
Advertise on podcast: L'Afrique en marche
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This podcast has
24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/25
Average duration
5 min.
Release period
13 days
Description
L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne envie d’aller plus loin ! Diffusion : dimanche à 5h47, 7h47 et 12h50 TU.
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Protection de la biodiversité au Tchad: la bataille de l'activiste Hindou Oumarou Ibrahim
2026/10/25
À l'occasion de la COP 17 sur la biodiversité, qui se tient jusqu’au 30 octobre à Erevan, gros plan sur la Tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim. Elle représente l’Afpat, l’association des femmes peules et peuples autochtones du Tchad, et, par son action de sensibilisation sur le terrain et d’adaptation au changement climatique, elle est devenue une figure de cette lutte contre le dérèglement climatique.
« Il y a une expression en arabe tchadien qui dit que "Dieu a créé tout le monde, a créé tous les insectes, les mouches, avant de créer le peul". J'ai grandi avec cela, confie Hindou Oumarou Ibrahim. Parce que vous ne valez rien du tout. Mais quand on est enfant, on essaie de montrer qu'on a un cerveau comme les autres et peut-être plus que les autres. Et puis on doit se battre ». Se battre dès l'enfance contre l'injustice, c'est pour cela que dès ses douze ans, Hindou Oumarou Ibrahim a créé sa première association, l'Association des femmes peules autochtones du Tchad (l'Afpat). 30 ans plus tard, elle est devenue une voix forte des communautés autochtones en Afrique et à travers le monde, celles qui sont au premier rang et premières victimes des effets du dérèglement climatique. Avec l'Afpat, elle a mis en place un système de cartographie qui permet aux populations nomades, aux éleveurs et aux agriculteurs de s'adapter au changement climatique pour vivre en harmonie et non pas en conflit.
« Une des solutions, c'est de cartographier les terres et les ressources naturelles de manière participative, explique Hindou Oumarou Ibrahim. Et là, ça permet aux communautés de mettre tout leur savoir pendant différentes saisons et de diviser les terres qui sont les terres agricoles, les terres pastorales et de savoir combien d’espèces on a, de faune, de flore. Et ça permet de faire un bilan très simple de ce qu'on a perdu et comment on va le restaurer. Et l'idée aussi, c'est de mettre tout le monde, les hommes, les femmes, les cultivateurs, les éleveurs, les pêcheurs ensemble pour discuter de leurs ressources et accepter un partage de manière équitable, pour permettre à l'écosystème de se régénérer ».
D'un caractère bien trempé, Hindou n'hésite pas à interpeller les dirigeants qui parfois se payent de mots dans les grandes conférences internationales sur le climat. Ainsi, au Forum sur les forêts à Libreville en 2023, ce furent Ali Bongo et Emmanuel Macron qui furent apostrophés par la Peule de l'ethnie M’Bororo.
« Je suis bien en colère contre tous. Ils disent qu'ils comprennent. Nous, on ne veut pas qu'ils comprennent, on veut qu'ils agissent. Quand on était à Libreville, c'était les chefs d'État qui venaient de pays développés, ou en développement, qui essayaient de donner des leçons et qui essayaient de dire : "On est là, on va vous soutenir". Ils disaient qu'ils comprenaient la souffrance des communautés qui n'ont pas créé les impacts climatiques, mais après plusieurs années, on n'a pas vu la couleur de cet argent, dénonce la militante. Or, s'ils étaient juste honnêtes avec eux-mêmes, ils pourraient donner cet argent utilisé pour faire ces conférences aux communautés sur le terrain. Et deux ans plus tard, ils pourraient bien venir voir combien de vies ils ont changées et ils pourraient être fiers de ce qu'ils ont fait, pas de faire que des rapports. C'est ça l'injustice climatique ! »
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Un engagement reconnu à l'international Pour rendre justice au travail de l'Afpat, Hindou Oumarou Ibrahim s'est vu remettre plusieurs prix internationaux, le dernier en date étant celui de la Fondation Prince Albert II de Monaco. « Elle fait un travail remarquable en matière de plaidoyer pour les communautés autochtones. Il y a un vrai impact dans son travail et c'est pour cette raison qu'on a voulu la récompenser, souligne Romain Ciarlet, vice-président de la Fondation. La Fondation a historiquement travaillé sur les questions de protection de l'environnement en lien avec les communautés autochtones. Donc, pour nous, c'était un choix assez évident. C'est un prix qui est doté. C'est 45 000 € qui seront reversés à son association et qui pourront être utilisés pour renforcer des projets qu'elle mène via cette association ».
Des projets menés sur le terrain, notamment par Didja Tchari Djibrillah, responsable genre et droits des femmes au sein de l'Association des femmes peules et peuples autochtones du Tchad. « Nous avons constaté que les femmes participent beaucoup plus aux activités que les hommes, pointe-t-elle. Les hommes, eux, ils peuvent juste se déplacer pour chercher des pâturages et autres. Mais les femmes, elles, maîtrisent là où elles doivent trouver de l'eau, là où elles doivent trouver des légumes pour venir préparer et là où elles doivent trouver aussi des plantes médicinales pour assurer la santé de la communauté. Donc, c'est pourquoi nous avons dit que c'est vraiment important de prendre l'aspect genre dans cela. »
Des résultats sur le terrain en matière d'environnement et de biodiversité que Hindou Oumarou Ibrahim exposera à Erevan dans les prochains jours, avant la clôture de la COP 17.
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Avec son usine et son académie, Maraz marche plus loin vers le luxe sénégalais
2026/10/21
« L’Afrique en marche » du jour marche avec des sandales de cuir confectionnées à Dakar. « Maraz », une marque de luxe créée en 2018, fait son bonhomme de chemin au Sénégal mais aussi au Kenya et en Côte d’Ivoire où elle est commercialisée. Et depuis quelques mois dans la capitale sénégalaise, elle a inauguré sa première usine pour répondre à une demande croissante.
« Je suis un artisan. J'ai appris ce métier depuis longtemps, mais finalement, on m'a mis en contact avec la M Academy. J'ai eu des formations là-bas »
À 42 ans, Jean-Marie Baraille, bottier sénégalais, s'est perfectionné dans l'art de couper et d'assembler des pièces de cuir en retournant à l'école. À la M Academy, un centre de formation créé par la marque d'accessoires et de chaussures haut de gamme Maraz. « C'est là-bas que j'ai eu mon diplôme. En tant que bottier, on m'a beaucoup appris sur le montage des chaussures, sur le modélisme, sur l'utilisation des machines aussi. On nous a formés sur ça aussi. Les machines qui font le galva ( galvanisation ndlr), des trucs comme ça. Avec l’académie, j'ai vu une très grande évolution. C'est le savoir-faire aussi que j'ai appris là-bas ».
La fabrication, le façonnage, mais aussi le marketing ou le stylisme… Ils sont plusieurs centaines à avoir bénéficié de ce programme de perfectionnement au Sénégal, et ce grâce à un passionné qui n'avait pourtant à l'origine pas grand-chose à voir avec les métiers de la mode et du cuir.
« Non non, pas du tout ! De base, je suis comptable et project manager », ironise Moustapha Sy Ndiaye créateur de la marque Maraz. « J'ai été attiré par ce secteur, par passion pour le cuir. Nous faisons des chaussures, nous faisons de la bagagerie. Nous faisons des accessoires de bureau. Le produit qui a vraiment lancé la marque, c'est la Padam, qui est une paire mythique d'Afrique que les nomades portaient. Au début, c'était un pneu et une chambre à air. Par la suite on a utilisé le cuir artisanal et nous avons voulu revisiter cette paire, lui donner ses lettres de noblesse, travailler sur le confort, travailler sur les couleurs, sur la forme. Et aujourd'hui, cette paire est devenue tendance au Sénégal, connue et reconnue un peu partout et qui fait un peu la fierté de la marque Maraz. »
Donner ses lettres de noblesse au travail du cuir Mais ce qui rend Moustapha encore plus fier, c'est d'avoir permis, avec sa M Academy, la formation de plusieurs centaines d'apprentis dans le secteur de la mode. Un centre de formation développé avec la coopération allemande à Dakar. Oumou Diop est l'une des représentantes du programme « Invest for Jobs » au sein de la GIZ.
