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24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2026/04/07
Latest episode
2026/10/23
Average duration
4 min.
Release period
7 days
Description
Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.
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Birmanie: les calculs de la junte derrière les images d'Aung San Suu Kyi
2026/10/23
Cette semaine, pour la première fois en plus de cinq ans de captivité, l'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a pu parler à son fils au télphone. De rares images d'elle ont aussi circulé alors qu'elle recevait un cadeau du roi Charles III. Une opération de communication bien ficelée.
L'opération est distillée sur deux jours. Elle commence mercredi 21 octobre avec cette photo de l'ancienne icône de la démocratie en Birmanie assise face à de deux hommes qui tournent le dos à l'objectif. Le décor est une pièce similaire à celle des dernières images diffusées d'elle au mois d'août dernier avec un représentant de la Croix rouge. On ne sait pas s'il s'agit d'une pièce de sa résidence surveillée où elle a été transférée après des années de prison suite au Coup d'Etat militaire qui l'a renversée le 1er février 2021.
Cette fois-ci, l'image s'accompagne d'un élément de langage sur Aung San Suu Kyi, décrite comme une « détenue spéciale de sexe féminin », première fois que les autorités birmanes utilisent ce terme pour désigner celle qu'on surnomme aussi la « Dame de Rangoun ». Sur la photo, les deux hommes face à elle, des officiels du ministère de l'Intérieur, lui remettent un colis de la part du monarque britannique. Charles III lui a notamment envoyé deux ouvrages, l'un sur le jardinage et l'autre sur la cuisine issue de la terre, de l'agriculture biologique. Un cadeau de la part de l'ancienne puissance coloniale et du roi Charles connu pour sa passion de la botanique et de l'environnement, lui qui a reçu Aung San Suu Kyi en 2014 et en 2017 à Londres.
Certains commentateurs ont salué une opération très fine de la part de Charles III, pour à la fois attirer l'attention sur le sort d'Aung San Suu Kyi, 81 ans, et sur celui de la population birmane qui meurt de faim, qui n'a pas accès à la gastronomie bio et qui souffre d'une guerre civile meurtrière, 100 000 morts depuis le putsch de 2021.
« Illusion de normalité » Cependant, ce n'est pas exactement l'avis du fils d'Aung San Suu Kyi qui dénonce à la fois le cadeau et la mise en scène. Kim Aris, le fils cadet de la Dame de Rangoun, qui milite pour sa libération depuis Londres, a critiqué le monarque britannique, dont il reconnaît les bonnes intentions. Mais pour lui, le roi Charles, par ses cadeaux, risque de « légitimer le régime militaire birman » en lui permettant je cite « d'utiliser des révélations sélectives pour créer une illusion de normalité ou pour une légitimité internationale ». Et cela alors que « les droits fondamentaux de ma mère continuent d'être bafoués », insiste Kim Aris.
D'autres experts se demandent pourquoi le Roi Charles III s'est prêté au jeu de la junte birmane. Est-ce un message à Aung San Suu Kyi pour lui suggérer de faire la cuisine et cultiver son jardin plutôt que de chercher à diriger le pays ? Rappelons que le régime birman s'est institutionnalisé grâce à des élections jugées truquées par les observateurs internationaux, mais qui ont permis au général putschiste Min Aung Hlaing de trouver un habillage civil à son pouvoir autoritaire en se faisant nommer président du pays. Il a depuis été reçu en grande pompe en Chine, en Inde, en Russie ou en Thaïlande.
Vague américaine C'est que le président birman joue sur plusieurs tableaux avec l'image d'Aung San Suu Kyi. D'un côté, il la montre avec l'apparence d'une personne en bonne santé. C'est ce que son fils a dû reconnaître après lui avoir parlé au téléphone jeudi 22 octobre pour la première fois depuis plus de 5 ans. D'ailleurs, dans une interview au magazine américaine Time en septembre dernier, Min Aung Hlaing a lâché la phrase suivante : « J'ai été extrêmement indulgent avec Aung San Suu Kyi. » Il sait que de nombreux pays d'Asie du Sud-Est et au-delà souhaitent la libération de la prix Nobel de la paix en 1991 et que des images d'elle suivies d'un appel de son fils ont toutes les chances d'être bien accueilli. Peu importe l'hypocrisie de la manœuvre.
Car en parallèle Min Aung Hlaing cherche à surfer sur une nouvelle vague de légitimité : une vague américaine. En août, l'administration Trump a envoyé l'un de ses sous-secrétaires d'État rencontrer à Tokyo des responsables birmans, ce qui a brisé des années d'isolement diplomatique. Pas encore de normalisation officielle mais comme ailleurs dans le monde, Donald Trump s'intéresse à la Birmanie pour ses minerais critiques, ce qui arrangerait beaucoup Min Aung Hlaing, lui qui cherche à sortir son pays de la dépendance à la Chine.
Journaliste arrêté en Russie: le Japon victime de la «diplomatie des otages»
2026/10/16
Nouveau coup de froid diplomatique entre Tokyo et Moscou. En début de semaine, la Russie a annoncé l'arrestation pour espionnage d'un journaliste japonais sur l'île de Sakhaline, au large de la Sibérie et surtout au nord de l'archipel nippon.
L'enchaînement des faits est implacable. Mardi 13 octobre, le FSB, le service de renseignement intérieur russe, annonce avoir arrêté un homme soupçonné de recueillir des informations sur les capacités militaires de la Russie pour le compte des services secrets japonais. Il s'agit d'un journaliste nippon, Yuki Imai, correspondant en Russie du quotidien Hokkaido Shimbun. Selon le FSB, il a été arrêté alors qu'il s'apprêtait à quitter la Russie, à Ioujno-Sakhalinsk, la principale ville de Sakhaline. L'île fait partie d'une chaîne insulaire administrée par Moscou, appelée les « Kouriles du Sud » par la Russie et le « Territoire du Nord » par le Japon, qui les revendique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant laquelle elles lui appartenaient.
Des images de l'agence russe TASS montrent une interpellation violente ce mardi : des agents masqués en train de menotter le journaliste allongé en caleçon dans une chambre d'hôtel, avant de le conduire dans une salle d'interrogatoire. On voit ensuite le reporter monter à bord d'un avion pour Moscou, escorté par deux agents du FSB. Puis il réapparaît dans une cage lors d'une audience devant un tribunal dans la capitale russe. Le juge ordonne son maintien en détention pour deux mois. Yuki Imai risque jusqu'à 20 ans de prison pour ces accusations d'espionnage.
« Aucun fait de ce genre » En effet, lors d'une conférence de presse jeudi 15 octobre, la Première ministre Sanae Takaichi a nié toute accusation d'espionnage : « Il n'y a aucun fait de ce genre, a déclaré la chef du gouvernement nippon. La protection des journalistes est extrêmement importante en ce moment, nous avons l'intention de concentrer nos efforts sur cet objectif. » Réponse de la Russie le même jour, par la voix de son ambassadeur à Tokyo, Nikolay Nozdrev : « Il est inadmissible que les services spéciaux japonais sollicitent la coopération de personnes privées, y compris de journalistes japonais accrédités en Russie, pour la collecte d'informations classifiées. » L'ambassadeur va plus loin : la Russie a « déjà déjoué à plusieurs reprises des tentatives similaires d'espionnage dans le passé ».
Cette affaire ressemble à d'autres arrestations de journalistes étrangers. À l'image de l'Américain Erwan Gershkovitch, correspondant du Wall Street Journal en Russie, arrêté le 30 mars 2023 lors d'un reportage à Iekaterinbourg en Oural, accusé d'espionnage, emprisonné et finalement libéré lors d'un échange de prisonniers plus d'un an après, le 1er août 2024.
