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24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/28
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9 min.
Release period
2 days
Description
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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Sommet Russie-Afrique: «La marge de manœuvre de la Russie se trouve diminuée» par la guerre en Ukraine
2026/10/28
C'est ce mercredi 28 octobre que doit s'ouvrir à Moscou le troisième sommet Russie-Afrique, où Vladimir Poutine espère réunir entre 15 et 20 chefs d'État africains. Les enjeux pour la Russie : fiabiliser son offre sécuritaire aux pays africains en situation instable et développer ses relations économiques et commerciales avec le continent africain. Mais quelles sont les marges financières de la Russie, au moment où son effort de guerre contre l'Ukraine absorbe 40 % de son budget ? Paul-Simon Handy est le directeur du bureau Union africaine de l'Institut d'études de sécurité. En ligne depuis Addis Abeba, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Au Mali, les Russes ont perdu Kidal et leur principal homme de confiance à Bamako, le général Sadio Camara, c'était le 26 avril. Mais le 6 octobre, ils ont reconquis Kidal avec les Fama, les forces armées maliennes. Est-ce qu'on peut dire que cette victoire militaire tombe à pic ?
Paul-Simon Handy : Elle tombe certainement à pic avant le sommet Russie-Afrique, la Russie peut se positionner en partenaire de confiance. Mais moi, je continue de dire que ce n'est qu'une victoire tactique. C'est un succès tactique qui ne rétablit pas forcément la sécurité et surtout pas la stabilité structurelle à Kidal, qui n'exclut pas qu'il y ait un renversement de situation dans les prochains mois. Et je ne pense pas que les services publics retourneront de sitôt à Kidal. Donc, il y a eu un succès sur le terrain, mais sa durabilité reste encore à démontrer.
Des instructeurs russes au Togo, des armes russes qui débarquent au port de Lomé à destination de Bamako… Est-ce que tout cela n'est pas le signe que la Russie est en train de réussir à étendre son influence au-delà des trois pays du Sahel central ?
La Russie offre des instruments de protection des pouvoirs et elle est capable de le faire aujourd'hui. Mais je ne sais pas si on peut parler de réussite à long terme. Je ne pense pas que ce soit un acquis. Lorsqu'il s'agit du Sahel, la Russie gagnerait, à mon avis, à transformer cette offre purement de défense et de maintien des pouvoirs en une véritable offre économique qui créerait des biens publics régionaux ou même qui s'élargirait aussi aux domaines technologiques.
Et à Madagascar, depuis la chute d’Andry Rajoelina et l'arrivée du colonel Michaël Randrianirina, est-ce que la Russie n'est pas en train de faire une percée ?
Alors c'est sûr que la Russie va faire une percée. Il faudrait encore savoir quelles seront les modalités. Le pouvoir de transition à Madagascar a besoin d'alliés qui ne sont pas très regardants sur les conditions qu'on pose à la transition. Il est très probable que la Russie ait des réponses ponctuelles aux besoins qu'exprimerait le pouvoir de transition à Madagascar. Notamment des besoins en termes d'équipements militaires, de contrôle des foules, des besoins même en termes de drones, de livraison de drones. Donc, oui, la Russie pourrait, là encore, avoir des solutions ponctuelles à des besoins qui sont pressants, mais je ne pense pas que ce soit sur le long terme, ce qui peut construire les fondements d'une relation bilatérale multisectorielle et apaisée.
Sur le plan économique, est-ce que le coût de la guerre contre l'Ukraine ne réduit pas les capacités budgétaires de la Russie pour investir en Afrique, pour aider, par exemple, à la restructuration des dettes souveraines ?
Je pense que, si la Russie, au-delà de la défense, trouve en Afrique des débouchés pour ses céréales et surtout pour ses engrais, elle a beau jeu d'essayer d'exclure l'Ukraine de ce marché qui peut s'avérer juteux compte tenu de la dépendance de certains pays africains aux céréales et à certains types d'engrais en provenance de Russie et à l'époque aussi en provenance de l'Ukraine. Mais je pense que la marge de manœuvre de la Russie s'en trouve diminuée, justement parce que l'effort de guerre lui coûte énormément. Vu l'ensemble des déclarations de Moscou et de ses grandes orientations de politique africaine, je pense que, pour mettre en œuvre toutes ces orientations, il faudrait que Moscou puisse avoir une marge de manœuvre fiscale et budgétaire qui ne me semble pas être présente en ce moment. Donc oui, la guerre en Ukraine fait peut-être que la Russie ne puisse se contenter que d'une aide en matière de défense et d'une coopération commerciale en matière de provisions d'engrais et de matériel agricole.
Est-ce que des pays comme la République centrafricaine ne sont pas en train de tester une politique étrangère à double face, une alliance sécuritaire avec la Russie et une alliance budgétaire avec la France ?
Probablement. En tout cas, on voit bien que la République centrafricaine se garde bien de choisir entre la Russie, la France et les autres pays occidentaux. Pour le moment, on a plutôt l'impression qu’elle multiplie les conditions de sa dépendance.
Suite au recrutement par la Russie de plusieurs centaines de mercenaires kényans pour aller combattre en Ukraine, le ministère kényan des Affaires étrangères a élevé la voix : « Il est inacceptable que nos jeunes servent de chair à canon ». Est-ce que cette pratique du recrutement de mercenaires ne risque pas de compliquer le message anti-impérialiste de Moscou ?
Oui, sans équivoque aucune. Il complique ce message et il démontre à ceux qui avaient besoin de preuves que la Russie, finalement, utilise des méthodes qui sont très peu différentes des méthodes qu'elle dit vouloir remettre en question. Notamment, elle a recours à des agences de sécurité privées pour recruter des jeunes Africains et les envoyer dans des théâtres de guerre en Ukraine. Ceci est tout sauf du soutien à l'indépendance et la souveraineté des pays africains. C'est véritablement de l'utilisation et de l'abus de la misère de certains jeunes Africains en quête d'opportunités pour les emmener faire la guerre. Une guerre qui ne les regarde pas du tout.
À lire aussiSommet Russie-Afrique: Moscou en opération séduction pour cette troisième édition
Projet de loi de finances rectificative au Sénégal: «Pas de réponse satisfaisante sur la hausse du prix de l'énergie»
2026/10/27
Au Sénégal, le bras de fer continue entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko, qui contrôle l'Assemblée et menace de bloquer le vote de la loi de finances rectificative. Lundi 26 octobre sur RFI, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a demandé à Ousmane Sonko de ne plus faire de surenchère. Ce mardi, réponse du député Mohamed Ayib Salim Daffé, fidèle d'Ousmane Sonko, qui préside le groupe Pastef à l'Assemblée. Interrogé par Christophe Boisbouvier, il demande au Premier ministre de ne plus jouer à cache-cache et de descendre de son piédestal.
RFI : Dans votre dernier communiqué de presse, vous insistez sur la nécessité de préserver le pouvoir d'achat des Sénégalais. Quels sont les points du projet de loi de finances qui, selon vous, pourraient menacer ce pouvoir d'achat ?
Mohamed Ayib Salim Daffé : Bon, dans le contexte actuel, il y a une hausse des prix des denrées de première nécessité. Et d'ailleurs, cela a conduit les secteurs sociaux à aller en mouvement social. Il y a également la question de la hausse du prix de l'énergie. Donc, que ce soit le carburant et l'électricité, cela a été décrié notamment par toutes les associations de consommateurs. Donc, ça pèse lourdement sur les factures des ménages. Et sur ce point-là, le projet de loi de finances rectificatives ne donne pas des réponses satisfaisantes. Notamment, nous avons noté un passage du montant de la subvention [sur les carburants]. Dans la loi de finances de 2026 initiale, elle était de 250 milliards de francs CFA et elle va à 790 milliards. Maintenant, le mécanisme de financement de cette subvention pour nous pose problème.
Alors, vous parlez donc du coût de l'énergie, depuis le blocage du détroit d'Ormuz, le prix du pétrole flambe. Le Premier ministre affirme avoir dû dépenser quelque 550 milliards de francs CFA pour que cette hausse ne soit pas répercutée aux consommateurs. Et si j'ai bien compris, vous craignez que cette subvention ne soit plus financée et qu'avec ce projet de loi, il y ait une hausse du prix à la pompe, c'est ça ?
En réalité, actuellement, le gouvernement est en train de vouloir financer la subvention en utilisant des crédits qui étaient destinés à des investissements prioritaires. Ils ont fait des coupes importantes dans des secteurs sociaux comme la construction des centres de santé, la construction d'hôpitaux, la construction d'infrastructures hydrauliques prioritaires, sans pour autant qu'il y ait eu un dialogue avec l'Assemblée nationale, alors que, pour nous, le gouvernement aurait pu agir sur les taxes en baissant les taxes concomitamment à la réduction de la subvention. Cela aurait pu permettre de préserver ces investissements et éviter ces coupes drastiques sur les dépenses d'investissement. Mais le gouvernement joue à cache-cache parce que, même quand je parle de la transparence du projet de loi de finances, il y a beaucoup de crédits, par exemple, qui sont inscrits. Il a fallu beaucoup de gymnastique pour les retrouver. Par exemple, comment ils doivent financer les subventions, ils ne les mettent pas de manière explicite, mais ils le cachent dans des crédits qui ne sont pas vraiment expliqués aux députés. Il a fallu à plusieurs reprises qu'on demande des explications, qu'on demande des documents et malheureusement, jusqu'à présent, toute la documentation, nous ne l'avons pas encore.
Alors, vous l'avez entendu hier matin sur RFI, le Premier ministre espère un compromis avec vous avant le vote en plénière. Est-ce que cela vous paraît possible ?
Oui bien sûr. S'ils descendent de leur piédestal et consentent à discuter, à dialoguer avec l'Assemblée nationale, notamment avec la majorité et les différents groupes parlementaires, donc, il va falloir au gouvernement engager un dialogue sincère, franc et constructif et pouvoir tenir compte de nos préoccupations qui sont des exigences réalistes.
Quand le Premier ministre Ousmane Sonko a été limogé au mois de mai dernier, il a subi une certaine forme d'humiliation. Est-ce qu'au fond, aujourd'hui, ce bras de fer sur le projet de loi de finances, ce n'est pas une sorte de revanche pour vous ?
Non, non. Nous ne jouons pas avec les institutions. Et effectivement, le gouvernement fait preuve de mépris, d'arrogance envers la représentation nationale. Mais pour nous, ce qui compte, c'est vraiment de défendre l'intérêt des populations sénégalaises. Et nous avons examiné ce projet de loi de finances rectificatives avec un esprit constructif et comment faire pour l'améliorer. Et nous avons mis des propositions sur la table. Donc, nous ne sommes pas dans un esprit de revanche. Ce n'est pas cela qui nous anime.
Et si aucun compromis n'est trouvé dans les prochains jours, si le gouvernement engage sa responsabilité devant vous, devant l'Assemblée, qu'est-ce que vous ferez ?
