L'oignon est-il vraiment de toutes les marmites du monde ? Les ancêtres sont-ils gourmands ? Et la pomme de terre une déesse ? Vous saurez tout dans le Goût du Monde, l'émission qui parle de saveurs, d’histoires, de partage, de goûts : d’ici ou d’ailleurs. Ces goûts qui rappellent les souvenirs, les émotions, et nourrissent l’imaginaire. À vous ensuite de partager vos souvenirs et de faire chauffer les marmites ! Comme nous ne pourrons pas goûter, racontez-nous ! En mots, en photos, en recettes, en histoires, parlez-nous de vous ! Réalisation : Guillaume Munier. *** À écouter, podcaster, à partager, à déguster le samedi à 18h30 (vers Afrique luso), à 21h30 TU vers toutes cibles. Le dimanche à 11h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 (vers Afrique haoussa).
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Cheikh Niang: «Osez les épices! Apprenez à les comprendre, choisir, doser, faites-vous confiance!»
2026/10/24
Et si les épices étaient la partie émergée des cuisines africaines, une introduction aux goûts, à la terre, aux paysages ? Djansan, poivre, cannelle, thym, Zaatar ou sumac : n'ayez plus peur des épices rassure Niang cook, sentez, goûtez, apprenez, comprenez leurs atouts, et puis faites-vous confiance ! Cheikh Niang livre 40 recettes végétales, créatives, autour des épices pour permettre à chacun de les faire siennes.
Dans son livre N'ayez plus peur des épices, l'auteur, cuisinier et créateur de contenu raconte son rapport à la cuisine, à la table où le silence s'installe avant les grands partages, la générosité des goûts de plats fait aux sens à l'affût et à plusieurs, comme le lui a enseigné sa mère, « Elle avait juste son nez, sa main, son oreille. Elle ne disait jamais « j'ai mis une cuillère de ça » Elle disait « j'ai mis ce qu'il faut ». Et c'était toujours juste. Parce qu'elle goûtait. Parce qu'elle sentait. Parce qu'elle savait écouter la marmite.
Se réapproprier les produits et le narratif pour les raconter Cheikh s'évertue à valoriser les produits d'Afrique, « des super aliments comme le baobab, le moringa, le fonio qui ne sont pas proposés à leur juste valeur en tous cas, tant qu'ils n'ont pas été repérés par une marque qui en aura bien saisi le potentiel, s'occupera du packaging et le commercialisera. Il est fondamental que nous, Africains, Afrodescendants, la diaspora, nous reprenions à notre compte nos produits et l'histoire qui les accompagne. On ne peut pas juste rester là à regarder les choses se faire, c'est comme regarder passer le train ».
« Je suis très proche de mes racines, j'en suis très fier, je suis un enfant de l'Afrique ».
S'il fallait une liste : les 10 pour commencer Inutile d'avoir un placard entier d'épices explique Cheikh Niang, qui suggère plutôt de partir à la découverte de celles qui sont autour de vous : pourquoi pas du poivre ? La fortune des grands d'hier est à la portée de tout le monde aujourd'hui, des baies de genièvre, ou bien des plantes aromatiques séchées telles que le laurier, le romarin puis laissez-vous tenter, préparez vos propres mélanges, puis composez un plat autour des épices, à votre image : et si ce n'est pas réussi dès la première fois, affinez, reprenez, et apprenez à vous faire confiance !
Avec Cheikh Niang, cuisinier, créateur de contenus, auteur de 3 livres dont : N'ayez plus peur des épices, aux éditions de la Plage, fondateur du restaurant Enjoyyy à Paris. Cheikh Niang est aussi sur Instagram et Tiktok.
Au Burundi, Cheikh travaille avec Bani Academy et la centaine d'enfants accueillis dans ce centre, formés également à la couture et à la cuisine.
Avec Aïstou Mbaye, notre complice pour découvrir Enjoyyy et goûter les sandwichs de Cheikh.
► Pour aller plus loin - Enjoyyy le restaurant de Cheikh Niang, 20 avenue Saint-Mandé, 75012 Paris
- Boire les épices, de Mathilde Roellinger et Beena Paradin, éditions Ulmer
- Pastel et Yassa, de Aïstou Mbaye
- Grains d'Afrique, de Aïstou Mbaye, aux éditions Marie Claire
- Sacrées épices d'Afrique subsaharienne
- Pour tous et à chacun sa petite épicerie du monde.
Programmation musicale
Sameen, de Sulaf.
RECETTES
2 mélanges d'épices maisons inspirés des voyages de Cheikh
« Ces mélanges ne demandent ni balance ni règle : juste ton nez, et ton goût. Il faut mélanger, sentir, ajuster...C'est ça la vraie liberté culinaire. »
Curry doux au quotidien (sec) Curcuma, gingembre, coriandre, cannelle, piment doux. Idéal pour les légumes, le riz, les lentilles...
Poudre douce pour desserts et boissons chaudes (sec) Cannelle, muscade, poivre long, vanille. Pour des compotes, des porridges, du jus de gingembre, ...
Mijoté d'arachide, pois chiche et patates douces, recette issue de N'ayez plus peur des épices, de Cheikh Niang, éditions La Plage.
De la magie, je vous dis! Grigris, récits et recettes de traileurs
2026/10/17
Il y a forcément un peu de magie, en plus de la folie, pour qu’ils soient tant à aimer se lancer sur les sentiers comme des cabris, filer les crêtes et traverser les cours d’eau, avaler les kilomètres au cœur de la nuit, et des kilomètres encore au lever du jour !
Le trail ? Une course dans la nature, sur un chemin, avec un peu de dénivelé pouvant aller de 5 kilomètres à plus de 200.
Mais d’où vient aux traileurs leur énergie ? S’ils ne dorment pas : ils mangent, on les voit s’arrêter aux ravitos, fouiller dans les sacs que leur tendent leurs proches, coach ou compagnons de vie, se poser quelques minutes, vider les gourdes, saisir un fruit, déballer des barres, remplir les poches de leurs vestes de course, et ajuster leur lampe de poche sur le front.
Où est la magie ? Quelle forme prend-elle pour permettre à ces coureurs de défier ainsi toutes les limites ? Ce secret, c’est parce qu’ils se sont mis eux aussi à courir qu’Olivier Wyart et Julien Azuar ont d’abord voulu le connaitre, ils ont surtout souhaité comprendre. Alors, au fil des courses, ils ont posé la question à leur voisin, au peloton de tête, au héros de l’année précédente, et comme le trail est une histoire de passion, de sport et de solidarité, le cercle s’est élargi, et les portes se sont ouvertes, les langues se sont déliées, et chacun a commencé à raconter un peu de son sport, beaucoup de lui.
C’est venu d’un instinct de survie, on avait besoin de conseils pour savoir quoi manger et boire pour tenir. Le fait maison, c’est vraiment ce qui nous a attirés.
Le fait maison, servi en fiole mais imaginé, testé, confectionné sans laboratoire et avec des produits frais et… ordinaires ! Voilà où se cache l’extraordinaire ! Dans la confection de ravitaillements sur mesure, dont le coureur sait qu’il pourra en manger tout au long de la course, car là se trouve l’autre révélation : le traileur mange tout le temps et c’est la clef de sa résistance. Une alimentation en continu pour, en priorité, éviter la fringale, et donner au corps l’énergie dont il a besoin avant qu’il ne se pose la question.
73 rencontres, et bien plus encore de recettes secrètes de traileur : amitié, grigris, à chacun son ingrédient magique Il y a autant de recettes que de kilomètres dans un bon trail, des anecdotes, des confidences, des secrets bien gardés, des gâteaux savoureux, des plats sans aucun intérêt énergétique ou gustatif, mais investis d’une force magique puissante : ultra magiques ! Un livre écrit pour eux comme un carnet de notes d’inspecteurs qui se transforme en une ode au trail, aux athlètes, aux paysages, aux bénévoles, aux fans, aux sentiers et à la montagne, se dessine tout un écosystème aux airs de grandes familles, aux personnalités si différentes !
Drôle, malicieux, modeste, curieux, génial et ovniesque. Purée Magique est à mettre entre toutes les mains, même de celles et ceux qui n’ont jamais couru, qui sont des experts de sports sur canapé : il y aura toujours une recette ou une rencontre pour soi, une soupe aux orties à partager à l’auberge de la Roche, à la table de Patrick Bohard, cuisinier, ultra-traileur cueilleur champion de la Diagonale des fous à La Réunion. Il y est d’ailleurs ce week-end de mi-octobre au départ de la petite boucle – 110 km tout de même…
Chacun a sa propre approche sur la nutrition, le mieux c'est d'essayer et de trouver ce qui vous correspond le mieux. (Olivier Wyart)
Point « équipement », histoire du sport, chronologie des modes alimentaires, fabrication maison de viande séchée et sandales mexicaines : à défaut de chausser vos baskets, vous ressortirez riches de cette lecture, les yeux ravis par l’énergie des couleurs et des dessins d’Olivier Wyart. Si vous avez une recette secrète, nous serons heureux de la partager !
