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5from
This podcast has
159 episodes
Language
FrenchPublisher
Alain CouchotExplicit
No
Date created
2019/11/27
Latest episode
2026/10/06
Average duration
28 min.
Release period
18 days
Description
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20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 20. Par 47 °24 ' de latitude et 17°28' de longitude.
2026/10/06
Proposé par audiolivres.com
Narrateur : Alain Couchot
"À la suite de cette tempête, nous avions été rejetés dans l’est. Tout espoir de s’évader sur les atterrages de New York ou du Saint-Laurent s’évanouissait. Le pauvre Ned, désespéré, s’isola comme le capitaine Nemo. Conseil et moi, nous ne nous quittions plus.
J’ai dit que le Nautilus s’était écarté dans l’est. J’aurais dû dire, plus exactement, dans le nord-est. Pendant quelques jours, il erra tantôt à la surface des flots, tantôt au-dessous, au milieu de ces brumes si redoutables aux navigateurs. Elles sont principalement dues à la fonte des glaces, qui entretient une extrême humidité dans l’atmosphère. Que de navires perdus dans ces parages, lorsqu’ils allaient reconnaître les feux incertains de la côte ! Que de sinistres dus à ces brouillards opaques ! Que de chocs sur ces écueils dont le ressac est éteint par le bruit du vent ! Que de collisions entre les bâtiments, malgré leurs feux de position, malgré les avertissements de leurs sifflets et de leurs cloches d’alarme !"
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 19.
2026/08/11
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Cette terrible scène du 20 avril, aucun de nous ne pourra jamais l’oublier. Je l’ai écrite sous l’impression d’une émotion violente. Depuis, j’en ai revu le récit. Je l’ai lu à Conseil et au Canadien. Ils l’ont trouvé exact comme fait, mais insuffisant comme effet. Pour peindre de pareils tableaux, il faudrait la plume du plus illustre de nos poètes, l’auteur des Travailleurs de la Mer.
J’ai dit que le capitaine Nemo pleurait en regardant les flots. Sa douleur fut immense. C’était le second compagnon qu’il perdait depuis notre arrivée à bord. Et quelle mort ! Cet ami, écrasé, étouffé, brisé par le formidable bras d’un poulpe, broyé sous ses mandibules de fer, ne devait pas reposer avec ses compagnons dans les paisibles eaux du cimetière de corail !
Pour moi, au milieu de cette lutte, c’était ce cri de désespoir poussé par l’infortuné qui m’avait déchiré le cœur. Ce pauvre Français, oubliant son langage de convention, s’était repris à parler la langue de son pays et de sa mère, pour jeter un suprême appel ! Parmi cet équipage du Nautilus, associé de corps et d’âme au capitaine Nemo, fuyant comme lui le contact des hommes, j’avais donc un compatriote ! Était-il seul à représenter la France dans cette mystérieuse association, évidemment composée d’individus de nationalités diverses ? C’était encore un de ces insolubles problèmes qui se dressaient sans cesse devant mon esprit !"
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 18. Les poulpes.
2026/07/31
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Pendant quelques jours, le Nautilus s’écarta constamment de la côte américaine. Il ne voulait pas, évidemment, fréquenter les flots du golfe du Mexique ou de la mer des Antilles. Cependant, l’eau n’eût pas manqué sous sa quille, puisque la profondeur moyenne de ces mers est de dix-huit cents mètres ; mais, probablement ces parages, semés d’îles et sillonnés de steamers, ne convenaient pas au capitaine Nemo.
Le 16 avril, nous eûmes connaissance de la Martinique et de la Guadeloupe, à une distance de trente milles environ. J’aperçus un instant leurs pitons élevés.
Le Canadien, qui comptait mettre ses projets à exécution dans le golfe, soit en gagnant une terre, soit en accostant un des nombreux bateaux qui font le cabotage d’une île à l’autre, fut très-décontenancé. La fuite eût été très praticable si Ned Land fût parvenu à s’emparer du canot à l’insu du capitaine. Mais en plein Océan, il ne fallait plus y songer.
