mais aussi des acteurs plus institutionnels comme François Bayrou ou Sébastien Lecornu.
Le journaliste, homme de culture, qui a la mémoire longue, convoque également de grandes figures de la Vè République — Raymond Barre, Michel Debré, Simone Veil, Robert Badinter, Alain Peyrefitte — afin de mettre en perspective les ressorts du pouvoir actuel. Cette articulation entre hier et aujourd’hui constitue l’un des intérêts de l’ouvrage.
Les portraits incisifs, parfois vachards, ne sont jamais dénués d’humanisme, un mot-clé pour comprendre le regard d’Alain Duhamel sur les acteurs de la « comédie du pouvoir » chère à Françoise Giroud. Cet esprit vif croque ses sujets avec une causticité élégante, cherchant moins à régler des comptes qu’à dévoiler les mécanismes, les contradictions et les tempéraments qui façonnent les politiques qui, doit-on le souligner, sont avant tout des êtres humains. Alain Duhamel s’attache donc à révéler ce qui se cache derrière les postures médiatiques, les discours convenus ou les stratégies de communication.
La publication du livre s’inscrit, on le sait, dans un moment de forte défiance envers les institutions, Alain Duhamel l’évoque dans l’émission, à l’occasion de la dernière étude du CEVIPOF, le Centre d’étude de la vie politique de Sciences Po, qui met en relief ce que l’on pourrait appeler une aversion des Français pour la politique et le personnel politique. « Dans les temps aussi troublés qu’actuellement, les politiques ressemblent plus à des boucs émissaires qu’à des uniques coupables », écrit-il dans l’introduction du livre.
Alain Duhamel apparaît comme un observateur dont la longévité lui permet de comparer les générations politiques, d’identifier les permanences ou les ruptures, de replacer les trajectoires individuelles dans une histoire longue ; « avec toute la liberté d’une longue expérience qui s’achève ».
« Les politiques. Portraits et croquis », publié aux Éditions de l’Observatoire.
Programmation musicale
- Zela Margossian Quintet - Forecast
- Red Garland - Long Ago and Far Away
- Ryo Fukui - I Want to Talk About You.
«Le mystère Malraux» vu par La Revue Des Deux Mondes
2026/02/15
À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition d’André Malraux (1901‑1976), La Revue des Deux Mondes consacre son numéro de février à celui qui fut à la fois aventurier, écrivain, ministre, théoricien de l’art, combattant, voyageur — un homme de gestes et de visions. Son titre : « Mystérieux Malraux ». À cette occasion, Pierre-Édouard Deldique invite Aurélie Julia, sa directrice. Ensemble, ils tentent de percer ce mystère Malraux.
L’ambition du dossier est claire : voir Malraux au-delà des clichés, en éclairant ses contradictions, ses excès, ses fidélités et ses métamorphoses
Le numéro met en avant l’homme d’action et de métamorphose. Malraux apparaît comme un être mû par une volonté farouche de se soustraire à sa condition initiale. Le dossier insiste sur son refus du réel, son goût pour la grandeur, et sa conviction que l’action et l’art permettent de se transformer.
Le dossier évoque aussi la relation de Malraux avec De Gaulle. Elle est décrite comme une communion intellectuelle et spirituelle, parfois qualifiée de « coït intellectuel » par Jean Casso. Cette complicité nourrit une vision partagée de la France, de la culture et du destin historique. Jean-Michel Djian y consacre un article complet.
Ce numéro souligne que Malraux n’est pas seulement le ministre flamboyant du gaullisme culturel, l’auteur de « La Condition humaine », ni seulement l’aventurier romanesque des années 1920. Il est présenté comme un homme d’unité intérieure, dont l’œuvre et la vie sont traversées par une question existentielle : comment donner forme à la liberté dans un monde tragique.
De tout cela, Aurélie Julia parle au micro d’IDÉES avec l’appui des archives sonores où la voix du Malraux intime, mais aussi celle de l’orateur, ne peut que frapper.
Musiques diffusées pendant l'émission :
Madeleine Malraux - Piano Sonata No. 1: Interludium: Adagio ma non troppo Rolando Alarcon - El quinto regimiento Michael Galasso - Itmfl ii.
Anne-Lorraine Bujon et Esprit: penser avec Fanon
2026/02/08
Nouveau rendez-vous avec la revue ESPRIT dans ce numéro. Pierre-Édouard Deldique reçoit en effet Anne-Lorraine Bujon, sa directrice pour parler du numéro de janvier-février de la revue partenaire de l’émission et, notamment, du dossier intitulé « Penser avec Frantz Fanon » un peu plus de cent ans après la naissance de ce penseur dans l’action.