Comme les États-Unis, la France ou la Suède ces jours-ci, le Japon se retrouve à son tour victime de la « diplomatie des otages » du Kremlin. L'État russe arrête et détient des ressortissants étrangers pour exercer une pression sur leur pays d'origine afin de s'en servir de levier de négociation ou de monnaie d'échange. Moscou partage cette pratique avec la Chine, l'Iran ou la Corée du Nord.
Pays « inamical » Cette arrestation marque un nouveau cap dans la dégradation des relations entre le Japon et la Russie. En août dernier, Vladimir Poutine s'est rendu pour la première fois sur l'une des îles disputées avec Tokyo : l'île d'Iturup, la principale base aérienne russe dans la région, symbole du renforcement de la présence militaire de la Russie dans les îles Kouriles. Tollé au Japon : « Absolument inacceptable », selon les mots de Sanae Takaichi, pour qui ce déplacement a « détérioré le sentiment des Japonais à l'égard de la Russie », ajoutant que l'archipel constituait un « territoire propre au Japon, historiquement et en droit international ».
Par ailleurs, Moscou a classé le Japon parmi les pays « inamicaux ». En cause, les sanctions imposées dans le contexte de la guerre en Ukraine. Le gouvernement japonais a d'ailleurs approuvé de nouvelles sanctions contre la Russie, notamment davantage d'interdictions d'exportation et le gel des avoirs des personnes liées à l'armée russe.
Au Laos, la Chine construit à bas bruit sa deuxième base militaire à l'étranger
2026/10/09
La Chine est en train de construire sa deuxième base militaire dans le monde hors de ses frontières, après celle de Djibouti. L'installation se trouve en Asie du Sud-Est, au Laos. Officiellement, Pékin ne la présente pas comme une nouvelle base, mais elle en a les contours.
Ce sont des images satellites publiées cette semaine qui l'attestent. De petits avions militaires chinois – il y en a huit sur ces images – sont arrivés à Ban Keun, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale laotienne, Vientiane. Il s'agit officiellement d'un centre conjoint sino-laotien de logistique et d'entraînement. Il a été inauguré le 29 septembre, lors d'une cérémonie très formelle à laquelle ont assisté le ministre laotien de la Défense et une délégation de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise. L'installation comprend aussi une académie d'aviation de l'amitié sino-laotienne.
L'armée populaire laotienne a communiqué : non, ce n'est pas une base chinoise mais un aéroport militaire laotien en construction. Et il est simplement destiné à l'entraînement des pilotes de l'armée de l'air du Laos. C'est la raison pour laquelle, toujours selon les militaires laotiens, la Chine y aménage une longue piste d'atterrissage depuis la fin de l'année 2025. Une piste que l'on voit très clairement d'ailleurs sur les images satellites.
Sur les traces de la guerre du Vietnam Sauf que pour les Occidentaux et leurs alliés asiatiques, c'est bel et bien une nouvelle base chinoise. D'abord parce que ce n'est pas une simple piste d'atterrissage, mais un vaste aérodrome en construction. À la place de champs verdoyants, ont émergé une grande piste, une voie de circulation, une aire de stationnement parallèle, ainsi que plusieurs nouveaux bâtiments.
Et d'ailleurs, le lieu est très symbolique – et chargé d'histoire. Ce nouvel aéroport a été aménagé sur le site d'un aérodrome connu sous le nom de « Lima Site 44 ». C'était l'une des très nombreuses pistes utilisées par l'armée américaine et la CIA pendant la guerre du Vietnam. Les États-Unis soutenaient alors secrètement l'insurrection des rebelles anticommunistes de l'ethnie hmong, qui est présente dans les montagnes du Laos et du Vietnam.
Or, les images satellites montrent aujourd'hui que le nouvel aérodrome construit par la Chine s'étend bien au-delà de la piste en terre rouge assez étroite qui existait durant la guerre du Vietnam. Selon les experts, ce qu'on voit sur ces images ressemble à la structure de la base chinoise de Djibouti ouverte en 2017, et qui était jusqu'à présent l'unique installation militaire de la Chine à l'étranger.
Équilibre stratégique bouleversé ? Cette nouvelle base vient renforcer la présence militaire de la Chine en Asie du Sud-Est. Elle complète un autre centre de formation et de logistique établi au Cambodge, dans la base de Ream, dans le golfe de Thaïlande. Une installation inaugurée en 2025 par le Premier ministre cambodgien Hun Manet, après trois années de travaux de rénovation financés par la Chine, pour construire notamment un quai en eau profonde de 300 mètres de long et une cale sèche de 5 000 tonnes. Là aussi, les Américains, les Vietnamiens et les Japonais s'inquiètent d'un site qui peut se transformer en base chinoise.
Rappelons par ailleurs qu'au Laos, la présence de la Chine est en expansion rapide depuis 15 ans au moins. Le nord du pays a été de fait intégré économiquement au sud de la Chine, grâce à de nouvelles autoroutes et une ligne ferroviaire imposante réalisée par Pékin. Les investissements chinois sont massifs dans tout le Laos, accompagnés par une importante communauté d'expatriés chinois dans la capitale et les villes du nord du Laos.
L'installation de Ban Keun peut modifier l'équilibre stratégique de l'Asie du Sud-Est continentale, en éloignant davantage le Laos et le Cambodge de la sphère d'influence du Vietnam, ce qui réduirait la marge de manœuvre des Vietnamiens en cas de crise avec la Chine.
À lire aussiLa Chine inaugure une installation militaire conjointe avec Vientiane au Laos
Le Japon peut-il se permettre de restreindre l'immigration?
2026/10/02
Le Japon a décidé de durcir les règles sur la résidence permanente pour les étrangers. C'est un nouveau tour de vis contre l'immigration dans un archipel qui n'a jamais été historiquement une terre d'accueil.
Même si elles n'entreront en vigueur que par étapes, les nouvelles règles sont assez strictes. Les étrangers qui veulent rester définitivement vivre au Japon devront prouver deux choses : que leur revenu annuel est supérieur à la moyenne du pays, et qu'ils sont capables de tenir des conversations informelles en japonais. Par ailleurs, depuis ce jeudi 1er octobre, les frais de dossier ont été multipliés par vingt, passant de 10 000 à 200 000 yens, l'équivalent de 61 euros qui grimpent à près de 1 100 euros.
Autre obligation pour les candidats à la résidence permanente : ils devront démontrer leur « compréhension » des règles sociales dans l'archipel nippon et prouver qu'ils ont cotisé durant 30 ans pour leur retraite. Tout cela est nouveau car auparavant, aucun seuil précis n'était fixé en matière de revenu, de retraites ou de compétences linguistiques.
Ces nouvelles règles surviennent après les mesures sur les visas touristiques, qui coûtent cinq fois plus chers depuis le 1er juillet - le prix des visas de voyage n'avait pas été augmenté depuis 1978. Mais ce n'est pas tout : le Japon a également instauré de nouvelles règles pour les visas donnés aux étrangers gérant des entreprises. Dorénavant, ils auront trois ans pour se conformer à de nouvelles conditions, notamment de détenir un capital de 30 millions de yens, soit 170 000 euros.
Sentiment anti-immigration Ces mesures vont dans le sens du programme qui a fait élire Sanae Takaichi au poste de Première ministre du Japon. Un programme de contrôle strict de l'immigration, qui place la cheffe du gouvernement très à droite de l'échiquier politique dans l'archipel. Mais il faut préciser que la politique de Takaichi n'est pas en grande rupture avec les normes migratoires établies de longue date dans le pays. Le Japon a longtemps été très réticent à l'idée d'accueillir une immigration importante. L'archipel a longtemps été quasiment fermé aux étrangers. Et quand il a accepté des travailleurs venus d'autres pays, l'État nippon a toujours imposé un apprentissage du japonais, un respect des règles et dans l'idéal, qu'il n'y ait pas trop d'étrangers qui s'installent durablement.
