
Advertise on podcast: Le grand invité Afrique
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This podcast has
24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/05
Average duration
8 min.
Release period
2 days
Description
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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Ministre des Sports du Sénégal: les Jeux olympiques de la jeunesse doivent être réfléchis «en termes d'héritage»
2026/10/05
Notre grand invité Afrique ce matin est Djirèye Clotilde Coly, ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, de passage à Paris où elle est venue pour une rencontre au siège de l'Unesco afin de promouvoir les JOJ de Dakar 2026. Ces Jeux olympiques de la Jeunesse seront le tout premier événement olympique de l'histoire à se dérouler sur le continent africain. 2 700 athlètes âgés de 15 à 17 ans venus du monde entier vont donc se retrouver à Dakar du 31 octobre au 13 novembre prochain. Djirèye Clotilde Coly répond aux questions de Carine Frenk.
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«Abdallah Superstar» d'Iman Ahmed: «Mon père est au cœur de ce moment de création complètement dingue»
2026/10/03
« Abdallah Superstar », c’est le titre du premier livre de l’autrice Iman Ahmed. Un ouvrage qui vous plonge dans la ville de Djibouti dans les années 90 et qui raconte une ville musicale, nocturne, car le père d’Iman Ahmed, ingénieur du son, a participé à la naissance d’un courant musical, a collaboré avec des groupes, notamment Dinkara dans lequel chantait Abdallah Lee, le fameux « Abdallah superstar ». Iman Ahmed est notre grande invitée Afrique ce samedi, elle répond à Guillaume Thibault.
►L’un des titres du groupe de Djibouti Dinkara, groupe que l’on découvre ou redécouvre dans l’ouvrage d’Iman Ahmed « Abdallah Superstar ».
► « Abdallah superstar »
Kenya: la méga-raffinerie Dangote «va permettre à une grande partie de l'Afrique de l'Est» de devenir autosuffisante
2026/10/02
C'est à Lamu, au Kenya, que le milliardaire nigérian Aliko Dangote a posé mercredi 30 septembre la première pierre de sa nouvelle méga-raffinerie, qui devrait ouvrir d'ici à 2030. Plusieurs chefs d'État africains ont assisté au lancement du projet qui vise à rendre l'Afrique autosuffisante pour sa consommation de produits pétroliers. Mais pourquoi l'homme le plus riche d'Afrique a-t-il décidé de construire une méga-raffinerie au Kenya, où il n'y a pratiquement pas de pétrole ? Benjamin Augé, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Quand Aliko Dangote dit que cette méga raffinerie va permettre à l'Afrique de devenir autosuffisante en carburant, est-ce que c'est vrai ?
Benjamin Augé : Non, ce n’est pas vrai. Mais c'est vrai que ça va permettre au moins à une très grande partie de l'Afrique de l'Est de le devenir. Sachant que ce qu'il avait déjà fait à Lekki à Lagos, au Nigeria, avait permis à la totalité de l'Afrique de l'Ouest d'être autosuffisante si les pays d'Afrique de l'Ouest achetaient leurs produits à Lekki, ce qui n'est pas forcément le cas.
Combien de barils de pétrole l'Afrique consomme-t-elle aujourd'hui, tous les jours ?
La consommation tourne autour de cinq millions de barils par jour. Donc ce n’est pas une raffinerie de 700 000 barils/jour qui va la rendre autosuffisante. Donc la raffinerie de Dangote permettra à au moins 20% de la consommation d'être satisfaite, mais sera extrêmement loin de l'autosuffisance.
Et il y a déjà la raffinerie de Lekki aussi au Nigeria…
Oui, bien sûr, mais il y a beaucoup de raffineries qui ont fermé, notamment au Maroc, en Afrique du Sud, au Kenya d'ailleurs. Et donc il y a un énorme manque qui ne sera pas compensé totalement par les deux structures de Dangote, celle au Nigeria et celle au Kenya.
Mais en tout cas, l'Afrique se dirige vers son objectif d'industrialiser son économie ?
Oui, sauf que là, on est sur deux cas différents. Vous avez un cas d'un gros pays producteur au Nigeria, qui peut approvisionner une partie en brut des besoins de la raffinerie, alors que là, vous êtes dans un pays au Kenya qui va produire un tout petit peu dans la région de Lokichar, mais qui ne représentera même pas 5 ou 10 % de la consommation de la raffinerie. Donc, ce sont deux sujets complètement différents.
Alors justement, c'est la grande question, comment sera approvisionnée cette méga raffinerie qui ouvrira dans trois ans au Kenya ?
La quasi-totalité du brut sera importée de l'étranger et très probablement pas de l'Afrique, parce que les plus gros producteurs sont plutôt de l'autre côté de l'Afrique, sur le golfe de Guinée. Et la totalité de la production ougandaise sera déjà exportée via un pipeline qui va vers la Tanzanie, vers Tanga. Et donc il n'y a pas de pétrole dans la région qui permettra d'approvisionner la nouvelle raffinerie du Kenya. Donc, ça sera quasiment entièrement importé du Golfe ou d'Asie.
Alors pourquoi ce choix du milliardaire nigérian ?
Parce qu'il considère que le coût, actuellement porté par ces économies en Afrique de l'Est, d'importer des produits pétroliers est très, très, très important et que c'est plus économiquement rentable de faire en sorte d'importer du brut puis de le transformer localement. Il ne faut pas oublier que Dangote a toujours eu une énorme admiration pour l'Inde, et l'Inde est un tout petit producteur de pétrole, mais un énorme raffineur et donc un énorme exportateur de produits raffinés. C'est là qu'il y a les plus grosses raffineries du monde de 900 000 barils par jour. Et donc en fait, comme vous dites, c'est une forme d'industrialisation, même si on n'a pas le produit brut, car on le raffine localement. Et cela a un vrai sens économique en termes d'emplois et pour éviter aussi les surcoûts de l'importation du produit fini.
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Et à terme, est-ce qu'il y aura des oléoducs qui achemineront du pétrole africain vers cette méga raffinerie de Lamu ?
Non, parce que la totalité du pétrole ougandais, comme je vous le disais, est déjà prévue d'être exportée via la Tanzanie. Et ça, c'est une des grosses erreurs de l’ancien président Kenyatta, qui n'a pas réussi à faire en sorte que le pipeline d'exportation venant de l'Ouganda vienne à Lamu, et c'est la raison pour laquelle Total et CNOOC, qui sont les deux sociétés en Ouganda, n'ont pas voulu que ça se fasse au Kenya parce que c'était trop proche de la frontière avec la Somalie et il y avait trop de problèmes de sécurité. Et dans la région, il n'y a pas d'autres développements pétroliers.
Au mois de mai dernier, le milliardaire nigérian a été l'une des vedettes du sommet Afrique-France de Nairobi aux côtés d'Emmanuel Macron. On se souvient que beaucoup d'entreprises françaises ont participé à la construction de la méga raffinerie de Lekki au Nigeria. Est-ce qu'il en sera de même à Lamu ?
Alors, la relation entre le Nigeria et la France est particulièrement bonne depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron en 2017. Que ce soit sous l'ancien président du Nigeria ou avec l'actuel, Bola Tinubu. Donc, je pense que le business français a de grands avantages par rapport aux précédents présidents français. La relation entre William Ruto et Emmanuel Macron est très bonne aussi, comme vous le savez, c'est la raison pour laquelle il y a eu ce sommet Africa Forward. Après, le business au Kenya est très, très, très concurrentiel. Donc je pense que si ça n'est pas impossible, ça sera quand même extrêmement compliqué pour les firmes françaises de s'imposer.
Alors la méga raffinerie de Lamu est prévue non loin de la vieille ville de Lamu, qui a été construite au XIIᵉ siècle et qui est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Est-ce que ce projet peut représenter un danger pour l'environnement, comme dit Greenpeace ?
C'est absolument évident qu’une usine qui va prendre un très grand terrain peut avoir des impacts. Mais je pense que William Ruto veut absolument que ce projet prenne forme pendant son mandat, il veut se voir comme une espèce de bâtisseur. Il a besoin de ce genre de succès politique, sachant que la situation intérieure au Kenya est compliquée, avec la génération Z, etc. Donc je pense que les considérations environnementales seront là, mais je ne pense pas qu'elles sont de nature à arrêter un tel projet très, très politique. Vous avez vu toutes les personnalités qui étaient là pour la pose de la première pierre. C'est un projet continental et c'est une façon pour William Ruto de briller, non pas seulement en Afrique de l'Est, mais plus globalement sur le continent africain.
Pour le président kenyan…
Exactement.
