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La marche du monde

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Rating
★★★★★
5
from
3 reviews
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/24
Average duration
51 min.
Release period
13 days

Description

Chaque semaine, La marche du monde vous propose de découvrir l’histoire de nos sociétés contemporaines. Sur les cinq continents, nous recherchons des témoignages, mais aussi des archives radiophoniques et musicales, pour revivre les évènements et les mouvements qui éclairent l’actualité. En Afrique, en Asie, en Amérique, en Europe et au Proche-Orient, rafraîchissons-nous la mémoire et partageons notre histoire ! *** Diffusions le samedi à 14h10 TU et le dimanche à 00h10 TU vers toutes cibles.

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Houphouët Boigny raconte le RDA-PDCI son parti
2026/10/24
« Je romps aujourd’hui avec le silence. Je vais vous apporter ma modeste contribution dans l’effort admirable que chercheurs et historiens ivoiriens accomplissent pour faire connaître l’histoire authentique du RDA, évitant ainsi les histoires ». C’est une archive exceptionnelle ! En octobre 1986, le président Houphouët Boigny sort du silence pour donner sa version de la création de sa formation politique le RDA PDCI. Du 20 au 25 octobre, le président ivoirien choisit de réunir tous les membres et amis de son parti à Yamoussoukro sa ville natale. À l’âge de 81 ans, le créateur du RDA, co-rédacteur de la Constitution de la Vème République et père des indépendances livre son témoignage pour l’histoire. Un discours décrypté par l’anthropologue et historien Jean-Pierre Dozon.   RDA 40 ans. Extraits des Actes du Colloque international de Yamoussoukro 18-25 octobre 1986. Éditions CEDA/Hatier. « Je romps aujourd’hui avec le silence. Je vais vous apporter ma modeste contribution dans l’effort admirable que chercheurs et historiens ivoiriens accomplissent pour faire connaître l’histoire authentique du RDA, évitant ainsi les histoires (rires et applaudissements). » « Je voudrais avec un petit recul en arrière pour faire comprendre pourquoi nous avons créé le RDA. En 1945, beaucoup de chercheurs n’étaient pas nés. En 1945, après la grande promesse qu’il avait faite à Brazzaville en 44, je nommais le général de Gaulle, ce grand homme qui a beaucoup fait pour notre pays et nous ne saluerons jamais assez la mémoire. Le général de Gaulle avait promis de conduire les peuples dont la France avait la charge jusqu’à la liberté de gérer démocratiquement leurs propres affaires. C’est la raison pour laquelle, pour la première fois dans l’histoire de la République française, nous, territoires colonies françaises de l’Afrique, avons été sollicités pour envoyer des représentants au Parlement français alors que seul avant 1947 était représenté le Sénégal. Ce que vous devez savoir, c’est que les candidats suscités par la colonisation, appuyés par la colonisation, ont tous été battus dans tous les territoires africains. On avait trié sur le volet la liste de ceux qui pouvaient voter : les chefs de canton, les fonctionnaires, les quelques employés de commerce, les anciens combattants. On a cru qu’on pouvait influencer ceux-là. Mais dans un sursaut de conscience, ils ont dit non et ils ont voté pour les véritables défenseurs de l’Afrique. Nous voici à Paris sur le bord de la Seine. Une poignée de jeunes gens venant défendre la liberté confisquée par la colonisation, notre dignité -vous avez oublié cela- piétinée par eux. Mais nous étions dans une assemblée de plus de 627 membres une infime minorité. Force-nous est de rechercher des alliances. Or, en 1945, et de Gaulle était encore au pouvoir, il y avait trois formations politiques, qui se partageaient les responsabilités du pouvoir à savoir le Parti socialiste, le MRP (Le Mouvement républicain populaire) et le Parti communiste. Notre doyen d’âge, notre cher doyen, Lamine Gueye, l’élu du Sénégal, nous avait proposé de nous apparenter tous à son parti la SFIO dont il était depuis longtemps membre, la Section française de l’internationale ouvrière devenue aujourd’hui le Parti socialiste. C’est moi le plus jeune, représentant la benjamine des colonies françaises de l’ex-AOF. J’avais demandé à la mienne de ne pas insister. Nous avons besoin de voix concertées et massives de ces trois formations au pouvoir. J’ai demandé à ce que nous nous répartissions entre ces trois formations pour que chaque fois que nous aurions à défendre les justes inspirations de nos peuples, ces voix nous apportent leur concours massif. Mes amis ont accepté, mais tous immédiatement se sont empressés, qui de s’inscrire au Parti socialiste, qui au MRP. Il me restait moi seul. Saisissez ce point de notre histoire. C’est moi qui ai demandé que nous nous inscrivions, nous nous associions aux trois formations politiques. Que faire ? Il n’y avait pas un seul inscrit au Parti communiste. Donc nous n’étions pas directement apparentés au groupe communiste, encore moins au Parti communiste ; mais uniquement au Parti progressiste d’Astier de la Vigerie. C’est eux qui nous ont amenés à l’apparentement avec le groupe parlementaire communiste. De 1945 à l’avant-veille du congrès historique de Bamako en octobre 1946, nous avons travaillé dans une union totale, l’union dans la diversité. Tous les élus, comme un seul homme, soutenaient les causes que les uns et les autres présentaient au nom de l’Afrique. C’est ainsi que quand j’ai présenté la loi abolissant le travail forcé et qu’on a voulu retarder ce vote en me proposant des décrets, vite révocables, mes amis comme un seul homme m’ont soutenu dans mon entêtement de faire voter une loi, et non pas un décret. Mais nous avons travaillé la main dans la main, confiants les uns dans les autres, et nous avons obtenu pendant la première Constituante des résultats inespérés. Nous avons si bien travaillé qu’à la première Constitution, au titre VIII [modification du statut des colonies. NDLR], nous avons obtenu l’augmentation de la représentation des Territoires d’outre-mer. Malheureusement, cette Constitution a été rejetée sur la demande du général de Gaulle ; non pas contre nous, mais à cause de la partie concernant la République française. Les colons se sont ressaisis. Ils ont été surpris par ce sursaut de conscience qui nous a fait déjouer tous leurs plans. Ils se sont réunis en États généraux de la colonisation à Douala avec à leur tête Jean Rose, le plus raciste des Français de Côte d’Ivoire. Et ils ont envoyé une délégation à la suite de leurs délibérations pour attirer l’attention des parlementaires français qu’ils ne doivent pas se laisser abuser par une minorité d’élus africains, des bourgeois qui veulent remplacer les Européens, les Français, dans l’exploitation et la surexploitation de leurs propres frères. Leurs arguments ont porté. Et nous avons vu avec beaucoup de tristesse Herriot descendre de son siège présidentiel pour prendre la parole et demander le rejet du texte le titre VIII qui nous avait donné tant d’espoir. Il a conclu son discours par ce mot que nous n’oublierons jamais : « La France ne veut pas devenir la colonie de ses colonies ». Ceci a été salué par un tonnerre d’applaudissements et le titre VIII a été rejeté. Alors, nous nous sommes réunis pour tirer la leçon de ce débat. Nous nous sommes dit : « Avec une apparence de raison, ils ont dénoncé le fait que nous étions élus seulement par une minorité d’Africains. » Or ce n’était pas nous qui avions établi le collège électoral. C’était les colons, qui voulant avoir un nombre restreint facile à influencer, ont trié sur le volet la liste des électeurs au niveau de nos Territoires d’outre-mer. Nous avons donc demandé à ce que nous soyons appuyés par un grand mouvement africain, un grand mouvement populaire, qui pourrait soutenir notre action au Parlement français, prolonger l’action que nous-mêmes nous venions de mener dans la diversité, nous étions les uns avec les communistes- Fily Dabo Sissoko et moi- les autres avec la SFIO, d’autres avec le MRP, d’autres avec le Parti radical socialiste. Donc nous avions un mouvement populaire en Afrique, indépendant de toute formation politique métropolitaine sur l’union de ceux-là et dont les élus seront autorisés pour plus d’efficacité dans leurs actions à s’inscrire dans telle ou telle formation politique française. Voilà les raisons qui ont motivé la création du RDA, le Rassemblement démocratique africain. Mais nous avions compté sans les impénitents de la division, les éternels diviseurs. (…) On aura perdu dix ans dans la division. On ne se battait plus contre le colonialisme. On se battait contre les RDA (le Rassemblement démocratique africain), partout ! (…) Gaston Deferre était à l’Outre-mer, moi j’étais à la présidence du Conseil, chargé des problèmes des étudiants. Mahtar M’Bow [Directeur général de l'Unesco. NDLR] vous l’a rappelé l’autre jour et à d’autres témoins, des témoins chargés aussi de travailler avec Defferre. Defferre connaissait ses amis. Il devait vaincre leurs réticences. Je connaissais mes frères africains qui ont trop souffert et qui étaient pressés d’en finir. Ils voulaient qu’on avance plus vite. Mais il fallait avoir les voix nécessaires pour faire voter le texte. Les socialistes et les communistes étaient d’accord pour nous soutenir. Les autres formations étaient quelque peu réticentes. » Le Colloque international de Yamoussoukro s’est déroulé du 18 au 25 octobre 1986, pour les 40 ans du RDA.
