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This podcast has
24 episodes
Language
FrenchPublisher
RFIExplicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/04/19
Average duration
4 min.
Release period
7 days
Description
Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.
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Comment l'IA permet à l'armée de l'Air et de l'Espace d'accélérer le tempo de ses opérations
2026/04/19
L’essor de l’intelligence artificielle transforme en profondeur les armées. Des algorithmes embarqués permettent de détecter, classifier, identifier automatiquement des objets d’intérêts militaires en un temps record. Ces systèmes prêts à l’emploi bousculent le tempo des opérations.
La vitesse, facteur clé de la victoire. Et pour atteindre cette célérité, l'intelligence artificielle est devenue incontournable, insiste le colonel Frédéric, en charge du système d'information de l'armée de l'Air et de l'Espace : « On travaille selon une boucle opérationnelle. Parfois, on l'appelle la boucle OODA. Observation, Orientation, Décision, Action. Globalement, c'est une boucle dans laquelle on traite du renseignement pour savoir quelle est la menace au regard des moyens dont on dispose, on va planifier la meilleure des missions possibles. Et les outils d'IA vont permettre à l'opérateur humain de faciliter toute la réalisation de ce cycle-là ».
Safran IA, ex-Preligens, développe des algorithmes prêts à l'emploi sur tout type de capteurs, souligne son directeur, Sébastien Fabre. Que ce soit à partir d'images satellites, de boules optroniques ou de capteurs électromagnétiques : « L'IA est capable de détecter des objets qu'on appelle des observables, de savoir quel type d'objets il s'agit, est-ce que c'est un véhicule blindé, est-ce que c'est un pick-up, etc. Même de les identifier et dire de quel type de véhicule blindé ou de quel type d'avion il s'agit. Quand vous avez quelqu'un qui utilise une jumelle, par exemple, pour observer un terrain d'opération, l'humain peut être distrait par quelque chose qui se passe et louper l'arrivée d'un drone, par exemple. Et grâce à notre IA, on va être capable d'afficher ou de mettre un petit cadre autour de quelque chose que l'humain ne verrait pas forcément ou serait distrait par un autre objet ».
Un démultiplicateur de force L'IA est donc un démultiplicateur de force. Prenons le cas d'un pilote, la boule optronique, qui équipe son chasseur, à l'instar d'une jumelle, lui permet de voir loin. Mais identifier ce qui est perçu, c'est une autre affaire. « Parfois, le pilote voit vaguement quelque chose dans le ciel. Pour nous, l'objectif c'est d'aller plus vite sur la détection de cet objet. Et là, il y a des algorithmes d'IA qui voient mieux que l'œil humain et qui peuvent, au-delà de la détection d'un objet, les reconnaître également. Dire que c'est un avion et vérifier de quel type d'avion il s'agit. Donc c'est bien toute cette complémentarité entre la capacité de l'homme à analyser certaines données et puis là où l'homme, finalement, n'a pas les capacités physiques ou atteint ses limites physiques, c'est là qu'il faut chercher le positionnement de l'IA », explique le colonel Frédéric.
Dans certains cas, seule l'IA pourra répondre à l'IA Mais si l'IA se niche derrière tous les capteurs, il faut désormais bâtir une nouvelle architecture, souligne Sébastien Fabre de Safran IA : « Si je prends simplement l'exemple de plusieurs drones déployés sur un théâtre d'opérations, vous ne pouvez pas regarder un écran pour chacun des drones et essayer de comprendre ce qui se passe. Donc, un de nos enjeux, c'est la fusion de ces informations. Tous les systèmes sont un petit peu comme des pièces d'un puzzle qui ne sont pas encore reconstituées. Et je pense que ce qu'on va voir arriver dans les années qui viennent, c'est la coordination de tous ces systèmes avec l'IA agentique qui va organiser les différentes IA qui sont spécialisés dans leur domaine pour amener de la cohérence, de la synchronisation et de l'efficacité dans tout ça ».
La course à la vitesse va aussi obliger à l'automatisation de certains systèmes d'armes, en particulier pour la lutte anti-drone où seule l'IA pourra répondre à l'IA.
Iran: quarante jours d’errance stratégique américaine qui redessinent le jeu au Moyen-Orient
2026/04/12
La trêve décrétée mercredi par les États-Unis montre les limites de l’intervention américaine déclenchée le 28 février pour renverser le régime iranien. Selon les experts, l’opération militaire de Washington pourrait avoir des conséquences à long terme.
Tout au long du mois de mars, les buts de guerre étatsuniens n'ont cessé de changer. Le démantèlement du programme nucléaire et la chute du régime iranien sont progressivement passés à la trappe. Début avril, le président Trump indique qu'il n'a même plus besoin d'un « deal ». Mais il exige la réouverture du détroit d'Ormuz. Pour finalement juger que le plan en dix points de Téhéran est une bonne base de négociation.
Une gestion erratique qui sonne comme une victoire pour Téhéran, dont la résistance a été largement sous-estimée par le commandement étatsunien, pointe le géographe spécialiste de l'Iran, Bernard Hourcade : « On voyait l'Iran en termes islamiques, c'était l'Iran des mollahs, cet immense leurre. L'islam, c'est très important en Iran, bien évidemment. Mais aujourd'hui, on voit l'Iran qu'en termes islamiques. l'Iran est une nation. C'est une population ancienne. Une population puissante et forte qui est dans ses frontières actuelles depuis le XVIᵉ siècle. Et cet attachement à la patrie iranienne est extrêmement fort. On a négligé la résistance. Les Iraniens ont toujours résisté et c'est un élément très important quel que soit son régime, islamique ou non. »
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Une erreur américaine dans la planification Initialement, la campagne devait être courte, puis la guerre s'est enlisée, souligne Bernard Hourcade, L’US Centcom, qui gère les opérations militaires au Moyen-Orient, a mal anticipé le concept de défense avancée iranien, c'est-à-dire sa capacité de porter le fer avec ses missiles et ses drones dans toute la région, « Ils ne défendent pas la frontière. Il n'y a pas eu de combat sur la frontière. Les troupes américaines ne sont pas rentrées en Iran. Par contre, l'Iran a mis en place le système qu'on avait vu avec celui des proxys, c'est-à-dire d'alliés de l'Iran, transformé en utilisant les pays voisins. En attaquant les pays voisins, en leur disant, vous êtes mes voisins, vous abritez les Américains et donc j'attaque les bases américaines chez vous. Et si vous voulez que ça s'arrête, dites à vos amis américains de quitter le territoire. »
Les bases américaines dans le Golfe sont désormais synonymes de danger Dans le Golfe, la guerre a donc rebattu les cartes. Avant le 28 février, accueillir une base américaine était un gage de sécurité. C'est désormais un danger. « Ça fait prendre conscience aux pays de la région que leur sécurité ne dépend pas des Américains, mais dépend d'une coopération régionale, poursuit Bernard Hourcade. Cette guerre est importante, car elle impose de repenser la sécurité régionale du Golfe Persique. Ce que les Iraniens souhaitent. Les pays voisins aussi le souhaitent. Ce ne sont plus les grandes puissances, les États-Unis sont un danger, la Russie est hors-jeu et l'Europe n'existe plus. Donc, il faut trouver d'autres solutions de sécurité régionale, puisque l'Amérique s'est suicidée en quelque sorte dans cette guerre, et c'est ça qui est important. »
Une nouvelle architecture de sécurité, possiblement sans les États-Unis. Washington a peut-être perdu une part importante de son influence dans cette aventure iranienne.