Le Canadien, Conseil et moi, nous eûmes une assez longue conversation à ce sujet. Depuis six mois nous étions prisonniers à bord du Nautilus. Nous avions fait dix-sept mille lieues, et, comme le disait Ned Land, il n’y avait pas de raison pour que cela finît. Il me fit donc une proposition à laquelle je ne m’attendais pas. Ce fut de poser catégoriquement cette question au capitaine Nemo : Le capitaine comptait-il nous garder indéfiniment à son bord ?"
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 17. Du Cap Horn à l'Amazone.
2026/07/24
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolivres.com
"omment étais-je sur la plate-forme, je ne saurais le dire. Peut-être le Canadien m’y avait-il transporté. Mais je respirais, je humais l’air vivifiant de la mer. Mes deux compagnons s’enivraient près de moi de ces fraîches molécules. Les malheureux, trop longtemps privés de nourriture, ne peuvent se jeter inconsidérément sur les premiers aliments qu’on leur présente. Nous, au contraire, nous n’avions pas à nous modérer, nous pouvions aspirer à pleins poumons les atomes de cette atmosphère, et c’était la brise, la brise elle-même qui nous versait cette voluptueuse ivresse !Je respirais.
« Ah ! faisait Conseil, que c’est bon, l’oxygène ! Que monsieur ne craigne pas de respirer. Il y en a pour tout le monde. »
Quant à Ned Land, il ne parlait pas, mais il ouvrait des mâchoires à effrayer un requin. Et quelles puissantes aspirations ! Le Canadien « tirait » comme un poêle en pleine combustion.
Les forces nous revinrent promptement, et, lorsque je regardai autour de moi, je vis que nous étions seuls sur la plate-forme. Aucun homme de l’équipage. Pas même le capitaine Nemo. Les étranges marins du Nautilus se contentaient de l’air qui circulait à l’intérieur. Aucun n’était venu se délecter en pleine atmosphère.
Les premières paroles que je prononçai furent des paroles de remerciements et de gratitude pour mes deux compagnons. Ned et Conseil avaient prolongé mon existence pendant les dernières heures de cette longue agonie. Toute ma reconnaissance ne pouvait payer trop un tel dévouement.
« Bon ! monsieur le professeur, me répondit Ned Land, cela ne vaut pas la peine d’en parler ! Quel mérite avons-nous eu à cela ? Aucun. Ce n’était qu’une question d’arithmétique. Votre existence valait plus que la nôtre. Donc il fallait la conserver.
— Non, Ned, repondis-je, elle ne valait pas plus. Personne n’est supérieur à un homme généreux et bon, et vous l’êtes !"
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 16. Faute d'air.
2026/06/18
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Ainsi, autour du Nautilus, au-dessus, au-dessous, un impénétrable mur de glace. Nous étions prisonniers de la banquise ! Le Canadien avait frappé une table de son formidable poing. Conseil se taisait. Je regardai le capitaine. Sa figure avait repris son impassibilité habituelle. Il s’était croisé les bras. Il réfléchissait. Le Nautilus ne bougeait plus.
Le capitaine prit alors la parole :
« Messieurs, dit-il d’une voix calme, il y a deux manières de mourir dans les conditions où nous sommes. »
Cet inexplicable personnage avait l’air d’un professeur de mathématiques qui fait une démonstration à ses élèves.
« La première, reprit-il, c’est de mourir écrasés. La seconde, c’est de mourir asphyxiés. Je ne parle pas de la possibilité de mourir de faim, car les approvisionnements du Nautilus dureront certainement plus que nous. Préoccupons-nous donc des chances d’écrasement ou d’asphyxie.
— Quant à l’asphyxie, capitaine, répondis-je, elle n’est pas à craindre, car nos réservoirs sont pleins.
— Juste, reprit le capitaine Nemo, mais ils ne donneront que deux jours d’air. Or, voilà trente-six heures que nous sommes enfouis sous les eaux, et déjà l’atmosphère alourdie du Nautilus demande à être renouvelée. Dans quarante-huit heures, notre réserve sera épuisée.
— Eh bien, capitaine, soyons délivrés avant quarante-huit heures !
— Nous le tenterons, du moins, en perçant la muraille qui nous entoure.
— De quel côté ? demandai-je.
— C’est ce que la sonde nous apprendra. Je vais échouer le Nautilus sur le banc inférieur, et mes hommes, revêtus de scaphandres, attaqueront l’iceberg par sa paroi la moins épaisse.