Ubérisation du travail, la fin de l’histoire du salariat?
2026/10/17
Alors que plusieurs associations professionnelles ont choisi d'attaquer en justice les plateformes Deliveroo et Uber pour « traite des êtres humains », La marche du monde revient sur les dimensions historiques, sociologiques et juridiques de l’ubérisation du travail. Est-ce seulement un phénomène technologique ou bien est-ce un phénomène plus structurel, symbole de la mutation du capitalisme contemporain ? En moins de dix ans, l’explosion des plateformes numériques a profondément bouleversé le monde du travail et généré une nouvelle catégorie de travailleurs : le livreur à vélo. Son profil est masculin, souvent immigré, souvent sans-papiers. En moins de dix ans, ce qui se profilait comme l’eldorado de la libération de l’emploi, en promettant à chacun la prospérité individualisée, s’est transformé en une entreprise de paupérisation massive des livreurs, générée par des algorithmes favorisant une concurrence dont les conséquences sur la santé des travailleurs à vélo sont avérées. Avec Maître Laforcade, porteur de la plainte pour « traite des êtres humains » pour quatre associations de livreurs : L’association Maison des livreurs, 14 rue Louis Fort – 33800 Bordeaux L’association CoopCycle association, 55 rue d’Orsel – 75018 Paris L’association Amal (Association de mobilisation et d’accompagnement des livreurs) 14-18 rue du Fort Louis – 33800 Bordeaux L’association CIEL (Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs), situé 55 rue d’Orsel – 75018 Paris Et le sociologue Stéphane Le Lay, auteur du livre Plateformes. La colonisation du travail et de la démocratie, co-signé avec Fabien Lemozy aux éditions de l’Atelier. ► Le reportage de David Allias sur le livreur à vélo Bilal Diakhaté.  Infos coursiers : La maison des coursiers de Paris La maison des livreurs de Bordeaux À écouter : Youssoupha – « Le monde est à vendre », un titre issu de son premier album
De quoi l’histoire est-elle faite sinon du monde?
2026/10/10
C’est la question posée par le chercheur en histoire contemporaine Pierre Singaravelou, praticien d’une histoire globale où les points de vue des vainqueurs sont confrontés aux points de vue des vaincus. Une émission enregistrée en public aux 29èmes RDVS de l’histoire de Blois, où l’historien Hervé Joly pose une toute autre question : les marchés et les marchands aiment-ils la guerre ?     Première partie avec Hervé Joly, directeur de recherche au CNRS, enseignant à l'ENS de Lyon et spécialiste de l'histoire du patronat et des entreprises en France au 19ème et 20ème. Comment les grands patrons voient-ils la nomination d’Hitler comme Chancelier en Janvier 1933 ? Quelles sont les promesses faites par les nazis au patronat ? Et que savons-nous de la responsabilité de l’entreprise qui a fabriqué le Zyklon-B utilisé dans les chambres à gaz pour exterminer les juifs d’Europe à l’échelle industrielle ?   Seconde partie avec Pierre Singaravélou, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre senior de l’institut universitaire de France. Pierre Singaravélou nous raconte sa propre fabrique de l’histoire, une histoire globale dont il nous partage la part la plus intime, à savoir son itinéraire personnel. Né à Gradignan, près de Bordeaux, d’une mère française et d’un père indien, il évoque son royaume d’enfance, marqué par ses lectures de la collection « La vie privée des hommes » initiée par l’historien Pierre Miquel et son premier voyage en Inde, dans la ville de Pondichéry, ancienne colonie française.     À lire Se déplacer malgré tout ». Transports et mobilités dans la France occupée (1940-1944). Par Hervé Joly, aux éditions Droz  De quoi l’histoire est-elle faîte sinon du monde ? Par Pierre Singaravélou, aux éditions Verdier.   À écouter - Face à la colonisation avec Denis Cogneau et Pierre Singaravélou - Hitler et les nazis : comment la haine est arrivée au pouvoir ?
Adieu ma Russie de Nicolas Werth, une histoire intime de père en fils
2026/10/03
L’historien Nicolas Werth nous livre un récit bouleversant où il cherche à comprendre pourquoi son père s’est suicidé après l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Union soviétique, en 1968, alors que lui-même a attenté à ses jours après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Un récit d’histoire et de filiation où se conjugue sur plus d’un siècle, ce qui unit un fils à son père : une connaissance intime de la Russie et de l’URSS. Si la Russie du père est héroïque et fière de sa « Grande guerre patriotique », la Russie du fils, ou plutôt l’Union soviétique, est avant tout celle d’un régime criminel responsable de décennies de terreur et de répressions, celle d’un « État contre son peuple ».  Adieu ma Russie est un livre à la fois très érudit puisque Nicolas Werth dresse un bilan intellectuel de ses publications et de ses recherches- sachant qu’il est l’un des tout premiers à avoir eu accès aux archives soviétiques après l’effondrement de l’URSS en 1991- et c’est aussi un livre extrêmement humain, puisque l’historien partage son expérience personnelle marquée à la fois par ses multiples séjours en Russie, plus passionnants et étonnants les uns que les autres, mais aussi par la quête d’un père qui ne l’a pas élevé et qu’il a, au fond, très peu connu. En retrouvant le sens de l’histoire, Nicolas Werth redonne du sens à sa propre vie. À lire par Nicolas Werth : - Adieu ma Russie : Mémoires orphelines, Paris, Les Belles Lettres, 2026 - Un État contre son peuple : de Lénine à Poutine, Les Belles Lettres, coll. « Le Goût de l'Histoire » (no 40), 2025 - Poutine historien en chef, Paris, Gallimard, coll. « Tracts », 9 juin 2022 - Les Grandes Famines soviétiques, PUF, 2020, coll. « Que sais-je ? » - La Route de la Kolyma, Paris, Belin, 2012.   À écouter dans La Marche du Monde : - Poutine entre les lignes de son discours d'entrée en guerre contre l'Ukraine - Les révolutions russes - Découvrez le site de Mémorial France.