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Disparition de Moussa Kaka au Niger: «Absolument rien ne justifie son arrestation»
2026/10/01
Au Niger, le journaliste Moussa Kaka a disparu depuis le 31 août. Le Sénégalais Alioune Tine, qui a été un expert de l'ONU pour les droits de l'homme, regrette ce qu'il appelle « la totale indifférence de la communauté africaine et internationale » à l'égard de cette « disparition forcée ». Et il en appelle à la mobilisation de l'opinion africaine et des organisations qui la représentent. Fondateur d'Afrikajom, un groupe de réflexion sur la démocratie et la sécurité en Afrique, Alioune Tine répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
Au Niger, le journaliste Moussa Kaka a disparu depuis le 31 août. Le Sénégalais Alioune Tine, qui a été un expert de l'ONU pour les droits de l'homme, regrette ce qu'il appelle « la totale indifférence de la communauté africaine et internationale » à l'égard de cette « disparition forcée ». Et il en appelle à la mobilisation de l'opinion africaine et des organisations qui la représentent. Fondateur d'Afrikajom, un groupe de réflexion sur la démocratie et la sécurité en Afrique, Alioune Tine répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Voilà donc un mois qu'on est sans nouvelles de Moussa Kaka. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Alioune Tine : Ecoutez, c'est angoissant et c'est inexplicable, surtout dans un pays où c'est l'armée qui est au pouvoir. Donc on doit pouvoir protéger la vie des gens, protéger les libertés fondamentales. Vraiment, nous sommes extrêmement inquiets. Nous exprimons fortement notre désir de voir dans les meilleurs délais des signes palpables, concrets, de vie de Moussa Kaka, que nous avons connu comme journaliste professionnel qui fait un travail fantastique. Moi, je l'ai connu personnellement. Je l'ai connu parce que je suis intervenu dans les années 2007-2008, quand il avait été en prison. J'avais fait effectivement la médiation entre RFI et le président Mamadou Tandja, et il était sorti. Mais on savait où se trouvait Moussa Kaka. On pouvait parler aux autorités de la question et de la liberté de Moussa Kaka. Et une fois qu’il y a eu quand même le lien que les gens se sont parlés, Moussa Kaka a été libre. Je pense que nous attendons également des autorités actuelles, et notamment du général Tiani, la possibilité de parler avec lui, de lui exprimer nos inquiétudes et de lui exprimer également nos désirs vraiment rapidement, d'avoir des nouvelles de Moussa Kaka, de le voir libre et continuer à faire son travail comme d'habitude.
Alors Reporters sans Frontières dit que les autorités du Niger sont pour quelque chose dans la disparition de notre confrère. Le G25, qui regroupe plusieurs organisations de la société civile du Niger, affirme que, selon son enquête, Moussa Kaka est entre les mains d'un service de renseignements qui s'appelle la DGDSE. Est-ce que ces informations vous semblent crédibles ?
Totalement crédibles parce qu’il est de plus en plus difficile au Niger d'être un activiste de la société civile qui agit indépendamment, qui dit ce qu'il pense. Donc il y a eu vraiment une détérioration énorme de l'espace civique avec des violations constantes des droits humains. Tout cela, effectivement, fait que la plupart des gens et des organisations qui pensent qu’il est l'otage vraiment des services secrets nigériens, c'est une information quand même aujourd'hui qui est très crédible, qu'il faut prendre au sérieux et demander effectivement aux responsables, aux autorités du Niger de libérer Moussa Kaka. Absolument rien ne justifie l'arrestation et la disparition forcée de Moussa Kaka.
Il y a un an, plusieurs journalistes ont été arrêtés. La plupart d'entre eux ont ensuite été relâchés. Est-ce que vous constatez, à l'égard de la presse, un durcissement ou pas de la part du pouvoir nigérien ?
Si, il y a un durcissement, parce que c'est évident qu'il y a des événements graves qui se sont passés récemment, hein, la tentative de coup d'Etat [du 29 août]. Et quand effectivement les journalistes relaient des vérités qui ne plaisent pas, à partir de ce moment-là, donc, le gouvernement prend des mesures, essaye de gouverner par la peur, de terroriser les gens pour que les gens se taisent. Et c'est ce qui se passe. Les gens n'osent plus parler au Niger, n'osent plus parler dans certains pays africains aussi où nous avons des dictatures militaires. Et je pense que la communauté africaine et internationale ne doit pas continuer à rester totalement indifférente par rapport à ces faits qui sont des taches noires.
Et vous pensez que l'Union africaine et la Commission africaine des droits de l'homme de Banjul pourraient faire plus ?
Mais écoutez, en première ligne, c'est la Commission africaine des droits de l'homme qui doit se réunir en octobre ici à Dakar. D'ailleurs, l'Union africaine aussi, la Cédéao et même l'AES. Parce qu'il faut les interpeller tous, parce que ce sont les citoyens africains qui sont arrêtés. Et je pense que aucun Africain, aucune institution africaine ne devrait rester vraiment indifférent par rapport à ces phénomènes. Ça demande une véritable mobilisation aujourd'hui de l'opinion africaine pour les libertés fondamentales des gens.
Dans les trois pays du Sahel central, les régimes militaires au pouvoir reprochent souvent aux journalistes de ne pas être assez patriotes. Est-ce que Moussa Kaka n'est pas la preuve qu'on peut être à la fois un journaliste indépendant et un citoyen patriote qui aime son pays ?
Bien sûr. Moi j'ai été au Mali, où j'ai travaillé comme expert indépendant [de l'ONU]. Vraiment, les journalistes sont des gens responsables pour la plupart, c'est des patriotes pour la plupart. Donc, sincèrement, je pense qu'il n'y a pas à avoir peur de la parole vraie de ceux qui présentent les faits, mais au contraire avoir le dialogue avec les journalistes pour la protection de la nation, pour s'attaquer aux mêmes défis, ça veut dire vraiment l'insécurité, les attaques des groupes armés terroristes. Par rapport à cette insécurité, il faut faire l'unité des Nigériens. Personne n'aime voir son pays attaqué et Moussa Kaka est dans cette perspective. Il faut finir avec cette transition éternelle. Ça veut dire qu’il faut que l'ordre constitutionnel soit restauré, que les gens se reprennent.
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Burkina Faso: «Ce n'est pas en bâillonnant son propre peuple qu'on le libère»
2026/09/30
Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré lançait un putsch à Ouagadougou, pour en finir avec l'insurrection des groupes jihadistes qui occupaient près de la moitié du territoire du Burkina Faso. Quel est le bilan de son action à la tête du pays ? Inoussa Ouédraogo, qui vit aujourd'hui en exil, a été le directeur de publication de l'hebdomadaire Bendré et présidé la Société des éditeurs de la presse privée du Burkina Faso.
RFI : Quand le capitaine Traoré affirme « La démocratie, ce n'est pas pour nous les Burkinabè », est-ce qu'il est dans la provocation ou est-ce qu'il le pense vraiment ?
Inoussa Ouédraogo : Oh, disons que je ne sais pas. Provocation ou conviction, peu importe. Il est arrivé par les armes. En démocratie, il n'aurait jamais eu le pouvoir. Seule la dictature lui permet de rester le seul à tenir le micro et à décider seul de l'avenir de 25 millions de personnes. Il veut un pays sans contrepouvoir, où l'on peut disparaître pour un oui ou pour un non. Et dans une démocratie, il ne peut pas obtenir cela.
Alors pour le capitaine Traoré, démocratie va avec révolution. Il affirme qu'il est le successeur du capitaine Sankara et qu'il reprend son œuvre révolutionnaire fondée sur le souverainisme. Est-ce qu'il n'y a pas, en effet, des points communs entre les deux officiers aux bérets rouges ?
Dans la forme oui. Deux capitaines de 34 ans arrivés tous les deux par coup d'Etat. Sur le fond, malheureusement, tout semble les opposer. Sankara, sa révolution se voulait d'abord démocratique et populaire. Sankara, c'était l'humilité, le débat, la transparence. Ibrahim Traoré, c'est le silence, c'est l'opacité totale. Sankara disait « Malheur à qui bâillonne le peuple ». Aujourd'hui, tout le monde sait qui bâillonne le peuple burkinabè.
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Les quatre premières années du régime du capitaine Traoré sont marquées par de nombreuses mesures répressives. Mais le régime affirme que cela est justifié par la lutte contre le péril jihadiste. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Non, je pense que c'est simplement un alibi pour conserver le plus longtemps possible le pouvoir. Parce que pour ces militaires-là, la guerre est devenue comme une sorte de business. C'est devenu le café-cacao. On peut combattre le terrorisme sans sacrifier les droits du peuple. Et j'ai une pensée pour toutes ces femmes, ces enfants dont les proches ont été kidnappés. Ils sont journalistes, il y a des médecins, des avocats et même des guides religieux et des militaires aussi. Je pense à Serge Oulon, notre confrère, disparu il y a plus de deux ans. Je pense à Guy Hervé Kam qui est malade, qui, selon les infos que nous avons, a demandé à se faire soigner sans obtenir gain de cause. Je pense à un imam, l'imam Mahamadou Diallo, près de 80 ans, il a disparu sans laisser de traces. Nous avons créé une organisation qui s'appelle le Front anti-putschiste, qui a recensé plus de 200 personnes, enlevées, séquestrées, torturées par ce pouvoir-là. 82 d'entre elles figurent dans un trombinoscope que nous avons réalisé et que nous publions ce 30 septembre. C'est très dommage. La lutte contre le terrorisme ne peut pas expliquer tout cela.
Alors quand le capitaine Traoré est allé au Ghana début 2025 pour la cérémonie d'investiture du président Mahama, il a été ovationné par les milliers de personnes qui étaient rassemblées pour cette occasion. Comment expliquez-vous cette popularité à l'étranger ?
J'étais effectivement à Accra à ce moment précis. J'ai regardé, j'ai vu comment les Ghanéens ont réagi. Mais vous savez, Mobutu était aussi populaire, il était applaudi. Tous les dictateurs le sont à un moment donné. La popularité ne compte pas à mon avis. Ce qui compte, c'est d'améliorer la vie de son peuple. Est-ce que les conditions de vie des Burkinabè ont changé ? Est-ce que le terrorisme ne continue pas de faire souffrir le peuple burkinabè ? Est-ce que des milliers de personnes ne sont pas toujours déplacées ? Est-ce que les gens mangent à leur faim ?