Donald Trump dit réfléchir «absolument» à quitter l’Otan
2026/04/05
Le président américain a dit cette semaine réfléchir « absolument » à retirer les États-Unis de l'Otan, une menace brandie après s'être plaint du manque d'aide apportée par des alliés pour débloquer le détroit d'Ormuz. L’Alliance atlantique est-elle en voie de désintégration ?
L’essence même de l’Otan est d’incarner la solidarité entre alliés. Avec Donald Trump, cet esprit est une fois de plus violemment remis en cause. Pour autant cela a-t-il un impact sur les structures mêmes de l’Alliance dont le commandement suprême est assuré par le général américain Alexus Grynkewich. Pas réellement, assure Élie Tenenbaum directeur de recherche à l’Ifri : « Au quotidien, si vous échangez avec les gens qui font partie de la structure Otanienne, il n'y a rien qui a changé par rapport à il y a deux mois, ni même par rapport à il y a deux ans. En fait, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mesures américaines spécifiques, si ce n'est une réduction légère des contributions américaines au siège et dans quelques organes du commandement intégré. Mais on est extrêmement loin des messages qui peuvent être passés au plus haut niveau politique ».
Vive inquiétude en Europe L’inquiétude des Européens est néanmoins bien réelle, que deviennent les plans de défense de l’Otan sans les Américains ? « Vous avez des plans de défense qui ont été entièrement revu après l'adoption d'un nouveau concept stratégique en 2022 » Élie Tenenbaum, « ces plans s'articulent autour de trois plans régionaux et de sept plans stratégiques dits subordonnés qui sont structurés face à une menace désormais désignée qui est la Russie, qui sont censés être mutualisables et qui sont censés être exécutables. Pour autant, on sait quand même que leur exécution de la meilleure manière possible, est encore très dure à mettre en œuvre. D'abord parce que les cibles capacitaires n'ont pas été atteintes, et ensuite on a évidemment la question d'une contribution importante des États-Unis au plan de défense, historiquement de l'ordre de 50 % des capacités. Aujourd'hui, on est dans les 42 % et avec un objectif affiché pour les Américains de continuer à réduire leur part, au nom évidemment, de ce qu'ils appellent le partage du fardeau ».
Les États-Unis peuvent-ils rapidement quitter l’Alliance atlantique comme le laisse entendre l’administration Trump ?
L’Otan un tigre de papier assure Donald Trump Et la question sous-jacente est, s’ils quittent l’Otan, quitteront-ils l’Europe alors que plus de 60 000 soldats y sont encore stationnés ? Une telle décision ne sera pas si simple à prendre tempère Élie Tenenebaum : « La perspective d'un retrait américain en bonne et due forme, sous l'angle d'une dénonciation du traité, d'abord légalement, est loin d'être évidente, puisqu’une loi a été signée en 2023, qui empêchait le président des États-Unis de décider seul, sans accord, d'une majorité qualifiée des deux tiers du Congrès pour procéder à un tel retrait. Ensuite, parce que, finalement, on voit bien un intérêt des États-Unis à rester dans la structure, quitte à la vider de son sens en remettant en cause l'article cinq par des déclarations publiques, mais pour autant continuer à être à l'intérieur. Le retrait en bonne et due forme ne semble pas aujourd'hui à l'ordre du jour ».
L’Otan un tigre de papier, la formule qu’affectionne le président Trump, risque néanmoins de sérieusement entamer la crédibilité de l’Alliance atlantique et sa capacité à dissuader ses adversaires.
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Le possible minage du détroit d'Ormuz met le trafic maritime international sous pression
2026/03/29
Le spectre d'un minage par l'Iran des eaux du Golfe et du détroit d'Ormuz, met sous pression la communauté internationale. Le régime de Téhéran peut-il rapidement mettre ses menaces à exécution ?
Le détroit d'Ormuz, s'étire sur un peu plus de 200 kilomètres pour une largeur qui n’excède pas 50 kilomètres à certains endroits, les Iraniens n'auront donc aucune difficulté pour y disposer massivement des mines ! Et ce d’autant qu’on estime à 5 000 ou 6 000 le stock potentiel iranien de mines navales, rappelle le contre-amiral Éric Lavault ex plongeur démineur au sein de la Marine nationale, « Ils ont un panel assez complet de capacités de mines. Les mines de fond qui reposent sur le fond et qui fonctionnent à l'influence, donc avec une intelligence embarquée, soit avec un stimuli magnétique, soit sonore par le bruit que rayonnent les navires de surface. Le deuxième, c'est ce qu'on appelle les mines à Orin, c'est-à-dire que les mines qui sont reliées au fond par une chaîne et qui flottent entre deux eaux. Il y a une dernière menace, qui est plus une menace asymétrique, mais pour laquelle les Iraniens ont un savoir-faire, une expertise particulièrement pointue, c'est la faculté de pouvoir coller sur les coques ce qu'on appelle des Limpet mines, c'est-à-dire des mines ventouses, des mines qui collent en les mettant en place avec des embarcations rapides, discrètement dans le sillage des bateaux ».
Une telle stratégie de verrouillage du détroit d’Ormuz a déjà été utilisée par l’Iran dans son conflit avec l’Irak en 1980, et Téhéran indique Éric Lavault dispose de toute une variété de navires capables de mouiller des mines, « Jusqu'à il y a quinze jours, de source compétente, il n'y avait pas de minage. Il se peut effectivement que depuis des mines de fond aient été posées. Ces mines à influences peuvent être mouillées depuis n'importe quel porteur. Durant la guerre Iran-Irak, ils avaient transformé des chalutiers en mouilleurs de mines. Les fonds du détroit d'Ormuz s'y prêtent parfaitement puisqu'il y a entre cinquante et une petite centaine de mètres de profondeur. C'est une menace crédible ».
