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This podcast has
59 episodes
Language
FrenchPublisher
NovoExplicit
No
Date created
2021/03/18
Latest episode
2025/11/25
Average duration
33 min.
Release period
27 days
Description
Novo est un magazine du grand Est qui aime la culture. Flux4 est une plateforme radiophonique de podcast. L'équipe est composée de Nicolas Bezard, Cecile Becker, Marie Bohner, Caroline Chatelet, Öykü Sofuoğlu et Olivier Legras pour parler culture, musique, livre, cinéma, théâtre parce que la culture n'a pas de prix ! Retrouvez ici tous les épisodes radiophoniques de Novo et Flux4.
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Rencontre avec les frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu, Entrevues 2025
2025/11/25
Les frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu, invités d'honneur de la 40ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, évoquent à notre micro leur parcours de trois décennies de création cinématographique. Ils comparent leur trajectoire à celle de montagnards, où chaque film représente une ascension différente. Au fil de leur œuvre ils développent un cinéma de la rencontre et de la déterritorialisation, où les personnages se déplacent sans cesse vers des territoires géographiques et intérieurs inédits. Actuellement en préparation de l'adaptation du roman "La Foudre" de Pierric Bailly, ils reviennent sur leur geste de cinéaste marqué par un travail d'épure, l'importance des paysages comme protagonistes des films à part entière, et leur volonté de brouiller les hiérarchies narratives traditionnelles en donnant autant d'importance aux personnages secondaires qu'aux principaux.
Rencontre avec Mohamed Mesbah et Rasheed Abueideh, Entrevues 2025
2025/11/25
Mohamed Mesbah présente son film documentaire "Still Playing", sélectionné en compétition aux Entrevues de Belfort. Le film suit Rasheed Abueideh, développeur palestinien de jeux vidéo à Naplouse en Cisjordanie. Ce dernier élabore des expériences vidéoludiques pour sensibiliser au sort des victimes civiles des conflits armés, tout en essayant d'offrir une vie normale à ses enfants à travers des concours de robotique. Le documentaire explore le quotidien d'un créateur confronté à la guerre, son rapport aux images du conflit et sa démarche artistique comme moyen de témoignage et de résilience. Le film utilise différents régimes d'images : les scènes de vie tournées à Naplouse, les séquences de jeux vidéo, et les réactions de streamers découvrant ces jeux. Le film de Mesbah est un témoignage sensible sur la paternité en temps de guerre. Réflexion subtile sur le devenir des images de la guerre, il donne à voir la réalité humaine d'une famille palestinienne, à rebours de certaines visions qui tendraient à nier ou à caricaturer l'élan vital et créatif de ce peuple.
Rencontre avec Abdellah Taïa, Entrevues 2025
2025/11/25
L'écrivain et cinéaste marocain Abdellah Taïa présente son court métrage "Cairo Streets" au Festival Entrevues de Belfort. Il revient sur son parcours, expliquant que le cinéma a toujours été, avant même l'écriture, son rêve premier. Entre 2002 et 2010, il a filmé Le Caire avec une caméra légère, capturant le bouillonnement humain de cette ville tentaculaire qui l'inspirait profondément. Le film mêle documentaire et fiction minimale, suivant la quête d'un amant perdu dans les rues cairotes. Taïa évoque sa liberté de filmer au Caire, contrastant avec les angoisses de son quotidien au Maroc, et explique comment cette ville de 22 millions d'habitants est devenue son "atelier cinématographique à ciel ouvert" lui offrant l'occasion, pour ce film, de saisir de petits instants miraculeux de cinéma.
Gros plan sur la compétition internationale de courts et moyens métrages, Entrevues 2025
2025/11/21
Giuseppe Di Salvatore, philosophe, critique et créateur de filmexplorer.ch, analyse avec nous la sélection internationale de courts et moyens métrages du festival Entrevues de Belfort 2025. La discussion porte sur trois films marquants : "Still Playing" de Mohamed Mesbah, "Caïro Streets" de Abdellah Taïa et "Listen to the moon" de Shile Feng. Nos critiques mettent en lumière l'importance du rythme, des silences et de la capacité à créer une expérience immersive et sensorielle dans le court métrage. Giuseppe Di Salvatore émet notamment l'idée d'un "syndrome du court métrage" qui verrait certains films s'enfermer dans des concepts plutôt que de proposer de véritables univers narratifs vivants.
