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28 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/25
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3 min.
Release period
2 days
Description
Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.
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JOJ Dakar 2026: en RDC, Mervie Yemebele, un jeune talent de l'épée congolais [1/5]
2026/10/25
En République démocratique du Congo, Mervie Yembele, 16 ans, est l’un des neuf athlètes congolais sélectionnés pour participer aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar prévus du 31 octobre au 13 novembre. Sa discipline : l’escrime qu'il pratique au quotidien à Kinshasa.
Les lames des escrimeurs s’entrechoquent dans la commune de Lemba, à Kinshasa. Sur un terrain de sport en plein air, une poignée de jeunes, en tenue blanche, manient l’épée ou le fleuret. Parmi eux, Mervie Yembele. « Je m'entraine tous les matins de 8 h à 11 h ou 12 h, du lundi au samedi ; et le soir, mardi, jeudi et samedi », précise-t-il.
Un programme chargé car à 16 ans, le jeune escrimeur se prépare à participer à ses premiers Jeux olympiques de la jeunesse. Son arme de prédilection : le sabre. « La façon de marquer par l'arme et tout, parade et tout. Avec toute cette rapidité dans une tierce de minutes, c'est vraiment chouette », explique-t-il.
Pourtant, il y a quelques années encore, Mervie Yembele ne connaissait pas l’escrime. C’est en regardant les Jeux olympiques de Rio, au Brésil, en 2016, qu’il découvre cette discipline. « Il y a des gens qui se focalisent maintenant à la télé : "Il y a les Jeux olympiques, il y a les Jeux olympiques !" Je voyais des gens porter des tenues et des lames. Je me demandais : c'était quoi en fait ? Et je pensais que c'était seulement à l'extérieur du pays. Et du coup, après un moment, on a contacté mon maître en me disant que "non, ça existe aussi en RDC". Puis, j'ai adhéré à la Fédération », raconte-t-il.
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Visage dissimulé derrière son masque, jambes fléchies en position de garde, le jeune athlète peaufine sa technique. Son objectif : décrocher une médaille aux Jeux olympiques de la jeunesse. « C'est vraiment un honneur pour moi de participer aux JOJ. La RDC ne compte pas de médaille olympique et du coup, aujourd'hui, je crois que c'est ma chance. Je dois saisir cette opportunité et ramener la toute première médaille olympique pour la République démocratique du Congo », affirme-t-il.
Mais pour atteindre ce rêve, encore faut-il disposer des moyens nécessaires. Un défi pour ce jeune sportif congolais, comme l’explique Anaël Konga, vice-président de la Fédération congolaise d’escrime.
« Les conditions d'entraînement sont vraiment médiocres. La fédération n'a pas de salle, nous n'avons pas de sponsors. On n'arrive pas vraiment à former suffisamment d'athlètes pour répondre aux besoins des compétitions. Le rendement sera assez difficile, mais comme le cœur y est. Alors on essaie de faire avec. »
La Fédération congolaise d’escrime compte un peu plus d’une centaine de licenciés.
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Abuja, les enjeux urbains de la capitale nigériane: une ville confrontée aux inondations [2/2]
2026/10/25
À Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, le bilan de la saison des pluies est lourd : des rues submergées devenues impraticables, la chaussée cédant par endroit, des bâtiments endommagés. Pourtant, un plan directeur, établi en 1979, avait pour but d'éviter les inondations, en respectant la topographie naturelle de la ville, et en empêchant toute construction sur les cours d’eau. Aujourd’hui, urbanistes et membres de la société civile regrettent que ce plan n'ait pas été suivi et appellent à un sursaut des autorités, afin de protéger durablement la ville.
De notre envoyé spécial à Abuja,
Tout près du carrefour Gudu, dans le sud de la capitale fédérale, une partie du pont s’est effondrée pour finir dans le cours d’eau anonyme qu’il surplombait.
Danjuma Silas, un habitant du quartier, constate depuis 5 ans une dégradation de cette route lorsque les pluies torrentielles surviennent : « L’inondation paralyse tout, elle est partout. On ne peut même pas voir le pont. Si on ne fait pas attention, on peut tomber dans l’eau. Beaucoup de gens sont tombés et ont perdu la vie. »
Ce secteur est désormais classé à haut risque par l’agence hydrologique nationale, car systématiquement submergé lors d’épisodes de fortes pluies. Ces derniers sont de plus en plus intenses. Et les aménagements urbains ont rendu la ville beaucoup moins résiliente. Ainsi le recul des espaces verts aggrave les inondations car les eaux de pluie ne peuvent plus être absorbées.
Pour Nathaniel Atebije, ancien président de l’Institut des urbanistes du Nigeria, c’est la conséquence des politiques de ces dernières années : « Tout changement dans l'utilisation des terres, c'est comme si nous changions de système. De mauvaises décisions ont été prises, en particulier sur les zones sensibles, en particulier sur le plan écologique. Des zones de drainage ont été attribuées aux gens et ils construisent sans avoir le sentiment qu'un jour cela pourrait créer un problème. »
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« Nous devons agir avant que les inondations ne se produisent, pas attendre que les gens aient perdu leur maison ou leur vie » Le ministre du Territoire fédéral Nyesom Wike décline toute responsabilité de son administration. Il affirme que les autorisations de construction ont été délivrées avant sa prise de poste. Il a depuis ordonné une vague de démolitions d’habitations obstruant les cours d’eau.
