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Reportage international

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Rating
★★★★★
5
from
2 reviews
Categories
Country
United States
This podcast has
27 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/02/04
Average duration
3 min.
Release period
1 days

Description

Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

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En Irlande, des technologies de pointe pour former les joueurs de rugby de demain
2026/02/04
À l’approche du Tournoi des Six Nations — dont le premier choc verra la France affronter l’Irlande ce jeudi 5 février — cap sur le pays du trèfle ! En Irlande, le rugby scolaire n’est pas pris à la légère : c’est là-bas que se forment les talents qui feront le rugby irlandais de demain. Et aujourd’hui, dans les meilleures écoles du pays, tout repose sur des technologies de pointe. Entre capteurs high-tech et protège-dents intelligents, immersion au Wesley College de Dublin. De notre correspondante à Dublin, Sur les 900 élèves du Wesley College, dans le sud de Dublin, 400 vivent chaque jour au rythme du ballon ovale. Pour aller plus loin, l’école a misé sur la technologie : chaque mouvement de ces jeunes athlètes est analysé à l’aide de capteurs connectés à une application, des capteurs accrochés aux pieds, par exemple, pour mesurer la hauteur d’un saut, ainsi que des capteurs sur toutes les barres de musculation. « Si je mets plus de 0,7 seconde à soulever la barre, la charge est trop légère, explique Rich Andreucetti, le préparateur physique de l’école. À l'inverse, en dessous de 0,3 seconde, c’est trop lourd. Par exemple, je vais mettre 50 kg et faire trois répétitions. Pendant que je pousse, je vois : 0,72 seconde ; en rouge, je suis trop lent ! 0,55 seconde, parfait, ça passe au vert ! Maintenant, il faut que je reste dans cette zone tout l’entraînement. » Comme un feu tricolore : vert, orange ou rouge donc, les résultats s’affichent en direct sur des iPads. Thibault Campbell, 17 ans, regarde l’écran attentivement : « Évidemment, tout le monde veut être en tête du classement ! Du coup, tu te retrouves à te mesurer à tes coéquipiers, ça motive à travailler plus dur, s'amuse le jeune sportif. Avant, sans ça, chacun faisait son entraînement dans son coin. Maintenant, c’est plus fun, plus compétitif, et on cherche vraiment à se dépasser les uns les autres. » Depuis la mise en place de ces équipements high-tech, les élèves s’impliquent davantage, selon Craig Ronaldson, directeur du rugby au Wesley College. « C’est la génération TikTok, s'exclame-t-il. Nos adolescents ont parfois du mal à rester attentifs, on le constate par exemple dans l’analyse vidéo de leur jeu : plutôt que de leur faire revoir de longues séquences vidéo, on privilégie désormais des formats courts, dix secondes ici, trente secondes là… Et ils adorent ces gadgets. D’ailleurs, ils les maîtrisent mieux que nous ! » À lire aussiJO 2024: «Avec la technologie, Usain Bolt aurait certainement fait moins de 9''58 au 100m»  La prévention des lésions cérébrales L’école fait aussi partie des tout premiers établissements d’Irlande à participer à une étude sur l’efficacité des protections à la tête dans la prévention des lésions cérébrales. C'est un enjeu majeur dans le rugby aujourd’hui. Ainsi, à chaque entraînement et à chaque match, les joueurs portent des protège-dents sur mesure avec des puces électroniques intégrées. « Ça enregistre toutes tes collisions et à quel point elles sont violentes », explique Thibault, troisième ligne. Si le jeune homme est assez exposé aux chocs, il se dit désormais plus serein : « Du coup, grâce au protège-dents, on peut détecter immédiatement si tu as pris un choc et te faire soigner avant que ça ne s’aggrave. Je trouve ça vraiment rassurant. » Cet entraînement d’élite au Wesley College n'est pas pour toutes les bourses : l’école facture 8 000 euros pour les externes. Pour les internes, c'est plus de 18 000 euros l’année. À lire aussiAprès une commotion cérébrale, «le repos est fondamental pendant 48 heures» 
En Haïti, la «ville-refuge» de Cap-Haïtien est saturée
2026/02/03
Ces dernières années, la deuxième ville d'Haïti, Cap-Haïtien, a vu sa population augmenter de près de 30 %. La raison : l’arrivée massive de personnes déplacées qui ont fui les violences des gangs à Port-au-Prince et dans d’autres régions. Ces familles sont contraintes de tout recommencer, dans une ville qui n’a pourtant ni les moyens, ni les infrastructures pour les accueillir. De nos envoyés spéciaux à Cap-Haïtien, Franz, chauffeur de minibus, s’apprête à prendre la route vers Port-au-Prince depuis la gare routière de Cap-Haïtien. À bord : quelques passagers, de la marchandise… et beaucoup d’inquiétude. Car pendant les huit heures de trajet, les dangers sont nombreux. « Il n’y a aucune sécurité. Avant même d’arriver au soi-disant péage, des membres de gangs pointent leurs armes sur nous pour nous forcer à ralentir et à payer, s'inquiète Franz. Donc, non, on ne peut pas parler de sécurité. » Et cette insécurité permanente a fait exploser le coût du transport. Il y a cinq ans, un billet Cap-Haïtien – Port-au-Prince coûtait 2 500 gourdes, environ 19 dollars. Aujourd’hui, il faut compter 6 000 gourdes, soit plus du double. Et près de la moitié de cette somme sert à payer les différents groupes armés qui bloquent les routes et l’accès à Port-au-Prince.  À lire dans le Journal d'Haïti et des Amériques En Haïti, la fin du TPS inquiète les familles des ressortissants installés aux États-Unis « Les gangs de Mirebalais m’ont forcé à repartir de zéro » Ce sont ces gangs qui ont obligé Franz à quitter sa maison, à Mirebalais, dans le centre du pays. Il y a neuf mois, il est venu à Cap-Haïtien, avec sa femme et ses enfants. « Avant, j’avais mon appartement, j’avais mon entreprise, regrette Franz. Aujourd’hui, on est six à vivre dans une seule pièce. Les gangs de Mirebalais m’ont forcé à repartir de zéro. » Comme Franz, Saradjine Darius a elle aussi fui la violence. L’an dernier, la jeune fille de 22 ans a quitté Port-au-Prince avec sa famille pour venir s’installer à Cap-Haïtien. « Un soir, tout le monde dormait, un voisin est venu frapper à la porte, témoigne-t-elle. Il passait de maison en maison pour prévenir que des bandits avaient envahi la zone. On a réveillé les enfants en pleine nuit, pris quelques affaires et on est partis. » Le défi de la gestion des déchets L’arrivée massive de personnes déplacées depuis deux ans représente un défi immense pour Cap-Haïtien. Alors que la ville croulait déjà sous les déchets, leur volume a doublé en deux ans. « Là, maintenant, avec la surpopulation, on a des constructions anarchiques partout, explique la mairesse Angeline Bell. Il y a aussi les constructions sur les ravines, les constructions dans les montagnes et donc, à cause de cela, quand il pleut, tous les débris, peu importe si on nettoie ou pas, descendent dans la ville. » Ces dernières années, Cap-Haïtien est devenue une ville-refuge. Tant que la situation à Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays ne s’améliorera pas, les déplacés continueront d’affluer dans une ville déjà saturée. À lire aussiHaïti: l'hélicoptère de l'ONU, unique moyen de transport sûr face aux gangs de Port-au-Prince
«On fait tout pour protéger nos civils et nos terres»: ces Ukrainiens qui chassent les drones russes
2026/02/02
En Ukraine, les drones sont devenus le nerf de la guerre, après bientôt quatre ans d'invasion russe à grande échelle. Chaque nuit, des dizaines voire des centaines d'engins sont envoyés par Moscou sur les grandes villes ukrainiennes et leurs infrastructures énergétiques. Le plus important conflit depuis la Seconde guerre mondiale est marqué par cette nouvelle arme moderne, inhumaine dans le premier sens du terme, et redoutable. Alors, pour défendre leurs civils, les Ukrainiens ont notamment mis en place des unités de défense aérienne mobile. Des unités qui guettent toute la nuit le ciel pour tirer sur les drones. Le reportage de notre correspondant à Odessa, en Ukraine est à écouter dans son intégralité sur notre site dans Accents d'Europe.