Avec Julien Azuar, médecin addictologue à l'hôpital public, et Olivier Wyart, directeur artistique et illustrateur, auteurs de Purée magique : recettes de traileurs paru aux éditions Glénat.
Pendant la course ? On essaie de manger tout le temps. (Julien Azuar)
Pour aller plus loin La Diagonale des fous à La Réunion
L'UTMB – Le premier vainqueur de l'UTMB a été le Népalais Dawa Sherpa.
Patrick Bohard, ultra-traileur et restaurateur, il tient l'Auberge sur la roche à Villers-le-Lac
Clémentine Geoffray
Ludo Collet, la voix du trail et Distances+ sur sa page Instragram
Boris Perelli, chef de cuisine pour athlètes
À écouter aussiDans la musette des cyclistes du Tour de France
Pour écouter encore plus de trail ? Le podcast Extraterrien
Dans mon bain, le podcast de Mathieu Blanchard
Benjamin Védrine, alpiniste
Jean-Marc Rochette
Huaraches, les sandales des coureurs de Raramuri de la Sierra dans le nord du Mexique, rarajipari est leur jeu traditionnel : une course par équipe sur des centaines de kilomètres en poussant une balle de bois.
Des recettes ultra magiques pas forcément bonnes au goût, mais le fait d'y croire, ça marche !
Programmation musicale « In The Middle of Nowhere » – Ala Ni, Adrian Young
Le gâteau choco-courgette de Clémentine
Cuisine et troubles alimentaires 2 : La fabrique des troubles
2026/10/10
Vous êtes-vous déjà posé cette question : lorsque l’on est enfant d’un pâtissier, est ce que les matins sont faits de croissants et de pains au chocolat ou bien le fait de les avoir à portée de main, au quotidien, rend ces viennoiseries finalement moins désirables ? Et pour les enfants de pizzaiolo ou de glaciers : une histoire - en somme - d’extraordinaire ordinaire.
Le fait de travailler dans la restauration, comme cuisinier, influenceur, boulanger, critique gastronomique, sommelier rejoint-il cet extraordinaire ? La lumière projetée sur la restauration a-t-elle changé la donne ? Ajouté un lustre à une réalité finalement plus pragmatique. Le fait d’être en cuisine tous les jours influence-t-il le rapport à son alimentation ? Comment sont nourris d’ailleurs les cuisinier.ères, les plongeurs, les chef.fes ? Le travail en cuisine peut-il être à l’origine de troubles ? De quelle manière se développent-ils et par quoi sont-ils provoqués ?
« Ce qui m’a frappé, c’est de constater que la restauration glorifie les failles et instrumentalise l’autodestruction », Lauren Malka.
C’est en entendant des cuisinier.ères évoquer leur rapport compliqué à la nourriture que la journaliste Lauren Malka a eu l’idée d’adresser la question. Son enquête pour le magazine le Fooding révèle que près de la moitié des personnes interrogées travaillant dans la restauration expriment du stress ou de l'anxiété vis-à-vis de la nourriture, des troubles pouvant conduire à des troubles des conduites alimentaires, des TCA, telles que l'anorexie, la boulimie, l'hyperphagie, des maladies mentales, bien au-delà des mauvaises habitudes, et autres grignotages.
« L'urgence aurait pu être un membre à part entière de la brigade, une personne physique tellement elle est palpable ».
La cuisine peut s’avérer à double tranchant : un exutoire pour certains, une descente infernale pour d’autres. Nos invités Ulysse et Mélanie ont accepté de témoigner. Ils racontent le stress omniprésent, de la fatigue physique et morale, des blessures, de la pression et de la perte de repère emporté par le rythme du travail en cuisine. A postériori, Mélanie Ordonez explique que « même en ayant un regard critique sur la situation, c’est une telle machine avec ce rythme imposé que l’on arrive plus à prendre de la distance. Je n’avais plus la notion de faim, j’avais l’impression de manger tout ce qui trainait, le stress crée une espèce frénésie, d’hyperphagie. Je n’avais pas faim j’avais besoin de manger pour supporter. »
Aujourd’hui, Ulysse est pâtissier à Lyon dans un établissement au rythme plus clément, son rapport avec son alimentation. Mélanie fait une pause loin des cuisines pour retrouver, elle l’espère, l’envie de créer et un apport amoureux à la cuisine.
Avec
Ulysse Almonte, pâtissier et Mélanie Ordonez, ancienne cheffe privée indépendante.
Lauren Malka, journaliste indépendante et hôte de podcasts (Libération, Livre Hebdo, Epicurieux, Mouais le journal, ... ), autrice de l’enquête pour Le Fooding et de Mangeuses, aux éditions les Pérégrines.
Pour aller plus loin - À retrouver : l’article de Lauren Malka dans le magazine Le Fooding
- Le Fooding magazine
- Violences en cuisine, de Nora Bouazzouni, Éditions Stock
- 5 ans après un article sur les violences en cuisine on fait quoi ?
- L'association BONDIR(E)
- Cuisine et trouble 1
- Violences en cuisine.
Programmation musicale : The Wave de Jungle.
Cuisine et trouble alimentaire 1 : la cuisine pour se réconcilier avec soi-même
2026/10/03
Est-ce en perdant du poids, en aimant les compliments reçus que le cercle vicieux s'est enclenché ? Est-ce en voulant garder un espace à soi, en maîtrisant son alimentation, son corps qu'au fil des jours il y a eu un glissement vers un contrôle permanent obsessionnel, dangereux pour soi, que cette « relation compliquée à la nourriture » est devenue trouble du comportement alimentaire et s'est ancrée.
Ces troubles tels que l'anorexie, la boulimie, l'hyperphagie boulimique modifient le rapport à l'alimentation, la perception du corps est souvent tronquée. Les réseaux sociaux ont accentué la pression en créant leurs propres « normes », souvent « hors normes » du corps et de sa « perfection ».
Le témoignage de Cheynese Kachame Ceux qui souffrent de ces troubles du comportement alimentaire parlent peu, les algorithmes s'emploient à masquer les mots des femmes et des hommes qui racontent et témoignent de leur souffrance et de leur lutte contre la maladie. C'est le cas de notre invitée, Cheynese Kachame, jeune femme créatrice de contenus et autrice dont les pages Instagram et TikTok regorgent de recettes, de partages gourmands et malicieux, curieux. Avec courage, elle laisse apparaitre depuis 2023 et la sortie de son livre Ma cuisine végétale, les troubles dont elle a souffert et qu'elle parvient aujourd'hui à surmonter. En introduction de ce livre, Cheynese pose des mots sur sa perte de poids adolescente, « dans ma famille c'est vite devenu tabou cette perte de poids », la perte de repères qui s'en est suivie, la maladie et la honte éprouvée. Elle raconte les difficultés rencontrées pour trouver des informations sur les TCA sur les réseaux « J'étais ado, mon premier réflexe c'était de regarder sur les réseaux sociaux et il n'y avait rien, absolument rien. Quand j'en ai parlé, pour la première fois de ma vie, j'ai senti une libération, un poids énorme sur mes épaules s'enlever. Toute doucement j'arrive à me réconcilier avec moi-même. »
Une forme de thérapie par l'immersion La journaliste Lauren Malka a enquêté pour le magazine Fooding sur ces troubles chez les cuisinier.ères notamment après avoir entendu certains dire qu'ils travaillaient en cuisine précisément parce qu'ils souffraient de troubles du comportement alimentaire. « Une forme de thérapie par l'immersion », comme le souligne Lauren Malka dont l'enquête montre que plus de la moitié des cuisinier.ères interrogées reconnaissent souffrir de troubles. Si travailler en cuisine peut paradoxalement être à l'origine de troubles, chef.fes, créateu.rices de contenus, critiques, auteur.ices racontent aussi que c'est par la cuisine qu'ils ont réussi à dompter leurs troubles et retrouver une relation apaisée à la nourriture. Cheynese s'est démarquée en adoptant une alimentation végane, elle s'est passionnée par ses déclinaisons, les cultures culinaires et c'est en partageant ces contenus qu'elle s'est réconciliée avec la nourriture.
« Ce que je cuisine est si bon que je veux rapprendre à savourer et arrêter de tout gâcher à cause de ma maladie. La cuisine est la seule addiction que j'espère garder toute ma vie », Cheynese Kachame.