Alors est-ce que le capitaine Traoré n'est pas applaudi parce qu'il est considéré comme un souverainiste ? Et est-ce que ce combat-là ne lui donne pas une certaine légitimité ?
Oui, tout le monde peut se prévaloir d'être, je dirais, souverainiste. Tout le monde peut se réclamer panafricaniste, tout le monde peut combattre l'impérialisme. Mais le combat pour la souveraineté, le combat contre le terrorisme ne peut pas justifier qu’on enlève des gens, qu'on les emprisonne, qu'on viole massivement les droits humains et qu'on rejette la démocratie. Des panafricanistes ont lutté pour les Africains sans avoir besoin de torpiller leurs peuples et de torpiller les constitutions. Voilà. Personne n'est contre Ibrahim Traoré. Nous sommes contre simplement sa manière de gérer la vie de ses concitoyens. Personne n'est contre la souveraineté des peuples africains, bien au contraire. Nous sommes tous pour la libération véritable de l'Afrique. Mais ce n'est pas en bâillonnant son propre peuple qu'on le libère. On ne peut pas vouloir libérer un peuple en bâillonnant ce peuple. C'est paradoxal, c'est contradictoire.
Quand le capitaine Traoré affirme que les jihadistes ont perdu du terrain au Burkina Faso depuis quatre ans, c'est vrai ou c'est faux ?
La réalité du terrain montre autre chose. J'ai une pensée pour nos forces de sécurité qui sont tuées chaque jour et enterrées à la va-vite, sans honneur militaire, souvent de nuit, pour que le peuple ne sache pas. Les autorités elles-mêmes reconnaissent que près de 30 % de notre territoire échappent encore à leur contrôle.
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Au Sahel, le retour de l'excision symptomatique d'une société aux «repères brouillés»
2026/09/29
Au Mali, alors que des influenceurs militent ouvertement en faveur de l'excision des jeunes filles depuis quelques semaines, les associations féministes qui luttent contre ces mutilations sexuelles, sont obligées de suspendre leurs activités. Quel est le rôle des autorités militaires dans tout cela ? Mamadou Mbodji est docteur en psychologie clinique. Depuis Dakar où il exerce, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Une étude, faite dans quinze pays africains et publiée dans la revue Nature, révèle que 44 000 jeunes filles décèdent tous les ans à la suite de leur excision. Alors, quels sont les arguments des nouveaux militants pro excision sur les réseaux sociaux ?
Mamadou Mbodji : Derrière tout ce vacarme, si vous voulez, mais malheureusement, ces décès qui sont passés inaperçus aux yeux des populations, derrière tout ça se profile, si vous voulez, un profond besoin d'affirmation de soi et d'une identité sociale et culturelle, de ressortissants, d'individus, d'Africains dont les certitudes et les repères sont devenus évanescents aujourd'hui. Ils sont confrontés à un quotidien difficile lié à la crise économique, à l'incurie des gouvernants et surtout à l'insécurité également générée par les groupes jihadistes qui ne laissent pas de répit à certains pays, notamment les pays sous régime militaire. Alors c'est connu que, dans de pareilles situations de déliquescence, de crise économique et sociale, où les repères sont brouillés, eh bien les réflexes et ressorts humains les plus archaïques ont tendance à remonter à la surface, à réapparaître. Du coup, les extrémismes se réveillent de leur hibernation et chacun y va de sa partition de manière compulsive pour calmer l'angoisse, parce que les gens n'ont rien vers quoi se tourner. Les populations dans ces cas-là vont s'adonner à des pratiques rituelles sacrificielles, comme pour demander la clémence des divinités. Il y en a même qui vous disent que le sang des excisées est dédié aux divinités pour les calmer et peut-être implorer leur clémence. Dès lors, concernant l'excision et l'infibulation, les autorités militaires, si vous voulez aujourd'hui, ont tendance à être très timides parce qu'elles n'ont rien à donner aux populations. Elles sont dépassées et elles préfèrent donner quelque chose aux populations pour leur permettre de se tourner vers autre chose que contre elles. Ces pratiques-là sont plus ou moins financées, encouragées même timidement par les autorités. Les populations s'en donnent à cœur joie. Souvent c'est dirigé même contre l'Occident, comme dans une revendication identitaire : « nous, nous sommes Africains. Si nous croyons à ça, y toucher ou élaborer des lois contre ça, c'est s'en prendre à nous. C'est menacer notre identité nationale ». Alors moi, je n'accorderais pas trop d'importance à ce discours qui va retomber très rapidement, mais qui aujourd'hui prend de l'ampleur parce que tout simplement, il y a une situation de crise.
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Alors, comme en effet, les associations africaines qui luttent contre l'excision sont soutenues par l'ONU et par l'Union européenne, les régimes militaires au pouvoir au Sahel s'appuient sur les militants pro excision pour mobiliser leurs partisans. Mais est-ce que ça marche auprès de l'opinion publique ?
Ben non, ça marche, mais de manière superficielle parce qu'il va arriver un terme où ces gens vont se tourner vers ces régimes en leur disant : « oui mais après tout ça, qu'est-ce que vous nous offrez ? Qu'est-ce que vous proposez aux populations ? »
On dit souvent que les premiers gardiens de l'excision, ce sont les femmes elles-mêmes, mais est-ce qu'en réalité ce ne sont pas les hommes ?
Ben non, si vous voulez. Non, parce que les femmes ont toujours été au cœur des choses. Les hommes souvent n'étaient pas tenus au courant ou ils fermaient les yeux. Mais les femmes ont toujours été au cœur. Ce sont elles qui sont excisées et ce sont elles qui excisent. Elles sont les premières à reproduire un schéma social qui leur est défavorable par leur manque de moyens de se penser et de déconstruire certains schémas familiaux. Donc elles sont les premiers vecteurs, si on peut dire, d'une reproduction sociale discriminante et défavorable à leur égard. S'il y a des gens à cibler, ce ne sont pas les hommes. Ils ne sont pas à absoudre, évidemment, mais ce sont surtout les femmes qu'il faut cibler. Les femmes d'un certain âge, parce que aussi, elles retrouvent dans ces moments de crise une place, un statut, une autorité qui leur échappait, qui vient renforcer une identité déjà défaillante. Alors, je pense qu'on va vers une évolution des choses, mais une évolution très, très, très lente, parce que les représentations et les croyances sont tenaces. Et nos pays vivent dans des situations de vie quotidienne insupportables.
Donc, ce que vous dites, c'est que les lois votées dans chacun de ces pays ne suffisent pas à faire reculer les mutilations sexuelles ?
Elles ne suffisent pas. Elles sont utiles, elles sont même indispensables. Il faut qu'on vote ces lois-là, qu'elles existent au Sénégal par exemple. L'ampleur que ça a eu, je ne dis pas que ces pratiques génitales féminines ont disparu totalement. Même à Dakar, il arrive qu'on entende de temps en temps que des familles… Mais c'est vrai que l'urbanisation et les campagnes qui se vident, l'urbanisation a tendance à casser un peu, si vous voulez, les possibilités de recomposition de la famille élargie. Il y a une forme de nucléarisation des ménages, et ça ne favorise pas, si vous voulez, la survivance de telles pratiques. Donc, il faut que la loi, évidemment, soit là, qu'on vote ces lois là, mais il faut coupler ces lois aussi à des financements. Il faut financer les organismes qui travaillent là-dessus, des associations de quartier, parce qu'il y a des organisations politiques de quartier, et ces organisations pourraient être des vecteurs pour la sensibilisation acharnée, pour calmer un peu les ardeurs et éradiquer petit à petit ce fléau. Mais il faudra du temps et de la persévérance.
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Soudan: «Seuls, je ne pense pas que les Américains trouveront de solution à cette guerre complexe»
2026/09/28
Rien ne va plus entre Washington et Khartoum depuis une semaine, depuis que les Américains ont refusé un visa au président soudanais Abdel Fattah al-Burhan et l'ont donc empêché de venir à la dernière Assemblée générale de l'ONU. Pourquoi cette mesure exceptionnelle à l'égard d'un général qui est impliqué depuis trois ans et demi dans une guerre civile meurtrière ? Et jusqu'où ira ce bras de fer ? Le chercheur soudanais Suliman Baldo est le directeur de l'Observatoire de la Transparence et des Politiques au Soudan. En ligne de New York, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Pourquoi les Américains ont-ils refusé un visa au général al-Burhan pour l'assemblée générale de l'ONU ?
Suliman Baldo : Les Américains mènent une initiative pour proposer une négociation pour terminer les combats au Soudan et il a été proposé une cessation d'hostilités humanitaires au Soudan, pour trois mois, aux deux belligérants au Soudan, l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide. Or, Burhan a résisté à cette feuille de route proposée par les États-Unis et ses alliés régionaux pour deux raisons : parce que l'armée soudanaise continue à croire qu'elle peut réaliser une victoire militaire sur les Forces de soutien rapide, et parce que les conditionnalités politiques n'étaient pas acceptées par le général.
Est-il vrai que les Américains ont dit au général Al-Burhan : « Si vous acceptez de signer une trêve de 90 jours, vous aurez un visa pour New York » ?
Je crois que les choses ont atteint un point où les États-Unis ont décidé d’affronter Burhan. D'abord, dans les fuites orchestrées sur le développement d'armement chimique par l'armée soudanaise, avec l'implication de Burhan, selon les fuites qui ont été publiées par deux journaux, le New York Times et le Washington Post, le même jour, il y a deux semaines à peu près. Et c'était pour démontrer que Burhan était impliqué dans un crime de guerre en permettant sous son commandement à l'armée de développer des armes chimiques. Et donc c'était orchestré juste avant la tenue de l'assemblée générale, pour vraiment montrer que Burhan n'était pas qualifié en quelque sorte pour être un membre de cette assemblée de chefs internationaux.