Pour nous, en tout cas, la porte du dialogue est encore ouverte et nous espérons que le gouvernement reviendra à la raison et tiendra compte des préoccupations de la majorité. Donc, ils doivent dialoguer et se concerter pour trouver un consensus sur les décisions majeures qui engagent le présent et l'avenir des Sénégalais.
Donc, si jamais le gouvernement engage sa responsabilité, une motion de censure n'est pas exclue ?
Rien n'est exclu dans la mesure où ce sont des prérogatives constitutionnelles. Donc, nous appliquerons les lois et les règlements des prérogatives qui nous sont offertes. Maintenant, notre option actuellement est de discuter avec le gouvernement pour trouver un consensus.
Pour la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques, des Jeux vont avoir lieu en Afrique et ce sera dans votre pays à partir de samedi prochain. Mais ne craignez-vous pas, si vous faites de la surenchère, comme dit le Premier ministre, ne craignez-vous pas que l'opinion vous reproche de gâcher la fête ?
Non, nous ne sommes pas des saboteurs. Nous ne sommes pas également des gens qui font de la surenchère. Nous sommes des Sénégalais responsables et nous souhaitons que les Jeux se déroulent dans les meilleures conditions. Maintenant, c'est au gouvernement, comme je l'ai dit, de descendre de son piédestal et d'engager le dialogue.
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Sénégal: «La loi de finances est indispensable» pour «relancer l’économie», dit Ahmadou Al Aminou Lô
2026/10/26
Le Sénégal risque un nouveau blocage autour du texte de la loi de finances rectificative. Ce texte doit être présenté en pénière pour adoption mardi 27 octobre, mais les députés Pastef, ultra-majoritaires à l’Assemblée nationale, ont rejeté le projet de loi en commission vendredi 23 octobre, faisant craindre un blocage. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô défend ses choix budgétaires dans un contexte économique contraint et appelle à s’entretenir avec les députés du Pastef dans une ultime tentative de trouver une entente. Ahmadou al Aminou Lo est notre grand invité, au micro de Lea-Lisa Westerhoff.
RFI : Le Sénégal semble avoir atteint un point de blocage majeur avec ce refus des députés Pastef de voter la loi de finances rectificative (LFR). Comment l'expliquez-vous ?
Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô : Il n'y a pas, à mon avis, un point de blocage majeur. C'est simplement que le dialogue n'a pas pu se faire dans les formes et dans la profondeur nécessaire, et mon appel est que ce dialogue reprenne dès demain.
L'actuel président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, est-il allé trop loin en assurant que le Pastef ne voterait pas cette loi de finances rectificative ? Vous avez parlé de faire obstruction. Est-ce le cas ?
C'est ça la politique. On peut faire beaucoup de surenchères, mais à la fin de la journée, j'ai toujours aimé dans ce pays le fait que l'intérêt supérieur de la Nation va commander, que les uns et les autres se ressaisissent. Le Sénégal a démontré sa résilience dans des cas beaucoup plus graves, notamment pendant la crise politique 2021-2024, qui a fini par un dialogue entre des opposants et des adversaires coriaces. Ici, nous ne sommes pas dans l'adversité. C'est le même parti qui, à un moment donné, a connu des contraintes qui ont fait que le président de la République s'est séparé de ce Premier ministre qui allait jouer à l'Assemblée nationale un rôle qui est très, très important : contrôler l'action publique. Donc, aujourd'hui, oui, il est dans son rôle, mais c'est peut-être de la surenchère, un blocage temporaire, dû certainement à des incompréhensions. Mais je reste convaincu que si chacun est ouvert de son côté, nous trouverons une solution pour que cette loi de finances rectificative puisse enfin être votée.
Mais concrètement, que comptez-vous faire pour sortir du blocage actuel ? Dans votre entourage, certains évoquent la possibilité d'engager la responsabilité du gouvernement pour faire passer cette loi de finances rectificative sans vote. Est-ce que c'est une option aujourd'hui ?
S'il n'y a pas volonté d'obstruction, il n'y a pas de raison d'engager la responsabilité du gouvernement. Et je reste convaincu, très, très convaincu que nous nous entendrons. Maintenant, si on ne s'entend pas, la Constitution sénégalaise donne des prérogatives dont nous allons user sans pour autant que soit forcément engagée la responsabilité du gouvernement.
Quelles sont ces prérogatives concrètement ?
Il y a la possibilité d'aller jusqu'à introduire des amendements et de faire en sorte que ces amendements introduits par le gouvernement puissent être acceptés ou, à défaut, que cela puisse passer au vote bloqué. Donc, il n'y aura pas de blocage de ce pays, il n'y aura pas de shutdown. Mais cette LFR est indispensable puisqu'il doit nous permettre de relancer l'économie, de permettre aux entrepreneurs de retrouver le paiement de leurs arriérés. Mais surtout, et le plus important, c'est de faire en sorte qu’il réponde à la nécessité de traduire le choc énergétique qu’on a eu avec la guerre Iran - États-Unis - Israël qui nous a donné une hausse des coûts de 550 milliards [de francs CFA, 838 millions d’euros, NDLR], que nous n'avons pas voulu répercuter aux consommateurs. Il me semble qu'il y a, à nouveau, une absence de compréhension de ce que nous voulons faire. Pourtant, je reste disponible, et comme je l'ai dit, pour qu'on s'entende sur l'essentiel, puisque bloquer un budget a des conséquences qui vont au-delà du seul Sénégal.
Justement, parmi les conséquences, s'il ne devait pas y avoir d'accord sur cette loi de finances rectificative, est-ce à dire qu'il n'y aurait pas de prêt du FMI ? Quelles seraient les conséquences pour le Sénégal ?
Nous continuons les échanges avec le FMI, je suis sûr, qui suit de très très près cette situation, le calendrier de nos rencontres reste maintenu. Nos créanciers, également, je les rassure sur le fait que nous maintenons ce calendrier parce que nous restons convaincus que la raison prévaudra en définitive, et que ce projet de loi de finances rectificative sera en définitive voté par l'Assemblée nationale, nous l'espérons, mardi [27 octobre 2026, NDLR]. Mais si ce n'est pas mardi, ce sera dans les jours qui suivent.
Ce bras de fer, ces tensions récurrentes entre l'exécutif et le législatif auquel on assiste au Sénégal depuis quelques mois, se déroulent à quelques jours des premiers Jeux olympiques de la jeunesse qui doivent se tenir en Afrique. Est-ce que ce n'est pas regrettable pour l'image du Sénégal ?
Oui. Lorsque vous recevez le monde, vous devez quand même présenter, dans ce pays, un visage qui soit un visage d'unité. La paix, plus fort, plus haut : c'est quelque chose que nous voulons réserver à notre jeunesse. Il ne faut pas qu'on gâte cette fête pour la jeunesse parce que l'Assemblée nationale n'arrive pas à comprendre, ou ne veut pas comprendre, ce que nous avons mis sur la table et sur lequel nous allons encore nous donner les moyens de dialoguer, puisque c'est également la volonté de Son Excellence le président de la République Bassirou Diomaye Faye que ce pays puisse reprendre son bon chemin.
Sur le front social, la grève générale à laquelle le Sénégal a assisté la semaine dernière n'est-elle pas le signe d'un échec de votre gouvernement à répondre aux demandes sociales des Sénégalais ?
En fait, c'est juste un signal d'un Sénégal qui souffre. Quand vous êtes une petite économie ouverte, sensible à tous les chocs – et ce monde est connu pour des chocs, on peut dire maintenant semestrielles – ne pas avoir des finances publiques qui sont sur les bons rails, cela amène, disons, à ce que certains engagements qui avaient été pris ne puissent pas être respectés parce que, fondamentalement, vous n'avez pas les moyens de les respecter. Et, quand les gens sont dans une situation où la vie chère les encercle, comme en France, par exemple, vous voyez, ce front social se réveiller facilement. Nous devons continuer à dialoguer et c'est ce que j'ai fait en les recevant la semaine dernière. Nous allons aller de l'avant sur ce que nous pouvons à nouveau satisfaire, mais à condition que cette loi de finances rectificative puisse être votée.
Mais les Sénégalais, que leur proposez-vous concrètement ? À ceux qui justement trouvent les fins de mois difficiles se plaignent de l'augmentation des prix du carburant, que leur dites-vous ?
Je dis aux Sénégalais que l'espoir est là. Ce à quoi nous nous attendons à partir – on va dire de la mi-novembre, et parce que le Fonds monétaire international programmera le dossier du Sénégal, si les éléments résiduels sont fournis – c’est que cela va débloquer d’une autre façon. Non pas l'ampleur des fonds que le Fonds monétaire va nous donner, mais c'est surtout cette attente que beaucoup d'investisseurs étrangers avaient, beaucoup d'investisseurs privés nationaux qui n'arrivaient pas à recouvrer leurs créances. Ce que je dis aux Sénégalais, c'est qu’un Sénégal nouveau est devant nous, mais vraiment devant nous, pour un futur extrêmement proche, dès le mois de novembre, à condition que nous puissions, nous sachions nous surpasser dans ce moment critique décisionnel sur la LFR. Nous allons avoir à la fois un appui du Fonds monétaire international, un appui budgétaire de la Banque mondiale et d'autres bailleurs qui sont vers nous, et cela va nous permettre de déclencher une dynamique qui permettra de faire une fin d'année qui sera très prometteuse, une année 2027 qui sera lumineuse.
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Entretien filmé par Kaourou Magassa et Mahamadou Pame et monté par Mohamed Diawara.
Expo sur Amilcar Cabral: «On a voulu présenter un intellectuel africain qui a mis la dignité au centre de son action»
2026/10/24
« Amílcar Cabral : pour un humanisme radical », est la nouvelle exposition présentée au sein de la Maison des mondes africains (MansA), qui a ouvert ses portes il y a un an au cœur de Paris, dans le 10ème arrondissement. Cinq décennies après son assassinat, que reste-t-il du père des indépendances lusophones ? Comment s’approprier ses convictions, ses luttes ? La Mansa réunit des artistes, des musiciens, des chercheurs dans cette quête au 13 décembre 2026. La commissaire de l’exposition Ângela Benoliel Coutinho travaille sur l’histoire d’Amílcar Cabral depuis 20 ans et est interrogée par Guillaume Thibault.
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Matata Ponyo Mapon, opposant en RDC: «La coalition C64 défend le respect de la Constitution»
2026/10/23
En RDC, voilà 10 jours que l'ex-président Joseph Kabila a annoncé qu'il prenait la tête de la rébellion armée dans l'est du pays et l'opposition non armée n'a toujours pas réagi. Lundi prochain, les cinq dirigeants de la coalition C64 doivent se réunir à Rome, en Italie, pour adopter une position commune. Mais dès vendredi 23 octobre matin, l'un de ces leaders s'exprime : Matata Ponyo Mapon a été le Premier ministre de Joseph Kabila pendant près de 5 ans. Aujourd'hui, à la suite d'une condamnation à 10 ans de prison en RDC, il vit en exil et vient de publier Le prix de la loyauté, chez Télémaque. En ligne de Londres, il répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Matata Ponyo Mapon, bonjour, qu'est-ce que vous pensez de la décision de Joseph Kabila de prendre la tête de la rébellion armée dans l'est de votre pays ?