Birmanie: la jeunesse vit dans la peur de la conscription, sous l'autorité de la junte militaire
2026/02/01
En Birmanie, cinq ans après le coup d'État, une large partie de la population vit sous le contrôle sans partage de la junte. La guerre civile continue de faire rage, entre les forces rebelles pro démocratie et l'armée. Cette dernière manque d'hommes. Pour y pallier, les militaires ont recourt, depuis 2024, à la conscription de force, qui vise tous les hommes de 18 à 35 ans et les femmes de leur majorité à 27 ans. Une épée de Damoclès au-dessus de la tête d'une jeunesse qui peine à s'imaginer un avenir dans le pays. De notre envoyé spécial de retour de Birmanie, On se trouve dans une institution locale, une petite échoppe de thé où les gens partagent un morceau et discutent. Un jeune homme en âge d'être conscrit, présent dans ce lieu, confie : « Évidemment, savoir que je peux être recruté dans l'armée à n'importe quel moment, ça m'inquiète. Mais je ne peux rien faire, je dois juste composer avec cette situation, voir comment les choses évoluent. Pour mes amis, c'est pareil. Je n'en connais pas qui ont été enrôlés, mais ils ont tous peur de l'être. La plupart d'entre eux sont déjà partis du pays. » Une option qu'envisage le jeune homme : « Oui, je me prépare aussi à partir. Je veux aller au Japon, pour étudier et travailler là-bas en même temps. J'espère partir cette année. La première barrière, c'est la langue, donc j'étudie le japonais. Mais notre problème, ce sont aussi les changements permanents de règles ici. D'un coup, ils peuvent nous interdire d'aller à l'étranger. Ils empêchent aussi les jeunes hommes d'avoir un passeport facilement. Et même si on l'obtient, que nous avons tous les papiers nécessaires, ils peuvent nous empêcher de passer à l'aéroport, simplement parce qu'on est en âge d'être conscrit. Et là, tout l'argent que tu as investi est jeté par la fenêtre. » « On a envoyé mon frère dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance » Alors que des hommes sont raflés dans les rues pour partir au front, impossible de savoir combien ont choisi la fuite. Partir étudier à l'étranger est un privilège. La plupart traversent illégalement la frontière vers la Thaïlande. Mais certains choisissent de rester en Birmanie. C'est le cas du frère de Suzy (nom d'emprunt) : « Dès qu'ils ont annoncé la mise en place de la conscription, le nom de mon frère est apparu sur les listes et le responsable du quartier est venu à la maison pour nous poser des questions. Ma mère m'a demandé de prendre mon frère chez moi pour que l'on trouve une solution. On lui a demandé ce qu'il voulait et on a décidé de l'envoyer dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance. Il est parti juste avant la première vague de conscription. »   À lire aussiEn Birmanie, vivre sous la junte « Nous sommes obligés de vivre au jour le jour » « Je lui ai demandé trois fois s'il voulait partir pour la Thaïlande, il a refusé à chaque fois. II la dit qu'il veut se battre contre l'armée », poursuit la jeune femme, inquiète des frappes aériennes qui ne cessent de s'intensifier. La jungle, le front ou la fuite : ce choix terrible ne s'impose pas à tous. Certains peuvent se permettre de payer ou de faire jouer leur carnet d'adresses. Une option impossible pour les plus pauvres comme cette femme de 37 ans qui, à la mort de sa sœur, a dû s'occuper de son neveu : « Pour nous, c'est impossible de mettre de l'argent de côté. Tout coûte tellement cher. Les prix n'arrêtent pas de grimper. Et toutes les solutions pour qu'il évite le service militaire – partir à l'étranger, payer une taxe aux autorités ou un pot-de-vin pour qu'il ne soit pas sur les listes de conscription –, tout cela coûte énormément d'argent. Donc, nous sommes obligés de vivre au jour le jour, et c'est impossible de nous projeter. » À lire aussiRefuge précaire sur le sol thaïlandais pour les exilés birmans
«Jusqu'où va-t-on tomber?»: les coupes budgétaires de l'Unrwa asphyxient les réfugiés palestiniens au Liban
2026/01/31
À compter de ce samedi 1er février, l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, va être contrainte de réduire de 20% ses opérations dans la région, faute de dons suffisants. Le Liban en est l'illustration. Dans les douze camps de réfugiés que compte le pays, les Palestiniens dépendent de l'agence onusienne pour l'éducation, la santé et la gestion des infrastructures. Ces coupes budgétaires mettent en péril encore un peu plus l'avenir de ces réfugiés, dont les ancêtres ont dû fuir leurs terres au moment de la création d'Israël en 1948. De notre correspondante de retour de Chatila, Dans les ruelles étroites du camp de Chatila, un chaos de fils électriques ne laisse passer que quelques rayons de soleil. Noha et Kaouthar viennent de récupérer leurs enfants de l'école Ramallah de l'Unrwa, dont les coupes budgétaires sont sur toutes les lèvres. Noha Mouhaisin, une mère de famille de 44 ans, est habitante de Chatila. Elle a cinq enfants. « Je devais faire une opération nécessaire et urgente, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas la prendre en charge. Si je n'avais pas trouvé des gens pour m'aider, j'y serais passée honnêtement, car c'était sérieux. Et les étudiants, c'est la même chose : nos enfants risquent de perdre leur éducation. Nous, on veut qu'ils soient éduqués. Jusqu'où va-t-on tomber ? », se demande-t-elle. Cette autre habitante de Chatila, âgée de 45 ans, explique sa situation. « Mon fils a un handicap et je recevais une aide de 50 dollars tous les trois mois, et même ça, ils nous l'ont enlevée. Ça nous aidait vraiment », souligne Kaouthar el Hayek, mère de quatre enfants et couturière de formation. « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa » Au Liban, les réfugiés palestiniens sont privés de nombreux droit,s comme l'exercice de métiers qualifiés ou l'accès à la propriété et aux services publics. À cause de ces restrictions, 80% d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. L'Unrwa est leur seul filet de sécurité. Mais, l'agence doit réduire de 20% ses opérations et ses salaires. Dorothée Klaus, directrice de l'UNRWA au Liban, s'alarme de ces conséquences : « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa sur son budget global et nous n'avons pas reçu d'indication selon laquelle il pourrait y avoir des solutions pour combler ce déséquilibre budgétaire. Ici, au Liban, il n'y a absolument pas d'alternative à l'Unrwa. Les réfugiés dépendent de nous. Sans nous, il n'y aurait plus d'éducation pour 70% des enfants palestiniens qui vont dans nos écoles, plus de soins pour les 200 000 patients qui dépendent de nos hôpitaux et centres de santé primaire. » À lire aussiL'ONU dévoile son plan de réforme et de réduction budgétaire, avec des conséquences pour ses membres « En finir avec l'Unrwa, c'est en finir avec le dossier des réfugiés » Au-delà de l'humanitaire, l'Unrwa revêt une importance politique pour les Palestiniens, synonyme de droit au retour. Car de génération en génération, l'agence leur délivre une carte de réfugiés. Un symbole que cherche à détruire le gouvernement de Benyamin Netanyahu, fort de représentants de l'extrême droite israélienne. Khaled Abou Nour, membre du comité populaire affilié à l'Organisation de libération de la Palestine à Chatila, réagit : « Bien sûr, les Israéliens se disent que tant que l'Unrwa existera, il y aura des réfugiés palestiniens. En finir avec l'UNRWA, c'est en finir avec le dossier des réfugiés, et c'est ce qui se passe en Palestine, en particulier à Jérusalem, où le siège de l'Unrwa a été détruit. Et à Gaza, où ils empêchent l'Unrwa de faire entrer de l'aide. Tout ça est une manière pour eux d'essayer d'en finir avec la question des réfugiés palestiniens, et d'en faire des citoyens lambda que l'on peut expulser n'importe où dans le monde. » Face à l'urgence, l'Unrwa en appelle au soutien des pays donateurs. À lire aussiDestruction des bâtiments de l'Unrwa à Jérusalem: «Israël piétine les règles les plus élémentaires du droit international»
