L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France, une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre. En partenariat avec le magazine «Stratégies».
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En France, la difficile couverture médiatique des manifestations de lycéens
2026/10/09
Quelques semaines après les premières manifestations devant les établissements, retour sur la mobilisation lycéenne en France et la difficulté de sa couverture médiatique.
Le 17 septembre, lors du premier blocage lycéen à Créteil (Val-de-Marne), les médias ne s'attendaient pas à une telle mobilisation, puisque la crise des carburants faisait craindre à l'exécutif des manifestations d'agriculteurs ou un mouvement de type gilets jaunes. Bruno Jeudy, le directeur de La Tribune Dimanche et éditorialiste sur BFMTV, a pu parler des « gilets jeunes », avec en toile de fond de la casse, des débordements et de la répression policière.
Et puis, les heurts qui se sont produits entre les lycéens et la police, le mot du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko disant que la violence peut être « légitime » même s'il faut l'éviter... Tout cela a entraîné une focalisation sur le maintien de l'ordre, avec une certaine insistance sur les casseurs et le rôle du parti La France insoumise dans une hypothétique manipulation des jeunes. Parallèlement, deux reporters de BFMTV ont été molestés en Seine-Saint-Denis et un caméraman de M6 a été frappé alors qu'il couvrait le blocage d'un lycée à Marseille.
Une évolution du traitement médiatique Les 6 000 interpellations et les 5 000 gardes à vue – essentiellement de mineurs – ont entraîné des questions sur la réponse policière. Est-elle adaptée ? N'attise-t-elle pas elle-même la violence en raison de l'utilisation de grenades ou de lanceurs de balles de défense ? Ces deux armes ont conduit à l'amputation d'une main et à la perte d'un œil chez deux adolescents, sans parler des autres blessures. Il y a eu aussi des violences contre les policiers, notamment un commissaire.
Mais il est devenu difficile de se cantonner à la confrontation entre deux France, celle de l'ordre et du désordre, comme on a pu le voir sur CNews ou LCI. Car le mouvement a pris une telle ampleur, avec des interrogations sur un horizon bouché, que les éditorialistes n'ont pu qu'entendre les revendications lycéennes sur leurs conditions d'enseignement, le non-remplacement des profs ou les dysfonctionnements de la plateforme Parcoursup.
Un mouvement en permanence filmé par les lycéens Avec des effets induits : cela permet à de nombreux lycéens ou étudiants de documenter les violences policières. Mais l'algorithme peut aussi nourrir la contestation, et parfois la rage, comme lorsqu'un 4x4 policier a foncé à Dunkerque sur des jeunes. Les images sont ensuite précieuses pour l'IGPN, l'inspection de la police, mais aussi pour l'instruction contre des manifestants, ce qui amène beaucoup à se couvrir le visage.
Enfin, comme le dit le directeur de Brut, Maxime Darquier, il ne s'agit plus simplement de s'assurer de la source et de contextualiser les images : il faut aussi s'assurer qu'elles soient vraies à l'heure de l'intelligence artificielle.
À lire aussiMobilisation des lycéens en France: l'ONU «inquiète» face aux violences, le mouvement appelé à se poursuivre
Faut-il croire Mediapart après ses révélations sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella?
2026/10/02
Ce sont des informations fracassantes qui bousculent le début de campagne, à quelques mois de la présidentielle en France. Le journal en ligne Mediapart a été, cette semaine, au centre de révélations sur le passé antisémite de Jordan Bardella. Pourtant, le président du Rassemblement national nie les propos qui lui sont attribués.
Jordan Bardella a déclaré qu'il allait porter plainte pour diffamation et pour « faux et usage de faux » après la publication par Mediapart de messages complotistes et antisémites qu'il aurait tenus en 2013 sur la messagerie de Facebook, lorsqu'il avait 17 ou 18 ans. Après avoir attaqué le journal en ligne en l'associant à une « barbouzerie », le président du Rassemblement national (RN) a déclaré, selon ses proposés, « la guerre totale », expression empruntée tant à Léon Daudet, cofondateur de l'Action française, qu'au nazi Joseph Goebbels.
La meilleure défense étant sans doute l'attaque, Marine Le Pen a conseillé à Mediapart de revêtir « son costume en kevlar », en voulant faire croire à une tentative de déstabilisation d'extrême gauche. Au RN, le journaliste Edwy Plenel – au passé trotskyste – est cité comme étant le « propriétaire de Mediapart », alors qu'il n'en que le cofondateur, et les preuves avancées sont qualifiées « de faux grossier ».
Quelles sont les preuves du journal en ligne ? Mediapart ne publie pas seulement des extraits venant de deux sources différentes. Il explique aussi sa méthode, qui a consisté à demander à l'une de ses sources de solliciter auprès de Facebook – donc Meta – un téléchargement de ses échanges en 2013 avec Jordan Bardella. Puis, cela été authentifié par huissier, prouvant ainsi, selon le journal, que cette conversation n'a pas été modifiée a posteriori. Mediapart s'est aussi assuré qu'il s'agissait bien du bon Jordan Bardella par des éléments biographiques.
À lire aussiFrance: Mediapart révèle avoir pu authentifier les messages antisémites attribués à Jordan Bardella
Mediapart peut-il être victime d'une manipulation ? C'est très peu probable. D'abord parce que ce journal a l'habitude d'enquêter : il a révélé les principales affaires politico-financières de ces dernières années, des enregistrements de Liliane Bettencourt au compte bancaire suisse de Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget socialiste, en passant par le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi qui a valu à l'ancien président une condamnation en justice et un séjour en prison. Le RN accuse d'ailleurs Mediapart d'avoir publié une fausse note libyenne alors que le journal a bénéficié d'un non-lieu et même reçu un chèque de Sarkozy conservé à la rédaction après sa plainte.
