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Les dessous de l'infox, la chronique

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Categories
Country
United States
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2020/02/24
Latest episode
2026/10/23
Average duration
4 min.
Release period
7 days

Description

Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité d'une déclaration, d'une photo ou d'une vidéo... qui circule sur les réseaux sociaux, joignez-nous sur notre numéro WhatsApp + 33 6 89 07 61 09.

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Présidentielle au Brésil: l’IA comme arme de propagande et de désinformation
2026/10/23
Au Brésil, le second tour de l’élection présidentielle aura lieu dimanche 25 octobre. Après un premier tour serré, les électeurs devront choisir entre le président sortant de gauche Lula da Silva et le sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Alors que l’influence des réseaux sociaux dans ce scrutin est au cœur des débats, cette campagne électorale est marquée par la prolifération de contenus générés par intelligence artificielle. L’IA est utilisée par les candidats et leurs soutiens, à des fins de propagande électorale, mais aussi de désinformation. La banalisation de l'utilisation de l’intelligence artificielle durant cette campagne électorale au Brésil se traduit d’abord par la diffusion de fausses informations ultraréalistes. Dernier exemple en date avec une fausse couverture de journal usurpant l’identité du magazine IstoÉ. On pense y voir un portrait flatteur de Flavio Bolsonaro avec ce titre « L'anti-Lula est né ». Vérification faite, l’hebdomadaire brésilien, qui a cessé ses activités en mai dernier, n’a jamais publié cette Une. L’outil de vérification de la société américaine OpenAI confirme que c’est son outil d’IA qui a permis de générer cette infox. Ce recours à l’IA entraîne également une diversification des modes opératoires, à commencer par la manipulation d’images. C’est le cas de cette photo censée montrer Renan Santos, arrivé en quatrième position au premier tour, faisant un L avec ses doigts, en soutien à Lula. En réalité, le candidat du parti d’extrême droite « Mission » n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour : ce cliché a été modifié à l'aide de l'IA. Il y a également des procédés plus pernicieux. Des journalistes de l’agence brésilienne Lupa ont par exemple identifié des avatars érotiques à vocation politique. Concrètement, des jeunes femmes générées par IA semblent apparaître dans des événements de campagne organisés par le camp Bolsonaro. Ces vidéos mensongères dépassent les 45 millions de vues. « Ce qu’il faut rappeler, c’est que l’on n’a pas attendu l'IA pour fabriquer et diffuser des fausses informations. Cependant, l’IA permet l’industrialisation de cette désinformation. C'est la première campagne électorale au Brésil où l'IA peut être aussi facilement utilisée par tout un chacun », explique Allan Deneuville, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication. Si les deux camps ont eu recours à l’intelligence artificielle dans leur propagande politique, leur usage est différent, note cet expert des infrastructures numériques brésiliennes. « La communication du camp bolsonariste utilise l’IA pour mettre en scène une certaine forme de virilité, de force, de puissance. On a ainsi pu voir Flavio Bolsonaro tirer avec un fusil, utiliser un lance-roquette ou bien conduire une voiture de sport. Cela en devient parfois caricatural. » De faux bébés comme vecteurs de propagande À la désinformation s'ajoutent les contenus artificiels présentés comme tels, mais diffusant de la propagande politique sous couvert d’humour. Nous avons ainsi identifié une série de vidéos synthétiques montrant de faux bébés commentant l’actualité. Ces clips enregistrent des dizaines de millions de vues. Contrairement à ce que veut le proverbe, la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, d’autant plus lorsqu’ils sont générés par IA. Un usage réglementé Au-delà des règlements propres à chaque plateforme en matière de productions synthétiques, le Brésil est en avance sur l’encadrement de ces contenus. La résolution nᵒ 23732 adoptée par le Tribunal supérieur électoral (TSE), en février 2024, stipule que « l’utilisation, sous quelque forme que ce soit, à des fins de propagande électorale, de contenu multimédia synthétique généré par intelligence artificielle pour créer, remplacer, omettre, fusionner ou modifier la vitesse ou superposer des images ou des sons impose à la personne responsable de la propagande l’obligation d’informer, de manière explicite, visible et accessible, que le contenu a été fabriqué ou manipulé et de préciser la technologie utilisée ». « Le Brésil a mis en place des mesures et un encadrement électoral qui est relativement ambitieux concernant les contenus synthétiques, analyse Allan Deneuville. Ce cadre n'existe pas partout dans le monde et pourrait même servir d’exemple pour certaines campagnes politiques à venir en Europe ou ailleurs. Ce qui est important, c'est qu'il existe un décalage considérable entre la vitesse de production des images et les capacités de contrôle des institutions. Il y a aussi des difficultés techniques, notamment dans la détection des contenus artificiels. La question de la liberté d'expression des candidats se pose également, avec des usages de l’IA qui ne sont pas équivalents. Et puis il y a l’enjeu de la souveraineté de l'espace informationnel brésilien, avec le rôle joué par les plateformes, notamment Meta qui occupe une place centrale dans l'écosystème informationnel brésilien ». À lire aussiPrésidentielle au Brésil: une campagne d'entre-deux-tours aux allures de guerre sur les réseaux sociaux « Une société très polarisée » Se pose aussi la question de l’impact de ces contenus artificiels sur le vote des électeurs. Une influence difficile à mesurer, selon Allan Deneuville. « La société brésilienne reste une société très polarisée. Un électeur qui va voter pour le parti travailliste ou un électeur bolsonariste ne va pas forcément être confronté aux informations qui viennent de l'autre camp. Cela ne va pas forcément reconfigurer l'espace informationnel. Mais ce qui est intéressant, c'est que cela peut permettre non pas de faire changer le vote d'une personne, mais de pousser à la mobilisation, de renforcer une certaine base électorale ». Parmi les cibles prioritaires de cette mobilisation, il y a les abstentionnistes : ils étaient au moins 33 millions, soit plus d’un électeur sur cinq, au premier tour, bien que le vote soit obligatoire pour une majorité des électeurs. Leur vote potentiel sera donc crucial ce dimanche.