Avec l'OFC Pro League, l'Océanie veut se faire une place sur le terrain du football
2026/01/30
L'Océanie est le dernier continent à se doter d'une compétition de clubs de football professionnel. L'OFC Pro League est composée de huit nouvelles équipes issues de sept pays différents comme les îles Fidji, les îles Salomon ou la Nouvelle-Zélande. Tous ont l'objectif de se faire une place comme terres de football. Plongée au cœur des premiers matchs. De notre correspondante à Auckland, Incarner la diversité des îles du Pacifique tout en s'inscrivant dans les standards internationaux du football de haut niveau, c'est le pari de cette nouvelle compétition, l'OFC Pro League. Le Fidjien Roy Krishna fait partie des joueurs déjà professionnels qui ont accepté le défi : « Normalement, pour jouer au football, il faut aller à l'étranger. Mais aujourd'hui, on peut jouer à domicile ! C'est un rêve d'avoir un club professionnel. Surtout aux Fidji, car le rugby est roi. Mais je pense que nous sommes sur la bonne voie, avec le bon entraîneur. » C'est Stéphane Auvray, coach et ancien joueur français, qui a été nommé entraîneur du Bula FC, le club qui représente les Fidji. Et pendant ses entraînements, la discipline est palpable : « Le niveau d'exigence est tel qu'ils ne sont pas habitués. Je parlais aujourd'hui des passes appuyées. Ça, c'est quelque chose que tu fais en France, en centre de formation, tous les jours. Ce sont des joueurs qui n'ont pas eu de transition semi-professionnelle pour la majorité, donc ils sont passés d'amateur à professionnel. Donc je suis un peu aussi le policier, plus que l'entraîneur, pour leur apprendre plein de choses, et justement installer cette culture et ce niveau d'exigence. » La culture football confrontée au rugby, sport-roi du Pacifique Les jours de match, il faut aussi réussir à installer la culture foot, surtout chez les supporters. Un spectateur venu supporter l'équipe de football, Bula FC, porte un maillot des All Blacks, la fameuse équipe de rugby de Nouvelle-Zélande. Les Fidji étant une terre de l'ovalie, il n'est pas facile d'introduire le football dans les habitudes. Entre le rugby ou le football, les cœurs balancent. « Moi, je préfère le football, mais les Fidji sont meilleures au rugby », lâche ce supporter. Pour cette supportrice, le rugby l'emporte haut la main : « Je suis néo-zélandaise, donc c'est évident ! Les All Blacks ! » À l'image de ce couple, le stade est rempli de différents maillots de foot et de rugby. Mais l'effervescence est commune, ainsi que l'impression de marquer l'histoire en faisant partie de la toute première compétition de clubs de football professionnel. À lire aussiFoot: la Nouvelle-Zélande qualifiée pour son troisième Mondial « Un jour, je deviendrai footballeur professionnel » « C'est une véritable bénédiction. Quand j'ai commencé à me donner à fond pour m'entraîner, tôt le matin, je courais au moins trois ou quatre kilomètres. Les gens se demandaient tous ce que je faisais, mais moi, je me disais toujours en secret : "Un jour, je deviendrai footballeur professionnel" », confie Gabriel. Aujourd'hui âgé de 30 ans, Gabriel évolue au sein du Bula FC. Son prochain défi sera de remporter la compétition avec son équipe afin de se qualifier pour la Coupe intercontinentale de la FIFA et de disputer les barrages pour la prochaine Coupe du monde des clubs. À lire aussiMondial des clubs: le nouveau tournoi qui divise mais peut rapporter gros Les huit clubs qui participent à l'OFC Pro League 2026 Auckland FC (Nouvelle-Zélande) Bula FC (Fidji) PNG Hekari (Papouasie-Nouvelle-Guinée) Solomon Kings (Îles Salomon) South Island United (Nouvelle-Zélande) South Melbourne (Australie) Tahiti United (Tahiti) Vanuatu United (Vanuatu)
Pologne: des avatars féminins sur TikTok militent pour le Polexit
2026/01/30
En Pologne, la désinformation russe continue de se frayer un chemin sur les réseaux sociaux. Depuis plusieurs semaines, des contenus générés par l’intelligence artificielle font la promotion du Polexit, c'est-à-dire la sortie de la Pologne de l’Union européenne. Ces vidéos sont devenues si virales qu’à Varsovie, les autorités se sont saisies de la question.  De notre correspondant à Varsovie, Sûre d’elle, le regard face caméra, la jeune influenceuse s’adresse directement aux spectateurs, les emblèmes nationaux imprimés sur son t-shirt blanc. « Je veux le Polexit, car je veux la liberté de choisir. Même si ça doit nous coûter plus cher. Je n’ai pas connu la Pologne avant l’Union européenne, mais j’ai le sentiment qu’elle était davantage polonaise qu’aujourd’hui ». Ce visage séduisant, créé par l’intelligence artificielle, a rassemblé plus de 200 000 vues et plus de 20 000 likes sur le compte TikTok Prawilne Polki (« les vraies Polonaises » en français). L’apparence de ses pseudo-influenceuses leur a notamment permis d’atterrir sur l'algorithme des plus jeunes utilisateurs et des utilisatrices de la plateforme. « Je veux le Polexit. Il y en a marre que la Pologne soit dirigée depuis Bruxelles. Il y en a marre d’entendre qu’on ne peut pas se débrouiller sans une bénédiction venue de l’extérieur. C’est notre droit, notre argent et nos décisions ». Une campagne de désinformation ciblée L’objectif de ces vidéos est clairement affiché : convaincre les internautes Polonais des bienfaits du Polexit en décrédibilisant l’Union européenne et inciter à la haine contre le gouvernement de Donald Tusk. « Quand je parle du Polexit, on me répond "peur, catastrophe, fin du monde". C’est toujours la même musique. Aucune discussion sur "qui décide réellement à notre place", et "pourquoi". Il est grand temps que l’on puisse en parler tranquillement ».  À un an des élections européennes, les autorités polonaises prennent la menace de ces vidéos très au sérieux, et ont elles-mêmes demandé à TikTok de bloquer le compte de Prawilne Polki. Pour le porte-parole du gouvernement, l’entité derrière cette campagne de désinformation ne fait aucun mystère. « Cela ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un acte de désinformation russe. D’abord parce que ça ne va pas dans le sens des intérêts de la Pologne, mais 100% sans le sens des intérêts russes. Et ensuite parce qu’en regardant attentivement, on remarque la grammaire russe ».  TikTok dans le viseur des autorités Signataire du « Code de pratique européen sur la désinformation », TikTok est censée identifier et empêcher la propagation de ce type de contenu. Le vice-ministre du Numérique, Dariusz Standerski, s’est tourné vers Bruxelles pour mettre à jour d’éventuels manquements de la part de la plateforme. « J’ai adressé une requête à la vice-présidente de la Commission européenne, (...) pour enquêter et savoir si TikTok remplit sa mission d’évaluation des risques liés à la propagation de la désinformation, (...) et si elle a réagi assez et assez vite pour bloquer des contenus qui vont à l’encontre de son règlement ». Selon un sondage paru début décembre, un quart des Polonais se déclare aujourd’hui en faveur du Polexit.