Arabie saoudite, une autre histoire du pétrole
2026/09/26
Alors que les Saoudiens découvrent leur premier musée consacré à l’histoire de l’or noir, nous nous demandons comment l’industrie du pétrole a façonné la monarchie et comment la monarchie a transformé le quotidien des femmes et des hommes de son royaume. Une autre histoire du pétrole racontée par nos deux invités, l’historien Philippe Pétriat, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Arabie saoudite, et Christian Janicot, directeur artistique de l’exposition permanente du Black Gold Museum à Ryad, pour l’agence française La Méduse. Inauguré au printemps 2026 à Ryad, le Black Gold Museum propose une exposition permanente et immersive sur quatre étages, un parcours muséographique pour découvrir une histoire du pétrole articulée en quatre temps : sa préhistoire, son ère industrielle, ses années de crise et son avenir. Un musée où les artistes ont toute leur place aux côtés des scientifiques puisque 350 œuvres inspirées par la question du pétrole viennent interroger à leur façon les rencontres, les rêves, les doutes et les visions générés par cette histoire universelle. À lire : Les livres de Philippe Pétriat  Histoire de l’Arabie saoudite, aux éditions Flammarion (parution octobre 2026) Moyen-Orient, un siècle de révolutions aux éditions Les Aurores Aux pays de l’or noir, aux éditions Folio. L’article du magazine spécialisé ARTnews en anglais avec de nombreuses photographies des salles du Musée Les sites saoudiens : Le Black Gold Museum sur Instagram Le Black Gold Museum sur le site Visit Saudi À écouter : La série consacrée par Orient Hebdo sur le pétrole, en quatre épisodes Épisode 1 : La prise de conscience  Épisode 2 : Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale Épisode 3 : Quelle politique arabe entre 1950 et 1960 Épisode 4 : Le pétrole arabe aux Arabes
Restitution des biens africains pillés pendant la colonisation, les archives en question
2026/09/19
« Restituer au pays qu'il a produit telle œuvre d'art ou tel document, c'est permettre à un peuple de recouvrer une partie de sa mémoire et de son identité », affirme en 1978, Amadou-Mahtar M’Bow, premier directeur africain de l’Unesco. En lançant son appel historique pour les restitutions, l’ancien ministre sénégalais invite les nations à « faire la preuve que dans le respect mutuel entre nations, se poursuit toujours le long dialogue des civilisations qui définit l'histoire du monde. » Il aura fallu presque 50 ans pour que cet appel historique d’Amadou Mahtar M’Bow soit entendu par la France et qu’une loi-cadre soit votée au printemps 2026, loi relative à la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite. Cette loi permet de sortir enfin du principe d'inaliénabilité des œuvres d'art publiques, car en tant que propriétés de l’État français, les œuvres volées pendant la colonisation ne pouvaient être données ou rendues. C’est maintenant possible et ces restituions concernent des milliers d’objets d’art présents dans les Musées français, à condition bien sûr qu’elles soient réclamées par les États anciennement colonisés concernés. Mais il reste néanmoins un grand trou noir, c’est la question des archives. Nous en débattons avec nos deux invités réunis à Paris par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, pour participer au cycle Restitutions, une autre histoire du monde. Après la question des Musées et des Lois, c’est la question des Archives que l’historien Mamadou Diouf et l’archiviste Sarah Frioux-Salgas sont venus discuter devant un public toujours plus nombreux. Il s’agit d’évoquer sur RFI les enjeux de mémoire, de justice et de circulation des patrimoines et de se demander : comment écrire l’histoire sans archive ?   À lire L’Afrique dans le temps du monde, de Mamadou Diouf, aux éditions Rot.Bo.Krik. À voir  L’exposition « Héritages et contributions de l’Afrique et de ses diasporas à la marche de l’Humanité » Découvrez en vidéo les deux premières éditions du cycle #Restitutions. Une autre définition du monde proposé par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme #Restitutions. Les Musées en question avec Souleymane Bachir Diagne et Marie-Cécile Zinsou #Restitutions. Légiférer pour réparer avec Rima Abdul Malak et Vincent Négri. Pour bien comprendre pourquoi les archives sont exclues de la loi, j’ai demandé à Vincent Négri, juriste du patrimoine et co-auteur du rapport rédigé par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain à la demande du président Macron en 2018, de nous expliquer.   RFI : Vincent Négri, que dit la loi ? Vincent Négri : La loi du 9 mai 2026 concerne la restitution des collections qui ont fait l'objet d'une appropriation illicite. Ce qui veut dire que la loi commence par définir quelles sont les collections concernées par référence à un article. À l'exception des premièrement et deuxièmement, concerne à la fois, dans un premier temps, les collections des bibliothèques issues du dépôt légal. Donc, ça, ça ne pose pas de difficultés, Mais l'autre item, ce sont les archives publiques. Ce qui veut dire que, quand la loi dit À l'exception de ces deux items, eh bien, c'est à l'exception notamment des archives publiques qui ne sont pas dans le champ de la loi. Et quand on lit la loi, on comprend bien que la loi est focalisée sur les collections de musées, donc sur les collections publiques. Mais muséales. RFI : Cela veut dire que les archives sont donc exclues de cette loi, cadre sur les restitutions de biens et d'œuvres spoliées pendant la colonisation. Ça concerne les archives publiques, mais également les archives privées. V.N. : Non pas les archives privées, puisque les archives privées, comme le qualificatif l'indique, sont en mains privées. Et donc, de toute façon, les processus de restitution qui sont engagés d'un point de vue politique et juridique depuis quelques années ne concernent que des biens publics et non pas les biens privés. RFI : Cela veut dire que, par exemple, si j'ai en ma possession une archive de Tombouctou et que je veux la restituer à une bibliothèque au Mali, je peux tout à fait le faire. V.N. : Vous pouvez le faire. Il n'y a pas de difficulté parce que par définition, cette archive n'est pas publique puisque pour une archive publique, il y a un critère qui est lié à la propriété. Donc soit l'État, soit une autre collectivité publique, Et il y a cette idée d'affectation à un service public. Et la culture est une mission de service public. RFI : Vincent Negri, vous voulez alerter sur le fait que les objets d'art et les archives ne sont pas que dans les musées, ils sont aussi sur un marché. Ça s'appelle le marché de l'art.. En ce qui concerne ce marché de l'art, qu'est-ce qui vous frappe? V.N. : Ce qui me frappe, c'est que depuis le rapport Savoy, depuis les discours d'Emmanuel Macron en 2017, s'est enclenchée une dynamique, on va dire, d'éthique et de bon et qui se traduit dans le droit par des règles. Et donc dorénavant, les musées s'abstiennent d'acquérir des collections dont la provenance est compliquée et irrégulière éventuellement. De ce point de vue là, et que sur le marché de l'art, il y a encore des acquisitions, des ventes qui sont faites,  par exemple, des bronzes de Benin City. Et donc il n'y a pas très longtemps, puisqu'en juin 2025, a eu lieu à Drouot une vente où une plaque en bronze provenant du pillage de Benin City en 1897, est passée en vente et a été adjugée. Bon, et quand on lit sur le site de la maison de vente le cartel, enfin la ligne provenance, à aucun moment il n'est fait référence à la violence coloniale qui est à l'origine de la circulation de l'œuvre. Et ça, ça me pose vraiment problème. Alors que cette violence coloniale, elle est dorénavant  prise en compte dans les acquisitions par les musées.   