Deux éléments nouveaux ont changé la donne. D'abord, la forte augmentation récente du nombre d'étrangers, touristes comme travailleurs. À la fin 2025, la population étrangère a atteint un niveau record de 4,12 millions de personnes, soit une hausse de 9,5% par rapport à 2024, et de plus de 80% sur les dix dernières années. Ce qui a fait naître un très fort sentiment anti-immigration dans l'archipel, avec la peur que soit altérée « la culture homogène » de l'archipel. Rappelons quand même que la population japonaise s'élève à 123 millions d'habitants.
L'autre élément nouveau, c'est que la Première ministre accepte d'aborder le sujet. Ses prédécesseurs, y compris son mentor l'ex-chef du gouvernement assassiné Shinzo Abe, préféraient éluder totalement la question.
Question de vie ou de mort économique ? Cependant, le Japon peut-il se permettre de durcir ses règles d'accueil des travailleurs étrangers ? La très grave pénurie de main d'œuvre engendrée par la baisse vertigineuse de la natalité se combine avec ce que les démographes appellent le « tsunami gris », c'est-à-dire le vieillissement accéléré de la population. Résultat, de nombreux experts s'indignent du durcissement de la politique migratoire : pour eux, il faut absolument que le Japon ouvre davantage les vannes de l'immigration de travail parce que c'est une question de vie ou de mort pour son économie.
Précisons, pour nuancer, que Sanae Takaichi n'est pas la plus nationaliste au Japon puisqu'elle ne veut pas de remigration, elle ne veut pas vider le Japon de ses étrangers. Elle a créé un nouveau ministère dédié à une « société de coexistence ordonnée et harmonieuse avec les ressortissants étrangers ». On appréciera l'expression. Mais son gouvernement n'est pas fondamentalement contre l'accueil des travailleurs d'autres pays.
Arnaques en ligne: faut-il croire le Cambodge?
2026/09/25
Les centres d'arnaque en ligne, c'est le fléau dont le Cambodge n'arrive pas à se débarrasser. Pour faire bonne figure, le gouvernement cambodgien a organisé le 24 septembre à Phnom Penh une Conférence internationale sur la lutte contre les escroqueries en ligne, avec toute une série de déclarations et de grandes promesses.
Des promesses, encore des promesses ? Cette semaine, elle sont venues de la bouche du ministre cambodgien en charge de la lutte contre les escroqueries, Chhay Sinarith. Et il s'est montré offensif comme jamais. Le Cambodge, a-t-il déclaré, rassemble des preuves contre les « cerveaux » d'opération de cyberfraude massive. Des poursuites judiciaires visent non seulement, « les cerveaux, mais aussi leurs complices, les propriétaires des centres d'escroqueries, les facilitateurs et leur protecteurs ». Attention, a-t-il reconnu, cela demande du temps.
Le ministre Chhay s'exprimait à la tribune de cette Conférence internationale qui a réuni à Phnom Penh des représentants de plus d'une douzaine de pays, dont les États-Unis et la Chine, avec aussi un envoyé d'Interpol. Une vaste opération du gouvernement cambodgien pour rétablir la réputation du pays et de son économie, dont l'image a été nettement ternie par ces centres d'arnaque en ligne généralisés.
Trafic d'êtres humains Rappelons que le Cambodge est devenu ces dernières années l'une des plaques tournantes de l'arnaque en ligne. Au sortir de la pandémie de Covid, le pays, comme d'autres nations d'Asie du Sud-Est, Birmanie et Laos en tête, a vu se multiplier ces centres d'escroquerie industrialisée. Des dizaines de milliers de travailleurs-arnaqueurs victimes de trafic d'êtres humains. Ils viennent souvent d'autres pays asiatiques mais ces derniers temps, de plus en plus sont recrutés de façon mensongère en provenance des pays d'Afrique francophone, du Maroc, de Madagascar ou du Cameroun.
Retenus dans des conditions sordides, ils sont contraints d'escroquer des inconnus en ligne. Selon les États-Unis, cela représente 10 milliards de dollars soutirés aux seuls citoyens américains.
Réseaux toujours actifs Faut-il croire le gouvernement cambodgien dans cette lutte contre la cyberfraude ? Beaucoup d'observateurs restent sceptiques. Le ministre Chhay a beau avoir rappelé la vaste opération de démantèlement de ces centres d'escroqueries en 2025 et il a beau avoir promis de cibler les casinos qui servent de couverture à cette criminalité... Il a même mentionné pour la première fois une enquête ouverte contre deux sénateurs cambodgiens Ly Yong Phat et Kok An, dont tout le monde sait qu'ils protègent et bénéficient de cette cybercriminalité.
Ces promesses laissent les experts sur leur faim. Car ils sont nombreux à constater que beaucoup de ces vastes complexes d'arnaques restent actifs, alors même que d'autres opérateurs quittent les lieux pour se disperser sur des sites plus petits et décentralisés. La technologie, les infrastructures de paiement, les réseaux de blanchiment d'argent et les facilitateurs des arnaques en ligne continuent également de fonctionner à grande échelle.
Ce qui signifie que la cybercriminalité, faute d'être vraiment éradiquée, reste un fondement du régime politique dirigé par l'ancien Premier ministre Hun Sen et son fils Hun Manet qui lui a succédé.
Chine: l'IA, danger mortel pour le Parti communiste?
2026/09/18
Ce sera l'un des sujets majeurs de discussion entre Xi Jinping et Donald Trump à la Maison Blanche le 24 septembre : le contrôle de l'intelligence artificielle. En la matière, la Chine ne partage pas les mêmes peurs que l'Occident. Elle ne veut pas freiner le développement de l'IA. Mais Pékin a peur d'une chose : que l'IA soit un danger mortel pour le Parti communiste…
C'est le plus haut responsable du renseignement chinois qui a sonné l'alerte. Un cri d'alarme publié dimanche dernier dans un article du magazine officiel China Cyberspace : l'intelligence artificielle pourrait menacer le maintien au pouvoir du Parti communiste en Chine. Ce haut responsable s'appelle Chen Yixing, il est à la tête du ministère de la Sécurité d'État et il écrit ceci dans le style classique du Parti : « des forces hostiles et des individus aux intentions cachées » détournent l'IA pour mener une « guerre de propagande et une guerre cognitive » contre la Chine, ce qui menace directement sa sécurité politique, institutionnelle et idéologique. Qui sont ces « forces hostiles » ? Chen Yixing cite les Américains Anthropic et OpenAI : leurs modèles de pointe d'IA ont, selon lui, été transformés en armes et représentent de nouvelles menaces pour la cybersécurité.
Guerre froide Il faut dire qu'une guerre des mots monte en puissance ces derniers jours entre le gouvernement chinois et les géants américains de l'IA. En effet, Pékin a très mal pris l'appel du PDG et cofondateur d'Anthropic. Dario Amodei a appelé à ralentir le développement de l'IA. Il n'est pas le seul : Elon Musk et le patron d'OpenAI, Sam Altman, ont le même avis. Évidemment, il est impossible de freiner l'IA dans le monde sans la Chine et ses champions nationaux comme DeepSeek, Z.ai et Moonshot qui possèdent des modèles d'IA presque aussi puissants que ceux d'Anthropic et d'OpenAI.
Or, les dirigeants chinois ont vu rouge – pardon pour l'expression facile : dans un éditorial, le quotidien très nationaliste Global Times, qui est un porte-voix du Parti, a qualifié la déclaration du PDG d'Anthropic d'appel à peine voilé à « contenir » la Chine. C'est un « manuel de guerre froide » pour le secteur de l'IA, dénonce le quotidien chinois.