Quels moyens pour déminer le détroit d’Ormuz ? Pour nettoyer le détroit d’Ormuz, il y a peu de moyens disponibles. Les États-Unis ont retiré du service il y a quelques semaines leurs quatre chasseurs de mines Avenger basés à Bahreïn, reste les marines françaises, belges et néerlandaises qui excellent dans la guerre des mines, mais ce sera nécessairement une opération longue et complexe, un travail méthodique souligne le contre-amiral Lavault, « Le chasseur de mines est un bateau dont la coque est amagnétique et dont la signature acoustique est très faible. Ce navire va pénétrer dans le champ de mines et il mettra en œuvre ses robots téléopérés ou ses plongeurs-démineurs pour effectuer les opérations de déminage. Les opérations de déminage vont d'abord consister à pouvoir dégager des corridors d'accès, des autoroutes en fait, pour permettre au trafic maritime de reprendre. Ça peut être assez rapide. Après, qu'il reste des mines en dehors de ces autoroutes maritimes, ce sera traité dans un deuxième temps. En attendant il ne faudra pas trop s'éloigner du rail ».
Après la guerre du Golfe en 1991, il avait fallu deux ans d’opérations intensives pour déclarer la zone libre de mines. Les nouveaux moyens reposant sur des drones ne sont pas encore opérationnels et si la France a fait savoir qu’elle était prête à prendre la tête d’une coalition navale pour sécuriser le détroit d’Ormuz, c’est à la condition qu’il n’y ait plus de combats. Raison pour laquelle l’hypothèse d’un minage du détroit est un véritable cauchemar pour le trafic maritime.
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Exail, pépite française des drones sous-marins, s'impose dans la guerre des mines
2026/03/22
Six pays, dont la France, se disent prêts à contribuer à sécuriser le détroit d'Ormuz. Et si ce passage stratégique venait à être miné par l'Iran, des entreprises innovantes affirment pouvoir nettoyer cet espace maritime avec des drones sous-marins. C'est le cas d'Exail, une pépite française qui s'est imposée dans cette activité.
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La guerre au Moyen-Orient met la Marine nationale française dans le rouge
2026/03/15
Entre les missions de protection des espaces maritimes français, la surveillance des activités russes dans l’Atlantique Nord et désormais un important déploiement au Proche et au Moyen-Orient, la quasi-totalité de la flotte française est à la mer. Une prouesse qui ne pourra que difficilement s’inscrire dans la durée.
Il aura fallu au Charles de Gaulle moins de 8 jours pour basculer de la mer Baltique à la Méditerranée. Même son escorte, contrainte de refluer à Brest, a eu du mal à suivre le porte-avion à propulsion nucléaire. La flotte française se masse en Méditerranée orientale, il faut remonter à la guerre d’Afghanistan il y a 25 ans pour trouver la trace d’un déploiement naval aussi massif. « C'est historique effectivement, d'avoir une telle proportion de la flotte de combat française qui est à la mer, dont 80 % effectivement. Ça fait 19 sur 23 bateaux, les 23 principaux bateaux. Donc on va compter le porte-avions, les porte-hélicoptères, les frégates et les grands bâtiments de ravitaillement. C'est du jamais vu. Et sur ces 80 %, il y en a quasiment 60 %, c'est du jamais vu non plus, qui sont déployés entre la Méditerranée orientale et la région du Golfe », confirme Vincent Groizeleau du magazine de référence Mer et Marine.
Sécuriser le Proche et le Moyen-Orient Une armada française pour répondre à l’urgence de la situation au Proche et au Moyen-Orient, c’est un ordre du président Macron délivré dans un discours tenu depuis Chypre ce lundi 8 mars et les missions sont nombreuses. « rIl s'agit de protéger les ressortissants, protéger les bases militaires, protéger les pays avec lesquels on a des accords de défense, c'est-à les pays du Golfe, mais également Chypre avec lequel un accord a été signé assez récemment. Les protéger des attaques iraniennes, des attaques du Hezbollah et en même temps, se préparer à une éventuelle opération humanitaire et d'assistance éventuellement aux forces armées libanaise. Donc ça nécessite aussi des moyens, détaille Vincent Groizeleau. Et puis sécuriser le trafic maritime en mer Rouge et au nord de l'océan Indien, en attendant que l'évolution des combats dans la région du Golfe précisément, diminue suffisamment pour pouvoir entreprendre une réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas encore à l'ordre du jour. »
On touche aux limites structurelles de la Marine Mais combien de temps la Marine nationale pourra-t-elle conserver autant de navires à la mer ? L’équipage d’une partie des frégates a déjà été doublé pour augmenter le nombre de jours à la mer mais avec un tel déploiement, indique Vincent Groizeleau, la Marine atteint ses limites et n’a plus de réserves pour assurer d’autres missions : « On a réussi à créer un modèle extrêmement optimisé. Personne en Europe, pas même les États-Unis, n'est capable de mettre 80 % de sa flotte en même temps dehors. Cet exploit repose sur une excellente maintenance et des doubles équipages pour augmenter sur un certain nombre de bateaux le nombre de jours à la mer. Mais la contrepartie, bien évidemment, c'est que comme ces bateaux sont beaucoup plus utilisés, ils s'usent. Ce sont des bateaux qui feront sans doute 20 à 25 ans et pas plus et il faudra les renouveler. La technique, elle peut suivre, on peut la réparer, la maintenir. Mais il y a un moment, l'humain aussi, a ses limites. Donc ça peut durer quelques mois parce que les marins sont habitués à faire des longs déploiements. Mais cela repose, très clairement, la question du format de la flotte. A-t-on suffisamment, notamment de frégates ? La réponse est clairement non. Donc effectivement, si on veut tenir des choses comme ça dans la durée, il faudra plus de bateaux », conclut le spécialiste.
« Il est temps de passer dès que possible à 18 frégates de 1er rang peut-être même 21 », écrivait cette semaine le député Jean-Louis Thiériot, membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale.
À lire aussi«La France doit participer à la sécurisation des navires dans le détroit d’Ormuz», Philippe Ballard (député RN)
L’armée de terre engage une robotisation massive de ses forces
2026/03/08
Jeudi 25 septembre, l’armée de terre française a présenté ses objectifs pour les mois et années à venir. À la lumière des combats en Ukraine, elle se prépare à un champ de bataille plus contesté, plus étendu et plus transparent, où robots et drones seront omniprésents.
Rediffusion du 28 septembre 2025.
Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre s’appuie sur les chiffres : chaque jour, sur le front ukrainien, 1 500 soldats russes sont mis hors de combat, dit-il. Une attrition vertigineuse qui ne serait pas supportable pour l’armée française. Sur le champ de bataille, les machines seront donc bientôt dédiées à subir les chocs les plus rudes, analyse le général Bruno Baratz en charge du commandement du combat futur.
« Le champ de bataille de demain ressemble curieusement à celui d'aujourd'hui, mais avec plus de robotisation et de "dronisation". L'augmentation de la transparence du champ de bataille, rendue possible par la multiplication des capteurs spatiaux, acoustiques, terrestres et avec l'exploitation de ces données par l'intelligence artificielle, crée une forme de transparence du champ de bataille, explique-t-il. On voit bien que c'est un univers qui est devenu très hostile pour la présence des soldats et des êtres humains, et qu'on arrive à compenser cela aujourd'hui par plus de robots, ce qui amènera un peu de masse et surtout protègera beaucoup plus nos hommes ».
Deux capacités ont été rapidement développées pour durcir les forces : le canon antidrones Proteus et le Mepac, un mortier embarqué et non plus tracté, qui démultiplie la puissance de feu des unités d’infanterie, précise le général Schill : « S'agissant des Mepac, c'est-à-dire ce mortier de 120 mm embarqué à bord d'un Griffon [véhicule blindé médian - NDLR], nous en avons commandé 54. Les premiers arrivent. Ils ont été déployés au sein du troisième régiment d'artillerie de marine à Canjuers. Mon objectif est que tout début 2026, je sois en mesure de déployer en opération une première unité avec ces mortiers. S'agissant du Proteus, c'est-à-dire ce canon de 20 mm auquel nous avons adjoint une couche d'intelligence artificielle de façon à pouvoir lutter contre les drones, les premiers sont déjà déployés dans l'armée de terre, au sein notamment du 35ème régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. On va monter l'an prochain à un volume d’une cinquantaine de canons. Ils peuvent être déployés en opération dès aujourd'hui, si c'était nécessaire ».
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« Il faudrait 77 000 opérateurs de drones » La robotique terrestre fait son apparition : Pandragon, une première unité, composée de 20 robots d’abord utilisés pour les taches logistiques, sera opérationnelle à l’été 2026. Un escadron de drones va également voir le jour. La doctrine d’emploi s’écrit maintenant, les drones d’attaque vont venir compléter la traditionnelle artillerie et donner de l’allonge aux troupes au sol, insiste Bruno Baratz : « L'objectif pour nous, c'est d'éviter que l'ennemi se concentre sur la zone de front et donc d'être en mesure de le frapper le plus loin possible et d'éviter justement les concentrations de force à proximité de nos brigades, de façon à leur faciliter la manœuvre. La tendance générale, c'est bien le développement de ces feux dans la profondeur, même pour une unité d'infanterie qui ira tirer au-delà des vues directes. On voit arriver les munitions téléopérées, ces drones qui sont capables d'amener des charges à différentes distances et qui vont venir compléter finalement le travail de l'artillerie. »
Il faut désormais des soldats, à la fois plus durcis et plus innovants, martèle le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill : « Nous devons recruter une partie de nos soldats ou de nos cadres dans ces nouvelles techniques, de manière à avoir des soldats pour le brouillage, pour l'emploi des drones, pour l'emploi des communications. La montée en technique de l'armée de terre est une réalité. J'ai 77 000 soldats dans la force opérationnelle terrestre, donc il me faudrait 77 000 opérateurs de drones, chacun dans son domaine. »
L’armée de terre vit une révolution, avec l’usage illimité des drones et de la robotique, elle est en passe de devenir une armée de combattants techniciens.
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Quatre ans de guerre en Ukraine: radioscopie du front
2026/03/01
La guerre en Ukraine a basculé cette semaine dans sa cinquième année. En 2025, l’armée russe ambitionnait de reprendre, a minima, les territoires du Donbass, mais la transparence du champ de bataille n’a pas permis à Moscou d’atteindre ses objectifs.
L'omniprésence des drones a transformé les 1 200 kilomètres de front en un no man's land où il n'y a plus vraiment d'action. Tout ce qui s'y déploie est vu et tout ce qui est vu est détruit de jour comme de nuit. Il n'y a que lorsque les conditions météo se dégradent - pluie, neige, brouillard - qu'il est alors possible d'échapper à la menace drone, indique Vincent Tourret, chercheur à l'université de Montréal.
« C'est un front qui se structure autour d'un no man's land de 0 à 20 kilomètres, où les gens sont enterrés, sont disséminés, essaient de survivre à la saturation en puissance de feu, notamment apportée par les drones, analyse-t-il. Et puis on commence à voir des tentatives plus élaborées de part et d'autre, d'essayer de dépasser cette zone morte par des frappes d'interdiction. Donc celles russes, on les connaît bien, ce sont des campagnes de frappes stratégiques sur les villes ukrainiennes, mais c'est de plus en plus quand même des drones qui vont s'abattre de 30 à 70 kilomètres pour aller interdire la logistique, détruire les centres de commandement, les radars, etc ».
Moins de 1 % du territoire ukrainien conquis en 2025 En 2025, malgré les assauts répétés, le gain territorial de Moscou n'excède pas 1 % du territoire ukrainien. La poussée russe patine et les pertes sont massives, jusqu'à 40 000 morts et blessés par mois pour la seule armée de Moscou.
« L'avantage russe ne s’est pas vraiment concrétisé cette année, résume Vincent Tourret. On est sur une stratégie russe toujours de poussée maximale, avec la génération de plein de groupes d'infiltrations qui essayent tous les jours d'avancer de quelques mètres dans ce no man's land en essuyant beaucoup de pertes face à une défense ukrainienne qui s'est quand même largement robotisée et qui inflige des pertes à la Russie qui sont très importantes. Donc à partir de là, en fait, il y a un avantage russe. Cependant celui-ci n'arrive pas à se traduire au niveau de la ligne de contact par un ascendant vraiment offensif. »
Moscou privé de Starlink Début février, le réseau d'internet par satellite Starlink a coupé ses transmissions en Russie et cela met son armée en mauvaise posture. Un signal satellite coupé fragilise toute la chaîne de commandement. Exemple avec les équipages de chars, souligne Vincent Tourret : « Un phénomène qui est assez intéressant au niveau des tankistes russes, c'est qu'avec le temps, le niveau d'entraînement et de formation a plutôt tendance à baisser et il a été compensé par la micro-gestion des équipages de chars par leur commandement supérieur. Le char est équipé en vidéo, en caméra. Ce flux vidéo est directement retransmis à l'échelon au-dessus. Et en fait, le tankiste était dirigé par son officier supérieur. Donc il y a des équipages de chars qui se retrouvent un peu plus perdus, qui ne savent pas trop où tirer, qui ne savent plus trop comment manœuvrer. Là, avec la perte de Starlink, c'est un lien essentiel du commandement d'un équipage de chars qui disparaît. »
En 2026, l'équilibre des feux est cependant toujours à l'avantage de la Russie, mais l'artillerie responsable d'un quart des pertes totales est désormais enterrée. Les bouches à feu ne permettent plus aux troupes de progresser, et le front ukrainien pourrait rester longtemps ainsi figé.