L’exposition « Héritages et contributions de l’Afrique et de ses diasporas à la marche de l’Humanité » présentée par l’historien Amzat Boukari-Yabara. RFI : Amzat Boukari-Yabara, quels sont les lieux et périodes emblématiques de cette histoire générale de l’Afrique que vous aimeriez citer ?   A.B-Y : Nous avons souhaité présenter effectivement quelques aspects civilisationnels qui ont été des moments de cristallisation. Donc la civilisation pharaonique pour tout ce qu'elle a pu condenser en termes de savoirs sur la médecine, sur l'architecture, sur les sciences, sur la philosophie, sur beaucoup de choses qui ont été rendues possibles, notamment par l'usage du papyrus et la question décisive de l'écriture et de la transmission des savoirs. Le lien avec Tombouctou, donc là encore la question de la culture de l'écrit, de l'oralité et de la transmission des savoirs. Nous avons également un point sur la création d'une communauté de culture swahili, dans l'espace de l'océan Indien, un espace extrêmement métissé, un espace de contacts et d'interactions qui est souvent oublié quand on a une lecture de l'Afrique centrée sur l'espace transatlantique et évidemment aussi la contribution des diasporas. Donc, nous avons un point sur la révolution haïtienne qui est quand même, du point de vue de la philosophie politique et même de la géopolitique plus globalement, est un moment décisif de rupture dans l'histoire de l'humanité. Et sur les deux dernières parties de l'exposition, nous nous consacrons à la marche vers l'indépendance des pays africains, qui a aussi changé effectivement le rapport de force international et qui a introduit sur le devant de la scène, au niveau notamment des institutions internationales et multilatérales. De nouvelles problématiques et de nouvelles aspirations que nous évoquons dans la sixième partie autour de l'Afrique que nous voulons. Rappelons justement l'importance de démocratiser la science. L'importance également de produire une culture de paix, donc de se baser sur les savoirs endogènes, les traditions, les modalités de résolution des conflits que les sociétés africaines ont pu apporter dans leur marche, qui a souvent été entravée par un certain nombre de difficultés, mais qui n'a jamais été interrompu. Donc, la question de la continuité historique nous paraît également important. Et enfin, dans les derniers éléments, nous présentons quelques outils de l'utilisation pédagogique de l'histoire générale de l'Afrique, puisqu'effectivement il y a eu tout un premier volet de projets de coopération scientifique internationale sur la rédaction des huit premiers volumes, donc projet lancé en 64, achevé en 99 avec les huit premiers volumes, principalement publiés entre 80 et 99 et en 2009, une relance du projet autour d'un neuvième volume qui deviendra finalement trois volumes. RFI : Comment rendre accessible l’histoire générale de l’Afrique ? A.B-Y : Sur la partie de l'utilisation pédagogique, j'ai eu l'occasion d'y travailler modestement, notamment avec le professeur Elikia M'Bokolo et. Et aujourd'hui, on a d'autres outils qui ont été développés comme un jeu vidéo, des capsules vidéos. C'est-à-dire qu'il s'agit aussi de se mettre à la hauteur des nouvelles générations qui ont une autre conception de l'histoire, qui ont souvent une vision un peu poussiéreuse justement des archives, donc il faut aussi arriver à penser la question des supports technologiques dans ce contexte-là, tout en gardant évidemment la rigueur scientifique et méthodologique. RFI : Quelle place pour l'archive dans cette histoire générale de l'Afrique et pouvez-vous nous donner un exemple d'une archive que vous aimez, qui vous intéresse, que vous avez envie de partager avec nos auditeurs ? A.B-Y : Alors, ce n'est pas une ar
L’odyssée photographique d’Alain Keler, quand l’histoire du monde rencontre la mémoire familiale
2026/09/12
Honoré par une rétrospective aux Rencontres de la photographie d’Arles 2026, Alain Keler a su documenter les grands conflits du XXè siècle en créant des images d’actualité à hauteur d’hommes, de femmes et d’enfants. À l’heure du bilan en noir et blanc, son œuvre photographique révèle combien son histoire personnelle est connectée à l’histoire du monde. Un reportage de Maxime Grember. Le goût du voyage et les débuts d’un photoreporter  Depuis plus de cinquante ans, Alain Keler regarde le monde à travers son objectif. Un monde qu’il a d’abord parcouru en photoreporter, au rythme de l’actualité et de ses bouleversements, avant de prendre le temps de s’arrêter, de revenir sur ses pas et, peu à peu, de tourner son regard vers sa propre histoire.   Après ses années de lycée à Honfleur, en Normandie, Alain Keler apprend la technique photographique et travaille dans un laboratoire à la fin des années 1960. Avec ses premières économies, il achète deux appareils photo et un billet de train pour Istanbul. Ce premier départ marque le début d’une vie de voyages.   Quelques années plus tard viennent New York, puis l’Amérique latine, où il est rémunéré pour la première fois comme photographe en 1974. De retour à Paris, Alain Keler entre en 1975 à l’agence de presse Sygma.   Commence alors une quinzaine d’années de photojournalisme au cœur des grands bouleversements de son époque : la révolution iranienne en 1979, les grèves des chantiers navals de Gdansk en Pologne en 1980, la guerre du Liban en 1982, la famine en Éthiopie en 1985 ou encore les manifestations de la place Tiananmen à Pékin en 1989.   Ses photographies font le tour du monde et sont publiées dans les grands magazines internationaux.  Après la chute du Mur, prendre le temps de regarder  À force de courir d’une actualité à l’autre, Alain Keler ressent une frustration grandissante : celle de devoir repartir trop vite, sans pouvoir rester suffisamment longtemps auprès de ceux qu’il photographie. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, marque un tournant. Derrière le rideau de fer, tout un monde vacille. Keler décide alors de prendre le temps. À partir des années 1990, il parcourt les pays de l’ancien bloc communiste à la rencontre des minorités ethniques et religieuses. De ce travail au long cours naît Vents d’Est, récompensé par le prix W. Eugene Smith, l’une des distinctions majeures de la photographie documentaire. Entre 2004 et 2005, une bourse de la fondation 3P, créée par Yann Arthus-Bertrand, lui permet de se rendre à plusieurs reprises en Israël et dans les Territoires Palestiniens. En photographiant ce territoire et ceux qui l’habitent, Alain Keler se rapproche, presque malgré lui, de sa propre histoire. Quand l’Histoire rencontre la mémoire familiale  Du fracas de l’Histoire à la mémoire familiale, son regard change de distance. Après avoir photographié les guerres, les révolutions et les peuples menacés, Keler se tourne vers ses parents, ses origines et les traces laissées par l’histoire du XXè siècle dans sa propre famille.   Membre de l’agence MYOP depuis 2008, il poursuit cette exploration de l’intime, notamment à travers la photographie et le documentaire. Une quête de mémoire qui devient aussi une histoire de transmission avec son fils Léo Keler, lui-même photographe.   