Rencontre avec la réalisatrice Liza Guillamot, Entrevues 2025
2025/11/21
Liza Guillamot présente son documentaire "Zone grise", sélectionné en compétition long métrage au festival Entrevues de Belfort. Le film propose une immersion dans l'école de police de Saint-Malo, suivant pendant un an le parcours de stagiaires en formation. La réalisatrice explique avoir choisi ce cadre fermé et secret pour comprendre les racines du système policier, au-delà des images médiatiques habituelles. Après neuf ans de travail et de nombreuses difficultés, notamment pour accéder à cette école, elle livre un film intemporel qui interroge la formation, l'éducation et l'accoutumance progressive à la violence.
"Zone grise", co-monté avec Patrick Chiha, est porté par la justesse et la qualité d'attention d'un regard nouveau dans paysage du cinéma documentaire hexagonal. Il nous plonge, plans après plans, dans un vertige d'interrogations sociétales dépassant largement le cadre de cette forteresse institutionnelle qu'est la police nationale.
Rencontre avec la réalisatrice Laura Dauvin, Entrevues 2025
2025/11/21
Laura Dauvin, jeune réalisatrice formée à la Fémis, présente son film "Home Tour" en compétition au festival Entrevues 2025. Ce court métrage de fiction suit une jeune femme faisant visiter son appartement à deux policiers, avec une mise en scène troublante révélant progressivement un trauma lié à une agression sexuelle. L'œuvre s'inscrit dans la continuité de son documentaire "Trois d'entre elles" (présenté à Visions du Réel en avril 2025), qui donnait la parole à des femmes de sa promotion à la Fémis après un incident traumatisant lors d'un cours montrant uniquement des scènes d'agressions sexuelles. Laura y explore la dissociation corporelle, la parole féminine et le conditionnement à travers le jeu remarquable de l'actrice Patience Munchenbach (19 ans), comparée à Sandrine Bonnaire pour sa présence magnétique. La réalisatrice aborde avec franchise les résistances du milieu face aux films sur ces sujets, souvent jugés "trop intimes" ou trop dans l'air du temps , malgré leur universalité.
Rencontre avec Yann Dedet, Pierric Bailly et Sagamore Stévenin, Entrevues 2025
2025/11/20
Rencontre autour du film culte "Passe Montagne" (1978), premier long métrage de Jean-François Stévenin : son fils Sagamore Stévenin (comédien), Pierric Bailly (écrivain jurassien dont le roman "Le roman de Jim" a été adapté au cinéma), et Yann Dedet (monteur et écrivain, collaborateur notamment de François Truffaut et Maurice Pialat).
L'échange explore la nature inclassable de ce film tourné dans le Jura, son caractère expérimental et sa construction singulière. Yann Dedet révèle les coulisses d'un montage fondateur : Jean-François Stévenin a sabordé le premier montage de 3h pour créer un film "cubiste" de 1h48, cassant la temporalité, traitant la parole comme de la musique, superposant image et son de manière inédite. Pour Yann Dedet et son approche du montage, il y aura eu un avant et un après "Passe Montage".
Rencontre avec Anton Balekdjian et Léo Couture, Entrevues 2025
2025/11/20
Anton Balekdjian et Léo Couture présentent leur deuxième long-métrage "Laurent dans le vent" en avant-première au festival Entrevues de Belfort. Le film raconte l'histoire de Laurent, 29 ans, figure sans encrage et sans but qui échoue dans une station de ski déserte à l'intersaison. Là, il rencontre une série de personnages marginalisés : une vieille dame solitaire, une femme et son fils obsédé par les Vikings, un berger-chaman.
Le film est né de la rencontre entre un sentiment de stress généralisé face à l'avenir ressenti par leur génération et l'histoire vraie d'un homme resté deux ans dans une station pour "se remettre sur pied". Les réalisateurs explorent des thèmes contemporains : la désillusion face aux promesses du capitalisme, la marginalisation de ceux qui refusent de se conformer, et la recherche d'authenticité dans les relations humaines plutôt que dans l'ambition professionnelle.
Le film, réalisé à trois avec Matteo Demaëla, se distingue par son regard empathique sur chaque personnage, même les plus secondaires. La musique décharnée et le sifflement créent une atmosphère particulière, évoquant subtilement le western tout en s'en écartant néanmoins.