Une réponse insuffisante, selon Paul Gwumapan Joseph responsable de plaidoyer du réseau d’ONG Climat et développement durable (CSDevNet) : « Les démolitions peuvent aider en fait dans certains endroits. Nous avons également besoin d'une meilleure élimination des déchets car les déchets éliminés et drainés sans discernement peuvent bloquer l'écoulement de l'eau. Nous devons agir avant que les inondations ne se produisent, pas attendre que les gens aient perdu leur maison ou leur vie avant de commencer à agir. »
Du côté des autorités, on promet de repenser la ville. Initialement prévue pour être révisée tous les cinq ans, la planification de 1979 n’a jamais été formellement actualisée.
Nyesom Wike a déclaré mi-août qu’un nouveau plan directeur est à l’étude en collaboration avec des agences internationales pour « s’adapter aux nouvelles réalités de la capitale », qui a largement dépassé les prévisions démographiques.
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Abuja, les enjeux urbains de la capitale nigériane: le conflit urbano-pastoral [1/2]
2026/10/23
Dans la capitale du Nigeria, Abuja, le spectacle de troupeaux broutant le long d’axes routiers ou traversant des quartiers résidentiels n’étonne plus vraiment.
Face à l'extension et à l'urbanisation de la capitale, la cohabitation entre citadins et éleveurs nomades est devenue un casse-tête pour les autorités, qui tentent aujourd'hui de négocier la sortie définitive du bétail du centre-ville. Les éleveurs se disent prêts à se relocaliser, à condition d’obtenir la garantie de meilleures conditions pour leurs animaux et leur sécurité.
De notre correspondante de retour d'Abuja,
Voitures, tricycles, motos et badauds sont à l’arrêt momentanément dans l’une des artères principales du quartier de Garki, pour laisser passer la vingtaine de vaches d’Hamet, 11 ans, et de son grand frère. Lorsqu’on demande au jeune garçon pourquoi ils se trouvent en ville et non en brousse, il répond simplement à la volée : « La brousse, il n’y a plus de brousse ici ! »
Lorsqu'Abuja a été bâtie il y a une cinquantaine d’années, on y trouvait des espaces de pâturage en abondance. Entre 2016 et 2025, la ville a perdu 23% de ses espaces végétaux, selon une analyse géospatiale de l'International Journal of Research and Innovation in Social Science.
Jamilu Sani, boucher, est installé depuis 20 ans à Mpape, dans la banlieue d’Abuja, et il ramène du bétail depuis l’État de Nasarawa voisin. Pour lui, les éleveurs n’ont pas d’autre choix que d’occuper l’espace urbain. « Le principal problème, c’est que les vaches n’ont nulle part où aller pour se nourrir, pointe-t-il. En ville, on trouve la nourriture à laquelle les vaches sont habituées. S’ils veulent qu’on arrête de les faire paitre en ville, alors ils doivent nous trouver des zones dédiées. »
À écouter dans Autour de la questionQuelles villes pour demain?
Améliorer les zones de pâturage Officiellement, il existe 417 zones de pâturage dédiées, dont 4 dans le territoire de la capitale. Pour le moment, les éleveurs estiment qu’elles ne sont pas en état d’être utilisées. « Elles sont là, mais elles ont été massivement accaparées par le pouvoir politique et des acteurs économiques, explique Bello Aliya Gotomo, secrétaire général national de l'Association des éleveurs de bétail Miyetti Allah du Nigeria (Macban). Donc, en réalité, le fait est qu’elles sont là, mais certaines réglementations n’ont pas été appliquées, donc elles ne sont pas correctement utilisées. En outre, certaines d’entre elles ont été occupées par des bandits, ce qui n'est pas rassurant. Elles ne sont plus accessibles pour les éleveurs. »
Mi-octobre, le ministre de l’Élevage Alhaji Idi Mukhtar Maiha a assuré travailler à une réhabilitation complète de ces zones de pâturages sur le modèle de ranchs. Elles devront, selon ses mots, être « dotées des installations et des commodités nécessaires aux éleveurs, à leurs familles et à leurs animaux » avant de lancer une campagne d’incitation à la relocalisation.
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Octobre rose: à Madagascar, une campagne de dépistage gratuit mais des soins qui restent coûteux
2026/10/22
Octobre rose bat son plein à Madagascar, avec des campagnes de dépistage gratuit des cancers du sein et du col de l’utérus. Le cancer tue plus de 14 000 personnes par an dans le pays, dont 8 000 femmes, selon l’AIEA, une agence des Nations unies. Pour les malades, le dépistage n’est qu’une première étape. Viennent ensuite des soins coûteux, un système de santé saturé, et le poids du tabou.
De notre correspondante à Antananarivo,
Dans une salle de conférence d’Antananarivo, le mari de Prisca Carine témoigne. Sa femme vit avec un cancer du sein métastatique, qui a gagné ses os, son foie et ses poumons. « Tu dois être fort, tu dois être courageux, tu dois te lever le matin, il faut que ton fils te voie comme ça, il faut que tes filles te voient fort, relate le mari de Prisca Carine. Mais moi, je vous le dis franchement, je chiale parfois… je chiale tout seul. » Cette confession est accueillie par une salve d'applaudissements.
Pendant près d’un an, les médecins ont parlé de Covid long, puis de tuberculose. En décembre 2024, Prisca Carine arrive à l’hôpital public avec un courrier qui demande une hospitalisation en urgence. « J’étais mal en point… On a attendu 2 h 30, vous imaginez ? Avec une salle pleine de seringues partout par terre, se rappelle-t-elle, indignée. Et une personne a dit : "D'après votre état, ce n’est pas une urgence, il faut rentrer chez vous." »
Anny Andrianaivonirina a connu ces couloirs. Cette journaliste préside l’association des femmes journalistes de Madagascar. Pour ses chimiothérapies, elle arrivait à 5 h 30 du matin. La séance se faisait sur une chaise, avec un ou deux infirmiers pour toute la salle.