En 2024, père et fils reprennent ensemble la route en Allemagne, sur les traces du grand-père d’Alain, déporté à Buchenwald, et de l’itinéraire qu’il a parcouru lors des marches de la mort d’avril 1945. Transmettre, raconter ce que l’image ne dit pas  Cette transmission passe aussi par les archives. Aujourd’hui encore, Alain Keler retourne à ses planches-contacts, exhume des photographies parfois oubliées et en raconte l'hors-champ : une rencontre, un voyage, les circonstances d’un déclenchement, tout ce que l’image, seule, ne dit pas.   Un travail au long cours qu’il poursuit notamment sur son blog Journal d’un photographe et qui trouve en 2026 un nouvel écho à travers deux monographies et plusieurs expositions.  L’odyssée photographique d’Alain Keler, quand l’histoire du monde rencontre la mémoire familiale, c’est un nouvel épisode documentaire de La marche du monde, signé Maxime Grember, produit par Valérie Nivelon et mis en ondes par Aurèle Charlieux.   Remerciements : Alain Keler, Léo Keler, Thierry Grillet, Olivier Monge, Antoine Kimmerlin, le Planches Contact Festival de Deauville, l’Abbaye du Château de Vincennes, le laboratoire Dupont à Paris et les Rencontres de la photographie d’Arles.   Photos :   Portrait d'Alain Keler © Olivier Monge/MYOP  Des Éthiopiens quittent le camp de Gondo à Korem, Éthiopie, 1985 © Alain Keler/MYOP  Un pays entouré de murs, 2004 © Alain Keler/MYOP  Israël, 2004 © Alain Keler/MYOP  Polaroid de la mère d’Alain Keler en 2007 © Alain Keler/MYOP Défilé irlandais à New-York © Alain Keler/MYOP.  Expositions :  Alain Keler : Rétrospective, aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026 Alain Keler - Histoires de vie, à la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, 2026 Musiques :   Army Dreamers de Kate Bush  Vesoul de Jacques Brel  Medley We are the World, du collectif USA for Africa, Chanteurs sans frontières – Éthiopie et Tam-tam pour l'Éthiopie Another Brick in the Wall des Pink Floyd  Tombe la neige de Salvatore Adamo.  Documentaire :   Le dernier voyage, Alain Keler (2014).  Livres :  Alain Keler, aux éditions Delpire, 2026  Journal d’un photographe, aux éditions de Juillet, 2018  America, Americas, aux éditions de Juillet, 2021  Vents d’Est, aux éditions Marval, 2000  La Traversée, aux éditions de Juillet, 2027 (à paraître). Blog d’Alain Keler :  Journal d’un photographe.  Autres émissions :   Dans l’œil de Solidarnosc, La marche du monde, RFI, 2022  Visa pour l'image: rencontres avec Alain Keler et Frédéric Noy, L’Atelier des médias, RFI, 2019.
«À travail égal, salaire égal», le combat avant-gardiste des grévistes sénégalais de 1946
2026/07/18
La marche du monde en reportage dans les rues de Dakar en compagnie de l’historien Omar Gueye, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, afin de vous raconter une histoire inédite. Il s’agit de la première grande grève générale du Sénégal, celle de 1946, dont la revendication est une véritable révolution. Son slogan ? « À travail égal, salaire égal ! », repris jusque dans les marchés par les vendeuses d’arachides. Une grève qui a abouti et permis aux travailleurs africains de l’AOF de bénéficier des mêmes droits que les travailleurs français. Bien moins connue que celle des cheminots de 1947, cette grève de 46 est pourtant l’Acte 1 du processus qui va mener aux indépendances bien que nous ne connaissions pas la voix de son leader : Lamine Diallo. C’est pourquoi nous avons enquêté au Sénégal, jusqu’à la RTS, la radio-télévision sénégalaise, dans l’espoir de retrouver ce trésor d’archive.   À lire : - La grève générale de 1946 au Sénégal, aux sources du syndicalisme militant par Omar Gueye, aux éditions Présence Africaine À écouter : - « Il était une fois au Sénégal », la chronique historique de la RTS par Cheikh Diop, diffusion les lundis sur la matinale SALAM Sénégal de la RTS. - Découvrez la chronique via FB - Écoutez radio Sénégal Internationale.   Tous nos remerciements à toute l’équipe de la radio RTS, son directeur François Xavier Thiaw, son directeur des programmes Cheikh Diop et ses merveilleux archivistes Joanna Manga, Oumar Sarr et Aïssatou Gaye.
Women for justice ! Une histoire pionnière des militantes panafricaines pour les droits
2026/07/04
Women for justice où le combat des femmes pour la justice et l’égalité en Afrique du Sud, au Ghana, ou encore au Nigeria. Une émission enregistrée en public au Campus Condorcet de Paris-Aubervilliers où nous avons installé notre studio RFI au cœur des 9è édition des Rencontres des Études africaines en France. Un nouvel épisode de La marche du monde consacré à ces femmes militantes comme le chante Fela Kuti dans « Unknown soldier » lorsqu’il raconte l’histoire de sa mère Funmilayo Ransome-Kuti, une femme politique nigériane et une militante des droits des femmes engagée pour l’indépendance de son pays, le droit de vote ou encore l’émancipation économique des femmes. Funmilayo Ransome-Kuti est décédée en 1978 suite aux blessures mortelles infligées par les militaires nigérians lors de l'attaque de Kalakuta République, le laboratoire musical, utopique et politique de son fils Fela Kuti.   Nous évoquons également les destins remarquables de Charlotte Maxeke, fondatrice de la ligue féminine de l’ANC, le parti de Nelson Mandela, redécouverte et célébrée annuellement, notamment au Parlement sud-africain. Surnommée, « The first » elle est la première femme africaine à obtenir un diplôme universitaire, un bachelor en sciences, qu’elle obtient lors d’un séjour aux États-Unis. Ce diplôme, ainsi que son expérience américaine, à la fois comme étudiante à Wilberforce et comme membre de l’Église méthodiste, lui apportent une expérience précieuse dans le domaine de l’éducation. Charlotte Maxeke ne prône pas la violence, elle s’appuie clairement sur sa foi pour mettre en lumière des injustices qui doivent être corrigées. Enfin nous découvrons le parcours exceptionnel d’Annie Jiagge, dont le père était Pasteur dans le petit village de Keta à la frontière du Togo, à l’époque de la colonisation allemande. Une femme élevée dans les valeurs du protestantisme, institutrice engagée pour l’éducation des filles, devenue la première femme Juge en son pays… première femme juge à être nommée par le futur président Kwame N’Krumah à la Cour suprême. Pour Annie Jiagge, comme pour toutes ces femmes leaders, la question de l’éducation des filles est une revendication centrale.   À partir de ces figures pionnières, nous évoquons les mouvements collectifs de ces militantes anglophones et francophones, chrétiennes et musulmanes, depuis le début du XXème siècle. Des femmes qui sont sorties de leur pays, ont voyagé, ont participé à des conférences internationales à l’Ouest comme à l’Est, en pleine guerre froide. Quelles traces ont-elles laissées et comment écrire leur histoire ? Regardez la vidéo du discours d’Annie Jiagge à la tribune de l’ONU, le 15 juillet 1980. Avec nos invitées : - Pascale Barthélémy, directrice d’études à l’EHESS, l’École des hautes études en sciences sociales, et vice-présidente chargée des Relations Internationales - Claire Nicolas, historienne de l’Afrique et de l’histoire globale à l’Université de Bâle en Suisse - Phoebe Musando de l’Université de Georgetown à Doha au Qatar - Sara Panata, chargée de recherche au CNRS, historienne de l’Afrique au laboratoire Les Afriques dans le monde à Bordeaux. À paraître Sans nous, pas de nation ni de génération, de Sara Panata.   ►Pour aller plus loin - Le site des REAF 2026 - Écouter les épisodes du podcast Africaines Queens - Ainsi que l’édition spéciale de RFI.
