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Questions d'environnement

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Categories
Country
United States
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2022/11/08
Latest episode
2026/02/05
Average duration
4 min.
Release period
2 days

Description

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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Trump et les éoliennes: pourquoi tant de haine?
2026/02/05
Ardent défenseur des énergies fossiles, le président des États-Unis attaque les énergies renouvelables. Les compagnies pétrolières et le gouvernement américain auraient même mené une campagne d'influence au sein du parlement européen. On s'était dit que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé ici de Donald Trump, et puis l'actualité est venue à notre secours. C’était il y a trois jours : la justice américaine, sans se prononcer sur le fond, a autorisé la reprise du chantier d’un parc éolien en mer, face à New York. Il s'agit de la cinquième décision de justice en ce sens depuis que Donald Trump a décidé de bloquer tous les projets d’éoliennes signés sous la présidence Biden. Donald Trump a un problème avec les éoliennes. À l'origine, il y a visiblement un traumatisme indépassable : il y a 5 ans, Donald Trump n’avait pas pu empêcher la construction d’un parc éolien en mer juste en face d’un de ses terrains de golf en Écosse… Les éoliennes, il trouve ça laid. Et il l’a encore répété il y a quelques jours, dans l’une de ses déclarations sorties de nulle part. « C’est la pire et la plus chère des énergies qui existe, et l’Europe est en train de se détruire avec ces stupides éoliennes qu'elle installe partout dans ses magnifiques régions qui possèdent certains des plus beaux paysages du monde, et elles ne font que détruire… », déclarait-il en mode « de quoi je me mêle », comme il l’avait déjà fait quelques jours plus tôt au Forum économique mondial de Davos. Domination énergétique américaine Mais pour Donald Trump, il n’y a pas que la dimension esthétique qui l’intéresse, ce n’est pas qu’une question de bon goût (et on sait qu’il s’y connait). Le problème des éoliennes, c’est qu’elles ringardisent ses chéris : le pétrole et le charbon. En Europe, les énergies renouvelables (solaire et éolien) ont produit pour la première fois l’an passé plus d’électricité que les énergies fossiles. Ce qui va à l’encontre de la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, adoptée il y a quelques semaines. « L'objectif aujourd'hui de l'administration Trump et de Donald Trump est d'asseoir la domination énergétique. C'est un terme qui est repris dans cette Stratégie nationale de sécurité et donc de s'assurer que l'industrie fossile américaine ait des débouchés. Et c'est en ce sens que Donald Trump se prononce contre les énergies renouvelables en Europe », décrypte Swann Bommier, le directeur du plaidoyer de l’association écologiste française Bloom. Lobbies et ingérence Une forme d’ingérence qui s’est concrétisée récemment au Parlement européen, selon les accusations publiées ce matin par Bloom, quand une alliance entre la droite et l’extrême droite a vidé de sa substance la directive sur le devoir de vigilance des entreprises – un texte qui engage les entreprises à prévenir notamment les atteintes à l’environnement et à respecter l’engagement européen de neutralité carbone en 2050. « On a eu tout au long de l'année 2025 une offensive concertée des lobbies de l'industrie fossile américaine et de l'administration Trump pour torpiller le devoir de vigilance. Certaines de ces entreprises se sont alliées dans une alliance qui réunissait ExxonMobil, Chevron, mais aussi TotalEnergies. Et ensemble, ces entreprises portaient auprès des parlementaires une stratégie selon laquelle le Parlement européen devait détruire le devoir de vigilance dans une alliance de droite et d'extrême droite, ce qui était du jamais vu », détaille Swann Bommier. L’ONG Bloom pointe en particulier le rôle joué par le rapporteur parlementaire de cette directive, l’eurodéputé suédois de droite Jörgen Warborn, un homme qui a multiplié les contacts avec le lobby pétrolier. « Jörgen Warborn a été le relais, le cheval de Troie des entreprises américaines et de l'ingérence américaine, puisqu'il a repris à son compte leur stratégie », accuse encore Swann Bommier. L’union des droites se porte bien, l'internationale climatosceptique aussi, la planète sûrement un peu moins.
Comment les pollutions sonores et lumineuses affectent-elles le vivant?