«Orion 26», le jour le plus long
2026/02/22
Le samedi 14 février, deux porte-hélicoptères de la Marine nationale ont réalisé un débarquement amphibie de grande ampleur dans la baie de Quiberon. Après une dizaine de jours de mer, 500 militaires ont foulé le sable des plages bretonnes. L’exercice militaire « Orion 26 » a basculé dans sa phase terrestre. Premier retour d'expérience dans le port de Saint-Nazaire.
De notre envoyé spécial à Saint-Nazaire,
Coup de tonnerre sur les docks de Saint-Nazaire. Après avoir débarqué sur les plages voisines, les troupes de marine se sont emparées du port et de son aéroport. Une solide tête de pont qui permet au porte-hélicoptères amphibie Tonnerre d'y relâcher à bord.
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Premier retour d'expérience à chaud avec le commandant Olivier : « On est parti de Toulon il y a environ une dizaine de jours, mais on est parti en force éclatée et on a réussi à regrouper cette force en un temps très rapide et la rendre, ce qu'on appelle "full opérationnel capable" en un temps assez record. Et ce qui est remarquable sur cet exercice, c'est qu'on a réussi à débarquer sans driller la manœuvre. D'emblée, on a réussi à débarquer et à relancer la manœuvre au sol sans avoir à répéter cette manœuvre ».
Réussir ce jour le plus long Pour réussir ce jour le plus long, il a fallu ruser et faire avec les éléments, sourit François-Régis Jaminet, patron de la brigade d'infanterie de marine, dont les marsouins ont débarqué sur les plages bretonnes : « Nous sommes passés entre les tempêtes Nils et Pedro, qui, on le sait, ont touché nos concitoyens, mais qui ont aussi impacté la manœuvre et nous ont contraints à replanifier un certain nombre d'options que nous avions étudiées à froid. Le plan a été changé à plusieurs reprises pour tenir compte à la fois des conditions d'exercice pour intervenir sur l'ennemi au bon moment, tout en tenant compte des conditions météo, de l'état de la mer, de l'accès aux plages, des marées ».
En 10 heures, 500 hommes et 200 véhicules de combat sont ainsi passés de la mer à la terre. Une opération amphibie, c'est une prise de risque majeure, dit le commandant Olivier. Tout repose sur de solides renseignements et les drones ont fait la différence. « Ce qu'on a constaté, c'est qu'on a un croisement des renseignements qui soit de niveau tactique par nos drones. Les drones que nous-mêmes mettons en œuvre au niveau tactique, qui viennent confirmer un renseignement spatial qui est coordonné par le niveau stratégique, qui nous permettent de confirmer et de croiser les informations et donc de favoriser un Go en termes de drones. On voit une expansion assez importante du volume de drones mis en œuvre à la fois par les forces terrestres, mais aussi en mer, avec des drones qui agissent sous la mer et qui nous permettent d'avoir une image la plus complète de l'espace de bataille et qui facilite la prise de décision de la part du commandant ».
Les armées européennes savent débarquer « Le défi de ce type d'exercice, c'est de faire converger l'ensemble des effets que les armées françaises peuvent produire les effets aériens, les effets maritimes, les effets cyber, les effets dans le domaine de l'influence, analyse le général Jaminet. L'amphibie est une opération complexe nativement interarmées, et donc l'exercice Orion nous permet à la fois de le pratiquer et d'en tirer du retour d'expérience, mais également de montrer que nous sommes capables de le faire. La France a un avantage comparatif en Europe en matière d'amphibie. Néanmoins, elle n'est pas seule ».
Sept nations et plusieurs navires italiens ont participé à la manœuvre. Véritable signalement, les armées européennes ont prouvé qu'elles savaient débarquer.
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Lance-roquettes multiples, la France pourrait-elle faire le choix de l'Inde ?
2026/02/15
Après bientôt quatre ans de guerre, le conflit ukrainien a souligné le rôle prépondérant de l’artillerie roquette. Cette artillerie longue portée, longtemps négligée par les armées européennes, est de nouveau au centre du jeu, mais faute d’offre souveraine, l’achat ne peut se faire que sur étagère. Et l’heure du choix pour l’armée de Terre française approche.
Intitulée « Lance-roquettes multiples, une dépendance européenne historique et durable ? », la note de l’Institut français des Relations internationales est arrivée il y a quelques jours sur le bureau du général Schill, patron de l’armée de Terre, et depuis elle fait beaucoup parler.
Retour d’expérience ukrainien oblige, les militaires font le constat qu’un corps d’armée doit désormais traiter des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de contact. Or, les lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée française sont à bout de souffle, il faut trouver une solution en urgence, nécessairement sur étagère, et trois systèmes sortent du lot : une offre américaine avec le Himars qui s’est illustré en Ukraine, une offre israélienne avec le PULS et une offre sud-coréenne avec le Chunmoo, le plus répandu en Europe, acquis à plus de 300 exemplaires par la Pologne, l’Estonie et bientôt la Norvège. Ce choix serait celui de l’interopérabilité.
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Pourtant Paris pourrait se tourner vers une quatrième solution, un système indien pointe Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri et auteur de la note : « Un lance-roquettes indien qui s'appelle donc le Pinaka, qui n'a pour le moment été exporté qu' à l'Arménie, parce que l'Arménie avait besoin d'un système peu cher et rapide, mais qui est en fait très très inférieur aux autres. D'abord, la plupart des lance-roquettes de troisième génération qu'on vient d'évoquer peuvent tirer des roquettes ou des missiles qui vont à 300 voire 500 kilomètres et ont pour la plupart des solutions qui se développent pour tirer encore plus loin. Le Pinaka, de son côté, n'a qu'une requête qui va à 80 kilomètres, sachant que le Pinaka est réputé pour être moins précis que ses équivalents, pour avoir une interface qui est beaucoup plus datée. Autre problème encore, le Pinaka est un système qui est national indien. Il n'est donc pas aux normes OTAN, il n'est pas aux normes européennes et en conséquence, il n'est interopérable avec rien de ce qui existe en Europe ».