Les historiens submergés par les infox et l'IA
2026/10/16
Elles inondent les réseaux sociaux : les fausses informations concernant l'histoire ou l'archéologie sont légion. Des théories fumeuses sur les pyramides d'Égypte aux vidéos fantaisistes sur des découvertes improbables, les historiens assistent à une recrudescence de cette désinformation parfois motivée par des logiques politiques. Certains commencent déjà à s'organiser pour sensibiliser le public, mais comme souvent quand on parle d'infox, la tâche est immense. C'est une vidéo à succès sur le réseau X, avec 3,3 millions de vues. Elle montre la découverte de l'arche de Noé lors de fouilles sur le mont Ararat dans l'est de la Turquie. Sauf qu'il s'agit d'une vidéo générée artificiellement. D'autres existent d'ailleurs, surfant sur ce succès et sur la passion des internautes pour l'histoire. Lara Fabian, professeure assistante d'archéologie à l'université de Californie à Los Angeles et spécialiste de la région, n'en est pas du tout étonnée : « Les humains sont fascinés par le passé et l'arche de Noé, tout le monde connait cette histoire. Par ailleurs, ces vidéos ont du succès grâce à la controverse. Et leur manière de fonctionner et d'atteindre autant de personnes, c'est parce que les gens ressentent le besoin de réagir et de dire : "Vous savez, c'est faux !" » À écouter dans La marche du mondeHistoire et IA, voix recrées, archives falsifiées ? Des vidéos parfois manipulées à des fins politiques Générer du clic et des abonnements, c'est évidemment une manière de gagner de l'argent pour ces comptes sur les réseaux sociaux. Le problème, c'est que cela cache parfois d'autres motivations. Car la manipulation de l'histoire via ce type de publications peut servir des objectifs politiques et idéologiques selon Lara Fabian : « Le meilleur endroit actuellement pour voir à l'œuvre une manipulation politique, ce sont les publications sur l'ADN et plus précisément les anciens ADN, précise-t-elle. C'est devenu une obsession pour les mouvements de droite radicale : qui est la vraie population originelle de tel endroit, etc. Alors oui, là aussi, il y a une quête de clics, mais surtout une motivation politique sous-jacente qui n'est pas accidentelle. » Autre exemple assez commun : de la désinformation historique autour des Vikings, alimentée par des comptes masculinistes ou racistes. Mais les chercheurs sont aussi confrontés à un autre problème : la multiplication de données erronées. Lara Fabian l'a déjà constaté : « J'ai vu une carte générée par IA des villes de l'ancienne Route de la soie, c'est un sujet sur lequel je travaille. Et toutes les villes étaient mal placées. Je me suis dit que dans 5 ans, j'allais retrouver cette carte dans un article que je devrais relire avant publication et qu'il faudrait que j'écrive tout un paragraphe pour expliquer que les villes ne sont pas au bon endroit, explique-t-elle. Ce sont des choses que nous n'avions pas l'habitude de faire avant. » L'IA de plus en plus utilisée pour traduire les travaux scientifiques Conséquence de cette abondance de données douteuses : davantage de temps passé à la relecture de travaux scientifiques, une étape indispensable avant toute publication. Sans compter le recours accru à l'intelligence artificielle pour traduire ces travaux. Là aussi le risque d'information déformée ou erronée est grand, juge Lara Fabian : « Mes collègues qui publiaient seulement en arménien, en russe ou en géorgien sont maintenant plus à l'aise pour le faire en anglais. C'est mieux écrit, mais ces manuscrits sont très difficiles à vérifier parce que l'IA fait des erreurs de traduction qui sont très subtiles ! » Malgré la sensibilisation, le risque d'intoxication Si beaucoup de fausses informations sur l'Histoire prennent des formes anecdotiques ou divertissantes, elles peuvent donc avoir des conséquences très concrètes sur le travail des chercheurs. La réponse à ce défi est comme souvent la sensibilisation. C'est d'ailleurs ce que fait Lara Fabian avec ses élèves à qui elle donne un cours sur ces vidéos générées artificiellement : « Les étudiants sont déjà très méfiants vis-à-vis de l'IA. Le problème, c'est que quand on se renseigne en ligne sur des sujets historiques, les faux, ce sont les premières choses que l'on trouve et souvent elles sont de bonne qualité, alerte l'archéologue. Prenez ces vidéos sur l'arche de Noé, si vous êtes archéologiste, vous savez immédiatement que c'est faux. Mais si vous ne l'êtes pas, ça peut s'insinuer dans votre esprit et influencer la manière dont vous traitez l'information. » Sans compter que lutter contre la désinformation demande beaucoup de temps et des moyens que les universités, par exemple, n'ont pas toujours. Avec un autre risque selon Lara Fabian, que le public en vienne à considérer toutes les vidéos et sources historiques ou archéologiques comme non fiables et donc à décrédibiliser le travail mené par les historiens. Pour avoir les bonnes informations, retrouvez notre podcast historiqueLe Berceau de l'Histoire
Arabie saoudite: la désinformation accompagne les frappes de missiles houthis
2026/10/09
Au Yémen, les forces gouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite ont lancé une contre-offensive sur plusieurs fronts. Elles affirment avoir repris des zones stratégiques le long de la mer Rouge. En représailles, les Houthis ont ciblé à plusieurs reprises l'aéroport international de Riyad. Une maternelle et un complexe médical ont été endommagés par l'interception d'un missile. Sur les réseaux sociaux, ces frappes s’accompagnent d’une vague de désinformation. Les images mensongères autour de ces attaques menées par les rebelles houthis contre la capitale saoudienne se comptent par dizaines ces derniers jours. C’est le cas de cette vidéo de neuf secondes filmée de nuit, par un civil. On y voit un missile tombé quelque part, en plein centre-ville. La légende parle « d'explosions massives dans les rues de Riyad » appelant à « quitter la ville tant qu’il est encore temps ». Cette affirmation cumule plus d’un million de vues. Vérification faite, ce clip n’a rien à voir avec l’Arabie saoudite et la situation au Yémen. Il a été filmé à Tel-Aviv, en Israël, à 1 400 kilomètres de Riyad. Une recherche par image inversée [voir ici comment faire] nous a d’abord permis de retrouver la trace de ce clip, publié sur Facebook le 15 juin 2025. Les commentaires mentionnent une attaque de missile balistique iranien à Tel-Aviv. La géolocalisation des images confirme que cette scène s’est déroulée sur le Boulevard Jérusalem, devant l’immeuble situé au numéro 209. Nous avons identifié l’endroit exact grâce aux voies de tram, à un abribus et à ce bâtiment résidentiel visibles sur les images. Exploiter le peu d’images disponibles Cette infox n’est pas un cas isolé, bien au contraire. Autre exemple avec cette vidéo impressionnante montrant au moins deux missiles balistiques frapper un immeuble en pleine nuit. Plusieurs internautes évoquent, à tort, une « explosion en plein cœur du centre-ville de Riyad ». En réalité, nous avons retrouvé ces images sur la chaîne YouTube d’Al Jazeera. Le média qatarien les a diffusées le 15 juin 2026 au moment des frappes iraniennes sur Israël. Ces missiles ont frappé Tel-Aviv et non la capitale saoudienne. Le peu d’images authentiques disponibles autour de ces frappes ciblant l’Arabie saoudite est un terreau fertile pour ce type d’infox. Nous en avons recensé plusieurs dizaines ces dernières heures. Un écosystème de bots D’après nos recherches, notamment sur X, un écosystème de profils arabophones anonymes participe activement à ce flot de désinformation. La plupart ont été créés récemment, entre février et décembre 2025. Leurs données de localisation sont douteuses. La majorité de leurs abonnés sont des bots. Ils utilisent aussi énormément les hashtags et ne sont actifs que depuis quelques mois. Tous ces éléments réunis indiquent que ce sont des comptes inauthentiques, utilisés pour diffuser et amplifier des infox. Pour gagner en crédibilité, certains tentent de se faire passer, à tort, pour des Saoudiens, habitant la capitale. Cette opération de désinformation cumule des millions de vues et pollue les réseaux sociaux. À lire aussiYémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats
RDC: les combats se poursuivent à l’est, la désinformation aussi
2026/10/02
En République démocratique du Congo, les combats se poursuivent dans l’est du pays malgré la multiplication des efforts diplomatiques. Les affrontements opposent les Forces armées congolaises et leurs alliés contre le groupe politico-militaire AFC/M23, soutenu par le Rwanda. L’accord de paix signé sous l'égide de Washington n'a toujours pas mis fin au conflit. Sur les réseaux sociaux, une bataille informationnelle se joue, souvent à coups d’images mensongères. C’est le cas de cette vidéo censée documenter la capture de plusieurs combattants de l’AFC/M23. On y voit une dizaine d’hommes en tenue militaire, désarmés, entourés par des soldats. Devant eux, des fusils d'assaut AK-47, des mitrailleuses type PKM et des munitions sont exposés en guise de butin de guerre. Plusieurs comptes parlent d’une vague d’arrestations massives de membres de l’AFC/M23 par les Forces armées congolaises. Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation dans l’est de la RDC. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), on sait qu’elles ont été filmées en Éthiopie, à plus de 1 500 kilomètres de la RDC. La vidéo originale a été publiée le 10 avril 2025 par l'Armée de libération oromo, un groupe rebelle classé comme « organisation terroriste » par le gouvernement éthiopien. Les hommes capturés ne sont pas des combattants de l’AFC/M23 mais des membres des Forces de défense nationale éthiopiennes. Ce type de vidéos, sorties de leur contexte, se comptent par dizaines ces dernières semaines, principalement sur Facebook, TikTok et Instagram. Des avions de chasse filmés dans le Sud-Kivu ? À cela s'ajoutent aussi les contenus générés par intelligence artificielle. Prenons l'exemple de cette vidéo de quatorze secondes prétendument filmée dans le ciel de Minembwe, une localité située dans la province du Sud-Kivu. On pense y voir deux avions de chasse voler à très basse altitude. Les commentaires affirment qu’il s’agit de deux Sukhoï, de fabrication russe. Certains parlent d'appareils appartenant à l’armée congolaise, d’autres évoquent, au contraire, des avions rwandais. En réalité, ces images ne sont pas réelles. Détecter l’usage de l’IA Pour vérifier l’authenticité de cette vidéo, nous avons d’abord analysé ces images en profondeur, en les regardant à la loupe, plusieurs dizaines de fois. Premier problème : les deux avions de chasse visibles ne sont pas des Sukhoï mais des Eurofighter Typhoon. Or ni l’armée congolaise, ni l’armée rwandaise ne possèdent ce type d’avion de chasse développé par plusieurs pays européens. Nous avons aussi repéré un défaut visuel majeur. L’un des canards, ces petites ailes latérales montées sur le nez de l’avion, disparaît étrangement après une rotation de l’appareil. Ce genre d’erreur est typique des vidéos générées par intelligence artificielle. Semer le doute Derrière ces fausses informations, on retrouve en majorité des comptes anonymes qui commentent l’évolution de la situation dans l’est de la RDC. Ils mélangent du vrai et du faux, souvent à des fins de propagande. Cette désinformation systématique alimente les tensions, pollue les réseaux sociaux et complique le suivi de la situation sur place. À lire aussiRDC: RFI ciblée par une série de fausses éditions spéciales
L'intelligence artificielle s’invite à la tribune des Nations unies
2026/09/25
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies n’a pas échappé aux images créées par IA. Cette semaine des images cocasses ont circulé sur les réseaux. Des vidéos truquées, parfois caricaturales ou destinées à nuire à l’image de certains chefs d’État, ayant fait le déplacement à New York. La guerre au Moyen-Orient a également alimenté des contenus mensongers.   La cellule info de vérif de RFI a passé en revue les images disponibles sur les réseaux à l’occasion de cet évènement planétaire. Aux côtés de vidéos officielles comme ici : https://webtv.un.org/fr, certaines images ont attiré notre attention, comme celles censées montrer l’arrivée du président libérien Joseph Boakai. Une série de photos prétendument réalisée au moment où il entre dans le building des Nations unies. Il est accompagné d’une partie de sa délégation, et certaines images publiées le montrent en train de faire une chute, ou d’être victime d’un malaise. Sur la vidéo, on voit le président à terre, soutenu par un policier, et un homme en costume noir, peut-être un garde du corps, sous les yeux de la ministre libérienne des Affaires étrangères, Madame Sara Frances Beysolow Nyanti. Commentaires sur certains comptes : « Cet évènement doit nous interroger sur la santé du président libérien ».   Pas de malaise mais une image créée par IA Cette image artificielle s’inspire de la véritable séquence montrant l’arrivée du président libérien. Elle est donc difficile à déceler. Tout y est, le logo officiel de la République libérienne en incrustation en bas à droite de l’image. On reconnait le Président avec son chapeau gris, la ministre avec son bandeau orange, le personnel de l’ONU, mais en réalité il n’a jamais chuté. Pour le savoir, nous avons retrouvé des vidéos montrant la scène authentique : on le voit passer tranquillement devant la caméra sans incident notable. Enfin, un détail a attiré notre attention. Sur l'image générée par IA, la ministre porte une robe dont les motifs et la couleur du corsage sont différents de ceux de la tenue qu’elle avait ce jour-là.   Multiples manipulations Plusieurs images générées par IA sont destinées à nuire à une personnalité politique ou à un État. Par exemple, une image artificielle du Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, portant des habits déchirés ou une gamelle sur la tête. Les posts reprennent l’expression qu’il avait lui-même employée dans un discours en 2022 : « Les mendiants ne peuvent pas faire les difficiles ». Une formation jugée humiliante, reprise depuis par l’opposition pakistanaise qui s’en sert pour critiquer la politique du gouvernement et la dépendance de son pays vis-à-vis de l’extérieur. La séquence générée par IA a été vue des centaines de milliers de fois sur X.   La situation au Moyen-Orient n’a pas échappé à l’IA La veille du discours du président iranien, des images ont circulé, censées montrer Massoud Pezeshkian à la tribune en train de brandir le cartable ensanglanté d’une écolière tuée dans un raid américain contre son école, à Minab dans le sud de l’Iran. Cette image a été créée par l’IA, car le lendemain, lors de la véritable allocution, il a montré des images des écoliers tués dans la frappe, mais n’est pas venu avec ce fameux sac d’écolier devenu le symbole des souffrances du peuple iranien après l’attaque du 28 février dernier. Enfin, le compte officiel du cabinet du Premier ministre israélien, suivi par 1,5 million d’abonnés sur X, a relayé des images créées par IA de perroquets se succédant au perchoir des Nations unies pour condamner les uns après les autres la politique d’Israël. Les volatiles symbolisant certains pays arabes et occidentaux…   À lire aussiL'IA dans la guerre de la désinformation: le vrai du faux au Moyen-Orient
Nigeria: les fausses Unes de journaux se multiplient avant l'élection
2026/09/18