Bon, pour le moment, je ne saurais pas vous donner un avis personnel parce que, comme vous le savez, mon parti fait partie de la Coalition 64 et donc nous nous sommes entendus de donner un point de vue commun.
Mais voilà quand même plus de dix jours maintenant que Joseph Kabila a annoncé qu'il devenait chef rebelle. Et votre coalition C 64 ne s'est toujours pas exprimée. Pourquoi ce long silence ? Est-ce que vous êtes embarrassé par cette annonce de l'ancien président ?
Nous ne sommes nullement embarrassés. Sauf que je pense que, quand on est en groupe, il faut toujours respecter les règles de base et de cohésions. Et vous le savez très bien, nous allons nous réunir à partir du début de la semaine prochaine à Rome, en Italie, pour pouvoir nous rencontrer physiquement. Nous tous les cinq principaux leaders de la coalition C 64 pour examiner un ensemble de questions. Dans tous les cas, vous le savez très bien, la position de la C64 est celle de défendre le respect de la Constitution, et je pense que nous devons plutôt nous poser des questions sur la qualité de la gouvernance politique. Le déboire chaotique des dernières élections de 2023. La RDC est classée parmi les pays où l'état de droit est le moins avancé au monde. Moi-même, comme vous le savez, j'ai été victime d'une justice à triple vitesse et je pense que le problème de fond aujourd'hui, au lieu de se prononcer sur la décision de tel ou tel autre, est que nous devons plutôt nous prononcer sur les fondamentaux de la gouvernance du pays.
Au mois de mai de cette année, vous avez créé avec vos quatre partenaires politiques cette coalition, C 64, pour défendre l'ordre constitutionnel, comme vous dites, et les règles démocratiques. Est-ce que cette initiative de Joseph Kabila n'est pas contradictoire avec votre démarche du mois de mai dernier ?
Je pense qu'il faut faire une analyse globale sur le respect de la Constitution. Ça, comme vous l'avez souligné, c'est la colonne vertébrale, c'est la substance, c'est l'objet principal de la coalition C 64. Et ce mouvement est né du fait principalement de la volonté du gouvernement actuel et du président Tshisekedi de changer la Constitution. Il vaut mieux regarder la décision du président Joseph Kabila Kabange, l'ancien président de la République en RDC, par rapport à la Constitution. Mais je pense qu'il faut aussi regarder dans le fond qu'est ce qui est à l'origine aussi de cette décision. Vous le savez très bien, le président Joseph Kabila Kabange a été condamné à mort et ceci n'était pas conforme aux fondamentaux de la Constitution.
Et est ce qu'après la décision de Joseph Kabila de prendre la tête d'une lutte armée, vous pouvez encore demander qu'il participe au dialogue national que vous réclamez depuis plusieurs mois ?
Écoutez, moi, je vous dirai que la décision de la C 64, jusque-là, à moins qu'elle soit amendée, est celle d'un dialogue global, inclusif, qui intégrerait tout le monde, c'est le point de vue aussi du médiateur que nous avons choisi, l'Église catholique et l'Église protestante. Mais c'est aussi le point de vue de plusieurs présidents africains. Si vous avez suivi le point de vue du président Lurenço, président de l'Angola, je pense que, si on veut résoudre les problèmes de fond qui existent dans notre pays et qui sont à la base des problèmes militaires, des problèmes de paix et de sécurité, mais il faut que tout le monde soit autour de la table.
Matata Ponyo Mapon, vous avez donc créé ce parti Leadership et gouvernance pour le développement, LGD. Mais il vient d'être interdit de toute activité politique par le ministère congolais de l'Intérieur. Cette décision du 15 octobre, elle frappe aussi douze autres partis politiques, dont le PPRD de Joseph Kabila. Comment vous réagissez ?
Nous désapprouvons cette décision. Nous avons écrit formellement au ministre de la Justice et donc nous espérons que sa décision, qui est politique et qui n'est pas juridique, sera revue pour permettre de créer un climat propice à la détente politique. On ne peut pas chercher une chose et son contraire. Quand on veut un dialogue pour apaiser la situation, on ne peut pas au même moment prendre des décisions qui énervent la situation.
Et aujourd'hui, est ce que vous vous résignez à vivre en exil pendant des années ?
Mais tant que le gouvernement actuel n'aura pas créé un état de droit, écoutez, nous allons pour des raisons de sécurité… Parce que si j'étais resté au pays, certainement que je ne serais plus en vie aujourd'hui. Et je pense que je dois préserver ma vie pour permettre un jour d'apporter la contribution dont le pays a besoin pour sa prospérité et pour celle des millions et des millions de Congolais.
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Ebola: «Aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance», affirme le Dr Jean Kaseya
2026/10/22
Le Nigeria est sous le choc après l'annonce d'un premier cas Ebola en provenance d'Ouganda. Le docteur Jean Kaseya informe jeudi 22 octobre que cette patiente n'est jamais passée au préalable par la RDC, ce qui veut dire que, contrairement au discours officiel de Kampala, le virus circule en Ouganda. Cette patiente n'a été diagnostiquée Ebola que 16 jours après son arrivée au Nigeria, poursuit le médecin, ce qui signifie qu'il y a aujourd'hui beaucoup de cas contacts. Jean Kaseya est le directeur général d'Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, et répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Un premier cas Ebola au Nigeria, est-ce très inquiétant ?
Dr. Jean Kaseya : ça montre que l'épidémie est sérieuse. Nous nous attendons effectivement à de nombreux cas contacts. Je parle très régulièrement avec le ministre de la Santé du Nigeria, le professeur Muhammad Ali Pate, qui fait un excellent travail. Effectivement, cette patiente est rentrée à Abuja le 3 octobre. Elle a eu des symptômes à partir du 6. Elle a été dans un premier centre privé, dans un deuxième et puis après elle a été hospitalisée le 11 octobre pour qu'elle soit diagnostiquée le 19 octobre. Donc, effectivement, nous nous attendons à ce qu'il y ait beaucoup de cas contacts.
Avant d'arriver à Abuja, elle est passée par Entebbe en Ouganda en provenance de RDC, c'est ça ?
Non, elle n’est jamais allée en RDC. Elle est partie avec son mari deux semaines en voyage à Kampala et elle n'a jamais quitté Kampala. Et puis, elle a voyagé de Kampala à Abuja via Addis-Abeba. Et donc, quand elle est arrivée à Abuja, elle a dit qu'elle n'avait pas de symptômes. Et les symptômes ont commencé deux jours après. Je rappelle que la fenêtre pour avoir Ebola part de 0 à 21 jours. Donc vous pouvez être contaminé aujourd'hui, vous pouvez développer la maladie dans trois jours, dans six jours, jusque durant le 20ᵉ jour.
Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que disent les autorités de l'Ouganda, il y a des cas d'Ebola dans leur pays ?
C'est une conversation que nous allons avoir avec les autorités ougandaises pour savoir où exactement la dame était, qui ont été les personnes qui ont été en contact avec la dame. J'appelle aussi à une grande réunion de tous les ministres africains le 28 octobre, pour que nous puissions discuter de ces activités transfrontalières et surtout savoir qu'aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance non seulement à la frontière, mais aussi dans les structures privées et publiques.
À ce jour, combien de cas Ebola sont enregistrés et combien de décès Ebola sont recensés ?
À ce jour, nous en sommes à plus ou moins 9 600 cas en prenant les neuf cas du Kenya. Et j'ai dit à peu près, puisque la situation évolue au quotidien et on a autour de 4 600 décès.
Est-ce que le pic est dépassé ou pas ?
Pour le moment. Premièrement, avec l'extension géographique, vous savez qu'en RDC on a maintenant huit provinces tuchées. Deuxièmement, avec l'extension géographique au niveau africain. Troisièmement, avec le nombre de nouveaux cas qui reste autour de 65 à 70 par jour et surtout avec cette circulation, et il y a beaucoup de cas venant de la communauté, nous disons que l'épidémie est encore sérieuse et elle n'est pas encore sous contrôle.
Le Kenya enregistre neuf cas dont un décès. Est-ce que la Coupe d'Afrique des nations de football, qui est prévue au mois de juin prochain dans ce pays et ses deux voisins, l'Ouganda et la Tanzanie, est compromise ?
Non, non, non. Je vais donner un message très clair. La Coupe d'Afrique n'est pas compromise jusque-là puisque le Kenya effectue un travail merveilleux. Vous allez voir que tous les neuf cas qu’on a répertoriés au Kenya viennent de la liste de cas contacts et l'Ouganda a une liste de contacts très élargie actuellement autour de 140 personnes dans la liste des contacts. Et l'Ouganda a fait un travail merveilleux.
Nous devons faire le ratissage. Vous savez, l'épidémie, elle est toujours sérieuse en RDC et vous avez vu le cas de la personne qui est passée par l'Ouganda pour aller au Kenya. Donc, je pense que, actuellement, dans ces deux pays, un travail important est en train de se faire.
Et donc, moi, je n'ai pas beaucoup d'inquiétudes par rapport à la Coupe d'Afrique. Je vais en parler avec Patrice Motsepe [le président de la Confédération africaine de football, NDLR]. Nous allons avoir une réunion pour discuter de tout cela, mais je pense que l'avis que je vais lui donner sur le plan scientifique, c'est que, jusque-là, il n'y a pas d'inquiétude par rapport à la Coupe d'Afrique.
Il y a une semaine, lors de votre dernier passage à Kinshasa, vous avez dit que sur les 962 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale, quelque 700 millions de dollars restaient inconnus aux yeux des autorités de RDC et que c'était inacceptable. Pour certains, en disant qu'il y avait un flou dans la gestion de l'argent contre Ebola, vous avez sous-entendu que cet argent avait été détourné…
On ne peut pas sous-entendre ce que moi-même j'ai dit très clairement. J'ai dit qu'il y avait un flou dans le sens que le gouvernement n'avait pas connaissance de ces ressources. Je n'ai jamais dit que l'argent était détourné. Je n'ai jamais dit que l'argent a été mal utilisé. Donc, pour nous, tout ce que nous voulons, c'est que la souveraineté africaine que nous sommes en train de promouvoir tous les jours passe par le fait que le gouvernement doit connaître tout ce qui arrive sur son sol.
Donc, pas de suspicion ?
Pas de suspicion de notre part, c'est la recherche de l'information. Nous sommes en train de faire un partenariat basé sur le respect et la transparence. Les gouvernements africains veulent travailler avec tout le monde. Africa CDC travaille avec tout le monde, mais nous voulons des partenaires qui puissent venir et travailler en toute transparence avec nous.