Au total, Mediapart précise que sur plus de 300 procédures judiciaires, il n'a eu que cinq condamnations définitives, antérieures à 2013 et jamais sur ses grandes révélations. Enfin, il faut ajouter que ce n'est pas la première fois que Jordan Bardella est mis en cause pour ses échanges passés : il l'avait déjà été en 2024 par l'émission Complément d'enquête sur France 2 pour des messages sur Twitter où il qualifiait l'antisémite Alain Soral de « grand sociologue ». La plainte pour diffamation, annoncée par Bardella, n'est jamais arrivée.
Un pape Léon XIV proche des journalistes et des médias
2026/09/25
À l'occasion de la visite de Léon XIV en France, qui sera couverte par 2 500 journalistes, nous parlons du rapport que le pape entretient avec les médias et les journalistes.
C'est bien l'image d'un pape moderne, qui sait l'importance d'avoir une prise de parole régulière auprès des médias, d'avoir une communication sincère et transparente, qui se dessine. On le sait, Jean-Paul II était lui-même un pape très médiatique, qui avait fait de l'image télévisée un atout pour toucher les masses lors de ses voyages. Son successeur Benoît XVI a eu une relation plus compliquée aux mass medias en raison de couacs ou d'erreurs de communication qui ont marqué son discours de Ratisbonne, à propos de l'Islam, ou sa levée de l'excommunication de l'évêque négationniste Williamson.
Puis, François a été lui-même un grand communicant, accordant plus de 200 entretiens à des journalistes, donnant de véritables conférences de presse dans l'avion, libérant une parole libre et non contrôlée. On se souvient de « qui suis-je pour juger » un homosexuel, mais aussi de sa suggestion, qui avait fait polémique, d'avoir recours à la psychiatrie si une tendance de cette nature se manifeste chez l'enfant. Alors pour Léon XIV, on verra s'il s'exprime lors du vol retour où sont présents 85 journalistes, mais c'est une tradition qu'il a reprise comme on a pu le voir sur un vol Istanbul-Beyrouth où il avait évoqué les guerres à Gaza et en Ukraine. On voit aussi régulièrement le pape s'exprimer en italien, en anglais ou en espagnol devant des micros tendus à la sortie de sa résidence de Castel Gandolfo. Il le fait de façon prudente mais improvisée, et il s'en dégage une impression de proximité et de naturel.
Le pape s'est aussi exprimé sur les journalistes et sur l'information en général Il l'a notamment fait à travers sa fameuse encyclique Magnifica Humanitas, du 15 mai, où il plaide pour une « écologie de la communication » et en appelle à un « journalisme sérieux » à des « lieux de débat où comptent davantage l'argumentation et la vérification que la réaction immédiate ». Mais le pape, qui a appelé à la libération des journalistes emprisonnés, ne se borne pas à cela. Il a rendu hommage aux « journalistes passionnés par la vérité » qui ont dévoilé les abus et les injustices dans l'Église, et a appelé cette même Église à être plus transparente. Il a aussi salué ceux qui permettent de donner chair au regard et à la voix des victimes pour prendre conscience de « l'abîme du mal » que recèle la guerre. Enfin, il a mis en garde contre les algorithmes qui détournent de ce qui est juste et sage, contre toutes les manipulations liées au numérique et contre l'intelligence artificielle qui peut contaminer la vérité. Sur ce point, celui de « désarmer l'IA », il commence à être entendu par tous les acteurs qui appellent à ralentir.
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Bien qu'ennemis, l'Iran et Israël se retrouvent sur l'intimidation et la répression des journalistes
2026/09/18
L'Iran et Israël sont en guerre et dans ces deux pays, l'intimidation et la criminalisation des journalistes et de leurs sources sont la règle. Et parfois, avec des méthodes comparables.
Ce sont deux pays ennemis et ils ont parfois des points communs dans leur façon de combattre le journalisme, ou de faire pression sur les professionnels de l'information et leurs sources. Selon Reporters sans frontières, ils ont d'ailleurs l'un et l'autre des journalistes emprisonnés, 22 en Israël et 19 en Iran.
En Iran, l'inquiétude monte encore d'un cran avec une loi en préparation qui interdit, au nom d'un « plan de lutte contre l'influence étrangère », toute participation à des interviews avec des médias ou des professionnels qualifiés d'« hostiles » par le ministère du Renseignement. Il s'agit de mettre une chape de plomb sur l'information. Ou, comme le dit depuis la Turquie l'avocat iranien Mousa Berzin, « tout employé, médecin, infirmier, avocat ou autre citoyen susceptible de constituer une source d'information risque, par crainte des sanctions, de garder le silence. »
Côté journalistes, le fait même d'être employé par des médias étrangers peut vous conduire droit en prison. C'est ce dont témoigne Yalda Moaiery, une photojournaliste indépendante qui a couvert les attaques israélo-américaines. Cette Iranienne qui couvre la région pour Le Monde, Time ou El País vient d'être condamnée à 15 ans de prison. Elle a vu sa peine confirmée le 1ᵉʳ septembre et attend son procès en appel.
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En Israël, les journalistes sont aussi victimes de répression et d'intimidation Les journalistes sont victimes de répression quand ils sont palestiniens – ils sont plus de 200 à avoir été tués à Gaza et nombreux à être incarcérés selon RSF – et ils sont victimes d'intimidation quand ils sont israéliens. La grande différence, c'est qu'Israël a encore une presse libre : c'est ce qu'on a vu ce mois-ci avec le journal Haaretz qui a révélé que Benyamin Netanyahu avait été informé par les Émirats arabes unis qu'un bain de sang se préparait dix jours avant le 7 octobre 2023. On peut citer aussi le site +972 Magazine qui avait révélé l'utilisation de l'intelligence artificielle pour éradiquer le Hamas à Gaza au prix de dizaines de milliers de vies civiles. Netanyahu poursuit Haaretz pour diffamation et les journalistes de +972 font l'objet de campagnes de déstabilisation en étant menacés d'être déchus de leur nationalité.