Libérer la parole Dans la mode, la danse, le sport, la parole se libère et elle est écoutée. Des athlètes surmontent les tabous et la honte qui accompagnent souvent ces troubles pour exposer le problème, parler des conséquences sur la santé de ces troubles et aider à leur prévention, comme certains champions de Trail (Benat Marmissole ou Clémentine Geoffray) ou de gymnastique par exemple.
Longtemps perçu comme des pathologies essentiellement occidentales, ces TCA sont de plus en plus documentés sur le continent africain, où les villes se développent et s'agrandissent, et les modes de vie changent, plus ou moins influencées par les modes de vies des sociétés occidentales.
Avec
- Cheynese Kachame est une cheffe privée végan, créatrice de contenus et autrice de Ma cuisine végétale, aux éditions et Ramen and co, aux éditions La plage et sur Tik Tok
- Lauren Malka, journaliste indépendante pour Libération, Le livre Hebdo, Mouais le journal, le magazine Fooding pour lequelle elle a mené son enquête : « Troubles dans le ventre : ces cuisinier.ères souffrant d'anxiété alimentaire ». Lauren Malka est aussi l'autrice de Mangeuses, histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès, aux éditions Pérégrine
« À mesure des tours de taille perdus, je disparaissais, et pas seulement physiquement : j’étais de moins en moins présente, l’estomac vide et la tête pleine des aliments qui m’obsédaient et auxquels je ne touchais plus » Constance Lasserre.
Pour aller plus loin - L'enquête du magazine Fooding
- L'émission Priorité santé sur RFI
- La terre est une marmite, de Ryoko Sekiguchi, aux éditions Bayard dans la collection des petites conférences.
- Passer à table, d'Emilie Laystary, aux éditions Divergences
- Plaidoyer pour la gourmandise, de Constance Lasserre, éditions Équateur
- Troubles des conduites alimentaires dans les pays non occidentaux : influence des facteurs culturels et des médias. Médecine humaine et pathologie. 2018 thèse du Dr Murielle Lock Yam Lam, psychiatre à La Réunion.
- Comment le capitalisme remodèle la perception de nos corps, de Pierre Cazemajor, L'Humanité Août 26
- La série « Les jeunes passent à table » publiée dans le journal Le Monde l'été 2026 avec notamment cet article autour du konjac.
Programmation musicale : Shogi Ana, de Sulaf.
La recette : pourquoi ne pas choisir celle qui vous fait envie sur la chaine Tik Tok de Cheynese ? Cette sauce piquante arachide par exemple ?
«Votre nourriture parle à votre corps bien plus que vous ne le pensez»
2026/09/26
Imaginez que chaque bouchée soit votre prescription, un message adressé directement à votre corps, à vos cellules : que voulez-vous leur dire en mangeant ? Les siècles ont passé mais le dicton attribué à Hippocrate vaut toujours : notre nourriture est notre première médecine, ce que l'on mange est notre premier levier d'action pour être en bonne santé ou pour l'améliorer quand elle vacille.
Cynthia Ka, naturopathe et autrice, mise sur la liberté qu'offre la cuisine : « Chacun peut décider de son alimentation, selon ses besoins et ses envies, chacun peut décider de la faire sienne, et de ne plus la déléguer. »
Rendre au corps sa langue maternelle en le nourrissant de « vrais aliments » Cynthia Ka : « Nos plats nourrissent nos cellules, elles ont une mémoire qui vient de nos aïeuls, de nos ancêtres. Aujourd'hui la nourriture est très transformée, nous avons oublié de rendre à nos cellules et à nos corps leur langue maternelle, de les nourrir de vraies choses. Il faut retourner aux produits naturels, non transformés, qui nourrissent naturellement nos cellules et nous font du bien. Notre cuisine est notre pharmacie. »
Un guide pour revenir à l'essentiel Cynthia Ka s'est appuyée sur son expérience, sa culture, son parcours et ses traditions pour proposer un « grimoire moderne », un guide pour nous permettre de cuisiner notre pharmacie : des plats et une nourriture adaptés à nos vies, aux environnements dans lesquels nous évoluons en gardant en tête quelques piliers : limiter au maximum les produits transformés, acheter et consommer ce qui pousse autour de chez vous, préférer une patate douce à une pomme de terre d'importation, des céréales complètes, des fruits plutôt que des desserts tout prêts, des feuilles fraiches plutôt que déjà préparées, privilégier les fruits, les légumes, bruts et naturels, oublier les sucres blancs raffinés, habituer votre esprit et retrouver le goût des « vraies choses », sans rien ajouter.
En préambule, posez-vous la question Prenez le temps d'une introspection, de vous interroger sur ce que vous aimez, beaucoup ou moins, comment compensez-vous une frustration ? Buvez-vous de l'eau fraîche ou avez-vous besoin du goût sucré et du pétillant ? De quels moyens disposez-vous pour faire vos courses ? La nourriture est-elle la variable d'ajustement du budget du foyer ou un pilier ? Aimez-vous cuisiner ? Jardiner ? Vous intéressez-vous aux propriétés de ce que vous mangez ? Cynthia Ka explique, décrit, raconte et recommande en premier lieu d'apprendre à se connaitre pour élaborer ensuite la cuisine qui nous convient et nous ressemble. Elle vous semblera de fait naturelle et simple à adopter. Elle donne des clés, des pistes, des informations, dont vous n'aurez pas tous besoin, que vous laisserez sur le côté ou vers lesquelles vous reviendrez peut-être un jour, ou pas. Votre corps et votre santé sont un jardin, à vous d'en prendre soin et de le cultiver.
Avec Cynthia Ka, naturopathe, autrice de Mes assiettes naturo et Mes rituels naturo, aux éditions Leduc ; Le guide du cancer du sein, aux éditions Hachette Pratique. Cynthia Ka est aussi sur Instagram.
Dans l'émission, nous évoquons, écoutons, parlons de :
- Aïstou Mbaye cuisinière, conteuse, et autrice de Saveurs subsahariennes ; Pastels et yassa. Son dernier livre Ma cuisine d'Afrique est publié chez Marie-Claire
- Les cuissons en papillote et vapeur, de Nathalie Brigaud Ngoum, cuisinière, formatrice et autrice
- Un extrait du livre Goûts d'Afrique d'Anto Cocagne et Aline Princet, aux éditions Mango, avec le souvenir de l'écrivain et poète Alexandre Gondreau alias Capitaine.
- Autour de l'épigénétique
- De microbiote avec la microbiologiste Biliana Lesic.
Programmation musicale : « Meu Lugar » de Rita Payes et Lucia Fumero
Un chef, sa cuisine : pour Jules Niang, le contraste relie les cultures et les mondes
2026/09/19
Un dialogue horizontal, d’égal à égal. Le chef Jules Niang est né et a grandi à Wothi, un petit village mauritanien au bord du fleuve Sénégal. « Dans cette zone on trouve des villages jumeaux de part et d’autre du fleuve, l’un du côté de la Mauritanie, l’autre du côté du Sénégal. Quand les frontières ont été définies du temps de la colonisation, les familles possédaient souvent des terres de part et d’autre. Pour les conserver, elles se sont séparées en deux, ce qui explique aujourd’hui que la moitié d’une famille peut être sénégalaise, et l’autre moitié mauritanienne. La majorité des familles ont la double nationalité. »
Gamin, il a fait tout ce qu’un enfant peut faire au village : aller aux champs, pêcher, faire paître les troupeaux ; la main de son père l’a guidé, les gestes et la sagesse de sa mère, ses tantes, et ses grands-mères lui ont transmis les savoirs et les codes, la créativité, la cuisine. L’Afrique, il a les savoirs et les codes, il sait.
L’ancrage de sa cuisine est instinctivement double, elle fait l’éloge de la diversité. Pas de fusion mais un dialogue horizontal d’égal à égal « il n’y a pas un produit qui soit hiérarchiquement au-dessus de l’autre, c’est une composition globale. Il en va des produits comme des continents, ni l’un ni l’autre, mais deux d’égal à égal ».
Ce dialogue des cultures crée des passerelles solidement ancrées, des liens entre les continents.
Sa cuisine, Jules Niang la décrit comme une cuisine de contraste, à l’instar du clair-obscur, de la lumière et de l’ombre, le contraste souligne les rapprochements. Dans sa cuisine, les ancrages sont lyonnais et africains, le produit ancre dans un territoire, la cuisine dans un autre, les contrastes sont dans les températures, les produits, les textures, « de la glace sur un bouillon, de multiples dimensions viennent s’imbriquer dans cette notion de contraste. »
Jules Niang est l’un des chefs qui créent et écrivent cette nouvelle cuisine africaine en France. Une trace essentielle pour transmettre.