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Drame d’Eseka au Cameroun: pour l’avocat des victimes, la justice «laisse de côté un certain nombre de responsables»
2026/10/21
Il y a dix ans, le Cameroun était endeuillé par le plus grand accident ferroviaire de son histoire : 79 morts à Eseka, sur la ligne Yaoundé-Douala. Et des corps qui n'ont jamais été retrouvés. Une tragédie générée par des négligences criminelles. Où en est le procès des responsables ? Maître Michel Janvier Voukeng, l'un des avocats des victimes et de leurs familles, répond aux questions de RFI depuis Douala.
RFI : Est-ce qu'on sait aujourd'hui pourquoi cette catastrophe est arrivée ?
Maître Michel Janvier Voukeng : On le sait depuis la commission d'enquête qui avait été mise en place par le Premier ministre et qui avait conclu à la responsabilité, à titre principal, de Camrail. Il y a un certain nombre de défauts, tant techniques que managériaux, qui ont été reprochés à l'exploitant. Ces manquements-là sont relatifs à la surcharge et à la rallonge du train. Parce que, en temps normal, ce train-là prenait neuf voitures et, ce jour-là, la locomotive tractait 17 voitures avec des organes de freinage défaillants, des semelles de freins usées et la locomotive elle-même avait le frein rhéostatique hors service. Le chauffeur, le conducteur du train, a émis des réserves mais a été contraint de prendre le contrôle de la locomotive de Camrail.
Alors malgré tout ce que vous dites, c'est le conducteur du train qui a été condamné à la peine la plus lourde. Cinq ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués, car il est en fuite], qu'est-ce que vous en pensez ?
Je dis que ce n'est pas la bonne personne qui a été condamnée, c'est-à-dire qu'on est dans un système où les gens l'ont jeté en pâture, alors que le seul qui ait paru raisonnable, c'est plutôt ce conducteur-là, c'est le seul qui a paru raisonnable.
Alors l'autre personne condamnée à de la prison ferme, c'est le chef de la sécurité de la société Camrail à Yaoundé. Il a été condamné à trois ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués non plus, car il est aussi en fuite]. Que pensez-vous de cette peine ?
C'est toujours très gênant lorsqu'on voit les responsables intermédiaires boire la tasse en lieu et place des premiers dirigeants. Pour nous de la défense, ces individus-là, c'est du menu fretin offert pour calmer le dossier ou pour le clôturer. Le directeur de la sécurité dans leur organigramme, il n'a pas un droit de veto [sur le départ d’un train].
À l'issue de ce procès de septembre 2018, le directeur général de la société Camrail de l'époque, le Belge Didier Vandenbon, a été condamné à six mois avec sursis et, parmi les onze personnes reconnues coupables d'homicide involontaire et condamnées, c'est la personne qui avait à l'époque le grade le plus élevé. Est-ce que vous pensez que d'autres responsables, à un niveau encore plus élevé, auraient dû comparaître, eux aussi, devant la justice camerounaise ?
Quand l'accident survient et qu'on arrête les sous-fifres qui sont à côté, on ne parle pas des gens qui sont haut placés et qui ont regardé. Cela se fait pour nous. Cette décision de justice laisse de côté un certain nombre de responsables. C'est ce que je dis.
Est-ce que vous pensez, par exemple, au fils de Vincent Bolloré, Cyrille Bolloré, qui était à l'époque le président de Bolloré Transport & Logistics, dont la société Camrail était une filiale ?
Pas forcément lui, je dis sa responsabilité est en concours avec ceux qui l'ont admis comme concessionnaire du service public du chemin de fer au Cameroun et l'ont laissé faire sans le contrôler. Ce n'est pas Bolloré lui seul. Parce que si les autorités chargées des questions de transport avaient un tant soit peu été regardantes, on aurait pu prendre des mesures coercitives à l'avance sur l'état du réseau et l'état des wagons.
Est-ce que vous pensez à Edgar Alain Mébé Ngo'o, qui était à l'époque ministre des Transports et qui pourrait avoir été de ceux qui ont demandé à la société Camrail d'ajouter huit wagons lors de ce tragique voyage du 21 octobre 2016 ?
La concession du service public à un exploitant privé était l'œuvre dans ce cas-là du ministère des Transports, qui a laissé le chemin de fer au groupe Bolloré. Il y a un cahier des charges et ils n'ont pas veillé à ce que ce cahier des charges-là soit respecté. C'est pour cela que je ne suis pas de ceux qui pensent que la responsabilité de Bolloré est exclusive.
Vous, en tant qu'avocat des parties civiles, vous représentez plus de 300 victimes. Est-ce que celles-ci ont été indemnisées à la hauteur du préjudice qu'elles ont subi ?
Rarement les victimes ont été correctement indemnisées. Très très rarement. Dix ans après l'accident, il y a certaines victimes qui n'ont jamais rencontré un psychologue. Est-ce qu'on peut sortir indemne de ce genre d'accident et vivre une vie normale sans jamais avoir un jour consulté un psy ? La responsabilité de fournir ces soins-là était de Camrail, qui ne l'a jamais fait. Résultat des courses, dix ans après, on voit des gens qui sont réputés avoir été indemnisés mais qui traînent des séquelles, qui sont obligés de soigner ça avec leurs propres moyens. Et Camrail s'est toujours efforcé d'essayer d'obtenir des arrangements hors procédure, de façon à ce que la victime n'ait plus la capacité juridique de venir au procès, puisqu'elle aurait renoncé en amont.
Alors en première instance, la justice a été diligente puisque le procès a eu lieu moins de deux ans après la catastrophe. Mais depuis septembre 2018, il ne se passe plus rien et aucune date n'est encore fixée pour le procès en appel. Pensez-vous qu'en haut lieu on voudrait étouffer l'affaire ?
Je ne peux pas dire ainsi, parce que si le haut lieu, c'est le ministère des Transports, celui qui a été mêlé à cette catastrophe-là, il n'est plus ministre des Transports. Et entre-temps, Bolloré est parti et c'est le groupe AGL [filiale du groupe italo-suisse MSC] qui est à la manœuvre. Moi je pense plutôt que c'est une lenteur judiciaire, mais je ne peux pas vous dire qu'il y a un coup de frein au niveau politique dessus.
Le recensement de la population va permettre à la RDC de «mieux planifier son développement local»
2026/10/20
On sait déjà que la République démocratique du Congo est le pays le plus peuplé du monde francophone. Mais le nombre exact d'habitants sera connu en juillet prochain, quand sera terminé le recensement de la population, une première depuis plus de 30 ans. Le gouvernement vient d'en démarrer la phase préparatoire. À la manœuvre, Guylain Nyembo Mbwizya, ministre du Plan et de la Coordination de l'aide au développement. De passage à Paris, le chef du dénombrement des Congolais a répondu aux questions de RFI.
RFI : Concrètement, comment allez-vous réussir à compter un par un tous les habitants de la RDC ? Est-ce que vous allez vraiment demander à vos agents de se rendre dans tous les quartiers, tous les villages, maison par maison ?
Guylain Nyembo Mbwizya : C'est comme ça que ça sera fait. Donc le dénombrement exhaustif qui va avoir lieu au mois de juillet, donc individu après individu, mais ça se fera par ménage. Donc, nous allons vers les ménages et, à partir de là, nous recensons. Et il y aura un recenseur dans chaque aire de dénombrement. Donc, on parle de plus de 130 000 recenseurs qui seront déployés sur le territoire national.
Le dernier recensement, celui de 1984, du temps de Mobutu, estimait la population congolaise à près de 30 millions de personnes, aujourd'hui on en est où à votre avis ?
Bon, aujourd'hui, il y a des estimations qui sont données sur base de ce que publie l'UNFPA, donc l'Agence des Nations unies pour la population, autour de 112 millions d'habitants. Mais nous, nous attendons ce que nous allons réaliser pour avoir le chiffre exact, ce qui va justement permettre à la RDC de mieux planifier son développement local. Vous savez que nous avons la gratuité de l'enseignement, mais il faut que nous sachions combien d'élèves que nous avons en projection, combien d'enfants à telle catégorie d'âge. Cela nous permet de construire les écoles qu'il faut. Nous avons le programme de couverture santé universelle, c’est la même chose. Nous avons besoin de connaître exactement combien de personnes sont concernées. La question d'électricité, de l'eau… Donc, ça nous permet en réalité de mieux planifier et donc de travailler sur le mieux-être de la population.
Et ça coûte combien ?
Alors, le budget général de 192 millions. Vous devez savoir que la RDC a déjà mis à disposition du programme 30 millions de ce qui est connu. Mais après, nous avons l'accompagnement de la Banque mondiale et de la BAD de manière globale. Et puis il y a les Nations unies qui nous accompagnent aussi sur le plan technique, mais aussi un peu financièrement.
Actuellement, les rebelles du FRN de l'ancien président Joseph Kabila contrôlent une grande partie du Nord et du Sud Kivu. Comment va pouvoir se passer le recensement dans ces zones-là ?
Ben écoutez, ça sera à réaliser de la même manière que vous avez entendu se réaliser l'examen d'État sur tout le territoire national. C'est-à-dire que le recensement n'est pas une opération politique, pas du tout. C'est typiquement scientifique, ça sert même de donnée, même humanitaire, pour accompagnement des personnes, parce que ça permet d'identifier toutes les personnes déplacées sur le territoire national et tout ça. Donc, ça veut dire que toute personne qui aime la RDC est censée collaborer dans ce projet.
Ce qui veut dire que les agents recenseurs pourront également dénombrer les habitants de Goma et de Bukavu, par exemple ?
C’est bien ça.
Avec l'accord donc inévitablement des rebelles du FRN qui sont les maîtres du terrain dans ces zones-là ?
Ça, c'est vous qui le dites. Mais pour nous, ce sont des communautés locales avec des communautés locales que nous réalisons ce travail. Donc d'abord ce sont des jeunes qui sont recrutés, ce sont des chefs coutumiers, ce sont différentes personnes qui travaillent sur le territoire concerné, qui seront mobilisées dans ce travail-là. Et tout le monde a intérêt à ce que la RDC, toute la RDC, y compris ces zones-là, puissent être recensées pour avoir des données fiables dans le cadre de la gestion de l'État dans son ensemble.
Mais qui centralisera les informations obtenues par ces agents recruteurs en zone rebelle ?
C'est un travail digital qui se fait. Donc ils auront des tablettes sur terrain. Donc dès qu'ils ont l'information, tout de suite après, l'information est envoyée au niveau de Kinshasa pour la compilation.
Vous venez d'assister à Bruxelles à la dernière conférence de l'initiative ITIE sur la transparence des industries extractives. Votre pays est notamment le deuxième producteur mondial de cuivre. Or, les opérateurs chinois contrôlent, je crois, quelque 90 % de la production de ce métal stratégique. Est-ce que la RDC n'est pas trop dépendante de la Chine ?