Rafale contre Pinaka? Si ce matériel ne correspond pas aux exigences de la guerre de haute intensité, pourquoi est-il évoqué avec autant d’insistance ? Une question reste en suspend : les intérêts industriels de la France pourraient-ils conditionner les choix capacitaires de ses armées ? « Depuis quelques années, l'Inde veut devenir autosuffisante dans les domaines stratégiques et notamment dans le domaine de l'armement. Ce qui passe par l'accession au statut d'exportateur important sur le marché de l'armement mondial. Pour cela, l'Inde cherche donc à exporter par tous les moyens ses produits qui ont malgré tout des problèmes de qualité, des problèmes de fiabilité, des problèmes de performance par rapport à la concurrence, indique Léo Péria-Peigné. La France, de son côté, cherche à cultiver son partenariat avec l'Inde, qui est son excellent client pour son industrie de défense. Au vu de l'actualité, notamment très récemment, vous avez eu l'annonce que le Rafale avait été sélectionné pour l'achat de 114 appareils pour l'armée de l'air indienne. Il est possible, au vu notamment des échanges entre Narendra Modi et le président Macron, que les Indiens aimeraient que la France achète ses lance-roquettes pour valider le contrat Rafale. Mais ce n'est qu'une supposition », analyse le spécialiste.
Rafale contre Pinaka, l’hypothèse sera peut-être résolue mardi prochain à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron en Inde.
Avec la fin du traité New Start, il n’y a plus de limite aux arsenaux nucléaires
2026/02/08
Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré jeudi 5 février, marquant un tournant majeur dans l'histoire du contrôle des armements depuis la guerre froide. La fin du traité New Start marque donc la fin d'une époque et ravive les craintes de prolifération nucléaire.
New Start avait été signé entre Washington et Moscou en 2010 pour solder la guerre froide. Il limitait chaque partie à 800 missiles intercontinentaux et 1 550 ogives nucléaires.
Mais ce n'est pas parce que ce mécanisme de vérification disparaît qu'il faut nécessairement s'attendre à une nouvelle course aux armements entre Russes et Américains, estime Héloïse Fayet, chercheuse et responsable du programme Dissuasion et prolifération à l'Institut français des relations internationales.
« L'expiration de Newstart ne veut pas dire automatiquement augmentation des arsenaux nucléaires russes et américains, mais peut-être un peu plus de diversification des arsenaux plutôt que l'augmentation des arsenaux nucléaires, précise-t-elle. Et puis, d'une façon peut-être assez cynique, rappelons que le traité New Start imposait des limitations à 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées, c'est-à-dire des ogives en permanence montées sur des missiles. Ça suffit pour détruire plusieurs fois la Terre. Donc, en réalité, qu'il y ait 1 500 ou 1 700 têtes nucléaires stratégiques, ça ne change pas énormément les choses. »
Pékin ne veut pas limiter son feu nucléaire L'expiration du traité marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, et l'inquiétude vient aussi de l'arrivée d'un troisième acteur : la Chine. Pékin, dont l'arsenal nucléaire est en pleine expansion.
Pour parvenir à un véritable contrôle des armements au XXIe siècle, dit la Maison Blanche, il est impossible d'agir sans inclure la Chine. Mais avec trois acteurs nucléaires majeurs sur l'échiquier, l'équation se complique.
« La Chine est passée d'environ 250 têtes nucléaires en 2020 à plus de 600 aujourd'hui, souligne Héloïse Fayet. Si elle continue sur cette trajectoire, les États-Unis feraient face à deux compétiteurs nucléaires. C'est l'une des justifications derrière cette expiration de New Start sans solution de remplacement. Donald Trump l'a dit lui-même : si le traité doit expirer, eh bien, il expire et lui veut trouver un nouvel accord avec la Chine, éventuellement trilatéral, États-Unis-Russie, Russie-Chine. Ça semble assez improbable parce qu'aujourd'hui, la Chine n'est pas du tout intéressée par des accords de maîtrise des armements, et ça s'inscrit d'ailleurs dans une utilisation, disons désinhibée, de la menace nucléaire et plus largement de la force, comme on peut le voir en Ukraine ou en Iran. »
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Peut-il y avoir un lien entre l’expiration du traité New Start et la prolifération nucléaire ? Les lignes pourraient rapidement bouger. Les pays non dotés de l’arme nucléaire vont s'interroger, et ce qu’il faut surveiller, pointe Héloise Fayet, c’est la conférence de réexamen du traité de non-prolifération qui aura lieu en avril prochain : « Là, il y a beaucoup d'enjeux parce que la conférence de réexamen en 2022 ne s'était pas très bien passée. Si jamais on se rend compte que le traité de non-prolifération nucléaire est affaibli, ça pourrait pousser la Corée du Sud, l'Arabie saoudite, la Turquie, pourquoi pas, à avancer vers un programme nucléaire militaire. Cela montre aussi que les États dotés d'armes nucléaires, au premier rang desquels la Russie, États-Unis et la Chine, ne respectent pas leurs engagements en termes de désarmement nucléaire. C'est inquiétant, en fait, au niveau du droit international et de la régulation. »
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Quel cap pour la France ? La France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne, plaide pour un système international de maîtrise des armements. Mais si les compétiteurs n’ont plus de limites, la France doit-elle rester dans une logique de stricte suffisance ou se donner les capacités techniques d’augmenter son arsenal constitué de 290 têtes nucléaires ? Le discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion prévu fin février pourra peut-être éclairer ces choix.
«Scramble!», les «Rafale» de l’aviation de chasse se dispersent pour l'exercice Topaze
2026/02/01
Mardi dernier devait être une journée normale pour les pilotes de la 30e escadre de chasse de Mont-de-Marsan… Mais l’ordre de disperser vingt chasseurs Rafale est tombé sans préavis. Décollage en un temps record vers quatre bases aériennes différentes dont celle de Cazaux, près de Bordeaux.
Arctique: sans les marines européennes, les États-Unis n’ont pas les moyens de protéger le Groenland
2026/01/25
Les discussions entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis concernant la sécurité sur l'île arctique vont commencer «assez rapidement», a déclaré vendredi 23 janvier le ministre danois des Affaires étrangères Lars Rasmussen. La volte-face de Donald Trump à Davos, indiquant qu’il renonçait au recours à la force pour s’emparer de l'île arctique, révèle que les États-Unis ont besoin des marines européennes pour opérer dans le Grand Nord.