L’écriture est centrale. Un livre, cela rend audible. Plus les gens écrivent, plus leur voix est forte. La cuisine africaine a longtemps été essentiellement transmise oralement, les rares écrits n’étaient pas de natifs, mais de gens qui ont voyagé ou découvert la culture et la gastronomie. Cette histoire, notre culture et notre cuisine doivent être écrites par des natifs qui connaissent le patrimoine et l’histoire dans les détails. « Quand je parle du mil, je sais où ça pousse, je sais à quelle pétriode de l’année il est planté. Je sais quand on le récolte et comment on le conserve. Je sais comment on le mange et à quel moment de la journée. C’est toute une culture. Quand on l’enlève et qu’on le rapporte ailleurs, on peut perdre cette dimension. C’est pour cela que j’écris, je peux restituer cette part de l’histoire, cette part culturelle et vécue du produit. Cette transmission est intéressante ».
Avec Jules Niang, chef à Lyon du restaurant Petit Ogre, auteur de Contraste, cuisine d’ici et d’ailleurs, avec Agathe Masson et Maude Cucinotta, éditions de La Martinière, collection Menu Menu.
Pour aller plus loin L’Afrique cuisine en France, de Vérane Frediani, aux éditions La Martinière Un extrait de l’émission Avec Philosophie au sujet du Degré zéro de l’écriture, de Roland Barthes, de Geraldine Muhlmann et Justine Brisson Docteure en littérature : dans cette émission, Jules Niang rend hommage au travail de recherche et de transmission accompli par Aïstou Mbaye, cuisinière, autrice et plusieurs fois récompensée par les World gourmand book awards pour ses livres de cuisine « Saveurs subsahariennes » ou « Pastels et yassa ».
Programmation musicale : Wrong things, de Danitsa featuring Jarreau Vandal.
La recette
Lasagne de Saka saka crème de persil au cumin de Jules Niang. Recette issue de Contraste, cuisine d’ici et d’ailleurs, aux éditions La Martinière.
En cuisine avec Caroline Paré, Cuisine thérapie
2026/09/12
Sa voix accompagne les matins du monde sur RFI, dans la foulée de la matinale et d'Appels sur actualité, Priorité Santé, l'émission santé de RFI présentée par Caroline Paré. La cuisine, l'alimentation tout au long de la vie sont des sujets fréquemment abordés dans l'émission, quelle relation Caroline Paré avait avec la nourriture, quelle place a la cuisine dans sa vie ? Ainsi est né cet épisode du Goût du monde, le premier d'une série intitulée « En cuisine avec Cuisine thérapie ».
Dans cet épisode enregistré chez Caroline, micros posés sur sa table de cuisine, vous apprendrez que le fait de cuisiner est chez elle un langage, qu'associer les gestes à la parole, de cuisiner ensemble est central : la cuisine est le poumon de la maison, et de sa vie.
« Très souvent, la cuisine c'est aussi pour moi la cuisine thérapie parce que quand ça ne va pas, quand il y a un souci ; quand je veux me retrouver avec quelqu'un, on fait de la cuisine. Je sors assez peu, mon occupation du soir c'est de recevoir des gens, préparer des grandes tablées, les célébrations des fêtes, c'est important pour moi, pas tant pour les célébrations que pour le fait de recevoir et partager. »
Elle tient les gestes et le goût de la cuisine de sa mère et sa grand-mère et de son père. Trois influences, « Ma mère faisait une cuisine de tous les jours, on ne s'en rend pas compte que les mères font une cuisine exceptionnelle mais c'est classé cuisine du quotidien. Mon père faisait une cuisine traditionnelle... événementielle, c'était le cassoulet qui cuisait 7 heures dans la cheminée, il cuisinait très bien, ma mère avait une approche végétale, elle avait un potager, tous les jours il y avait de la salade. Sa mère cuisinait arménien.
En Arménie, la culture salade : le « green », espèce de touffe d'herbes aromatiques faite de basilic rouge, d'aneth, de coriandre et de ciboulette. On comprend pourquoi ils vivent vieux, tous les folates, ça donne un parfum et une fraicheur, génial ». Caroline revient sur les reportages réalisés pour Priorité santé en Arménie, le pays de ses racines maternelles, et la richesse des saveurs qu'elle y a redécouvertes puisque transmises dans l'enfance par sa mère et sa grand-mère.
« Ces saveurs, je les connaissais sans m'en rendre compte, un peu comme monsieur Jourdain dans la pièce de Molière qui fait de la prose sans le savoir, quand je suis allée en Arménie, j'ai découvert que les soudjouk, les pasturma, le boulghour c'était tout à fait normal d'en manger, habituel, c'est comme le pain en France ».
La cuisine et la santé L'alimentation occupe une place importante dans l'émission Priorité santé, Caroline ne rate pas une occasion de se rendre au marché quand elle part en mission, et parfois même de cuisiner comme elle l'avait fait à Dakar pour une émission avec la cuisinière Prisca Gilbert et la nutritionniste Binetou Cheikh Seck, un bonheur.
« J'en rêvais de cette émission si je pouvais en faire une dans chaque capitale je le ferais. Dans l'émission, on laisse vraiment la parole aux médecins spécialistes de la santé, c'est vrai qu'il y a énormément de thématiques et les auditeurs systématiquement posent une question avec l'espoir secret : qu’un aliment puisse les soigner sans médicament. Hélas cela n'existe pas, par contre mal manger peut augmenter les problèmes et bien manger peut améliorer la santé mentale, la qualité de vie plein de choses. En fait la nourriture, c'est comme la santé c'est partout, c'est tout ! On parle aussi à des personnes qui vivent dans des contextes où il peut y avoir un problème de malnutrition, il peut ne pas y avoir assez ou des aliments qui ne correspondent pas aux besoins, nous parlons de tout cela sans tabou. »
Transmettre et partager La transmission se fait de manière concrète, par l'écrit. Caroline a, dit-elle, bricolé un livre de cuisine avec les recettes familiales, et par les gestes, tout le monde cuisine, y compris ses 3 enfants cuisinent très bien. « Je fais parfois des repas spectaculaires, pour l'anniversaire de mon mari j'ai transformé la maison en restaurant, pour un menu 5 entrées, 5 plats, 5 desserts ».
À qui l'appelle Docteur Paré, elle répond : « Je ne suis pas docteur pitié, je suis journaliste, c'est bien suffisant.
Un rêve ? Comme pour les grands médecins, Caroline avoue une réelle admiration pour les grands chefs cuisiniers, j'ai de l'admiration pour les gens qui ont un savoir-faire particulier qui ont une maîtrise du geste, du savoir, de la compétence.
Les rencontrer ? Moi ça me fait rêver.
Pour aller plus loin : - Retrouvez la série de reportages de Caroline Paré et Victor Uhl en Arménie pour Priorité santé :
Système de santé et accès aux soins en Arménie
Arménie : soigner les soldats blessés
Du marché de Dakar en cuisine.
- Souvenirs de bords de route en Arménie « Les pistaches, miel, des brochettes géantes dans ce supermarché, c'était la caverne d'Ali Baba, les abricots, les cerises juste cueillies, c'était extraordinaire ! »
- Monsieur Jourdain est l'un des personnages du « Bourgeois Gentilhomme » de Molière.
- Dans la cuisine, quelques-uns des livres de cuisine et de pâtisserie de Caroline Paré :
Les meilleures cuisinières de France, de la Reynière, éditions Albin Michel Le grand manuel du pâtissier, aux éditions marabout Faites vos pâtisseries comme Lenôtre, aux éditions Flammarion La cuisine d’Alain Senderens Le Grand Larousse gastronomique Dictionnaire encyclopédique, d'A. Seigneurie, Édition nouvelle 1909.
Programmation musicale : « Dreaming », d'Izem et KOG.
La recette de Caroline Paré : un Boulghour chaud.
Il y a deux boulghours : un blond et un brun, Caroline préfère le blond pour taboulé et le brun en accompagnement.
Kebab tour et yaourt délice!
2026/09/05
La viande est grillée, presque croustillante sur les bords, juteuse, elle est glissée dans du pain ou une galette : en sandwich ou à l'assiette, le plat a conquis le monde. Appelez le kebab, kebap, shawarma, gyros, grec ou döner, préférez-le avec ou sans oignons, piment, herbes, légumes en pickles, sauce yaourt ? Vous choisirez le vôtre, il sait s'adapter.
Le kebab est un voyage en soi et une histoire du monde. Le kebab d'ailleurs est bien plus qu'un plat, c'est un concept culinaire, explique le géographe Pierre Raffard qui l'a découvert en Turquie et n'a cessé de s'intéresser à lui. Le kebab s'adapte, se diffuse, migre et se différencie ensuite par la manière dont il est servi et mangé : avec quelle viande ? Avec quelle sauce ? Quels légumes ? Pour qui ? Et avec qui ?