« Nous, dans notre approche de programme, l'idée c'était de collaborer avec des entreprises sénégalaises fortes. On les appelle même des champions. On a identifié Maraz comme un acteur qui peut vraiment changer la donne dans cette filière. Des entreprises comme Maraz ont pu faire ce type de recherche développement jusqu'à avoir cette possibilité de se positionner dans un niveau haut de gamme, en respectant à la fois les normes internationales, mais également en promouvant des produits de qualité avec une certaine structure. Et c'est comme ça qu'on est entré en collaboration pour mettre en place ce qui est devenu aujourd'hui la M Academy. C'est-à-dire la Maraz Academy qui forme des professionnels, des artisans aux techniques de production normées et modernes ».
On les appelle des champions Et de la main-d'œuvre qualifiée et performante, il en faudra puisque Maraz a installé depuis cet été une manufacture au cœur du quartier Mermoz de Dakar pour alimenter avec constance ces points de vente au Sénégal, mais aussi en Côte d'Ivoire, au Rwanda et sur son site en ligne.
« Il faut répondre à la demande », explique Moustapha Sy Ndiaye. « On était largement en deçà et c'est pourquoi nous avons lancé notre propre chaîne de production, qui a une capacité de 150 paires par jour. Aujourd'hui, au-delà des Padam, des sandales, nous faisons des souliers patinés à la main, nous faisons des sneakers et également d'autres types de chaussures pour dames, pour le marché local et international ».
Aujourd'hui, Maraz compte près de cinquante employés et une trentaine de prestataires. Ses futurs projets ? S'implanter dans une dizaine d'autres pays du continent et aussi ouvrir à Paris une boutique. Histoire de prouver que la mode sénégalaise n'a rien à envier au savoir-faire parisien.
Colorfol, musique à la carte au Cameroun pour musiciens en développement
2026/10/18
Comment faire face aux mastodontes de la musique et des contenus que sont Spotify, Deezer ou YouTube et promouvoir la musique de son pays et des jeunes artistes qui méritent d'être entendus ? C'est le défi que s'est fixé, depuis bientôt six ans, la plateforme camerounaise Colorfol. Un petit Poucet musical qui veut devenir grand.
Créée en 2019, la plateforme d'écoute Colorfol permet aux fans de bikutsi, de makossa ou de rap camerounais de retrouver leurs musiciens préférés, et aussi et surtout de découvrir des artistes en plein développement de carrière.
À Douala, Ronny Kitio, ingénieur informatique, a eu l'idée de créer cette plateforme pour rendre service au début à une amie chanteuse en mal de visibilité. Depuis, la petite idée a bien grandi, comme nous l'explique le cofondateur de Colorfol : « Aujourd'hui, c'est 200 000 utilisateurs, dont 50 000 utilisateurs actifs par mois, avec près de 10 millions de titres diffusés et plus de 15 000 artistes de façon globale. »
Colofol s'adresse aux artistes indépendants et aux labels indépendants. Si je suis artiste indépendant, je peux m'inscrire par un formulaire d'inscription. L'app peut « uploader » la musique, mettre son prix, la date de sortie et directement avoir les statistiques d'écoute de sa musique : « C'est vraiment ouvert à tous les artistes indépendants qui veulent monétiser leur musique via leur communauté. Colorfol se rémunère par commission. Chaque transaction ou chaque achat, c'est entre 20% et 30% que l'on perçoit. Cela veut dire qu'on reverse 80% aux artistes. »
« Une meilleure exposition » pour « toucher directement le premier public » Un système de rémunération en fonction de l'écoute d'un titre ou bien d'un album qui plaît au Cameroun et qui permet aux musiciens de se rémunérer et de financer leurs projets. Jocelyn Nkembe, manager du groupe de rap camerounais Trois officiel, explique : « Il y a aussi ce côté identitaire de plate-forme camerounaise. Cela fonctionne beaucoup. Ça permet aussi de soutenir le "local". On essaye d'industrialiser tout cela dans un environnement où il n'y a pas réellement d'industrie musicale établie. Parce qu'il a pas vraiment de droits d'auteur qui soient bien gérés ici. Donc, c'est très important d'avoir une plateforme comme Colorfol qui permet à l'artiste de générer directement des revenus et de pouvoir grâce à ses revenus continuer sa carrière et vivre de sa musique. »
Outre l'écoute d'artistes, la plateforme permet de mettre en place des billetteries électroniques pour les concerts ou du merchandising d'accessoires dédiés aux musiciens. Pour Luc Mayitoukou, de l'agence culturelle Zhu Culture, expert en management artistique, ces plateformes qui se développent aussi en Ouganda, en Afrique du Sud ou bien au Sénégal sont précieuses afin d'épauler le développement d'artistes successifs négligés par les mastodontes que sont Spotify ou Apple Music :
« C'est toute la question de la construction des catalogues, où beaucoup d'artistes africains ne sont pas sur les grandes playlists de Spotify ni de Deezer. Alors que là, oui, ils peuvent avoir une meilleure exposition et directement toucher le premier public. Une musique camerounaise, pour la diaspora. C'est vrai que ce n'est pas des musiques forcément africaines qui sont en haut des playlists sur Spotify. Donc c'est vraiment, en termes d'exposition, un gain. »
En matière de développement et d'offre musicale, les Camerounais de Colorfol comptent s'ouvrir vers le marché ouest-africain grâce à une nouvelle levée de fonds.
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Au Gabon, les femmes de Nkokloa cultivent leurs champs avec l'OIF
2026/09/23
Soutenir des initiatives locales pour améliorer durablement les conditions de vie des femmes est la philosophie du fonds de l’Organisation internationale pour la francophonie (OIF) baptisé « La Francophonie avec Elles ». Ainsi au Gabon quatre projets sont soutenus à hauteur de 300 000 euros pour près de 250 femmes, axés sur l’agriculture durable et l’entrepreneuriat avec des moyens concrets en formations, matériel et accompagnement d’ONG locales.
Au Gabon, entre le champ et la coopérative, Béatrice et ses camarades agricultrices ne manquent pas d'ouvrage dans la région de Bitam, au nord du pays. Avec une trentaine d'autres paysannes, elles cultivent plus et mieux leur manioc et leurs bananes plantains depuis que l'OIF leur est venue en aide avec un fonds spécialement conçu pour elles.
« C'est un programme d'autonomisation économique des femmes, explique Michèle Balourd-Quidal, cheffe de l'unité égalité femmes-hommes à l'Organisation internationale de la Francophonie à Paris. Elles ont souvent des activités déjà informelles, mais elles n'ont pas forcément les moyens financiers, l'accès aux opportunités économiques notamment, comme l'accès à la terre pour pouvoir développer leurs propres activités et tirer un revenu. Donc le fonds "La francophonie avec Elles", depuis 2020, entre 2020 et 2025, c'est 354 projets qui ont été soutenus dans 36 pays bénéficiaires, pour un total de 20 millions d'euros. Et cela concerne plus de 99 000 femmes dans l'espace francophone. En Afrique centrale, "La francophonie avec Elles", c'est 80 projets bénéficiaires, 19 000 femmes bénéficiaires, cinq millions qui sont affectés au projet et dans les secteurs d'activité, l'agriculture pour 44 %, la transformation de produits à 38 %, les biens et services à 18 %. »
Cadette. Gladys et Béatrice, du groupement de femmes du village de Nkokloa, sont ravies d'avoir pu bénéficier de ce programme. Gladys a 29 ans. Elle est mère de quatre enfants. Ex-commerçante, elle s'est formée avec une ONG locale à la science de la culture, du manioc et du plantain.
« Maintenant, avec l'argent de la récolte, je peux inscrire mes enfants à l'école » « C'est quand l'OIF est venue avec le projet que j'ai commencé à cultiver. Avant, on avait l'habitude de planter à la façon du village. J'aidais ma mère dans ses champs, donc à la façon du village. C'est grâce au projet que j'ai plus appris comment il faut faire ça techniquement. Mais maintenant, je sais déjà que quand je plante les boutures, je dois prendre un mètre d'écart. Maintenant, je connais déjà comment multiplier les rejets de bananes : avec un seul rejet de banane vont sortir plusieurs plants. Du coup, on a plus de plants à planter. Cela a beaucoup changé parce qu'avant l'arrivée de l'OIF, quelqu'un comme moi ne pouvait pas inscrire ses enfants à l'école. Mais maintenant, avec l'argent que je récolte du champ, j'ai déjà de l'argent pour inscrire mes enfants à l'école. On paye quand même 2 000 à l'inscription. On paye la tenue, les fournitures aussi. Les fournitures sont chères ici et les livres aussi. C'est pas du gâteau ! »
Le groupement de femmes de Nkokloa cultive dix hectares de champs. Béatrice et ses camarades ont bénéficié de conseils techniques ainsi que de dons en matériel.