2026/02/04
Humains, oiseaux, baleines ou plantes, nous sommes tous victimes des excès de bruit et de lumière qui accompagnent la présence humaine sur la planète, dans les villes en particulier. Elles ne figurent pas au menu du « Giec de la pollution », le groupe d’experts et de politiques sur la pollution chimique qui tient sa première réunion cette semaine à Genève. Et pourtant… Les pollutions sonores et visuelles sont elles aussi sources de quelques dégâts pour le vivant. Commençons par nous, humains, avec la pollution sonore, et avec un exemple tout bête, et vraiment bête : une moto qui traverse Paris la nuit, avec un pot d'échappement troué, réveille 300 000 personnes. La pollution sonore est source de stress et de maladies cardio-vasculaires. Rien qu'en Europe, le bruit provoque 20 000 décès prématurés chaque année. À lire aussiSous les vagues, la pollution sonore Le bruit perturbe aussi les autres animaux. Et en particulier les oiseaux, comme le merle qu’on commence à entendre très tôt le matin à Paris. Serait-il insomniaque ? « Les chants servent à deux choses : "Je suis chez moi, je ne veux pas que tu rentres chez moi". Ça sert aussi à dire à une femelle qui passerait : "Je suis tout seul"… pas besoin de faire un dessin, sourit Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. Donc les merles chantent plus tôt le matin à cause du bruit, ou plutôt de l’absence de bruit. » Plus fort ou plus aigu Pour dépasser le bruit des voitures, d'autres oiseaux, comme le rossignol, chantent plus fort. La mésange charbonnière, elle, chante plus aigu, « parce que le bruit de fond de la ville est dans les graves. Donc la mésange charbonnière a une note de son chant plus haute en ville », explique Frédéric Malher. Mais toutes ses stratégies déployées par les oiseaux en ville représentent « semble-t-il une dépense d’énergie supplémentaire ». En mer aussi, la pollution sonore perturbe la communication. Et à cet égard, on est loin du Monde du silence, comme le commandant Cousteau avait baptisé les mers et les océans. « Le son circule cinq fois plus plus vite que dans l’air. Surtout, les océans sont un open-space, il n’y a pas de barrière qui limite le son. Les baleines bleues, par exemple, vont pouvoir communiquer à plus de 100 kilomètres de distance, probablement jusqu’à 1000 kilomètres, selon certains chercheurs », explique Olivier Adam, bio acousticien à l'Université Paris Sorbonne.  Pertes de repères Mais le bruit des bateaux, des sonars militaires ou des éoliennes est lui aussi sans limite. Et les conséquences peuvent être mortelles pour les cétacés, les baleines ou les cachalots. « Si les intensités sonores sont trop fortes et qu’ils ont une perte même temporaire de leur système auditif, ils perdent tout moyen de se repérer et peuvent aller s’échouer très facilement. Pour des baleines grands plongeurs comme les baleines à bec qui descendent à deux ou trois kilomètres de profondeur pour s’alimenter, elles peuvent remonter trop vite "en mode panique" et avoir des problèmes irréversibles au niveau de la décompression », souligne Olivier Adam. À lire aussiFrance: le bruit, une pollution qui coûte plus de 150 milliards La colonisation de la planète par l’espèce humaine engendre une autre pollution : la pollution lumineuse rendue possible grâce à la fée électricité. Une pollution à laquelle les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables. « Elle peut détourner ces oiseaux parce qu’ils sont attirés par la lumière, précise Frédéric Malher de la LPO. Quand il y a du brouillard, ils sont complètement perdus et c’est à ce moment-là qu’on peut avoir des massacres d’oiseaux qui se sont précipités sur les vitres des bâtiments parce qu’ils sont perdus dans un brouillard lumineux où il n’y a plus du tout de repères. » Le progrès nous aveugle Les lumières de la ville perturbent aussi les plantes. « Une plante éclairée la nuit ne repère pas que c'est la nuit. Donc elle continue sa vie, elle continue sa photosynthèse et produit donc un excédent de sucre, racontait pour « C’est dans ta nature » Louis Gerin, qui avait mis au point un lampadaire sans lumière bleue, la plus nuisible au vivant. Avec la lumière, il y a plein d'insectes. Et comme c'est plus sucré, ils viennent la voir ! Et comme elle ne peut pas dormir la nuit, elle est encore plus fatiguée, elle s'épuise et se retrouve plus vulnérable face aux parasites et aux maladies. »  Humains, nous sommes nous aussi plus vulnérables face à la lumière artificielle. Les leds, les lampes nouvelles générations, certes économes, abiment la rétine et notre vue vieillit plus vite. Parfois le progrès nous aveugle.
Pourquoi «le Giec de la pollution» arrive-t-il aussi tard?
2026/02/03
Le Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution se réunit pour la première fois cette semaine, alors que le phénomène est aussi vieux que la Révolution industrielle du XIXe siècle et tue plus que les guerres, le sida ou la crise climatique. Une grande première pour une tragédie ancienne. La première réunion du Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution a commencé lundi 2 février 2026 à Genève, en Suisse. On le surnomme « le Giec de la pollution », en référence au groupe des experts internationaux sur le climat, qui publiait son premier rapport en 1990, un quart de siècle après les premières études scientifiques sur le changement climatique provoqué par les activités humaines. Le Giec de la pollution arrive bien plus tard. Est-ce trop tard ? On sait que la pollution, également d’origine anthropique, existe depuis le début de la Révolution industrielle, quand les feuilles des arbres se couvraient de noir à cause du charbon. L’écrivain britannique Charles Dickens évoquait déjà le fameux smog londonien, ce brouillard provoqué par les poussières industrielles, dans un roman publié au milieu du 19e siècle. 9 millions de morts par an La pollution n’est pas un phénomène récent et ses effets sur la santé ne sont pas négligeables. On commence à mourir du climat, mais on meurt déjà beaucoup et depuis longtemps de la pollution. Elle provoque chaque année 9 millions de morts prématurées dans le monde, plus d'un décès sur dix. La pollution tue plus que les guerres, le sida, ou même le climat. La crise climatique ne tue « que » 600 000 personnes par an. Et alors qu’on parle beaucoup des Cop, les sommets pour le climat, alors qu’il existe aussi des Cop sur la biodiversité et sur la désertification, la pollution, les pollutions, elles, passent un peu en-dessous des radars, alors que les constats sont tout aussi alarmants. Plusieurs dizaines de milliers de produits chimiques sont en circulation sur la planète – on peut à cet égard saluer la créativité humaine. Il y a tous ces mots qu’on entend presque chaque jour, désormais : plastique, microplastiques, particules fines, PFAS, les fameux polluants éternels qui s’immiscent partout et pour toujours. On boit des PFAS et on mange des pesticides. À tel point qu’aujourd’hui, on est tous contaminés. On a des microplastiques dans le cerveau. On nait déjà contaminé. Oui, les bébés naissent déjà le corps pollué… On consomme de la pollution D'ailleurs on n'est pas sûr d'en mourir, ou alors pas tout de suite, on peut juste être malade de la pollution. On en est venu à inventer une expression : les cancers environnementaux. Un autre chiffre suffit à mesurer l'ampleur du problème : les maladies provoquées par une exposition aux produits chimiques représentent plus de 10% du produit intérieur brut mondial, plus de 10 000 milliards d’euros par an. Comment s’explique alors cette relative indifférence ? Sur le climat, il y a un ennemi identifié, le CO2 et les producteurs d'énergies fossiles. Mais sur la pollution chimique, il y a des milliers et des milliers de coupables. Les données et les études sont dispersées. Les scandales multiples mais isolés, microéconomiques. Le principe de précaution est à géométrie variable. Enfin les lobbies sont beaucoup plus nombreux, présents dans de nombreux secteurs : l'automobile, l'agriculture, l'agroalimentaire, les emballages, les vêtements, les produits de beauté... Partout il y a de la pollution chimique, dans tout ce qu'on consomme au quotidien. S'y attaquer, c'est aussi, d'une certaine manière, remettre en cause nos habitudes de consommation et notre mode de vie. C'est réaliser que cette belle idée du progrès recouvre une réalité beaucoup plus sale.