Au Nigeria, la commission électorale a publié samedi 12 septembre la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle du 16 janvier 2027. Le président sortant Bola Ahmed Tinubu fera notamment face à Atiku Abubakar, ancien vice-président, et Peter Obi arrivé troisième lors de la présidentielle de 2023. Alors que la campagne électorale bat son plein, la désinformation s’intensifie sur les réseaux sociaux. Un mode opératoire revient en boucle : la fabrication de fausses Unes de journaux. C’est le cas de cette couverture attribuée au journal anglophone Daily Tribune, en date du 1er septembre 2026. Le titre principal, en lettres majuscules, prétend rapporter une promesse prétendument formulée par Atiku Abubakar. On peut y lire : « Aucun Nigérian ne paiera de loyer quand je deviendrai président ». Certains affirment, à tort, que le candidat du Congrès démocratique africain (ADC) aurait annoncé une « peine de prison de 10 ans pour les propriétaires qui continueraient de percevoir un loyer ». Vérification faite, tout est faux. Sur la forme d’abord, cette Une de journal a été inventée de toutes pièces. Le média en question, le Daily Tribune, n’existe pas. La charte graphique imite assez grossièrement celle du quotidien anglophone, Nigerian Tribune. En réalité, leur couverture du 1er septembre ne parle pas d’une telle annonce. Sur le fond, Atiku Abubakar n’a jamais promis la gratuité des logements. Un membre de son équipe a dénoncé sur X « une affirmation entièrement fausse ne reflétant pas les opinions » de l’ancien vice-président. Un média fantôme Atiku Abubakar n’est pas la seule victime de ce type de manipulation. Bola Ahmed Tinubu et son ministre des Finances, Taiwo Oyedele, en ont aussi fait les frais ces dernières semaines. Une couverture, encore attribuée au Daily Tribune, affirme que le président sortant aurait annoncé une hausse exceptionnelle du prix de l’essence, à compter du mois de mai 2027. Là encore, tout est faux. On remarque d’ailleurs plusieurs erreurs assez grossières sur cette fausse Une, avec notamment cette date du 27 mai 2027. Exploiter la crédibilité des médias Si le phénomène existe depuis des années, la propagande pro-russe s’en est emparée depuis l’invasion de l’Ukraine, il n’a jamais été aussi simple de fabriquer une fausse couverture de journal. Les outils d’intelligence artificielle grand public permettent aujourd’hui de générer ou de modifier une Une mensongère en seulement quelques clics. À lire aussiDe fausses couvertures de journaux alimentent le narratif des punaises de lit Ce mode opératoire répond à deux objectifs principaux : exploiter la crédibilité des médias, mais aussi les disqualifier en jetant le doute sur l’authenticité de tous leurs contenus. Comment ne pas se faire avoir ? D’abord, il convient de se méfier des couvertures de journaux qui circulent sous forme de captures d’écran. C’est toujours dans ce format que ce type d’infox circule. Enfin, pour vérifier l’authenticité d’un article ou d’un reportage de presse, il faut penser à revenir à la source en allant consulter le site internet ou les réseaux sociaux officiels du média en question. Si le sujet en question n’y figure pas, c’est une fausse information. Face à ces usurpations d’identité à répétition, le Nigerian Tribune a aussi publié un guide de vérification sur son site internet.
Yémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats
2026/09/11
Les combats s’intensifient au Yémen. Cette guerre, longtemps gelée, oppose les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, ciblés par des frappes aériennes de Riyad, ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mokha jeudi 10 septembre. Sur fond d’embrasement régional, cette nouvelle crise s’accompagne d’une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux. Images détournées, contenus générés par intelligence artificielle... Au Yémen, tous les moyens sont bons pour gagner la guerre des récits. C’est le cas de cette vidéo censée documenter les conséquences d’une frappe des rebelles Houthis sur un aéroport saoudien. On y voit des passagers évacuant en urgence un avion en feu, sur une piste de décollage. Les commentaires parlent d’une scène de panique filmée à l’aéroport international du roi Khaled, au nord de Riyad. Vérification faite, ces images sont sorties de leur contexte. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver l’origine précise de cette vidéo. Elle a été filmée aux États-Unis, à l’aéroport de Denver, en juillet 2025. Un Boeing de la compagnie American Airlines avait pris feu durant le décollage. Des frappes et des infox Des comptes pro-rebelles Houthis cherchent ainsi à faire croire à une panique générale dans les aéroports saoudiens visés par des frappes. Autre exemple avec cette vidéo d’un terminal en feu où des passagers courent sur les décombres. La légende évoque une scène de « chaos résultant de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d’Abha ». En réalité, elle montre l’aéroport international du Koweït touché par des drones iraniens en juin 2026. Des rebelles déposent les armes ? Sur l'évolution des combats en cours aussi, tout et son contraire circule sur les réseaux sociaux. Alors que les rebelles Houthis gagnent du terrain sur la côte ouest du pays, une vidéo prétend que certains de ses membres auraient déposé les armes, capturés par les forces gouvernementales. On y voit des hommes, jeunes pour la plupart, filmés un par un, en gros plan, quelque part dans le désert. Dans les faits, ces images ont été publiées sur YouTube par un journaliste yéménite, le 27 février 2021. Désinformation régionale Cette désinformation cible aussi les autres pays de la région, à l’image de la Syrie, où une photo diffusée en ligne prétend montrer, à tort, le recrutement par l’Arabie saoudite de mercenaires syriens pour se battre au Yémen. On y voit un combattant en habits traditionnels yéménites, prendre la pose devant plusieurs soldats. En réalité, cette photo a été manipulée via l’intelligence artificielle. Sur le cliché original, en ligne depuis 2025, l’homme ne porte pas la tenue traditionnelle yéménite. Nous l’avons retrouvé, c’est un instructeur militaire ouzbek pris en photo en Syrie, il y a plus d’un an. Rien n’indique qu’il soit parti au Yémen. Compliquer le travail des analystes Derrière ce flot de fausses informations, on retrouve un mélange de faux comptes, de médias peu fiables et d’influenceurs habitués à diffuser de la propagande. Toutes ces images mensongères rendent très difficile le travail en sources ouvertes et le suivi de l’évolution de la situation sur place. À lire aussiYémen: l’offensive des Houthis se joue aussi sur les réseaux sociaux
Moyen-Orient: la guerre des images autour des frappes américaines et iraniennes
2026/09/04
Après un mois d'accalmie, les frappes américaines sur l’Iran ont repris cette semaine. Les États-Unis affirment avoir détruit des sites de défense aérienne, des systèmes radar et des dispositifs permettant d’installer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, les Gardiens de la Révolution ont ciblé des bases américaines aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Sur les réseaux sociaux, une guerre des images se joue autour de ce nouvel épisode de tensions. Les vidéos mensongères censées documenter ces bombardements iraniens et américains se multiplient ces derniers jours. L’un des exemples marquants est un clip de dix-neuf secondes filmé de nuit. On y voit une zone industrielle ravagée par les flammes. Les commentaires parlent d’un « bombardement américain sur le port de Bandar Abbas », une ville iranienne stratégique, donnant sur le détroit d’Ormuz. Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Moyen-Orient. Cette vidéo a été filmée en Russie, en janvier 2025. Elle montre une raffinerie de pétrole en feu à la suite d’une attaque de drone ukrainienne, dans la région de Nijni Novgorod. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver la trace de ce clip, diffusé dans plusieurs articles de presse. Des explosions ont été signalées à Bandar Abbas ces derniers jours mais sans confirmation visuelle à ce stade. L’IA au service de la propagande Au-delà des vidéos sorties de leur contexte, nous avons également repéré des images générées par intelligence artificielle. C’est le cas de cet extrait prétendument lié à la riposte iranienne. On y voit cinq lanceurs de missiles fixes, alignés quelque part dans le désert. À proximité du pas de tir, plusieurs soldats observent la mise à feu et le décollage des engins. La légende avance que « l'Iran serait capable de répondre aux frappes américaines en moins de 10 minutes grâce à ces lanceurs de missiles ». En réalité, ces images ont été générées par intelligence artificielle. Au début de la vidéo, on compte précisément cinq lanceurs sur le pas de tir. Mais lors de la mise à feu, six missiles montent dans le ciel. En regardant au ralenti, on se rend compte que l’un d’eux apparaît comme par magie. Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés confirment que ces images sont synthétiques. Comptes anonymes et président américain Derrière ces vidéos artificielles, on retrouve souvent des comptes anonymes, habitués à diffuser de la désinformation autour de la situation au Moyen-Orient. Ces contenus mensongers ultra-réalistes leur permettent de générer facilement des millions de vues sur les réseaux. Le compte le plus influent qui utilise l’intelligence artificielle pour communiquer sur les frappes en Iran n’est autre que celui du président américain en personne. Donald Trump a notamment diffusé une vidéo artificielle de l’île iranienne de Kharg, en feu, sans préciser l’utilisation de l’IA. Ces images mensongères sèment le trouble et rendent encore plus difficile la distinction entre le vrai et le faux. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les images artificielles saturent l’espace informationnel
Syrie: les tensions entre Israël et la Turquie ciblées par les infox
2026/08/28
Après des frappes israéliennes sur une base militaire syrienne, près de la frontière turque, les relations se sont encore dégradées ces derniers jours entre Tel-Aviv et Ankara. Dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza, la Turquie a émis un mandat d’arrêt international contre Benyamin Netanyahu, qui a lui qualifié Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Cette situation inflammable n’échappe pas à la désinformation. Les fausses informations que nous avons repérées laissent croire à un déploiement militaire massif de la Turquie en Syrie. C’est le cas de cette vidéo censée montrer l’arrivée de 250 véhicules et d’une vingtaine de chars turcs dans le sud-ouest de la Syrie. On y voit des engins de transport de troupes, modèle Kirpi, et des blindés légers, Otokar Cobra, alignés sur une route bitumée. Les commentaires parlent d’un « renforcement militaire récent et massif ». Vérification faite, cette vidéo n'est pas récente. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé sa trace il y a près de neuf ans. Elle a été publiée sur YouTube par la chaîne de télévision turque, TRT, le 1ᵉʳ octobre 2017. La légende évoque un rassemblement de troupes, à la frontière syrienne.   Ce déploiement était intervenu quelques jours seulement avant le lancement par Ankara d’une opération militaire contre les jihadistes d'al-Qaïda, dans la région d'Idleb. L’intelligence artificielle s’en mêle Cette fausse information n’est pas un cas isolé, loin de là. Nous en avons repéré plus d’une dizaine ces derniers jours. La dernière en date est une photo du palais présidentiel de Damas. Elle prétend montrer le déploiement sur place d’un système de défense anti-aérien, de fabrication turque. On y voit un radar et des modules d’interception, reconnaissables par leurs tubes de lancement de missiles. La description affirme que « la Turquie aurait déployé son dôme de fer en prévision d'une frappe israélienne ». Dans les faits, cette image n’est pas réelle. Les proportions du radar et des lanceurs de missiles ne sont pas correctes. Les modules font la même taille que des bâtiments hauts de plusieurs étages. D’un point de vue militaire, leur placement, à seulement quelques mètres du palais présidentiel, n’a aucun sens. Ces incohérences montrent que ce cliché a été généré ou modifié par une intelligence artificielle. Les outils de détection que nous avons utilisés le confirment. Marché numérique de la peur Derrière ces infox, on retrouve un mélange de comptes de propagande et de profils bien ancrés sur le marché numérique de la peur. Les premiers cherchent à vanter la puissance militaire turque. Les autres exploitent de façon opportuniste les différentes tensions internationales, ici entre la Turquie et Israël. En agitant le spectre d’une confrontation militaire imminente, ils parviennent à générer de l'audience et à gagner de l’argent. Souvent sensationnalistes, ces contenus sont mis en avant par les algorithmes de recommandation. Cette désinformation pollue l’espace numérique et participe à éclipser les informations fiables et vérifiées.
Mali: la désinformation s'active autour de la libération des 82 militaires
2026/08/21
Au Mali, 82 militaires détenus par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont été libérés jeudi 13 août, capturés après des affrontements avec l'armée malienne. Sur les réseaux sociaux, cette libération n’échappe pas à la désinformation, notamment aux fausses déclarations attribuées à des chefs d’État étrangers. À en croire une vidéo diffusée sur TikTok, Vladimir Poutine aurait réagi en personne à cette libération des 82 militaires maliens. À l’image, l’extrait d’une prise de parole officielle du président russe défile. Côté son, une voix de mauvaise qualité, générée par intelligence artificielle, prétend traduire ses propos. On pense alors l’entendre féliciter longuement Assimi Goïta. Le reste de ce prétendu discours fait l’éloge du président de la transition malienne. Faux discours et intelligence artificielle Vérification faite, tout est faux. Sur le fond d’abord, Vladimir Poutine n’a jamais prononcé ces mots. Ni son cabinet, ni les médias russes ou maliens n’ont évoqué une telle déclaration. Le Kremlin et les autorités maliennes ont rapporté mercredi une conversation téléphonique, à l'initiative du Mali, entre le président russe et Assimi Goïta. Aucun des communiqués ne mentionne la libération de ces 82 soldats. Quelqu'un a donc simplement recyclé une vieille vidéo de Vladimir Poutine en y ajoutant un faux discours, lu par une intelligence artificielle. Kim Jong-un ciblé Le président russe n’est pas le seul chef d’État ciblé par ce genre de rumeur. Un discours similaire est aussi attribué au leader nord-coréen Kim Jong-un. Une voix artificielle prétend là encore que le dirigeant nord-coréen aurait longuement félicité Assimi Goïta. Une nouvelle fois, tout est faux. Cette déclaration a été inventée de toutes pièces. Malgré cela, les commentaires montrent que certains se font avoir. Un mode opératoire à la mode Ce n’est pas la première fois que de fausses déclarations de Vladimir Poutine et Kim Jong-un circulent sur les réseaux sociaux. Il s'agit d’un mode opératoire à la mode depuis plusieurs années, particulièrement en Afrique de l’Ouest. De nouveaux cas circulent tous les jours sur TikTok. Nous en avions déjà parlé dans cette chronique, en septembre 2023, avec une fausse vidéo du leader nord-coréen, menaçant de détruire les pays hostiles au Niger. Symboles d’autorité et assez populaires, Kim Jong-un et Vladimir Poutine ne sont pas choisis au hasard. Les mentionner dans un contexte politique local permet de maximiser ses chances de faire de l’audience sur les réseaux sociaux. Occuper l’espace informationnel Derrière ces infox, on retrouve souvent des comptes TikTok anonymes, se présentant, à tort, comme des médias. Certains cumulent des dizaines de milliers d’abonnés et enregistrent des millions de vues. Leur activité se résume à la diffusion d’infox souvent sensationnalistes, en lien avec l’actualité internationale. La majorité de ces contenus sont ouvertement pro-russes. Comme un bruit de fond permanent, cette désinformation sème le trouble et brouille l’espace informationnel.