— Peut-on ouvrir les panneaux du salon ?
— Sans inconvénient. Nous ne marchons plus. »
Le capitaine Nemo sortit. Bientôt des sifflements m’apprirent que l’eau s’introduisait dans les réservoirs. Le Nautilus s’abaissa lentement et reposa sur le fond de glace par une profondeur de trois cent cinquante mètres, profondeur à laquelle était immergé le banc de glace inférieur.
« Mes amis, dis-je, la situation est grave, mais je compte sur votre courage et sur votre énergie.
— Monsieur, me répondit le Canadien, ce n’est pas dans ce moment que je vous ennuierai de mes récriminations. Je suis prêt à tout faire pour le salut commun.
— Bien, Ned, dis-je en tendant la main au Canadien.
— J’ajouterai, reprit-il, qu’habile à manier le pic comme le harpon, si je puis être utile au capitaine, il peut disposer de moi.
— Il ne refusera pas votre aide. Venez, Ned. »
Je conduisis le Canadien à la chambre où les hommes du Nautilus revêtaient leurs scaphandres. Je fis part au capitaine de la proposition de Ned, qui fut acceptée. Le Canadien endossa son costume de mer et fut aussitôt prêt que ses compagnons de travail. Chacun d’eux portait sur son dos l’appareil Rouquayrol auquel les réservoirs avaient fourni un large contingent d’air pur. Emprunt considérable, mais nécessaire, fait à la réserve du Nautilus. Quant aux lampes Ruhmkorff, elles devenaient inutiles au milieu de ces eaux lumineuses et saturées de rayons électriques."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 15. Accident ou incident ?
2026/06/04
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Le lendemain, 22 mars, à six heures du matin, les préparatifs de départ furent commencés. Les dernières lueurs du crépuscule se fondaient dans la nuit. Le froid était vif. Les constellations resplendissaient avec une surprenante intensité. Au zénith brillait cette admirable Croix du Sud, l’étoile polaire des régions antarctiques.
Le thermomètre marquait douze degrés au-dessous de zéro, et quand le vent fraîchissait, il causait de piquantes morsures. Les glaçons se multipliaient sur l’eau libre. La mer tendait à se prendre partout. De nombreuses plaques noirâtres, étalées à sa surface, annonçaient la prochaine formation de la jeune glace. Évidemment, le bassin austral, gelé pendant les six mois de l’hiver, était absolument inaccessible. Que devenaient les baleines pendant cette période ? Sans doute, elles allaient par-dessous la banquise chercher des mers plus praticables. Pour les phoques et les morses, habitués à vivre sous les plus durs climats, ils restaient sur ces parages glacés. Ces animaux ont l’instinct de creuser des trous dans les ice-fields et de les maintenir toujours ouverts. C’est à ces trous qu’ils viennent respirer ; quand les oiseaux, chassés par le froid, ont émigré vers le nord, ces mammifères marins demeurent les seuls maîtres du continent polaire.
Cependant, les réservoirs d’eau s’étaient remplis, et le Nautilus descendait lentement. À une profondeur de mille pieds, il s’arrêta. Son hélice battit les flots, et il s’avança droit au nord avec une vitesse de quinze milles à l’heure. Vers le soir, il flottait déjà sous l’immense carapace glacée de la banquise.
Les panneaux du salon avaient été fermés par prudence, car la coque du Nautilus pouvait se heurter à quelque bloc immergé. Aussi, je passai cette journée à mettre mes notes au net. Mon esprit était tout entier à ses souvenirs du pôle. Nous avions atteint ce point inaccessible sans fatigues, sans danger, comme si notre wagon flottant eût glissé sur les rails d’un chemin de fer. Et maintenant, le retour commençait véritablement. Me réserverait-il encore de pareilles surprises ? Je le pensais, tant la série des merveilles sous-marines est inépuisable ! Cependant, depuis cinq mois et demi que le hasard nous avait jetés à ce bord, nous avions franchi quatorze mille lieues, et sur ce parcours plus étendu que l’Équateur terrestre, combien d’incidents ou curieux ou terribles avaient charmé notre voyage : la chasse dans les forêts de Crespo, l’échouement du détroit de Torrès, le cimetière de corail, les pêcheries de Ceylan, le tunnel arabique, les feux de Santorin, les millions de la baie du Vigo, l’Atlantide, le pôle sud ! Pendant la nuit, tous ces souvenirs, passant de rêve en rêve, ne laissèrent pas mon cerveau sommeiller un instant."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 14.