« On avait toujours dans nos champs le manioc, tout le temps en train de pourrir. Donc, avec l'appui de l'OIF et l'étude qu'ils ont eu à nous faire, c'est plus beau et gros aussi. Tu vois les gros tubercules, quand on arrache, tu vois le manioc. On nous a apporté les outils de travail, les bottes, les brouettes, les pioches, les daba, les machettes ou les arrosoirs. »
Le fond de l'OIF « Francophonie avec Elles » est soutenu par différents partenaires donateurs, parmi lesquels le groupe TotalÉnergies. Les appels à projets pour bénéficier du soutien financier et technique se font chaque année au mois de janvier.
Une startup tunisienne qui vise le zéro polluant dans l'industrie textile
2026/09/18
L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde. Elle génère 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et près de 20 % de la pollution de l'eau potable. Les pays du Maghreb comme le Maroc ou la Tunisie font partie de ceux fortement impactés par cette pollution du fait de la fabrication de prêt-à-porter en grande quantité. Aussi, c’est pour limiter la pollution de l’eau qu’en Tunisie la start-up Pigment Oco a mis au point un procédé qui limite l’usage de l’eau dans la teinture.
C'est en juin dernier, lors du salon Vivatech à Paris, qu'Amal Chebbi a présenté l'invention de sa startup Pigment Oco. Cette startup tunisienne fondée en 2024 propose de changer la donne dans la teinture textile en éliminant l'eau et les produits chimiques.
« Qu'est-ce qu'on fait exactement ? On offre un procédé de coloration des fibres de coton, qui élimine l'utilisation de l'eau complètement et qui élimine aussi les rejets chimiques. La teinture textile consomme énormément d'eau. Pour teindre un kilogramme de coton, il faut entre 100 litres et 140 litres d'eau, explique-t-elle. Pour nous, en Tunisie, on a pas mal de secteurs de textiles stratégiques. On vit un stress hydrique. Donc la problématique était locale et on a la même problématique partout dans le monde actuellement, malheureusement. On a donc trouvé une nouvelle façon de faire, c'est d'éliminer l'utilisation de l'eau complètement dans le procédé de teinture ».
L'industrie textile à travers le monde consomme 1 900 milliards de litres d'eau par an, une eau souvent rejetée en mer et chargée de produits toxiques. Les risques sanitaires et environnementaux sont énormes, souligne Amal Chebbi.
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Un danger global pour le Sud « C'est un danger global. On commence par la Tunisie notamment, mais en fait la teinture consomme énormément d'eau et aussi cette eau usée, elle est pleine de toxines, de métaux lourds qui vont être rejetés dans les rivières et dans les océans, pourrir les sols, nos mers, notre eau, notre nappe hydrique, en Tunisie, en Méditerranée et le Sud global, notamment l'Asie, déplore Amal Chebbi. Parce que le gros marché par rapport à la coloration des fibres, c'est l'Inde, c'est la Chine, le Pakistan, le Bangladesh. Donc on a la même problématique : arrêter d'utiliser l'eau complètement. Ça m'apparaît vraiment comme révolutionnaire ».
La solution de Pigment Oco permet donc d'avoir zéro rejet d'eau ou de liquides polluants, une économie d'un tiers en matière d'usage de colorant et supprime les fixateurs chimiques qui provoquent souvent des maladies chez les travailleurs textiles. La start-up a bénéficié d'un programme de soutien des autorités tunisiennes pour un montant de 42 000 euros, 140 000 dinars. HEC Paris et l'organisation Women's Forum ont également servi d'incubateur à la startup.
« Pour nous, on cherche toujours des projets à impact, un impact social, environnemental. Et ce qui est bien dans le projet Pigment Oco, c'est que l'argument d'impact, il est immédiatement lisible, souligne Flavio Conesa, responsable initiative au sein du Women's Forum for the Economy and Society. On voit que la teinture textile, ça consomme à peu près 1 900 milliards de litres par an, et c'est 20 % de la pollution industrielle mondiale de l'eau et 80 % des colorants du marché. Ils sont toxiques et non biodégradables. Donc nous, à notre niveau, quand on est en jury de sélection, aucun juré n'a besoin d'une expertise sectorielle pour comprendre la valeur d'un procédé qui va supprimer l'eau et les produits chimiques dans l'étape de coloration des textiles. Le projet Pigment Oco coche tous les critères de Women for good, c'est-à-dire un projet qui est porté par une femme, un projet d'impact et un projet qui aussi est viable sur l'aspect financier et qui, au-delà de ça, ramène une innovation technologique qui peut vraiment bénéficier, avoir un impact bénéfique pour tous ».
Pigment Oco continue de développer son procédé entre Paris et Tunis et cherche des projets pilotes avec des usines textiles qui décideront avec cette solution de relever un défi environnemental et industriel.
À écouter dans 8 milliards de voisinsMode : pourquoi s’intéresser à la teinture textile?
SmartFin, une appli ivoirienne qui développe le sens de l'économie et de l'épargne
2026/08/03
Gérer ses revenus, économiser et même investir dans des produits d'épargne grâce à une seule application, c'est ce que propose à Abidjan la startup SmartFin depuis 2022.
Dans une Côte d'Ivoire où la classe moyenne augmente avec des revenus parfois conséquents, il est apparu pertinent à Colombe Djirebo de créer un outil de gestion et d'éducation financière. C'est ainsi qu'après avoir travaillé dans le domaine de la gestion de patrimoine en France, elle décide de retourner en Côte d'Ivoire pour créer, en 2022, SmartFin, une application et un site web où les salariés peuvent s'exercer et s'améliorer dans la gestion de leurs revenus.
« SmartFin, c'est une fintech spécialisée dans la gestion de patrimoine », nous explique la cofondatrice de la start-up. « Donc, on les aide à pouvoir gérer leurs dépenses, faire un budget, épargner et investir, donc à développer un patrimoine. Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, on a 30 % de fonctionnaires surendettés parce que les gens, justement, ne savent pas comment gérer l'argent dans le quotidien. Ils savent gagner de l'argent, ils ne savent pas comment le gérer. On a aujourd'hui des personnes en Côte d'Ivoire qui vont, par exemple, prendre des crédits bancaires pour des urgences de famille, pour faire la fête, pour offrir des cadeaux, par exemple. Et ils vont se retrouver malheureusement dans des situations où, une fois que le crédit passe, ils n'arrivent plus à faire face à leurs charges. C'est juste des notions liées au bon crédit, au mauvais crédit par exemple. Le bon sens financier n'est pas très élevé en Côte d'Ivoire. Le niveau d'éducation financière est hyper bas, donc ça crée encore plus le besoin. »
Niveau d'éducation financière hyper bas Un besoin que tâche de combler l'application conçue par Colombe. SmartFin propose par exemple des challenges comme le dépôt mensuel d'une somme déterminée et bloquée pendant un an, afin de générer un pécule qui, entre-temps, aura été rémunéré, comme l'explique Colombe Djirebo.
« C'est-à-dire que, par exemple, là, on a un marathon qui s'appelle "gbèssè". En Côte d'Ivoire, cela signifie 500 francs en langage nouchi. Dans ce challenge-là, chaque semaine, il faut pouvoir épargner 500 francs de plus que la semaine précédente. Le but, c'est d'avoir 689 000 FCFA à la fin de l'année, on va dire à peu près 1 200 €. C'est rémunéré à un taux de 4 %. En fait, là, on recherche surtout la discipline financière. Tous les mois, je me donne une certaine discipline pour pouvoir commencer à épargner. On est en partenariat avec ADEC, qui est une microfinance ivoirienne qui a un agrément, donc ce sont eux qui gèrent les fonds. Ce sont eux qui rémunèrent parce que nous, on n'a pas la possibilité de rémunérer. »
SmartFin faisait partie de la délégation ivoirienne présente au dernier salon VivaTech de Paris, une start-up qui, selon le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, représente le virage que doit prendre la fintech ivoirienne.