C'est le même type de pressions que subissent les réalisateurs de Naza, Yuval Abraham et Rachel Szor : après la Mostra de Venise, où leur film a été primé et longuement applaudi, le ministre de la Culture israélien a menacé les deux documentaristes d'un retrait de leur nationalité et il a exigé une enquête pour identifier les militaires qui témoignent que l'IA autorisait à Gaza jusqu'à 500 morts civils pour un responsable du Hamas.
À lire aussiJournalistes tués à Gaza: Israël bénéficie d'un «crédit d'impunité considérable»
Jusqu'où ira le soutien de Vincent Bolloré à la chroniqueuse russe de CNews expulsée de France
2026/09/11
La chroniqueuse russe Xenia Fedorova a été expulsée du territoire français. Pourtant, CNews veut continuer de lui donner la parole à distance, par visioconférence
Le ministre de l'Intérieur français, Laurent Nunez a écrit à l'Arcom pour lui signaler les risques qu'encourt CNews au cas où cette chaîne redonnerait une place à cette propagandiste russe, connue sous le nom de Xenia Fedorova, mais qui a pour vrai nom Ksenia Borchik, selon Le Monde.
Le ministre rappelle que cette chroniqueuse, ancienne directrice en France de Russia Today, a été expulsée pour atteinte aux « intérêts fondamentaux de l'État » et que la voir de nouveau intervenir à l'antenne, par visioconférence depuis l'étranger, rendrait la chaîne passible de « sanctions pénales ».
Entre le gouvernement et le groupe Bolloré, il y a donc deux approches différentes. D'un côté, une agente de l'étranger et propagandiste pro-Kremlin dont les avoirs ont été gelés, de l'autre une journaliste qui a le droit de s'exprimer sur son antenne ou dans ses colonnes, même si elle n'est pas payée pour cela. Le JDnews, l'hebdo de Bolloré, donnait encore deux pages à Xenia Fedorova le 2 septembre dernier pour qu'elle démente les infos publiées dans le journal Le Monde.
À lire aussiFrance: accusée d'être la «voix du Kremlin», la chroniqueuse Xenia Fedorova, visée par un arrêté d'expulsion
Jusqu'où va le pouvoir de Xenia Fedorova au sein de la galaxie Bolloré Il a souvent été fait mention de l'influence de cette Russe auprès de Vincent Bolloré lui-même, au point qu'elle aurait fait écarter de CNews certaines voix hostiles à la Russie. À l'inverse, on voit de plus en plus de visages comme Régis Le Sommier, ancien de Paris Match souvent qualifié de pro-russe. Alors bien sûr, sur la guerre avec l'Ukraine, il peut y avoir différents avis qui s'expriment, mais le soutien à Xenia Fedorova brouille l'image de la chaîne qui se veut patriote. Et il est un fait que Vincent Bolloré soutient sa protégée. Il l'a publiée chez Fayard et lui a ouvert les colonnes du JD News après son arrêté d'expulsion.
Bolloré est aussi au centre d'un livre et d'une fronde dans l'édition Quatre-vingts auteurs ont exprimé dans un livre La grande évasion leur difficulté à récupérer leurs droits s'ils sont édités par Hachette. Ils font donc valoir leur droit moral de retrait face à un groupe, Bolloré, « dont l'agenda politique vise à faire triompher l'extrême droite », selon l'écrivain Hervé Le Tellier. Le milliardaire est aussi le sujet d'un livre de deux journalistes du Nouvel Obs : À la droite de Dieu. Cet ouvrage montre à quel point le milliardaire est présent lors des réunions de ses médias pour déterminer la ligne éditoriale, contrairement à ce qu'il a déclaré à l'Assemblée.
Est-il lui-même sous l'influence de la Russie ? Il suffit de regarder le nom de l'émission de Xenia Fedorova, Lumière orthodoxe, pour voir que ce lien, s'il en est, passe aussi par la religion.
À écouter aussiFrance : pourquoi la chroniqueuse Xenia Fedorova est-elle visée par une expulsion?
L'arrivée de Charles Sapin de «Valeurs actuelles» à France Inter fait polémique
2026/09/04
Levée de boucliers au sein d'une partie de la rédaction de France Inter. À l'origine de leurs protestations, il y a le recrutement comme chroniqueur de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, hebdomadaire à la ligne éditoriale classée à l'extrême droite.
Il y a même un mot d'ordre de grève à France Inter si la direction ne revient pas sur sa décision de recruter Charles Sapin, tout récent numéro deux de la rédaction de Valeurs actuelles, à un poste d'éditorialiste politique le dimanche matin. Ce n'est d'ailleurs pas lui, l'ancien journaliste du Figaro et du Point qui est en cause, mais son journal Valeurs actuelles. L'hebdomadaire a été condamné définitivement, il y a deux ans, pour injures publiques à caractère raciste, après avoir représenté en esclave la députée Danièle Obono (La France insoumise).
À l'entendre, Charles Sapin serait très loin de cette ligne éditoriale. Il a d'ailleurs été chargé de repositionner Valeurs Actuelles en magazine des droites. Seulement, le titre a été racheté il y a un an par trois investisseurs, dont l'un, Pierre-Édouard Stérin, ne cache pas sa volonté de peser sur l'élection présidentielle 2027 en favorisant l'union des droites. Pierre-Édouard Stérin est aussi un milliardaire exilé fiscal qui s'est déclaré à droite de l'extrême droite sur l'immigration.