2026/05/07
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Je me précipitai vers la plate-forme. Oui ! La mer libre. À peine quelques glaçons épars, des icebergs mobiles ; au loin une mer étendue ; un monde d’oiseaux dans les airs, et des myriades de poissons sous ces eaux qui, suivant les fonds, variaient du bleu intense au vert olive. Le thermomètre marquait trois degrés centigrades au-dessus de zéro. C’était comme un printemps relatif enfermé derrière cette banquise, dont les masses éloignées se profilaient sur l’horizon du nord.
« Sommes-nous au pôle ? demandai-je au capitaine, le cœur palpitant."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 13. La Banquise
2026/05/04
Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Le Nautilus avait repris son imperturbable direction vers le sud. Il suivait le cinquantième méridien avec une vitesse considérable. Voulait-il donc atteindre le pôle ? Je ne le pensais pas, car jusqu’ici toutes les tentatives pour s’élever jusqu’à ce point du globe avaient échoué. La saison, d’ailleurs, était déjà fort avancée, puisque le 13 mars des terres antarctiques correspond au 13 septembre des régions boréales, qui commence la période équinoxiale.
Le 14 mars, j’aperçus des glaces flottantes par 55° de latitude, simples débris blafards de vingt à vingt-cinq pieds, formant des écueils sur lesquels la mer déferlait. Le Nautilus se maintenait à la surface de l’Océan. Ned Land, ayant déjà pêché dans les mers arctiques, était familiarisé avec ce spectacle des icebergs. Conseil et moi, nous l’admirions pour la première fois. Dans l’atmosphère, vers l’horizon du sud, s’étendait une bande blanche d’un éblouissant aspect. Les baleiniers anglais lui ont donné le nom de « ice-blinck. » Quelque épais que soient les nuages, ils ne peuvent l’obscurcir. Elle annonce la présence d’un pack ou banc de glace."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 12.
2026/04/27
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Pendant la nuit du 13 au 14 mars, le Nautilus reprit sa direction vers le sud. Je pensais qu’à la hauteur du cap Horn, il mettrait le cap à l’ouest afin de rallier les mers du Pacifique et d’achever son tour du monde. Il n’en fit rien et continua de remonter vers les régions australes. Où voulait-il donc aller ? Au pôle ? C’était insensé. Je commençai à croire que les témérités du capitaine justifiaient suffisamment les appréhensions de Ned Land."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 11. La Mer de Sargasses.
2026/03/14
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"La direction du Nautilus ne s’était pas modifiée. Tout espoir de revenir vers les mers européennes devait donc être momentanément rejeté. Le capitaine Nemo maintenait le cap vers le sud. Où nous entraînait-il ? Je n’osais l’imaginer.
Ce jour-là, le Nautilus traversa une singulière portion de l’Océan atlantique. Personne n’ignore l’existence de ce grand courant d’eau chaude connu sous le nom de Gulf Stream. Après être sorti des canaux de Floride il se dirige vers le Spitzberg. Mais avant de pénétrer dans le golfe du Mexique, vers le quarante-quatrième degré de latitude nord, ce courant se divise en deux bras ; le principal se porte vers les côtes d’Irlande et de Norwége, tandis que le second fléchit vers le sud à la hauteur des Açores ; puis frappant les rivages africains et décrivant un ovale allongé, il revient vers les Antilles.
Or, ce second bras, — c’est plutôt un collier qu’un bras, — entoure de ses anneaux d’eau chaude cette portion de l’Océan froide, tranquille, immobile, que l’on appelle la mer de Sargasses. Véritable lac en plein Atlantique, les eaux du grand courant ne mettent pas moins de trois ans à en faire le tour.