« En tout cas, en ce qui concerne la démarche, c'est véritablement ce type de démarche que je souhaite pour les start-ups ivoiriennes. Partir d'une idée sur la base de son expérience personnelle et de son savoir. Ensuite, lorsqu'il y a des opportunités de financement qu'on obtient, on continue de croître et d'investir dans l'affaire. Et je suis convaincu que c'est ce qui peut faire impact parce qu'elle s'adresse au fond à une masse importante de la population ivoirienne en termes d'éducation financière. Et, c'est bien ainsi ! »
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L'épargne, une compétence à développer Parmi les 20 000 utilisateurs réguliers de l'application en Côte d'Ivoire, il y a Larissa Koidio. Elle est sociologue et patronne elle-même d'une société de conseil en coaching de 2SC Transform-action.
« Je me suis rendu compte que l'épargne, ce n’est pas forcément parce qu'on gagne beaucoup qu'on sait épargner. Je me suis retrouvée dans des entreprises où la femme de ménage épargnait plus que l'informaticien ou le comptable. Les comptables, des personnes seniors dans leurs titres, recouraient à l'épargne du petit personnel pour pouvoir se dépanner. Donc, on comprend que l'épargne, c'est une attitude, c'est une compétence à développer. Donc, j'ai décidé en tout cas d'appliquer l'épargne comme attitude. Et je pense que plus les Ivoiriens feront, mieux ils se comporteront. »
Pour le moment, l'application s'adresse à un public essentiellement ivoirien. Mais, le projet de SmartFin à terme, c'est de s'étendre plus largement à l'Afrique de l'Ouest.
Terra Biga, une tontine 3.0 pour le Burkina Faso
2026/07/13
Vous connaissez sans doute les plateformes de dons ou de financement participatif comme Leetchi ou Ulule… Au Burkina Faso, le créateur d’une jeune start-up a mis en place en 2024 un équivalent africain, « Terra Biga », qui permet de soutenir des projets et même de faire des économies par des achats groupés.
Participer par des dons à des projets utiles à la société, réduire ses coûts de consommation avec des achats groupés de kits scolaires ou bien de groupes électrogènes, c'est la double fonction vertueuse de la plateforme burkinabè Terra Biga. Batiana Nacro, l'inventeur de cette application, était il y a quelques jours au salon VivaTech de Paris pour présenter son concept : « Terra Biga, c'est une plateforme de collaboration financière. Ça permet aux communautés qui ont des projets communs de facilement se connecter et de financer leurs projets elles-mêmes. C'est un principe de tontine. C'est comment utiliser le digital pour transformer effectivement le concept de tontine en quelque chose de plus robuste. Donc, ça s'adresse surtout aux populations locales. On a collaboré avec le Programme des Nations unies pour le développement au Burkina Faso et l'architecte Francis Kéré pour la réalisation d'une maternité dans l'est du Burkina Faso. C'est assez modeste comme investissement : 40 millions de francs CFA, soit à peu près 60 000 € pour la réalisation du projet. »
Une nouvelle maternité dans la commune de Tikba est donc en cours de financement sur dons privés. La start-up, elle, se rémunère en prélevant une commission de 6 % sur les sommes collectées, explique Batiana Nacro : « On est autour de 6 % ou soit sur des frais de dossier des fois qui sont de 10 000, 20 000 francs pour qu'on puisse mettre un projet sur notre plateforme. »
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« Transformer la "tontine" en quelque chose de plus robuste » « Qu'est-ce qui nous garantit que l'argent qu'on vous donnera, puisque c'est du don, sera bien alloué au projet du cabinet ? » lui demande-t-on.
« C'est vrai que c'est un point qui est très important. Et nous, on travaille vraiment avec des organismes qui sont reconnus au Burkina Faso. On n'a pas ouvert la plateforme à n'importe quel projet. C'est pour ça qu'on a commencé à travailler avec le programme des Nations unies pour le développement, pour être en mesure de cibler des projets qui sont sûrs et qui auront un suivi, parce que le Pnud est engagé derrière. Donc, on ne prend pas des projets d'individus qui disent : "Bon, moi, j'ai envie de soutenir les femmes de tel village, donnez-moi de l'argent, on va le faire." Non, ça ne marche pas. On ne travaille qu'avec des structures et c'est pour ça qu'on est plus aujourd'hui dans une approche B2B. Au-delà du financement participatif, crowdfunding, vous pouvez aussi acheter des produits en gros en vous connectant avec d'autres personnes de la communauté. Un village, des agriculteurs qui achètent les mêmes engrais chaque année, mais de façon séparée, et bien, on est en mesure de les regrouper pour qu'ils achètent en gros. On mutualise ainsi les intérêts. »
Batiana Nacro a bénéficié de l'aide de l'opérateur téléphonique Orange au sein des Orange Digital Center, qui accompagnent par du soutien financier et managérial les jeunes pousses de la tech burkinabè. Asma Ennaifer est responsable du pôle Orange Digital Afrique : « Terra Biga, nous l'avons découverte grâce au Poesam, le prix Orange de l'entrepreneur social. C'est un concours qui récompense les innovations à fort impact social. Donc, nous travaillons aujourd'hui avec cette start-up parce que sa solution, on aimerait l'intégrer dans Max it et développer de nouveaux services avec Orange Money et la Fondation Orange. Max it, c'est la "super-app" d'Orange. Elle a aujourd'hui 25 millions de clients. Et, quand on met en avant une start-up sur la super-app, on lui ouvre déjà un marché de 25 millions de clients. »
« On mutualise ainsi les intérêts » Quand une start-up fait appel à une autre start-up : la Sénégalaise Aïssatou Fall veut développer, elle, à Dakar, une application appelée « BPM », une billetterie en ligne pour toutes sortes d'événements culturels. Elle a besoin d'un coup de pouce financier de 9 000 euros. C'est donc naturellement qu'elle a fait appel à Terra Biga pour compléter son budget : « Pourquoi Terra Biga ? Parce que je voulais déjà utiliser une plateforme africaine, explique Aicha Fall. J'ai eu la chance d'aller au Burkina, j'ai eu la chance de m'asseoir avec Batiana Nacro et de voir en fait que c'est quelqu'un qui voulait vraiment aider la population africaine dans son ensemble. Je me suis dit : "Si je dois faire une campagne de crowdfunding, ce sera avec Terra Biga." »
Depuis deux ans, Terra Biga a permis la construction d'un lycée et d'un forage au Burkina Faso. Le projet de billetterie sénégalais, l'hôpital de Francis Kéré et une campagne de distribution de serviettes hygiéniques attendent, eux, les généreux donateurs pour prendre vie sur terrabiga.com.
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Maroc: trois mamans pharmaciennes inventent une application multifonctions pour femmes enceintes
2026/06/29
MamaBox est une application marocaine inventée par trois pharmaciennes de Rabat. Face aux innombrables questions que leur posaient les femmes enceintes ou jeunes mamans, les trois amies ont décidé de créer leur start-up pour donner – via un numéro vert WhatsApp – les meilleurs conseils en la matière. Une application gratuite qui, tout de suite, a rencontré un très gros succès.
Insomnie, fièvre, allaitement, spleen post-accouchement… C'est pour apporter des réponses objectives et pertinentes aux questions que se posent les jeunes mamans que Fatine, Hanae et Loubna, trois consœurs pharmaciennes de Rabat, ont décidé de créer une application et un numéro WhatsApp gratuit pour répondre aux inquiétudes des mères marocaines. Hanae Bouayad est l’une des cofondatrices de Mama Box.
« En fait, on ne manque pas d'informations. Aujourd'hui, on en a beaucoup. La problématique se pose sur la qualité de l'information qu'on reçoit et sur le temps qu'on met à trouver les bonnes réponses. Et une maman n'a pas toujours le temps. Ou un papa d'ailleurs, parce que même les papas sont parfaitement inclus dans notre programme. Les questions les plus fréquentes, les plus récurrentes portent sur les coliques, le sommeil de bébé et l'allaitement. C'est-à-dire : un bébé quand il ne dort pas le soir, qu'il a des gaz… On est là, on ne sait pas quoi faire et les mamans veulent soulager leur enfant qui n'arrive pas à dormir. Où trouver des solutions concrètes pour essayer de les aider ? Donc les coliques, l'allaitement maternel et le sommeil de bébé sont les trois principales préoccupations. Vient après le fameux baby-blues dont on ne parle peut-être pas assez et qu'on ne détecte pas assez vite d'ailleurs aussi. Donc cette santé materno-infantile, c'est la santé mentale et très importante parce que c'est ce qui permet aussi à la maman, après, de poursuivre sa vie de façon sereine ».