Une polémique qui oppose direction et syndicats à France Inter Cette polémique intervient, en effet, juste après que le journaliste marqué à gauche, Thomas Legrand, a dénoncé son invisibilisation de l'antenne après une vidéo prise à la volée, où il a été accusé d'être en connivence avec des responsables socialistes. Pour les représentants du personnel, Charles Sapin appartient à la direction d'un magazine qui n'est pas compatible avec les valeurs de Radio France. Pour la direction, à l'inverse, il est un signe de pluralisme avant la présidentielle, sachant qu'il y a sur France Inter des chroniqueurs venus d'autres hebdos, dont Alternative Économique et le Nouvel Obs, plutôt classés à gauche.
Pluralisme ou banalisation des idées d'extrême droite Souvenez-vous : en 2024, le Conseil d'État a demandé à l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel en France, de garantir le pluralisme sur CNews en regardant l'ensemble des prises de parole, y compris des chroniqueurs. Ce qui s'applique à CNews peut aussi valoir pour France Inter, d'autant qu'en juin, la station a été mise en demeure par le régulateur de mieux répartir le temps de parole politique, les voix du RN étant concentrées la nuit. Alors oui, « écoutons nos différences », comme dit le slogan. Mais en même temps, Valeurs Actuelles a participé aux attaques contre l'audiovisuel public en soutenant que, face à un service public très à gauche, heureusement qu'il y avait des milliardaires très à droite. Très à gauche, il faut le dire vite. Et la question est de savoir si Radio France ne participe pas un tout petit peu, le dimanche, à la banalisation des idées d'extrême droite voulue par Pierre Édouard Sterin.
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États-Unis: accord à l'amiable pour Meta, une reconnaissance en creux de l’addiction aux réseaux sociaux?
2026/08/28
En Californie, un procès contre Meta s'est conclu par un accord à l'amiable pour 18 milliards de dollars, l'entreprise évitant ainsi une condamnation possible pour avoir favorisé l'addiction des adolescents et des personnes vulnérables.
C'était un peu le procès de l'addiction, comme il a existé en 1998 pour le tabac. Pour Meta, la facture risquait d'être salée puisqu'une coalition de 29 procureurs généraux aux États-Unis lui réclamait jusqu'à 200 milliards de dollars, selon un chiffrage provisoire. Le témoignage en particulier d'un de ses anciens ingénieurs, Arturo Bejar, a été déterminant devant le tribunal fédéral d'Oakland.
D'une voix calme et déterminée, l'homme a expliqué comment les paramètres censés limiter l'addiction sur Instagram ou Facebook étaient en réalité « conçus pour échouer ». « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture », a-t-il déclaré. Il y avait les modes silencieux pour ne pas avoir de notifications nocturnes ou le mode « faire une pause » mais qui n'était actionné par personne. Et pour cause : « Les notifications, a-t-il dit, sont construites et conçues pour faire revenir les gens. » Pas pour leur santé mentale. Est-ce ce qui a convaincu Meta de trouver un accord à l'amiable ? Ce qui est sûr, c'est que le géant s'en sort bien : il ne se reconnaît aucun tort mais s'engage à limiter à deux heures par jour l'accès des moins de 18 ans à ses plateformes, avec blocage entre minuit et 6 heures du matin, suspension des notifications pendant les « horaires d'école » et invisibilisation des likes et des filtres incitant à une consultation compulsive.
À écouter dans l'Invité internationalProcès de Meta aux États-Unis: «Une tenaille transatlantique se resserre sur les géants de la tech»
Un accord regardé de près en dehors des États-Unis Cet accord est d'autant plus scruté qu'il comporte un volet exigeant aussi de TikTok et YouTube des mesures de protection des mineurs. Volker Türk, le haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, a demandé le respect des règles protégeant les enfants et il a incité les gouvernements à prendre des mesures plutôt qu'à attendre que les tribunaux ou les entreprises agissent.
En France, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'a pas été validée par le Conseil constitutionnel cet été. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis de revoir sa copie, tous les regards se tournent vers l'Europe. Or Bruxelles, qui a ouvert des enquêtes contre Meta et TikTok, envisage aussi des restrictions d'âge. Des engagements sont désormais attendus au sein de l'Union européenne pour protéger les enfants, que ce soit en termes de temps passé devant les écrans, de contrôle parental ou de limitation des dispositifs d'addiction. La commission constate aussi que les réglages sont compliqués à gérer, sur Meta comme sur TikTok, et elle envisage un accès « progressif et gradué » aux plateformes en ligne des enfants et des adolescents. Sous peine d'amende.
À lire aussiAddiction aux réseaux sociaux: Meta accepte de verser plus de 16 milliards de dollars à des États américains
L'affaire Jason Arday met en cause les journaux britanniques
2026/08/21
Une polémique touche les médias britanniques après le suicide d'un jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday. Cet enseignant avait été dénoncé comme plagiaire par de nombreux articles.
249 articles en 22 jours si l'on en croit les pancartes qui étaient affichées dans la foule de milliers de personnes qui s'étaient réunies lundi à Trafalgar Square à la mémoire du jeune professeur retrouvé mort à 41 ans à son domicile. Des articles qui dénonçaient en Jason Arday un plagiaire qui avait accédé au poste de professeur à la prestigieuse université parce qu'il collait en tous points aux politiques de diversité de Cambridge : d'origine ghanéenne, issu de la classe ouvrière immigrée, il avait été présenté comme un modèle d'inclusion puisqu'il était autiste, avait commencé à parler à 12 ans, et à lire ou écrire à 18 ans. Pour de nombreux médias britanniques, et notamment le conservateur Times de Londres, c'était bien là la preuve que les universités préféraient l'image au mérite. Mais au lieu de se pencher sur les conditions de son recrutement à 37 ans, ou de sa nomination il y a trois ans comme professeur, c'est le procès de l'enseignant qui a été fait. Et il a continué malgré sa démission neuf jours avant son suicide.