Les soins y sont gratuits, mais pas les médicaments : jusqu’à 450 000 ariary la séance, près de 90 euros. Un salaire, dit-elle. Ses amies journalistes ont organisé un concert pour l’aider à payer. « J’étais consciente de ce privilège que j’avais, d’avoir des relations, d’être aidée financièrement. Et je me posais souvent la question : comment font ceux et celles qui ont la maladie, mais qui n’ont pas cette chance-là ?, souligne-t-elle. Mais déjà à l’annonce du cancer, tu es cassée, et si tu n’as pas des relations qui s’y connaissent dans cette maladie, tu n’as pas d’informations qui puissent te remonter le moral. »
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« Tout le monde te regarde de haut dès que tu n’as plus de cheveux » Cette année, la santé représente 5,4 % du budget de l’État, contre 6,5 % l’an dernier. Soignée aujourd’hui dans une clinique privée, Prisca Carine raconte sa maladie sur les réseaux sociaux. Des femmes lui écrivent en privé. Certaines ont perdu leur travail. « Ici à Madagascar, tout le monde te regarde de haut dès que tu n’as plus de cheveux, que tu es chauve, etc., tu es oubliée », déplore-t-elle.
Un tabou qui retarde aussi le diagnostic, observe Stacy Rakotondrazanany, psychologue, qui a accompagné des patientes sous chimiothérapie. « À Madagascar, la pensée, c’est que si tu as un cancer du col de l’utérus, c’est que peut-être tu as eu des rapports non protégés, ou que tu as été exposée à des maladies », explique-t-elle.
Avec son association, Espoir Rose Madagascar, Prisca Carine veut offrir ce que le système ne propose pas : un psychologue, un nutritionniste, et même des ateliers pour redessiner ses sourcils. Elle-même est toujours en traitement.
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«On s'appelle, on s'entraide»: au Sénégal, des malades du cancer du sein unies contre la maladie
2026/10/21
À l'occasion d'Octobre rose, mois de mobilisation contre le cancer du sein, rendez-vous au Sénégal, où les malades n'ont pas accès aux soins de support comme un accompagnement psychologique et social pour lutter contre l'isolement, l'anxiété, la dépression. À Dakar, l'association Kinsiba propose des cours de boxe ou encore des séances de henné entre femmes, pour redonner confiance et briser la solitude.
Fatoumata Sané choisit un motif fleuri pour son henné, sur les mains et les pieds. Quelques jours avant sa mastectomie, ce moment au salon de beauté est une parenthèse entre femmes, loin du stress de la maladie. « Chaque fois, quand il y a quelque chose, le moindre bobo, je me dis : "Est-ce que ça ne serait pas les conséquences de la chimio ou de la maladie ?". Cela apporte un moment de répit par rapport à la maladie. On est entre copines. On passe du bon temps ensemble », explique Fatoumta Sané.
Pas simple de se sentir bien dans sa peau après les tests, la chimiothérapie, la radiothérapie. Salimata Sarr a 52 ans. Elle a eu un cancer du sein en 2021, puis une récidive en 2022. « On devient une autre personne, quand on est devant le miroir. On ne se sent plus femme. Vous avez un sein d'un côté, et de l'autre, vous avez une cicatrice. Il y a les séquelles après : les cheveux, les ongles qui cassent... Se faire chouchouter, cela fait du bien », reconnaît-elle.
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La peau noircit parfois sur les mains et les pieds, d'où le choix du henné. Ces rencontres sont organisées par l'association Kinsiba. Elles permettent aussi de rompre l'isolement, car la maladie reste taboue au Sénégal. Pour cette jeune femme de 37 ans, dont le cancer a été découvert à 30 ans, l'essentiel n'est pas de se sentir belle, mais de retrouver des femmes qui comprennent ce qu'elle vit :
« Honnêtement, l'esthétique, cela m'importe peu en fait. L'essentiel, c'est d'être en vie. Depuis que j'ai intégré Kinsiba, ça a changé beaucoup de choses pour moi. J'ai eu des sœurs. Maintenant, on s'appelle, on s'envoie des messages, on s'entraide. »
Pallier à un manque d'accompagnement Ici, on rit, on parle de la maladie, mais aussi du quotidien, des embouteillages à Dakar. Dienaba Konaté est la fondatrice de l'association, qui accompagne les malades du cancer sur le plan thérapeutique et psychosocial. Son constat : il y a un manque d'accompagnement au Sénégal. Elle raconte :
« Nos proches qui ont été atteints, c'était en France. On a une prise en charge et tous les soins de support qui sont proposés. Au Sénégal, ça n'est pas du tout le cas. Quand une personne apprend qu'elle est diagnostiquée du cancer, c'est tout son monde qui s'écroule. Le stress déjà de mourir, du financement des traitements de chimiothérapie... Je me suis dit qu'il était important qu'à mon échelle je trouve une solution pour pouvoir les soulager. »
À terme, la jeune association veut offrir des soins de support à toutes les personnes diagnostiquées d'un cancer au Sénégal.
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Drame d'Eseka au Cameroun: 10 ans après le déraillement, une ville entre mémoire et colère
2026/10/20
Au Cameroun, la mémoire et la colère, 10 ans après le drame ferroviaire d'Eseka. Le 21 octobre 2016, à 12h04 TU, le train de la Camrail, société en charge de l'exploitation du réseau ferroviaire, reliant Yaoundé à Douala, avec plus de 1 200 personnes à bord, déraillait au niveau de la commune d'Eseka, causant la mort de 79 personnes. Des corps n'ont jamais été retrouvés, et plus de 500 personnes ont été blessées officiellement. Il y a quatre ans, une stèle commémorative a été érigée non loin de la gare, en mémoire des victimes de ce drame. Mais la population exprime aujourd'hui une profonde amertume au sujet des promesses non tenues par le gouvernement.