Culture technologique Pour comprendre ce qu'il y a derrière ce débat, précisons que la Chine ne considère pas l'IA comme un danger pour l'humanité. Aucune trace d'angoisse dans les discours publics de la part des dirigeants chinois ni des patrons des géants nationaux de l'IA. Personne ici ne parle comme Sam Altman en 2015 des dangers d'une IA surhumaine comme « la plus grande menace pour la survie de l'humanité ». Cette crainte n'est ni au cœur de la politique chinoise dans ce secteur ni dans la culture technologique chinoise.
Et pour cause, selon les experts, les entreprises chinoises de l'IA considèrent avoir un accès encore limité à la puissance de calcul de l'IA, les progrès sont lents à leurs yeux et donc, le décollage technologique est encore loin. Au diapason des acteurs économiques, les décideurs politiques chinois se concentrent sur la mise en place de chaînes d'approvisionnement robustes en IA et sur l'adoption croissante de l'IA dans l'ensemble de l'économie.
Résultat, pour l'instant, le Parti est davantage préoccupé par la création par l'IA de deepfakes de dirigeants politiques ou qu'elle tienne des propos inappropriés sur Taïwan ou la répression de Tiananmen. Ils craignent que les chatbots d'IA ne créent des addictions psychologiques, qu'ils menacent la sécurité des enfants et, par-dessus tout, qu'ils provoquent de l'instabilité sociale ou, pire, un mouvement de masse suffisamment puissant pour renverser le Parti communiste.
Chine-Inde : le rapprochement impossible?
2026/09/11
Le président chinois Xi Jinping en Inde pour le Sommet des Brics. C'est son premier déplacement à New Delhi depuis octobre 2019 juste avant la pandémie de Covid-19. Cela ressemble à un début de rapprochement entre la Chine et l'Inde et pourtant, de nombreux blocages subsistent entre les deux puissances asiatiques.
Un mot symbolise les blocages : la frontière. C'est l'une des causes de l'immense coup de froid diplomatique qui dure depuis six ans. De fait, la relation sino-indienne a été rompue à cause des affrontements violents de juin 2020. Des affrontements survenus le long d'une frontière d'environ 3 500 kilomètres tracée en 1962, après une guerre éclair qui avait permis à la Chine de prendre à l'Inde une grande partie du territoire du Ladakh. Cette « ligne de contrôle », comme on l'appelle, reste très contestée. Et en 2020, les affrontements ont coûté la vie à 20 soldats indiens et à au moins 4 soldats chinois.
Après ces violences, l'Inde a, comme la Chine, déployé en masse des dizaines de milliers de soldats à la frontière. Le gouvernement indien a interdit 60 applications chinoises, dont le réseau social TikTok et la messagerie instantanée WeChat. Plus encore, des mastodontes chinois de la tech ont été exclus du déploiement de la 5G sur le marché indien, à l'image des deux géants des télécom Huawei et ZTE. Sans compter que les visas touristiques pour les ressortissants chinois ont été suspendus.
Rivalité géopolitique persistante Même si l'Inde et la Chine sont membres des Brics et de l'Organisation de coopération de Shanghai et qu'ils défendent la même vision d'un monde libéré de l'emprise de la superpuissance américaine, a fortiori face à l'imprévisible Donald Trump, les deux puissances asiatiques se livrent une guerre d'influence pour prendre la tête des pays du Sud Global. Cette rivalité s'exerce en particulier sur le continent asiatique. Depuis les affrontements de 2020, New Delhi a renforcé sa coopération avec le Quad, ce forum informel de sécurité dont l'Inde fait partie avec les États-Unis, le Japon et l'Australie.
En parallèle, les Indiens s'inquiètent de la proximité des Chinois avec le Pakistan, l'ennemi héréditaire. Notamment à travers les « Nouvelles de la soie » chinoises qui passent par le port pakistanais de Gwadar, point d'encrage d'une intense coopération commerciale. Dernière illustration de cette proximité à l'occasion du conflit au Moyen-Orient : Narendra Modi a vu Xi Jinping omniprésent sur la scène diplomatique avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, lui-même au centre de la médiation entre Téhéran et Washington, au grand dam de l'Inde.
Petits pas Impossible de le nier : Indiens et Chinois ont faire des efforts de détente. Depuis 2024, New Delhi et Pékin multiplient les petits gestes de réconciliation. Cette année-là, Xi Jinping et Narendra Modi se sont reparlé en tête-à-tête en marge du sommet des BRICS en Russie - on voit que c'est un rendez-vous propice. Résultat, la Chine a rouvert son territoire du Tibet aux pèlerins indiens du mont Kailash, sacré dans la religion hindoue et dont le chemin a été durement touché par la crue dévastatrice du 26 août.
Autres geste : les vols directs entre les deux pays ont repris en octobre 2025. Xi et Modi se sont revu dernièrement à Bishkek au sommet de l'organisation de Shanghai. Mais encore une fois, ce ne sont que des petits pas. La relation est stabilisée, mais il n'y a pas de changement radical pour l'instant. Car la méfiance reste profondément ancrée. Il suffit de rappeler que l'Inde accueille sur son sol le chef spirituel tibétain en exil, le Dalaï Lama, considéré comme un dangereux rebelle séparatiste par la Chine.
Soldats américains «en détente» à Pattaya: les démons de la prostitution militaire
2026/09/04
La Thaïlande accueille depuis mercredi 2 septembre plus de 5 000 marines américains. 5 jours de permission avant de rentrer chez eux le 6 septembre. Leur porte-avions Abraham Lincoln a accosté dans le port de Pattaya après un record de 286 jours en mer au Moyen-Orient, mobilisé pour le conflit face à l'Iran. Un symbole fort - et de triste mémoire - qui résonne dans toute l'Asie.
L'arrivée de ces milliers de marins américains a provoqué une vraie inquiétude dans ce port touristique thaïlandais : l'inquiétude du tourisme sexuel. Pattaya, c'est une station balnéaire qui a très mauvaise réputation, avec sa rue des bars et des boîtes de nuit, qui s'appelle Walking Street, symbole pas seulement d'une vie nocturne débordante mais surtout d'une des principales destinations du tourisme sexuel de masse. Derrière tout cela, un passé sombre auquel les soldats américains sont liés : c'est à Pattaya qu'ils avaient l'habitude de se rendre en permission pendant la guerre du Vietnam.
D'abord, il faut savoir que la Thaïlande a interdit la prostitution depuis une loi de 1960. Une autre loi de 1966 punit le proxénétisme, le racolage et le trouble à l'ordre public. Mais dans les faits, c'est différent. Car la prostitution est tolérée, elle est même en partie contrôlée et elle très visible. Les revenus générés sont massifs : plus de 6 milliards de dollars par an, ce qui représente environ 1,5 % du PIB de la Thaïlande.
Guerre du Vietnam La prostitution dans le pays, qui est vieille de plusieurs siècles, a été favorisée par l'armée impériale du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, puis par l'armée américaine. Exemple criant avec Pattaya qui n'était qu'un petit village de pêcheurs jusque dans les années 1960. Ce sont les GI's de la base aérienne toute proche d'U-Tapao et leur envie de se détendre des combats au Vietnam qui ont motivé la construction de bungalows, de petits restaurants d'abord sur une plage sauvage. Là, une zone dite de « repos et de détente » a été créée, faisant appel à la prostitution.
Au moment du départ des derniers soldats états-uniens en 1976, le secteur privé thaïlandais a pris le relais, et le tourisme sexuel a pris la suite de la prostitution militaire. Soit la matrice de ce qui allait faire de Pattaya la « capitale du vice » en Thaïlande, avec Bangkok.