Ceuta: comment la désinformation encourage la traversée de la frontière
2026/08/14
Les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla vont-elles faire face à une nouvelle crise migratoire, samedi 15 août ? Deux semaines après l’afflux d’au moins 70 000 migrants, de nouveaux appels à la traversée circulent sur les réseaux sociaux. L'enquête menée par RFI montre que ce mouvement numérique est, une nouvelle fois, marqué par la désinformation et amplifié par des faux comptes. À en croire une rumeur insistante sur les réseaux marocains, la frontière espagnole sera exceptionnellement ouverte, samedi 15 août, pour cause de jour férié dans le pays. « C’est le moment ou jamais », commentent certains internautes, dans des publications vues plusieurs millions de fois. En réalité, aucun passage ne sera ouvert, ni côté marocain, ni côté espagnol. Cette fausse information a été montée de toutes pièces, pour piéger les candidats à la migration. Face à la montée en puissance de cette rumeur, les autorités des deux pays ont, au contraire, annoncé le renforcement de leur dispositif sécuritaire sur place. Dans un message publié sur Instagram, la Guardia civil, la police militaire espagnole insiste : « la frontière ne s’ouvrira pas. De nouvelles barrières de sécurité ont été installées. Ne vous laissez pas tromper ». Rappelons que ce n’est pas la première fois que ce type de rumeurs circulent sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées. À cela s'ajoutent différents types d’arnaques avec des fausses promesses de contrats de travail en France, en Italie et ailleurs en Europe. Grâce à l’analyse des schémas de diffusion nous avons documenté plusieurs comportements, factices, inauthentiques. L’enquête est à retrouver en intégralité ici.
Crise migratoire à Ceuta: attention à la récupération de certaines images par la droite radicale
2026/08/07
Les images de l'afflux massif de dizaines de milliers de Marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta le 30 juillet dernier ont fait l’objet d’une récupération de la part de la mouvance d’extrême droite européenne. Certaines vidéos impressionnantes ont notamment été détournées pour faire croire à un complot des autorités marocaines et à un déferlement de violences de la part des migrants au cœur de Ceuta. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Des véhicules calcinés sur une route coincée entre la colline et la mer, des restes de motos, un bus incendié dont ne subsiste que la carcasse noircie. Commentaires sur X de la part de comptes francophones de la droite radicale : « Voilà à quoi ressemble Ceuta »,  la ville espagnole serait : « presque totalement dévastée ». « Il n'a fallu qu'une journée aux migrants pour détruire Ceuta », conclut un contributeur sur le réseau d’Elon Musk.  Un visionnage attentif révèle des images de bonne qualité, tournées pour le compte d’une agence de presse ou d'une télévision, mais reprises sans aucune voix off, dans des posts mensongers.  Géolocalisations et chronologie des faits Dans le cadre de notre travail de vérification, nous avons tout d’abord cherché à savoir avec précision où ces images avaient été tournées.  Sur la vidéo de 45 secondes, une capture a retenu notre attention. À 22 secondes, sur un rond-point tout proche des carcasses, deux panneaux routiers indiquent Ceuta 0,5 km et Tétouan au Maroc, à 32 kilomètres. En utilisant une image satellite issue de Google Earth, disponible gratuitement en ligne, nous avons retrouvé le rond-point : il se situe en territoire marocain et non dans l’enclave espagnole.  En utilisant la plateforme Mapillary, qui compile des images de rues prises par des internautes du monde entier, nous avons retrouvé ce lieu, en 2016. On distingue des voitures stationnées sur le bas-côté, exactement au même endroit que celles qui ont été filmées après avoir été incendiées en 2026.  Conclusion : les véhicules ont été incendiés devant l’immense poste de douanes qui permet de pénétrer dans l’enclave espagnole, mais côté marocain, sur la route de Fnideq. Ce que confirme notre correspondant au Maroc Matthias Raynal, qui précise que : « ces images ont été prises au niveau de la frontière, du rond-point et sur la route qui mène au poste de douane ». Quelques voitures marocaines brûlées au Maroc Il ne fait aucun doute que Ceuta a dû faire face à des pillages et s’est retrouvée submergée par l’arrivée de ces milliers de jeunes migrants marocains et subsahariens, mais ces images de voitures brûlées n’ont pas été tournées au sein même de la ville, lors de l'arrivée des migrants, contrairement à ce qu’affirment plusieurs post mensongers.    L’agence Reuters écrivait enfin le 31 juillet : « Aux portes de Ceuta, les autorités marocaines ont déployé des camions lance-eau et tentaient de repousser la foule. On pouvait apercevoir les carcasses calcinées d'un bus et de sept voitures, stigmates des affrontements de la veille ».  Sur certains véhicules, endommagés dans ce secteur, on aperçoit d’ailleurs des plaques d’immatriculation marocaines et non espagnoles. Ces dégâts ont visiblement été causés dans la nuit du 30 au 31. Le 3 août, Madrid annonçait enfin, que la quasi-totalité des migrants marocains ayant franchi la frontière avaient été renvoyés dans leur pays d'origine.   Théories bancales sur la complicité des gendarmes marocains L’autre vidéo qui a été vue des milliers de fois sur les réseaux, c’est celle d’un camion benne marocain duquel descendent des dizaines de jeunes migrants sous l’œil d’un gendarme marocain. L’image dénote une certaine passivité des forces de l’ordre face aux évènements, mais certains commentaires vont jusqu’à parler de complicité directe des autorités  qui auraient organisé le transport en camion de ces jeunes Marocains jusqu'à Ceuta.  Là encore, nous avons cherché à géolocaliser ces images. Dans l’enregistrement, on entend la personne qui filme dire en dialecte marocain, que la scène a été tournée « aux portes de Tétouan ». En nous basant sur ce qu’on voit à l’écran, nous avons donc recherché une route à deux fois deux voies, dans les environs de cette ville du nord du Maroc. En remontant la N2 sur Mapillary, nous avons retrouvé un point de vue identique à celui de la vidéo. La route, le relief, la signalisation concordent. Toutefois, l’endroit est situé à 50 km de Ceuta. Si les jeunes migrants avaient dû continuer leur route à pied, ils auraient dû marcher une dizaine d’heures pour atteindre la frontière espagnole.     Des camions bondés filmés à plusieurs reprises On retrouve cette vidéo sur une publication locale sur Facebook. La vidéo a été mise en ligne le 30 juillet à 21h13 dans le journal en ligne Tetouan-Press, alors que les premières arrivées à Ceuta avaient eu lieu le matin même à l’aube. On ignore quand ces images ont été tournées, mais on sait précisément où la scène a été filmée. Compte tenu du contexte, il est vraisemblable que le camion ait été contrôlé avant son arrivée, et que le gendarme ait assisté au débarquement des passagers. Sur les réseaux, de nombreuses vidéos montrent d’ailleurs des véhicules chargés de jeunes marocains circulant sur les routes du royaume avant les évènements de Ceuta. Des signaux d'avertissement À partir du 30 juillet, 50 000 personnes, essentiellement des Marocains, ont rejoint ou tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta à pied ou à la nage depuis la ville voisine de Fnideq. Le 4 août, un haut responsable marocain a affirmé à l’AFP que « Le Maroc avait prévenu l'Espagne, avant la crise à Ceuta, et dès le 22-23 juillet, quand les réseaux commençaient à parler de la nouvelle décision de justice de la Cour suprême espagnole » permettant aux migrants d’entrer plus facilement à Ceuta par la mer. Pour sa part, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez avait alors estimé que la crise migratoire alors en cours à Ceuta était liée à une rumeur lancée « par les mafias de trafiquants d'êtres humains ».