Rencontre avec le réalisateur Jérôme Reybaud, Entrevues 2025
2025/11/20
Jérôme Reybaud présente son deuxième long métrage "Un balcon à Limoges", en compétition pour le Grand Prix Janine Bazin. Le film explore la relation entre deux quinquagénaires aux parcours opposés : Gladys, une "clochard céleste" qui a choisi de sortir du système, et Eugénie, une "petite soldate de la normalité" qui tente de la remettre dans le droit chemin.Inspiré par la période Covid et l'observation des "normies" (personnes qui suivent sans questionner les normes sociales), le réalisateur interroge les mécanismes de conformité sociale dans la France contemporaine. Il confronte ceux qui acceptent les règles et ceux qui descendent du "train de la société".Le film s'inscrit dans une approche cinématographique héritée de Paul Vecchiali et de la diagonale (production indépendante, économie du "do it yourself"), tout en explorant les territoires français souvent ignorés.
La magie de Kraftwerk par Rodolphe burger
2024/11/29
🎧 Réécoutez l'enregistrement Live avec RODOLPHE BURGERLive de l’émission radio Flux4 sur « Kraftwerk, le groupe le plus influent de sa génération », avec Rodolphe Burger ! 🎙️
Bischheim, novembre 2024 – Hier soir, sur notre plateau, l'ami Rodolphe Burger nous a ouvert les portes d’un univers fascinant : celui de Kraftwerk, groupe mythique et pionnier de la musique électronique. Cette émission spéciale s’inscrit dans le cadre du festival "C'est dans la vallée hors-les-murs", où Rodolphe Burger et Julien Perraudeau s’apprêtent à revisiter l’intégralité de l’album "Radioactivity" lors d’un concert exceptionnel à la salle du Cercle, ce 28 novembre.
Un retour aux originesDans un échange riche et captivant, Rodolphe Burger a raconté sa première rencontre avec Kraftwerk, en "temps réel", à l’époque où l’album "Radioactivity" révolutionnait les codes musicaux. Il évoque l’influence majeure du groupe allemand, à cheval entre avant-garde et pop, et leur rejet total des instruments traditionnels au profit d’un son purement électronique. Pour Rodolphe, cet album marque une césure artistique, non seulement pour Kraftwerk, mais pour toute une génération.
"Le minimalisme de leurs mélodies, leur radicalité et leur poésie sonore m’ont toujours captivé," confie-t-il. Avec une admiration teintée de complicité, il souligne aussi l’ambiguïté de Kraftwerk : un équilibre fascinant entre froideur technologique et romantisme inattendu.
Un projet ambitieux : recréer RadioactivityPour ce concert, Rodolphe Burger et Julien Perraudeau se sont lancés dans une véritable exploration archéologique de l’album. "On a passé des heures à analyser chaque son, chaque texture. Ce n’est pas une simple reprise, c’est une interprétation où l’on injecte notre propre énergie tout en restant fidèles à l’esprit originel," explique Burger.
À travers cette performance, il ne s’agit pas seulement de rendre hommage, mais aussi de faire dialoguer le passé et le présent, la machine et l’humain. Les sonorités électroniques, travaillées avec une précision artisanale, résonneront dans une interprétation puissante et organique, loin de toute froideur industrielle.
Un dialogue avec d’autres légendesLa soirée promet également d’autres moments forts, avec Sarah Murcia et Fanny de Chaillé, qui revisitent l’album "Transformer" de Lou Reed dans leur projet Transformé. Deux interprétations audacieuses pour une soirée qui célèbre l’avant-garde musicale et son impact intemporel.
🎧 Réécoutez l’interview exclusive de Rodolphe Burger sur notre site et ne manquez pas ce rendez-vous musical incontournable.
Journaliste : Emmanuel AbelaRéalisation et Photos : Olivier LegrasMercredi 27 novembre
Rencontre avec le cinéaste Jinho Myung pour son premier long métrage, Softshell
2024/11/24
Jinho Myung : Une Nouvelle Voix du Cinéma Américain au Festival Entrevues de Belfort
Lors de la 39ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, l’équipe de Radio Flux4 a eu l’opportunité d’interviewer Jinho Myung, jeune réalisateur américain venu présenter son premier long métrage, SoftShell. Entre modestie et passion, Myung a partagé son parcours atypique, ses inspirations et sa vision d’un cinéma à la fois intime et universel.