Syrie: un ancien des Forces démocratiques syriennes raconte l'enfer des conscriptions forcées
2026/01/30
En Syrie, après l'annonce du cessez-le-feu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, des centres de réconciliation ont été ouverts pour les anciens membres des FDS qui souhaitent se rendre. En creux, s'y raconte le système de conscription obligatoire des populations arabes et kurdes sur le territoire. La défection rapide d'une partie d'entre eux a précipité la chute des FDS. De notre correspondante à Raqqa, Sourire timide, Suleyman, 26 ans, s'avance au milieu d'une rangée d'hommes en armes. Il est kurde et est un ancien membre des Forces démocratiques syriennes. Il est venu aujourd'hui se rendre et participer au processus de réconciliation en Syrie : « Au début, quand l'armée gouvernementale est arrivée, nous avons eu peur. Nous ne savions pas ce qui allait arriver. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas eu de problème. Je voulais surtout participer au processus de réconciliation pour apaiser la situation avec mes voisins arabes. Ils m'accusent d'être toujours affilié aux FDS. »  « J'étais soldat de garde » pour les Forces démocratiques syriennes Dans les rangs de ceux venus se rendre, figurent d'anciens membres de la sécurité intérieure, d'anciens combattants. « J'étais soldat de garde pour les FDS, dans la 17ème base, au nord de Raqqa », explique Yazan, 19 ans. Lui est arabe. Et il raconte, comme beaucoup d'autres, avoir été obligé de s'enrôler au sein des forces à dominante kurdes. « Il y avait le service obligatoire à partir de 18 ans. Si tu n'y allais pas, ils t'arrêtaient sur les points de contrôle. Ils avaient des listes de personnes recherchées », développe-t-il. Ses amis, qui avaient fait le choix de déserter, « restaient cachés à l'intérieur de chez eux, ils ne sortaient plus ». Au micro, Yazan raconte la différence de traitement, au sein des FDS. « Ils disaient ''moi je suis Kurde, donc je suis supérieur à toi, parce que tu es arabe''. Les valeurs de fraternité dont ils faisaient la promotion n'étaient pas appliquées. Le pouvoir était entre les mains des Kurdes. » Un chef l'obligeait chaque matin à faire des pompes pour obtenir un café. « Je n'étais vraiment pas à l'aise, je n'aime pas être humilié », poursuit-il. Puis, sa désertion, qui lui a valu deux mois de prison : « Il y avait beaucoup de corruption au sein des FDS. Cela marchait aussi quand tu étais en prison. Il suffisait de connaître un Kurde bien placé pour se faire libérer. Moi, j'ai payé un pot-de-vin, et j'ai été réintégré au centre de commandement militaire des FDS. » À lire aussiSyrie: «Nous étions 33 dans 20 mètres carrés», un jeune ex-détenu de la prison d'Al-Aqtan témoigne Un document en guise de « réconciliation » Escorté, Yazan déambule patiemment dans les différentes salles du bâtiment. Il passe un entretien, se fait prendre en photo, avant de récupérer un document. « Voilà, ça c'est une garantie quand tu passeras sur les points de contrôle, comme quoi tu as été "réconcilié". C'est un retour à la vie normale, une nouvelle page qui s'ouvre, où tous les liens avec les FDS ont été coupés », lui explique un soldat. La procédure est la même que celle qui avait été imposée aux anciens membres de l'armée de Bachar el-Assad, explique le responsable du centre de réconciliation à Raqqa, qui a souhaité rester anonyme. « Nous avons un fichier complet avec les informations de tous les combattants FDS. Le service de renseignement de l'État syrien a pu se les procurer et les rassembler dans une base de données. Ceux qui se rendent seront "réconciliés" avec l'État. Ils pourront encore être jugés s'il y a une plainte personnelle contre eux. » « Nous laisserons ces portes ouvertes le temps qu'il faut, ajoute-t-il. Nous attendons l'ensemble des FDS jusqu'au dernier. » À lire aussiSyrie: le gouvernement et les Kurdes parviennent à un accord, sur fond de tensions
Comment le conflit en Ukraine change la société et l’économie de la région d’Irkoutsk
2026/01/28
Près de quatre ans après que Vladimir Poutine a envoyé ses soldats en Ukraine, la nouvelle donne en Russie se précise et s'installe. Ascenseur social pour certains vétérans, la guerre fait aussi sentir ses effets sur les finances nationales et locales. C’est notamment le cas pour le budget 2026 de la région d’Irkoutsk, difficile à boucler. Au sommet d’une colline, une petite église aux bulbes dorés qui se découpent dans le ciel de neige. Un cercueil recouvert du drapeau russe franchit la sortie, pendant que le long du chemin, des femmes, chacune un drapeau à la main, l’escorte pour un hommage : c'est l’enterrement d’un soldat russe mort en Ukraine, annoncé dans la presse locale par le comité des mères de combattants. Quelques centaines de mètres plus bas, le long d’une voie rapide, un atelier de réparation de pneus. Entre les deux, en pente douce, une petite allée arborée, bordée de portraits de combattants décédés : on l’appelle ici « l’allée des héros ». « Je les connais presque tous personnellement », confie Artëm, lui-même vétéran de « l’opération spéciale ». « Il y en a un avec qui je me suis battu côte à côte. Il y en a qui étaient avec Wagner, et il y en a d'autres du ministère de la Défense. Leurs portraits ont été ajoutés à ceux morts au combat en Tchétchénie et en Afghanistan. » Artëm est le propriétaire d’un atelier de réparation, 20 mètres carrés à la sortie de Baïkalsk, une petite localité en déclin depuis une dizaine d’années et qui comptait 13 000 habitants au dernier décompte officiel de 2021. Une agglomération sur les rives du lac Baïkal dans laquelle « on ne trouve pas de travail décent », dit-il. Recruté par Evgueni Prigojine Entre les scies visseuses, marteaux, clous et pneus, Artëm accueille ses clients avec, dès l’entrée, le drapeau de Wagner déployé sur un pan de mur. « Certains posent des questions, d'autres ne reconnaissent même pas le drapeau ; pour eux, ce n'est qu'une image. Certains sont tout simplement trop loin de cette réalité. Pour moi, bien sûr, c'est le souvenir d’y avoir participé. Même si, avec le bout de métal que j’ai désormais à la place d’une partie du bras et de l’épaule, j’ai une mémoire pour toujours. » Artëm a été blessé lors de la bataille de Bakhmout en 2023, dans un bataillon d’assaut. « Certains clients m’embrassent et me félicitent », raconte-t-il, « mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Beaucoup de gens, je dirais à peu près 50 %, se fichent de savoir qu’il y a une guerre qui se déroule en ce moment. » À écouter dans Grand reportageSyndrome afghan : le pouvoir russe face à ses vétérans de la guerre d’Ukraine  Quant au fait que le groupe paramilitaire fondé par Evgueni Prigojine ait été sanctionné par les États-Unis et l’Union européenne ainsi que d’autres pays pour — notamment — crimes de guerre et activités déstabilisatrices en Ukraine, en Syrie et en Afrique, peu importe en Russie, tant le groupe s’est banalisé et même parfois romantisé dans certains esprits. Artëm, lui, a choisi Wagner plutôt que l’armée régulière en juin 2023 « parce que ses hommes y ont leur propre loi ». Artëm dit aussi avoir été à l’époque « épuisé mentalement » par sept années passées derrière les barreaux, sept d’une peine de dix ans pour « consommation de drogue », affirme-t-il. Les prisons russes sont réputées pour leur implacable brutalité, et celles de la région d’Irkoutsk, très nombreuses, ont été secouées en 2021 par un scandale de tortures et d’abus tels que le comité d’enquête, organe qui répond directement au Kremlin, s’en était officiellement saisi. Combattre en Ukraine : « Une deuxième chance dans sa vie » pour un prisonnier Au