Une pression médiatique pointée du doigt alors même que l'accusateur de Jason Arday est remis en cause C'est vrai, celui qui fut le plus jeune professeur noir de Cambridge avait été accusé d'avoir plagié sa thèse par un ancien de cette université, Nathan Cofnas. Or, ce chercheur américain vient d'être suspendu par l'université de Gand, en Belgique, dans l'attente d'une enquête disciplinaire. Celui qui se définit comme un « réaliste racial » et n'a de cesse de critiquer les programmes d'égalité des chances, avait été renvoyé de Cambridge, il y a deux ans, pour racisme. Son accusation a ouvert la voie à un déluge d'articles, avec ce cocktail explosif qu'est l'opinion anti-woke affichée désormais par certains journaux, l'habitude de piétiner la vie privée des tabloïds et le racisme débridé qui s'exprime sur les réseaux sociaux.
Une affaire qui rappelle l'histoire moins tragique d'un journaliste noir américain, Jayson Blair Un autre Jayson, qui fut journaliste au New York Times, et dont on se rendit compte qu'il avait bidonné des dizaines d'articles en 2003. L'affaire avait fait grand bruit non seulement parce qu'elle mettait à mal la crédibilité de son journal, mais aussi parce que Jayson Blair avait bénéficié de la discrimination positive. Mais c'est plus l'institution, le Times, qui était alors dans le viseur médiatique. Le quotidien avait même dû publier une longue enquête pour faire la lumière sur cette histoire. Là, avec Jason Arday, c'est comme si l'affaire avait servi de prétexte à une déferlante de haine que certains journaux ont plus favorisée que contenue.
Guillaume Pley, influenceur et intervieweur politique dans la tourmente
2026/08/14
Mis en cause pour ses relations avec des fans mineurs, le podcasteur et influenceur Guillaume Pley est aussi l'animateur du média Legend sur lequel ses interviews de personnalités politiques ou économiques ne sont pas passées inaperçues.
Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Bernard Arnault... tous ont eu droit, depuis un an, à une longue interview sur Legend pour pouvoir y exprimer leur vérité face à un interlocuteur tantôt épaté, tantôt admiratif, mais toujours bienveillant. Guillaume Pley est-il le Joe Rogan français, du nom de ce podcasteur américain proche de Donald Trump et du camp conservateur ?
Celui-ci s'est en tout cas taillé une solide réputation depuis l'élection de 2022 durant laquelle il avait reçu Anne Hidalgo mais aussi Marine Le Pen et Éric Zemmour, ce qui lui avait valu d'être accusé de participer à la normalisation de l'extrême droite. Ses longues et parfois complaisantes interviews tranchent avec les formats courts que l'on trouve souvent en vidéo sur les réseaux sociaux.
Mais c'est aussi ce qui lui permet d'appâter les célébrités, comme le basketteur Tony Parker, l'ancien patron Carlos Ghosn ou le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Guillaume Pley n'est pas tenu par les exigences du journalisme, il ne se revendique d'ailleurs pas comme tel. Et il rencontre un grand succès, si l'on en croit ses 3,7 millions d'abonnés sur YouTube et les 8 millions d'écoutes mensuelles de son podcast, le premier de France selon Spotify.
Guillaume Pley, ciblé pour son management et ses relations avec son public Une enquête parue dans Les Inrockuptibles décrit notamment un « climat délétère, raciste et sexiste à ses côtés », ce dont se défend l'intéressé. Surtout, le mensuel a retrouvé deux fans avec lesquels il a eu des échanges à connotation sexuelle à partir de leurs 14 et 15 ans, quand lui en avait 26 et qu'il travaillait sur la radio NRJ. Des témoignages qui ont aussi été diffusés anonymement par le youtubeur PTZ.
Le Monde a publié de son côté le récit d'une ancienne mineure de 14 ans à qui il aurait évoqué l'idée d'un « plan à trois ». L'ancien animateur s'est d'abord défendu en disant que ces messages étaient « inappropriés » mais que tous ne venaient pas de lui, ses comptes sociaux étant cogérés avec son équipe, ce qui a offusqué les personnes concernées. Puis, Guillaume Pley a déposé plainte contre Les Inrockuptibles, Le Monde et PTZ.
Une air de déjà vu chez les influenceurs On dit souvent que le monde des influenceurs, si prisé des jeunes, est très différent des médias avec ses présentateurs qui assurent eux-mêmes la pub de marques et le lien avec leur communauté. Là, Guillaume Pley vient d'un média, NRJ, où il est accusé d'avoir cherché à exploiter sa notoriété à des fins sexuelles auprès de jeunes adolescentes. En 2018, un autre youtubeur, Norman, a lui aussi été accusé de viol, de corruption de mineurs et de harcèlement sexuel, avant que la plainte ne soit classée sans suite.
La sécurité nationale, un prétexte et une arme contre l’information
2026/07/10
Un rapport de Reporters sans frontières, publié le 8 juillet, montre comment la menace sur la sécurité nationale d'un État est souvent invoquée pour poursuivre, voire pour emprisonner des journalistes.