Un Portrait Sensible de la Jeunesse Américaine
SoftShell suit le quotidien de Jimmy et Noreen, deux jeunes adultes récemment devenus orphelins, cherchant à naviguer les défis du monde adulte. Le titre fait référence aux tortues à carapace molle, une métaphore de la vulnérabilité et de la résilience qui traverse tout le film. Myung s’attache à décrire des personnages pleins de tendresse et de complexité, incarnant une jeunesse américaine multiculturelle et en quête de sens.
Un Parcours Inspiré par le Cinéma Indépendant
Né à Los Angeles, Jinho Myung a grandi entouré de films, influencé par son père, un immigrant passionné de cinéma. Pourtant, le réalisateur n’imaginait pas embrasser une carrière dans le septième art. Pendant ses études d’histoire à Portland, il découvre les films indépendants tournés en 16 mm, qui l’inspirent à se lancer. Ces œuvres, combinant une esthétique tactile et des récits personnels, l’incitent à raconter les histoires des communautés asiatiques-américaines, trop souvent absentes de l’écran.
Un Hommage au Cinéma Indépendant
Tourné en pellicule 16 mm, SoftShell est un hommage au cinéma tactile, où chaque image respire la spontanéité et l’authenticité. Le choix de ce format, bien que coûteux, a permis à Myung de travailler avec une lumière naturelle et des compositions organiques. « La pellicule nous oblige à réfléchir à chaque plan, à chaque mouvement, et à rester proches des personnages, autant physiquement qu’émotionnellement », a expliqué Myung.
Un Cinéma Ouvert à l’Inattendu
Le réalisateur confie que le tournage de SoftShell a été marqué par l’improvisation et les rencontres fortuites. Qu’il s’agisse de l’aquarium qui accueille une scène-clé ou d’acteurs recrutés au gré des opportunités, Myung a laissé le hasard façonner son œuvre. Cette ouverture au réel imprègne le film, entre fiction et documentaire, comme en témoigne la présence d’un pêcheur coréen-américain, personnage non-fictionnel intégré dans l’histoire.
Un Regard sur la Perception et l’Autre
Au-delà de l’intime, SoftShell explore des thèmes universels comme la manière dont nous percevons et sommes perçus par les autres. Une scène marquante, où une tortue est préparée dans une cuisine, mêle suspense et réflexion sur la violence culturelle et les malentendus entre mondes différents.
« Cette scène, inspirée de vidéos YouTube où des voyageurs occidentaux filment des pratiques culinaires exotiques, interroge nos filtres culturels et notre rapport au regard », a-t-il expliqué.
Un Message d’Espoir
À travers SoftShell, Jinho Myung célèbre la jeunesse, la résilience et la richesse des rencontres. Son approche généreuse et sincère laisse entrevoir une carrière prometteuse dans le cinéma indépendant.
Alors que SoftShell concourt dans la compétition internationale du festival, Myung exprime sa gratitude : « Ce film a été fait avec peu de moyens, mais beaucoup de cœur. Je suis honoré qu’il résonne ici, à Belfort. »
Un cinéaste à suivre, dont la sensibilité et l’engagement marquent déjà les esprits.
Journaliste : Nicolas Bézard et Öykü SofuoğluTraductrice : Rina KenovićRéalisation & Photo : Olivier Legras
Rencontre avec le cinéaste Patric Chiha
2024/11/24
Lors du festival Entrevues de Belfort, le réalisateur Patric Chiha, fidèle habitué du rendez-vous, a partagé avec chaleur son parcours, ses inspirations et sa philosophie du cinéma. Dans une conversation riche et généreuse menée par l’équipe de Radio Flux4, Chiha a exploré les mystères qui animent ses œuvres, son rapport au mouvement, à la parole et à l’espace.
Belfort : Un Festival Fondateur
Chiha a rappelé avec émotion ses débuts au festival Entrevues, qui avait sélectionné son tout premier court métrage. Pour lui, ce festival reste un lieu unique, où les rencontres et les échanges permettent aux jeunes cinéastes de se sentir moins seuls. « Les festivals, c’est d’abord des fêtes », a-t-il confié. « On découvre, on partage et on tisse des liens qui durent toute une carrière. »
Filmer l’Inconnu et l’Indéfinissable
Interrogé sur le moteur de son travail, Chiha a expliqué que ses films naissent souvent d’une énigme ou d’une incompréhension. Qu’il s’agisse de la complexité des mathématiques, des paradoxes de la danse ou des contradictions humaines, le mystère nourrit son désir de cinéma. « Quand je ne comprends pas quelque chose, c’est là que le désir de filmer arrive », a-t-il expliqué, citant son admiration pour des œuvres qui posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.