Bon, la RDC a l'ambition de diversifier ses partenariats et donc ça veut dire aussi que la porte reste ouverte à tous les autres partenaires. Les Etats-Unis sont arrivés, nous attendons l'Europe. Donc voilà.
Parce que vous estimez que 90 % pour les opérateurs chinois dans le cuivre, c'est une position trop dominante pour la Chine dans votre pays ?
Nous voulons diversifier, il n'y a pas que dans le cuivre. Donc pour tout ce que nous avons de minerais stratégiques, nous voulons diversifier nos partenariats.
Vous pensez au cobalt, vous pensez au lithium ?
Vous voyez, les Américains sont là avec nous. Vous savez bien que, pour l'exploration du lithium dans la province du Tanganyika, les Américains sont là avec plusieurs sites d'exploration. C'est une société américaine qui est là-bas. Et sur le couloir de Lobito, le corridor, vous avez appris que c'est une société américaine qui est lancée, là, pour le chemin de fer. Donc nous sommes bien, comme on dit, « on track » pour évoluer et avancer.
Et les Européens dans tout ça ? Tout pour les Chinois et les Américains, rien pour les Européens ?
(Sourire) Pas du tout, les Européens, comme je dis, ils sont bienvenus. Je vois qu'il y a un grand intérêt sur Lobito aussi, parce que j'ai vu que l'Union européenne avait annoncé, je crois, 2 milliards d’euros à mettre sur le projet. Donc vous voyez que l'Europe n'est pas en reste. Donc, nous demandons aux investisseurs de ne pas traîner les pieds parce que la RDC reste ouverte.
Massacre de Shakahola au Kenya: «Tous ne sont pas morts volontairement, tous n'ont pas jeûné volontairement»
2026/10/19
Au Kenya, c’est aujourd’hui que la justice doit rendre son verdict dans le procès du pasteur de la mort, Paul Mackenzie, qui a ordonné à ses adeptes de mourir de faim pour « rencontrer Jésus ». Quelque 450 cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants ont été retrouvés, en 2023, dans une forêt près de la ville côtière de Malindi. Ce gourou, qui lui-même ne s’est jamais laissé mourir de faim, a été arrêté et sera fixé aujourd’hui sur son sort. Mais est-ce un fou ou un manipulateur avide d’argent ? Yvan Droz est anthropologue et enseigne à Genève à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Quand on lit les témoignages sur cette tuerie de masse de 2023, on est abasourdi. Comment des centaines de fidèles ont-ils pu se laisser convaincre qu'ils devaient mourir de faim ?
Yvan Droz : C'est difficile à répondre précisément, mais simplement, ce sont des mouvements assez classiques, millénaristes, qu'on retrouve un peu partout depuis très longtemps, c'est-à-dire les gens qui attendent la seconde venue du Christ et la fin des temps.
Et comment des gens qui ont fait des études supérieures, des ingénieurs, des hôtesses de l'air, peuvent se laisser intoxiquer comme ça par un prédicateur ?
Simplement, je pense que ce sont des gens qui ont véritablement une attente, une croyance assez forte dans le prédicateur, et que ces prédicateurs sont souvent des gens très charismatiques. Donc, il suffit d'avoir certaines faiblesses psychologiques ou de se trouver dans des situations personnelles très difficiles, que ce soit au niveau affectif ou financier. Parfois, ce genre de prédication peut conduire les gens à se convertir et à avoir des conduites qui peuvent être malheureusement funestes.
Alors, ce prédicateur a commencé sa carrière comme chauffeur de taxi à Malindi, sur la côte du Kenya. En 2003, il a créé son église. Et puis, à partir des années 2010, il s'est fait remarquer par la police pour ses prêches particulièrement radicaux et violents. De quoi s'agissait-il ?
Disons qu’il demandait à ses fidèles de se retirer du monde, c'est-à-dire de ne plus envoyer leurs enfants à l'école, de ne pas prendre de médicaments lorsqu'ils étaient malades, parce que la foi en Jésus-Christ était censée soigner les gens sans l'aide de la médecine. Et puis, l'éducation qui était donnée à l'école kényane contrevenait à certaines affirmations de la Bible.
L'Éducation est satanique, disait-il…
Oui, parce qu'elle ne correspondait pas à une interprétation littérale de la Bible. Ces mouvements, très souvent, considèrent que la Bible est la Parole de Dieu et que, à partir de là, elle est autosuffisante et qu'il n'y a pas à l'interpréter. Et donc on est aussi dans des mouvements religieux qui sont dualistes, qui opposent le bien et le mal de manière féroce pourrait-on dire.
Et en février 2023, il a affirmé qu'il avait une vision et que l'apocalypse arriverait au mois de juin, c'est ça ?
Oui, effectivement, c'est le discours apocalyptique classique qui annonce une date pour l'apocalypse et à partir de là, ça contraint un certain nombre de fidèles à se mettre à jeûner ou à se préparer à être enlevés de la terre pour rejoindre les cieux.
Mais alors, ce qu'on apprend depuis quelque temps, grâce notamment au témoignage du chef de sa sécurité qui a fini par parler et par plaider coupable, lui, à la différence du pasteur, c'est que plusieurs des adeptes qui sont morts de faim, on les y a forcés, non ?
Oui. Alors, effectivement, certains ont été contraints. Je crois même qu'on a retrouvé des cadavres qui avaient les mains ligotées, etc. Donc tous ne sont pas morts volontairement, tous n'ont pas jeûné volontairement. Et puis il y a aussi des questions familiales où les parents ont contraint les enfants à jeûner, leurs propres enfants. Et dans l'univers millénariste de Mackenzie, disons que c'était assez pratique, parce qu'il fallait que les enfants meurent tout d'abord, ensuite les femmes et ensuite les hommes, et en dernier lieu seulement le clergé. Donc on peut aussi soupçonner que, derrière ces côtés charismatiques, il y avait aussi l'appât du gain, parce que les biens des fidèles morts revenaient aussi aux mouvements religieux.
Oui, ce qu'il expliquait à ses adeptes, c'est que lui devait mourir le dernier. Et lui, justement, n'a jamais jeûné. Alors la question qui se pose, bien sûr, c'est de savoir ce qui animait vraiment ce prédicateur. Est-ce qu'il était fou ou est-ce que c'était un habile manipulateur avide d’argent ?
Mais l'un n'exclut pas l'autre. J'ai beaucoup travaillé sur le religieux au Kenya, et c'est assez fascinant de voir que les gens ont une foi profonde et, en même temps, sont tout à fait prêts à exploiter leurs fidèles et compagnie. Donc il ne faut pas avoir non plus une vision trop manichéenne de ces prédicateurs. En général, ils croient ce qu'ils disent, en tout cas par moments, mais en même temps, ils considèrent qu'il est justifié de s'enrichir grâce à leur parole, puisque c'est la parole divine. D'autant plus que ces mouvements religieux, en général, sont exonérés d'impôts. Donc ça peut aussi être une forme de business.
Alors pourquoi n'a-t-il pas plaidé coupable ?
Alors on assiste à une logique juridique ou rationnelle dans laquelle les procureurs cherchent à démontrer qu'il y a eu crime, et du côté de Mackenzie, d'une bonne partie de ses fidèles, ils répondent dans une logique théologique dans laquelle ils affirment qu'ils respectent les préceptes de la Bible. Donc, on a véritablement affaire à une forme de dialogue de sourds où, d'un côté, vous avez une logique juridique qui cherche à démontrer des crimes, et il y en a eu. Et d'un autre côté, vous avez des personnes comme Mackenzie et ses acolytes qui sont un peu illuminés, qui se croient les possesseurs de la vérité ultime du christianisme. Donc, s’il ne plaide pas coupable, c'est parce qu'il se considère comme étant légitime.
Est-ce que cet homme est fou ?
Mais je ne l’ai jamais rencontré. Je n’en sais rien, je ne peux pas vous dire. Je ne sais pas si des expertises psychiatriques ont été faites, mais pas à ma connaissance. Moi je pense que c'est plutôt un illuminé comme le monde en a connu depuis des millénaires. Parce qu'il ne faut pas limiter non plus cette logique apocalyptique ou millénariste au christianisme seulement, on en trouve des exemples dans l'islam, on en trouve des exemples dans le judaïsme, dans les mouvements religieux en général.
«Avec une croissance de 4,5 % prévue l'année prochaine, l'Afrique est un continent résilient»
2026/10/16
« En Afrique, malgré la fermeture du détroit d'Ormuz, la croissance est résiliente », affirme le nouveau directeur Afrique du FMI, le Mauritanien Zeine Zeidane, qui assiste actuellement à l'assemblée annuelle du FMI à Bangkok, en Thaïlande. La preuve ? Les pays africains qui ne produisent pas de pétrole vont quand même enregistrer cette année un taux de croissance de 6 %. Où en sont des pays comme la RDC, le Niger ou le Sénégal ? Le patron du FMI pour l'Afrique, qui a été aussi le Premier ministre de la Mauritanie, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, le prix du pétrole est en forte hausse. Est-ce que cela fait grimper le taux de croissance des pays africains producteurs de pétrole, ou pas ?
Zeine Zeidane : Légèrement. Les pays exportateurs de pétrole, leur croissance va augmenter légèrement. Leur situation budgétaire extérieure aussi va s'améliorer significativement, mais l'inflation va augmenter partout.
Est-ce que les autres pays africains qui sont riches en ressources naturelles comme le cuivre, l'or, le cobalt, profitent aussi de la conjoncture actuelle ?
Ceux-là aussi profitent de l'augmentation des prix de ces matières premières qu'ils exportent.
Est-ce que ces pays font à vos yeux un bon emploi de leurs nouvelles recettes ou est-ce qu'ils pourraient faire mieux ?
En général, le constat c'est qu'ils peuvent faire mieux. En particulier, pour des dépenses de développement et aussi en même temps en utilisant une partie des recettes supplémentaires dans certains pays pour réduire les arriérés intérieurs, pour retirer la dette qui coûte cher pour certains d'entre eux. Donc cela peut être aussi des usages de recettes supplémentaires.
Prenons un exemple, ce sont les pays producteurs de pétrole dans la zone Cemac en Afrique centrale. Quels sont les postes sur lesquels ils pourraient mieux exploiter les recettes nouvelles qu'ils ont ?
En général, il est important pour ces pays-là, qui sont dans une union monétaire, de faire tout pour maintenir la stabilité extérieure de l'union monétaire. Et ça, ça veut dire en particulier qu'il faut qu'il y ait des déficits budgétaires qui soient contrôlés, en général. Ils ont tous des critères de convergence pour la région. C'est important d'aligner les déficits budgétaires en général à ce niveau-là. Ils ne sont pas tous dans la même situation. Mais en général, ce qui est important, c'est qu'ils maintiennent la stabilité budgétaire, qu’ils réduisent en particulier le recours aux marchés de financement intérieur qui est maintenant assez limité, et les possibilités sont assez limitées. Donc, ce sont des usages possibles des recettes additionnelles.