Réponse à toutes les questions récurrentes des mamans Lors d’une démonstration au salon VivaTech de Paris, Fatine Labraimi nous fait une démonstration de son numéro vert WhatsApp gratuit, le +212 615 16 40 51, et pose une question à l'IA du numéro : « Quelle est la fréquence d'allaitement que je devrais faire pour un bébé de trois mois ? » Quelques secondes, la réponse tombe avec une voix synthétisée : « À cet âge, l'allaitement se fait généralement à la demande de votre petit trésor. Les bébés allaités ont besoin de téter fréquemment, souvent entre huit et douze fois par jour, y compris la nuit. Plus votre bébé tète, plus votre corps produira de lait. »
Fatine Labraimi, cofondatrice de Mama Box, vante les vertus de leur invention.
« Par exemple, un bébé qui n'a pas fait son rot. Pour une maman, c'est une source d'inquiétude et nous, on l'accompagne, on la rassure avec une information fiable. Fiable parce qu'on utilise les sources du ministère de la Santé et de l'OMS. Donc ce n'est pas comme les autres IA. C'est une réponse validée par des professionnels de la santé, par le ministère de la Santé. C'est un numéro WhatsApp que la maman peut utiliser en vocal. Comme ça toutes les mamans peuvent l'utiliser, même celles qui ne savent pas lire et écrire. Elles interrogent en laissant un vocal en français, en arabe ou même en amazigh. L'IA répond en vocal aussi. On l'a entraînée pour qu'elle puisse répondre à des questions comme par exemple "tagmate", qui veut dire l'emmaillotage. Elle va savoir ce que c'est. Elle va pouvoir accompagner les mamans dans tous leurs besoins. Et on a aussi des trackers qui lui permettent de suivre avec elle le calendrier vaccinal, l'allaitement, les contractions du bébé, etc. Et quand on découvre que la maman a besoin d'un véritable accompagnement médical, on la met directement en contact avec des médecins qui peuvent lui parler en darija et en téléconsultation ».
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L'ami nocturne à qui poser une question Parmi les 40 000 personnes qui ont utilisé l'application, il y a Hadjar Belkasmi, maman d'un premier bébé et enceinte du second. « Honnêtement, sur ce sujet de la maternité, je trouve qu'il y a autant d'avis que de personnes sur tous les sujets, que ce soit l'allaitement ou pas l'allaitement, l'accouchement par voie basse, l'accouchement par césarienne. Je trouve qu'avoir un outil pareil dans sa poche est quelque chose qui est très, très rassurant pour une future maman, surtout pour une première grossesse. Mais avoir un outil qui accompagne, c'est beaucoup plus rassurant qu'avoir tout un village autour de soi avec chacun qui donne son avis différent. C'est un peu l'ami, l'ami nocturne à qui on pose toutes les questions qui nous passent par la tête ».
Le projet des trois associées de la start-up de Rabat est d'étendre leurs solutions aux douze régions du pays, par des partenariats avec les centres de santé publics ou privés, afin de donner les meilleurs conseils possibles aux 680 000 mamans qui accouchent chaque année au Maroc.
Au Sénégal, l'application Ekolbi assiste les enseignants dans la préparation de leurs cours
2026/06/25
Ekolbi est une plateforme de soutien et d’accompagnement des enseignants au Sénégal. Une application qui a moins d’un an d’existence mais qui permet déjà à des milliers d’enseignants de gagner en temps et en efficacité au profit de la pédagogie dispensée aux élèves sénégalais. Les créateurs de cette start-up ont présenté au salon VivaTech à Paris leur invention.
« Alors là, c'est l'écran d'accueil de l'application pour un enseignant du primaire. Il est au CM1 à Rufisque, etc. Son point d'entrée, typiquement, ce serait la planification. En mathématiques, il y a résolution de problèmes où l'enseignant doit faire pour cette semaine-là une séance de questions pour compléter un énoncé… »
Sur son ordinateur. Samba Sall, cofondateur d'Ekolbi, fait la démonstration de son application qui permet aux enseignants de respecter le programme pédagogique des classes de primaire ou du secondaire, tout en gagnant en temps et en efficacité.
« L'idée de départ, explique Samba Sall c'est d'adresser un problème qui est majeur dans l'enseignement et dans l'éducation d'une façon générale, à savoir la pénibilité du métier de l'enseignant. Dans des pays en Afrique comme le Sénégal, les enseignants ont des obligations qui sont fortes en termes de pédagogie. Donc, ils doivent respecter des directives dans la préparation de leurs séances de cours. Ils doivent faire des fiches pédagogiques, préparer des remédiations, etc. Et ce sont des tâches qui leur prennent beaucoup de temps, qui sont manuelles et éparses, et avec Ekolbi on permet à ces enseignants d'avoir accès à une plateforme qui leur permet de préparer leurs séances de cours en conformité avec les directives locales et les guides pédagogiques. Par exemple, en géométrie, on doit commencer par une situation-problème et toute cette démarche-là, elle peut être assez complexe à appréhender et à préparer à chaque fois. Pour chaque séance, Ekolbi permet de faciliter tout cela pour que l'enseignant puisse se consacrer, se concentrer sur la partie la plus essentielle à notre avis, qui est la pédagogie en elle-même. À savoir : les élèves, pour qu'ils comprennent réellement ».
Sur smartphone, tablette ou ordinateur, le coût d'accès à l'application est de dix mille francs CFA, soit 15 € par an. Aissatou Kounta est la cofondatrice d’Ekolbi.
« C'est non seulement un gain de temps, mais justement, cela leur permet de mieux enseigner. Parce qu'il faut savoir que les enseignants ont à peu près 20 fiches à préparer par semaine. Donc, ça prend du temps. Aujourd'hui, le fait qu'ils aient une application qui leur permet de faire ça en moins de temps, le calcul est vite fait, si je puis dire ». Outre les fiches pédagogiques et l'accompagnement des professeurs, l'application permet aussi de synthétiser le carnet de notes et les bulletins de chaque élève.
Sokna Saw est enseignante en CE2 à l'institution scolaire Amina Sow Mbaye de Bambilor : « Ce programme, ça facilite beaucoup le travail des enseignants parce que, avec lui, on arrive à faire des fiches en un rien de temps et des fiches qui suivent vraiment la bonne démarche recommandée par les inspecteurs, surtout en ce qui concerne les mathématiques. C'est très pratique. Il y a beaucoup de volets. Par exemple, cette année, mes bulletins de notes, je les ai faits avec Ekolbi en un rien de temps. Pour le gain, je dirais que ça me permet encore de plus me préparer. Par exemple, quand Ekolbi vous prépare les fiches, ça ne veut pas dire que je vais venir lire machinalement ces fiches devant les élèves. Ce sont des fiches que je m'en vais exploiter. S'il y a quelque chose qui n'est pas clair dans ma tête aussi, cela me laisse plus de temps pour moi d'aller m'éclaircir, pour encore mieux me préparer pour être très performante en classe ».
L'application Ekolbi en est à sa première année d'exercice scolaire, mais ses créateurs revendiquent déjà 15 000 enseignants qui l'utilisent. Une solution que la start-up sénégalaise envisage de décliner avec d'autres programmes scolaires africains.
Au Cameroun, des associations «sang pour sang» unies pour l'hygiène menstruelle
2026/06/02
Chaque mois, des millions de femmes et de filles font face à un défi invisible et souvent passé sous silence : le coût des protections hygiéniques. Sans accès abordable, c’est l'absentéisme scolaire, la perte de productivité au travail et la précarité qui s'aggravent. C'est pourquoi, au Cameroun, plusieurs associations militent pour que toutes les femmes puissent avoir accès à des serviettes hygiéniques et bénéficient de la tolérance et de la bienveillance de leur entourage.