Comment l’intelligence artificielle alimente la désinformation historique
2026/07/31
Avec le perfectionnement des outils de génération d’images, les vidéos artificielles, censées donner vie à des moments historiques, se multiplient sur les réseaux sociaux. Souvent remplis d’erreurs et d’anachronismes, ces clips alimentent la désinformation historique. Imaginez-vous en train de déambuler dans les rues de Rome durant l’Antiquité, dans une tranchée lors de la Première Guerre mondiale ou dans une forêt à l’époque des dinosaures. Voici le genre de voyage temporel que proposent ces vidéos artificielles diffusées sur les réseaux sociaux. Ce que vous venez d’entendre, c’est Chloé, une jeune femme entièrement générée par IA. On peut la voir assister à différents événements qui ont marqué l’histoire : la Révolution française, le naufrage du Titanic ou encore l'éruption du Vésuve. Aucune période historique n’est épargnée. Les vidéos de ce compte cumulent des dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux. Erreurs et anachronismes Visuellement, l’illusion est presque totale, à tel point que des internautes se demandent en commentaire s’il s’agit d’un clip synthétique ou d’une reconstitution historique réalisée avec de vrais acteurs. La qualité des images, le son et l’esthétique générale donnent l’impression de visionner un contenu pédagogique, pensé pour se documenter sur une période ou un événement de notre histoire. Sauf que, en réalité, c’est tout le contraire. En effet, ces vidéos comportent énormément d’erreurs factuelles et d’anachronismes : un drapeau bleu-blanc-rouge trois cent cinquante ans avant sa création, un Moyen-Âge sinistre, sombre et très sale, la France sacrée lors de la première Coupe du monde en Uruguay, etc. Déformer notre vision du passé Ces vidéos, souvent courtes, enchaînent les infox mais aussi les anachronismes. Basées non pas sur le travail d’historiens reconnus, mais sur un ensemble de sources abstraites, elles véhiculent aussi de nombreux stéréotypes. S’y ajoutent, parfois, des motivations politiques voire une forme de révisionnisme. Résultat, ces clips bouleversent notre vision du passé et participent aussi à invisibiliser les sources fiables et les documents historiques. C’est notamment le cas pour la Shoah avec des vidéos artificielles mettant en scène des victimes de l’Holocauste. À lire aussiLes IA génératives et le risque d'une réécriture de l'histoire de la Shoah La quête du buzz Derrière ces vidéos historiques artificielles, on retrouve une pluralité d’acteurs, allant des passionnés d’histoire peu soucieux de la réalité des faits aux internautes en quête de profit. Ces vidéos, souvent virales sur les réseaux sociaux, peuvent se transformer en une véritable source de revenus. La concurrence grandissante entre les créateurs de vidéos historiques artificielles aboutit à une surenchère, avec des contenus toujours plus sensationnalistes et donc toujours plus mensongers. Souvent présentées comme des contenus synthétiques, ces vidéos ne sont pas supprimées par les plateformes. Au contraire, les algorithmes les mettent en avant. Le phénomène n’est donc probablement pas près de s’arrêter.
Guerre en Iran: comment l'embargo sur les images satellites US a entravé la vérification des faits
2026/07/24
Le bras de fer entre les États-Unis et l'Iran se poursuit avec une reprise le 8 juillet des frappes américaines. À partir de mars, les premières images spatiales de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis avaient permis d’avoir une idée assez précise des dégâts subis par les belligérants. Elles provenaient principalement d'entreprises américaines. Des clichés récupérés par les propagandistes des deux camps, ce qui a poussé les États-Unis à fermer progressivement le robinet à images. Parmi les entreprises américaines spécialisées dans la diffusion d’images satellites, certaines sont bien connues comme Planet Labs, ou encore Maxar devenu Vantor. Au total, on compte aux États-Unis une dizaine d'entreprises proposant des solutions d'exploitation des données spatiales. Il s’agit de partenaires importants dans le travail d’enquête numérique et de vérification des faits. Planet Labs et Maxar ont toujours fait preuve de transparence avec la presse internationale. Pour autant, ces entreprises commerciales ne sont pas autorisées à mettre tout et n'importe quoi entre les mains du public. Dès 1992, le Congrès avait fait voter une loi suivie deux ans plus tard d’une directive présidentielle, imposant aux opérateurs de satellites commerciaux de restreindre l’accès aux données en temps de guerre.  Avant le conflit dans le golfe Persique, ces entreprises avaient une politique de publication assez stricte mais très claire. Par exemple, en juin 2025 (8 mois avant la guerre), RFI avait cherché à se procurer des images satellites de l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien : « une île porte-avions », puisqu’une base aérienne américaine est construite sur cet archipel :  Réponse de Maxar : « Par principe, nous ne fournissons pas d'images haute résolution des bases militaires américaines ou de la coalition ». Restrictions croissantes Ces derniers mois, on a assisté à une réduction progressive de l’accès à l’imagerie commerciale américaine. En 2026, dans les premiers jours ayant suivi l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, beaucoup d’images ont été diffusées. Planet Labs fournissait même en service de presse (donc gratuitement) des clichés détaillant les sites iraniens visés par les Américains. On pouvait y voir les destructions sur le port militaire de Bandar Abbas, sur la base aérienne de Tabriz, l’aéroport de Mehrabad, ou encore le site nucléaire de Natanz.   Quand nous avons travaillé sur le bombardement d’une école située à proximité immédiate de la base des pasdarans de Minab, Planet Labs a fourni des images documentant l’attaque du site, nous permettant dès le 5 mars d’apporter la preuve d’un raid massif mené par les États-Unis, et ayant conduit à une frappe meurtrière sur l’école. Le dossier libre d’accès a été clôturé le 7 mars. Les photos contredisent Trump  Les choses se sont compliquées quand les pertes matérielles américaines ont commencé à être évoquées, images à l’appui. Dans un premier temps, les « Osinter » : la communauté qui exploite les données librement accessibles sur internet, les journalistes, les ONG s’en sont saisis, suivis de la propagande iranienne qui désormais fournit des images appuyant son narratif. Parallèlement, on sait que l'Iran dispose d'une capacité d'appréciation de la situation via des satellites d'observation dont on ignore les performances. Sur les réseaux, le voile a commencé alors à se lever, laissant apparaître des frappes significatives contre des bases américaines dans le golfe. Des raids de drones ou de missiles iraniens contre des radars, des drones US sous leurs hangars et d'autres infrastructures. Il ne fait aucun doute que l'Iran a répliqué avec une certaine efficacité et continue de le faire à l'été 2026. Cela va à l’encontre du discours de l’administration Trump qui, dès le début, a tenté de minimiser les pertes, évoquant : « Une réponse très faible de l’Iran (…) l’absence de pertes humaines côté américain (…) une guerre qui devait se terminer rapidement ». Discours qui a ensuite évolué, sur un ton plus menaçant : « Nous allons frapper très fort pour honorer nos soldats tombés ». L’épisode de l’AWACS : un déclencheur ?  