Restera-t-il des chênes dans cinquante ans?
2026/02/02
L'un des arbres les plus répandus en Europe (et dans tout l'hémisphère nord) est-il armé face au réchauffement climatique ? Quinze millions d'années d'évolution lui confèrent quelques atouts.  Il est le roi des forêts européennes, l'un des arbres qu'à peu près tout le monde est capable d'identifier. On a toujours un chêne près de chez soi. « Un jour je me suis amusé à estimer le nombre de chênes en France, et on arrive à plusieurs milliards, en y incluant les petits semis évidemment, explique Antoine Kremer, directeur de recherche émérite à Biogeco à l'université de Bordeaux, spécialiste de l’évolution des arbres et en particulier du chêne. Vous n’êtes jamais très loin d’un chêne si vous êtes en France, à moins de quelques kilomètres, mis à part si vous êtes en haute altitude. Et c’est vrai aussi en Europe. On ne s’en rend pas compte mais c’est quelque chose qui nous est très proche ». Face au réchauffement climatique, ce monument forestier a quelques atouts. D'abord, le chêne est l'un des arbres à la plus grande diversité génétique, rendue possible par les échanges entre individus, grâce au pollen, et même entre espèces – rien qu'en Europe on compte une trentaine d'espèces de chêne. Et la diversité génétique, c'est un grand avantage. « Quand il y a une crise environnementale, si tout le monde est pareil génétiquement dans une population, la probabilité est forte que cette population s’éteigne. En revanche, si vous avez une forte diversité, la probabilité pour qu’au sein de cette population il y ait des individus qui résistent est beaucoup plus élevée. Cette diversité est une espèce d’assurance vis-à-vis de l’avenir », souligne Antoine Kremer. La lutte pour la vie  La force du chêne, c'est donc son nombre, et son âge aussi. Le chêne a 15 millions d'années, autant dire qu'il a vu passer des changements climatiques, des alternances de froid et de chaud. Les plus résilients ont survécu et se sont répandus, par la sélection naturelle. « En fait il a fait le yoyo en termes de migrations, raconte Antoine Kremer. Quand il faisait chaud, il est resté présent dans toute l’Europe tempérée, mais quand il faisait froid, quand la moitié de l’Europe était couverte de glaciers, les chênes se sont retrouvés dans le sud de l’Europe. Et dès que le climat s’est réchauffé, ils ont migré vers le nord. C’était la lutte pour la vie, en quelque sorte. C’est celui qui colonisait le plus vite qui s’en est sorti à chaque fois ». Les arbres migrent, ce qui peut sembler paradoxal puisque ce qui différencie les plantes des animaux, c'est leur incapacité à bouger, à fuir un danger... Mais les arbres ont quelques alliés pour transporter leurs graines, les glands en l'occurrence : des oiseaux, des mammifères, les rivières et mêmes les humains qui se nourrissaient de glands. Cette migration est encore à l'œuvre aujourd'hui. On voit par exemple le chêne vert, présent en Méditerranée, se déplacer vers le nord. On le retrouve aussi le long de la côte Atlantique « mais juste sur deux ou trois kilomètres le long de la côte, où un microclimat lui permet de se maintenir. Quand vous regardez dans ces forêts-là, il migre vers l’intérieur, vers l’est, de manière assez vigoureuse. Parmi les espèces qui sont appelées à se développer numériquement dans le contexte du changement climatique, à cause de leur meilleure adaptation à la sécheresse, il y a notamment le chêne vert, et également le pin maritime ». Le problème, c'est que la vitesse du réchauffement climatique actuel, le seul provoqué par l'homme, est beaucoup plus rapide que la vitesse de migration du chêne. Des arbres disparaîtront, mais le chêne sera toujours là. Il y aura toujours des forêts, mais sûrement moins dans le sud… 
Pourrait-on vivre sans pétrole?