La mer de Sargasses, à proprement parler, couvre toute la partie immergée de l’Atlantide. Certains auteurs ont même admis que ces nombreuses herbes dont elle est semée sont arrachées aux prairies de cet ancien continent. Il est plus probable, cependant, que ces herbages, algues et fucus, enlevés au rivage de l’Europe et de l’Amérique, sont entraînés jusqu’à cette zone par le Gulf Stream. Ce fut là une des raisons qui amenèrent Colomb à supposer l’existence d’un nouveau monde. Lorsque les navires de ce hardi chercheur arrivèrent à la mer de Sargasses, ils naviguèrent non sans peine au milieu de ces herbes qui arrêtaient leur marche au grand effroi des équipages, et ils perdirent trois longues semaines à les traverser."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 10. Les Houillères sous-marines.
2026/03/13
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Le lendemain, 20 février, je me réveillais fort tard. Les fatigues de la nuit avaient prolongé mon sommeil jusqu’à onze heures. Je m’habillai promptement. J’avais hâte de connaître la direction du Nautilus. Les instruments m’indiquèrent qu’il courait toujours vers le sud avec une vitesse de vingt milles à l’heure par une profondeur de cent mètres.
Conseil entra. Je lui racontai notre excursion nocturne, et, les panneaux étant ouverts, il put encore entrevoir une partie de ce continent submergé.
En effet, le Nautilus rasait à dix mètres du sol seulement la plaine de l’Atlantide. Il filait comme un ballon emporté par le vent au-dessus des prairies terrestres ; mais il serait plus vrai de dire que nous étions dans ce salon comme dans le wagon d’un train express. Les premiers plans qui passaient devant nos yeux, c’étaient des rocs découpés fantastiquement, des forêts d’arbres passés du règne végétal au règne animal, et dont l’immobile silhouette grimaçait sous les flots. C’étaient aussi des masses pierreuses enfouies sous des tapis d’axidies et d’anémones, hérissées de longues hydrophytes verticales, puis des blocs de laves étrangement contournés qui attestaient toute la fureur des expansions plutoniennes.
Tandis que ces sites bizarres resplendissaient sous nos feux électriques, je racontais à Conseil l’histoire de ces Atlantes, qui, au point de vue purement imaginaire, inspirèrent à Bailly tant de pages charmantes. Je lui disais les guerres de ces peuples héroïques. Je discutais la question de l’Atlantide en homme qui ne peut plus douter. Mais Conseil, distrait, m’écoutait peu, et son indifférence à traiter ce point historique me fut bientôt expliquée."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 9. Un continent disparu.
2026/02/27
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Le lendemain matin, 19 février, je vis entrer le Canadien dans ma chambre. J’attendais sa visite. Il avait l’air très-désappointé.
« Eh bien, monsieur ? me dit-il.
— Eh bien, Ned, le hasard s’est mis contre nous hier.
— Oui ! il a fallu que ce damné capitaine s’arrêtât précisément à l’heure où nous allions fuir son bateau.
— Oui, Ned, il avait affaire chez son banquier.
— Son banquier !
— Ou plutôt sa maison de banque. J’entends par là cet Océan où ses richesses sont plus en sûreté qu’elles ne le seraient dans les caisses d’un État. »
Je racontai alors au Canadien les incidents de la veille, dans le secret espoir de le ramener à l’idée de ne point abandonner le capitaine ; mais mon récit n’eut d’autre résultat que le regret énergiquement exprimé par Ned de n’avoir pu faire pour son compte une promenade sur le champ de bataille de Vigo.
« Enfin, dit-il, tout n’est pas fini ! Ce n’est qu’un coup de harpon perdu ! Une autre fois nous réussirons, et dès ce soir s’il le faut…
— Quelle est la direction du Nautilus ? demandai-je.
— Je l’ignore, répondit Ned.
— Eh bien ! à midi, nous verrons le point. »
Le Canadien retourna près de Conseil. Dès que je fus habillé, je passai dans le salon. Le compas n’était pas rassurant. La route du Nautilus était sud-sud-ouest. Nous tournions le dos à l’Europe."
20 000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 8. La baie de Vigo.