Coordonné par la philosophe Magali Bessone, il interroge la puissance toujours actuelle d’une œuvre née dans un contexte historique singulier et pourtant capable d’éclairer les impasses politiques, sociales et psychiques du présent.
Figure majeure de la pensée anticoloniale, psychiatre, théoricien de la violence, analyste des mécanismes d’aliénation et de déshumanisation, Frantz Fanon nous interpelle toujours.
Fait important : il est l’auteur d’articles publiés dans ESPRIT au début des années 50.
Au fil des contributions, la revue nous explique pourquoi l’œuvre de ce médecin, intellectuel engagé dans la lutte pour l’indépendance algérienne auprès du FLN – continue de résonner dans un monde où les formes de domination persistent.
Loin d’être un penseur figé dans les années 1950‑60, Frantz Fanon nous offre encore des outils conceptuels pour penser la persistance des hiérarchies raciales dans les sociétés contemporaines, les nouvelles formes de dépossession liées à la mondialisation néolibérale, la crise des subjectivités, entre violence intériorisée et quête de reconnaissance, la question de la désaliénation, horizon politique et anthropologique que Fanon n’a cessé de reformuler.
Plusieurs articles soulignent que Fanon nous offre un regard neuf pour comprendre la longue liste des crises actuelles : violences policières et institutionnelles, qui réactivent la question des « corps racialisés » ; migrations et les frontières, où se rejouent des logiques de tri et de déshumanisation, fractures géopolitiques, montée des nationalismes, qui renoue avec des imaginaires d’exclusion.
Le dossier ne se contente pas d’actualiser Fanon : il interroge aussi les limites de son héritage, notamment sa conception de la violence libératrice ou sa vision parfois homogénéisante du « peuple ».
Au micro d’Idées, Anne-Lorraine Bujon revient aussi sur l’influence de Sartre sur cet intellectuel mort trop jeune et réciproquement.
Ce numéro d’Esprit montre que penser avec Fanon, ce n’est ni répéter ses concepts ni sacraliser son héritage. C’est réactiver une pensée de la désaliénation, attentive aux corps, aux institutions, aux violences visibles et invisibles.
Musiques diffusées pendant l'émission
Jacques Coursil - Paroles Nues M'Baye Meissa - Thiaroye Jacques Coursil - Frantz Fanon 1952.
À Conakry, Elara Bertho revient sur l’utopie panafricaine
2026/02/01
Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit l’historienne, spécialiste de l’Afrique, Elara Bertho qui nous propose un nouveau livre, publié aux CNRS Éditions. Son titre ? : « Conakry, une utopie panafricaine ». L’ouvrage, au cœur de notre conversation, est une contribution majeure à l’histoire intellectuelle et politique de l’Afrique postcoloniale.
À travers une enquête sensible et rigoureuse, l’auteure explore la manière dont la Guinée de Sékou Touré, après l’indépendance fracassante de 1958 joua la carte du panafricanisme, en particulier sa capitale, Conakry qui fut entre les années 1950 et 1970, un lieu où se cristallisèrent espoirs révolutionnaires, solidarités transnationales et rêves d’émancipation.
Au micro, et dans son livre, Elara Bertho ne se contente pas de retracer une histoire institutionnelle du panafricanisme, elle s’intéresse à la ville considérée comme scène où se développent les circulations d’idées, les rencontres entre militants, artistes, intellectuels, et les tensions entre projet révolutionnaire et réalités politiques. Elle en parle avec passion.
Conakry apparaît ainsi comme un carrefour géopolitique, accueillant exilés, leaders indépendantistes, mouvements de libération, un foyer culturel, où se croisent écrivains, musiciens, cinéastes, journaliste, un espace de projection utopique, pensé comme capitale d’une Afrique émancipée et unie.
Cette approche sensible renouvelle l’histoire du panafricanisme, souvent racontée de façon froide, désincarnée, à travers ses grandes figures ou ses institutions. Elle se nourrit d’une multitude de documents : archives privées guinéennes, correspondances, journaux, tracts, discours, récits de vie, témoignages, mémoires, œuvres littéraires et artistiques, ces matériaux hétérogènes permettent de saisir l’épaisseur affective et imaginaire du projet panafricain : ses enthousiasmes, ses contradictions, ses désillusions aussi.
L’ouvrage insiste sur la dimension utopique du panafricanisme guinéen : non pas un rêve abstrait, mais une utopie en actes, portée par des politiques culturelles, des alliances diplomatiques, des réseaux militants. La Guinée accueille alors des mouvements de libération lusophones, des intellectuels noirs américains, des artistes africains. Cette hospitalité devient un geste politique fondateur.