Et pour la République démocratique du Congo ?
C'est très bien que vous me posiez cette question-là, parce que la République démocratique du Congo fait face aussi à différentes crises, en particulier la crise Ebola. Notre recommandation pour eux, c'est d'accommoder les besoins des dépenses de santé qui sont nécessaires pour cela. Et, de notre côté, nous avons, comme vous le savez, un programme avec la République démocratique du Congo. Nous leur apportons du financement dans le cadre de notre facilité de crédit élargi, mais aussi de notre facilité pour la résilience. Et notre facilité pour la résilience a aussi une fenêtre pour maîtriser les pandémies et actuellement, nous considérons utiliser cette fenêtre-là pour soutenir les efforts de la République démocratique du Congo pour résoudre la crise sanitaire à laquelle ils font face.
Et pour le Niger, par exemple, qui est producteur de pétrole maintenant, est-ce que vous pensez qu'ils emploient bien ces nouvelles recettes additionnelles ?
Oui, en général, avec le Niger, nous avons aussi un programme qui se termine. Nous négocions un nouveau programme. Nous considérons que la politique budgétaire qu'ils mènent est une politique budgétaire qui est prudente, et l'utilisation des ressources nous semble raisonnable.
Alors, cette hausse du prix du pétrole depuis le début de l'année, quel est son impact à présent sur les taux de croissance des pays africains qui n'ont pas la chance de produire du pétrole ?
Comme vous l'avez peut-être vu dans notre note, parmi les pays qui ne sont pas exportateurs de pétrole, il y a le groupe que vous venez de mentionner avant, qui sont les exportateurs d'autres ressources minières. Ils ont une croissance stable cette année et l'année prochaine - les pays les plus affectés, ce sont ceux qui n'ont pas de ressources minières ou d'hydrocarbures. Évidemment, ces pays-là, ces groupes de pays-là, vont avoir une croissance révisée significativement à la baisse de 6,4 % à 6 %. Cela dit, c'est un niveau de croissance qui est élevé. Et d'ailleurs l'histoire en général de l'Afrique, c'est que la croissance a été résiliente. L'année dernière, on a connu la croissance la plus rapide depuis plus d'une décennie en Afrique, 4,5 %. On a révisé maintenant la croissance. C'est à ce même niveau 4,5 %. On prévoit la croissance à 4,5 % l'année prochaine. Donc, c'est un continent qui est résilient et c'est aussi notre deuxième message. C'est un continent qui a beaucoup de perspectives économiques intéressantes. Nous avons fait une analyse au mois d'avril qui dit que c'est un continent qui est en mouvement. Et donc, s'ils font les réformes structurelles en termes de gouvernance, en termes d'environnement des affaires, en termes d'intégration à l'économie mondiale, ils peuvent augmenter leur croissance économique de plus de 20 % sur les cinq, dix prochaines années. Donc, c'est un continent qui a beaucoup de potentiel, et nous encourageons les autorités à faire ces réformes structurelles là pour tirer les dividendes de leur croissance démographique.
Donc, ce que vous dites, monsieur le directeur, c'est que cette année, vous prévoyez pour l'Afrique un taux de croissance de 4,5 % et l'an prochain, pour les pays qui ne produisent pas de pétrole ou d'autres ressources naturelles, vous prévoyez un taux de croissance de 6 %. C'est ça ?
C'est ça. Pour cette année, ce sera 6 % pour ces pays-là, pour ce groupe de pays, comparativement à 6,4 % l'année dernière. Et l'année prochaine, ce sera aussi le même niveau, 6 % de croissance.
Alors, pour éviter les tensions sociales, plusieurs gouvernements comme celui des Comores ne répercutent pas la hausse du prix du baril sur le prix de vente dans les stations-services. Est-ce que c'est la bonne politique à vos yeux ?
Évidemment notre conseil a besoin d'être regardé pays par pays. Quelles sont les situations économiques et sociales dans ces pays ? Mais notre conseil en général, c'est qu'il est mieux de subventionner des populations nécessiteuses que de subventionner des produits. Et donc d'ailleurs, dans notre note, si vous la regardez très bien, vous voyez que si on soutenait 40 % des plus pauvres, des plus vulnérables dans la société, le coût serait dix fois moindre à peu près que le coût d'une subvention de produit. Donc, en général, notre conseil est : subventionnez la population, ne subventionnez pas les produits. Parce que le soutien des produits, toutes les analyses montrent qu'en réalité une grande partie de la subvention va aux composantes les plus riches de la société. Si vous pensez aux hydrocarbures, ceux qui roulent dans les grosses voitures, ce ne sont pas les populations les plus pauvres.
L'autre grave problème de cette année, monsieur le directeur, c'est la hausse du prix des engrais et des intrants. Alors, quelle solution pour les agriculteurs africains ?
C'est une très, très bonne question à laquelle j'ajouterai la préoccupation à propos d’El Niño qui va aussi arriver. Il va en particulier affecter l'Afrique australe, probablement avec des situations de sécheresse, peut-être dans d'autres parties de l'Afrique de l'Est et probablement l'Afrique de l'Ouest, avec des inondations. Tout cela peut affecter la production agricole. Le Fonds monétaire international a déjà apporté une aide pour quelques pays qui avaient besoin d'importation d'engrais. Le Fonds monétaire a apporté des financements additionnels. On a fait ça par exemple pour la Gambie, on a fait ça pour le Burkina Faso. Donc, il est important d'assurer que les pays ont les ressources nécessaires pour importer ces produits-là. Mais il est clair qu'il va y avoir un impact sur la production agricole. D'une part, comme vous le dites, à cause de la disponibilité des engrais au bon moment, mais aussi peut-être à cause de ces chocs climatiques. Et donc ça, ça va affecter les prix des produits alimentaires, ça va affecter l'inflation, ça va affecter probablement les populations les plus vulnérables en Afrique. On a fait une étude au mois d'avril précédent qui montrait que, si les produits alimentaires augmentaient de 20 %, ça se traduirait par un accroissement de la population en insécurité alimentaire de plus de 20 millions de personnes. Et je peux vous assurer que le Fonds monétaire se tient disponible pour aider les pays africains à faire face à une augmentation des prix des produits alimentaires et à leur impact sur les positions budgétaires extérieures de ces pays.
Depuis 18 mois, l'aide publique des États-Unis est en chute libre. L’aide publique des grands pays européens a diminué d'un tiers. Est-ce que cela a un impact sur le taux de croissance des pays africains et est-ce que vous avez pu le chiffrer ?
Dans la note, on note en particulier la diminution de l'aide au développement, pour la région, d'environ 34 % sur les deux dernières années, qui est un chiffre important. Cela affecte en particulier les pays les plus vulnérables en Afrique subsaharienne, ceux qui n'ont pas accès aux marchés internationaux, en particulier
RDC: «Le pic de l'épidémie Ebola est derrière nous», selon le ministre congolais de la Santé
2026/10/15
« Oui, le virus Ebola se déplace vers la province du Nord-Kivu, mais le pic de l'épidémie est derrière nous et nous espérons le lancement d'un vaccin d'ici deux mois », déclare ce jeudi 15 octobre sur RFI le ministre congolais de la Santé publique, de l'Hygiène et de la Prévoyance sociale. En ligne de Kinshasa, le ministre Samuel Roger Kamba, qui est aussi médecin pédiatre, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : À ce jour, combien de cas Ebola et combien de décès dus à Ebola sont enregistrés dans votre pays ?
Samuel Roger Kamba : Nous sommes au-delà de 9 000 cas et au-delà de 4 300 décès. On est autour d'une mortalité de 48,2 %.
C'est-à-dire que, malheureusement, près d’un patient sur deux décède ?
À peu près oui.
Est-ce à dire, Monsieur le ministre, que le pic de l'épidémie n'est toujours pas atteint ?
Non, cela n'a rien à voir. Le pic, c'est le nombre de nouveaux cas par jour, le plus élevé que nous avons, et le nombre de décès par jour, le plus élevé. Alors, au plus haut de l'épidémie, nous avons atteint à peu près 120 nouveaux cas par jour et nous avons atteint à peu près 50 décès par jour. Et donc, actuellement, nous sommes autour de 50 à 70 cas nouveaux par jour. C'est pour cela que nous disons que le pic est dépassé parce que ce sont des données qui sont consolidées sur plusieurs semaines, ce ne sont pas des données journalières. Donc, quand nous disons que le pic est passé, cela ne veut pas dire que l'épidémie est passée. Cela veut dire que le nombre de nouveaux cas a baissé et le nombre de décès par jour a baissé et est en train de baisser. C'est pour ça que nous disons que le pic est passé.
Alors, plusieurs ONG, dont Médecins sans Frontières, affirment qu'après la province de l'Ituri, il y a maintenant une flambée de l'épidémie dans la province du Nord-Kivu. Est-ce que vous le confirmez ?
Je le confirme. Vous savez, la particularité de cette épidémie, c'est la mobilité. On voit que cette épidémie a commencé malheureusement dans une zone minière, qui est la zone de Mongbwalu, en Ituri. Et cette zone minière a bien entendu, comme toutes les mines, beaucoup de personnes qui viennent y travailler sans nécessairement résider de manière permanente dans la zone. Mais la conséquence est que, dès qu'elles tombent malades, qu'est-ce qu'elles font ? Elles essaient de rentrer chez elles. Et c'est ça qui a fait que l'épidémie s'est répandue très, très vite dès le départ. Parce que dans la zone de Mongbwalu, on trouve beaucoup d'habitants du Nord-Kivu qui viennent travailler, bien sûr comme commerçants ou comme mineurs. Dès qu'elles tombent malades, ces personnes rentrent chez elles et c’est donc difficile à suivre. La deuxième chose, c'est que cette épidémie est arrivée en Ituri, qui est un carrefour commercial très important, et donc les foyers qui sont très actifs sont à la frontière entre le Nord-Kivu et l'Ituri. Et effectivement, on a plus de nouveaux cas maintenant au Nord-Kivu qu’en Ituri. C'est pour ça que ces ONG disent - elles ont raison - que l'épidémie, en termes d'épicentre, s'est déplacée vers le Nord-Kivu. Maintenant, quand je dis, moi, que le pic est dépassé, c'est que je compte le nombre total de nouveaux cas par jour, que ce soit dans le Nord-Kivu et dans l'Ituri. Et quand on compare au taux que je vous ai dit tout à l'heure, on était autour de 120 nouveaux cas par jour, aujourd'hui, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. C'est variable. Il y a des jours où on a beaucoup plus et des jours où on a beaucoup moins, mais lissé sur trois semaines, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. Et c'est pour ça que nous disons que le pic est derrière nous. Mais c'est aussi pour cela que nous disons que le Nord-Kivu est l'endroit que nous regardons avec plus de vigilance maintenant, notamment trois endroits à Beni, à Butembo et Katwa. Ce sont des endroits que nous regardons avec beaucoup, beaucoup de vigilance maintenant. D'ailleurs, notre incident manager, le professeur Ahuka, est sur place à Beni parce que nous voulons absolument stopper cette épidémie là-bas.