En 2020, à Yaoundé au Cameroun, Caroline Weng et d'autres membres ont créé l'association Elles rayonnent ensemble. Leur crédo est de permettre l'accès aux serviettes hygiéniques pour les femmes et de réduire la précarité menstruelle. Une précarité qui est causée par un accès difficile à des produits de bonne qualité et à un prix raisonnable, ce que regrette Caroline Weng :
« On est sur le prix le plus bas actuellement, 700 francs CFA par mois. Et ça, c'est pour celles qui ont un flux, on va dire... pas très abondant. Mais pour les autres, c'est au moins deux fois plus, donc on est à 1 400 francs CFA par mois. On a besoin soit d'antidouleurs, soit d'autres choses. Et donc, on monte facilement à 50 euros par an. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Soit on sacrifie le côté santé et on va juste pouvoir s'offrir des protections menstruelles. Soit on n'a rien de tout ça et on se garnit avec un tissu pagne qu'on met sur nous. Ou bien, on ne va pas travailler ce jour-là parce qu'on a même pas de quoi se garnir et, du coup, parfois, l'employeur peut ne pas être très compréhensif. Il décide de lui "couper" son salaire ou de lui dire : "Écoute ! Si tu dois prendre cinq jours tous les mois ou trois jours, ça ne va pas être possible !" Le cycle de la pauvreté continue. Voilà la réalité vraiment telle qu'elle est en face. »
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Libération de la parole L'association milite pour une TVA moins lourde sur un produit qu'elle considère comme étant de première nécessité. Caroline Weng fait du lobbying également dans les villages, dans les écoles, pour lever les tabous autour de cette question : « Le point qui me paraît le plus important à souligner, c'est vraiment la question de la libération de la parole autour de l'hygiène menstruelle, de la part des femmes et des filles en tout cas. Pour la gent masculine, c'est encore un peu compliqué, même si on a certains alliés. Mais il y a une évolution maintenant, surtout chez la plus jeune génération qui essaie juste de lever le tabou autour. On voit une nette évolution vraiment à ce niveau-là. »
Une amélioration dans une société patriarcale qui passe par la jeunesse, comme l'explique René Nwoes. Son association, Wake Up Ladies, organise des rencontres dans les écoles : « On fait la corrélation entre la bonne gestion de l'hygiène menstruelle et la régularité à l'école. Il s'agit de dire qu'il est important d'accompagner les jeunes filles durant leur période menstruelle, parce que si ce n'est pas fait, elles vont plutôt manquer les cours. Et si une fille manque les cours constamment, elle a moins de chances de pouvoir réussir en fin d'année. Cela progresse vraiment petit à petit, mais on voit le bon bout. »
Serviettes recyclables et coupes menstruelles Des progrès menés grâce à un programme baptisé Sang pour sang unies pour la dignité. Un programme financé par l'Agence française de développement. Margaux Chinal est chargée de ce programme à l'Agence française de développement.
« Le programme Sang pour sang a effectivement tout un volet dédié à l'appui à des entreprises sociales et solidaires qui produisent des serviettes lavables. On a aussi des entreprises sociales qui ont choisi plutôt la coupe menstruelle. C'est une petite coupe en silicone qui s'insère en fait dans le vagin et qui permet de récupérer le sang menstruel, et on la vide au cours de la journée. Il faut idéalement que les femmes puissent avoir le choix et que ce choix soit fait de manière éclairée. Et pour cela, il faut qu'elles puissent avoir toutes les informations nécessaires sur la bonne utilisation des produits. On va avoir des projets de sensibilisation à l'hygiène et à la santé menstruelle dans les écoles. On va avoir des projets de plaidoyer au niveau des gouvernements. On a des exemples dans certains pays d'organisations qui ont déjà réussi à faire bouger un peu les lignes au niveau législatif. En plus des organisations de la société civile, on a un appui direct à 18 entreprises sociales et solidaires qui produisent des produits d'hygiène menstruelle grâce à ce programme-là », explique Margaux Chinal.
En 2025, le projet Sans pour sang, qui est prodigué également au Bénin, en Côte d'Ivoire, en Guinée ou au Nigeria, a permis à 24 000 jeunes d'être sensibilisés à la santé menstruelle. Quelque 75 000 personnes ont bénéficié d'une éducation sur leurs droits, réduisant ainsi les risques sanitaires et améliorant la dignité des femmes.
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L'association sénégalaise Kinsiba offre une «Bulle de vie» aux victimes du cancer
2026/06/01
Être au soutien des femmes sénégalaises qui ont subi une mastectomie c’est la raison d’être de Kinsiba. Cette association dakaroise procure aux femmes victimes d’un cancer du sein une aide physique et psychologique pour surpasser cet épisode douloureux et souvent traumatisant de leur vie.
Au début de notre interview, Dienaba Konaté, la fondatrice de l'association Kinsiba, nous raconte l'histoire d'une jeune Sénégalaise. Une anecdote emblématique, selon elle, de ce que doivent subir certaines femmes victimes d'un cancer.
« Une jeune fille de 24 ans qu'on a accompagnée. Elle avait une tumeur au cerveau. Encore étudiante, au niveau de son école ils prêtaient des ordinateurs pour que les étudiants puissent étudier. Et quand ils ont appris qu'elle était malade, on lui a repris son ordinateur. Sous couvert de : "Tu es malade, t'en auras pas forcément besoin longtemps. On va le donner à quelqu'un qui est mieux portant". Donc la violence de ça, c'est vraiment quelque chose de très difficile ! Quand on dit une personne a le cancer, on voit tout de suite la mort. Mais aujourd'hui, nous, on se positionne comme une alternative ».
Et cette alternative, c'est l'association Kinsiba qui, depuis deux ans, a offert à plus d'une centaine de femmes des prothèses mammaires après des mastectomies, assorties d'un accompagnement psychologique et d'un coaching. Pour se réinsérer dans la vie sociale et professionnelle comme l’explique Dienaba Konaté.
Être combatif pour affronter les épreuves de la vie « On travaille essentiellement avec des hôpitaux publics et le centre privé de cancérologie qui est à Ouakam. C'est eux qui nous réorientent les personnes. Si elles se font leur mastectomie, elles se retournent vers le service social qui ensuite nous contacte pour nous dire : "on a telle patiente, elle a un besoin de tant..." Et ensuite nous, on la rencontre, on prend les mesures. Ensuite, en fonction du stock, on remet la prothèse. On a pu collecter des fonds pour offrir plus de 100 prothèses. C'est très difficile de s'en procurer dans le pays parce que ce n'est pas forcément quelque chose de très répandu et pour peu qu'on en trouve, c'est extrêmement cher. En fait, on a lancé un parcours qui s'appelle le parcours "Bulle de vie". C'est un accompagnement sur quatre mois pendant lequel elles ont un accompagnement psychologique, thérapeutique et en parallèle, elles font de la boxe-thérapie. Ouais ! ( rires ) la boxe, la boxe cela fait souvent sourire mais il faut être combatif pour affronter les épreuves de la vie ! Mais au-delà de ça, ça leur permet d'avoir une rééducation physique post mastectomie, c'est très intéressant ! Et pour celles qu'on a commencé à suivre, il y a effectivement un vrai changement parce que le plus dur, souvent, ce n'est pas la maladie, c'est vraiment de se sentir seul. Et là, le fait de pouvoir partager, de pouvoir "déposer" tout ce qu’elles emmagasinent parce qu’elles ne peuvent pas en parler, bah ça a joué énormément ! »
Fatou Fall, technicienne de 30 ans et mère de deux enfants, a subi une double ablation des seins. Pour elle, le programme « Bulle de vie », conçu par l'association pour se reconstruire physiquement et moralement, a été primordial.
Maman a des seins ! « Ils m'ont offert des prothèses que mes enfants ont beaucoup aimées. Parce que quand je suis rentrée avec les prothèses et que je les ai mises, j'ai une fille de 4 ans, la plus grande, elle me disait "Ah, maman a des seins !". Elle était contente ( rires). Ouais, en fait, ça m'a trop trop émue ! Après, j’ai rejoint l'association pour leur projet "Bulle de vie" et ça aussi, ça m'a beaucoup aidée, vraiment ! Elles nous proposent des séances de coaching et de sport comme la boxe, pour qu'on puisse reprendre confiance en nous. Ça fait du bien pour le corps, mais aussi ça nous permet de dégager les émotions négatives parce qu'on se libère, je peux dire, parce qu'on souffre à l'intérieur. Ça fait mal, comme on dit. Avec le sport, on extériorise. Grâce aux séances de coaching, j'ai pu reprendre confiance en moi, affronter les gens et arrêter d'hésiter à me dire que je vais me faire rejeter. Bon, ça va, hamdoulillah, maintenant je gère bien ma vie, même si parfois y a des hauts, y a des bas, y a des jours sans et des jours avec... »
Dégager les émotions négatives L'association qui fonctionne sur fonds propres et l'appui de quelques donateurs a permis de prendre en charge 138 femmes atteintes d'un cancer sur Dakar. Le prochain projet est de construire une maison de santé intégrée sur la ville de Diamniadio.
Au Sénégal, Kalao, une brasserie au goût du succès ... et du fonio
2026/05/29
À La Somone, sur la Petite Côte sénégalaise, la brasserie artisanale Kalao, fondée en 2021, réinvente l’art brassicole avec des bières 100 % locales, à base de fonio, mil, riz et gingembre. Une microbrasserie artisanale, engagée dans une démarche écoresponsable et éthique qui valorise les céréales sénégalaises et multiplie les projets.