Conakry devint un centre de production culturelle panafricaine avant de sombrer dans l’horreur de la dictature symbolisée par le sinistre camp Boiro.
Elara Bertho ne masque d’ailleurs pas les contradictions, autoritarisme croissant du régime, surveillance politique, décalage entre discours révolutionnaire imposés aux Guinéens et la réalité.
L’un des aspects les plus originaux du livre est l’attention portée aux émotions: enthousiasme, fraternité, espoir, mais aussi peur, fatigue, désenchantement.
On y retrouve notamment Miriam Makeba et Stokely Carmichael, le couple mythique qui vint s’installer à Conakry en 1968 et fut jusqu’au bout un soutien à Sékou-Touré. (Lire aussi le livre que l’auteure lui a consacré : « Un couple panafricain », éditions Rot.Bo.Krik)
Cette dimension affective permet de comprendre comment une utopie se construit, se vit, puis parfois se fissure.
En articulant histoire politique, anthropologie des imaginaires et géographie urbaine, Bertho propose une lecture profondément renouvelée du panafricanisme.
« Conakry, une utopie panafricaine », CNRS Éditions, 2025.
Musiques diffusées pendant l'émission
Sory Kandia Kouyaté - Djoliba Ensemble instrumental de la Radiodiffusion nationale - Victoire à la Révolution Miriam Makeba - Maobe Guinée.
Camille Lefebvre et Ari Awagana, sur la piste d’un savant au Borno
2026/01/25
Dans IDÉES, Pierre-Édouard Deldique s’attarde ce dimanche (25 janvier 2026) sur un livre remarquable dans lequel deux jeunes chercheurs, l’historienne, spécialiste de l’Afrique Camille Lefebvre et le linguiste Ari Awagana, rendent hommage à un savant africain.
Il s’agit de la première édition critique complète de l’œuvre en kanouri d’al‑Hajj Musa ibn Hissein, un lettré musulman originaire du Borno, région historique située entre l’actuel Niger et le Nigeria.
Le corpus de textes présenté est le fruit d’une rencontre singulière : celle d’al‑Hajj Musa et du linguiste allemand Rudolf Prietze, au Caire, au début du XXè siècle. Leur collaboration, entamée en 1904 à la mosquée al‑Azhar, s’étend sur une dizaine d’années et produit des centaines de pages de textes en kanouri et en haoussa.
L’ouvrage rassemble un ensemble de documents d’une richesse rare, transmis oralement ou rédigés par al‑Hajj Musa.
Il s’agit de contes populaires du Borno du XIXè siècle, chansons et proverbes, textes religieux et savants notamment.
Ces textes témoignent d’une culture intellectuelle vivante, où se mêlent traditions populaires, érudition islamique, influences haoussa et kanouri, et pratiques de composition translinguistiques caractéristiques du Sahel précolonial.
Au micro de Pierre-Édouard Deldique, les deux auteurs nous proposent une lecture d’extraits de ces documents.
L’un des apports essentiels du livre est de montrer que, malgré l’intervention d’un savant européen, la culture sahélienne — ses manières de penser, de raconter, de structurer le savoir — demeure pleinement perceptible dans les textes.
Avec ses 502 pages publiées aux édition Brill, l’ouvrage constitue désormais une référence incontournable pour les historiens du Sahel.
Retrouvez le contenu intégral du livre de nos deux invités en cliquant sur ce lien.
Musiques diffusées :
Anthologie de la musique africaine (Musique du Kanem) enregistrements 1963 : Monique Brandily - Solo de clarinette/Groupes de tambours Mamane Barka - Malloumi / Mashi.
Rencontre avec deux historiens, Éric Anceau et Olivier Grenouilleau
2026/01/18
Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit deux historiens, Éric Anceau et Olivier Grenouilleau. Le premier propose une « Nouvelle histoire de France » chez Passés composés, le second un nouvelle collection baptisée « La bibliothèque à remonter le temps », aux éditions du Cerf. Éric Anceau, spécialiste reconnu du XIXè siècle, coordonne dans ce volume une centaine d’historiens, sociologues, juristes, économistes, philosophes et historiens de l’art.
L’ambition est claire : proposer une histoire de la France entièrement renouvelée et mettre fin aux querelles idéologiques qui instrumentalisent le passé.
Le livre de plus de 1.000 pages couvre l’ensemble de l’histoire du pays, des origines à nos jours. Chaque période est confiée à un spécialiste, ce qui garantit une grande précision scientifique.