C'était une façon de vouloir délégitimer Abdel Fattah al-Burhan avant l'Assemblée générale de l'ONU ?
Tout à fait.
Alors, sur le terrain militaire, les Forces armées soudanaises du général Burhan avancent depuis deux mois dans la province du Kordofan du Nord, notamment autour de la ville d'El Obeid. Est-ce que ce n'est pas la vraie raison pour laquelle Abdel Fattah al-Burhan ne veut pas signer de cessez-le-feu ?
Je crois que l'armée soudanaise est en train de poursuivre un plan pour utiliser le nord du Kordofan comme base pour mener des attaques dans le fief des FSR, dans la région du Darfour. Or, les FSR ont toujours des milliers de combattants et ont déployé des soldats nouvellement formés avec des équipements complets, comme des Technicals Toyota, qui sont équipés pour la guerre de savane et du désert, et ils vont donc repousser l'offensive de l'armée soudanaise et continueront, je crois, avec ces batailles sans cesse, parce qu'il est clair et évident pour tout le monde qu'il n'y aura jamais de solution militaire pour la guerre actuelle, surtout avec l'utilisation maintenant de drones des deux côtés.
Alors la semaine dernière, les Américains sont allés loin dans leur bras de fer avec le général al-Burhan puisqu'ils l'ont déclaré illégitime. Qui va gagner à l'usure ? Est-ce que c'est Donald Trump ou est-ce que c'est Abdel Fattah al-Burhan ?
Il y a beaucoup de contradictions parce que maintenant, l'Arabie saoudite [qui soutient Burhan] a besoin de beaucoup de soutien militaire et d'intelligence de la part des États-Unis dans sa guerre avec les Houthis au Yémen. Donc, le numéro un saoudien, Ben Salmane, a fait appel au président Trump pour intervenir contre les Houthis au Yémen, qui ont vraiment paralysé l'industrie pétrolière dans le pays. Et donc, à cause de cette dépendance aux États-Unis, l'Arabie saoudite ne peut pas beaucoup s'opposer à la politique américaine au Soudan.
Alors le camp du général al-Burhan affirme que les Américains ont basculé dans le camp du général Hemedti et qu'ils ne peuvent plus faire de médiation. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Tout seuls, je ne crois pas que les Américains vont arriver à trouver une solution pour cette guerre très complexe et à multiples dimensions, parce qu'ils se sont aliéné l'armée soudanaise complètement.
Mais ça veut dire qu'il faut que les Américains se retirent de la négociation, à votre avis ?
Je ne pense pas, parce que les Américains ont eux aussi des intérêts stratégiques au Soudan. Et pour eux, c'est la question d'éloigner l'influence de la Russie de la mer Rouge. Parce que la Russie est l'un des fournisseurs d'armement de l'armée soudanaise et poursuit toujours le projet d'avoir une base militaire sur la mer Rouge, à Port-Soudan. Et les Américains ne veulent pas en entendre parler, comme les Saoudiens d'ailleurs, et c'est pourquoi les Américains restent engagés au Soudan.
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Franc-maçonnerie en Guinée: «C'est le seul endroit où les gens se retrouvent et travaillent ensemble en toute symbiose»
2026/09/26
Avec son livre Franc-maçonnerie en Guinée. Entre tradition et modernité, le chercheur Aliou Barry nous offre une plongée dans l’histoire et l’influence des loges dans le pays. Une enquête débutée aux archives des armées en France avec la découverte d’un document de Blaise Diagne, le premier député originaire du continent, du futur Sénégal, élu à la Chambre des députés française en 1914. Aliou Barry répond à Guillaume Thibault.
Bassirou Diomaye Faye sur RFI et France 24: «Qui de mieux que Macky Sall pour défendre la place de l'Afrique à l’ONU?»
2026/09/24
Bassirou Diomaye Faye est l’invité de RFI et France 24 en marge de l’Assemblée générale de l’ONU 2026, ce 24 septembre à New York. Au micro de Mounia Daoudi et de Marc Perelman, le président du Sénégal revient sur la crise que traverse cette institution et la succession du Portugais Antonio Guterres au poste de Secrétaire général des Nations unies. « Qui de mieux pour défendre la réforme de l'architecture financière internationale que le président Macky Sall », insiste-t-il au sujet de son prédécesseur à la tête de l’État sénégalais et ancien adversaire politique. Bassirou Diomaye Faye défend également le programme d’aide de 2,2 milliards de dollars signé avec le FMI le 1er septembre. Il enjoint les opposants à ce plan, incarnés notamment par son ex-Premier ministre Ousmane Sonko, à adopter un « comportement patriotique » lors du futur vote sur la loi de finances rectificative de son pays. Entretien exclusif.
RFI / France 24 : Nous sommes ici aux Nations unies, des Nations unies impuissantes souvent, presque ruinées, certains disent inutiles, avec une Afrique qui est historiquement sous-représentée. À quoi bon finalement ces Nations unies ? Est-ce qu'il ne faut pas revoir totalement l'architecture internationale ?
Bassirou Diomaye Faye : Je crois que le constat est partagé sur l'état de l'ONU aujourd'hui. Et c'est justement parce qu'il est dans cet état qu'il faut se rappeler ce qui a été à l'origine de la création de cette organisation. Nous venions juste de sortir d'un contexte d'après Seconde Guerre mondiale, avec les ravages que l'on a connus. Le monde ne pouvait pas rester impuissant ou attendre encore de plonger dans un tel chaos pour éviter une guerre de cette ampleur. Nous devons donc toujours nous rappeler l'idée originelle. Et c'est justement parce que les Nations unies ne sont plus aujourd'hui, de l'avis de beaucoup d'observateurs, à la hauteur de la mission originelle qui a été la leur, qu'il faut s'y intéresser, les réformer et leur faire jouer le rôle qui devait être le leur, leur faire assumer la mission pour laquelle elles ont été créées. Cette organisation demeure importante. Aujourd'hui, nous devons travailler à ce que le multilatéralisme reprenne le dessus sur les initiatives bilatérales. C'est tout le sens du combat que nous sommes en train de mener aux Nations unies et dans toutes les tribunes où il est question de parler de notre organisation commune. L'Afrique y est sous-représentée. Je suis tout à fait en phase avec vous. Tous les discours, depuis des années, convergent sur la nécessité pour l'Afrique d'avoir un siège permanent au Conseil de sécurité. C'est un combat qui est en train d'être mené, et nous espérons que les voix qui portent réellement la décision au sein de l'ONU comprendront la nécessité qu'un continent qui doit faire 2,5 milliards de personnes à l'horizon 2050 ne puisse être exclu des instances de décision de l'organisation mondiale.
Ce combat, c'était celui d'Antonio Guterres, dont le mandat s'achève le 31 décembre. Pourquoi avez-vous choisi de soutenir la candidature de Macky Sall, alors que tout le monde s'accorde à dire qu'elle n'a que très peu de chances d'aboutir ?
Je ne partage pas ce pessimisme sur la candidature de l'ancien président du Sénégal, Monsieur Macky Sall. Tout au contraire, je pense qu'elle garde encore toutes ses chances de succès. En réalité, ceux qui sont, ou celles qui sont considérés comme ayant des chances, ne le seront que lorsque les cinq auront décidé que leur candidature passe. On ne sait pas encore ce que seront les votes des membres permanents du Conseil de sécurité. Les jeux restent ouverts. Nous sommes en train de faire le travail. De notre point de vue, nous sommes en train de discuter avec ceux qui votent, ceux qui tiennent la décision et j'estime, contrairement à ces prédictions, que les chances sont réelles. Mais ce sur quoi je voudrais insister, c'est le profil du candidat. Je pense que vous venez de le dire tout à l'heure, l'Afrique est sous-représentée. Qui de mieux aujourd'hui pour défendre une meilleure place de l'Afrique que le président Macky Sall ? Qui de mieux pour défendre la réforme de l'architecture financière internationale que le président Macky Sall, qui a subi les affres de la dette qui l'ont plombé par rapport aux ambitions qu'il a eues et qu'il partage avec beaucoup de pays du tiers-monde ou du Sud ? Je pense que sur ce rapport-là, il est de notre devoir de le soutenir en tant que Sénégalais, de le soutenir parce que nous pensons aujourd'hui que la place qui doit être celle de l'Afrique au sein de l'ONU ne peut être mieux défendue que par un Africain.
Alors vous, vous avez mentionné la dette, cette fameuse dette cachée, le gouvernement, votre gouvernement, vient de conclure un accord très attendu avec le Fonds monétaire international, qui doit permettre un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Pour ça, il faut que votre dette, qui est donc bien plus importante qu'il y a quelques années, devienne soutenable. Il y a des négociations qui sont en train de s'ouvrir avec les créanciers multilatéraux et bilatéraux. Est-ce que vous espérez que ces négociations vont se conclure rapidement, plus rapidement que d'autres pays, par exemple comme le Ghana ou la Zambie ?