Selon RSF, c’est même une « arme contre le journalisme ». Alors qu'on l'appelle « menace contre la sécurité nationale », « apologie du terrorisme », ou lutte contre « l'espionnage », il s'agit toujours d'incriminer un journaliste, de le poursuivre et parfois de le jeter en prison comme Jimmy Lai à Hong Kong, voire de le condamner à mort comme Turki-Al-Jasser en Arabie saoudite. C'est dans les pays totalitaires qu'on trouve le plus de poursuites et d'arrestations arbitraires. On pense à la Chine où Zhang Zhan a déjà purgé une peine de quatre ans d'emprisonnement pour être allée à Wuhan documenter la crise du Covid. Elle se trouve encore derrière les barreaux dans un pays considéré comme la plus grande prison au monde de journalistes. Mais il faut également citer la Russie, où un site indépendant sur la Crimée vient d'être mis sur les listes des agents de l'étranger, ou l'Iran où plus d'une centaine de journalistes ont déjà été arrêtés.
Les pays totalitaires ne sont pas les seuls à invoquer l'intérêt national C’est en effet le cas dans des pays en guerre comme Israël, où on ne compte plus les journalistes palestiniens en détention après avoir été arrêtés à Gaza et en Cisjordanie. On y constate aussi une restriction de l'accès à l'information. Mais les prétextes peuvent être des sujets sur la corruption ou des groupes armés en Amérique latine, la santé publique en Tanzanie ou l'environnement en Inde. Au Niger, c'est la publication d'un document « susceptible de troubler l'ordre public » qui vaut à six journalistes d'être poursuivis, dont trois sont emprisonnés. En Algérie, c'est le journaliste français Christophe Gleizes qui a déjà purgé un an de détention après avoir été condamné à sept ans d'emprisonnement.
Les démocraties occidentales sont également évoquées par RSF En effet, notamment les États-Unis qui poursuivent Julian Assange pour espionnage et dont deux journalistes du Wall Street Journal et du Washington Post sont appelés à comparaître pour des fuites touchant à la sécurité nationale. Au Royaume-Uni, de nouvelles sanctions visent depuis 2023 les journalistes qui collaborent avec des lanceurs d'alerte. Quant à la France, elle est aussi mentionnée pour Ariane Lavrilleux, cette enquêtrice de Disclose dont la cour d'appel vient d'annuler le non-lieu, ouvrant la voie à une nouvelle instruction alors qu'elle avait réussi à faire valoir que ses révélations sur une opération militaire secrète de la France en Égypte étaient d'intérêt public. Elle défend le secret des sources face au secret défense. C'est finalement toujours au nom de la sécurité nationale qu'on en vient à en criminaliser l'information.
Intelligence artificielle: la fonctionnalité AI Overviews de Google arrive 2 ans plus tard en France
2026/07/03
Cet été, AI Overviews sera disponible en France. Cette fonctionnalité développée par Google permet d'avoir des aperçus d'articles grâce à l'intelligence artificielle. Et ce, sans avoir à cliquer sur les sites des médias.
Avec AI Overviews, il suffit de taper une requête sur un moteur de recherche et la fonctionnalité de Google vous propose une réponse synthétique, en plus des liens classiques, en puisant dans un ou plusieurs médias. Déjà présente depuis deux ans dans 120 pays et onze langues, la France, étrangement, n'a pas encore expérimenté cette fonctionnalité.
Étrangement ? En réalité, pour mieux comprendre, il faut remonter à 2021 et 2024, quand Google a été condamné par l'Autorité de la concurrence à des amendes de 500 puis 250 millions d'euros pour ne pas avoir négocié de bonne foi avec les éditeurs de presse des accords de droits voisins. Le géant avait donc dû s'engager à ne pas altérer pendant la durée des discussions l'indexation et la présentation des contenus.
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Un accord pas encore acquis sur les droits voisins Dans un courrier qu'il a adressé aux éditeurs, Google précise qu'il fera pour toutes les publications ayant un accord de droit voisin une mise à jour de leur contrat : ce sera une sorte d'extension pour prendre en compte ce nouveau mode d'affichage des contenus et les éditeurs seront rémunérés en fonction des « impressions IA ». Et pour les autres, il n'y aurait en principe pas d'impact : Google continuera d'afficher leur présence comme avant. Ce distinguo permet aux éditeurs d'opter pour le refus des aperçus IA, sans être rémunérés, tout en continuant d'être indexés.
Mais pour les médias français, c'est aussi un piège car ces aperçus n'incitent pas à cliquer sur les liens vers leurs sites et font chuter de 20 à 40 % leurs audiences. D'un autre côté, les médias peuvent-ils s'exclure des réponses de demain ? C'est le dilemme et tout dépendra de la rémunération qui sera apportée pour ce mode IA.
Google condamné en France Le tribunal des activités économiques a condamné Google lundi 29 juin à 126 millions d'euros de dommages et intérêts. Google était accusé d'avoir abusé de sa position dominante dans l'achat automatique d'inventaires publicitaires via des enchères en temps réel qui auraient privilégié ses propres outils au détriment d'autres acteurs.
L'autorité de la concurrence l'avait condamné pour ce motif en 2021 et c'est à ce titre que les groupes Figaro, Les Échos-Le Parisien, Prisma et Dailymotion ont eu ces dommages et intérêts. Ce qui est clair, c'est que le géant se sait aujourd'hui épié par les éditeurs français qui sont d'autant plus procéduriers qu'ils perdent revenus et emplois à cause des plateformes Google et Meta.
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Canicules: des médias en surchauffe !
2026/06/26
Il y a des répercussions de la canicule sur les médias et de leurs différents modes de traitement face à une réalité liée au réchauffement climatique.