« Zones spéciales de divertissement » Cette histoire sombre résonne dans toute l'Asie. La prostitution militaire américaine a été construite de façon systématique. Ces « zones de repos et de détente », appelées aussi « zones spéciales de divertissement », ont été généralisées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale avec l'implantation des bases américaines en Asie. Outre la Thaïlande, cela concerne principalement le Japon, où stationnent 56 000 soldats américains, la Corée du Sud, qui compte 28 500 GI's, et les Philippines, où le contingent états-unien s'élève à 10 000 hommes.
Dans ces trois pays, des villes portent ce fardeau, ces blessures de femmes utilisées pour les besoin de l'armée américaines, les affaires de viol et de meurtre. C'est le cas à Okinawa, où la prostitution a été légalement autorisée et où les crimes sexuels ont provoqué un rejet puissant de la présence des forces américaines. C'est le cas aussi à Angeles City dans l'archipel philippin, où l'industrie du sexe au service des GI's a utilisé des dizaines de milliers de femmes. Sans oublier ces villes aux nord de Séoul, où celles qui étaient tristement appelées « Princesses pour Yankees » ou « femmes de réconfort » étaient réduites à la prostitution et à l'esclavage sexuel pour les Américains, avec l'aide du gouvernement sud-coréen.
La Chine et l'Inde face à la guerre économique américaine contre l'Iran
2026/08/28
L'Asie face aux menaces américaines de guerre économique contre les pays qui continuent à faire des affaires avec l'Iran. En particulier la Chine et l'Inde, tout deux récemment sanctionnés par Washington. Qui arrivera à tirer son épingle du jeu ?
Pékin ne ne veut pas coopérer avec Washington contre Téhéran. Le président chinois Xi Jinping l'a fait savoir ce mercredi 25 août, par la voix de son ministère des Affaires étrangères et de son porte-parole Lin Jian. « La Chine, a déclaré Lin, s'oppose toujours fermement aux sanctions unilatérales illégales, sans fondement en droit international et pas autorisées par le Conseil de sécurité de l'ONU. La guerre économique et la pression maximale ne contribuent pas à résoudre les problèmes. »
Une réaction quelques heures après les sanctions américaines contre des dizaines d'entreprises chinoises et les menaces de viser une « grande institution financière » de Pékin, en raison de ses relations avec Téhéran. La Chine prend donc très au sérieux l'opération nommée « Paria économique » lancée ce lundi 24 août par l'administration Trump. Il s'agit de déclencher un « D-Day », un Jour-J économique mondial, l'équivalent du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, selon les mots du secrétaire américain au Trésor Scott Bessent. Objectif : asphyxier l'Iran économiquement.
Or, sans la coopération de Pékin, Washington n'y arrivera pas. Car la Chine est la bouée de sauvetage de l'Iran : elle lui achète 80% de son pétrole exporté par voie maritime, principalement par les « flottes de l'ombre », ces navires qui contournent les sanctions américaines en désactivant leurs systèmes de localisation et en naviguant sous de faux pavillon.
Dilemme chinois La Chine se trouve face à un dilemme dans ce conflit qui oppose les États-Unis à l'Iran depuis six mois. D'un côté, Pékin souhaite que les hostilités continuent pour une raison simple : elles épuisent les ressources militaires américaines. Ces dernières semaines, les États-Unis ont redéployé vers le Moyen-Orient leur unique porte-avions basé en Asie. Donald Trump a réduit les exercices annuelles avec la Corée du Sud à cause des pénuries de stocks d'armement surutilisés contre l'Iran. Ce qui pourrait donner plus de latitude à Pékin pour affirmer ses ambitions en mer de Chine du Sud et autour de Taïwan, bien sûr.
Mais d'un autre côté, Xi Jinping redoute que son pays ne devienne la cible de la nouvelle guerre économique américaine contre l'Iran. Parce que si l'administration Trump renforce encore les sanctions, la hausse des coûts de l'énergie touchera les bénéfices des entreprises chinoises puis le pouvoir d'achat des ménages, à mesure que ces effets se répercuteront sur le transport maritime, les coûts des matières premières et les prix à la consommation.
Mauvais calcul de l'Inde L'autre puissance asiatique qui va subir l'opération américaine contre Téhéran, c'est l'Inde. New Dehli est aussi l'un des principaux partenaires commerciaux de Téhéran. L'Inde exporte en Iran du riz basmati, des fruits, des légumes et des produits pharmaceutiques. Elle importe des fruits secs, des produits pétrochimiques et des minéraux iraniens. La grande différence avec Pékin, c'est que New Delhi a cessé d'importer du pétrole iranien en 2019, après les premières sanctions américaines sur l'or noir de l'Iran. Et l'opération "Paria économique" lancée par Washington pourrait voir l'Inde réduire encore ses échanges commerciaux avec Téhéran.
Dans le cadre leur opération, les États-Unis ont sanctionné 4 entreprises basées en Inde ce mardi 25 août et trois ressortissants indiens, en raison de leur implication présumée dans le commerce iranien de pétrole et de produits pétrochimiques. Face au conflit entre l' Iran et les États-Unis, l'Inde pourrait perdre beaucoup d'influence, alors que c'est le seul pays asiatique qui entretient de bonne relation à la fois avec l'Iran, l'Arabie saoudite, Israël et les États-Unis. Cette guerre, c'était pour l'Inde l'occasion d'être au centre du jeu.
Au final, ce n'est pas le cas. New Delhi a parié sur la défaite de Téhéran, or, le régime iranien a survécu et le Pakistan, ennemi juré de l'Inde, est devenu le principal médiateur. Pire encore : les intérêts indiens dans le port iranien de Chabahar, les corridors de connectivité traversant l'Iran et les accords énergétiques préférentiels pourraient être renégociés par un régime iranien qui a des partenaires alternatifs : le Pakistan, mais surtout la Chine.
Chine: quand Xi Jinping rend hommage à son ennemi juré
2026/08/21
C'est une commémoration paradoxale qui a eu lieu en Chine ce lundi 17 août : le président Xi Jinping a célébré le 100e anniversaire de son prédécesseur Jiang Zemin, qui était pourtant son ennemi juré et dont il est comme le miroir inversé.
Jiang Zemin était le président chinois et le secrétaire du Parti communiste pendant toute la décennie 1990, jusqu'à 2002. Et surtout le numéro un de la Chine après la mort de Deng Xiaoping en 1997. Jiang Zemin, c'est d'abord celui qui a soutenu la répression, le massacre de Tiananmen en 1989. À l'époque, il était maire de Shanghai, où il y a eu une mobilisation massive pour soutenir le mouvement prodémocratie à Pékin, comme dans d'autres villes chinoises. Des dizaines de milliers d'étudiants et d'ouvriers ont ainsi manifesté pacifiquement à Shanghai en mai et juin 1989, bloquant les routes et les trains vers Pékin pour empêcher l'envoi de troupes dans la capitale.
Jiang Zemin n'a pas eu recours à l'armée, mais il a su « stabiliser » la situation comme on dit dans le jargon du Parti. C'est-à-dire qu'il a étouffé sans bain de sang la contestation après le 4 juin, en négociant la fin des blocages puis en faisant arrêter les leaders des manifestations quelques semaines après. C'est ce que Xi Jinping a rappelé ce lundi 17 août lors du 100e anniversaire de Jiang Zemin. Ce qu'il avait d'ailleurs déjà salué lors de la mort de Jiang en 2022. Une façon pour lui de réaffirmer l'emprise politique absolue du Parti sur la Chine.