2026/01/29
Que serait un monde sans hydrocarbure ? Le pétrole est partout. L'économie pourrait-elle fonctionner sans cet or noir dont l'humanité est dépendante depuis plus d'un siècle et demi ? Ce serait un film de science-fiction, une dystopie, un scénario-catastrophe dans un monde se réveillant un matin sans plus aucune goutte de pétrole. Que serait notre vie si le pétrole disparaissait complètement ? Sachant que le pétrole est responsable d’un tiers des émissions de CO2, la crise climatique serait presque réglée… Mais pour le reste, il n’y aurait plus de transport, on ne pourrait plus travailler, ce serait très vite la pénurie alimentaire, plus de médicament non plus… bref, le chaos. « On serait bien embêté, sourit Matthieu Auzanneau, le directeur de The Shift Project, un groupe de réflexion qui travaille sur la décarbonation de l’économie. Tout s’arrêterait en fait. Le pétrole, c’est ce qui permet de faire circuler le sang dans tout l’organisme économique mondial. Ce serait un cataclysme. À part pour quelqu’un qui vivrait en ermite, et encore : il serait content d’avoir des vêtements polaires bien chaud qui sont en général des dérivés de pétrole. Il y a très très peu d’activités humaines qui ne sont pas très directement ou indirectement liées au pétrole ». Oui, il y a du pétrole dans nos vêtements : les tissus synthétiques sont fabriqués avec du pétrole, et même pour produire un tee-shirt 100% coton bio, on a besoin d’hydrocarbure. Sans pétrole, pas de shampoing. Pour manger, il faut du pétrole : entre les engrais, les tracteurs, les pesticides et le transport, la nourriture consommée par une personne en une année représente 1 500 litres de pétrole. Même pour fabriquer une voiture électrique il faut du pétrole. En fait, depuis le milieu du XIXe siècle, nous sommes totalement accros.  La désintoxication prendra du temps Pour autant, pourrait-on pourrait se passer de l'or noir ? La majorité du pétrole consommé aujourd’hui, c’est pour le transport (les voitures, les avions et les bateaux). Alors oui, on peut consommer moins de pétrole, sans revenir à l’âge de pierre, sans changer son mode de vie, il faut juste envisager une société plus douce et plus paisible. Voyager moins, acheter moins... « Il n’y a pas une fonction technique qui ne peut pas être remplacée par autre chose, assure Mathieu Auzanneau. Vous pouvez faire du plastique et des engrais avec autre chose que des hydrocarbures. Vous pouvez faire voler des avions avec des biocarburants. Ce n’est pas un problème de qualité, mais de quantité. Cela veut dire qu’il faut s’organiser pour avoir besoin de moins d’engrais, moins de carburant. Cela suppose simplement des politiques industrielles audacieuses. Mais tout est possible en fait ». Continuer à faire de la prospection pétrolière a-t-il alors un sens ? En France, un sénateur macroniste a déposé une proposition de loi discutée ce jeudi pour autoriser de nouveau l’exploitation pétrolière en Outre-mer, et en particulier en Guyane, pas loin des gisements vénézuéliens convoités par Donald Trump. C’est contre le sens de l’histoire. Simplement, se passer de pétrole, se désintoxiquer, va prendre du temps. Même le Giec, dans ses scénarios sur le réchauffement climatique, n'envisage pas un monde sans pétrole. C’est pour ça qu’on parle de transition écologique.  « Pour éviter le chaos, on a besoin qu’il y ait de l’essence dans les stations-service. Sinon c’est la guerre civile, estime Matthieu Auzanneau. Donc tant qu’on a besoin de pétrole, il faut bien des puits de pétrole. Je ne dis pas qu’il faut relancer la prospection en France. Symboliquement, c’est un très mauvais message à envoyer. En revanche, ce serait se faire des illusions de se dire que la décarbonation de la société commence et se termine par arrêter de pomper du pétrole. Ça commence et ça se termine en réalité par s’organiser différemment. Le problème, ce n’est pas le buraliste, c’est le fumeur. Tant que le fumeur a besoin de cigarettes, heureusement qu’il y a des clopes chez les buralistes ». Le tabac, c’est comme le pétrole, c’est mauvais pour la santé. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
Pourquoi le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable en Afrique de l'Ouest?
2026/01/28
Les Nations unies mettent l'accent sur l'élevage nomade, en décrétant 2026 année internationale du pastoralisme. Cette pratique ancestrale permet de lutter contre la désertification et de protéger la biodiversité.  C’est l'un des plus vieux métiers du monde, apparu il y a des milliers d'années avec la domestication des premiers animaux, et aujourd'hui encore il fait vivre plusieurs centaines de millions de personnes partout sur la planète, dans les territoires souvent les plus arides, là où rien ne pousse ou presque, à part des chèvres. L’élevage nomade est mis en avant cette année par les Nations unies qui ont décrété 2026 année internationale du pastoralisme. « Le pastoralisme ne saurait être un vestige du passé, confirme Tamsir Mbaye, de l'Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA). C’est un système qui structure des territoires, qui protège des écosystèmes, mais surtout qui nourrit des populations. Fragiliser cette activité, c’est affaiblir notre sécurité alimentaire. » En Afrique de l’Ouest, dans la zone sahélienne en particulier, le pastoralisme nourrit ainsi des millions de personnes. Le pastoralisme permet également de se vêtir, il est aussi un allié de la biodiversité. Il permet de lutter contre la désertification, de restaurer les sols grâce au passage des animaux – certaines herbes aiment bien qu'on les piétine. Les excréments des animaux valent presque de l'or. « Les déjections animales contribuent à enrichir naturellement les sols. C’est un fertilisant gratuit, recyclé sur place, souligne Tamsir Mbaye. Le pastoralisme contribue aussi à la lutte contre la désertification, en permettant de conserver des paysages ouverts, riches en espèces animales et végétales. Les troupeaux jouent un rôle-clé dans le transport des graines », et cela de deux manières. D'abord dans les excréments : les graines voyagent aussi en s'accrochant aux poils des chèvres ou des moutons. C'est d'ailleurs en s'inspirant d'une de ces graines qu'on a inventé le velcro, les fameux « scratchs ». Un modèle menacé Mais le pastoralisme est aujourd'hui confronté au changement climatique qui perturbe le cycle des pluies, modifie les saisons d'une certaine manière. « L’assèchement des points d’eau est de plus en plus rapide », constate Tamsir Mbaye, coordinateur du Pôle pastoralisme et zone sèche (une coopération franco-sénégalaise), qui pointe aussi « la raréfaction des pâturages, tant en quantité qu’en qualité avec l’avènement d’herbes de mauvaise qualité, comme Diodia scandens », appelée njoja sur place, une mauvaise herbe envahissante, qui peut être mortelle pour les vaches. Le pastoralisme est menacé, et non seulement par le changement climatique. Son espace rétrécit, en concurrence avec les terres agricoles. Les barrières humaines se multiplient, alors que la transhumance existait bien avant l'invention des frontières. On a aussi tendance à se méfier des nomades et il y a parfois des conflits. Mais malgré une image un peu archaïque, le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable qui dure depuis 10 000 ans.