Progressivement se dessine le plat parce qu'un plat « quand il se diffuse, ne se diffuse jamais exactement de la même manière que le plat de référence, il s'adapte toujours au système alimentaire en place. C’est ce qu'on appelle la culinarisation », explique Pierre Raffard dans un épisode du podcast Bouffons.
Il ne se diffuse jamais de la même manière que le plat de référence. Il s'adapte toujours, un petit peu, beaucoup, passionnément, à la folie, se mêle aux cultures alimentaires locales jusqu'à se fondre si bien dans le pays d'adoption qu'on en oublie qu'il vient d'ailleurs.
Plats de cultures et plats de migrations, reflets de l'histoire Les pastels sont de ces plats, les nems, les burgers et les pizzas, plats de cultures et plats de migrations, reflets de l'histoire. Pour notre émission, c'est sur les tables du restaurant Mersin à Paris que nous avons posé nos micros. Mersin, fondé par Noé Lazare, un passionné de cuisine et des cultures culinaires, intarissable sur ce kebab découvert en version largement transformée à Paris, puis à Berlin en Allemagne, l'une de ses premières terres en Europe.
L’Allemagne l'a si bien adopté qu'elle s'est spécialisée dans la confection et l'export du matériel de confection des döner kebab, « celui qui tourne », précise Nurdane Bourcier, turque ayant grandi en France et oscillant entre Istanbul et Paris.
Le kebab en Turquie est cuit sur d'immenses broches, dans des endroits qui peuvent accueillir trois cent personnes, avec pain lavash cuit au tandoor, quelques oignons au sumac, cette épice acide. La viande est pesée – ce dont on n’a pas l'habitude en France – parce que c'est une viande qui coûte cher, c'est généralement du bœuf ou du veau, et d'ailleurs le döner en Turquie coûte relativement cher par rapport au reste parce que c'est une viande de bonne qualité, servie par portion de 100-150 grammes coupée très fin, quasiment pas assaisonnée, du coup on est à des années-lumières des kebabs européens, on l'aime vraiment pour la viande.
Le kebab est un voyage Notre point de départ est à l'est de la Méditerranée, mais nous sillonnerons l’Europe, ferons escale à Dakar, au Liban, en Syrie, au Japon et même au Mexique où le fameux pastor est une belle incarnation de notre kebab, l'avocat en prime.
Dans cette émission, on ajoutera au kebab l'acidité d'un yaourt, salé bien sûr, même si leur association n'est pas courante, notamment pour le döner. Ils ont en commun cependant un certain goût pour le nomadisme, le sens de l'adaptation et incarnent à ce titre ce qui fait que « la cuisine est la cuisine, sans frontière, il n'y a pas de guerre en cuisine », assure Nurdane.
Le yaourt est égoutté, fait maison, la fermentation se poursuit au gré des envies, et surtout lui aussi se mêle à tout et partout, jusqu'aux soupes de yaourt et de riz, la recette est partagée ici. « La découverte du yaourt à Istanbul a été un choc pour moi, raconte Noé, on peut le chauffer, le saler, en faire une soupe et cuisiner avec ! » Notamment cette fameuse soupe de yaourt, une soupe de l'estive dont il existe de nombreuses versions, précise Nurdane.
Une découverte enfin, le tantuni La viande est cuite dans un ustensile aux allures de grande poêle à réceptacle pour la sauce au milieu, assaisonnée, puis versée avec sa sauce dans une galette, recouverte de yaourt et de sumac, pliée en U pour éviter que le jus ne s'échappe trop ! Les prudents choisiront de le savourer à l'assiette, les yeux aussi seront ravis.
Avec :
Noé Lazare, passionné de Döner Kebab et de cuisine, restaurateur et fondateur de Gemüse, pour partager l'excellent kebab berlinois découvert dans la capitale allemande, puis Mersin où sont servis des kebabs et des tantuni. Mersin, 123 rue Simon Bolivar, dans le XIXe arrondissement de Paris. Tout y est très, très bon et fait maison.
Et Nurdane Bourcier, cuisinière, cheffe de Tamam Kitchen, histoires d'épices et de migrations et autrice : Le Yaourt, 10 façons de le préparer est publié aux éditions de l'Épure, l'aubergine, et la caroube sont parus dans la même collection.
Le mot kebab décrit une méthode de cuisson, ce sont les légumes rôtis, des herbes, c'est la cuisson au feu. Il y a plusieurs types de kebab, on va tout appeler kebab, le döner bien connu en Europe, c'est celui qui tourne sur la broche. Le yaourt est omniprésent en Turquie comme le Kebab.
Et pourquoi pas goûter à l'iskender si vous allez en Turquie ? Le pain est frit – un pide – avec de la viande arrosée de beurre noisette fondu et de yaourt acide, la tomate acide et sucrée, une odyssée du gras et de la gourmandise.
La cuisine, le seul domaine qui ne connait pas de frontière : dans une assiette, on peut ne pas faire la guerre du tout.
Pour aller plus loin Le monde sur la broche de Pierre Raffard, géographe spécialiste de l'alimentation, Calype éditions Le livre de la cuisine turque de Musa Dagdeviren aux éditions Phaïdon Un goût du monde tout sandwichs et déjà un tantuni Quelques adresses : dans le XIVe en écho au souvenir de Noé, dans le Ve arrondissement du côté du métro Cluny, dans le Xe arrondissement, Özlem, les adresses Gemüse et Mersin bien sûr, Anadolia à Boulogne-Billancourt, et toutes les adresses que vous voudrez partagez avec nous ! Programmation musicale : « The Wave » de Jungle
Passer à table ou autour d’un bol : ce que l’acte de manger dit de nous
2026/08/01
« Passer à table » : une expression employée dans la sphère policière, dans l’enquête : elle s'y prête doublement aussi quand il s’agit de manger ! En passant à table, chacun dévoile bien des habitudes révélatrices de qui il est. Manger devient une boussole pour comprendre le monde et ceux qui le composent, une loupe pour mieux le saisir, le raconter, en chercher les nuances, en prenant de la distance pour décentrer, dégenrer, décoloniser la nourriture, en restituant enfin parfois un héritage.
« En vietnamien, il existe une expression pour dire qu’on aime manger quelque chose ou plutôt qu’on sait le manger, à l’inverse quand on n'aime pas, on dit : je ne sais pas le manger, comme s’il était question d’une capacité : cette capacité à apprécier ce produit je ne l’ai pas en moi. On retrouve cela autour d’un fruit particulièrement clivant, y compris au Vietnam : le Durian ce fruit à l’odeur très tenace. Ce que j’observe depuis la France c’est que ce durian, il fait parfois l’objet de fierté pour les personnes de la diaspora quand elles arrivent à le manger justement. Peut-être parce que lorsque l’on fait partie de cette diaspora, que nos parents sont nés au Vietnam et nous en France, nous envions cette « vietnamité », pour moi elle n’a pas tout de suite été une évidence, j’ai eu à la construire. Et par peur qu’elle soit diluée, je me retrouve aussi contente et fière de savoir manger un durian. »
L’importance du choix, de la liberté, de la dignité face à l’assiette Réflexion autour de cette expression : « bien manger » et lui préférer mieux manger, plus inclusive, elle porte en elle un progrès que chacun peut faire, une marge d’amélioration à la portée de tous. Le bien manger est aussi parfois un endroit d’injonction : pour les parents, sommés de donner à leurs enfants de la « bonne nourriture » - identifiée comme tel par qui ? - Émilie Laystary revient enfin sur le slogan : « manger c’est voter trois fois par jour » au Début j’aimais bien cette expression que je trouvais programmatique : on a un pouvoir, celui de choisir ce que l’on mange trois fois par jour. Le souci avec cette phrase qui gratte un peu au même endroit que l’expression bien manger, c’est que voter c’est sensé être un droit. Bien manger, est ce que l’on est tous à égalité ? Est-ce qu’on a tous les mêmes moyens ? Le même temps ? La même disponibilité d’esprit ? Les mêmes habitudes pour le faire ? Ce slogan relève finalement plus de l’injonction de responsabiliser autant les individus.
Avec Émilie Nguyen Laystary, journaliste indépendante (Libération, Regain, Mediapart, ...), autrice de l’essai Passer à table. Ce que l’acte de manger dit de nous, aux Éditions Divergences. Émilie a également fondé l’antenne Provence de l’association École comestible et collabore souvent avec « Les grandes tables », dont le festival Koukouss aura pour thème « Herbes et aromates » pour l’édition 2026 fin août, début septembre.
Pour aller plus loin - Donner à manger. Politique d’un geste ordinaire, de Joëlle Zask, éditions Premier Parallèle.