Il évoque ainsi Bruno Reidal et Si c’était de l’amour, deux de ses films où il a tenté de capter l’invisible : l’énergie des corps, l’euphorie et la douleur mêlées.
La Danse et le Mouvement : Une Poétique du Corps
La danse occupe une place centrale dans l’œuvre de Patric Chiha. Pour lui, filmer la danse, c’est capturer le mouvement dans sa pureté, sans nécessité de récit ou de sens explicite. « Filmer de la danse, c’est comme filmer un train : le mouvement se suffit à lui-même », a-t-il expliqué avec humour.
Cette approche minimaliste lui permet de recentrer son regard sur l’humain, sur les gestes qui révèlent des vérités profondes et insaisissables. « La danse m’apprend à observer la vie et à me concentrer sur les rythmes, qu’ils soient physiques ou émotionnels. »
La Parole comme Geste
Chiha réfute l’idée d’un mépris pour la parole dans ses films, préférant la considérer comme un geste à part entière. Il s’amuse à observer comment les gens parlent : leurs hésitations, leurs répétitions, leurs tentatives de donner du sens à ce qui ne peut être totalement saisi. « Je ne cherche pas à ce que mes personnages disent des vérités, mais plutôt à montrer comment ils dansent avec leurs mots. »
Avec son regard curieux et sensible, il continue de nous inviter à explorer, à ressentir et à questionner le monde à travers ses films.
Journaliste : Nicolas Bezard et Öykü SofuoğluRéalisation & Photo : Olivier Legras
Rencontre avec le jury prix tënk/DSGE
2024/11/24
Un Jury au Service du Documentaire, entre Passion et Engagement
En direct du festival Entrevues de Belfort, l’équipe de Radio Flux4 a eu le plaisir d’accueillir les trois membres du jury Tënk-Documentaire sur Grand Écran : Cécile Becker, exploitante du cinéma Le Cosmos à Strasbourg, Annick Peigné Giuly, présidente de l’association Documentaire sur Grand Écran, et Line Peyron, codirectrice artistique de Tënk, la plateforme de films documentaires. Leur mission : choisir le lauréat parmi quatre films engagés et puissants, tout en mettant à l’honneur un genre cinématographique parfois discret, mais toujours essentiel.
Un Prix Né d’un Engagement Commun
Le prix Tënk-Documentaire sur Grand Écran célèbre la richesse et la diversité du documentaire. Anciennement remis au festival de Clermont-Ferrand, ce prix s’est installé à Belfort pour élargir son champ d’action et se concentrer sur des longs métrages aux perspectives de sortie en salles.
Pour ces trois jurées, ce prix symbolise une complémentarité entre le cinéma sur grand écran et les plateformes en ligne. Comme l’explique Annick Peigné-Giuly, « ce mariage illustre la synergie nécessaire aujourd’hui entre les différentes formes de diffusion du documentaire ».
Les Films : Un Croisement entre Intime et Politique
Les quatre films en compétition – We Are Inside de Farah Kassem, La Langue du Feu de Tarek Sami, Festa Major de Jean-Baptiste Alazard, et Memoria de Victoria Verseau – reflètent tous des réalités contemporaines complexes. Ils naviguent entre introspection personnelle et portée universelle, explorant des thèmes tels que la mémoire, l’espoir, ou encore les luttes politiques et sociales.
Selon Line Peyron, « ces œuvres témoignent d’un ancrage profond dans la société contemporaine, rendant ce prix d’autant plus pertinent au sein d’un festival comme Entrevues, où toutes les formes cinématographiques se croisent ».
Une Vision Humaine et Universelle du Documentaire
Au-delà de leur rôle de jurées, Cécile Becker, Annick Peigné Giuly et Line Peyron partagent une responsabilité : celle de promouvoir des films qui trouveront leur place auprès des spectateurs. Ce travail implique de multiples regards : celui de la spectatrice, de l’exploitante, de la programmatrice et de la critique.