Trente ans après le dernier essai nucléaire français, quels effets sur la santé et la biodiversité?
2026/01/27
La France a toujours sous-estimé, voire nié, les conséquences de ses essais nucléaires en Algérie et en Polynésie française. Le monde entier porte encore aujourd'hui la trace des essais réalisés par toutes les puissances nucléaires. C’était il y a tout juste 30 ans, le 27 janvier 1996 : la France effectuait son dernier essai nucléaire réel dans le Pacifique. L’histoire des essais nucléaires français, d’abord en Algérie, puis en Polynésie française, est celle d’un long mensonge d’État. Un mensonge répété encore par Jacques Chirac en 1995, quand il annonce, à la surprise générale, la reprise des essais en Polynésie, cinq ans après le moratoire décidé par François Mitterrand. « Vous savez que ces essais se passent dans le Pacifique-Sud, qu’ils ont lieu dans des conditions, euh, où, sans entrer dans des polémiques, il n’y a strictement aucune conséquence écologique », osait déclarer le président français, responsable d’une crise diplomatique majeure avec de nombreux pays du Pacifique, Australie et Nouvelle-Zélande en tête. Évidemment il n’en est rien : les essais nucléaires ont bien eu des conséquences sanitaires et environnementales. Entre 1960 et 1996, la France a réalisé plus de 200 essais nucléaires, tous dans des territoires colonisés : 17 en Algérie (dont certains après l’indépendance algérienne), et 193 en Polynésie (dont 46 dans l’atmosphère, le reste souterrains). Ce sont évidemment les essais réalisés en plein air qui sont les plus dangereux : les particules radioactives sont dispersées par les vents, et tout ne se passe pas toujours comme prévu. Ce fut le cas par exemple lors du dernier essai atmosphérique, tiré au-dessus de l’atoll de Mururoa, en 1974, l’essai Centaure. À lire aussiLes secrets des essais nucléaires français dévoilés Vingt-trois maladies « Au lieu de partir vers l’Est, le nuage radioactif est parti en direction de l’Ouest, directement vers l’île de Tahiti qui abritait la plus grande population, plus de 80 000 personnes, raconte Sébastien Philippe, professeur d’ingénierie nucléaire et physique à l’université du Wisconsin, aux États-Unis, et co-auteur d’une livre-enquête, Toxique, révélant il y a cinq ans, à partir de nombreux documents déclassifiés, le scandale sanitaire et environnemental des essais nucléaires français. Ce qu’on a pu démontrer, c’est qu’à l’époque toutes les personnes ont pu recevoir des doses supérieures au seuil d’exposition du public. Les risques étaient très bien connus, les retombées mesurées et les mesures ont été cachées au public. À l’époque, c’est "loin des yeux, loin du cœur », ironise-t-il. La quasi-totalité de la population polynésienne a subi des retombées radioactives, cancérogènes. Une liste de 23 maladies liées à la radioactivité a été établie. Le problème, c’est que les autorités françaises ont toujours avancé des taux de radioactivité jusqu’à 10 fois moins importants que la réalité, avec des conséquences pour l’indemnisation des victimes. Seulement un millier de victimes ont été reconnues, mais une proposition de loi arrive au parlement, avec des critères réévalués. Sur les essais en Algérie, la loi du silence est encore plus forte, alors que le parlement algérien, en votant une loi en décembre dernier sur la criminalisation de la colonisation française, demande des réparations pour les victimes algériennes. Sangliers radioactifs Ces essais nucléaires ont aussi entraîné des conséquences pour l’environnement. Quand on fait exploser une bombe 100 fois plus puissante que celle d’Hiroshima, le vivant disparait. « Sur les sites de tirs, il est clair que tout ce qui était à la surface de l’atoll, à l’intérieur du lagon, que ce soit la faune ou la flore, a été complètement décimé », souligne Sébastien Philippe. Les retombées radioactives ne sont d’ailleurs limitées ni dans le temps ni dans l’espace, comme une bombe à retardement. En Polynésie, le traumatisme est tel que des femmes ne veulent pas avoir d’enfants, de peur de leur transmettre des maladies. La puissance des essais souterrains a aussi provoqué des fractures dans les atolls. L’une d’elles est particulièrement surveillée, parce qu’en cas d’effondrement une vague engloutirait l’île la plus proche, habitée. À l'échelle mondiale, plus de 2 000 essais ont été réalisés par toutes les puissances nucléaires, et partout, on en trouve des traces encore aujourd’hui. Dans la nature, on a notamment mesuré de la radioactivité sur les carapaces de tortues et sur des sangliers en Allemagne. « Encore aujourd’hui, on peut le mesurer dans le sol, dans des troncs d’arbres, dans du vin, dans des abeilles, souligne Sébastien Philippe. C’est un peu partout. C’est une contamination qui est faible mais qui est là, qui fait de partie de nous. » Nous portons tous l'héritage de la pire création de l’humanité. À lire aussiEssais nucléaires français en Algérie: «On n’a toujours pas les cartes exactes de ces expériences»
Pourquoi la guerre dans l'est de la RDC menace-t-elle aussi les forêts et les animaux?