Prenons le cas, justement, de ces deux grandes villes du Nord-Kivu que sont Beni et Butembo, et qui sont sous le contrôle gouvernemental. Est-ce que vous y avez à présent suffisamment de personnel congolais et international, et suffisamment de matériel et de centres de soins ?
Absolument. Et sur place, à Beni, nous avons mis le laboratoire pour pouvoir diagnostiquer le plus rapidement possible. Nous avons mis les équipes de traitement. Parce que vous savez que maintenant nous utilisons un protocole qu'on appelle protocole Meuri, qui nous permet effectivement d'utiliser des médicaments déjà connus comme le Remdésivir. Ce médicament montre des résultats très positifs quand on le donne aux malades rapidement, sans qu'il soit déjà trop tard, et quand on le donne aux personnes contact pour qu'elles ne développent pas la maladie. Et donc nous avons ces équipes de traitement qui sont déjà à Beni pour ça.
Qu'en est-il, Monsieur le ministre, des zones qui sont sous le contrôle des rebelles et qui sont aussi touchées par le virus Ebola ? Je pense notamment aux localités de Kayna et d'Alimbongo.
D'abord, vous savez que nous n'avons pas de contact avec les rebelles et donc nous n'avons pas nécessairement les informations fiables. Mais, ce qui est certain, c'est que nos équipes parviennent à nous transmettre les résultats et, justement, nous donnent de temps en temps des résultats que nous pouvons évaluer. Mais le problème, c'est que quand nous avons des résultats de laboratoire, ça ne dit rien par rapport à la situation réelle des malades dans ces zones contrôlées.
Est-ce que la lutte contre ce virus ne pourrait pas être une cause commune à tous les Congolais, quel que soit leur bord politique ou militaire ? Est-ce que cette lutte ne pourrait pas être à l'ordre du jour des prochains pourparlers au Qatar, si jamais il y en a de nouveau ?
Dès le départ, si vous vous rappelez, de cette épidémie, nous avons dit, et moi personnellement je l'ai dit : l'épidémie n'a pas de frontières. Nous avons demandé en ce temps-là que nous puissions avoir le contrôle. Parce que je vous donne un exemple. Un malade qui est dans la zone que nous contrôlons, nous cherchons à savoir quelles sont les personnes avec lesquelles il a été en contact. Et c'est très important, le suivi des contacts. Mais cette personne se déplace et elle rentre dans la zone sous contrôle rebelle. Nous n'avons plus de contact avec la personne, mais nous n'avons plus, non plus, le moyen de suivre ses contacts. Et donc, nous perdons effectivement la possibilité de savoir combien de personnes sont contaminées par cette personne-là. Nous avons dès le départ dit qu’il fallait que le gouvernement contrôle l'épidémie sur toute la zone, parce qu’un cas qui revient d'on ne sait d'où, ce cas va entraîner une résurgence de l'épidémie. Et pourquoi nous ne pouvons pas laisser ça aux mains des rebelles ? Premièrement parce que c'est la souveraineté du Congo, mais deuxièmement, parce que l'organisation sanitaire est sous notre contrôle de manière générale.
Donc, vous ne reconnaissez pas aux rebelles les compétences pour gérer l'épidémie, mais vu qu'ils occupent une partie importante de la province du Nord-Kivu, est-ce qu'il ne faut pas que vous partagiez des informations avec eux ?
On ne peut pas. On n'a pas de canaux de travail avec eux, nous n'en aurons pas. Mais les organisations internationales comme l'OMS, comme l'Unicef, sont là. Et vous vous rappelez que ce n'est pas la première épidémie que nous avons. Nous avions déjà le Mpox, et nous avions déjà demandé des couloirs pour que nous puissions, nous, ramener nos équipements pour soigner, pour vacciner, pour donner les intrants à nos populations. Et déjà pour les organisations internationales, c'était très difficile. Donc nous ne leur reconnaissons ni compétence, ni légalité, pour faire quoi que ce soit.
Monsieur le ministre, la riposte a été longtemps freinée par la défiance des populations. Il y a même eu des attaques contre les humanitaires et les centres de soins. Est-ce que cela continue ?
Cela continue. Pas plus tard que la semaine passée, un de nos prestataires a reçu un coup de machette sur la tête parce que, tout simplement, il allait suivre les contacts. Et encore une fois, il y a une semaine, un peu plus, un autre Congolais, qui est passé sur une radio juste pour sensibiliser la population contre cette maladie, a été malheureusement molesté et tué. Donc, il y a des zones où justement la manipulation, faite aussi bien par des groupes rebelles que par d'autres, dit que « si l'épidémie est là, c'est parce que le gouvernement veut vous tuer ». Ça c'est de la manipulation. Et donc cela entraîne encore la résistance populaire. Bien entendu, beaucoup a été fait. La sensibilisation a été très importante, mais on a encore effectivement des poches de résistance qui font que la maladie n'est pas encore complètement admise par certaines populations à certains endroits, pas partout, mais à certains endroits.
Sur le plan financier, depuis plusieurs mois, des centaines de millions d'euros ont été débloqués par la communauté internationale. Est-ce que les montants sont désormais suffisants ?
Alors ça, c'est une question très importante parce qu’il nous est tout le temps demandé la transparence. Moi, j'ai eu des réunions avec tous les partenaires et nous demandons la transparence. Pourquoi nous demandons la transparence ? Parce qu'on dit souvent que c'est le gouvernement qui ne gère pas bien, mais je peux vous assurer, en l'occurrence, que les 50 millions de dollars que le gouvernement congolais a débloqués peuvent être tracés au centime près
RDC: «Prendre la tête de la rébellion permet à Joseph Kabila de la rassembler et de clarifier les choses»
2026/10/14
La rébellion change de visage. Depuis lundi, c'est l'ancien président Joseph Kabila lui-même qui prend la tête du mouvement politico-militaire, qui était basé à Goma sous le nom de l'AFC-M23 et qui s'appelle désormais le FRN, le Front pour la Refondation de la Nation. Pourquoi ce coup politique de la part de celui qui a gouverné la RDC de 2001 à 2019 ? Et quelle est derrière la stratégie du Rwanda ? Pierre Boisselet est le directeur du département Violences à l'Institut Ebuteli. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Quelle est la stratégie de Joseph Kabila en montant en première ligne ?
Pierre Boisselet : ce qu'on peut dire, c'est d'abord qu'il n'avait pas forcément grand-chose à perdre en s'affichant à la tête de cette rébellion. Parce qu'il était en exil depuis assez longtemps, il avait été condamné à mort par contumace en RDC. Donc je pense d'abord que la prise par Joseph Kabila de la tête de la rébellion lui permet de la rassembler. Et on sait que ces dernières semaines, ces derniers mois, il y avait pas mal de divisions en interne au sein de la rébellion. Et là, son arrivée à la tête de cette nouvelle structure permet de clarifier un peu les choses.
« Le Congo n'est plus une République, mais une dictature », a lancé Joseph Kabila la semaine dernière. Est-ce qu'il ne risque pas de s'entendre dire que lui-même était peut-être un dictateur, non, quand il présidait le Congo ?
Oui effectivement, il paraît assez mal placé pour faire cette remarque. On se souvient qu'il y a certaines des élections qui l'ont maintenu au pouvoir, notamment en 2011, qui étaient très contestées. On sait qu'il est resté au-delà de son mandat constitutionnel et que la fin de sa présidence était extrêmement tourmentée. Donc effectivement, il paraît mal placé pour faire ces commentaires. Je pense qu'effectivement il ne faut pas sous-estimer, disons, le souvenir négatif qu'a laissé la présidence de Joseph Kabila auprès de nombreux Congolais. Une anecdote parmi d'autres. Mais je me souviens que lorsque le camp de Félix Tshisekedi avait enfin pris tout le pouvoir en 2020, après une courte période de coalition entre les deux, il y avait eu une clameur à Kinshasa qui célébrait le fait de se débarrasser de l'influence de l'ancien président. Voilà. Donc c'est certain que la gouvernance du président Félix Tshisekedi laisse des frustrations, des contestations. Tout le monde n'est pas extrêmement heureux de la gouvernance de Félix Tshisekedi, qu'il dit. Mais de là à se rallier à un ancien président qui n'est pas très populaire et qui est visiblement soutenu par une puissance étrangère et largement considéré comme hostile. Voilà, ça ne se passe pas forcément dans les meilleures dispositions pour rallier à lui.
Alors, depuis juillet 2025, un peu plus d'un an, donc, il y a une médiation du Qatar en vue d'un vrai cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23. Mais avec la création de ce FRN, le Front pour la refondation de la nation, est-ce que le processus de Doha ne devient pas hors sol ?
Effectivement, on peut se poser la question. Bon, déjà, il faut dire qu'il était assez fragile. Ça fait effectivement plus d'un an qu'il avait commencé. Il n'avait pas forcément donné beaucoup de résultats tangibles. Par exemple, le processus n'a pas empêché les rebelles de prendre la ville d'Uvira en fin d'année dernière avant de se retirer sous la pression. Mais enfin, disons qu'il existait encore et il entretenait cette idée que, peut-être, il était possible de trouver un compromis entre les rebelles et le gouvernement congolais sur la justice transitionnelle. Peut-être le partage du pouvoir au niveau local.
Les échanges de prisonniers ?
Des échanges de prisonniers, la démobilisation à venir des rebelles, etc. Donc ce processus avait au moins pour mérite de laisser entrevoir une fin négociée à cette crise. Aujourd'hui, étant donné la posture de Joseph Kabila qui a dit qu'il n'y avait rien à attendre du gouvernement actuel de la RDC, étant donné son objectif affiché de renverser le régime actuel, c'est assez difficile de voir ce qu'il reste à négocier. Et bon, à moins de pression internationale intense, je pense que tous les acteurs ont là un prétexte pour suspendre leur participation au processus.
Alors, pour se rendre à Goma ce lundi, Joseph Kabila est forcément passé par Kigali. Quel est, pour le président rwandais Paul Kagame, l'intérêt de voir Joseph Kabila prendre le leadership de la rébellion congolaise ?
Alors, je pense qu'il y a un intérêt clé qui est que ça permet de donner une image beaucoup plus congolaise à cette crise. À partir du moment où un ancien président que tout le monde connaît devient une des parties au conflit, ça change un peu l'image qu'on pouvait avoir des rebelles qui jusque-là pouvaient être des gens relativement marginaux dans le système soutenu à bout de bras par un pays étranger.
Joseph Kabila est mieux connu que Corneille Nangaa ?
Bien sûr. Clairement, c'est ce que son statut d'ancien président lui donne, les contacts qu'il peut avoir dans la région, etc. Ça va forcément donner une autre image à la rébellion. Et du point de vue de la communication, je pense que c'est un des objectifs.