C'est parce qu'il ne trouvait pas de bière faisant écho à ses racines africaines que le Franco-Camerounais Raphaël Hilarion a décidé, il y a cinq ans, avec son épouse Marie, de fonder sa propre marque de bière, Kalao.
« Moi, je vivais à Paris et pour me rappeler un petit peu mes origines et mon enfance, j'allais souvent dans des restaurants africains. Et comme j'aime beaucoup la bière, je cherchais à retrouver un goût, une identité africaine. Alors évidemment, on trouve toujours la Gazelle, la Flag, mais je ne trouvais pas un goût bien spécifique. Et j'ai commencé à chercher des bières artisanales africaines. Je me suis aperçu qu'il n’y en avait pas et qu'on n'en trouvait pas du tout ni en Europe et très peu en Afrique. Et l'idée est partie de se dire : "Comment est-ce qu'on peut créer une identité d'une bière africaine ?" De se dire : "Il existe énormément de céréales en Afrique de l'Ouest. On sait aussi qu'il y a de la bière ancestrale en Afrique. Et comment arriver à trouver un mélange entre la tradition africaine et celle européenne ?" Et c’est ainsi qu’on a voulu créer une bière métissée ».
Une bière métissée L'un des éléments de base de cette bière est le fonio ou le mil, plutôt utilisé jusqu'ici pour les petits déjeuners, pour du dégué ou du thiakri, ce qui a intrigué les groupements de paysans avec lesquels travaille Raphaël.
« Oui, un petit peu ! C'est vrai que la plupart nous prenaient vraiment pour des extraterrestres en se disant : "Mais comment ? Comment est-ce que tu veux faire de la bière avec cette céréale qui sert pour le petit-déjeuner au Sénégal ?" Et nous, ce qu'on faisait, c'est qu'on allait les voir. On leur montrait à quoi ressemblait cette bière-là, pourquoi aussi c'était important de valoriser leurs céréales et de dire qu'il était possible de faire autre chose avec. Et surtout, le fait que ces céréales-là sont sans gluten aujourd'hui, c'est un énorme atout. En fait, c'est le consommateur maintenant qui cherche à boire correctement avec des céréales totalement différentes qui ont un apport nutritionnel important. »
D'une vingtaine de litres à ses débuts, Kalao brasse aujourd'hui 30 hectolitres à La Somone et l'un des projets de la brasserie est de s'associer avec les moines de l'abbaye bénédictine de Keur Moussa, comme l’explique Marie Dore, cofondatrice de Kalao.
Montrer au reste du monde ce qu'il est possible de faire en Afrique de l'Ouest « On sait que les moines bénédictins travaillent beaucoup la terre, ils produisent, ils ont des champs et ce sont de vrais épicuriens, donc ils sont vraiment déjà connus pour leurs produits. Et nous, on s'est déjà posé la question parce qu'étant férus de bière, de savoir s'il existait en Afrique une bière d'abbaye. On s'est rendu compte que ça n'existait pas. On s'est dit que cela serait formidable de faire une collaboration et de brasser ensemble et aussi de montrer au reste du monde ce qu'il est possible de faire en Afrique de l'Ouest, au Sénégal, des bières d'abbaye de qualité, uniques en leur genre. »
Valoriser la richesse des produits de la terre sénégalaise, c'est une évidence que nous décrit Frère Thomas, l'un des moines bénédictins de l'abbaye de Keur Moussa.
« Les moines ont une vieille tradition de brasserie et ça fait partie également de leur programme de vie, c'est-à-dire "Ora et labora, prie et travaille". Alors, les moines ont commencé à brasser à partir du 6ᵉ et 7ᵉ siècle et, inspirés sans doute par saint Benoît qui est notre saint patron, les moines ont une longue tradition d'hospitalité. Quand un hôte arrive, on lui sert les produits du monastère et donc la bière en faisait partie autrefois. »
Une alimentation plus saine qui gagne à être connue À Bruxelles, en Belgique, Sandrine Vasselin tient la Maison des poivres et des épices, baptisée Misao. D'origine congolaise, elle fournit à un autre brasseur belge, Cantillon, des épices africaines et elle se réjouit de l'émergence de microbrasseries sur le continent.
« Je pense qu'il en était temps. Mais je pense que maintenant les gens veulent un peu plus de goût. Ils veulent un peu plus dans une bière d'authentification. Et je pense que oui, c'est le moment ! C'est le moment de mettre en avant tout ce patrimoine, nos céréales, dont la majorité est sans gluten, et ils mettent en avant une alimentation plus riche, plus saine, qui gagne à être connue. »
La bière Kalao poursuit son bonhomme de chemin sur les tables des restaurants à Dakar ou à Paris. Quant à la bière des Bénédictins, la première cuvée sera vendue à partir du 7 juin à l'abbaye de Keur Moussa, une mousse après la messe dominicale à consommer avec modération.
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Des cultures saines et vertueuses au Burundi, c'est simple comme un coup d'agroécologie!
2026/05/26
L’ONG Inades porte depuis huit ans le programme Tapsa, une initiative visant à renforcer au Burundi la souveraineté alimentaire et à promouvoir des pratiques agricoles durables. Ce programme s’inscrit dans une dynamique de soutien aux petits producteurs et aux communautés rurales pour bâtir un avenir plus résilient et équitable en matière alimentaire.
L’ambiance était festive et agro-pédagogique au festival CCFD-Terre solidaire qui s'est tenu à Lectoure, dans le sud de la France, ce week-end du 9-10 mai. L'association française et l'ONG burundaise Inades présentaient aux festivaliers, entre autres, les formations entamées il y a huit ans pour convertir les paysans à une agroécologie plus responsable et plus saine pour l'estomac des consommateurs, comme pour la préservation de l'environnement.
« On a mené des études et puis on a constaté qu'effectivement, l'utilisation des produits chimiques a des effets néfastes sur la santé de l'homme et sur la santé du sol. Et c'est ainsi que nous avons pu convaincre les producteurs burundais de diminuer l'utilisation des produits chimiques de synthèse et on propose des alternatives en termes de biopesticides et de biofertilisants, explique Joseph Nigeze, le directeur de l'Inades Burundi qui met en œuvre ce programme Tapsa (Transition vers une agroécologie paysanne au service de la souveraineté alimentaire). Les paysans burundais ont été d'accord parce que pour eux, l'objectif c'est d'augmenter la production. Mais la valeur ajoutée, c'est de produire de façon saine, d'avoir une alimentation saine et durable. Ainsi, si on économise aussi les engrais, on économise aussi la santé ».
La campagne Tapsa a permis de former près de 4 000 foyers paysans au Burundi. Et de concerner 23 000 individus avec des techniques simples, peu coûteuses et efficaces. « On a identifié les plantes pesticides qui sont favorables pour la lutte contre les maladies des plantes, poursuit Joseph Nigeze. Il y a notamment le neem, il y a le Tithonia ou encore la cendre. Donc nous avons proposé toute une série de produits naturels qu'ils ont trouvés intéressants et qui les aident à lutter contre les maladies des plantes et à conserver les stocks des producteurs ».
Une production plus rentable « La production, avec l'usage des biofertilisants sur certaines parcelles, a varié de 30% à 40% en plus, surtout pour le haricot et le maïs, souligne Marie Reine Ndoricimpa, elle est agronome et responsable du projet Tapsa pour le volet formation des paysans. Mais pour le bananier, c'est plus de 100% ! En termes de prix, le prix des engrais chimiques varie entre 2 500 et 3 000 francs burundais le kilo. Pour la fumure, promue dans le cadre du Tapsa, c'est moins de 1 000 francs burundais par kilo. C'est aussi une fumure qui est de bonne qualité et appréciée par les producteurs ».