Comme le souligne Cécile Becker, « être jury, c’est multiplier les perspectives : analyser la narration, la technique, mais aussi réfléchir à comment accompagner et défendre un film auprès du public ».
Un Festival à l’Image de la Richesse Documentaire
Le festival Entrevues, connu pour son éclectisme, donne une place centrale au documentaire tout en explorant les frontières entre fiction et réalité. Cette porosité entre les genres est essentielle, d’après Annick Peigné Giuly : « Le documentaire est partout. Et un festival comme celui-ci montre à quel point les formes cinématographiques peuvent dialoguer ».
En célébrant des premiers films ou des œuvres en devenir, le prix Tënk-Documentaire sur Grand Écran affirme son rôle d’accompagnement pour des cinéastes prometteurs et des regards audacieux.
Avec un festival comme Entrevues et un prix dédié, l’avenir du documentaire semble assuré, porté par des initiatives qui valorisent à la fois sa plasticité artistique et son ancrage dans le réel.
Journaliste : Caroline ChateletRéalisation & Photo : Olivier Legras
Rencontre avec la réalisatrice Farah Kassem
2024/11/23
Farah Kassem : Une Exploration Intime de la Mémoire et de la Transmission
Lors de la 39ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, la réalisatrice libanaise Farah Kassem a présenté son premier long métrage documentaire, We Are Inside, dans le cadre de la compétition internationale. Ce film poignant de trois heures plonge dans sa relation avec son père vieillissant, mêlant l’intime et le politique dans un Liban en pleine mutation.
Un Retour à Tripoli et à l’Essence Familiale
Après quinze ans d’absence, Farah Kassem revient à Tripoli pour passer du temps avec son père de 80 ans. Ce dernier, poète passionné, l’entraîne dans son univers de cercles littéraires et de récitations, où des hommes âgés partagent leurs créations. La poésie devient alors un pont entre leurs deux générations, mais aussi une clé pour explorer un Liban marqué par ses crises successives.
Le film s’articule autour de lieux clos, tels que la chambre de son père, sa chambre d’enfant, et les salons où se réunissent les poètes, tout en s’ouvrant progressivement vers l’extérieur, notamment avec la révolution libanaise de 2019.
La Poésie Comme Héritage et Dialogue
La poésie occupe une place centrale dans le film, à la fois comme art et comme langage de transmission. Farah, qui peinait initialement à comprendre les poèmes de son père, entreprend elle-même d’écrire pour trouver un terrain commun avec lui. Si les échanges avec son père sont souvent marqués par des critiques et une certaine dureté, c’est dans les cercles poétiques qu’elle trouve une reconnaissance et un espace pour s’affirmer.
Pour son père, la poésie est autant un moyen de maintenir une vitalité qu’un refuge face à une réalité dure. Ce contraste est renforcé par l’interaction avec d’autres personnages, comme des médecins ou des chauffeurs, qui, eux aussi, révèlent une sensibilité à cet art.
Entre Intime et Politique
La révolution de 2019, qui gronde dans les rues de Tripoli, s’invite progressivement dans le récit, faisant écho aux bouleversements intérieurs vécus par Farah et son père. Ce dernier, marqué par son passé politisé, affiche un regard conservateur sur les événements, contrastant avec l’optimisme et l’engagement de sa fille. Cette divergence incarne un dialogue entre deux générations, chacune confrontée à sa manière aux défis du Liban.
Une Œuvre Marquée par la Temporalité et la Transmission
Tourné sur une période de quatre ans, We Are Inside s’inscrit dans une temporalité fragmentée, mêlant souvenirs, moments présents, et réflexions sur l’avenir. Le décès du père durant la production a rendu le processus encore plus personnel et douloureux pour la réalisatrice, qui décrit le film comme une manière de ralentir le temps et de prolonger le lien avec lui.
Le film se conclut par une réflexion sur la transmission intergénérationnelle. À travers des images d’archives et des séquences où Farah adopte les postures de son père, le film illustre un cycle où les expériences et les héritages culturels se transmettent, tout en laissant place à la réinvention et à la sélection.