- L’école comestible est une association convaincue que le monde peut être changé en donnant aux enfants mangeurs et mangeuses de demain les clefs pour comprendre leur alimentation, et la manière dont on mange. Leur permettant ainsi de devenir des adultes informés et des citoyens engagés. L'école comestible fonde ses principes sur ceux de l’association « mère » Edible Schooldyard créée en 1995 par la cheffe Alice Waters.
- Dans le Goût du monde : École comestible, changer le monde par la manière dont on mange
- Fermentation rébellion, de Uyen Do, aux éditions Des Équateurs
- Ensemble pour mieux se nourrir, de Frédéric Denhez et Alexis Jenni, éditions Actes Sud
- Les grandes tables et le festival KousKouss
- Recette de poche des recettes faciles, savoureuses, avec des produits locaux africains, pour cuisiner toute l’année
- Est-ce que tu manges ? de Grâce Ly et Mélody Ung
- L’association Le bouillon de Noailles pour la table et le partage à Marseille.
Programmation musicale
Amoul Solo, de Cheikh Ibram Fam.
Recette
Des recettes de kouskouss en écho au festival qui se tient à Marseille chaque année à la fin de l’été. Des recettes partagées par le collectif marseillais Épice.
Au bonheur du gras!
2026/07/25
Le gras, c'est la vie et c’est vrai. Après l’eau, c’est du gras dont notre organisme a besoin. Notre organisme est constitué d’acides gras, notre cerveau par exemple est constitué de 60% de lipides, on en a un besoin vital, et au-delà de l’aspect physiologique, le gras c’est aussi un formidable vecteur et exhausteur de goût !
Le gras : vital et injustement accusé de bien des maux Comme le corps a besoin de gras, l’évolution lui a appris à le stocker. Le gras est bien souvent accusé de tous les maux, or c’est oublier que « le métabolisme nous a fait comprendre que nous stockons tout sous forme de gras : quand on mange du sucre, on le transforme en gras pour pouvoir le stocker car c’est notre seule manière de stocker de l’énergie ». La clé, comme souvent, réside dans la diversité.
« Notre corps humain, explique Christophe Lavelle, est le résultat d’un processus de millions d’années d’évolution et pendant l’immense majorité de ces années, le gras était très rare parce que peu disponible dans la nature, qu’il soit végétal ou animal, et chez nos ancêtres au Paléolithique, c’était vraiment la quête du gras. Aujourd'hui le gras est surabondant pour une raison d’agro-industrie parce que c’est un des composés les plus faciles et les moins chers à produire. Donc si on raisonne purement en termes de calories, un être humain a besoin de 2000 calories. La manière la moins chère d’avoir ces calories, c’est à travers le gras. Et le sucre, c’est à peu près pareil, donc ces deux molécules qui sont le gras pur et le sucre pur sont ce qui coûte le moins cher et elles sont aujourd'hui surabondantes. Le changement de paradigme vient de là. Après tous les gras – les graisses et les huiles de palme ou d’olives –, ces triglycérides, notre corps a appris à les transformer tous sauf le gras trans, pur produit de l’industrie, que notre corps ne sait pas reconnaître puisque ce n’est pas naturel. »
Le gras vital est doublement bon quand on apprécie sa diversité, et qu’on choisit du gras naturel.
Le paradis du goût Le gras s’imprègne des goûts qu’il transporte et intensifie. C’est un allié gourmandise précieux, un voleur magique de saveurs : un corps gras a toujours du goût, mais le goût de l’environnement. Dans cette émission, nous nous penchons sur les autres gras, les autres beurres – végétaux ceux-ci, très présents dans les cuisines d’Afrique subsaharienne, de la pâte d’arachide au beurre de karité à l’huile rouge. Précision de la cheffe Anto : « Dans les noix de palme, il y a la pulpe qui va donner l’huile rouge et les amandes à l’intérieur qui donnent aussi une huile jaune foncé appelée l’huile de palmiste qui a un goût de noisette, avec laquelle on peut cuisiner et qui est aussi utilisée en cosmétique. »
Les purées, pâtes et les huiles artisanales La cheffe Anto et Kpénahi Traoré racontent la différence de couleurs des pâtes d’arachide due à la torréfaction des arachides ou des cajous : « D'un point de vue artisanal, comme certains résidus, des bouts de fruits restent dans l’huile ou la pâte, se conserveront moins bien, mais, ajoute Christophe Lavelle. On peut se souvenir de l’adage : meilleure elle est pour la santé, le plus rapidement elle se périme car plus riche en acides gras polyinsaturés, les meilleurs mais les plus sensibles à l’oxydation : l’idéal est donc d’en faire souvent ! »
Avec Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS, enseignant, passionné d’alimentation et de fermentation, cuisinier, il signe notamment Plaidoyer pour le Gras avec Frédérick e. Grasser-Humair aux éditions Hachette Pratique. Christophe Lavelle milite pour un retour en cuisine dans la joie et la bonne humeur. Une activité saine et quotidienne, qui permet d’être maître de son alimentation, et donc de limiter les plats industriels et les produits ultra transformés saturés avec du gras trans, le gras qui tue.
Anto Cocagne : cheffe, cuisinière, présentatrice d’émissions télévisées, autrice de Goûts d'Afrique et Mon Afrique aux éditions Mango. Elle est aussi la fondatrice de l’épicerie Baraka.
Clémence Catz : autrice engagée, formatrice à l’Institut de Naturopathie Humaniste. Elle a publié plusieurs livres aux éditions de La Plage, dont Les autres beurres.
Kpenahi Traoré est journaliste, productrice de l’émission Un jour au village sur RFI. Retrouvez-nous dans son émission consacrée au gras en écho à celle du Goût du monde.
► Pour aller plus loin
L'assiette du futur : avec ou sans viande ?
Acides gras polyinsaturés
Autour du régime cétogène
Alimentation et préhistoire
À découvrir : le rendez-vous C’est dans ta nature de Florent Guignard et notamment celui-ci sur les acides gras et les algues.
Beurre de karité
Le sésame des snacks de Boromo sur la route de Ouaga à Bobo Dioulasso
Mayonnaise à l’huile de palme par le chef Harouna Sow
Retrouvez les deux saisons de « Recette de poche » sur la chaine Youtube de RFI ou en podcast.
Programmation musicale : Naturally de Nectar Wood.
Le riz au gras de la cheffe Anto Cocagne
Et si un simple grain d’Afrique suffisait à transformer votre quotidien?
2026/07/18
Un simple grain d’Afrique à mêler aux habitudes, sans tout révolutionner, mais pour découvrir d’autres saveurs, sortir des sentiers battus. Le fonio, micro-flocons légers et savoureux, remplace la semoule de blé, des pancakes au moringa pour la couleur, du mil dont le goût fait penser à la noisette grillée en crêpes ou en gâteau, des haricots cornilles en beignets, ou pâte à tartiner : bons pour la planète, bons pour la santé et bons au goût, ces « grains » sont encore un cadeau de l’Afrique au monde !
Le monde peine à ouvrir les yeux, à remercier l’Afrique qui lui a déjà tant offert. Prenez l’arachide, la cajou ! Le souchet et le baobab attendent leur heure, Aïssatou Mbaye elle poursuit sa mission de conteuse et de passeuse en partageant ses recettes, ses liens avec les différents grains et leur histoire, elle qui a maintenant passé autant de sa vie en France qu’au Sénégal a cœur de transmettre, et que ses enfants partagent à leur tour les recettes et les saveurs de leur double culture.
Avec Aïssatou Mbaye, cuisinière, conteuse, autrice, son dernier livre Grain d’Afrique, 60 recettes pour une touche d’Afrique au quotidien est paru aux éditions Marie-Claire. Aïssatou a publié plusieurs livres primés sur la cuisine subsaharienne, elle est aussi fondatrice du keliba Café à Dakar pour la lire sur Instagram.
► Pour aller plus loin
- Farines d’Afrique Nathalie Brigault Ngoum et son univers
- Mon Afrique, de la cheffe Anto Cogagne
- Autour du mil
- La petite épicerie du monde
- BMK, l’Afrique passionnément.
Programmation musicale : Désert, de Jonathan Benisty et Michael Nkouaga.
Le goût de la flamme
2026/07/11
Le parfum du fumé, le crépitement des brochettes posées sur le grill, la flamme qui lèche les pots en terre, saisit les légumes dans le wok : la question de la flamme nous a souvent passionnés depuis que Le Goût du monde existe, sans doute parce qu’en découvrant le feu, l’homme a aussi découvert la cuisine !
Du barbecue à l’alimentation préhistorique (et l’inverse), des braises de Polynésie aux brochettes sautillantes du quartier de la briqueterie à Yaoundé, des brochettes de boulettes d’agneau au Caire, aux Dibi, pots de terre et wok fumants : la cuisine à la flamme, l’art de la braise et le boucané n’ont pas fini de nous animer!