Je pense que c'est une préoccupation partagée tant par le Sénégal, qui a choisi le cadre commun du G20, que par le cadre lui-même, qui doit faire preuve d'efficacité et d'efficience, particulièrement sur la réduction des délais dans le cadre des négociations. En réalité, c'est ça qui fait les hésitations des États qui sont dans une telle situation, à recourir à ce cadre. J'ai été récemment à Washington et j'ai vu que c'est une préoccupation que je partage avec la directrice générale du fonds, mais aussi avec le directeur général de la Banque mondiale. J'estime que ce que nous avons demandé avant de choisir le cadre, c'est que le cadre soit amélioré. Et la préoccupation fondamentale a été la préoccupation sur le délai de traitement ou des discussions qui doivent se tenir dans ce cadre. Sur ce rapport, nous avons des engagements fermes qui nous ont été donnés sur la réduction des délais avant d'avoir choisi le cadre. Nous espérons que chaque partie fera preuve de toutes les diligences possibles pour que nous allions plus vite et qu'au-delà du Sénégal, d'autres pays qui fatalement vont se retrouver dans cette situation-là auront plus confiance en ce cadre qui a été institué aussi pour être choisi par les pays qui sont dans une situation comme la nôtre.
Donc d'ici quelques mois ?
Nous l'espérons, nous travaillons à cela aussi.
FMI rime souvent avec austérité. Il se dit que vous avez déjà accepté de baisser les subventions à l'énergie. D'autres mesures d'austérité risquent d'arriver également. Est-ce que finalement, ce ne sont pas les plus démunis qui vont encore devoir payer le prix de ces politiques du FMI ?
Au contraire, je pense que dans le cadre du Sénégal, ce que nous avons réussi, c'est de préserver le pouvoir d'achat des plus démunis, comme vous l'avez dit. En 2026, nous avions, face aux difficultés, programmé de payer 35 milliards [de FCFA, NDLR] de bourses de sécurité familiale, nous avons décidé de doubler cette enveloppe pour la porter en 2026 à 70 milliards. Cette même enveloppe de 70 milliards sera doublée en 2027 pour être portée à 140 milliards. Et le registre national des bénéficiaires de ces bourses passe d'environ 500 000 à 1 million de bénéficiaires. Pas plus tard qu'avant-hier, dans le cadre du Programme national de solidarité, nous avons fait beaucoup de soutien à beaucoup de ménages vulnérables. Donc, notre préoccupation fondamentale dans le cadre de ces discussions avec le Fonds a été de préserver le pouvoir d'achat et d'assister les plus faibles pour que, justement, ils n'aient pas à payer le prix fort des efforts que nous sommes fatalement amenés à faire pour restaurer les équilibres financiers. C'est sur cela que nous travaillons. Et dans un registre d'austérité, comme on veut le faire croire, on ne recrute pas 2000 enseignants, on ne recrute pas plus de 2000 personnels de santé. On ne fait pas autant d'investissements que ce que nous sommes en train de faire dans le domaine de la santé et dans d'autres domaines. Je pense que le Sénégal a réussi aujourd'hui à restaurer la confiance avec le peuple, de l'État avec le peuple. Le Sénégal a réussi à restaurer sa confiance avec les partenaires et les investisseurs. Et nous sommes en train d'enclencher une phase que nous espérons va très rapidement porter ses fruits par rapport à la qualité de vie des Sénégalais. C'est cela notre préoccupation quotidienne.
Pour que cela soit en effet enclenché, il faut que les mesures que vous êtes en train de mettre en place soient adoptées. C'est l'objet de la loi de finances qui va bientôt arriver devant l'Assemblée nationale. Or, à l'Assemblée nationale, votre ancien parti, le Pastef, a une très large majorité. Est-ce qu'il n'y a pas un risque de censure, justement, de cette loi de finances ? Rappelons quand même que certains membres du Pastef vous ont accusé de trahison et de vous soumettre au FMI. Je vois que vous souriez. Est-ce que ce n'est pas une véritable crainte, cette censure ?
En fait de trahison, la seule chose que je suis susceptible de trahir, c'est mon serment que j'ai prêté le 2 avril 2024 face au peuple sénégalais et devant Dieu. Au-delà de ces référents, il n'y a pas d'autres choses qui m'engagent. Par rapport à la loi de finances rectificative comme par rapport à d'autres lois, quand il s'agit d'aller à l'Assemblée nationale, le gouvernement y va. Ce qu'il ne faut pas oublier aussi, c'est que le gouvernement est une institution à côté
Cartooning for Peace: «Un dessin qui critique une situation, cela parle beaucoup plus qu'un long texte»
2026/09/24
À l’occasion de ses 20 ans, l'association Cartooning for Peace célèbre à Paris son anniversaire. Cette organisation née au lendemain de la polémique sur les caricatures du Prophète en 2005 vise à défendre les droits et la liberté des caricaturistes à travers le monde. Sur le continent : en Ouganda avec Jimmy Spire condamné pour avoir dénoncé des faits de corruption, au Kenya avec l'arrestation arbitraire de Kibet Bull, au Rwanda avec le meurtre du caricaturiste congolais Kayene assassiné en 2024… Les exemples de dessinateurs censurés ou persécutés ne manquent pas. Pour en parler, le dessinateur et directeur de l'un des plus anciens journaux satiriques en Afrique : Lassane Zohoré de l'hebdomadaire ivoirien Gbich. Il est l'invité de Frédéric Garat.
RFI : Bon anniversaire. Puisque vous fêtez avec Cartooning for Peace, cette année, vos 20 ans d'existence. Vous serez présent ce jeudi 24 septembre à Paris, au Théâtre de la Concorde, pour une grande soirée placée sous le thème de la « Démocratie sous pression : dessiner pour résister ». Est-ce que les dessinateurs africains sont sous pression sur le continent ?
Lassane Zohoré : Je crois que tous les dessinateurs dans le monde sont sous pression. Aujourd'hui, bon, on ne peut pas rire de tout, on ne peut pas forcément parler de tout, mais bon, on se bat comme on peut à côté des journalistes pour pouvoir gagner davantage notre droit à la parole, pour faire progresser la démocratie dans le monde. Voilà, donc, je pense qu’on n'échappe pas à ça. Heureusement que Cartooning for Peace existe pour que nous puissions aussi continuer à mener cette bataille-là.
Justement depuis que Cartooning for Peace a été créé, donc en 2006, sous l'égide de Kofi Annan et du dessinateur français Plantu. Est-ce que vous diriez que l'association a contribué à améliorer la situation des caricaturistes sur le continent ?
Oui, bien sûr, parce que, bon, il faut dire que pendant longtemps, le dessin a été considéré comme un divertissement. Et après, quand on a commencé à parler des problèmes politiques, les gens ont ouvert un peu plus les yeux pour voir ce que racontent les dessins. Il faut dire qu’un texte peut passer inaperçu, mais un dessin, c'est difficile que ça passe inaperçu. Voilà, donc, je pense que Cartooning for Peace a vraiment contribué à donner un statut aux dessinateurs sur le continent et aussi à se battre à leurs côtés. Parce que déjà, quand je prends le cas de Gado au Kenya, Zapiro en Afrique du Sud ou encore Willy Zekid au Congo, je pense que Cartooning s'est vraiment battu aux côtés de ces personnes-là pour la liberté d'expression.
La caricature, ça reste malgré tout un outil de résistance et de mobilisation citoyenne en Afrique ?
Oui, tout à fait. Tout à fait, parce que nous sommes sur un continent qui est en majorité analphabète. Donc, le dessin aide aussi à comprendre certaines situations. Un dessin qui critique une situation, ça parle beaucoup plus qu'un long texte. Donc, je pense que ça contribue largement à se battre contre des fléaux ou encore sur des situations qui n'arrangent pas vraiment la population.
Justement en Afrique, là où l'info ne passe plus parce que les médias sont censurés, les radios coupées, les journaux interdits, un dessin, ça peut éveiller les consciences ?
Déjà même, je prends la situation de Gbich que je connais le mieux, on a eu quand même à traiter pas mal de sujets qui ont contribué à faire prendre conscience à la population. Et je pense qu’on ne dira pas que les dessinateurs sont ceux qui portent le lourd fardeau de la liberté d'expression, mais on fait partie du combat et on apporte notre pierre à l'édifice. Les dessins peuvent vraiment contribuer à faire avancer des causes.
En l'occurrence, Gbich, dont vous êtes le directeur, au cours de l'histoire récente ivoirienne, est-ce qu'il y a des dessins qui sont restés particulièrement emblématiques au cours des différentes crises qu'a connu le pays ?
Bon, moi, ça va être difficile que je cite un dessin, mais il y a une période qui m'a particulièrement marqué quand il y a eu l'élection en 2010 entre Laurent Gbagbo et Ouattara. À ce moment, le peuple était vraiment stressé et nous, on a fait vraiment des dessins qui ont réussi à décrisper la situation parce qu'on a eu des témoignages en fait. Il y en a qui étaient complètement déprimés, mais grâce à Gbich, ils arrivaient à supporter cette période-là, parce qu'on arrivait à dédramatiser les situations, à dépassionner les débats. Et je pense que ça, c'est tout le travail des dessinateurs.
C'est ce que vous dites d'ailleurs, je crois que c'est une de vos maximes : « Le dessin, c'est un poil à gratter en temps de paix et un apaisant en temps de guerre. »
Exactement. Donc c'est un slogan qui a longtemps été utilisé par Gbich. Donc à chacun son rôle. Vous savez, les hommes politiques eux-mêmes acceptent bien la situation, mais ce sont les militants qui jouent souvent les gens zélés. Et moi, j'ai reçu parfois des coups de fil de menaces. Une fois, j'ai reçu un coup de fil où on me disait qu’on connaissait mes déplacements, les personnes que je fréquentais… les militants effectivement peuvent se montrer très zélés. Mais pour avoir échangé avec le président Ouattara et Gbagbo, eux, à leur niveau, il n'y a jamais eu de problème.