La canicule a d'abord des répercussions sur la fréquentation des cinémas : +60% en France pour une semaine par rapport à l'an dernier. Les gens convoitent les salles climatisées et certains films sont aussi appréciés pour leur durée de fraîcheur : trois heures avec les pubs, par exemple, pour La Bataille de Gaulle, d'Antonin Baudry. Mais la canicule, c'est aussi l'occasion de couvertures et parfois de controverses, la France étant le seul pays d'Europe où la climatisation devient un sujet politique. Pour Le Parisien, Le Figaro et beaucoup de médias audiovisuels, c'est ainsi une nécessité absolue et l'on dénonce le retard pris dans ce domaine, surtout dans les structures collectives, pour des raisons idéologiques. Moins massif et plus marginal, le débat sur les solutions alternatives comme la rénovation thermique des bâtiments ou la végétalisation des villes se retrouve surtout sur le service public ou la presse de gauche et centre gauche comme Libération et Le Monde.
Un pic continu de températures s'accompagne d'un pic d'attention pour la question climatique Selon l'association QuotaClimat, un épisode caniculaire s'accompagne de trois fois plus de sujets dans l'audiovisuel sur la question du réchauffement climatique. Même chose dans la presse où l'on observe une hausse des deux tiers des articles consacrés à cette réalité. L'association précise que 60% de ces articles font un lien entre canicule et dérèglement climatique, mais que seuls 20% en mentionnent les causes. Sur les chaînes d'infos, ce lien est fait davantage sur le service public que sur les chaînes privées. QuoClimat estime aussi qu'il y a de la désinformation, surtout sur CNews et Europe 1. Elle a saisi l'Arcom pour des cas de relativisation du caractère exceptionnel de la période, pour une remise en cause du consensus scientifique ou même pour la contestation d'un impact négatif de la climatisation.
Le traitement médiatique diffère en Europe d'un pays à l'autre La presse espagnole ne s'intéresse pas tellement à la climatisation mais demande plus d'adaptation du travail et de protection des salariés alors qu'une loi a déjà instauré un « congé climatique » en 2024. Du côté des journaux italiens, pays où la climatisation est largement répandue, ce sont surtout les infrastructures électriques en surchauffe qui sont au centre de l'attention après plusieurs coupures de courant. Quant aux médias allemands, ils constatent aussi un retard en matière de climatisation et l'inadaptation des bâtiments qui sont faits pour garder la chaleur, mais ils s'interrogent aussi, comme Die Welt sur l'impact économique de la canicule.
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En France, la crise de la presse s'étend toujours plus et fait du mal à l'emploi
2026/06/19
La crise de la presse affecte de plus en plus de groupes de presse, comme l'a montré jeudi 18 juin une manifestation à Paris visant à « défendre l'information ».
La manifestation a rassemblé près d'un millier de personnes. Cela peut paraître peu dans l'absolu, mais c'est assez inédit dans l'histoire de la presse. Son parcours, de la place de la Bourse au ministère de la Culture, en disait long : comme si la presse avait été jusqu'ici ballottée par des puissances d'argent et qu'elle réclamait la considération de l'État. Car l'expression démocratique des journaux est menacée sur des pans entiers de territoire. Et il y a une accélération de ce déclin avec des plans sociaux qui sont annoncés depuis trois mois et qui vont toucher plus de 1 000 salariés au total.
À Prisma, le groupe contrôlé par Vincent Bolloré et qui édite Femme actuelle, Géo ou Capital, ce sont ainsi plus de 40% des postes qui sont supprimés, soit 265 emplois. À Centre France, qui édite La Montagne, il y a 152 suppressions d'emplois. On trouve aussi des plans sociaux à Bayard, l'éditeur de La Croix, ou à Marie Claire. Mais le plus gros plan est attendu lundi 22 juin au groupe Ebra qui édite Le Progrès, Le Dauphiné libéré ou L'Est républicain. Là, ce sont 350 à 400 postes qui devraient être supprimés.
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À l'origine de ces suppressions d'emplois D'abord un lectorat vieillissant qui ne s'est pas assez renouvelé, en particulier dans la presse régionale qui n'a pas réussi sa bascule numérique, comme ont pu le faire Le Monde ou Le Figaro. Les recettes de diffusion baissent comme celles de la publicité car là, ce sont Google et Meta qui font la loi. L'Arcom a prévenu : entre 2019 et 2030, les médias producteurs d'information vont voir leur part sur le marché publicitaire tomber de 50% à 20%. Tous les journaux n'en sortiront pas saufs.
Mais il y a aussi, depuis peu, l'impact de l'intelligence artificielle. Il se fait déjà sentir à Infopro Digital, qui édite L'Usine nouvelle, où les 19 secrétaires de rédaction seront remerciés et remplacés par des agents IA.
L'IA suscite des demandes de la part des éditeurs de presse Récemment à Marseille, le patron du New York Times, Arthur Gregg Sulzberger, a eu des mots très forts : « Les géants de la tech pillent les sites d'information sans autorisation ni compensation. Ils se réapproprient ces contenus volés comme s'ils en étaient les auteurs. » C'est donc une rétribution qui est attendue de la part des acteurs de l'IA.
Et si cela ne vient pas de la loi, les éditeurs iront le demander à l'Autorité de la concurrence. D'ores et déjà, une enquête du Reuters Institute montre que cette année, sur 48 pays, les plateformes sont les premières sources d'information devant la télé et les sites et applis de presse.
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La Coupe du monde 2026, enjeu majeur pour les médias français et internationaux
2026/06/12
La Coupe du monde 2026, qui se déroule en Amérique du Nord, marque un tournant pour les médias et les diffuseurs. Avec un format élargi à 48 équipes et 104 matchs, l'événement promet des audiences record et des enjeux financiers colossaux. Entre stratégies publicitaires innovantes, mobilisation sans précédent des rédactions et compétition féroce pour les droits de diffusion, cette édition s'annonce comme un rendez-vous majeur pour les acteurs du secteur.