Cette pluralité de regards permet de désenclaver le récit national, en l’inscrivant dans des contextes européens et mondiaux.
Le projet vise donc à réaffirmer la légitimité du travail historien face aux récits militants, éviter les simplifications (ni roman national, ni repentance systématique), proposer un récit nuancé, attentif aux zones d’ombre comme aux réussites.
De son côté, Olivier Grenouilleau, membre de l’Institut de France, auteur d’une œuvre récompensée par de nombreux prix, plusieurs fois invité dans IDÉES, veut proposer des synthèses accessibles au plus grand nombre.
« La Bibliothèque à remonter le temps » s’adresse à tous. « Que vous soyez adolescent, adulte ou tout simplement citoyen, découvrez l’Histoire comme vous ne l’avez jamais vue », écrit-il avec enthousiasme.
Il est vrai que chacun des ouvrages de la collection, une centaine de pages richement illustrées, nous permette de connaître un aspect de l’histoire et pas seulement de la France.
Olivier Grenouilleau, lui, nous propose une histoire de la Révolution française. Impossible de ne pas la comprendre, dans toute sa complexité, après les lectures de sa centaine de pages écrites avec clarté et précision.
Dans les deux cas, les invités d’IDÉES nous proposent une histoire passionnante et dépassionnée.
Programmation musicale :
Ikiru - Sévère Réprimande (Compositeur : Erik Satie) Baptiste Herbin, Vincent Durupt - Manhattan Sonate – Financial District (Compositeur : Olivier Calmel).
George Orwell, l’intemporel
2026/01/11
Le numéro de décembre-janvier de La Revue des Deux Mondes consacre son dossier à George Orwell, figure majeure de la pensée, dont l’œuvre continue de résonner avec acuité dans notre monde contemporain.
Sous le titre « Orwell, l’intemporel », la Revue propose en effet un ensemble d’articles qui explorent la puissance prophétique de l’auteur de 1984 et La Ferme des animaux, mais aussi la complexité d’un écrivain trop souvent réduit à ses dystopies.
Aurélie Julia, la passionnante directrice de la revue, est l’invitée de Pierre-Édouard Deldique, dans ce nouveau numéro du magazine IDÉES. Dans l’éditorial, elle pose une question qui traverse tout le numéro : « Aurions-nous dépassé en 2025 les sombres prédictions de l’écrivain britannique ? ». L’interrogation mérite en effet d’être soulevée. Face à l’essor des pouvoirs autoritaires, à la montée de la surveillance numérique, à l’appauvrissement de la langue, à la prolifération de la post-vérité ou encore aux promesses ambiguës du transhumanisme, Orwell apparaît comme un compagnon de route indispensable pour penser les dérives de nos sociétés.
La revue rappelle que la force d’Orwell tient à la cohérence entre sa vie et son œuvre : immersion parmi les plus pauvres, engagement dans la guerre d’Espagne, observation minutieuse des mécanismes de domination. Cette expérience du réel nourrit une lucidité qui, aujourd’hui encore, éclaire nos inquiétudes.
À lire aussiCannes 2025: Raoul Peck s'intéresse à la lucidité très contemporaine de George Orwell
Comme à chaque fois, le numéro rassemble des contributions variées, qui dessinent un portrait pluriel de l’écrivain. L’ensemble compose un dossier dense qui mêle littérature, réflexion politique et analyse sociétale. Orwell n’y est pas figé dans une posture de prophète, mais il est présenté comme un penseur du réel, dont la lucidité dérange autant qu’elle éclaire. La revue insiste sur un point essentiel : si Orwell demeure si actuel, ce n’est pas parce qu’il aurait « prédit » notre monde, mais parce qu’il a compris les mécanismes universels du pouvoir, de la manipulation et de la servitude volontaire.
En rassemblant des voix diverses, La Revue des Deux Mondes propose un numéro qui invite à relire Orwell dont les textes continuent de nous mettre en garde contre les dérives de notre temps. Ce dossier offre ainsi une porte d’entrée stimulante pour quiconque souhaite comprendre pourquoi, près de 75 ans après sa mort, Orwell demeure l’un des penseurs les plus nécessaires pour affronter les défis du XXIᵉ siècle. La Revue des deux mondes, décembre 2025 – janvier 2026.
À écouter aussi :Philippe Jaworski, éditeur d'une sélection d'oeuvres de George Orwell
► Les références musicales :
Superpoze Statues Eurythmics Doubleplusgood (Bande originale du film 1984) Eurythmics Winston's Diary (Bande originale du film 1984) Calvin Russell Big Brother
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