Escale cette fois à mi-chemin entre la Thaïlande et l’Égypte qui ont en commun en plus du riz et de la mangue, le goût pour la flamme.
Avec
Anne Coppin, cheffe globe-trotteuse formée en Thaïlande et passionnée par la gastronomie Thaï, sa richesse, sa diversité folle, elle a ouvert avec son compagnon Franck de Visme : Faaï (feu) 11 rue Trousseau, 75011 Paris, une table thaï dont la braise et la flamme sont le fil conducteur, la cuisine s’éloigne des sentiers battus pour raconter le raffinement, l’équilibre et la créativité bouillonnante de la gastronomie thaï contemporaine finalement très peu goûtée en France. On se laisse surprendre par la douceur du plat « Gaebg massaman nuea » un curry massamn, boeuf confits coco et épices, la gourmandise des brochettes grillées à la braise, nappées de sauce tamarin, piment et coco. Anne et Franck sont aussi les chefs de Naam à Belleville et à Lille.
Omar Dhiab a fait ses classes dans les grandes maisons avant d’ouvrir son restaurant, éponyme, vite salué par le Guide Michelin d’une étoile. Le chef avait à cœur d’ouvrir un restaurant plus bistro où il pourrait d’avantage exprimer ses racines égyptiennes et tunisiennes : ainsi, a vu le jour Elbi qui met l’accent sur les 5 cuissons, dont évidemment, la flamme. Sa cuisine suit une montée en température maîtrisée, du cru délicat aux cuissons rôties intenses. Hawawshi, pigeon aux épices, taamiya croustillants, sans oublier les marinades et sauces addictives. Elbi (le coeur) est situé 54 rue Paradis, Paris 10ème. Son restaurant gastronomique est 23 rue Herold, dans le 1er arrondissement de Paris.
► Pour aller plus loin La série autour du bœuf, des patates et de la sauce avec Jean-François Mallet : avec ici l’épisode sur la viande « L'art de la braise en plein air », de Raymond Burren, aux éditions de l'épure. La cuisine du feu ou l’art de la braise avec Kobus Braai.
Programmation musicale : Hey People Now, de Ziggey Marley et Nikka Costa.
Cuisine caribéenne gastronomique et voyage en jardin créole
2026/07/04
Qui pousse la porte du restaurant du chef guadeloupéen Jean Rony Leriche à deux pas de l’Arc de Triomphe sourit instantanément car accueilli par une caresse : le parfum du fumé, du boukané. Ce parfum-là vous emporte droit « à la maison » - il est une version caribéenne de la madeleine de Proust - cette odeur familière, réconfortante, vous ramène instantanément aux racines, à ce savoir-faire transmis au fil des générations et savoureux marqueur culturel des Caraïbes à l’Afrique de l’Ouest.
Une cuisine caribéenne gastronomique Il y a bien d'autres parfums dans la cuisine de Jean Rony Leriche : parce que la maison est aussi dotée d'un jardin créole, d’arbres fruitiers, de fleurs, de plantes. Le jardin créole est « bien plus qu’un jardin », raconte Jean Rony Leriche montrant du doigt un citron caviar tout juste formé, « c’est aussi un garde-manger, une pharmacie, un lieu où faire perdurer ses traditions et savoir-faire, un lieu où se retrouver et partager. » Ce jardin si précieux car gage d’autonomie était parfois le seul bien sur les plantations, ce bout de terre cédé aux esclaves sur lequel des légumes, et des arbres fruitiers pouvaient être cultivés. Un jardin en héritage qui relie le chef à ses racines haïtiennes, à son enfance en Guadeloupe, une richesse partagée dans le quartier de Baie-Mahault. Un Jardin pour soi et sa famille, une continuité et la transmission d’un savoir et d’un lien avec son histoire et ses ancêtres.
Un conte créole et une histoire partagée Du pâté créole aux bananes pesées et pickles de gombo, à la mousse de lambi sur une feuille de manioc, cajou boucanée, aux veloutés d’igname, feuilleté de féroce d’avocat, la cuisine de Jean Rony Leriche est un voyage sensible et savoureux dans la mémoire et la diversité des cultures des Caraïbes. Le chef a à cœur de raconter et surtout de transmettre cet héritage des îles en allant dans les subtilités et l’immense richesse de la culture des Antilles, du voyage des produits, à la création des langues, des communautés, et à la résistance d’un peuple pour se fonder et exister.
Avec
Jean Rony Leriche, chef du restaurant Leriche, 16 rue Brey dans le 17ème arrondissement de Paris La salle est dirigée par Christine Leriche, la femme du chef. Instagram.
Ma cuisine antillaise, du chef Jean Rony Leriche, Éditions Brigitte Eveno
Cette émission est dédiée à la famille du chef Leriche et à Suzie Zozio, biochimiste et restauratrice, spécialisée en plantes médicinales, décédée en 2026.
► Pour aller plus loin - Jaden lhéritaj, du chef Leriche à Baie Mahault inauguré au Printemps 2026.
- Mauro Colagreco, chef du Mirazur à Menton
- Moi Tituba, sorcière noire de Salem, de Maryse Condé
- Boucanage : technique ancestrale utilisée pour conserver en fumant poissons et viandes.
- Autour des jardins créoles
- La cuisine caribéenne transcende les frontières grâce au programme Transcultura Unesco
Programmation musicale : Fruit and flower, Marcus Gad.
1, 2, 3 : bouillonnes !
2026/06/27
Bouillonnes, un rendez-vous « bonus » du Goût du monde : une fois tous les deux mois, nous inviterons des personnes ayant toutes un rapport avec la nourriture et le fait de manger : des écrivains, des pêcheurs, des meuniers, cinéastes, ingénieurs, cuisinières, philosophes, juristes, architectes, cuisinistes ; de ceux qui mettent les mains dans la terre à ceux qui pensent le fait de manger.
Ce rendez-vous est né de l'idée que sur le terrain, dans nos rencontres, dans les histoires qui s'échangent, des thèmes et des sujets se recoupent, des fils se tendent sur les réseaux, des faisceaux convergents se dessinent.
Une histoire « de rien », vraiment ? Cette histoire de rien en apparence, on le pressent, pourrait devenir un sujet qui nous concerne tous plus ou moins, au Nord comme au Sud, un fait de société.
Au menu du premier épisode,
Il est question avec la journaliste Estérelle Payany de bouillons, de cuisson à petits bouillons, de frémissements, et autres états qui nous conduisent à nous interroger sur les mots du bouillon, et surtout sur l’énergie requise et les économies que permettent les marmites, norvégienne ou japonaise, les donabe dont ceux que façonne le potier Ben Lignel, qui ne nécessitent pas d’être toujours sur un feu. Grâce à ces marmites et cocottes -iconiques ! - des économies en temps et en labeur sont faites, d’autant plus quand la source de chaleur n’est ni du gaz ni de l’électricité, mais du bois qu’il faut aller chercher ou du charbon : les combustibles pour assurer le feu sous la marmite, les fumées qui s’en dégagent, la pollution de l’air dans les cuisines et le temps passé par les femmes dans les émanations polluantes de la cuisson. Louons ces marmites qui permettent à la cuisson de se terminer dans les chaleurs résiduelles des premiers feux.
En images (@ Ben Lignel)
Question aussi de ces bouillons et autres liquides essentiels dans les cultures d'Asie de l'Est et du Sud-Est. Le donabe rappelle à la romancière Grace Ly les casseroles en argile très utilisées en Chine. Elle nous parle de cette tendance sur les réseaux : le China Maxxing : des internautes découvrent des pratiques chinoises liées au bien-être et à la santé des révélations révolutionnaires : par exemple boire de l’eau chaude le matin ou boire du bouillon. Les « Tang » bouillons, indispensable institution et de la « Chinese way of life » tendance sur les réseaux sociaux.
L'eau source de vie, la première à donner pour répondre à l'urgence, pour restaurer, remettre sur pieds en apportant soin et nourriture, en proposant une écoute et l'hospitalité avant même de penser à donner à manger. Une réflexion rencontrée à 3 reprises par la journaliste Emilie Laystary : avec la publication d’un livre hommage à la restauration scolaire collective : « on veut du rab » de Martin Planchaud parce que restaurer les enfants, nourrir les enfants les plus jeunes, c’est aussi éduquer les citoyens de demain. Dans le livre des Soulèvements de la terre qui parle de cantines de lutte avec cette question très pragmatique : comment nourrir des milliers de manifestants et enfin, dans le projet marseillais « navire avenir », avec un volet autour de la nourriture cuisinée pour les migrants rescapés en Méditerranée à bord de l’Ocean Viking, le navire de l’association européenne SOS Méditerranée. Le temps des repas représente un moment précieux pour les migrants, une brochette de citoyens marseillais se sont réunis autour de Marie-José Ordener des grandes tables, d’une diététicienne des hôpitaux de Marseille pour trouver le moyen de préparer les repas en avance pour les rescapés en prenant en compte leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires et culturelles. Des recettes de plats rassasiants, bons pour la santé, et bons au goût : la cuisine de l’urgence doit être aussi celle de l’hospitalité : bien accueillir chez soi, la bienveillance et la cordialité, accueillir les personnes en parcours de migrations et bien les accueillir.