2026/02/16
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"L’Atlantique ! Vaste étendue d’eau dont la superficie couvre vingt-cinq millions de milles carrés, longue de neuf mille milles sur une largeur moyenne de deux mille sept cents. Importante mer presque ignorée des anciens, sauf peut-être des Carthaginois, ces Hollandais de l’antiquité, qui dans leurs pérégrinations commerciales suivaient les côtes ouest de l’Europe et de l’Afrique ! Océan dont les rivages aux sinuosités parallèles embrassent un périmètre immense, arrosé par les plus grands fleuves du monde, le Saint-Laurent, le Mississipi, l’Amazone, la Plata, l’Orénoque, le Niger, le Sénégal, l’Elbe, la Loire, le Rhin, qui lui apportent les eaux des pays les plus civilisés et des contrées les plus sauvages ! Magnifique plaine, incessamment sillonnée par les navires de toutes les nations, abritée sous tous les pavillons du monde, et que terminent ces deux pointes terribles, redoutées des navigateurs, le cap Horn et le cap des Tempêtes !
Le Nautilus en brisait les eaux sous le tranchant de son éperon, après avoir accompli près de dix mille lieues en trois mois et demi, parcours supérieur à l’un des grands cercles de la terre. Où allions-nous maintenant, et que nous réservait l’avenir ?
Le Nautilus, sorti du détroit de Gibraltar, avait pris le large. Il revint à la surface des flots, et nos promenades quotidiennes sur la plate-forme nous furent ainsi rendues.
J’y montai aussitôt accompagné de Ned Land et de Conseil. À une distance de douze milles apparaissait vaguement le cap Saint-Vincent qui forme la pointe sud-ouest de la péninsule hispanique. Il ventait un assez fort coup de vent du sud. La mer était grosse, houleuse. Elle imprimait de violentes secousses de roulis au Nautilus. Il était presque impossible de se maintenir sur la plate-forme que d’énormes paquets de mer battaient à chaque instant. Nous redescendîmes donc après avoir humé quelques bouffées d’air."
Denis, Guy de Maupassant
2026/02/12
Nouvelle de Guy de Maupassant proposée par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Monsieur Marambot ouvrit la lettre que lui remettait Denis, son serviteur, et il sourit.Denis, depuis vingt ans dans la maison, petit homme trapu et jovial, qu’on citait dans toute la contrée comme le modèle des domestiques, demanda :— Monsieur est content, Monsieur a reçu une bonne nouvelle ?M. Marambot n’était pas riche. Ancien pharmacien de village, célibataire, il vivait d’un petit revenu acquis avec peine en vendant des drogues aux paysans. Il répondit :— Oui, mon garçon. Le père Malois recule devant le procès dont je le menace ; je recevrai demain mon argent. Cinq mille francs ne font pas de mal dans la caisse d’un vieux garçon.Et M. Marambot se frottait les mains. C’était un homme d’un caractère résigné, plutôt triste que gai, incapable d’un effort prolongé, nonchalant dans ses affaires.Il aurait pu certainement gagner une aisance plus considérable en profitant du décès de confrères établis en des centres importants, pour aller occuper leur place et prendre leur clientèle. Mais l’ennui de déménager, et la pensée de toutes les démarches qu’il lui faudrait accomplir, l’avaient sans cesse retenu ; et il se contentait de dire après deux jours de réflexion :— Baste ! ce sera pour la prochaine fois. Je ne perds rien à attendre. Je trouverai mieux peut-être."
20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 7. La Méditerranée en 48 heures.
2026/02/08
Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"La Méditerranée, la mer bleue par excellence, la « grande mer » des Hébreux, la « mer » des Grecs, le « mare nostrum » des Romains, bordée d’orangers, d’aloès, de cactus, de pins maritimes, embaumée du parfum des myrtes, encadrée de rudes montagnes, saturée d’un air pur et transparent, mais incessamment travaillée par les feux de la terre, est un véritable champ de bataille où Neptune et Pluton se disputent encore l’empire du monde. C’est là, sur ses rivages et sur ses eaux, dit Michelet, que l’homme se retrempe dans l’un des plus puissants climats du globe.
Mais si beau qu’il soit, je n’ai pu prendre qu’un aperçu rapide de ce bassin, dont la superficie couvre deux millions de kilomètres carrés. Les connaissances personnelles du capitaine Nemo me firent même défaut, car l’énigmatique personnage ne parut pas une seule fois pendant cette traversée à grande vitesse. J’estime à six cents lieues environ le chemin que le Nautilus parcourut sous les flots de cette mer, et ce voyage, il l’accomplit en deux fois vingt-quatre heures. Partis le matin du 16 février des parages de la Grèce, le 18, au soleil levant, nous avions franchi le détroit de Gibraltar."
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