De notre correspondant au Cameroun,
Le train express siffle à nouveau à la gare d'Eseka, dans la région du Centre du Cameroun. Mais ici, le passage des wagons ne suscite plus un grand intérêt. À longueur de journées, les mototaxis font d'incessantes allées et venues sur les artères dégradées, boueuses et parsemées de nids-de-poule. Assis en bordure de route, Michel Ngom, l'un des témoins de la catastrophe, n'a cependant pas oublié ce qu'il appelle « la journée noire ».
« J'étais ici, au carrefour, à bord de ma voiture. J'ai vu le train passer à une allure inhabituelle. Puis, j'ai entendu un bruit et des pleurs venant de la gare. Quand j'ai traversé le petit carrefour qui est là devant, j'ai vu des wagons les uns sur les autres. Là-dedans, il y avait plein de morts », se souvient Michel Ngom.
Une stèle commémorative a été inaugurée, six ans après le déraillement. Le monument a la forme d'une locomotive. Arnaud, conducteur de taxi-moto, n'y trouve aucun intérêt et est très critique à ce sujet : « Ce qu'ils ont construit là, leur truc qu'on appelle la stèle, ça ne fonctionne pas. Ils ont mis la plaque "Commune d'Eseka", l'entrée est payante, mais il n'y a rien à l'intérieur. C'est une laverie qu'on a ouverte là-bas ».
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Des mauvaises herbes ont également poussé entre les allées du monument. Depuis trois mois, c'est la mairie d'Eseka qui est chargée de la gestion et de la valorisation de la stèle. Mais elle reste encore fermée au public. « La stèle est momentanément fermée parce qu'après la signature de la convention, il y a eu des actes de vandalisme sur le site. Les batteries et la plaque solaire ont été volées. La mairie a engagé des travaux pour rendre la stèle accessible et si possible, mettre l'entrée payante pour aider la mairie à garder la stèle propre », explique Marie Cécile Nguidjol, deuxième adjointe au maire d'Eseka.
Mais il y a d'autres sujets qui fâchent à Eseka, en relation avec le déraillement. « Les promesses que l'État avait fait à la population d'Eseka n'ont pas été réalisées , mentionne avec véhémence Michel Ngom, qui poursuit, l'air agacé : « On nous a promis beaucoup de choses pour l'hôpital d'Eseka, mais il n'y a rien là-bas. Où sont les mesures d'accompagnement pour notre hôpital qui n'a pas pu contenir l'affluence ce jour-là ? »
L'hôpital a fini par être doté d'une ambulance. Reste que le sentiment d'abandon de la localité est partagé par de nombreux habitants. La catastrophe ferroviaire n'a pas comblé le déficit de développement. Un peu comme si Eseka avait été le théâtre d'un drame pour rien.
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Au Tchad, les agricultrices de Pala changent leurs habitudes pour s'adapter au réchauffement climatique [1/2]
2026/10/19
Au Tchad, la saison des pluies s'achève, mais il n'a pas assez plu. Même dans le sud du pays, où les pluies sont habituellement plus abondantes, les précipitations ont été particulièrement faibles. À Pala, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, dans le sud-ouest du Tchad, non loin de la frontière camerounaise, les effets du réchauffement climatique sont visibles. Les agriculteurs en ressentent les conséquences. Les récoltes sont maigres cette année.
De notre envoyée spéciale à Pala,
On quitte la terre rouge ocre de la route de Pala pour s'enfoncer dans les champs. Du vert à perte de vue, mais à y regarder de plus près, les wadis et les champs de riz sont secs. Habiba Fatalé est agricultrice. Elle est la cheffe d'un groupement de femmes réunies pour partager les frais de la location de la terre agricole qu'elles cultivent ensemble. « Avant, je ne cultivais que le maïs. Cela donnait en grande quantité et la terre était adaptée à cette culture. Mais dernièrement, comme le climat change, on a dû vite s'adapter. Et cette année, on nous a conseillé de changer pour cultiver du mil rouge et du riz », raconte-t-elle.
L'association Respirons de l'air naturel, de Pala, accompagne ces agricultrices. Le but : les aider à s'adapter à ces nouvelles conditions de travail. « On vient voir le terrain. On inspecte. On revient ensuite vers nos conseillers agronomes qui sont au siège. On leur présente les phénomènes que nous avons rencontrés et on leur demande comment faire. Quels conseils apporter à ces femmes vulnérables ou à ces cultivateurs qui sont focalisés sur le riz », explique Aboubakar Moustapha Ali, le président de l'association. Mais pour Habiba Fatalé, les résultats sont mitigés. « Le mil rouge a bien donné, la récolte était bonne, mais le riz... Regardez, il manque beaucoup d'eau. Regardez, le wadi est vide. J'ai peur de ne rien pouvoir récolter », s'inquiète-t-elle.
« Nos conditions sont devenues plus difficiles » À quelques mètres de là, Maria Mama Bouba est dubitative. Elle inspecte les tiges de riz et passe ses doigts sur les grains encore verts. Elle fait partie du même groupement d'agricultrices. « Durant les trois dernières années, les températures et les pluies ont beaucoup varié. Nos conditions sont devenues plus difficiles. Les pluies sont plus fortes et concentrées, mais la saison sèche devient plus longue que la saison pluvieuse. Et puis, on manque d'engrais biologiques. Les ingrédients pour avoir de bons engrais sont difficiles à réunir », souligne-t-elle.
Aboubakar Moustapha Ali constate les mêmes dégâts, mais il reste combatif. « Il y a ce changement et une baisse des rendements, mais nous pouvons agir », assure-t-il. Le Tchad est l'un des pays d'Afrique les plus touchés par les conséquences du changement climatique.