C’est parce que la table est un lieu d’hospitalité, de convivialité et de refuge, mais aussi de pouvoir et de hiérarchie qu’on voit émerger un phénomène de résistance : la nourriture Queer raconte la journaliste Lauren Malka. Le fait pour les minorités de genre et de sexualité de se réapproprier l’alimentation pour en faire un outil de résistance et de soins communautaires. Sortir la cuisine du milieu familial hétéronormé et de créer des refuges, c’est l’idée sur laquelle s’est penchée la chercheuse Felix Kazi Tani en partant des fanzines américains et en cherchant les points communs avec les recettes dites Queer. L'idée pour renverser les schémas : transmettre une recette en la nommant d’une personne réelle. La nourriture queer interroge aussi notre façon de produire de la nourriture. « Cultiver notre propre nourriture n’est pas seulement une question de survie, affirme la militante sud-africaine Melissa Britz : c’est un acte politique de libération noire, queer et africaine ».
Bouillonnes avec 4 journalistes, une romancière autour de la table :
- Estérelle Payany, journaliste et critique culinaire, autrice de Cuisine végétarienne aux éditions Flammarion
- Emilie Laystary, journaliste indépendante, spécialisée dans l'alimentation, autrice de l'essai Passer à table, ce que l'acte de manger dit de nous, aux éditions Divergences, vous vivez à Marseille.
- Grace Ly, romancière, son dernier livre Les nouveaux territoires est paru chez Harper Collins. Elle est aussi la co-hôte et productrice du podcast « Kiffe ta race »
- Lauren Malka, journaliste indépendante, notamment pour Livres hebdo et Libération, autrice du livre Mangeuses, histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès, aux éditions Pérégrines.
► Pour aller plus loin, lire et retrouver les sujets abordés pendant l’émission :
- Les donabe de Ben Lignel
- Autour de la Chinese way of life et du China Maxxing
- Bouillons bienfaisants, de Jennifer Hart Smith, Hachette Cuisine
- Les congee
- Le projet navire avenir à Marseille
- Ocean Viking
- SOS Méditerranée
- Donner à manger, de Joëlle Zask, aux éditions Premier Parallèle
- Dans le goût du monde
- Le conte : la soupe aux cailloux
- Les grandes tables à Marseille, Cuisine du quotidien et de l’extraordinaire
- Queer Food Festival à Montréal
- Le Queer Food Growing Collective Market dans les Cape Flats près du Cap
- « L'anthologie Queers at the Table », un guide illustré de nourriture queer (qui contient de vraies recettes) vient tout juste d'être présélectionné pour le prestigieux Prix littéraire Lambda 2026.
- Riva Donabe (Pot-au-feu) bas à anses creusées pour 4 personnes. Contenance : 2.25l . Grès chamotté, engobe et émail Travail à la plaque (estampage) et modelage Compatible : gaz, plaques, halogène, vitro céramique, braises, four, poêle (induction : uniquement avec plaque-relais)
- Madame Takei - Donabe (Pot-au-feu) à anse en terre pour 4 personnes. Contenance : 2.5l. Grès chamotté, engobe et émail. Travail à la plaque (estampage) et modelage. Compatible : gaz, plaques, halogène, vitro céramique, braises, four, poêle (induction : uniquement avec plaque-relais)
- Mini Do’ - Petit donabe (pot-au-feu) emboité pour 2 personnes contenances: 1,25l Travail à la plaque et modelage. Compatible : gaz, plaques, halogène, vitro céramique, braises, four, poêle (induction : uniquement avec plaque-relais).
Programmation musicale : Rien à fêter, de Camille Yembe.
Refugee Food Festival : «La cuisine met tout le monde à égalité»
2026/06/20
Le Refugee Food Festival tient sa 11ème édition avec toujours la même ferveur et le même objectif : faire changer le regard porté sur les réfugiés, et la recette est bonne : le temps du festival, aux fourneaux, des cuisiniers réfugiés conçoivent un menu à 4 mains avec des chefs de restaurants locaux qui partagent leurs fourneaux. Les histoires et les récits se mêlent, la langue est celle de la cuisine, celle des gestes et des goûts, elle se passe de vocabulaire.
De ces rencontres, naissent des plats uniques pour le festival. Au-delà du festival, l’association créée en 2016 se mobilise toute l’année pour accueillir, former et aider à l’insertion des réfugiés par la cuisine.
« C'est vraiment né de ces voyages et de la conviction que la cuisine est en pouvoir et un outil très fort de découverte et de compréhension, quelque chose qui permet de valoriser aussi qui on est, son identité, d'où on vient, de perpétuer aussi des traditions qui font notre identité. Et quand on parle de personnes qui sont en exil, ça a d'autant plus de sens de préserver son patrimoine et son identité. » Mandrila, co-fondatrice du Refugee Food.
Irène Zhao et Doha Al Jammal travaillent toutes les deux dans la cuisine du Refugee Food à la cité du Refuge à Paris. L’association a 3 lieux : 1 restaurant – la résidence à Ground Control – 1 cantine « les arbustes », un réfectoire et une cuisine centrale où sont préparés les milliers de repas d’aide alimentaire distribués chaque année à Paris, et les plats du service traiteur. C’est dans cette cuisine que travaille Doha, réfugiée en France depuis 2015, Irène elle est la seconde de Harouna Sow, le chef des cuisines de l’association, lui-même réfugié mauritanien.
« La cuisine Refugee Food, c’est comme plusieurs restaurants en un, c’est une énorme richesse » Tibétain, libanais, haïtien, malien, l’expression « cuisines du monde » ne répond pas à une tendance, elle l’incarne. Chaque cuisinier partage sa culture et ses savoir-faire dans l’élaboration des menus. Irène Zhao orchestre le travail avec rigueur, douceur et pédagogie. Le français est la langue partagée dans les cuisines, mais elle manque parfois encore un peu de maîtrise - apprendre une langue à l’âge adulte est un défi que nous ne serons pas toujours prêts à relever ! -
Femmes en cuisine : se faire sa place, trouver sa voix Dans toutes les cuisines, travailler en étant femme est un défi, il est physique et soulève des questions évidentes de positionnement et de genre. « Les cuisines du Refugee food sont très bienveillantes, explique Irène Zhao, la difficulté vient de la multiplicité des cultures et des origines des personnes avec lesquelles on travaille. L’égalité homme/femme en général, au travail plus particulièrement n'est pas le même partout. Pour nous, il est important de recontextualiser et de montrer la voie que l'on veut prendre dans nos cuisines. Nous demandons à tout le monde juste de suivre ces règles de base, en cuisine, plus encore : quand on est un petit gabarit, avec une voix un peu plus douce, il faut savoir diriger une équipe en douceur et avec fermenté. Cela nécessite cadre et organisation. Quand l'équipe voit que l'avancée est sereine que l'on cuisine bien et que de belles choses sont réalisées : il n'y a plus de question ».
Avec Doha Al Jammal, réfugié syro-libanaise et Irène Zhao, cheffe de partie et seconde de Harouna Sow, le chef des cuisines du Refugee Food.
- Pour goûter la cuisine de Doha, elle a ouvert son entreprise traiteur Tayeb
- Refugee Food, l’association a 3 lieux à Paris et des antennes dans plusieurs villes de France, dont Marseille ou Tours. Pour être bénévole, il suffit de vous inscrire, pour soutenir : les détails sont sur le site.
La programmation du festival 2026 est disponible ici.
- Sur instagram
- le Refugee food festival se poursuit jusqu'au 28 juin 2026. Si vous êtes à Paris le 23 juin, ne ratez pas le diner méditerranéo-haïtien imaginé au Delano Café par le chef Paolo Minelli et Chantal Cherry, ou encore le régal ivoirien qui s'annonce au Vintage bar à Rouen ce week-end.
- Chaud devant une BD, de Géraldine Meignan et Huber Van Rie, éditions Bayard.
Programmation musicale : FALA, de Dienaba Traoré.
Recette de poche : le podcast de RFI et du Goût du monde avec le chef Harouna Sow (saison 1) et la cheffe Georgiana Viou (saison 2).