Un Témoignage Puissant
Avec We Are Inside, Farah Kassem propose une œuvre riche en nuances, qui allie la mémoire personnelle et collective. Entre hommage à son père et témoignage d’un Liban en crise, le film interroge sur ce que nous choisissons de transmettre et d’abandonner. À travers une exploration sensible de la poésie, du temps et des relations humaines, Farah Kassem s’impose comme une voix prometteuse dans le cinéma documentaire contemporain.
Journaliste : Caroline Chatelet, Nicolas Bezard et Öykü SofuoğluRéalisation & Photo : Olivier Legras
Rencontre avec le réalisateur Ramon Zürcher
2024/11/23
Ramon Zürcher : Une Trilogie de l’Intime et du Quotidien Arrive à Maturité
Lors du festival Entrevues de Belfort, le cinéaste suisse Ramon Zürcher a présenté Le Moineau dans la cheminée, dernier volet de sa trilogie "animalière". Après L’étrange petit chat (2013) et La jeune fille et l’araignée (2021), ce troisième film poursuit son exploration des microcosmes familiaux tout en surprenant par une rupture narrative et formelle marquée.
Une Trilogie Liée et Contrastée
Zürcher décrit ses trois films comme des variations musicales : une musique de chambre pour le premier, une ballade mélancolique pour le second, et un opéra explosif pour le dernier. Le Moineau dans la cheminée se distingue par une montée en intensité émotionnelle et narrative. Contrairement à ses prédécesseurs, souvent statiques et contemplatifs, ce film incorpore une violence physique et psychologique, tout en maintenant l’attention portée à l’intimité familiale et aux détails du quotidien.
Une Maison Comme Personnage Central
Le film se déroule presque entièrement dans une maison ancienne, devenue un personnage à part entière. Zürcher la filme de manière à renouveler constamment notre perception de ses espaces, évoquant une désorientation comparable à celle ressentie dans les maisons des films d’Ozu. Cette maison est à la fois un refuge et une prison, un lieu chargé de mémoire familiale, où chaque pièce reflète une dimension émotionnelle différente : interactions sociales dans la cuisine, moments intimes dans les chambres, et observations furtives derrière des portes entrouvertes.
Une Chorégraphie du Corps et du Regard
Dans cet espace restreint, Zürcher met en scène une véritable chorégraphie des corps. Les personnages entrent et sortent du champ avec une fluidité presque musicale, malgré les contraintes imposées par le cadre. Ce travail minutieux sur les positions et les mouvements des acteurs reflète une volonté de trouver un équilibre entre précision formelle et naturel dans le jeu.
De plus, la maison devient un espace d’observation : des personnages écoutent ou observent discrètement, créant une tension dramatique où les non-dits prennent une importance cruciale.
Une Violence Émotionnelle et Sonore
Le film se distingue également par une utilisation saisissante du son. Bruits de portes qui claquent, alarmes d’électroménagers et autres sons du quotidien perturbent les personnages, amplifiant leur mal-être. Ces éléments renforcent une ambiance de film d’horreur subtil, où la maison elle-même semble vivante, hantée par des souvenirs ou des figures comme une grand-mère décédée.
Des Personnages Complexes et Une Mère Centrale
Fidèle à son style, Zürcher place souvent la mère au centre de ses récits. Dans ce film, comme dans L’étrange petit chat, la mère devient le pivot autour duquel gravitent les autres membres de la famille. Ce choix reflète une exploration des relations intergénérationnelles et des dynamiques familiales.
Un Accueil Contrasté
Les réactions des spectateurs sont variées. Certains sont séduits par l’intensité émotionnelle et la richesse formelle du film, tandis que d’autres sont déroutés, voire choqués, par sa violence inattendue. Zürcher souligne que ce contraste reflète son intention de créer un univers ambigu, mêlant légèreté et gravité, pour mieux capter la complexité du réel.
Vers De Nouveaux Horizons
Avec Le Moineau dans la cheminée, la trilogie animalière de Ramon Zürcher s’achève. Le réalisateur travaille déjà sur de nouveaux projets : un thriller psychologique érotique écrit par son frère Sylvain Zürcher, et un film d’amour sur des adolescents créant une utopie en marge de la société.
Zürcher démontre une fois de plus qu’il est une voix singulière du cinéma contemporain, capable de transformer les détails du quotidien en œuvres profondément émotionnelles et visuellement captivantes.
Journaliste : Caroline Chatelet, Nicolas Bezard et Öykü SofuoğluRéalisation & Photo : Olivier Legras
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