2026/01/26
Déforestation, braconnage... Un an après la bataille de Goma, la grande ville de l'est du Congo-Kinshasa, la biodiversité, elle aussi, continue de souffrir des combats.  La guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) n'épargne rien ni personne, et évidemment pas les populations civiles. L'avancée de l'AFC/M23 avait poussé des centaines de milliers de personnes à fuir les combats, avec un effet inattendu : une déforestation accrue, provoquée par une demande importante en charbon de bois (le makala, en swahili). Une déforestation visible sur des images satellites, qui a doublé à cause de la guerre, notamment sur les pentes du volcan Nyiragongo. Partout dans la région, la forêt souffre, parce que les écogardes ne peuvent plus faire leur travail. « En notre absence, on en profite pour aller couper la forêt et fabriquer la braise, témoigne Alain Mukiranya, écogarde pour l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Au-delà de la dégradation et de la perte de l’habitat pour la faune, il y a aussi la perturbation des services écosystémiques que la forêt fournit, notamment la régulation climatique, l’approvisionnement en eau et même en produits forestiers non ligneux », comme les feuilles par exemple, utilisées pour se soigner – il n'y en a plus, parce qu'on a tout brûlé. Braconnage Les écogardes sont directement victimes de la guerre. Il est difficile d'obtenir un bilan précis, mais certains estiment qu'une trentaine d'entre eux sont morts depuis l'offensive du M23. La guerre a aussi coupé les principales routes, et les écogardes ne reçoivent plus le matériel, les armes, les munitions, pour bien faire leur travail. Moins d'écogardes sur le terrain, ce sont des animaux moins protégés. Il y a plus d'un an, le directeur des parcs à l'ICCN estimait que la moitié des animaux du parc des Virunga avait disparu à cause de la guerre. Un chiffre impossible à vérifier. Mais il y a une certitude : la guerre facilite le braconnage. « Des cas de braconnage d’okapis ont été signalés dans les zones où nous n’avons pas accès parce que la sécurité n’est pas très bonne, raconte Alain Mukiranya, l'assistant du directeur du parc national de la Maiko, au nord-ouest de Goma. Les petits primates sont aussi les espèces les plus braconnées. Les hommes qui exploitent illégalement les minerais comme l’or et le diamant autour du parc en profitent pour braconner pour leur survie. » On ne tue pas forcément les animaux pour le trafic, pour les revendre et ainsi acheter des armes, mais parfois juste pour se nourrir. Naissances Dans ce tableau sombre pour la biodiversité percent parfois de bonnes nouvelles, comme la naissance, au début du mois, à une trentaine de kilomètres de Goma, de jumeaux gorilles. Des jumeaux, cela n'arrive qu'une fois sur 100, c'est exceptionnel et à plus forte raison en temps de guerre. « Malgré la situation de guerre dans toute la zone, cela veut dire qu’ils ressentent une certaine forme de stabilité pour pouvoir donner naissance, estime Jérôme Lombart, le directeur des opérations de la fondation Virunga, interrogé par Alexandra Branjon du service Afrique. Dès que les bombardements reprennent, ce sont souvent les nouveau-nés qui risquent le plus, surtout dans les premières semaines et les premiers mois. C’est important, au niveau de la nutrition notamment, que le clan les garde. C’est ce qu’on espère. » Un miracle n'arrivant jamais seul, on vient d'apprendre la naissance d'un autre bébé gorille, toujours dans les Virunga. Et c'est ce qu'on veut croire : la vie est (parfois) plus forte que la guerre. À lire aussiRDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23
Faut-il tuer des animaux pour sauver d'autres espèces?
2026/01/22
La conservation de la nature passe parfois par des méthodes qu'on peut juger brutales. En Australie, dans les Antilles ou aux Galapagos, donner la mort est parfois nécessaire pour la sauvegarde de la biodiversité. Le débat a agité les campagnes françaises avec la dermatose bovine : fallait-il tuer des troupeaux entiers pour sauver les autres vaches ? Un débat qui existe aussi en matière de protection de la biodiversité. En témoigne par exemple celui qui a traversé l'Australie à propos de ses brumbies... Brumby, c'est le nom donné aux chevaux arrivés en Australie avec les premiers colons et retournés à l'état naturel. Dans le parc du Kosciuszko, le plus grand parc national australien, pas très loin de Canberra, ces chevaux, sans prédateurs, proliféraient à tel point qu'on a décidé d'en éliminer une grosse partie, en leur tirant dessus en hélicoptère. Et en quelques années, la population des brumbies est passé de 17 000 à 3 000 animaux. Évidemment, tuer des chevaux, l'un des meilleurs amis de l'homme, cela a fait débat, cela a fait scandale. Mais c'était pour la bonne cause. Ces chevaux sauvages, trop nombreux, causaient des dégâts dans tout l'écosystème. D'abord par leur alimentation : un cheval mange chaque jour 2% de son poids, ce qui fait donc environ 8 kilos d'herbe par jour – et l'herbe c'est léger... Des dégâts provoqués aussi par leurs déplacements, et d'ailleurs visibles par satellite. Un cheval marche (ou trotte) jusqu'à 50 kilomètres par jour. Leurs sabots piétinent les sols, les tourbières, abiment les berges des rivières, et bouleversent ainsi l'équilibre du plus vaste bassin d'eau d'Australie et de toute la faune qui y vit, des reptiles, des poissons, des rongeurs, des batraciens... C'est donc pour sauver la richesse de cet écosystème qu'on a choisi de tuer des chevaux. Et déjà la végétation réapparait, la nature se réoxygène. À lire aussiDermatose en France: selon Jacques Guérin, «il n’y a pas d’alternative à l’abattage d’animaux malades» Exterminer les exterminateurs L'Australie n'en est pas à son coup d'essai contre les espèces invasives. Également en ligne de mire : les chats. Six millions de chats errants accusés de tuer 9 millions d'animaux... toutes les 24 heures ! Pour exterminer les exterminateurs, on a un conçu un robot qui identifie les chats (et seulement les chats) avant qu'il ne les asperge de poison. Moins radical, au Japon, ce sont « seulement » 131 chats qui ont été tués sur une île et l'effet fut immédiat sur une espèce de pigeon au bord de l'extinction : en 3 ans, sa population a été multipliée par 10, et même par 20 pour les juvéniles. Les îles sont particulièrement vulnérables aux espèces invasives, parce que par définition un île est est un territoire à la surface limitée, où la faune a évolué sans prédateurs. L'arrivée d'une espèce invasive va tout de suite faire des dégâts très visibles. La majorité des extinctions d'animaux recensées