20 ans du Quai Branly, un dialogue des cultures réinventé par la présidence d’Emmanuel Kasarhérou
2026/06/27
Retour sur la genèse d’un musée des arts premiers rêvé par un tandem improbable : Jacques Chirac, président de la République anti-élite et Jacques Kerchache, marchand d’art africain. 20 ans plus tard, Emmanuel Kasarhérou revendique un dialogue des cultures renouvelé, après avoir procédé aux premières restitutions d’objets pillés par la colonisation aux États africains demandeurs. Nous sommes en 2006, très exactement le 20 juin, lors de l’inauguration du Musée du Quai Branly consacré aux Arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Le président Jacques Chirac prend longuement la parole pour rendre un hommage vibrant à la culture des peuples premiers « aucun peuple ni civilisation n’épuise le génie humain ». Dans la lignée de ses prédécesseurs à l’Élysée, le président français imprime sa marque dans l’espace public parisien. Après Charles de Gaulle et la Maison de la Radio, Georges Pompidou et le Centre Beaubourg, Valéry Giscard-d’Estaing et le musée d’Orsay, François Mitterrand et la pyramide du Louvre, Jacques Chirac a choisi : ce sera le Musée du Quai Branly dont la mission originelle est de conserver, restaurer, enrichir et valoriser une collection exceptionnelle de 360 000 œuvres et 710 00 photographies. Ce 20 juin 2006, l’inauguration se déroule en présence de la prix Nobel de la paix guatémaltèque Rigoberta Menchu et du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan qui se félicite d’« une institution extraordinaire et unique » dont l'architecture est signée Jean Nouvel. Juché sur pilotis, arrimé aux bords de Seine, le Musée s’élève sur 5 niveaux et pour le visiter, il faut traverser un jardin vallonné conçu par Gilles Clément. À l’intérieur, le plateau des collections issues des quatre continents : Afrique, Asie, Océanie et Amériques est ouvert sur 10 000 m2. Le grand projet du président Jacques Chirac se réalise enfin car « aucun peuple ni civilisation n’épuise le génie humain » … autrement dit pas de discrimination dans l’art. Mais c’est aussi le mantra d’un autre Jacques, le collectionneur Jacques Kerchache, grand spécialiste de l’Afrique et grand absent de l’inauguration… emporté quelques années plus tôt par un cancer de la gorge. La vidéo Pour fêter ses 20 ans, le Quai Branly Jacques Chirac s’est transformé en une immense scène musicale le week-end du 20 juin 2026, après avoir longuement réfléchi au sens de sa destinée lors d’un colloque consacré aux dialogues des cultures… du mot d’ordre à la pratique. Et pour revenir sur sa genèse et la controverse de sa jeune histoire, je reçois son président Emmanuel Kasarhérou nommé par Emmanuel Macron en 2023. Historien et archéologue de formation, ancien conservateur du Musée de la Nouvelle-Calédonie, Jean-Marie Kasarhérou devenait directeur général de l’Agence de développement de la Culture Kanak en 2006, l’année de l’inauguration du Quai Branly… Comment a-t-il vécu cet avènement du Musée depuis la Nouvelle-Calédonie où il est né et grandi, en tant que fils, petit-fils et arrière petit-fils de sa grande maison Kanak ? ⇒ Le Musée du Quai Branly.    ► Pour aller plus loin À écouter les émissions La Marche du monde sur RFI :  - Mission Dakar-Djibouti, une contre-enquête avec les Africains - Paul Robeson, 1ère star noire américaine.
Marc Bloch au Panthéon, historien combattant du temps présent
2026/06/20
À l’heure des fake news, il faut lire Marc Bloch et ses Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la Grande guerre ou encore L’Étrange défaite, témoignage écrit dans l'été 40 où s’exerce son art de la critique historique en partant du temps présent pour mieux appréhender le passé, avec humanité. Pionnier de l’Histoire moderne, témoin de son propre temps, Marc Bloch est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale, engagé volontaire en 1940 à l’âge de 53 ans. L’historien combattant entre dans la résistance active dès 1943 au sein du mouvement Franc-Tireur dans la région Rhône-Alpes. Finalement arrêté et torturé par la Gestapo sur dénonciation, Marc Bloch est fusillé à Saint-Didier-de-Formans, le 16 juin 1944, par les nazis. Père et mari aimant, époux de Simonne, Marc Bloch a choisi de sacrifier sa vie pour la Patrie, celle que sa famille juive alsacienne a choisie en 1870 : la France. Pour son entrée au Panthéon avec son épouse Simonne Vidal, nous écoutons les mots de Marc Bloch dans la voix de la comédienne Anne Alvaro - enregistrée aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2025- avec nos invités Matis Bloch, son arrière-petit-fils et l’historienne Annette Becker, ainsi que les lauréats du Concours lycéen Franco-Allemand Marc Bloch organisé par le Centre Marc Bloch de Berlin dans un reportage de Pascal Thibault, notre correspondant en Allemagne. Avec tous nos remerciements aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois pour la performance Marc Bloch l’Homme, l’Historien et tout particulièrement à la comédienne Anne Alvaro.   ► Les livres de Marc Bloch cités dans l’émission : Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, aux éditions Dunod « Les fausses nouvelles, dans toute la multiplicité de leurs formes – simples racontars, impostures, légendes – ont rempli la vie de l’humanité. Comment naissent-elles ? De quels éléments tirent-elles leur substance ? Comment se propagent-elles, gagnant en ampleur à mesure qu’elles passent de bouche en bouche ou d’écrit en écrit ? Nulle question plus que celles-là ne mérite de passionner quiconque aime à réfléchir sur l’histoire. » Marc Bloch a été un combattant de la Grande Guerre. Mais, au milieu des combats, il n'a jamais oublié de s'interroger sur la source des informations qui parcouraient les tranchées : d'où venaient-elles et pourquoi de fausses nouvelles avaient-elles tant de succès ? En 1921, il interpelle ses contemporains avec un article court et éclairant dont la réflexion est toujours d’actualité. Les rois thaumaturges, aux éditions Gallimard De 1944, date de sa mort héroïque, au début des années 1970, Marc Bloch est surtout apparu comme le cofondateur (avec Lucien Febvre) de la revue Annales, qui renouvela la méthode historique, et l'auteur d'une grande synthèse, La Société féodale (1939-1940). Depuis une dizaine d'années, les historiens et les chercheurs en Sciences humaines et sociales pensent de plus en plus que le grand livre de Marc Bloch, c'est son premier vrai livre : Les rois thaumaturges (1924). Il est consacré à l'étude d'un rite curieux : la guérison miraculeuse, par simple toucher des mains, des écrouelles ou scrofules (adénite tuberculeuse). L'attribution de ce pouvoir aux rois de France et d'Angleterre remonte probablement au XIIè siècle ; elle va durer en Angleterre jusqu'au début du XVIIIè siècle, en France jusqu'en 1825, date du sacre de Charles X. Comment se déroulait le rituel du toucher royal ? Quelle était la vraie nature du pouvoir monarchique : les rois étaient-ils des personnages sacrés, des sorciers faiseurs de miracles ? Pourquoi, enfin, a-t-on cru puis cessé de croire au miracle royal ? Trois questions qui ont amené Marc Bloch à explorer les chemins de la psychologie collective, des rites et des mythes, des croyances populaires. Pour éclairer le phénomène, il a eu recours à l'anthropologie et à son plus grand théoricien d'alors, Frazer, au comparatisme avec les sociétés les plus diverses, aux arcanes de la médecine populaire traditionnelle. C'est un jalon essentiel dans l'exploration des mentalités et l'invention d'une anthropologie historique. Dans son importante préface, Jacques Le Goff s'efforce de préciser les raisons personnelles et les milieux intellectuels qui ont conduit Marc Bloch à écrire ce livre exceptionnel, gros d'avenir, puis à abandonner cette voie, et fait le point sur la situation des Rois thaumaturges dans la recherche historique et anthropologique aujourd'hui, dont ce livre est l'un des phares.   