S'il y a un média qui soutient ardemment les Bleus, c'est bien M6. La chaîne est le diffuseur exclusif en clair des 54 principaux matchs de la Coupe du monde, pour un montant estimé à 120 millions d'euros. C'est la première fois qu'elle assure seule la diffusion de l'événement, sans TF1. Or, il n'y a qu'un seul moyen pour M6 de rentabiliser cette opération : que l'équipe de France arrive en finale. Le spot de publicité de 20 secondes en coupure est tarifé 370 000 euros, et il monte même à 500 000 euros dans l'éventualité d'une séance de tirs au but.
Pour l'instant, on n'en est pas là, loin s'en faut. Si la France est très vite éliminée, comme en Afrique du Sud en 2010, ce sera beaucoup plus difficile pour M6. Mais quoi qu'il en soit, la chaîne devient incontournable le temps d'un Mondial et elle se dit qu'il en restera forcément quelque chose.
Cette Coupe du monde 2026 est-elle un rendez-vous publicitaire plus important que les précédentes ? Oui, car il y a deux nouveautés majeures. D'abord, un nombre bien plus élevé de matchs : 48 équipes sélectionnées pour 104 rencontres, contre 32 équipes et 64 matchs il y a quatre ans au Qatar. Qui dit 40 matchs de plus dit plus d'espace publicitaire. Et ce d'autant plus qu'une autre nouveauté fait son apparition cette année : les « pauses fraîcheur ». Ces temps d'arrêt de jeu au milieu de chaque mi-temps permettent trois écrans publicitaires supplémentaires d'une minute chacun par match. Autant de possibilités d'expression pour les 215 marques présentes sur M6. Si les audiences sont au rendez-vous, les rentrées publicitaires seront conséquentes. Le score du match d'ouverture, le meilleur depuis 2014, laisse penser que ce sera le cas.
D'autres médias sont également très mobilisés pour cet événement. C'est notamment le cas de BeIN Sports, qui détient les droits de la totalité des matchs en version payante. RMC, radio officielle en France, a dépêché 40 personnes sur place et installé un studio à New York, dans les locaux de CMA CGM, pour des plateaux qui seront diffusés sur BFMTV. La Coupe du monde représente aussi un moment clé pour L'Équipe, qui a envoyé 22 journalistes sur le terrain et mobilisé 170 personnes pour couvrir l'événement. Chaque matin, le média proposera un podcast intitulé L'Équipe du Mondial pour revenir sur les grands moments de la veille.
Enfin, en Afrique subsaharienne, ce n'est plus Canal+ qui diffuse la compétition, mais New World TV, un groupe panafricain. Depuis son rachat de MultiChoice, le groupe Canal+ semble privilégier le rugby, dont il a acquis les droits pour les deux prochaines Coupes du monde.
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La propagandiste russe Xenia Fedorova fait polémique dans les médias français
2026/06/05
L'ancienne directrice de la chaîne Russia Today en France, Xenia Fedorova, fait polémique dans les médias français alors qu'elle est chroniqueuse sur plusieurs médias de la sphère Bolloré.
On hésite à parler d'une journaliste, et pas seulement parce que Xenia Fedorova n'a pas sa carte de presse en France : cette ancienne directrice de la chaîne RT France, Russia Today, épouse systématiquement le point de vue, pour ne pas dire la propagande, du Kremlin. Ainsi, elle relève davantage de l'influence étrangère.
Dès 2017, elle mettait en doute le fait que Bachar el-Assad, allié des Russes, avait procédé à des bombardements chimiques contre sa population en Syrie. En 2022, elle reprenait la terminologie officielle russe en parlant d'« opération spéciale » en Ukraine, allant jusqu'à dire que seul le Dombass était concerné. Depuis qu'elle a été recrutée par Bolloré, l'année dernière, on peut entendre sur CNews que « c’est l’Occident qui a décidé de prolonger la guerre en Ukraine » ou qu'il n'y a pas eu d'enfants ukrainiens enlevés vers la Russie.
Le plus incongru est sans doute de lire ses leçons de liberté d'expression dans le JDNews. On se demande si la France devrait prendre exemple sur la Russie et sa loi liberticide sur les « agents de l'étranger ».
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Emmanuel Macron s'exprime sur Xenia Fedorova Le président français s'est exprimé en marge d'une visite au Monténégro. Il a rappelé qu'en 2017, il l'avait déjà jugée au service d'une « agence de propagande d'État », alors que le site RT avait relayé la fake news d'un compte offshore d'Emmanuel Macron aux Bahamas entre les deux tours.
Ce qui a changé malgré tout, c'est l'intégration de Xenia Fedorova dans la sphère d'influence de Bolloré. Elle est à la fois chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et le JDNews, autrice chez Fayard avec un livre intitulé Bannie, et animatrice de l'émission Lumières orthodoxes sur CStar, histoire sans doute de faire vibrer l'attachement à la chrétienté de Bolloré.
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Polémique autour du prolongement de son titre de séjour Son titre de séjour a été prolongé de dix ans en 2024. On peut s'en étonner alors même que Russia Today a été interdite dans l'Union européenne après l'invasion de l'Ukraine. Le ministre de l'Intérieur a fait valoir que c'était un renouvellement automatique, sans intervention du gouvernement. Mais son entourage précise aussi que ce titre de séjour ne protège pas en cas d'atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
L'Arcom a été plusieurs fois saisie, notamment par la députée européenne macroniste Valérie Hayer. Mais Xenia Fedorova a reçu le soutien de la direction de Canal+ comme de Lagardère. Au nom de la liberté d'expression. Son influence dans la sphère Bolloré se vérifie aussi à sa capacité à écarter des contradicteurs de l'antenne, comme – selon Le Monde – le général Bruno Clermont. Elle est devenue un agent de la bataille de l'information.
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