printemps 2023, alors qu'Artëm est derrière les barreaux, une rumeur traverse la prison « comme une radio interne », dit-il : les recruteurs de Wagner arrivent. C'est Evgueni Prigojine lui-même qui se présente. Le dirigeant du groupe paramilitaire est précédé par un bus d’Omon, les forces anti-émeutes, pour garantir l’ordre, et est arrivé dans la cour de la prison en hélicoptère, une arrivée « spectaculaire » se rappelle Artëm. Ses souvenirs sont très précis. Il décrit Prigojine qu’il surnomme « Oncle Génia » au milieu des prisonniers en cercle, posant les conditions du contrat, « ne cachant rien des pour et des contre ». Précisant aussi que n’étaient pas concernés pour le recrutement « les condamnés pour viol et pédophilie », dit Artëm, qui ajoute : « les orphelins étaient prioritaires ». À lire aussiRussie: après les funérailles, l’amertume des partisans d’Evgueni Prigojine  À 33 ans à l’époque, Artëm avait de toute façon déjà pris sa décision. « Il me restait encore beaucoup de temps à passer en prison et je n'en pouvais plus. Et pour moi, signer, c’était une deuxième chance, une chance de réparer ma vie, et il fallait la prendre. Quand on a traversé la guerre, on recommence sa vie à zéro, on est gracié par décret du président de la Fédération de Russie. On a un document officiel signé par Vladimir Poutine lui-même, qui dit qu’on est pardonné pour héroïsme et pour bravoure. C’est quelque chose qui encourage à signer. » Sorti de prison au terme de sa peine, Artëm sait qu’il aurait été en difficulté dans une société russe sans concessions pour les anciens « taulards ». Aujourd’hui, avec la somme généreuse que lui a versée Wagner pendant la guerre, Artëm a investi dans un commerce rentable. Il a aussi désormais un statut symbolique dans la société, tant les combattants sont glorifiés et présentés par le pouvoir comme des modèles à suivre, et rencontre régulièrement des gradés au sein de la société locale des vétérans. À lire aussiL’armée russe recrute aussi à la télévision  À 38 ans aujourd’hui, Alexander a lui signé à l’automne 2023 pour deux ans pour le ministère de la Défense. Sans prévenir sa famille ni ses amis, leur envoyant une simple photo de lui en uniforme. Pourquoi s’engager ? « C'est une question difficile », répond-il. Avant d’avancer que c’est la décision d'« un homme, un vrai ». C’est d’ailleurs un motif d’engagement régulièrement mis en avant par le ministère russe de la Défense dans ses spots de campagne de recrutement. Alexander affirme aussi avoir voulu « voir ce qu’était la guerre ». Il refuse de parler de ce qu’il a fait et vu, « vous ne comprendriez rien », dit-il d’un air de défi ; et ne dit pas un mot de la blessure qui lui a valu de longs mois d’hospitalisation et une démobilisation au bout d’un an et demi. Avant de s'engager, cet ancien commandant d’une unité d’assaut dirigeait une entreprise de bâtiment de taille moyenne. De retour d’un long séjour à l’hôpital après les combats, avec essentiellement l’argent de son contrat et les indemnités pour blessure, il a construit puis ouvert en décembre un restaurant de grillades, « un rêve qu’il avait depuis plusieurs années » Quant au terrain pour le construire, Alexander a fait valoir ses droits auprès de l’administration locale : un décret de Vladimir Poutine accorde gratuitement un terrain à tous ceux décorés, comme lui, de l’ordre du Courage. Il est normalement dédié à la construction de la résidence principale, mais, dit Alexander avec un sourire en coin, « avec moi, l’administration locale regarde ailleurs ». La valeur du terrain est estimée à 1,5 million de roubles, presque 20 000 euros au cours actuel. Une somme particulièrement difficile à emprunter dans une Russie où le taux directeur de la Banque centrale est à 16%. La région ne se contente pas d’appliquer les décisions du pouvoir central. Par décret régional signé le 30 décembre dernier, elle a augmenté la prime de signature d’un contrat pour aller se battre en Ukraine aux volontaires résidant dans la région à 1,4 million de roubles (près de 17 000 euros au cours actuel), allant jusqu’à 2,4 millions (près de 30 000 euros) si le contrat est signé entre le 1ᵉʳ et le 31 janvier. Nombreuses prisons et tradition militaire, double vivier de recrutement Soldats de métier, mobilisés ou volontaires, dans la région d’Irkoutsk, ils sont nombreux à être partis pour l'Ukraine, mais les chiffres précis sont inconnus : ils sont classés secret défense. Les indices d’un large engagement sont cependant nombreux. « Dans presque chaque famille, il y a des gens qui connaissent quelqu'un lié d’une manière ou d’une autre à la guerre. Ou ils ont des amis qui se sont battus, qui sont en quelque sorte impliqués », explique Alexey Petrov, historien local, désigné agent de l’étranger en 2021. « Et parce que beaucoup de Sibériens se battent là-bas [en Ukraine, NDLR], Irkoutsk se classe parmi les plus gros contributeurs régionaux en termes de montant d'argent collecté pour la guerre, mais aussi en termes d'aide directe aux soldats, sans doute la première sur les dix régions de Sibérie. Toutes les organisations et fondations qui y sont liées sont très actives ici, envoient constamment de l'aide, des cadeaux pour la nouvelle année, des cartes, toutes sortes de choses ». Les nombreuses prisons, vivier de recrutement, y sont évidemment pour quelque chose — deux ont déjà été fermées en presque quatre ans de conflit, et il en reste 21. L’argent, évidemment, aussi : « Hier, vous étiez conducteur de tracteur, et aujourd'hui, vous êtes conducteur de camion sur le front. Et vous gagnerez cinq fois plus », dit Alexey Petrov. Mais l’histoire régionale joue aussi un rôle décisif, explique-t-il, et elle prend ses racines sous l’Union soviétique : «
En Allemagne, les agriculteurs divisés sur les accords de libre échange
2026/01/26
À New Delhi, Ursula von der Leyen et Antonio Costa espèrent concrétiser un accord de libre-échange avec un marché de près d'un milliard et demi d'habitants. Le chancelier allemand appelle de tous ses vœux cet accord, de la même façon qu'il avait mis tout son poids dans la balance en faveur du traité Mercosur - aujourd'hui suspendu à la décision de la justice européenne.  De notre correspondante dans la région de Berlin, Contrairement aux Français, les agriculteurs allemands sont profondément divisés sur le dossier. Dans un pays où les très grandes exploitations intensives sont largement majoritaires, les principaux syndicats de l'agro-industrie, réunis à Berlin pour le Salon de l'agriculture qui a fermé ses portes dimanche, ont soutenu le Mercosur et sont favorables à davantage de partenariats économiques. Mais les petits agriculteurs, eux, sont à la peine et manifestent leur inquiétude. Malgré les températures négatives de ce mois de janvier, Lilli Haule est à la ferme depuis 7 h 15 ce matin-là. La jeune femme de 27 ans termine son apprentissage dans une exploitation du Brandebourg.  « Nous avons environ 120 animaux, il y a environ 45 vaches allaitantes et leur progéniture. » Passionnée, elle a toujours su qu’elle voulait devenir agricultrice et suivre les pas de son grand-père. Mais Lilli est aussi engagée. Depuis plusieurs années, elle participe au mouvement « On n’en peut plus », qui réunit agriculteurs, consommateurs et activistes – pour une agriculture plus raisonnée dans une Allemagne où la profession est très divisée, entre petits et gros exploitants. Une bataille entre petits et gros exploitants « Les dirigeants des grandes fermes-entreprises ont d'autres intérêts que les nôtres, et ils considèrent la profession comme une industrie, et non comme une activité paysanne. Nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous sommes certifiés bio et ce que je trouve particulièrement intéressant ici, c'est que nous cultivons de nombreuses céréales. Mais sans miser sur un seul type de culture – d'autant plus qu'actuellement le prix des céréales permet difficilement d’en vivre. Nous devons aussi produire suffisamment de fourrage pour pouvoir nourrir les animaux en été, car l’herbe ne repousse pas assez dans les pâturages », explique Lilli Haule.  