L’étrange défaite, aux éditions Gallimard « Témoignage », était-il écrit sur la première page du manuscrit rédigé d’une traite à l’été 1940, puis dissimulé en attente de jours meilleurs, et finalement publié en 1946 aux Éditions Franc-Tireur, émanation du groupe résistant dans lequel Marc Bloch s’est engagé jusqu’à son arrestation au printemps 1944. Le « plus vieux capitaine de l’armée française », comme il aimait se décrire, combattant de 1914 devenu engagé volontaire en 1939, y propose autant un examen de conscience qu’une analyse sans concession de la France battue en quelques semaines. Pour réaliser cette histoire immédiate, il met à profit ses compétences d’historien des sociétés et des mentalités du Moyen-Âge, tout en se tournant vers l’avenir : « Un jour viendra, tôt ou tard, j’en ai la ferme espérance, où la France verra de nouveau s’épanouir, sur son vieux sol béni déjà de tant de moissons, la liberté de pensée et de jugement. Alors les dossiers cachés s’ouvriront ; les brumes […] se lèveront peu à peu ; et peut-être les chercheurs occupés à les percer trouveront-ils quelque profit à feuilleter, s’ils le savent découvrir, ce procès-verbal de l’an 1940. »   Écrits de guerre, aux éditions Armand Colin L'ouvrage ne se présente pas sous la forme classique d'un récit continu divisé en chapitres sur un sujet précis. Son unité est constituée par le personnage central Marc Bloch autour duquel gravitent des questions variées, toutes ayant un lien plus ou moins direct avec la guerre et l'expérience de la guerre. C'est un travail élaboré à partir d'un dossier constitué par Marc Bloch intitulé Souvenirs de guerre, composé de documents de natures diverses, coupures de presse, lettres manuscrites, écrits personnels, cartes postales d'origine variée, etc. présentés au lecteur. La reproduction des carnets de guerre de Marc Bloch complète ce recueil de documents ainsi que deux textes, l'un le récit des premiers mois de la Grande Guerre vécus par Marc Bloch, déjà publié sous la forme du Cahier des Annales, n° 26, 1969 sous le titre Souvenirs de guerre 1914-1915, l'article célèbre de la Revue de synthèse historique, Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre. Une longue introduction de Stéphane Audoin-Rouzeau situe Marc Bloch dans la guerre et propose une réflexion sur la manière dont celle-ci a influencé sa pensée et son œuvre.   ► Pour l’entrée au Panthéon de Marc Bloch, découvrez l’exposition Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire. .
L’histoire oubliée des femmes de Harkis, tisseuses des tapis de l’État français
2026/06/13
Elles sont femmes de Harkis et pendant des décennies ont tissé des tapis d’exception pour le mobilier national. Licières à la manufacture de Lodève, elles sont passé avec dextérité du motif berbère au style Louis XIV ou Empire. Mais qui sont ces femmes restées dans l‘ombre et quelle est leur histoire ? Théa Ollivier a mené l’enquête. En 1964, deux ans après la fin de la guerre d’Algérie et les Accords d’Évian, une soixantaine de familles harkis arrivent à Lodève, dans l’Hérault, au pied du Larzac, après un passage par les camps de Rivesaltes ou de St Maurice l’Ardoise. Les femmes sont recrutées pour tisser des tapis dans un atelier installé dans un ancien baraquement militaire. En 1966, cet atelier devient une annexe de la Manufacture nationale de la Savonnerie et passe sous la responsabilité du Mobilier national. Les tapis produits à Lodève sont destinés aux plus hautes institutions de la République. Pendant des décennies, ces femmes ont tissé des œuvres destinées aux lieux de pouvoir. Pourtant, leur histoire est restée largement invisible. Aujourd’hui, une association locale Mémoires Méditerranée se mobilise pour faire reconnaître leur travail et première victoire, leur parcours vient tout juste d’intégrer la collection permanente du Mémorial du Camp de Rivesaltes. Ce documentaire suit trois anciennes licières — Bakhta, Ledda et Fatma  — aujourd’hui à la retraite. À travers leurs souvenirs et ceux de leurs enfants, il raconte comment la fin de la guerre d’Algérie a façonné des trajectoires de femmes, de familles et de générations. Leur histoire rappelle aussi que la guerre ne s’est pas arrêtée en 1962 : elle s’est prolongée en France, dans les camps, dans le travail, et dans la longue quête de reconnaissance. ► Présentation de l’association Mémoires Méditerranée ► Pour aller plus loin découvrez le webdoc de France 24.   En images
Archives et mémoires de Gaza
2026/05/23
Une émission enregistrée en public à Marseille pour l’ouverture de la Saison Méditerranée imaginée par sa commissaire générale Julie Kretzschmer, dont l’objectif est de renforcer une communauté de destin entre les différentes rives. Et parmi les multiples enjeux et défis partagés entre les pays méditerranéens, se pose la question des archives et de la mémoire de la bande de Gaza, détruite à 80% par la guerre menée par Israël suite aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023. C'est l’un des thèmes majeurs de cette saison multiculturelle Gaza a perdu son patrimoine architectural, son patrimoine culturel, ses lieux de culte et 10% de sa population soit 200 000 hommes, femmes et enfants. Des mémoires et des archives irremplaçables et inachevées pour citer l’exposition Studio Kegham présentée au Centre photographique Marseille, des images en noir et blanc comme un album de famille d’un Gaza détruit que réanime Kegham Djeghalian junior, petit-fils de Kegham Djeghalian senior son grand-père arménien, fondateur du premier studio photographique de la ville de Gaza dès 1944. Au cœur des images photographiques de ce Gaza disparu, nous donnons donc la parole aux archives vivantes de Gaza que sont les artistes et leurs œuvres : Nour Elassy, poétesse, pour ses textes sur le génocide et l’exil ; Maha Al-Daya, pour ses cartes brodées de la bande de Gaza ; Shareef Sarhan pour son projet gazaoui Re-Lighthouse, reconstruction du phare de Gaza… Et Marion Slitine, anthropologue et fondatrice du collectif Ma’ann pour l’exposition « Déplacer le silence : 40 artistes et poétes.ses de Gaza ».   Découvrez le programme de l'ouverture de la Saison Méditerranée Découvrez l'exposition Photo Kegham de Gaza Découvrez l'exposition Déplacer le silence Découvrez les poèmes de Nour Elassy prochainement édités aux Liens qui libèrent le 9 septembre « Il manque à mes mains de quoi te sauver ». Il manque à mes mains Ciel noir terre rouge des enfants hurlent et tout semble si profondément irréel « Je ne vois plus. Je suis tout seul. Sors-moi de là », un enfant crie, par-dessous les gravats Pardonne-moi, mon enfant Il manque à mes mains. J’ai bien tenté d’appeler à l’aide Mais il s’avère que l’aide elle-même a besoin de secours J’ai bien tenté de hurler en direction des caméras allumées Il s’avère que le monde entier regardait déjà. Regardait droit, avec des yeux impuissants J’ai bien tenté de crier, du plus fort que j’ai pu Mais il s’avère qu’ils étaient tous sourds Pardonne-moi, mon enfant Il manque à mes mains de quoi te sauver.