sur la planète se passent dans les îles, et huit fois sur dix c'est à cause d'une espèce exotique envahissante. Dans les Antilles françaises, on fait la chasse à l'iguane commun, venu du continent sud-américain, qui menace la survie de l'iguane endémique. On chasse également, ce qui veut dire qu'on tue, volontairement, la mangouste, un carnivore qui avait été introduit pour lutter contre les rats dans les champs de canne à sucre. Non seulement les rats sont toujours là, mais la mangouste mange les œufs des tortues, et les œufs d'un oiseau dont il ne reste plus que quelques centaines de couples. À lire aussiL’Australie va déployer des robots tueurs de chats sauvages Tuer des chèvres pour sauver des tortues Aux Galápagos, dans le Pacifique, les chèvres introduites par l'Homme avaient dévoré la végétation, privant d'ombre et d'eau les célèbres tortues. On a alors eu recours à la chèvre de Judas (comme le « traître » de la Bible) : des chèvres stérilisées et peintes en rouge, rejoignant leurs congénères sauvages, ce qui permettait de repérer les troupeaux avant de les abattre. Plus de 50 000 chèvres ont ainsi été tuées pour sauver les tortues des Galápagos. Pour sauvegarder la biodiversité, il apparait inévitable que l'Homme devienne un bourreau – c'est un peu dans sa nature... Mais ici, c'est un mal pour un bien. Bien sûr, il y a toujours des débats, des opposants, des défenseurs des animaux. Il est assez contre-intuitif de penser que donner la mort est écologique. Mais une forme de consensus scientifique s'est établi en matière de conservation de la biodiversité. Mieux vaut tuer une espèce dans un endroit donné (on ne parle pas de l'éliminer de la planète) pour sauver des dizaines d'espèces menacées. On tue, on n'aime pas ça, mais on donne la mort pour sauver d'autres vies. Les espèces invasives, importées, représentent la deuxième cause de perte de biodiversité sur la planète. Ne rien faire, c'est laisser faire. DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?
Cinquante ans après Concorde, les avions ont-ils réduit leur empreinte carbone?
2026/01/22
Alors que le secteur aérien représente jusqu'à 5% des émissions de gaz à effet de serre, les progrès technologiques ne parviennent pas compenser l'explosion du nombre de passagers. Il y a tout juste cinquante ans, la France entière célébrait le premier vol du Concorde, l'unique avion civil supersonique jamais construit (avec le Royaume-Uni), capable de voler plus de deux fois plus vite que les avions classiques. L'événement était tel que l'atterrissage du premier vol Air France Paris-Rio le 21 janvier 1976 avait été diffusé en direct dans le journal télévisé. « C'est un grand moment de l'aviation civile. Dans quelques secondes, l'impact des pneus... Et voilà ! Concorde s'est posé sur l'aéroport de Rio, vous avez vu la petite fumée blanche. Une certaine émotion règne ici », s'enthousiasmait l'envoyé spécial de la première chaîne de télévision française.  On saluait la prouesse technologique d'un projet pourtant arrivé à contre-temps, juste après le premier choc pétrolier. Et de ce point de vue-là, le Concorde n'était pas franchement exemplaire, en cramant 20 tonnes de kérosène à l'heure, l'équivalent de 75 tonnes de CO2. Une véritable bombe climatique. Sauf qu'à l'époque on ne s'en souciait pas vraiment. À lire aussiConcorde: à 50 ans, le «plus bel avion du monde» fait toujours rêver Les constructeurs sous pression Les avions classiques sont moins gourmands en kérosène et leur consommation en carburant a même été divisée par quatre depuis l'époque du Concorde. Mais pas par souci écologique. Les économies de kérosène réalisées en 50 ans, grâce à un travail sur l'aérodynamisme des avions et les moteurs, « c'est quelque chose qui est mis en avant par les constructeurs, et recherché depuis un certain nombre de décennies. Pas vraiment pour des raisons environnementales ou climatiques, mais avant tout pour des raisons de coût. Les dépenses en carburant peuvent représenter un tiers des coûts et il y a un intérêt naturel à essayer de limiter les consommations d'énergie pour faciliter la rentabilité et avoir une demande plus importante si les billets sont assez attractifs », explique Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports. C'est ainsi que le nombre de passager a été multipliés par 30 en 50 ans, alors que la consommation de kérosène n'a elle été divisé que par 4. On mesure tout de suite le problème. Depuis quelques années, les constructeurs sont ainsi « sous pression », alors que le secteur aérien représente environ 3% des émissions de CO2. L'impact climatique approche même les 5% si on tient compte des autres gaz à effet de serre (et notamment les trainées de condensation). Pour imaginer une aviation plus propre, on a conçu l'avion électrique, comme il y a déjà des voitures électriques. Une solution très marginale, pour de courts trajets et très peu de passagers. Quant au moteur à hydrogène, Airbus a quasiment abandonné l'idée. À lire aussiL’avion écolo existe-t-il vraiment? Limiter le trafic Il y a aussi la piste des carburants de synthèse. Sans entrer dans une démonstration chimique, il faut savoir que leur fabrication mobiliserait, rien qu'en France, la moitié de la production électrique. Il y a aussi les biocarburants. Mais peut-on vraiment cultiver du maïs pour le brûler dans un avion ? Quant aux biocarburants de deuxième génération, fabriqués à partir de déchets de biomasse, on estime qu'il n'y en aura pas assez pour tout le monde... Est-il donc illusoire de croire que l'aviation puisse être climato-compatible ? Puisque les gains technologiques ont toujours un train de retard sur la hausse continue du nombre de voyageurs, il ne reste qu'une solution : limiter le trafic. Mais « cela reste un tabou pour le secteur aérien, qui ne veut pas se poser ces questions-là et plutôt miser toujours sur une croissance du trafic particulièrement forte à l'avenir. Ce n'est pas uniquement le secteur qui va de lui-même s'imposer une certaine restriction de son usage. Cela doit être une question de politique publique qui doit planifier une certaine forme de sobriété qui doit être la plus juste possible pour qu'elle soit partagée assez largement au sein de la population », estime Aurélien Bigo. Oublier l'avion à 19,99 euros, développer le train, et même limiter le nombre de vols autorisés dans une vie – cela vous semble impossible ? Et pourtant, 80% de la population mondiale n'a jamais pris l'avion. À lire aussiTransport: les voyages en avion restent moins chers que le train en Europe
Trump, un an après: quel impact sur la lutte mondiale contre la crise climatique?