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80 ans du Rassemblement démocratique africain (RDA): à Yamoussoukro, les archives de la lutte anticoloniale [2/2]
2026/10/18
Le 18 octobre 1946, il y a 80 ans, s'ouvrait à Bamako un congrès qui allait aboutir, trois jours plus tard, à la création du Rassemblement démocratique africain (RDA). Un mouvement politique qui marquera profondément la lutte contre le système colonial en Afrique francophone. À sa tête : l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui défend l'émancipation des peuples africains, mais privilégie la négociation et le maintien de liens avec la France plutôt qu'une rupture immédiate avec la puissance coloniale. Quatre-vingt ans plus tard, à Yamoussoukro, les archives permettent de retracer cette histoire et de revenir sur les choix politiques qui ont façonné le combat anticolonial.
De notre envoyé spécial à Yamoussoukro,
Au centre de documentation de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, plus d'une centaine de documents référencés retracent l'histoire du Rassemblement démocratique africain (RDA). Livres, articles de presse et films documentaires : autant de traces pour remonter aux origines de ce mouvement anticolonial. Matias Kouakou, responsable du centre, nous guide dans ces archives. Une simple recherche fait ressortir notamment les rapports entre le RDA et l'administration coloniale :
« On a saisi seulement ''RDA''. Tous les documents qui parlent du RDA apparaissent. Par exemple : circulaire du nouveau gouvernement Louveau au commandant de cercle du Soudan. Objet : nouvelle attitude de l'administration coloniale envers l'Union soudanaise RDA. Il y a eu des confrontations avec les autorités coloniales. »
Environ 800 délégués ont participé au congrès de Bamako qui a abouti à la naissance du RDA. Le mouvement entendait défendre les droits des Africains et combattre les injustices du système colonial, sans réclamer dès sa création une indépendance immédiate. Pour comprendre ce choix, il faut replacer le mouvement dans le contexte politique de l'après-guerre, explique le professeur Jean-Noël Loucou, historien et secrétaire général de la Fondation Félix Houphouët-Boigny. « Il faut se remettre dans le contexte historique de cette époque. Même le Viêt Minh était pour l'Union française, donc en 1946, c'était peut-être prématuré de parler d'indépendance. Et Sekou Touré va en parler seulement en 1958, pas avant », précise-t-il.
Dans les années qui suivent, Félix Houphouët-Boigny privilégie la négociation avec la France. Un choix pragmatique qui a fait ses preuves, commente le politologue Geoffroy Julien Kouao. « La coopération pacifique et stratégique avec la France a permis de faire de la Côte d'Ivoire un pays relativement prospère. L'ancienne puissance a permis à la Côte d'Ivoire d'avoir les ressources humaines qu'il fallait, un certain nombre de moyens logistiques pour construire l'État », estime-t-il.
À Yamoussoukro, un colloque réunit depuis le 17 octobre quelque 150 universitaires et chercheurs africains autour du Rassemblement démocratique africain. Objectif : confronter les travaux, revisiter l'action du mouvement et interroger son héritage.
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80 ans du Rassemblement démocratique africain (RDA): la radicalité du PDG, section guinéenne du RDA [1/2]
2026/10/16
Il y a 80 ans, du 18 au 21 octobre 1946, se tenait le congrès de Bamako, au cours duquel naissait le Rassemblement démocratique africain (RDA), le premier grand mouvement politique panafricain et anticolonialiste. En Guinée, une délégation de leaders politiques guinéens a participé au congrès de Bamako. Peu de temps après, ces responsables ont fondé la section guinéenne du RDA, le Parti démocratique de Guinée (PDG), qui a mené le pays à l’indépendance en 1958. Le fils d’un des acteurs majeurs de l’époque, Mamadou Traoré, dit Ray Autra, nous fait le récit de cette histoire.
De notre correspondant à Conakry,
C’est dans sa résidence proche de l’ancienne entreprise nationale des tabacs et allumettes qu’Alpha Oumar Traoré nous reçoit. Son père, qu’on appelait par son nom de plume « Ray Autra », c’est-à-dire Traoré à l’envers, a participé au congrès de Bamako : « La délégation guinéenne qui est partie à Bamako pour assister au congrès était composée de Madeira Keita, Sékou Touré, Mamadou Traoré – Ray Autra –, mon père, et deux autres personnes, liste-t-il. En Guinée, il y avait un vaste mouvement d’émancipation qui commençait à se créer. La Guinée était un peu en retard par rapport aux autres pays, qui avaient déjà créé leur section du RDA. »
Le PDG, section guinéenne du RDA, est fondé quelques mois plus tard, en mai 1947. Et il prend rapidement une orientation radicale, à l’opposé de la section ivoirienne du RDA.
Alpha Oumar Traoré tend un ouvrage : ce sont les actes d’un colloque organisé à l’occasion du 40ᵉ anniversaire du RDA. Le témoignage de son père Ray Autra y est consigné. La principale raison de la radicalité du PDG fut la violence de la répression coloniale en Guinée, expliquait-il : « Pour ma part, j’ai connu une trentaine de mutations qui, après ma Guinée natale, me conduisirent au Niger et au Dahomey, est-il écrit. En Guinée, je fus condamné à 2 ans de prison et à 5 ans d’interdiction des droits civiques. C’était seulement pour empêcher notre élection. J’ai connu en 1949, en l'espace d’une semaine, les prisons de Macenta, Kankan, Mamou, ma ville natale, et la gendarmerie de Conakry. »
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Une indépendance arrachée dans des conditions difficiles C’est aussi la pression de la base, et notamment de la jeunesse et des syndicats, qui a poussé le PDG à réclamer l’indépendance immédiate, raconte Alpha Oumar Traoré : « Un groupe, comme les Abdourahmane Diallo, Sékou Touré, Adama Ndao, etc., a radicalisé la lutte et, sous la pression populaire, a décidé de voter "Non" à la Constitution. C’est pourquoi bien avant l’arrivée du général de Gaulle, la population était très motivée par cette option. Le 28 septembre, la Guinée a voté "Non" à la grande majorité. »
L’indépendance, effective quatre jours plus tard, le 2 octobre 1958, a été arrachée dans des conditions difficiles. Pour dissuader les autres colonies de suivre la même voie, la France a sanctionné la Guinée par le retrait immédiat de tous ses fonctionnaires, puis a cherché à la déstabiliser.