Sa ferme se trouve en effet dans l’une des régions les plus sèches d’Allemagne.  Alors comme des milliers d’autres agriculteurs, Lilli Haule est montée en tracteur à Berlin pour manifester son ras-le-bol – et son rejet de l’accord avec le Mercosur par la même occasion. La jeune femme a laissé ses vaches pour la journée mais elle est déçue que le mouvement ici ne prenne pas davantage d’ampleur, comme en France : « Oui, l’accord Mercosur est tout simplement dramatique pour les agriculteurs !  Et il y a une chose que je trouve particulièrement intéressante : c'est que tous les agriculteurs européens s'accordent à dire que c'est stupide, mais tous ceux des pays du Mercosur aussi ! » Le nombre de fermes a baissé de 12 % en 10 ans Car les petits exploitants ont peur de se faire manger par l’agro-business. Selon le journal The Guardian, l’Allemagne est l’un des pays européens avec le plus de fermes-usines, notamment des élevages porcins. Malgré tout, la moitié des exploitations ici sont familiales – et ont du mal à joindre les deux bouts. Le nombre de fermes a baissé de 12 % entre 2010 et 2020, un chiffre qui ne devrait pas aller en s’améliorant avec le départ à la retraite de milliers de baby-boomers comme ces retraités, Jürgen et Anke, rencontrés dans le cortège. À la tête d’une petite exploitation, ils se battent pour leurs enfants et petits-enfants, « et pour que nos descendants aient un avenir !  En 2015, l'Organisation des Nations unies, la FAO avait déjà averti que si on continuait à pratiquer l'agriculture intensive, il ne resterait plus que 60 années de récoltes. Dix ans plus tard, on voit malheureusement que le système n'a pas beaucoup changé. » En cause, la baisse de la biodiversité, l’acidité des sols qui contiennent de moins en moins de nutriments et la hausse des quantités de nitrates dans l’eau. À lire aussiAccord UE-Mercosur: des milliers d’agriculteurs européens expriment leur colère à Strasbourg Le puissant syndicat Raiffeisenverband salue l'accord avec le Mercosur  À l’autre bout de Berlin, au salon de l’agriculture Grüne Woche, on est loin de ces considérations. Il a réuni mi-janvier plus de 1 500 exposants, dont les principaux syndicats agricoles, la grande distribution et de grands groupes de l’industrie agro-alimentaire. Malgré des intérêts qui divergent, ces derniers sont d’accord sur un point : le traité avec le Mercosur est une bonne chose pour l'Allemagne et son économie, comme le résume Jörg Migende, le secrétaire général du très puissant syndicat agricole allemand Raiffeisenverband. « Je comprends les inquiétudes de nos agriculteurs, mais elles sont moins liées au Mercosur qu’à leurs conditions générales de travail aujourd'hui en Allemagne et en France : bureaucratie excessive, normes environnementales strictes, mépris, denrées alimentaires à prix cassés dans les supermarchés. » À l'annonce de la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne sur l'accord avec le Mercosur, voté par le Parlement européen le 21 janvier, le syndicat a rapidement appelé le chancelier Merz à demander une application provisoire du traité, pour « limiter les dégâts » d’un tel recours à la justice. À lire aussiMercosur: le Parlement européen vote en faveur d'une saisine de la justice de l'UE Car, pour lui, pas de doute : le traité est aussi une façon pour l’Europe de renforcer ses alliances avec d’autres pays, alors que ses alliés de toujours lui tournent de plus en plus le dos :  « Nous avons besoin d'accords de libre-échange, car nous disposons d'une agriculture performante qui produit des produits de qualité, très demandés dans le monde entier. Nous en avons également besoin sur le plan géopolitique, car l'Europe est forte et a besoin d'amis dans le monde, ce que les accords de libre-échange permettent à merveille de réaliser », explique Jörg Migende. Lilli Haule n’est pas convaincue par cet argument et elle sera de retour à Berlin pour la prochaine édition de la grande manifestation contre la politique agricole du gouvernement. À lire aussiAccord UE-Mercosur: «il est nécessaire de signer des accords de libre échange pour nos exportateurs»
Ukraine: à Odessa, parler de la guerre aux enfants
2026/01/25
En Ukraine, voilà déjà bientôt quatre ans que l’invasion russe bouleverse le quotidien des familles. Le soir, à table, la guerre est souvent un sujet tabou. Alors c’est à l’école que le dialogue est initié, par des questions et des réponses entre professeurs et enfants, ou encore des activités artistiques. Théo Renaudon, correspondant en Ukraine, nous immerge aujourd'hui dans la classe de Madame Olikova, institutrice pour des enfants ukrainiens de 10 à 11 ans dans l’école primaire n°19 d’Odessa, dans le sud du pays. Chaque matin, la journée commence par une minute de silence. Puis, la classe commence. Un reportage à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiEn Ukraine le port d'Odessa, une cible privilégiée des frappes russes
Au Brésil, le bois du Pernambouc, utilisé en musique, est en voie de disparition
2026/01/24
Symbole national, le « bois Brésil », connu à l’étranger sous le nom de bois de Pernambouc, est utilisé pour la fabrication d’archets d’instruments de musique dans le monde entier. Mais l’essence, en voie de disparition, fait l’objet de trafic illégal. Gabriela Queiroz est premier violon de l’orchestre symphonique brésilien. Elle a commencé à jouer à l’âge de 4 ans. Dès qu’elle est devenue professionnelle, à 17 ans, elle a eu son premier archet en bois de Pernambouc. Depuis, elle n’utilise que ce type d’archet. « L’élasticité de ce bois nous permet de réaliser des mouvements techniques, ce qu’on appelle les "coups", de manière beaucoup plus efficace, explique-t-elle, et le son est d’une grande qualité. » Selon le Centre national de conservation de la flore, 84 % de ce bois sauvage brésilien aurait déjà disparu malgré l’interdiction de son commerce international depuis 2007. « Est-ce qu’on veut assister à l’extinction du bois de Pernambouc en écoutant de la musique classique et en applaudissant ?, s'indigne Felipe Guimarães, agent de l’Ibama, l’institut environnemental brésilien, et spécialiste du bois de Pernambouc. On ne peut pas en arriver là et c’est justement à ça que sert l’Ibama : pour la conservation et le contrôle. Nous nous battrons jusqu’au bout, pour que cet arbre ne disparaisse pas. » En 2018, cet agent a participé à l’opération « Do-Ré-Mi » et a découvert un vaste réseau international de trafic illégal de ce bois sauvage. Car les archets peuvent valoir jusqu’à 25 000 euros quand ils sont vendus en Europe ou aux États-Unis. À écouter dans Grand reportageAmazonie: restaurer la forêt en imitant la nature L'ipê à la place du bois de Pernambouc À São Paulo, Daniel Lombardi confectionne des archets dans une autre essence de bois dotée des mêmes caractéristiques : l’ipê. « Ce que vous voyez là, ce sont les fils du bois, montre cet artisan. Vous voyez comme ils suivent le sens de la baguette ? Il n’y a pas de nœuds, ni de croisement. Donc, ce bois est idéal pour faire un archet. » Mais les archets en pernambouc restent les plus demandés, regrette-t-il : « C’est dû à une certaine tradition, à un conservatisme, mais aussi à l’ignorance, au fait de ne pas connaître d’autres bois et de penser que le pernambouc est ce qu’il y a de mieux. Mais ce n’est pas le cas. C’est un très bon bois, tout comme l’ipê ou le massaranduba, qui sont aussi de grande qualité. » Si Daniel Lombardi estime difficile de retracer l’origine du bois qu’on lui fournit, l’archetier préfère miser sur l’éducation et le changement des mentalités des musiciens. Il rêverait de pouvoir confectionner des archets en ipê pour tout un orchestre de musique de chambre et faire apprécier la qualité des essences de bois alternatives.  À écouter dans Grand reportageAmazonie: les défis autour des concessions forestières durables 