Clique de Shanghai Pourtant Jiang Zemin est devenu l'ennemi à abattre pour Xi Jinping. Et c'est bien là le paradoxe de cette commémoration en grande pompe, qui a été réservée depuis 1949 seulement à une poignée de hauts dirigeants chinois, de Mao à Deng Xiaoping. Car dans le cas de Jiang Zemin, tout son clan politique, sa faction à l'intérieur du Parti, qu'on appelle la « clique de Shanghai », a été la cible principale de Xi Jinping dès son arrivée au pouvoir, à partir de 2013. La cible de la « lutte anti-corruption », cette purge profonde du Parti qui dure encore, qui paraît sans fin. Une purge qui « frappe les tigres et écrase les mouches », selon l'expression chinoise, visant les petits cadres comme les hauts dignitaires du régime, en particulier les responsables nommés par ou affiliés à Jiang Zemin.
L'ancien président avait conservé une influence majeure sur la Chine à travers ses réseaux dans le Parti, bien après son difficile passage de témoin à Hu Jintao en 2004. Date à laquelle il avait enfin cédé le contrôle de l'armée à son successeur. Alors bien sûr, toute cette histoire des luttes de clan au sommet du Parti se déroule en coulisses, mais elle est identifiable à chaque limogeage ou chute retentissante d'un dirigeant proche de Jiang.
Deux Chines Par ailleurs, Jiang Zemin représente l'ère des réformes économiques et une ouverture de la Chine, qui n'est plus trop à l'ordre du jour sous Xi Jinping. Jiang Zemin, c'est la Chine qui travaille en bonne entente avec les États-Unis, la Chine qui adhère à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
L'ex-président avait laissé se développer le secteur privé et favorisé l'émergence de grands entrepreneurs comme Jack Ma, le charismatique fondateur d'Alibaba. Il avait même permis aux grands patrons de devenir membre du Parti communiste, mais sans imposer une omniprésence du Parti dans le privé.
Autant de politiques avec lesquelles Xi Jinping a rompu. Il a ordonné la création tous azimuts de cellules du PCC dans les entreprises privées. Jack Ma a été mis au pas, après avoir critiqué en public la régulation du système financier chinois. Xi Jinping, c'est la Chine des purges, de la confrontation avec les États-Unis et un régime dont le numéro un peut être président à vie. D'ailleurs, c'est ce qui provoque une forte crispation au sein du Parti. Et selon les observateurs, c'est sans doute pour apaiser ces tensions que Xi Jinping a célébré son ennemi Jiang Zemin, un homme qui a laissé un très bon souvenir aux élites chinoises.
La guerre en Ukraine, théâtre d’affrontement indirect entre les deux Corées?
2026/08/14
Des missiles nord-coréens ont été utilisés sur le front ukrainien et Pyongyang y a envoyé des soldats pour renforcer la Russie. À l’heure où les renseignements militaires de Kiev dénoncent le rôle grandissant de la Corée du Nord aux côtés de la Russie, Volodymyr Zelensky appelle la Corée du Sud à soutenir militairement son pays. Un pas que Séoul ne semble pas prêt à franchir...
La Corée du Nord s’implique encore un peu plus dans la guerre en Ukraine aux côtés de la Russie. C’est en tout cas ce qu’affirme le renseignement militaire ukrainien.
Mardi 11 août, la ville de Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine, a connu une nouvelle nuit de bombardements. Au moins neuf personnes y ont été tuées. Le président ukrainien accuse Moscou d’avoir lancé des missiles balistiques nord-coréens, les fameux KN-23, parmi les armes utilisées alors.
Ces missiles, qui sont en quelque sorte les cousins nord-coréens de l’Iskander russe, ne sont pas nouveaux sur le front. Capables de frapper à plusieurs centaines de kilomètres, ils sont une menace supplémentaire pour l’Ukraine.
« Les KN-23 sont des missiles balistiques qui ont des trajectoires en cloche avec une phase d’accélération finale qui les rend très difficiles à intercepter, décrypte Théo Clément, chercheur associé à l’EHESS et spécialiste de la Corée du Nord. Ils sont suffisamment fiables et perfectionnés pour contourner certains systèmes de défense antimissile, mais ils ne représentent qu’une toute petite fraction de ce qui est utilisé par l'armée russe ».
Leur intérêt pour Moscou est néanmoins évident : multiplier les attaques et saturer les défenses antiaériennes ukrainiennes, déjà en difficulté.
30 000 à 50 000 soldats nord-coréens supplémentaires ? Les missiles ne sont pas le seul soutien apporté par Pyongyang à Moscou : environ 13 000 soldats nord-coréens auraient déjà été envoyés aussi en Russie depuis le début du conflit, notamment dans la région de Koursk. Un chiffre qui pourrait, au demeurant, bientôt être multiplié par trois. Le renseignement ukrainien évoque en effet l’arrivée prochaine de 30 000 à 50 000 soldats nord-coréens sur le front. Et ce n’est pas tout. Une unité spécialisée dans les frappes de missiles balistiques serait en cours d’installation dans la région de Voronej, dans l’ouest de la Russie, avec un stock d’une centaine de missiles.
« Volodymyr Zelensky a intérêt à ce que le conflit s'internationalise » Ces renforts constituent une menace directe pour l’Ukraine mais aussi, selon Volodymyr Zelensky, pour le reste du monde. Des soldats qui combattent, des missiles testés en conditions réelles : tout cela permet à Pyongyang d’acquérir une expérience directe de la guerre et contribue à renforcer la Russie.
Mais cet argument relève aussi d’une stratégie du président ukrainien. « Je ne doute pas de la volonté nord-coréenne d’augmenter son soutien à la Russie tant que Pyongyang y trouve un intérêt économique, financier, scientifique ou militaire, analyse Théo Clément. Mais d’un point de vue stratégique, Volodymr Zelensky a aussi intérêt à ce que le conflit s’internationalise. Parce que s’il y a effectivement un soutien nord-coréen de plus en plus important aux côtés de la Russie, cela appelle symétriquement un renfort du soutien occidental à l'Ukraine. »
Une ligne rouge sur les livraisons d’armes C’est dans ce contexte que Volodymyr Zelensky appelle Séoul à renforcer son soutien à Kiev, notamment en fournissant des systèmes de défense antiaérienne et en développant la coopération en matière de drones.
La Corée du Sud aide déjà l’Ukraine dans plusieurs domaines : l’énergie, les infrastructures, la santé, l’éducation et l’aide à la reconstruction. Mais Séoul maintient une ligne rouge : pas de livraison d’armes à un pays en guerre.
En 2023 pourtant, la Corée du Sud avait contourné cette doctrine en envoyant des centaines de milliers d’obus d’artillerie aux États-Unis, ensuite acheminés en Ukraine.
Ne pas basculer dans le camp des belligérants Séoul pourrait-il malgré tout franchir le pas ? Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères l’a rappelé cette semaine : la livraison d’armes à l’Ukraine n’est pas au programme. Dans un éditorial publié le 13 août, le Korea Times explique ce choix : envoyer des armes lourdes ferait basculer Séoul dans le camp des belligérants aux yeux de Moscou, et donc aussi indirectement de Pyongyang.
Un pas que la Corée du Sud n’est pas prête à franchir, alors que la nouvelle majorité à Séoul cherche justement à renouer avec la Corée du Nord.
Terres rares: comment le boom minier birman empoisonne la Thaïlande
2026/08/07
La Thaïlande a déroulé le tapis rouge à Min Aung Hlaing, l'artisan du coup d'État de 2021 en Birmanie. Isolé sur la scène internationale, l'ancien chef de la junte, devenu président, cherche aujourd'hui à retrouver une place dans le concert des nations. En optant pour le dialogue, Bangkok espère aussi régler plusieurs conséquences de la guerre civile birmane. Parmi elles, la pollution de ses rivières causée par l'exploitation minière intensive des terres rares de l'autre côté de la frontière.