À écouter dans Archives d'Afrique2 octobre 1958, indépendance de la Guinée: la rupture avec Paris (1&2)
La Côte d’Ivoire se donne six mois pour éradiquer le fléau de l’orpaillage illégal
2026/10/15
Pour mettre un terme à l'orpaillage illégal, les autorités ivoiriennes ont multiplié, ces dernières semaines, les opérations de démantèlement de sites clandestins. RFI a pu suivre une unité de la BSSI, la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention, une unité qui dépend du ministère des Eaux et Forêts, chargée notamment de la lutte contre l’orpaillage illégal, lors de l’une de ces opérations, près de Mouyassué, un village situé dans la région du Sud-Comoé, à plus de 200 km à l’est d’Abidjan, à la frontière avec le Ghana.
De notre correspondante de retour de Mouyassué,
Le site se trouve à trois heures de route, à l'extrémité d'une piste boueuse et presque impraticable. Puis au détour d’un virage, un homme prend la fuite, abandonnant sur place sa moto et six bonbonnes de gaz. Les hommes du capitaine Jean Kouakou Kouassi s’élancent à sa poursuite. « Sur les sites d’orpaillage, ils utilisent ce matériel-là pour pouvoir alimenter les moteurs pour creuser le sol, pour alimenter les embarcations nautiques sur le cours d’eau », explique le capitaine. Ce qu’on appelle communément des dragues. Elles sont faites de flotteurs et de tuyaux qui aspirent les sédiments des rivières, rendant les eaux troubles.
« Notre objectif, c’est de détruire tout ce qui est dragues et matériel d’orpaillage illégal. On les détruit et on s’en va », indique le commandant Joel Ouraga, commandant adjoint de la BSSI.
« De l'autre côté de l’eau, c’est le Ghana. Vous voyez les activités qu’ils mènent. C’est tout ça qui pollue l’eau, qui décolore l’eau », déplore Jean Kouakou Kouassi. Et cette proximité avec le Ghana complique la lutte, car les orpailleurs s’y replient lors d’opérations. « C’est le Ghana qui nous fatigue, il faut qu’on ait une collaboration franche avec les autorités ghanéennes, espère Joel Ouraga. Si on associe les forces ghanéennes et nous, vous allez voir que ce phénomène va disparaitre. C’est ça notre difficulté ».
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« Si on marque un long temps d’absence, ils vont revenir » Un peu plus loin, un jeune orpailleur a été arrêté et menotté. Il affirme ne pas chercher d’or : « On travaillait avant dans l’orpaillage, mais ils nous ont interdit ça, moi j’ai arrêté ça. Moi, j’ai commencé à travailler dans le cacao. » Le capitaine fouille son sac. Et y découvre plusieurs éléments suspects. « Du mercure, attaché dans un sachet. C’est ce qui contribue à la pollution de l’eau, pointe-t-il. Utiliser du mercure, c’est ce qui est véritablement dangereux pour les populations riveraines. »
Le jeune orpailleur s’appelle Salifou. Il est burkinabè. Comme de nombreux autres, il a quitté son pays à la recherche d’un avenir meilleur. « C’est pour chercher de l’argent pour ma famille. Parce que nous sommes des déplacés », confie Salifou, qui peine à retenir ses larmes. Il sera emmené par les agents de la BSSI. On apprendra plus tard qu’il a 17 ans à peine.
Ce jour-là, du matériel sera saisi, les dragues brûlées, les unités de concassage détruites. Mais le capitaine Kouassi reste vigilant : « Aujourd’hui, vous l'avez constaté en venant, il y a des sites qui ont été déguerpis par les orpailleurs, mais il faut revenir régulièrement faire des patrouilles pour dissuader les récalcitrants. Si on marque un long temps d’absence, ils vont revenir. » Depuis 2021, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été déguerpis par les autorités ivoiriennes.
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RDC: à Bunia, le gynécologue Leki Taji au chevet de ses patientes atteintes d'Ebola
2026/10/14
Avec plus de 4 000 morts en cinq mois, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays. Cette 17ᵉ flambée épidémique a été qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si les efforts de riposte sur le terrain laissent entrevoir les premiers signes d’espoir, les défis restent considérables. À l’hôpital général de référence de Bunia, le docteur Leki Taji, gynécologue et survivant de cette épidémie, soigne ses patientes.
De notre correspondante de retour de Bunia,
Le Dr Taji est un homme pressé. Nous sommes un dimanche, mais il est attendu au centre de traitement Ebola de l’hôpital de Bunia, en RDC. « De l’autre côté, il y a la maternité, la salle d’accouchement, et en bas, nous avons un bloc opératoire », montre-t-il.