Le tournant a peut-être été la diffusion des images d’un avion radar américain coupé en deux par un projectile iranien après l’attaque d’une base aérienne saoudienne. C’était la preuve concrète que l’Amérique « prenait des coups » Parallèlement, des soupçons sont apparus concernant l’utilisation d’images satellites commerciales à des fins de ciblage, c’est-à-dire pour permettre à l’armée iranienne de préparer ces actions militaires. Quelques jours après l’affaire de l’AWACS, sans toutefois établir un lien direct, Planet Labs suspend la diffusion de nouvelles images de la région, à la demande du gouvernement américain, afin d’empêcher « leur utilisation comme moyen de pression tactique par des acteurs adverses ». À ce moment, les spécialistes américains commencent à évoquer l’activation du « shutter control » : le contrôle de l’obturateur. En clair, le blocage des images.  Embargo sur les images  Cette censure progressive prend plusieurs formes. Elle débute par l’allongement du délai de diffusion des images, puis le blocage des données, et enfin la sélection des images commercialisables ou destinées au grand public. Planet Labs, comme d’autres entreprises du secteur, est une société américaine soumise à un régime de licences fédérales. Les autorités américaines disposent de mécanismes permettant de demander une limitation temporaire de la diffusion de certaines données d'observation pour des raisons de « sécurité nationale ». C’est le levier de régulation juridique, mais il y a aussi un levier commercial, car la défense américaine constitue un très gros client de ces sociétés qui fournissent des images spatiales.  Dépendance ? Dans le secteur de l’imagerie spatiale, les Européens sont en pointe. Les quelques images d’Airbus Space que nous avons obtenues par le passé sur d’autres sujets sont d’une qualité exceptionnelle. Toutefois, la politique commerciale du groupe impose un cadre précis. Dans les faits, les images des zones de conflit ne sont presque jamais mises à la disposition du public. Airbus a aussi pour client le ministère des Armées en France, et travaille avec de nombreux opérateurs institutionnels dans d’autres États, y compris dans le Golfe.  Reste le chinois Mizarvision, dont le rôle ambigu aux côtés des Iraniens a fait couler beaucoup d’encre. Cette start-up chinoise produit des images spatiales en haute définition. Elle suit les mouvements de l’armée américaine, mais ces images ne sont pas certifiées et sont susceptibles d’avoir été améliorées avec l’aide de l’IA, donc altérées.  Face aux restrictions, il y a toujours la possibilité d’utiliser des outils moins adaptés, en travaillant sur des images de moins bonne résolution, comme celles du programme européen d’observation de la Terre Copernicus. Ces images sont régulièrement utilisées par la communauté des Osinter en appui d’autres observations, mais ne permettent pas de détecter des objets de petites tailles. Après recoupements, elles révèlent parfois des indices précieux.
Comment des comptes pro-AES ont tenté de manipuler l’annonce de la mort d’un soldat français?
2026/07/17
Au Mali, entre le 4 et le 9 juillet, l’armée malienne, soutenue par des éléments du corps africain russe, a combattu des groupes terroristes dans la localité d’Anéfis. Cette bataille a donné lieu à la diffusion de fausses infos visant l’armée française qui s'est pourtant retirée du Mali en août 2022. Des infox qui ont tenté de laisser croire à l’implication d’un soldat français aux côtés des rebelles du Front de libération de l’Azawad et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Avec Léonie Magro Del Baño et Adèle Léron L’infox a commencé à circuler à bas bruit, dès la fin des combats les plus durs à Anéfis. Le 9 juillet, un premier post trompeur a été détecté sur X (anciennement Twitter). Son auteur a cherché à détourner l'information faisant état de la perte d’un militaire français en exercice le 7 juillet. Ce légionnaire d'origine russe a trouvé la mort en service lors de manœuvres dans les Alpes. L’état-major français avait alors rendu hommage au sergent Pena, décédé donc accidentellement. Commentaires des comptes pro-AES : « d’autres hypothèses circulent, notamment une possible mort à Anefis au Mali ». Un membre de Wagner, pas un soldat français La manipulation s'est poursuivie avec la publication le lendemain d'une photo censée illustrer la mort de ce soldat français. On y voit, un soldat blanc gisant dans le sable. À l’image, l’homme présente une certaine ressemblance avec le soldat décédé accidentellement dont le portrait officiel a été publié auparavant par l’armée française. Les manipulateurs ont donc joué sur l'origine russe du légionnaire français, et sur cette ressemblance physique pour tenter de semer le trouble dans l'esprit du public. Quand nous avons montré les photos macabres prises dans le désert aux spécialistes Sahel de RFI et France 24, tous ont évoqué des images tournées après la bataille de Tinzaouatène qui s’est déroulée il y a deux ans dans le nord du pays. Une recherche par image inversée a permis de retrouver la même photo du corps, mais avec une qualité supérieure, montrant le même homme gisant dans le sable. Un individu présenté cette fois-ci comme un mercenaire russe. Impossible à vérifier de source indépendante, car l’image provient d’un forum anonyme où n'importe qui peut publier n’importe quoi sans révéler son identité. Des vidéos tournées en 2024 L’analyse d’une vidéo de propagande de six minutes, publiée en 2025 par le FLA à l’occasion du premier anniversaire de la bataille, a permis de retrouver l’image du corps photographié ce jour-là, aux côtés des dépouilles d’autres combattants russes. Les images sont dures, les captures sont floues, mais la disposition des corps, le schéma du camouflage des treillis des soldats, la forme générale du visage et la coupe de cheveux concordent. Cette infox est donc basée sur une image sortie de son contexte : une photo d’archive montrant des éléments de Wagner tués à Tinzaouatène en 2024 et non pas un Français prétendument retrouvé à Anéfis en 2026. Une infox gênante qui n'a pas convaincu Le narratif consistant à affirmer que les militaires français sont complices des terroristes ne date pas d'hier. Dans le cas présent, on note toutefois que cette infox bancale est restée cantonnée aux comptes habituels diffuseurs de la propagande sahélienne. À ce stade, elle a été peu amplifiée. Dans les commentaires, plusieurs utilisateurs ont dénoncé la tentative de manipulation. Signe peut-être aussi d’un narratif qui trouve ses limites, à force d’être répété en boucle depuis quatre ans.  À ce stade, X n’a pas collecté plus de 50 000 vues d’après nos recherches. Toutefois, elle constitue une tentative d’usurpation d’identité d’un militaire français décédé dans l’exercice de son métier, et une atteinte à la mémoire de ce soldat.

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