En la matière, est-ce qu'il ne faudrait pas, Lassane Zohoré, un statut peut-être plus solide, professionnel, du dessinateur, un statut de dessinateur de presse par exemple ? Est-ce que vous y travaillez avec Cartooning for Peace dans les différents pays où vous êtes actif ?
Oui, bon, déjà le dessinateur de presse est accepté comme un professionnel de l'information, donc je pense que ça aussi, c'est aussi le fait de s'être battu pendant longtemps. On avait un statut assez hybride, mais aujourd'hui, il y a même des pays où le dessinateur est carrément journaliste. Voilà. C'est un combat de tous les jours, il faut se battre pour pouvoir être reconnu et je pense qu’en Côte d'Ivoire, en tout cas pour nous, il n’y a pas de souci, nous sommes reconnus par le monde des médias. C'est un combat de tous les jours qu'il faut mener afin que le destinateur soit reconnu.
À la tête de l'ONU, «Antonio Guterres a toujours été du côté des Africains et des femmes»
2026/09/23
C'est un Antonio Guterres sombre et alarmiste qui est apparu, à New York mardi 22 septembre, pour son dernier discours à la tribune de l'ONU. Après dix années passées à la tête des Nations unies, le secrétaire général a mis en garde contre la pollution de l'atmosphère et les dangers de l'intelligence artificielle. Mais quel est son bilan en Afrique ? Mahamat Saleh Annadif, tour à tour ministre des Affaires étrangères du Tchad et représentant spécial de l'ONU au Mali, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Il est de bon ton de dire qu’Antonio Guterres a échoué dans sa mission de ramener la paix dans le monde. Est-ce que c'est vrai pour l'Afrique ?
Mahamat Saleh Annadif : Moi je crois que d'abord c'est injuste de dire que Guterres a échoué. Et je voudrais profiter de votre micro d'abord pour rendre hommage à une personnalité humaniste exemplaire, qui a été toujours aux côtés des causes justes. Et depuis qu'il est à la tête des Nations Unies, vous avez vu qu'il était toujours du côté des Africains, il était toujours du côté des femmes et vous l'avez vu en mars 2024 à la frontière Égypte-Gaza, auprès des enfants de Gaza. Donc, c'est quelqu'un d'une personnalité exceptionnelle. D'autres exemples parlant des femmes, pour la première fois, c'est avec Guterres qu'on a connu des femmes africaines à la tête de missions de paix. Vous avez notre Bintou Keita qui a été cheffe de mission de paix en RDC. Vous avez Valentine Rugwabiza qui est cheffe du maintien de la paix en RCA. C'est autant de choses qui sont à mettre au crédit du secrétaire général Guterres. Maintenant, pour ce qui est de la paix, la Charte des Nations Unies donne la responsabilité de la paix dans le monde aux membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et surtout aux cinq membres permanents détenteurs du droit de veto. Le secrétaire général, il ne vote pas et il ne dispose pas de troupes. Je peux considérer qu'il est chef d'orchestre parce qu'il harmonise, il oriente, il coordonne les travaux du Conseil de sécurité. Et si je continue, je peux l'appeler comme un chef d'orchestre, sans baguette rigide, face à des musiciens qui déclarent toujours leur souveraineté, des musiciens souverains. Et donc les règles d'engagement, les financements des opérations de maintien de la paix dépendent des membres du Conseil de sécurité. Et malgré tout, les forces de maintien de la paix des Nations unies ont fait du travail. Et je ne peux pas du tout dire que Guterres a échoué. Au contraire, il a fait ce qu'il peut. Mais s'il y a un échec, il doit incomber aux membres du Conseil de sécurité et non au Secrétaire général des Nations unies.
En 2023, le Mali a exigé le retrait de la Minusma, car il estimait que le bilan de cette mission de l'ONU était inadapté aux défis sécuritaires du pays. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Malheureusement, le constat aujourd'hui, c'est que l'insécurité s'aggrave. Les gens continuent à mourir. Il faut souhaiter, il faut espérer que la paix revienne dans ce pays que j'ai tant aimé.
Alors, quelques mois avant le retrait de la Minusma, les Maliens avaient déjà expulsé Guillaume Ngefa, le chef droits de l'homme de cette mission de l'ONU. Est-ce que les autorités maliennes n'ont pas expulsé les Casques bleus tout simplement pour qu'il n'y ait plus de témoins de leurs éventuelles exactions contre les populations civiles ?
C'est sûr que les missions de paix dans les pays défendent un certain nombre de valeurs, parmi lesquelles la question des droits de l'homme. Et souvent, dans les difficultés auxquelles on a eu à faire face, on constate que les pays parlent souvent de leur souveraineté, parlent d'ingérence. Et j'ai toujours dit à nos amis africains que, tant qu’on ne consolide pas le front intérieur, tant qu’on ne consolide pas la paix, l'ingérence extérieure va toujours être là. Et donc il faut en tenir compte. Je dirai tout simplement que la Minusma a fait du bon travail. Malheureusement, ça s'est mal terminé et je souhaite que la paix revienne au Mali.
Pour la succession d'Antonio Guterres, qui vous paraît le mieux placé pour le 1ᵉʳ janvier prochain ?
Nous sommes à notre troisième scrutin indicatif et jusque-là, ce qui se dégage, c'est que ce sont les femmes qui arrivent en tête de ces votes. Est ce qu'on ira vers l'élection d'une femme ? Est-ce que si le quatrième, cinquième vote indicatif ne donnent pas de résultats, est-ce que tout va être remis à zéro et est-ce qu'on va faire appel à d'autres candidats ? Tout ça, c'est entre les mains des membres du Conseil de sécurité et il est difficile de se prononcer à leur place.
Est-ce que l'ancien président sénégalais Macky Sall a des chances ou pas ?
Il est comme tous les candidats et jusque-là, c'est difficile de dire. Je vois tout simplement que l'ancienne présidente du Chili, elle a retiré sa candidature. Le président Macky Sall est encore sur la liste et il faut attendre, tout simplement.
Donc le scrutin n'est pas encore définitivement joué pour une candidate latino-américaine ?
Pas du tout. À ce stade, vraiment, il n'y a pas du tout de certitudes. Parce que, quand on compare ce scrutin aux anciennes élections où, dès le troisième vote, en général, il y avait une tendance qui se dégageait, ce n'est pas le cas pour le moment.
Et donc les deux candidats africains, l'Ougandais Olara Otunnu et le Sénégalais Macky Sall, ne sont pas encore hors-jeu ?
Pas du tout. Une élection n'est jamais gagnée à l'avance et il faut suivre et puis voir un peu quelle en sera l'issue.
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Éthiopie: une nouvelle coalition de groupes armés «rassemble des partis qui se sont fait la guerre au Tigré»
2026/09/22
Sept forces d’opposition et groupes armés éthiopiens ont annoncé, dimanche 20 septembre, la formation d’une toute nouvelle alliance, la « Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie », avec l’objectif ambitieux de « destituer le gouvernement » et « établir un gouvernement de transition inclusif ». Que faut-il voir derrière l’annonce de cette nouvelle alliance, comment l’interpréter et quelles sont les réactions ? Mehdi Labzaé, chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), spécialiste de l'Éthiopie, répond aux questions de Frédéric Garat.
RFI : Cette annonce d'une alliance pour la survie unie contre le pouvoir éthiopien d’Abiy Ahmed est-elle surprenante ?
Mehdi Labzaé : Surprenante, pas dans la foulée des événements précédents, avec des réunions qui avaient eu lieu entre les principaux membres de cette coalition naissante au cours du printemps. Néanmoins, elle est hautement paradoxale puisqu'elle rassemble des partis qui se sont fait la guerre pendant la guerre au Tigré, entre novembre 2021 et novembre 2022, mais aussi plus tôt ; c'est-à-dire dans les années entre la prise du pouvoir par Abiy Ahmed et cette guerre au Tigré en novembre 2020, dans les deux années, disons 2019-2020. Je pense notamment aux affrontements entre des groupes armés amhara et des groupes armés gumuz, qui sont aujourd'hui tous les deux représentés dans la coalition avec le mouvement démocratique du peuple Gumuz et le Mouvement national des Fano Amhara. Donc, ces deux groupes se sont vraiment battus dans le nord du Benishangul-gumuz. On a aussi dans la coalition le Mouvement démocratique des peuples du Benishangul qui représente des groupes qui ont pu prendre part aussi à des combats contre des mouvements nationalistes amhara. Puis, pendant la guerre au Tigré, on a le Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF, qui s'est battu contre des milices amhara dites Fano qui, à l'époque, étaient alliés au gouvernement fédéral. Aujourd'hui, on retrouve ces différents groupes dans la même coalition. On les retrouve aussi aux côtés du Front de libération oromo, de l'Armée de libération Oromo, officiellement, semble-t-il, quand bien même - y compris ces dernières semaines - on a vu des communiqués de la part du Front de Libération oromo qui était très critique de la présence de groupes armés amhara dans une région de l'ouest de l'Éthiopie qui s'appelle le Wellega, et qui a appelé au retrait de ces de ces groupes. Donc, reste à voir si c'est un effet d'annonce ou s'il va y avoir une vraie coopération politique et militaire entre ces groupes. Mais il est beaucoup, beaucoup trop tôt, pour le dire, à l'heure actuelle.