Grand sourire et grande confiance, il est lui-même un survivant d'Ebola, touché au début de l'épidémie. « J’ai fait Ebola et c’est une maladie très grave parce que ça donne tellement peur, confie-t-il, c'est de la peur, de l’incertitude. Et vous vous dites : "Est-ce que vous allez vous en sortir ? Comment ?" » Le médecin est passé par toutes les phases de la maladie : « J'ai commencé par la phase sèche, poursuit-il, je faisais des fièvres jusqu’à 40°C. Et je me rappelle qu'une fois, j’avais fait de la fièvre à partir de minuit jusqu’à 13 h, la fièvre ne cédait pas, et après, je suis entré dans la phase humide, j'ai fait des diarrhées et consorts. Mais curieusement, Dieu m’a aidé… »
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« J’ai tellement peur d’Ebola en voyant ce que ça fait » Le médecin pense avoir été infecté en pratiquant, avant la déclaration de l’épidémie. Il est resté dix jours hospitalisé mais a rapidement repris le travail. « C’est une expérience », déclare-t-il, philosophe. Ebola, « C’est l’incertitude, la peur, la souffrance, répète-t-il. Sur le plan psychologique, on est affecté, et ce qui embrouille encore, c’est l’abandon. Parce que si vous voyez les gens entrer, ils vont entrer, ils ne vont pas rester là pendant longtemps. Vous restez pendant 45 minutes et vous sortez, et les malades vont rester seuls avec l’incertitude et la peur. C’est pourquoi je me suis dit qu’il fallait aussi aller aider ces malades et leur apporter un plus sur le plan obstétrical, comme il y a trop de complications obstétricales. »
Pour autant, malgré son statut de survivant, il reste vigilant. « J’ai tellement peur d’Ebola en voyant ce que ça fait. J’ai tellement peur, admet le gynécologue. Mais qu’est-ce qu’il faut faire ? Parce que si vous êtes en tenue de protection complète, on a la certitude quand même qu’on ne peut pas être contaminé. Si vous vous protégez bien, si vous portez ça bien et surtout lors du déshabillage, si vous le faites bien, il n’y a pas de crainte. » Il restera alors 45 minutes auprès de ses patientes, femmes enceintes hospitalisées dans le centre de traitement.
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Cameroun: à Maroua, les lavandiers font concurrence aux pressings
2026/10/14
Au Cameroun, à Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord voisine du Tchad et du Nigeria, la saison des pluies vit ses dernières semaines. C'est une période propice pour les lavandiers qu'on voit s'installer dans les cours d’eau saisonniers qui traversent la ville. Ce secteur informel menace même l'activité des pressings car désormais, certains lavandiers remettent à leurs clients des vêtements repassés et soigneusement emballés dans un plastique.
De notre correspondant de retour de Maroua,
Plonger les habits dans l’eau, les frotter contre la pierre, puis les étendre au soleil pour les repasser plus tard. A Maroua, Kaïdama répète ces gestes depuis dix ans. Ce matin encore, il s’est installé sur un bras du Mayo Kaliao, au lieu-dit Baoliwol, dans cette région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Devant lui, près d’une centaine de vêtements à laver. « Quand j’ai commencé, mes clients disaient autour d’eux que je lavais bien, que je repassais bien, explique-t-il. Parfois, je travaille ici jusqu’à 18 h, voire 20 h. Tout le monde me sollicite, même les femmes viennent me donner des habits à laver. »
Pour 200 francs CFA, environ 30 centimes d’euro, le vêtement est lavé et repassé. À quelques mètres, Jean, une vingtaine d’années, vient d’arriver. Il commence à 7 h du matin, repart quatre heures plus tard, puis revient dans l’après-midi et achève sa journée autour de 19 h. Il gagne entre 20 000 et 30 000 francs CFA par mois. Mais travailler dans les cours d’eau n’est pas sans danger. « Il peut arriver que dans le Mayo, les eaux nous surprennent pendant qu'on lave les habits, et on peut être emporté, témoigne-t-il. Et parfois, quand on sèche les habits et que la pluie tombe, le Mayo emporte aussi les vêtements. On nous demande alors de les remplacer et de les rembourser. » Jean a perdu récemment plus d’une cinquantaine de vêtements emportés par la rivière, confie-t-il.
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Une activité qui s'enracine Malgré les risques, ils sont nombreux à venir ici. Des hommes, mais aussi de jeunes femmes issues de familles modestes, à l’instar d’Aïcha, à peine âgée de 16 ans : « Je lave les habits ici, je lave à la bassine à 500 francs CFA, ou alors un vêtement à 100 francs CFA. »
Et pour certains habitants, le recours aux lavandiers est devenu une habitude, même pour ceux qui disposent de ressources financières confortables. Maurice est employé d’un organisme international. « J'ai mon blanchisseur particulier. Il vient même chercher les habits à la maison, se réjouit-il. Je n’ai jamais eu de problème de vol ou de perte. Mes habits sont bien repassés. Pour moi, c’est l’option la plus facile. »
Depuis, l’activité continue de s’enraciner. Les clients apprécient surtout la rapidité des lavandiers : les vêtements sont généralement lavés et rendus le jour même.
À écouter dans Un jour au villageAu Cameroun, quelle place pour les femmes dans le système pastoral
RDC: la seconde vie de «Kita Mata», tube de l'artiste congolais Josky Kiambukuta, repris par Fally Ipupa
2026/10/13
Quatre décennies après sa sortie, « Kita Mata », l'un des titres emblématiques de l'artiste congolais Josky Kiambukuta, connaît une seconde vie. Repris par Fally Ipupa dans son dernier album, le tube séduit aujourd'hui un public très jeune. Une nouvelle vie du titre « Kita Mata » qui fait aussi redécouvrir une partie de la rumba congolaise.
De notre correspondante à Lubumbashi,
Au quartier Golf Maisha, en banlieue de Lubumbashi en RDC, des jeunes dansent avec énergie sur le nouveau tube sorti en septembre. « C'est "Kita Mata", je connais. À la base, j'aime Fally. J'apprécie sa musique. Elle me fait du bien », reconnaît cette jeune fille. « Moi, je ne comprends pas les paroles, mais j'aime bien le rythme », abonde un camarade.