En 1997, lors de la conquête du Congo-Kinshasa par les troupes rwandaises, Paul Kagame avait mis en avant le chef rebelle congolais Laurent-Désiré Kabila. Est-ce qu'il est en train d'essayer la même opération politique avec le fils, Joseph Kabila ?
Peut-être, on peut l'imaginer. En tout cas, ça ne peut que rappeler cet épisode-là aux Congolais et ça fait clairement peser cette menace. Après, il faut dire peut-être aussi que la situation géopolitique est quand même assez différente. Notamment, les États-Unis se sont plutôt rangés du côté du président Félix Tshisekedi dans cette crise, au moins depuis l'élection de Donald Trump. Ce qui est très différent de la situation de 97.
De 1997 où Bill Clinton soutenait Paul Kagame et Laurent-Désiré Kabila ?
Oui, il y avait à l'époque une bien plus grande bienveillance, je pense, de la part des États-Unis, à l'égard à la fois du Rwanda et des rebelles.
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La visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au-delà des clivages politiques»
2026/10/13
Le Roi d'Espagne Felipe VI débute ce mardi une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla, située au Nord du Maroc, un peu plus de deux mois après la crise migratoire où des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière. Quels sont les enjeux de cette visite historique, la première depuis 2007 ? Qu'en est-il des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid ? Sara Benjelloun, docteure en sciences politiques et expertes des questions migratoires, répond aux questions de Sophiane Amazian.
RFI : Sarah Benjelloun, le roi d'Espagne Felipe VI entame ce 13 octobre 2026 une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Deux mois après la crise migratoire qui a vu près de 70 000 personnes, pour la plupart marocaines, franchir la frontière, pourquoi le roi d'Espagne décide de se déplacer maintenant ?
Sarah Benjelloun : Nous sommes face à une visite qui a été initialement conçue comme un déplacement institutionnel, mais à laquelle la crise migratoire, le différend autour de la souveraineté sur les territoires de Ceuta et Melilla avec le Maroc et le contexte électoral espagnol, confèrent aujourd'hui une signification beaucoup plus politique. Elle permet de réaffirmer une forme de continuité institutionnelle et d'unité nationale sur la question territoriale, au-delà des clivages politiques.
Depuis la crise migratoire de fin juillet dernier, le débat sur la souveraineté de Ceuta et Melilla semble s'être réouvert. Est-ce que cette visite royale doit être vue comme une réponse claire ?
La crise migratoire de juillet a contribué à remettre cette question au premier plan du débat politique. En août, le ministre marocain de la Justice a réaffirmé les droits historiques et géographiques revendiqués par le Maroc sur les deux villes. À ce moment-là, la réaction espagnole a été particulièrement ferme. Dans ce contexte, la visite du couple royal permet à Madrid de répondre à la réaffirmation des revendications marocaines, non pas nécessairement par une nouvelle déclaration automatique, mais par un acte institutionnel particulièrement fort et symbolique : la présence du chef de l'État espagnol dans les deux villes.
Est-ce que cette revendication de la souveraineté est une priorité dans les relations entre le Maroc et l’Espagne ?
Il s'agit d'une priorité, effectivement, mais je pense que la réponse du côté du Maroc, comme la réponse espagnole, sera plus mesurée pour préserver l'état des relations bilatérales.
Il y a de bonnes relations, vous le disiez, aussi depuis quelques années, et la reconnaissance du plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental ?
Il y a eu un précédent. Le précédent, c'était en mai 2021. C'était une crise migratoire qui avait vu l'arrivée massive de migrants à Ceuta, qui s'était produite dans un contexte de crise diplomatique qui avait été déclenchée par l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour des raisons médicales. Cette crise avait précédé le rapprochement de 2022 qui s'est construit autour d'un compromis stratégique : le soutien espagnol au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental, en contrepartie d'une relance de la coopération marocaine notamment et principalement dans le domaine migratoire.
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Dans son discours au Parlement, le roi Mohammed VI a évoqué la question migratoire et a pointé les limites du modèle actuel de coopération. Est-ce une manière de mettre la pression sur Madrid, avant cette visite ?
On peut voir dans ce discours un message diplomatique adressé à Madrid. Le roi Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays a enregistré des avancées importantes, notamment dans la lutte contre l'immigration irrégulière. Il considère néanmoins que le modèle actuel a atteint ses limites, comme le démontre, selon lui, les récentes crises migratoires. Le roi a surtout rappelé que la coopération avec Madrid constitue un choix souverain et volontaire du Maroc, qui ne peut être soumis à des pressions, à des menaces ou à un quelconque chantage.
Et que souhaite concrètement Rabat ? Deux mois après les événements de Ceuta, on imagine, vous le disiez, plus de considération. S'agit-il de revoir la coopération au niveau migratoire, avec plus de moyens de l'Espagne et de l'Union européenne, par exemple ?
Dans son discours, le souverain, notamment, pointait les difficultés liées à certaines dispositions juridiques et décisions judiciaires espagnoles, qu'il considère comme déconnectées des réalités du terrain et qui compliquerait le rapatriement des migrants, particulièrement celui des personnes mineures. Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays rencontre des limites et qu'il faudrait la repenser, probablement avec plus de moyens financiers et matériels et une coopération migratoire plus étroite.
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Madagascar: «On ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027»
2026/10/12
À Madagascar, voilà un an que les militaires ont pris le pouvoir à la suite d'une vague de manifestations du mouvement Gen Z. Où en est aujourd'hui la transition politique ? Est-ce que les élections générales auront vraiment lieu d'ici un an, comme promis ? Et jusqu'où le nouveau régime s'est rapproché de la Russie de Vladimir Poutine ? Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), répond aux questions de RFI.
RFI : Où en est la transition politique, un an après l'arrivée au pouvoir des militaires ?
Thierry Vircoulon : La transition politique à Madagascar s'est assez largement enlisée puisque le calendrier qui avait été émis par les autorités de transition prévoyait une transition en trois étapes. Une concertation nationale, première étape, un référendum constitutionnel, deuxième étape, et puis les élections générales à la fin. Et on voit qu'en fait, le calendrier a glissé puisque normalement la concertation nationale aurait déjà dû être terminée. Or, elle semble à peine commencée depuis la fin du mois de septembre, et encore, on n'en est pas très sûr, et on voit que le colonel Michael Randrianirina a promis des élections à la fin de 2027 et que, évidemment, ces élections sont conditionnées par l'accomplissement de la concertation nationale et d'un référendum constitutionnel. Et donc on ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027 vu le retard considérable qui a été pris dans ce calendrier.
L'un des changements les plus visibles depuis un an, c'est le rapprochement de Madagascar avec la Russie. Est-ce à dire que la Grande île est tombée dans l'orbite de Moscou ?
Non, ce serait excessif de dire ça. Mais ce qu'on peut dire, c'est que Moscou déploie tout son écosystème d'influence à Madagascar dans la mesure où, depuis le mois de décembre 2025, la Russie a envoyé des instructeurs militaires, elle a déployé du monde dans le secteur sécuritaire, dans le secteur aussi économique et puis dans les secteurs culturels, avec la création d'une maison russe à Antananarivo, avec le développement des partenariats entre des médias russes et des médias malgaches, et puis même l'autorisation de l'implantation de l'Église orthodoxe à Madagascar. Donc, on voit l'écosystème d'influence habituelle de Moscou se mettre en place dans la Grande île.
Est-ce que le principal avantage offert par Moscou, ce n'est pas tout simplement le fait que le colonel Michael Randrianirina bénéficie à présent d'une escorte de paramilitaires russes d'Africa Corps, qui assure sa sécurité personnelle ?
Ça a été en effet le point d'entrée de la Russie, c'est-à-dire la sécurisation du régime. Et on sait que c'est le point d'entrée de la Russie dans la plupart des régimes africains. Ils proposent un partenariat sur la sécurité. Donc le colonel, en effet, est en partie sécurisé par des éléments russes. Mais au-delà, on voit que Moscou ne se contente pas du secteur de la sécurité et que la Russie essaie de se développer aussi dans le champ économique, avec beaucoup de Russes qui prospectent divers secteurs économiques dans la Grande île.
Et la France, quels sont les atouts qui lui restent dans la Grande Ile ?
La France essaie de maintenir ses positions depuis que la Russie s'est rapprochée du régime. Elle essaye d'intensifier sa coopération aussi dans le secteur sécuritaire, avec en effet des formations et puis des exercices militaires conjoints entre forces françaises et forces malgaches. Et dans le domaine économique aussi, où un certain nombre de projets prioritaires ont été identifiés. Il y a notamment des échanges entre le secteur privé français et le secteur privé malgache pour soutenir ses positions.
À la suite d'une visite éclair de la ministre française de la Défense à Antananarivo il y a quelques jours, la France s'engage à livrer plusieurs dizaines de drones de surveillance pour lutter contre la pêche illégale. Est-ce une façon de rester présent sur le terrain sécuritaire ?
Oui, les drones étant devenus le gadget le plus à la mode de tout arsenal militaire, il y a l'idée de les employer pour la pêche illégale. Ça peut être aussi employé pour surveiller les problèmes de vol de bétail dans le sud du pays. Enfin, il y a plusieurs problèmes de sécurité qui peuvent nécessiter des drones. Le drone, c'est surtout un produit d'appel et ce n'est pas la solution des problèmes sécuritaires.
Alors, dans un an, officiellement, les élections doivent clôturer la transition. Or, en avril dernier, lors d'une rencontre à Moscou, la présidente de la Commission électorale de la Russie a offert ses services au président de la Commission électorale de Madagascar. Que faut-il en penser ?
Le problème pour le moment, c'est, je le disais tout à l'heure, le caractère irréaliste du calendrier. Entre toutes les opérations de préparation électorale qu'il faut faire et des élections à la fin 2027, on voit bien que ça ne colle pas. Ça risque d'ailleurs de donner lieu à un moment à une tension politique avec les organisations de la société civile et aussi des partis politiques. Parce que la question de la vérification du fichier électoral, la question d'une nouvelle loi électorale, la question de la réforme de la Commission électorale, tout ça, pour le moment, n'a pas été abordé. Et ça, c'est les sujets durs du processus électoral. Et donc la visite du président de la Commission électorale malgache en Russie a suscité un peu d'émoi dans la société civile. Mais le principal problème, c'est quand même le caractère irréaliste du calendrier électoral jusqu'en 2027.
Agnès Callamard: avec Navi Pillay, «le comité Nobel n'aurait pas pu choisir quelqu'un de plus important»
2026/10/10
Le prix Nobel de la paix a été attribué hier, vendredi 9 octobre, à la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay, juge passée par les plus grandes institutions internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un contexte de fortes tensions autour de la justice internationale qui est de plus en plus contestée, que vient récompenser ce Nobel et quel signal envoie-t-il ? Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, était avec Navi Pillay à Nuremberg, en Allemagne, au moment de l’annonce. Elle répond aux questions de Clothilde Hazard.
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