En 2020, les Alliés ont approuvé le concept de dissuasion et de défense pour la zone euro-atlantique. Les marines de l’Otan concentrent leurs efforts dans le Grand Nord, avec une présence permanente dans cet espace où la navigation nécessite un savoir-faire bien particulier souligne Vincent Groizeleau de Mer et Marine.
« Ce qui est compliqué dans les zones polaires, ce sont les conditions environnementales. Il y a soit de la banquise où ce qu'on appelle des Bourguignons, des blocs de glace plus ou moins gros, jusqu'à des icebergs. Donc, ça veut dire des conditions de navigation qui sont très difficiles parce qu'il faut éviter les obstacles dans des conditions où il y a parfois une visibilité extrêmement faible. Donc, ce n’est vraiment pas un sport de masse, ça nécessite de la connaissance non seulement en navigation, mais aussi en opération. Car toutes ces conditions environnementales extrêmes, elles ont aussi un impact sur les capacités de détection, par exemple des radars, mais aussi des sonars. En fonction de la qualité de l'eau, de la température de l'eau, des profondeurs des fonds marins, de la présence de la glace, et bien on ne fera pas de la lutte anti-sous-marine comme on en fait au milieu de l'Atlantique ou en Méditerranée. »
La défense du Groenland commence au large
S’il est presque impossible de manœuvrer sur la calotte glaciaire du Groenland par -40°, la défense de l’espace arctique ne se fait pas à terre mais plutôt au large. Et dans ces mers hostiles, l’US Navy reconnait l’excellence des marines européennes notamment celle des Français en matière de détection sous-marine. Les Européens sont redoutablement efficaces, en particulier dans le très stratégique « Giuk » pointe Mikaa Blugeon-Mered enseignant à l’école de guerre : « C'est un acronyme qui signifie Groenland, Islande et UK, pour le Royaume-Uni. Donc, c'est à dire le double bras de mer qui connecte l'océan Atlantique avec l'océan Arctique. Ce double bras de mer est extrêmement important, parce que les principales capacités navales nucléaires russes partent de la base de Severomorsk. Cette base, elle est sur la péninsule de Kola, dans l'Arctique russe, non loin de la Norvège et de la Finlande. Et pour sortir, ces sous-marins doivent passer le long des côtes norvégiennes. Pas forcément au proche du Groenland, mais il faut avoir des capacités au Groenland en lien avec l'Islande, en lien avec le Danemark, en lien avec les îles Féroé, en lien avec le Royaume-Uni, en lien avec la Norvège. Ça permet de contrôler cette zone-là, ce fameux Giuk. »
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Le « GIUK » espace stratégique
La coopération otanienne dans le « Giuk » est donc fondamentale et pourrait expliquer le revirement américain sur le Groenland. En effet, personne n’a, seul, les moyens de contrôler une région aussi vaste et complexe. Pas même les Américains, martèle Vincent Groizeleau : « La grande différence entre nous et les Américains, c'est que les Européens ont essentiellement une zone, une grande région qui va de la Méditerranée jusqu'au Grand Nord, à protéger. Les Américains. Ils ont à la fois la façade Atlantique et la façade Pacifique. La réalité, c'est que les Américains ont un taux de disponibilité de leur flotte qui est assez faible. Et donc aujourd'hui, même s'il y a dix porte-avions sur le papier, en réalité, il y en a au mieux trois, peut-être quatre à la mer, et c'est tout. Donc ils ont absolument besoin de l'appoint des marines européennes, parce que seuls, effectivement, ils ne peuvent pas gérer à la fois l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud… »
Il y a souvent un décalage entre les discours politiques et la réalité militaire : sans coopération, le contrôle du très stratégique espace Arctique par les seuls Américains aurait tout d’un projet chimérique et l’affaire du Groenland en est la parfaite illustration.
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Avec des militaires au Groenland, les Européens envoient «un signal» à «tout le monde»
2026/01/18
L'envoi de militaires européens au Groenland pour un exercice vise à « envoyer un signal » à « tout le monde », y compris aux États-Unis, sur la détermination des pays européens à « défendre leur souveraineté », a fait valoir ce vendredi 16 janvier la ministre déléguée aux Armées française. Les premiers éléments de la mission militaire européenne « Arctic Endurance » sont arrivés jeudi 15 janvier au Groenland. Mais les contours de cette mission restent encore assez flous.
Le déploiement est modeste : seulement quelques dizaines d’opérateurs des troupes de montagne français, suédois, allemands et norvégiens ont rejoint les forces danoises, qui n’excèdent pas cent hommes à Nuuk capitale du Groenland.
Un tout petit contingent donc et aux missions nécessairement limitées, indique Cyrille Bret chercheur à l’institut Jacques Delors : « Ce qu'on aurait pu montrer, c'est une capacité à combattre, se déployer, repousser un adversaire comme les alliés de l'OTAN le font régulièrement au nord de la Norvège, au nord de la Finlande. Mais là, en l'occurrence, le format du contingent multinational envoyé et le lieu où ils ont été envoyés montrent plutôt que ce sont des manœuvres qui seront destinées à préserver les centres névralgiques de l'île autour de Nuuk. Donc les infrastructures portuaires, les quelques infrastructures routières, les infrastructures de télécommunications et puis la protection des immeubles gouvernementaux locaux. Ça s'apparente beaucoup plus à une mission de protection ou d'exercice, à la protection des infrastructures cruciales de la capitale du Groenland qu'à de véritables manœuvres militaires. C'est presque du maintien de l'ordre. Cette manœuvre est plus d'ordre symbolique que d'ordre opérationnel. En raison du format et en raison de sa localisation, elle paraît circonscrite à Nuuk, la capitale du Groenland. »
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Une opération de dissuasion militaire conventionnelle Les chasseurs alpins français, une trentaine de soldats dans un premier temps, resteront au Groenland environ deux mois. Mais leur présence est historique. C’est la première opération de dissuasion militaire conventionnelle européenne destinée à contrer une potentielle hégémonie américaine sur le Groenland.