Ce « Kita Mata » est pourtant la reprise d'un titre déjà ancien. Frédéric Nawej, un mélomane âgé d'une soixantaine d'années, se rappelle du jour où ce morceau de Josky Kyambukuta a été joué pour la première fois à Lubumbashi : « À l'époque, quand cette chanson était sortie, mon beau-frère qui était discothécaire chez Shentemba avait reçu la chanson. Arrivé vers 23h, il coupe la musique et dit : "Nous allons accueillir maintenant la bonne chanson qui vient de sortir." Il a mis cette chanson et c'est tout le bar qui s'est mis à bouger. Je me souviens que nous avons dansé jusqu'au matin. Et lors des événements, lorsqu'on jouait cette chanson, je dansais très bien. »
Quarante ans plus tard, le jeune public découvre ce tube qui fait partie du dernier album de Fally Ipupa. Sur son téléphone, Daurelle Kisimba, âgée de 18 ans, le classe parmi ses favoris. « Avant le remix, je ne connaissais pas cette chanson. Pas du tout. Je crois que Fally a fait revivre cette chanson. Elle est maintenant connue des jeunes. Et on l'apprécie, on l'aime », confie-t-elle.
Pour François Xavier Mutoke, chroniqueur musical, certaines œuvres de la rumba congolaise peuvent résister au temps grâce aux reprises : « On peut prendre les rythmiques, les beats et chanter même si forcément, ce n'est pas le même rythme. Si on écoute aujourd'hui ''Kita Mata'' de Fally Ipupa, c'est que ça réjouit la jeune génération, cela permet de perpétuer notre culture. » Sur les 51 chansons de l'album XX : Delirium, le tube « Kita Mata » enregistre plus de 10 millions de vues sur YouTube.
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Gabon: l'énorme succès du poisson de Mayumba provoque une pénurie
2026/10/11
Située dans le sud du Gabon, la ville de Mayumba est devenue célèbre jusque dans la capitale. Un marché saisonnier du nom de cette ville côtière a même ouvert à Libreville. Le marché de Mayumba n'y est ouvert que le samedi. Outre la viande de brousse, le marché Mayumba de Libreville est connu pour son poisson frais, venu droit de la ville de Mayumba. Les Librevillois raffolent tellement de ce poisson que, dans la ville de Mayumba, il est désormais en pénurie.
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Tchad: depuis 15 ans, Tabitha Hawa accueille des enfants abandonnés dans l'orphelinat qu'elle a fondé
2026/10/10
Au Tchad, faute de structures étatiques adaptées, ce sont des personnes de bonne volonté qui, avec des moyens dérisoires, prennent en charge les orphelins. Leur engagement illustre une solidarité remarquable, mais révèle aussi l'absence criante de dispositifs publics de protection. Exemple à Ndjamena, où Mianodji Tabitha Hawa a transformé sa propre concession en orphelinat en 2011 : l'orphelinat Apsoa.
De notre correspondant à Ndjamena,
L'orphelinat Apsoa se trouve dans le 8e arrondissement, dans le quartier N'Djari. Ce matin-là, une vingtaine d'enfants jouent dans la cour. D'autres prennent leur bouillie, tandis que la plus jeune, âgée d'à peine un mois, pleure sans répit. « Je suis obligée de la prendre. Elle veut toujours qu'on la prenne en main », confie Mianodji Tabitha Hawa.
La fondatrice de cet orphelinat est une ancienne employée de banque dans les années 1980. Mariée alors qu'elle n'avait que 12 ans, maltraitée, elle explique comment ses blessures l'ont poussée à se consacrer aux enfants abandonnés : « C'est une vision que j'ai eue en 2004, et j'ai essayé d'en parler à d'autres personnes pour qu'ils puissent m'aider. Ils n'ont pas pu. J'ai banalisé cela et jusqu'en 2009, la même vision m'est revenue encore. Je suis allée voir les veuves puisque j'étais veuve aussi, les veufs également, les personnes de bonne volonté. Et c'est en 2011 qu'on a eu l'autorisation de fonctionner. »
Dans une concession de 500 m² environ, composée de cinq chambres et d'un salon modestement aménagé, vivent 50 enfants. Une vingtaine de lits, des nattes posées au sol, un téléviseur, mais l'orphelinat n'a ni école, ni centre de santé. « Nous nous débrouillons avec les moyens du bord, explique Tabitha Hawa. Notre chef de communication a essayé de faire les communications en ligne, et les gens de bonne volonté viennent pour nous donner les Bic, les cahiers, ainsi de suite. Quand ils (les enfants, NDLR) tombent malades, on fait d'abord appel à notre petite caisse de pharmacie qui est à la maison. Et au cas où c'est plus que notre force, on est obligé de passer par l'hôpital, et nous-même, nous dépensons notre argent pour les soins. »
Et pour les moments de distraction, Laouré Paulin est là. C'est un rappeur et un ancien juriste. Il est tout acquis à la cause : « Nous les aidons dans la musique et nous faisons également plusieurs jeux pour pouvoir ouvrir leur esprit. Ces activités permettent également de véhiculer certaines valeurs, par exemple le respect, l'amour, la dignité. »
L'orphelinat dispose d'un terrain pour y construire une école, mais faute de partenaires financiers, le projet reste en suspens depuis des années. « Dans toute œuvre humaine, les difficultés ne manquent pas, confie la fondatrice. Il faut que tu aies les finances pour pouvoir faire ce genre de travail. Les soucis, c'est le fait que les enfants, les tout petits, marchent d'ici pour aller à l'école. »
Depuis 2011, Apsoa a accueilli près de 2 000 orphelins, sans distinction d'ethnie, de religion ou de sexe.
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