Depuis le coup d’État de 2021, la Birmanie a connu un boom minier sans précédent, en particulier dans les États Shan et Kachin, frontalier avec la Chine et la Thaïlande. Le développement spectaculaire coïncide avec l'explosion de la demande chinoise en terres rares, ces minerais indispensables à la transition énergétique et aux nouvelles technologies. Des analyses satellitaires montrent que le nombre de sites miniers a quasiment triplé depuis le coup d'État.
À titre d'exemple, le Stimson Center, un think tank américain, a recensé plus de 2400 sites miniers le long des cours d'eau, dont 80 % en Birmanie. La plupart sont des exploitations non réglementées, souvent opérées par des entreprises chinoises. Et effectivement ces sites se concentrent dans les États Shan et Kachin, des régions contrôlées par des groupes armés ethniques. L'armée Wa, proche de Pékin, et l'armée Kachin, qui combat la junte, tirent d'importants revenus de cette activité. Les exportations vers la Chine finançant une partie de leurs opérations militaires.
Pollution aux métaux lourds, une menace sanitaire Ces mines non réglementées polluent les cours d’eaux en aval, avec des risques sanitaires potentiellement graves pour les Thaïlandais. Et les conséquences sont déjà visibles dans le nord du pays. Plusieurs analyses récentes ont ainsi révélé une contamination des rivières Kok, Sai et Ruak, qui prennent leur source dans l'État Shan. Les chercheurs y ont détecté de l'arsenic, mais aussi du plomb, du cadmium et du mercure, à des concentrations supérieures aux seuils de sécurité.
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Dans les provinces de Chiang Rai et de Chiang Mai, plus d'un million de personnes pourraient être exposées à ces substances par l'eau et par toute la chaîne alimentaire. Des habitants ont déjà signalé des affections cutanées ainsi que des troubles digestifs et neurologiques compatibles avec une intoxication aux métaux lourds. Une campagne de dépistage est en cours auprès des agriculteurs, des pêcheurs et des populations les plus vulnérables afin d'évaluer l'impact sanitaire. Les scientifiques mettent également en garde contre une propagation de cette pollution jusqu'au bassin du Mékong, avec des conséquences potentielles pour des dizaines de millions de personnes.
Une équation difficile pour Bangkok Avec la visite d’État du dirigeant birman en Thaïlande, le rapprochement opéré par Bangkok risque de ne pas donner les résultats escomptés pour protéger sa population. D’abord parce que ni la Thaïlande ni le gouvernement central birman ne contrôlent réellement ces zones minières, aux mains de groupes armés ethniques. Ensuite, parce que derrière ces mines polluantes, on trouve la Chine qui occupe une place centrale.
Pékin négocie directement avec ces groupes pour sécuriser son approvisionnement en terres rares, tout en préservant ses liens avec la junte. Pour Bangkok, la marge de manœuvre est donc très limitée. En attendant, la société civile se mobilise. Marches, pétitions et appels une coopération régionale, seul moyen selon elle de répondre à cet enjeu transnational et de santé publique.
Les librairies indépendantes sont-elles en voie de disparition à Hong Kong?
2026/07/31
Elles comptent parmi les derniers remparts pour la liberté d’expression à Hong Kong. Depuis le début de l’année 2026, les librairies indépendantes font l’objet de perquisitions, leurs propriétaires et employés sont arrêtés et les ouvrages saisis, à la faveur d’un arsenal législatif répressif imposé par Pékin depuis quelques années. Ces espaces finissent par plier sous le poids de la censure.
Greenfield ferme ses portes. Cette librairie indépendante était une institution nichée dans le quartier animé de Mong Kok à Hong Kong depuis 1976. Il y a deux semaines, elle avait été perquisitionnée, la police a saisi ses livres et menotté ses libraires.
En mars, des perquisitions avaient eu lieu chez Book Punch. Et, en juin, le couple propriétaire de la librairie Hunter avait été arrêté, apparemment pour avoir dans ses rayons la biographie de Jimmy Lai, magnat de la presse emprisonné et figure emblématique du mouvement prodémocratie.
L’un après l’autre, ces établissements finissent par mettre la clef sous la porte. Elmbook, banni de la foire du livre de Hong Kong cette année, cessera son activité en avril. Pour la librairie Have a Nice Stay, ce sera le 30 août prochain. Elle avait été fondée en 2022 par d’anciens journalistes, qui invoquent des pertes financières mais surtout des « lignes rouges difficiles à cerner ».
Ce sont au total une dizaine de libraires qui ont été détenus – souvent libérés sous caution –, tous accusés de vendre des publications à contenu séditieux. Ils risquent jusqu’à sept ans de prison.
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L’infraction de sédition Depuis 2019 et les manifestations prodémocratie, une série de textes législatifs est venue donner un tour de vis à la censure.
Les actes « séditieux » sont mentionnés dans l’article 23 de la loi de Hong Kong, promulguée en 2024 pour blinder la législation sur « la sécurité nationale ». On y a réintroduit cette infraction qui datait de l’époque coloniale. Dès lors, la « sédition » est punie même s’il n’y a pas d’incitation à la violence. Alors que la sédition est stricto sensu un appel à des actes d’émeute. Cette loi fourre-tout ouvre donc la voie à criminaliser toute parole critique.
Pour les clients, ces espaces sont irremplaçables, puisqu’on y trouvait des ouvrages politiques et sociaux qui sont – de fait – absents des rayons des grandes enseignes, mais aussi des bibliothèques scolaires ou publiques, puisque les autorités les ont vidées de titres comme 1984 de George Orwell.
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La fin des « champs verdoyants » ? Des internautes hongkongais ont même cartographié la liste des derniers établissements, parmi les rares lieux jusque-là consacrés au débat d’idées.
Sur Instagram, un utilisateur réagissait à la fermeture de Greenfield en se demandant : « Où fleuriront les fleurs s’il n’y a plus de champs verdoyants ? », une référence à un ouvrage saisi par la police intitulé Ne laisser fleurir que les fleurs rouges : identité et appartenance dans la Chine de Xi Jinping, publié par la journaliste multiprimée Emily Feng.
Ce vendredi 31 juillet ont également eu lieu les funérailles d’une figure de la dissidence hongkongaise, celles du libraire Lam Wing-kee, considéré comme un héros par les manifestants.
Il est décédé début juillet à Taïwan des suites d’un cancer. Il avait été appréhendé en 2015 par la Chine, qui l’a ensuite renvoyé à Hong Kong – forcé de récupérer un disque dur avec les données de tous ses clients. Ce qu’il a refusé de faire. Le libraire s’est exilé par la suite à Taipei, où il a rouvert une librairie. Il n’a jamais revu sa ville natale.
Avec la mort de Lam Wing-kee, les arrestations, les saisies de livres et les fermetures en série, c’est tout un écosystème qui s’éteint à petit feu à Hong Kong.
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Donald Trump, une bonne nouvelle pour Xi Jinping?
2026/07/24
Est-ce que le mandat de Donald Trump ne serait pas finalement une très bonne affaire pour la Chine ? Le Républicain, à la rhétorique particulièrement hostile envers Pékin durant la campagne, s’est progressivement adouci. Après s’être rendu lui-même en Chine, il a annoncé cette semaine la visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis le 24 septembre.
« Le plus grand piratage de données électorales de l’histoire, des journalistes achetés par Pékin »... La semaine dernière, le président américain attaquait ouvertement la Chine dans un discours télévisé pour justifier sa défaite électorale en 2020. La réponse de la diplomatie chinoise, rejetant les accusations et les qualifiant de « calomnie », est restée mesurée.