Birmanie: les Rohingyas en exil observent avec inquiétude les élections organisées par la junte
2026/01/23
La Birmanie va débuter la troisième et dernière phase des élections générales dimanche 25 janvier. La junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021 organise le scrutin et tente de se légitimer aux yeux de la communauté internationale. Elles sont toutefois qualifiées de « mascarade » par la plupart des ONG et observateurs. De nombreux réfugiés birmans regardent cette élection depuis l’extérieur et notamment les Rohingyas, majoritairement musulmans et victimes de graves persécutions depuis l’indépendance du pays. Alors que la Gambie a saisi la Cour internationale de justice pour accuser la Birmanie du génocide de la communauté, plusieurs d’entre eux, exilés en Malaisie, ont accepté de témoigner. De notre envoyée spéciale à Kuala Lumpur, Dans le sud de Kuala Lumpur, un bâtiment discret se fond dans le quartier. À l’intérieur : les locaux d’une association d’aide aux réfugiés birmans, et notamment aux Rohingyas. Rafik Ismaël est originaire de l'État birman d’Arakan. Lui et sa famille ont fui les persécutions il y a presque 30 ans. « Mon père était un leader local, donc il essayait d’aider les communautés qui avaient besoin de nourriture. Mais les militaires n’aimaient pas ça, et ils ont pris mon père pour le mettre dans un camp de détention. Ensuite, ils s’en sont pris à ma mère, et puis à mon grand-père. Notre communauté s’est battue pour ma famille, mais après les avoir libérés, les militaires nous ont dit : "Il vaut mieux que vous partiez, sinon on tuera toute la famille." » À lire aussiÉlections en Birmanie: «C'est un effort visant à légitimer un pouvoir qui va se succéder à lui-même» Un problème qui dure depuis 70 ans Malgré l’exil, Rafik Ismaël regarde attentivement le déroulement des élections organisées en Birmanie dans les médias : « Le problème en Birmanie dure déjà depuis 70 ans, donc je ne vois aucun avenir possible. Sauf si on fait partir la junte. L’élection pourrait alors permettre la démocratie, peut-être qu’on aurait une chance, mais cette élection-là ne sert à rien. Pour nous Rohingyas, que ce soit la junte ou Aung San Suu Kyi, c’est pareil. Parce qu’ils ne nous soutiennent pas. La dernière fois, parce qu’elle a obtenu le prix Nobel de la paix, vous savez, on a cru qu’elle pouvait faire quelque chose de meilleur pour le pays, mais malheureusement non, on n'a vu rien bon de sa part. » Dans un coin de la pièce, Katija regarde attentivement deux réfugiés endormis sur des matelas posés au sol. Elle a fui la Birmanie il y a cinq ans. Certains de ses proches rohingyas sont toujours sur place : « Mon beau-frère a été pris par l’armée d’Arakan en 2024, c’était l’an dernier. Il a été battu pendant environ deux mois, donc il ne peut presque plus bouger, il est quasiment paralysé maintenant. Je crois à l’unité, mais je ne pense pas que la situation en Birmanie va s’améliorer. On sait que beaucoup de pays soutiennent la junte avec des armes et aussi de l’argent. Nous connaissons la plus longue guerre de l'histoire, donc je ne pense pas que ça ira mieux. » D’autres difficultés font désormais le quotidien de ces Rohingyas, exilés en Malaisie : le pays n’est pas signataire de la convention de l’ONU pour les réfugiés. L’accès à l’emploi, la santé et l’éducation sont notamment limités. À lire aussiBirmanie: la junte organise la deuxième phase des élections législatives
Sarah Mullally, nouvelle archevêque de Canterbury, face aux défis de l’Église anglicane
2026/01/23
C’est l’équivalent du pape pour la communauté anglicane : Sarah Mullally deviendra, mercredi 28 janvier, la nouvelle archevêque de Canterbury. C’est la première femme élue à ce poste – son prédécesseur, Justin Welby, a dû démissionner il y a un an, accusé d’avoir mal géré un scandale d’abus sexuels au sein de l’Église anglicane. Sarah Mullally va devoir reconstruire la confiance dans l’institution, et surtout réunifier une communauté divisée sur les grandes questions sociales (comme l’acceptation des couples de même sexe). De notre correspondante à Londres ,  Trois matins par semaine, les fidèles prient dans l’Église St Mary, au cœur de la City de Londres. Le diocèse de Sarah Mullally. Agnès et Alan, en chaussettes sur le sol en pierre, n’ont pas été surpris de sa nomination.  « Ça ne va pas changer ma vie religieuse, mais c’est l’ancienne patronne des infirmières des hôpitaux publics. Par conséquent elle a une expérience administrative, en plus de son expérience ecclésiastique, qui va lui être utile », dit Alan. « Beaucoup pensent qu’avoir une femme à ce poste est une avancée, mais il reste beaucoup de dossiers à traiter », estime Agnès. Une Église anglicane traversée par de profondes divisions Comme l’inclusion des minorités, la protection des victimes d’abus sexuels... Pour le prêtre de la paroisse, Paul Kennedy, Sarah Mullally ne pourra pas plaire aux 110 millions de fidèles anglicans dans le monde. « Elle a été une bonne évêque à Londres, mais elle pourrait causer des frictions à l’étranger. L’Église anglicane est très large, et inclut des ailes très conservatrices, qui ne seront pas d’accord avec ses idées. Il y aura des tensions ». L’Église du Nigeria par exemple, rejette déjà l’autorité de Sarah Mullally. En visite à Sainte-Mary, Paul Shaw est recteur dans l’ouest du pays. Pour lui, même en Angleterre, les questions liées à la sexualité divisent, d’ailleurs, le prêtre qui l’accompagne préfère s’éloigner, pour ne pas s’agacer explique-t-il. « À l’échelle nationale, même au sein d’une église, d’une paroisse, c’est un sujet très clivant. Et bien sûr, il y a aussi le fait que ce soit une femme : certains pans de notre Eglise sont mal à l’aise à ce sujet, mais je n’en fais pas partie ». Réparer la confiance  Unifier une Église mondiale, pour Linda Woodhead, sociologue des religions, l’ancienne infirmière devra aussi réparer la confiance après une série de scandales sexuels. « Il faut qu’il y ait un système de compensations, à l’écoute des victimes et qui leur convienne, sans avoir à passer par des procédures judiciaires longues et horribles. Il s’agit de retisser le lien entre l’Église d’Angleterre et la population d’Angleterre ». Une reconnexion nécessaire pour prévenir la montée de l’extrême droite, menée sur les réseaux sociaux par l’influenceur anti-immigration et islamophobe Tommy Robinson. « Les voix d’extrême droite comme Tommy Robinson se présentent comme les seules capables de représenter une chrétienté anglaise, patriote. Or, jusqu’à maintenant, l’Église anglicane ne s’est pas demandé comment incarner, au XXIè siècle, une religion nationale. [Sarah Mullally] va devoir prendre position ». Sarah Mullally devra quitter son poste à 70 ans. Elle a six ans pour réunifier son Église. À lire aussiRoyaume-Uni: la «bergère» Sarah Mullally sera la première femme archevêque de Canterbury
Guerre en Ukraine: à Kiev, les habitants face à la pire crise humanitaire depuis 2022
2026/01/23