Justement, il y a environ sept groupes qui sont réunis : trois principaux et quatre peut-être plus modestes. Est-ce que cette coalition peut être structurée ? Est-ce qu'il peut y avoir une colonne vertébrale, compte tenu donc des agrégats que vous venez de décrire, aux intérêts pas toujours communs, voire parfois opposés ? Beaucoup d'observateurs sont en effet assez sceptiques sur la sur la viabilité de cette coalition…
On peut comprendre leur scepticisme avec peut-être une petite nuance sur le fait que dans les partenaires dits mineurs, il y a quand même des groupes qui ont une vraie base sociale, une vraie assise populaire au Benishangul-gumuz, et de l'autre côté, dans la région de l'Ogaden, avec un groupe qui a à son actif plusieurs décennies de militantisme politique. Donc, ce sont des partis qu'on considère peut-être périphériques sur une carte de l'Éthiopie, dans le poids démographique des peuples dont ils revendiquent la représentation. Néanmoins, c'est quand même des groupes qui peuvent être politiquement importants.
C'est un peu la fin de la stratégie de division qui a été menée jusqu'à maintenant par le Premier ministre Abiy Ahmed, ça c'est une réalité ?
Je ne pense pas que de son côté, le régime arrête une stratégie de division. La question est une nouvelle fois est ce que cette stratégie de division va commencer à être moins efficace ? On note qu’il n'y a pas de groupe du sud du pays présents dans cette coalition. C'est dans le sud de l'Éthiopie que la stratégie de division des oppositions et de cooptation des principaux leaders a peut-être été la plus efficace jusqu'à présent en termes de démobilisation des bases militantes. Et là, dans cette coalition, on constate l'absence de peuples du Sud.
Comment réagit-on à Addis-Abeba et également au niveau de la société éthiopienne ? Est-ce qu'il y a des craintes ? Est-ce qu'on sent une tension ?
À ma connaissance, je n'ai pas vu aujourd'hui de réaction du gouvernement fédéral. En revanche, on a vu que l'Autorité des médias suspendait la télévision du Tigray, qui est la télévision sur laquelle Zemene Kassie - qui serait donc le nouveau porte-parole de cette coalition - a fait la proclamation de la formation de cette coalition. Le fait que cet homme puisse faire une déclaration à la télévision du Tigray était est un symbole très important, puisqu'il a été leader des groupes Fano qui ont été impliqués dans ce qui était qualifié de génocide contre la population tigréenne entre 2020 et 2022. Donc, là, c'est un symbole très important qui est lancé au pouvoir fédéral. Mais, mis à part la suspension de Tigray TV, pour l'instant, je n'ai pas vu de réaction plus ancrée au sein du gouvernement fédéral.
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Frontières africaines: «La colonisation a empêché le continent de respirer par lui-même»
2026/09/21
Les frontières africaines sont souvent présentées comme ayant été dessinées à la règle par les puissances européennes lors de la conférence de Berlin (fin 1884/début 1885). Une idée reçue, que déconstruit l’historienne Caroline Roussy, dans son livre intitulé La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines. Elle y montre notamment comment ces frontières ont été négociées, transformées et finalement entérinées par les populations qui vivent de part et d’autre. Elle répond aux questions de Clothilde Hazard.
RFI : Dans votre livre La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines, vous rappelez que les frontières du continent n'ont pas été tracées à la conférence de Berlin. Pourquoi cette idée reçue est-elle restée aussi ancrée selon vous ?
Caroline Roussy : Nous avons appris dans les manuels scolaires à l'école, que les frontières africaines avaient été tracées lors de ladite conférence de Berlin. Donc, même des générations qui sont un peu plus âgées en France restent persuadées de la véracité de cette histoire. Cette histoire qui, bien évidemment, a été écrite par le dominant, le colonisateur.
Alors qu'est-ce que la colonisation a changé dans la manière de délimiter et de contrôler les frontières ?
Avant la colonisation, il y avait une grande variété de frontières. On ne peut absolument pas se les représenter comme des traits, des lignes bien délimitées, tel que cela a justement été imposé par la colonisation. Ces frontières entre royaumes, entre empires ou autres formations politiques, elles sont plus ou moins épaisses, toujours en suspens et aussi toujours renégociables. En fait, la colonisation a empêché le continent de respirer par lui-même, suivant des logiques endogènes, parce qu’effectivement, la ligne, le trait vont progressivement s'imposer. Il ne s'impose pas du jour au lendemain non plus. Il faut bien comprendre que les frontières sont des processus longs et lents qui s'installent dans la longue durée. Néanmoins, en effet, les colonisateurs ont imposés aux Africains la ligne de type westphalienne.
Vous parlez dans votre livre de coproduction entre les colonisateurs et les pays africains pour le tracé des frontières. Est-ce que vous pouvez expliquer ce concept ?
Il y a eu une coproduction entre des colonisateurs et des acteurs africains suivant des contextes précis. Les Africains ne sont pas totalement victimes de cette situation, mais ils ne sont pas non plus totalement libres. Ils évoluent dans un cadre qui est contraint et dont les règles sont imposées par les colonisateurs. En plus, quand il y a des négociations sur le terrain, notamment au moment de la démarcation, les colonisateurs et les acteurs africains n'étaient pas du tout inscrits dans les mêmes logiques. Il y a une véritable dissymétrie dans les projets, mais néanmoins, ponctuellement, il peut y avoir des collaborations pour des intérêts, des motivations diverses et variées qu'il convient bien évidemment de restituer. En réalité, ce sont les populations aussi au quotidien, en utilisant la frontière soit comme ressource, soit comme refuge, qui vont donner un sens à cette frontière et l'entériner dans l'espace, tout autant que la frontière va permettre de produire ces nouvelles pratiques.
Pour avoir un exemple concret de ce que vous êtes en train de dire, est-ce qu'on pourrait prendre le cas de la frontière gambienne sur laquelle vous avez travaillé, une frontière qui paraît arbitraire ?
Quand j'ai commencé ma thèse de doctorat, je me suis posée une question simple. Je me suis dit « mais qu'est-ce que fait cette Gambie au milieu du Sénégal ? ». C'est vraiment ce qui a motivé l'ensemble de mon travail de doctorat. Souvent, on dit que la Gambie est à l'intérieur du Sénégal. Or, il s'avère que la ratification de la frontière de Gambie date du 10 août 1889, tandis que les frontières du Sénégal sont plus ou moins arrêtées en 1895. Donc première découverte, ce n'est pas la Gambie qui est dans le Sénégal, c'est le Sénégal qui encercle la Gambie. En tout cas au moment des tracés par les colonisateurs. Pourquoi la Gambie, malgré tout, est une frontière qui est aberrante ? Parce qu’on retient, en tout cas juridiquement, certains l'appellent la frontière des dix kilomètres de part et d'autre des deux rives du fleuve Gambie. Donc dix kilomètres, un chiffre qui est arithmétique. Est-ce que ça correspondait à quelque chose sur le terrain ? Je vais vous dire que non, absolument pas.
Et finalement, ce sont les populations qui l'ont faite exister ?
Exactement. C'est pour ça que je parle de coproduction de la frontière. Parce que la frontière, ce n’est pas seulement une ligne, c'est une manière de l'habiter, de la contourner, de la vivre.
Est-ce que les frontières qui existent aujourd'hui peuvent être remises en cause sous prétexte qu'elles sont l'héritage de la colonisation ?
Sur le plan légal, c'est un petit peu plus complexe puisqu'en 1964, dans la Charte de l'Organisation de l'Unité africaine, la Conférence des chefs d'État a consacré le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Donc, quelque part, on ne les touche pas. Ce qui est assez paradoxal, c'est que dans les textes, on ne les touche pas, mais dans les discours, quelque part, on les remet en question telles qu'elles sont tracées aujourd'hui, mais on n'interroge jamais comment elles fonctionnent, pourquoi elles ont été tracées à tel endroit plutôt qu'à un autre endroit. En vrai, on ne les interroge pas suffisamment à mon sens. D'où la mauvaise réputation. En fait, j'ai souhaité ouvrir le débat dans cet essai. Je soutiens la thèse, qui est très contestée, en affirmant que la fin des frontières africaines n'aura pas lieu. Donc c'est intéressant de regarder à différents niveaux pour essayer de comprendre comment ces frontières tiennent, en dépit du fait qu'elles aient été tracées par la colonisation.
Howard French: «L’indépendance en 1957 du Ghana a déclenché une vague des indépendances en Afrique»
2026/09/19
Quels liens l’ancien président ghanéen Kwame Nkrumah a-t-il entretenus avec les milieux afro-américains ? Quels ont été les échanges entre le combat afro-américain et la lutte d’indépendance ghanéenne ? Le sujet est au cœur d’un livre qui sortira en librairie dans quelques jours (le 23 septembre). Il s’intitule La Seconde Émancipation. Dans cet ouvrage, l’essayiste américain Howard French retrace tout le parcours intellectuel du premier président ghanéen, figure majeure du panafricanisme, mais aussi les circulations d’idées et d’inspiration dans cet « Atlantique noir ». Howard French répond aux questions de Laurent Correau.
Congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne: «70 ans plus tard, c'est un combat qui a porté ses fruits»
2026/09/18
Il y a 70 ans, quelque 50 écrivains et artistes noirs se réunissaient en septembre 1956 à la Sorbonne, à Paris, pour proclamer la renaissance de la culture africaine. Aujourd'hui, ce combat est-il gagné ou est-ce qu'il reste des citadelles à prendre ? Florence Alexis est l'une des deux commissaires de l'exposition qui accompagne le colloque organisé ce vendredi à la Sorbonne. Elle connaît d'autant mieux les enjeux du congrès de 1956 que son père, le grand écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis, y a participé. Elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : « Laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l'Histoire », a lancé Aimé Césaire à la Sorbonne, il y a 70 ans. En quoi ce premier Congrès des écrivains et artistes noirs a-t-il été fondateur ?
Il est fondateur parce que, d'abord, il a lieu après le lancement de ce concept de négritude qui a été, comme vous le savez, inventé par Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Et le Congrès des écrivains et artistes noirs se place dans cette lignée avec un axe très ouvert sur la culture et les arts.
Est-ce qu'on peut dire qu'à l'époque, la colonisation a détruit la culture africaine et que l'enjeu, c'est cette renaissance de la culture, ou pas ?
Oui, on peut le dire. Senghor le dit lui-même avec ses propres mots : « La Renaissance européenne s'est édifiée sur les ruines de la civilisation négro-africaine. La force américaine s'est engraissée de la sueur du sang nègre. C'est 200 millions de morts que la traite des nègres a coûté à l'Afrique, mais qui dénombrera les richesses perdues ? Grâce à Dieu, la flamme n'est pas éteinte. Le levain est resté au fond des cœurs et des corps meurtris qui permet aujourd'hui notre renaissance. » Si vous voulez, effectivement, il y a vraiment une destruction liée aux prédations coloniales, mais en même temps, il y a un appel à la renaissance sur ce qu'il reste et ce qui a pu survivre à la violence coloniale qui a précédé.
Peut-on parler de la fin d'une domination occidentale sur la culture africaine ?
À ce moment-là, oui, puisqu'il y a reconquête, si vous voulez. Il y a la redéfinition des appartenances. C'est une réflexion endogène, sur soi, qui permet aussi de se relier aux autres, parce qu'il y a peut-être un point qui est important à souligner, c'est que ces hommes ont traversé la Deuxième Guerre mondiale, comme vous le savez. Par exemple, un homme comme Léopold Sédar Senghor a combattu comme soldat français pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il a d'ailleurs frôlé la mort. Il a failli être exécuté par les Allemands à ce moment-là. Et donc, il y a aussi l'expérience du racisme et du nazisme qui éclaire la réflexion de ce congrès et qui, tout en défendant ses propres valeurs, s'attache vraiment à la notion d'universel et de lien avec le reste de l'humanité.
Est-ce que c'est vrai qu'il y a eu, pendant ce congrès il y a 70 ans, un débat assez vif entre Senghor, qui croyait en une seule culture négro-africaine, et votre père, Jacques Stéphen Alexis, qui préférait parler de culture nationale ?
Oui, il y a des débats qui sont en fait des approches, je dirais, à la fois philosophiques et politiques. Effectivement, mon père était plus attaché à défendre les approches nationales de la culture haïtienne. Mais je dirais qu'il y a un fond commun qui est partagé, même si les participants ne partagent pas tous les mêmes idées.
Est-ce une façon pour votre père, à ce moment-là, d'affirmer les cultures caribéennes à côté des cultures africaines ?
Les cultures africaines, elles ont survécu peut-être un petit peu mieux, mais les cultures caribéennes sont à peine définies à l'époque, même si les leaders du début du XXᵉ siècle, qui ont lancé les Congrès panafricains - c'est intéressant de le rappeler - sont tous des gens de la Caraïbe. Donc la notion même de panafricanisme, elle naît dans la Caraïbe, elle est lancée par des Trinidadiens et portée également par des Noirs américains et des Haïtiens. C'est intéressant de voir que cette idée panafricaine, elle émerge même du monde des diasporas africaines avant même de s'épanouir en Afrique, avec d'autres leaders au Ghana, au Kenya, etc. Mais c'est vrai qu'à l'époque, il y a manifestement un grand besoin de se définir en tant que Caribéens, et c'est cette voie que mon père a essayé d'exprimer au sein du Congrès, avec d'autres. Il y avait d'autres intellectuels de la Caraïbe, Édouard Glissant qui est encore très jeune, et Frantz Fanon qui va faire une communication très importante lors de ce congrès.
Alors, en 1956, dans ce congrès, il y avait 52 hommes et une femme, une seule femme. Est-ce que tout cela ne paraît pas très anachronique aujourd'hui ?
Oui, totalement. Je pense que là, il y a vraiment un impensé de la part des organisateurs et des délégués. Et il y a effectivement une seule femme sur la photo, elle s'appelle Clara Perez. En fait, elle est l'épouse du président du Congrès qui était un Haïtien. Un illustre Haïtien qui s'appelait Jean Price-Mars et qui a présidé ce congrès à la place d'un autre très grand intellectuel noir, qui s'appelait W.E.B. Dubois, un Noir américain qui a été interdit de passeport par les États-Unis ; de même, par ailleurs, que la délégation sud-africaine, qui à cause de l'apartheid n'a pas pu se rendre non plus au Congrès. Vous avez beaucoup de femmes qui auraient pu être présentes à ce moment-là, et il n'y en a aucune sur la photo, sinon Madame Price-Mars. Mais évidemment, il y a beaucoup de femmes comme Paulette et Jeanne Nardal, dont on reparle aujourd'hui bien utilement, comme Jacqueline Leiner, comme Lilyan Kesteloot, comme Joséphine Baker, qui a soutenu concrètement le Congrès des femmes, comme Sarah Maldoror, comme Gerty Archimède ou encore Suzanne Roussi Césaire, qui était l'épouse d'Aimé Césaire et qui s'était déjà illustrée comme une grande intellectuelle dans l'entre-deux-guerres. Donc les femmes sont absentes. Effectivement, je pense que c'est le fruit des mentalités de l'époque. Mais justement, dans l'exposition, on a traité ce sujet et on a rappelé ce que les femmes avaient déjà commencé à apporter à la réflexion. On le montre dans l'exposition.
70 ans après, est-ce que les combats de 1956 sont tous gagnés ou est-ce qu'il reste des citadelles à prendre ?
Sur le champ culturel, en tout cas, quand on voit leurs préoccupations de l'époque, on se rend compte que les artistes se confrontent exactement aux mêmes difficultés aujourd'hui. Le recel de biens culturels, qui est déjà à l'ordre du jour dans les débats du Congrès, ce sont des problèmes qui sont encore d'actualité aujourd'hui.
Vous parlez des recels de biens culturels, mais sur ce plan là, il y a quand même une petite évolution depuis une dizaine d'années, non ?
Bien sûr qu'il y a évolution. Mais justement, c'est ça qui est intéressant : c'est de montrer que le Congrès de 1956 aborde déjà ces questions, même si les gens ne s'en souviennent pas bien et que, aujourd'hui, 70 ans plus tard, on voit quand même que c'est un combat qui a porté ses fruits, puisque ce sont des questions qui sont abordées prudemment, je dirais timidement, très progressivement. Mais en tout cas, le débat a porté ses fruits. Et aujourd'hui, effectivement, beaucoup d'œuvres d'art commencent à être rapatriées dans leur terre natale. Et donc, effectivement, vous avez raison, il y a des évolutions. Ce qui est intéressant, c'est de montrer que le premier Congrès des écrivains et artistes noirs, fondé par Alioune Diop, a vraiment ouvert ces débats et nous amène aujourd'hui à résoudre certaines questions qui étaient encore en suspens à l'époque.
Florence Alexis, vous êtes l'une des deux commissaires de l'exposition qui accompagne le colloque de ce vendredi à la Sorbonne, à Paris. Quelles sont les pièces que vous tenez à exposer, à montrer au public, dans la partie dont vous avez la responsabilité, c'est-à-dire la mémoire d'un congrès, celui de 1956 ?
Je me suis appuyée sur le fonds photographique de Présence africaine. Ce sont des documents plutôt anciens mais qui sont mal connus, notamment la magnifique affiche de l'exposition, qui était un dessin qui avait été offert par Pablo Picasso à Alioune Diop à l'occasion de ce congrès, et qui représente un des fils d'Aimé Césaire, à l'époque. Il y a évidemment une photo très connue qui est la photo du Congrès, où on voit la plupart des participants et dont nous avons parlé tout à l'heure. Et puis, il y a évidemment un portrait d'Alioune Diop, qui me paraît évidemment très important parce que c'était un homme qui était à la fois très discret, mais qui a été, on le voit aujourd'hui, terriblement efficace dans ses initiatives. Donc, c'est une figure qui gagne à être connue et qui devrait être mieux connue des jeunes Africains. Il y a une très belle photo qui vient des archives de l'humanité et qui montre Aimé Césaire, mon père Jacques Stéphen Alexis et l'écrivain noir américain Richard Wright, qui débattent debout dans la cour de la Sorbonne. Ça, c'est une image qui est moins connue. Il y a des portraits d'Aimé Césaire, il y a des photos, des débats et puis un très beau portrait, d'un homme qui a beaucoup compté - vous demandiez comment les choses avaient pu évoluer entre-temps - qui n'est plus de ce monde aujourd'hui, mais dont je suis heureuse de pouvoir prononcer le nom, qui s'appelait Okwui Enwezor, qui est un essayiste et un curateur du Nigeria. Il a été le premier Africain commissaire de la Biennale de Venise en 2015. Je dirais qu’il a fait basculer la présence des artistes non européens dans les grands événements artistiques mondiaux.
Votre père, Jacques Stephen Alexis, a disparu en Haïti en 1961. Sans d
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