Le programme Tapsa, porté par le CCFD, est financé, entre autres, par l'Agence française de développement et concerne le Burundi, le Rwanda, la RDC, le Mali, le Burkina Faso ainsi que le Sénégal et le Niger. « On accompagne des acteurs locaux qu'on finance pour mettre en place des initiatives auprès de leurs propres membres producteurs. Donc il y a beaucoup de formations, de mise en place de champs-écoles, de mise en place de fermes pilotes, par exemple, liste Coline Podlunsek, responsable du projet Tapsa au CCFD. Des échanges aussi entre paysans, de pair à pair, sur différentes techniques. On va être sur des techniques de compostage, de fumure, de production de biopesticides, de bio-intrants. Ils vont aussi mettre en place des cases de semences paysannes, notamment sur les semences maraîchères, pour favoriser la maîtrise de la multiplication de la semence et le stockage. On va se concerter autour de la préservation d'une ressource, d'un lac pour la pêche par exemple, axé sur les bonnes pratiques certes, mais aussi avec beaucoup de sensibilisation des consommateurs ou des élus pour favoriser le financement de ces actions-là ».
Depuis qu'il est en place, ce programme d'agroécologie au Burundi a permis de régénérer plus de 750 hectares de surface agraire. Une nouvelle phase de quatre ans de gestion durable en milieu paysan devrait commencer en 2026.
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Naïma, une poupée «ludo-identitaire» ivoirienne
2026/05/24
Naïma est une poupée noire qui ressemble aux petites filles qui jouent avec depuis maintenant près de onze ans en Côte d'Ivoire, et à présent au-delà des frontières ivoiriennes. Sa maman s'appelle Sara Coulibaly. Elle est la porteuse de ce projet d'un jouet qu'elle surnomme elle-même « ludo-identitaire » en proposant aux enfants africains des jouets qui leurs ressemblent.
Dans ses bureaux de la Palmeraie à Abidjan, Sara Coulibaly, la maman de la marque Naïma Dolls, a fait d'un défi ludique pour sa première fille une entreprise prospère. Une réussite qui a débuté, comme souvent, avec une bonne idée et trois bouts de ficelle :
« Je pense que je suis la première, en Côte d'Ivoire, à avoir pensé aux petites filles africaines en se disant que ce n'est pas normal qu'on joue avec des jouets qui ne nous ressemblent pas. »
Une production de 150 000 poupées par an désormais « On a commencé à créer des petites Naïma, pour la petite Naïma à qui j'ai donné vie il y a 11 ans maintenant. Ma mère, ma grand-mère, tout le monde a mis la main à la pâte dans ce projet. On n'a pas commencé avec grands moyens : c'était 500 poupées, un site internet, sur fonds propres et beaucoup, beaucoup de courage et de passion » , poursuit Sara Coulibaly.
Naïma, une jolie poupée noire aux cheveux crépus, s'arrache dans les magasins de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Gabon ou même encore en Europe et aux États-Unis. Victime de son succès, la production est passée, en 11 ans, de quelques centaines à 150 000 pièces par an. Mais pour répondre aux normes internationales, il a fallu abandonner le conditionnement et les robes façonnées à Abidjan pour une fabrication à l'étranger. C'est le revers d'une médaille qui a quand même permis à Naïma Dolls de passer d'une dizaine de salariés à près de 50 aujourd'hui. Et avec une idée bien précise pour Sara Coulibaly :
« On a abandonné le conditionnement local pour aller à la quête du volume, pour ensuite récupérer la production et développer un marché véritablement en Afrique. Donc oui, j'assume d'avoir changé le lieu de production pour gagner en qualité, gagner en volume et pouvoir aller à la conquête de nouveaux marchés de façon beaucoup plus digne. Parce qu'une marque africaine vient des fois avec ses stéréotypes en termes de qualité. Et pour nous, la qualité, les normes, c'était très important. Il fallait qu'on puisse passer toutes les frontières en se disant que ce n'est pas parce que c'est une marque africaine qu'elle ne peut pas être vendue aux États-Unis, etc. Et maintenant que c'est fait, on peut maintenant espérer récupérer la production en Côte d'Ivoire. »
Une « ''ludo-éducation'' dédiée à la jeunesse ivoirienne » La marque a diversifié ses jeux pour développer ce que Sara appelle la « ludo-éducation » dédiée à la jeunesse ivoirienne :
« La ''ludo-éducation identitaire'', c'est simplement utiliser le jeu pour rétablir tout ce qui est le gap en termes de connaissance de soi, de son identité et de sa culture. Dans la main, j'ai un jeu de cartes, un puzzle sur la Côte d'Ivoire où on peut découvrir les richesses du pays, où il y a des illustrations de toutes les personnalités qui ont pu marquer la Côte d'Ivoire. Et on a fait la même chose sur les villes de la Côte d'Ivoire. On a plusieurs jeux de société qu'on a développés comme ça, où on apprend aux enfants, ivoiriens ou non, à découvrir la Côte d'Ivoire et l'Afrique de façon plus générale. On donne ainsi des billes pour ouvrir des discussions intergénérationnelles, interculturelles et puis, transmettre toujours un bout de la Côte d'Ivoire à tout le monde. »
Parmi les dernières créations : Le grand secret du musée, un livre illustré et coédité par l'Unesco, sous la direction de Maïmouna Camara, chargée du programme Culture à l'Unesco d'Abidjan :
« Pour la transmission de nos valeurs, il faut qu'on puisse impliquer de plus en plus les enfants et les adolescents pour expliquer, dans un langage assez accessible, certaines thématiques que nous portons. C'est la raison qui nous a poussé à travailler avec Sara Coulibaly, pour permettre aux adolescents de mieux s'approprier leur patrimoine culturel, pour parler du Djidji Ayôkwé, pour que tous ces enfants ivoiriens puissent connaître l'histoire de ce tambour-parleur. »
Le livre consacré au tambour Djidji Ayôkwé a été présenté au salon du livre d'Abidjan. Le prochain ouvrage permettra à Naïma de faire découvrir aux enfants ivoiriens l'histoire de la ville de Grand-Bassam.
À Maurice, l'intelligence artificielle au secours de la dégénérescence cognitive
2026/05/04
Sur l'île Maurice, une femme a mis au point une application afin de permettre aux personnes victimes d'Alzheimer de compenser leur vie handicapée par la perte de mémoire avec un assistant sur smartphone.
C'est parce qu'elle a pu bénéficier, avec 29 autres femmes africaines, du programme African Women in Tech and AI, sorte de pépinière à talents pour les nouvelles technologies, que Maleika Meh Nigar a développé son projet d'application pour aider les malades d'Alzheimer.
« Je suis en train de développer une application qui s'appelle AlzamAId. Nous avons une population qui est très âgée, et donc, on a beaucoup de problèmes associés à cela. Alzheimer est une maladie liée à la mémoire. Dans ce projet, je travaille sur une application qui va aider ces personnes-là à mieux vivre et à être indépendantes », explique-t-elle.
Maleika Meh Nigar poursuit : « Ce n'est pas que pour les patients. L'appli a également un composant qui va aider les ''care givers'' (''accompagnants''). On aura des notes pour effectuer les routines, pour prendre les médicaments, pour faire un tracking. Parce qu'avec cette application-là, il y a un bracelet qu'on met au patient. Et donc, on peut le suivre et le retrouver s'il oublie son chemin, comment rentrer chez lui... Comme il y a un agent intelligent, il peut enregistrer les mouvements des patients, et ainsi, on peut prendre ces infos pour concevoir des modèles et devenir plus performants avec le temps. »
AlzamAId, l'application de Maleika permet, par le biais d'un smartphone et d'un bracelet intelligent, de mesurer et de s'adapter avec l'IA aux besoins des malades.
« Pour les smartphones, explique la chercheuse, il y aura des applications pour les patients et pour les "care givers". Pour les membres de la famille, c'est très difficile. Certains sont proches du burn-out. Ils sont fatigués et parfois, ils ne savent pas quoi faire : notre application prévoit aussi un accès à une communauté avec laquelle on peut discuter de cela, se donner des conseils. »
Cette solution d'une application intelligente serait d'un grand bénéfice pour la médecine, estime, à Port-Louis, le docteur Geeta Dorkhy, qui collabore avec Maleika à ce projet :
« En collaborant, on pourrait améliorer la recherche, mais également progresser avec les données qui nous manquent, spécifiquement sur le déclin cognitif. Actuellement, le professeur Maleika travaille avec l'équipe multidisciplinaire pour avancer sur la recherche. Cela devrait aider à promouvoir des solutions de santé publique et à avoir plus d'aides locales et internationales. »
AlzamAId, le projet de Maleïka, pourrait aboutir d'ici l'année prochaine grâce au financement du programme African Women in Tech and AI de l'UNESCO en partenariat avec AI Movement, un incubateur basé au Maroc, à Rabat, qui accompagne les projets de 30 femmes africaines pour leur start-up dans la tech ou bien l'intelligence artificielle.
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