Au Musée de Nantes, l’histoire de l’esclavage et de la traite se raconte avec les Africains
2026/05/16
La Marche du monde enregistrée en public au Musée d’Histoire de Nantes pour la 4ème édition d’Expressions décoloniales. Une invitation à revisiter l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière en donnant de l’espace à de nouveaux récits historiques et artistiques pour interroger quatre siècles d’une histoire monde dont nous sommes toutes et tous les descendants. C’est notre Histoire partagée et RFI est très fière de s’associer comme chaque année au Temps des mémoires, temps des commémorations de l’esclavage, de ses victimes et des combats pour son abolition.    Le Musée d’Histoire de Nantes est devenu une référence internationale pour la qualité de ses différents parcours proposés sur l’histoire longue de la ville, notamment pour son parcours muséal sur l’histoire de l’esclavage et de la traite. Au fil des œuvres, les visiteurs découvrent comment la ville de Nantes est devenue le premier port français de traite des êtres humains avec plus de 42% des départs d’expéditions de traite entre 1707 et 1793. Un commerce des esclaves dans lequel se sont spécialisées des familles d’armateurs tout comme de nombreuses activités économiques de la ville et de la région. Pour sa quatrième édition, la manifestation « Expression (s) décoloniale (s) » initiée par la directrice scientifique du Musée Krytel Gualdé invite trois personnalités, à la croisée de l’histoire, de l’art et de la mémoire: les artistes Rosana Paulino et Omar Victor Diop, et l'historienne Lylly Houngnihin. L’historienne ouest-africaine Lylly Houngnihin, fondatrice et directrice de Totems Afrikaraïbes, interpelle les visiteurs par une dizaine de textes mêlant histoire, mémoire, poésie, culture et sensibilité, attachés à des objets choisis dans le parcours permanent. Dans une démarche historique, elle envisage les collections du musée de manière transversale : « Mon travail s’oriente vers une exploration des objets comme matrices de mémoire. Je souhaite mettre en lumière ce que j’appelle des « persistances atlantiques » : les formes symboliques, plastiques et rituelles qui ont circulé de l’Afrique vers d’autres territoires, souvent en dépit des violences extrêmes de la traite. Les objets deviennent alors des passeurs d’expérience : ils condensent des récits de perte, de déplacement, mais aussi de recréation esthétique, social, et culturelle. » Depuis Sao Paulo, Rosana Paulino, artiste incontournable de la scène artistique brésilienne, investit, avec plus d’une dizaine d’œuvres majeures, le parcours d’exposition. Dessins, peintures, sculptures, vidéos, et installations en regard des documents historiques du musée sur plusieurs thématiques rendant hommage aux femmes afro-brésiliennes. Les femmes victimes de la traite atlantique et de l’esclavage colonial furent-elles des victimes comme les autres ? Quelles formes particulières de violence leur furent-elles infligées ? Quel rôle fondamental jouèrent-elles dans la transmission des savoirs hérités du continent africain ? Enfin, derrière le silence et le déni, de quelle force de résilience disposèrent-elles pour tenir ? Rosana Paulino, à travers les réponses que ses œuvres nous apportent, nous éclaire sur ces points en explorant ce qui subsiste et ce qui disparait. Enfin, l’artiste sénégalais Omar Victor Diop présente deux séries de photographies emblématiques. La première, intitulée Diaspora, inspirée de portraits réalisés entre le 15ème et le 19ème siècle, met en valeur des personnes ayant traversé les lignes de l’histoire coloniale européenne à l’époque moderne. Ainsi, c’est l’agentivité de ceux qui, depuis l’Afrique, furent les victimes ou les acteurs de ce passé, qui est mise en avant, leur individualité faisant force. La seconde série, intitulée Liberty évoque des moments-clés, fondateurs et fondamentaux, de la protestation noire à l’échelle mondiale et dans une dimension historique, des luttes anticoloniales dans les Caraïbes, à celles menées sur le continent africain jusqu’aux mouvements antiségrégationnistes et aux manifestations contemporaines contre les violences racistes. Un grand merci à toute l’équipe du musée d’Histoire de Nantes dont le formidable parcours d’exposition est à découvrir ici.
Christiane Taubira: «L’esclavage et la traite sont irréparables»
2026/05/09
Le 18 février 1999, Christiane Taubira entre dans l’Histoire. Alors députée de la Guyane, elle porte devant l’Assemblée nationale française la proposition de loi affirmant que « la traite et l’esclavage sont un crime contre l’humanité ». Au-delà de l’hémicycle, elle s’adresse à la communauté humaine, prononçant un discours vibrant et mûrement réfléchi, sans aucune note écrite. Le 10 mai 2001, le Sénat vote à l'unanimité la loi par laquelle la France devient le premier pays dans le monde à reconnaître la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité. Mais comment réparer l’irréparable ? 25 ans après la promulgation de la loi qui porte son nom, Christiane Taubira accorde un long entretien à RFI et affronte la question des réparations.   Les livres de Christiane Taubira évoqués dans l’émission : - L'esclavage raconté à ma fille. Éditions du Seuil - Mes météores, combats politiques au long cours. Éditions Flammarion - Gran balan, La nuit leur appartient. Le malheur aussi. Éditions Plon   ► La bibliographie de Christiane Taubira ► Pour comprendre la loi Taubira ► Le site de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

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