En Ukraine, les campagnes de frappes russes sur les infrastructures énergétiques se poursuivent quotidiennement. Depuis le 10 octobre, pas une journée ne s'est passée sans que missiles ou drones ne se soient abattus sur des centrales énergétique ou thermiques, plongeant le pays dans le noir et dans le froid au cœur de l'hiver. La situation est particulièrement critique à Kiev. De notre correspondante à Kiev, Depuis 2022, des millions d'Ukrainiens se sont trouvés sous le danger constant des attaques aériennes russes. À Kiev, des raids de grande ampleur, combinant missiles et drones, se succédaient presque régulièrement, toutes les deux ou trois semaines. Cette année, la Russie est passée à la vitesse supérieure et semble vouloir plonger l'Ukraine dans un hiver sans fin : désormais, plus un seul jour ne se passe sans que les attaques se succèdent sur Kiev. Le but de ces frappes est clair : mettre à genoux la capitale et procéder à l'anéantissement total des capacités énergétiques de l'Ukraine. Alors que Moscou nie cibler les civils ukrainiens, ils sont pourtant, quotidiennement, les premières victimes de ces frappes : à Kiev, plus de trois millions de résidents se trouvent, en plein hiver, face à des pénuries prolongées d'électricité, d'eau et de chauffage. Le tout, alors que l'Ukraine est en proie à une vague de froid polaire, où les températures, qui ont avoisiné les -20°C ces deux dernières semaines, se stabilisent désormais à - 10°C. À lire aussiUkraine: en pleine vague de froid, des frappes russes plongent à nouveau Kiev dans le noir Devant l'ampleur des dégâts, et suite à une frappe dévastatrice sur les centrales énergétiques de la ville le 9 janvier dernier, le maire Vitali Klitschko a même enjoint ceux des habitants qui le pouvaient à quitter la ville. Deux semaines plus tard, il affirme que selon des estimations basées sur les bornages téléphoniques, près de 600 000 personnes ont quitté la capitale ukrainienne. Les quartiers populaires en première ligne Tous ne peuvent cependant pas quitter la ville, et pour une grande majorité de la population, il s'agit de survivre à la fois aux frappes et à leurs conséquences. Sur la rive gauche de la ville, où les quartiers populaires sont les plus affectés, les résidents des barres d'immeubles de grande hauteur sont particulièrement exposés : ils vivent tout près de centrales visées par les Russes, et leur approvisionnement en électricité, chauffage et eau est devenu plus qu'aléatoire. Oksana, une mère de famille explique : « La situation est très difficile, on se retrouve sans électricité pendant dix heures, vingt heures d'affilée. Et lorsqu'elle apparaît, c'est au milieu de la nuit, alors je me lève pour charger toutes nos batteries. Sans électricité, il n'y a pas d'eau non plus, et comme l'immeuble a plusieurs étages, elle n'arrive plus aux étages supérieurs ». L'immeuble en question a déjà été éventré par une frappe de drones, et les fenêtres des étages inférieurs ont été remplacées par des panneaux en bois. Pourtant, Oksana n'envisage pas de quitter Kiev : « Nous avons bien de la famille dans l'ouest, où nous nous étions réfugiés début 2022, mais mon mari est en situation de handicap et en attente d'une opération, je ne me vois donc pas partir maintenant. En plus, nous avons ici tous nos proches, dont mes parents, dans des immeubles voisins ». Tout comme Oksana, Valentina, une retraitée, tente de survivre malgré les conditions difficiles : « Dieu merci, une partie de l'immeuble est encore chauffée, et chez moi, je conserve mon manteau pour ne pas avoir froid ». Pour ceux des résidents qui restent dans la capitale, le quotidien s'organise autour de rares heures d'électricité pendant lesquelles il faut recharger ses appareils électriques et batteries, faire tourner une machine à laver, ou encore faire des provisions d'eau courante. Les nuits, au cours desquelles les frappes sont plus fréquentes, se passent dans le froid, dans des caves, parkings ou encore stations de métro, pour ceux qui ont encore l'énergie de s'abriter des bombes. Les « points d’invincibilité », îlots de chaleur dans une ville à l’arrêt Devant cette crise humanitaire qui s'accentue à mesure que la Russie continue de frapper Kiev, la ville a déployé une cinquantaine de générateurs mobiles. Dans certaines cours d'immeubles affectés, des milliers, qui sitôt reconnectés au réseau énergétique sont à nouveau plongés dans le froid et le noir après chaque nouvelle frappe, les secouristes ont mis en place de grandes tentes oranges qui constituent des « points d'invincibilité », des îlots énergétiques dans lesquels les habitants peuvent venir se réchauffer, travailler à distance ou bien encore passer la nuit si les conditions ne leur permettent plus de dormir chez eux. Ces îlots ne sont pas une nouveauté : depuis le début des raids aériens à l'hiver 2022, les bâtiments publics dotés de générateurs, administrations, restaurants, écoles, se sont constitués eux aussi « points d'invincibilité ». Dans le centre historique de la ville, en face de l'université Taras Shevchenko, une yourte installée par une association ukraino-kazakhe en 2023 a rouvert ses portes comme îlot de chaleur et d'électricité. Ici, Natacha, ukrainienne, reçoit ceux qui entrent avec un thé chaud et des pâtisseries kazakhes. Elle explique : « Les Kazakhes croient en notre victoire, et avec cette yourte ils nous apportent un peu d'amour et leur soutien. Ils ne peuvent pas nous fournir d'armes, mais ils montrent par d'autres gestes qu'ils sont nos côtés ». Pourtant, après plusieurs hivers où le pire avait été évité, nombre de ces « îlots » ne sont plus en mesure d'accueillir temporairement les résidents de la capitale. Dans le centre historique de la ville, berceau des administrations, ambassades et organisations internationales et jusqu'à cette année relativement épargné par les coupures d'électricité, la situation s'est fortement dégradée. Si les cafés et restaurants fonctionnent encore, en sous-régime, grâce à de petits générateurs diesels au bruit assourdissant et à la forte odeur de diesel, et souvent dans une semi-obscurité, des bâtiments publics répertoriés sur l'application municipale comme ouvertes en principe 24/7 pour servir de refuge de chaleur et d'électricité aux résidents, gardent porte close, comme le déplore Alla, concierge d'une école déserte : « Ici, il n'y a pas de chauffage, ni de connexion internet, ou d'électricité, et personne pour venir remplir le réservoir du générateur, alors on reste fermés ». Face à la crise, les écoles de Kyiv resteront d'ailleurs fermées pour les jours à venir : les vacances scolaires ont été prolongées jusqu'à début février, afin que les élèves puissent rester hors de la ville s'ils en ont la possibilité. À lire aussiUkraine: à Kiev, les écoles fermées jusqu'au 1er février après des frappes sur les infrastructures énergétiques Dans l'un de ses derniers communiqués, l'entreprise DTEK, premier fournisseur privé d'électricité, prévient ses usagers : « Les calendriers de coupures d'électricité ne sont pas valables actuellement : la grille énergétique de la ville fonctionne toujours en état d'urgence, il n'y a pas assez d'énergie. (...) Jamais une telle chose ne s'est produite à l'échelle mondiale. Depuis un mois, il n'y a pas eu un seul jour sans panne d'électricité, et nos ingénieurs ont la charge historique de nous remettre sur pied ». Du côté du gouvernement, Denys Shmyhal, nouveau Ministre de l'Énergie, promet de restaurer les infrastructures au plus vite, mais met également en garde contre de nouvelles frappes russes, « y compris sur l'infrastructure qui garantit le fonctionnement des centrales nucléaires ».

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