Pour autant, cela sera-t-il suffisant, s’interroge le diplomate Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris, « Je ne pense pas que Trump prendra le risque d'échanger des coups de feu avec les forces européennes. Mais il ne faut pas oublier que les Européens ne sont là que pour deux jours… C'est des manœuvres, c'est un geste plus symbolique qu'autre chose. Si jamais ils veulent prendre le Groenland, c'est assez facile. Il y a 50 000 habitants, ils ont leur base sur place, ils peuvent tout faire. Mais je ne pense pas qu'ils le fassent parce qu’effectivement, malgré tout, ils ont un certain attachement à l'OTAN qui est un vecteur de puissance important pour les Américains en Europe. On peut donc penser que ça se terminera par une négociation léonine, bien sûr, mais par une négociation plutôt que par une invasion pure et simple que beaucoup dans l'opinion américaine ne comprendraient pas. »
Un signal envoyé à Washington Un signal des Européens, mais reste à savoir quelle sera la réaction de la Maison Blanche. Une réaction redoutée car, l’affaire du Groenland, c’est une rupture dans la relation transatlantique estime Cyrille Bret, « D'une part, en affichage médiatique, ce sera perçu avec beaucoup de condescendance dans la mesure où le contingent des officiers et des soldats envoyés sur place est extrêmement limité. Mais de façon plus officieuse, effectivement, ce sera perçu par l'univers Maga comme le début d'un rapport de force et donc comme un signal assez net de l'unité des Européens du Nord et des alliés de l'OTAN historique en soutien à la souveraineté danoise sur le territoire. Donc, je pense vraiment que ce sera perçu de façon ambivalente. Ce n'est pas un contingent de quelques soldats qui dissuadera les États-Unis de défendre ses intérêts de sécurité, mais de l'autre, effectivement, un changement de posture stratégique des Européens qui passe d'une posture assez accommodante finalement avec l'administration Trump, à une posture où les dispositifs militaires, eux aussi, sont mobilisés pour contrer l'aventurisme militaire américain. »
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« Quand on envoie un signal sur la volonté de défendre sa souveraineté, on l’envoie à tout le monde et on l’envoie aussi à nous même », a ainsi précisé vendredi Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées françaises.
Groenland, la tentation américaine
2026/01/11
Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale mènent des discussions actives sur une acquisition du Groenland, a déclaré ce mercredi 7 janvier la Maison Blanche. Le Groenland, territoire semi-autonome intégré au royaume du Danemark, est au cœur des ambitions américaines, l’île du cercle polaire n’est plus une périphérie glacée.
Réchauffement climatique oblige, le Groenland devient un espace de circulation structuré par trois routes maritimes polaires. Une au nord-est contrôlée par les Russes, une autre à l'ouest entre Groenland et Canada. Et enfin la Transpolar Sea Route (TSR) qui, du détroit de Béring rejoint l'Atlantique en passant par le nord du Groenland. Et outre les États-Unis, la Russie et la Chine entendent bien y planter le drapeau, souligne Mikaa Blugeon-Mered, enseignant à l'école de guerre à Paris : « Une militarisation russe qui, de fait, depuis quinze ans, arrive à des niveaux significatifs. Et l'autre, c'est la question chinoise, bien sûr, puisque la Chine arrive, été après été, à faire des premières de navigation sous-marine, sous banquise, qui permettent effectivement aujourd'hui à la Chine d'acquérir une compétence en Arctique qu'elle n'avait pas du tout et qu'elle pourrait tout à fait commencer à exploiter d'un point de vue stratégique dans les années qui viennent ».
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Une chasse gardée américaine Pour les États-Unis, le Groenland a toujours été perçu comme une chasse gardée, un territoire stratégique. Déjà pendant la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide et depuis les traités de 1951, Washington est même le garant de sa sécurité. L'armée américaine y possède encore une base à Pituffik, anciennement Thulé, au nord-ouest de l'île. « Cette base de Pituffik », dit Mikaa Blugeon-Mered, « a été mise sous le commandement de la Space Force, c'est-à-dire de l'armée spatiale des États-Unis, créée il y a quelques années. L'objectif de Pituffik aujourd'hui, c'est de servir de relais entre l'infrastructure au sol et les infrastructures spatiales au sens des satellites, notamment des satellites d'observation militaire, des satellites de renseignement électronique ou de renseignement optique qui déchargent leurs données à Pituffik, données qui sont ensuite exploitées ailleurs ».
Un bras de fer autour des ressources naturelles Le Groenland, stratégique sur l'échiquier militaire, l'est tout autant pour ses ressources de zinc, de graphite, de cuivre, de lithium, des terres rares. Grand comme quatre fois la France, le Groenland abrite dans ses sous-sols un immense trésor attisant les convoitises de tous les compétiteurs, y compris des Européens. « La Chine, l’Europe et les États-Unis sont en compétition pour les mêmes ressources du Groenland. Parce que si effectivement le Groenland est stratégique pour les États-Unis, pour la défense, la tech, l'intelligence artificielle, c'est pareil pour nous. Que ce soit sur le molybdène, que ce soit sur les terres rares, que ce soit potentiellement pour l'uranium à long terme, que ce soit même pour du sable, on a les mêmes enjeux de compétition. Le deuxième élément important, c'est la question de l'architecture de sécurité transatlantique. Le Groenland fait partie de l'Otan parce que c'est encore un territoire d'outre-mer du Danemark. Et donc le sujet qu'il y a ici au Groenland, c'est que si effectivement les Américains débarquent au Groenland avec leurs gros sabots, est-ce que ça fera exploser l'Otan ? A priori, on peut dire que la réponse est potentiellement oui ».
L’Otan en ébullition Les États-Unis vont-ils faire du Groenland une île forteresse, au nez et à la barbe des Danois, quitte à déstabiliser l'architecture de sécurité ? La réaction des Européens, pointe Mikaa Blugeon-Mered, n'a en tout cas pas tardé : « Ce qui est intéressant d'observer depuis le matin du lundi 5 janvier, ça a été la réaction coordonnée au plus haut niveau par rapport aux déclarations de Donald Trump post affaire Maduro au Venezuela, de dire, voilà, tous les pays nordiques par la voix de leur Premier ministre et les pays de la Baltique également, ce qu'on appelle le NB8, le Nordic Baltic 8. Ils ont tous réagi de manière concertée et de manière coordonnée pour dire que s'il se passe quelque chose, on ne va pas laisser le Groenland tomber. Ces huit États voient très bien ce qui pourrait se passer si Donald Trump prenait le Groenland par la force. Vladimir Poutine pourrait se dire que c'est le blanc-seing pour faire exactement la même chose, pas juste en Ukraine, mais notamment sur les États baltes. Et ça, c'est ce qui a provoqué a priori cette réponse concertée, avec encore une fois un haut degré de coordination sur le volet défense, on va défendre le Groenland si les Américains viennent ! Et ça, c'est une rupture stratégique absolument fondamentale, mais qui se joue sous les radars ».
La décision américaine de faire main basse sur le Groenland interviendra dans quelques jours, à la fin du mois de janvier, a précisé Donald Trump.
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