Poursuite des discussions Preuve en est la rencontre ce mercredi entre le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, et son homologue américain Marco Rubio. Les deux hommes, présents à Manille pour le sommet de l’Association des pays d’Asie du Sud-Est, ont avancé sur la visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis, annoncée rapidement ensuite à la date du 24 septembre par le locataire de la Maison Blanche. Une visite qui peut surprendre au vu des relations particulièrement dégradées entre les deux pays lors du premier mandat de Donald Trump. La guerre commerciale et la rhétorique hostile du Républicain avaient engendré des réponses de même niveau de la part de Pékin, et des sanctions sévères. Exemple phare du grand écart dans les relations sino-américaines : Marco Rubio. Le secrétaire d'État, sous sanction chinoise pour ses critiques de la violente répression des mouvements pro-démocratie à Hong Kong, était interdit de territoire. Il faisait pourtant partie de la délégation américaine présente à Pékin en mai.
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Les autorités chinoises semblent être ouvertes à l’idée de discuter avec cette administration américaine. Cela rentre pleinement dans sa rhétorique de puissance d’équilibre, prête à parler à tout le monde, mais cela semble aussi épouser les intérêts d’un pays en position de force face à son grand rival, notamment grâce aux décisions du président américain. La Chine a réussi à absorber relativement bien le choc économique de la crise au Moyen-Orient, notamment grâce à ses investissements massifs pour diversifier ses sources d'énergies. Ses liens avec le médiateur pakistanais ont aussi permis de l'afficher en puissance d'équilibre, avec des visites de chefs d'État qui se sont succédé à Pékin ces derniers mois. Dans le même temps, les États-Unis sont englués dans le conflit iranien, et toujours incapables de parvenir à trouver une solution pérenne pour la guerre en Ukraine, leur économie est impactée par la hausse des cours du pétrole. Les alliés de Washington, eux, semblent en plein doute sur la capacité américaine à les protéger, de Riyad à Abou Dabi en passant par Séoul et surtout Taïwan.
L’île, de fait indépendante, mais que Pékin veut récupérer, attend toujours ses livraisons d’armements à hauteur de 14 milliards de dollars. Washington a gelé cette vente, quelques jours après la visite de Donald Trump en Chine. Officiellement, afin de garantir que l'armée américaine ait assez d’armes pour sa guerre contre l'Iran, mais cela a aussi pour effet de ne pas froisser Xi Jinping. Mais l’effet reste le même pour Taipei, qui dépend uniquement des États-Unis pour ses importations de matériel de défense.
Pékin s'enhardit sur tous les points stratégiques de la région Cette semaine, que cela soit à Taïwan, aux Philippines et au Japon, la Chine a montré les dents sur tous les points chauds de la région. Au lendemain de la rencontre avec Marco Rubio, l’Armée populaire de libération a lancé ce jeudi deux jours d’exercices de tir réel dans le détroit de Taïwan. L’arsenal chinois s’est déployé dans le détroit, proche de ses côtes certes, mais accentuant très clairement la pression sur l’île. En mer de Chine méridionale, où les Philippines et la Chine revendiquent la souveraineté de plusieurs atolls, un nouvel accrochage a eu lieu entre des pêcheurs philippins et des garde-côtes chinois ce lundi. Cela a donné lieu à un échange diplomatique musclé entre Pékin et Manille en marge du sommet de l'Asean : Wang Yi a menacé son voisin philippin de « graves conséquences » si ces incidents se reproduisent.
À nouveau, jeudi 23 juillet, les garde-côtes chinois ont assuré avoir repoussé des navires philippins, à l’aide de canons à eau. Enfin, dimanche dernier, Pékin a conduit avec la Russie des exercices militaires à l’intérieur de la zone économique exclusive japonaise. Trois alliés des États-Unis, trois territoires contestés par la Chine, qui avance sereinement ses pions.
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Quel sort pour les trois millions d'Afghans contraints de rentrer dans leur pays?
2026/07/17
Après le Pakistan ou l'Iran, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions d'Afghans. On ne parle, pour le moment au sein de l'Union européenne, que de personnes condamnées pour des faits de crimes, mais cette perspective relance un double débat : le sort réservé aux personnes renvoyées sous le régime taliban et la question d'une éventuelle normalisation des relations avec Kaboul.
L'ONU le répète : l'Afghanistan reste l'un des pays les plus dangereux au monde. Dangereux pour les femmes, privées de la quasi-totalité de leurs droits. Dangereux aussi pour les anciens fonctionnaires, les ex-militaires de l'ancien régime, les journalistes ou encore les militants des droits humains.
Les Nations Unies l'ont documenté : les retours ne sont pas sûrs. Des rapatriés ont été arrêtés arbitrairement et certains ont été torturés. D'où l'appel de l'ONU à suspendre les expulsions au nom d'un principe simple : celui du « non-refoulement ». Autrement dit, le droit international interdit le renvoi d'une personne vers un pays où elle risque des persécutions. C'est aujourd'hui le cas de l'Afghanistan.
Audition au Parlement européen sous tension Malgré ces risques, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions. Cette semaine, le commissaire européen chargé des migrations, l'Autrichien Magnus Brenner, a été auditionné par les eurodéputés dans un climat tendu. En cause : l'invitation, le 23 juin près de Bruxelles, d'une délégation talibane, à l'initiative d'une quinzaine d'États membres.
La Belgique ou encore la Suède souhaitent pouvoir expulser les Afghans condamnés pour des faits de crimes en Europe. Cela concernerait, selon plusieurs sources, « quelques centaines » de personnes. Mais des ONG et plusieurs eurodéputés dénoncent cette évolution.
Au-delà des risques pour la sécurité des personnes expulsées, ils s'inquiètent des discussions engagées avec les talibans. « On ne peut pas, d'un côté, défendre les droits humains et, de l'autre, négocier avec un régime accusé de les bafouer », résume l'eurodéputée belge Saskia Bricmont.
Vers une normalisation des relations ? Cette question renvoie à un autre enjeu : discuter avec les talibans n'est-il pas déjà une forme de reconnaissance ? L'organisation des retours implique en effet des interlocuteurs officiels en Afghanistan. Or, la position des Vingt-Sept est claire : l'Union européenne n'entretient pas de relations diplomatiques avec les talibans.
Dans les faits pourtant, l'unité européenne se fissure. Fin 2025, l'Allemagne a accepté, pour la première fois, l'installation à Bonn et à Berlin de diplomates afghans nommés par les talibans. Depuis, au moins 50 Afghans ont été expulsés du pays.
Du Pakistan à l'Iran… Trois millions de retours attendus en 2026 La question des retours des Afghans dépasse largement le cadre européen. Selon le HCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, 1,1 million d'Afghans devraient rentrer cette année du Pakistan. Ils seraient plus de 1,6 million à revenir d'Iran. La majorité de ces personnes vivent à l'étranger depuis parfois 40 ans. Beaucoup ont des enfants nés hors d'Afghanistan.
Le Pakistan et l'Iran justifient cette politique par le poids que représentent ces réfugiés pour leur économie. Au total, trois millions de retours sont attendus en 2026.
Un défi humanitaire pour un Afghanistan déjà sous tension Ces trois millions de retours s'ajouteraient aux six millions d'Afghans déjà revenus depuis 2023. C'est aussi un défi majeur pour le régime taliban. Dans un pays de 43 millions d'habitants, l'aide internationale s'est effondrée. L'économie, le système de santé, l'éducation et l'emploi sont déjà sous forte pression. Les ONG, elles aussi, travaillent désormais sous une surveillance étroite.
Résultat : les Afghans vivant à l'étranger se retrouvent pris en étau, entre des pays qui veulent accélérer leur départ et un Afghanistan qui semble incapable de les accueillir.
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