2026/01/20
Depuis le 20 janvier 2025, le démantèlement systématique de toutes les politiques climatiques et environnementales est en œuvre aux États-Unis. Le pouvoir de nuisance du premier pollueur historique s'illustre aussi sur la scène internationale. Rien de ce que fait, ou ne fait plus, la première puissance mondiale n'est anodin. Et la question climatique n'y échappe pas. Il y a tout juste un an, le 20 janvier 2025, dès son retour à la Maison Blanche, dès le premier jour, Donald Trump quitte (une nouvelle fois) l'Accord de Paris. Cela a une première conséquence très directe : le premier pollueur historique ne fait plus d'effort pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, à plus forte raison quand le président des États-Unis proclame son amour pour le charbon et le pétrole. Dans cette logique de négation du changement climatique, Donald Trump a aussi annoncé il y a quelques semaines le retrait du Giec, le groupe des experts pour le climat. Leurs rapports sont les références ultimes de la crise climatique. Alors Donald Trump préfère casser le thermomètre. À lire aussiDonald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales La tête dans le sable « Le fait que les États-Unis se retirent du Giec n'empêche pas d'autres pays d'y nommer des scientifiques américains, précise Lola Vallejo, directrice diplomatie à la Fondation européenne pour le climat. En revanche, ce qui est plus dangereux est la destruction systématique de toutes les bases de données de toutes les institutions chargées de faire de la recherche climat aux États-Unis. Cela laisse peser un risque sur notre capacité à suivre et à comprendre le climat. Evidemment, cela n'enlève rien aux risques réels. C'est plutôt une façon [pour Donald Trump] de se mettre la tête dans le sable ». Et de préférence, le sable bitumineux, d'où on extrait le pétrole de schiste. Au total, ce sont plusieurs dizaines d'organisations sur le climat et l'environnement que les États-Unis ont quitté à la fin de l'année 2025. C'est déjà un manque à gagner financier important pour ces institutions, puisque plus un pays est riche plus il contribue, « ce qui va obérer la capacité de ces agences à fonctionner », regrette Lola Vallejo. Mais le pouvoir de nuisance des États-Unis ne s'arrête pas là.  Absents mais présents En quittant la Convention cadre pour le climat, les États-Unis de Donald Trump ne participeront plus aux sommets mondiaux pour le climat, les fameuses COP. Ils avaient d'ailleurs anticipé cette décision spectaculaire en n'envoyant aucune délégation à la COP30, organisée en novembre à Belém au Brésil. Inutile, parce que sur place ils avaient des alliés. « Les États-Unis ont dû juger qu'ils n'avaient pas besoin de se déplacer : les intérêts fossiles ont été très bien représentés à travers d'autres délégations, notamment celle de l'Arabie saoudite. Même en l'absence d'une délégation américaine, leur pensée a été très bien représentée », constate Lola Vallejo. Les États-Unis n'ont pourtant pas quitté toutes les organisations internationales. Ils restent par exemple membres de l'Agence internationale de l'énergie, de l'Organisation maritime internationale ou encore de l'organisation des Nations unies pour l'environnement, et ce n'est pas un hasard. « Dans ces institutions, il va y a voir des négociations importantes cette année pour l'adoption d'un prix du carbone pour le secteur maritime, ainsi que d'un traité sur la pollution plastique. Dans les deux cas, ce sont des négociations où les États-Unis ont fait montre d'intimidations très personnelles envers de nombreux négociateurs », rappelle Lola Vallejo. En restant dans ces organisations, « ils entendent continuer sur cette ligne et bloquer l'adoption d'accords environnementaux ambitieux ».    Fuite en arrière climatique La diplomatie environnementale des États-Unis est à géométrie variable, comme cela les arrange. Une conception égoïste du multilatéralisme, qu'on dénonce sauf quand cela sert ses intérêts. Quitte à se tirer une balle dans le pied. « Les États-Unis sous l'administration Trump ont une vision assez étroite de ce que sont leurs intérêts, assez court-termiste finalement, très liée aux intérêts fossiles. Cela montre que les États-Unis sont en train de se mettre en retrait de la course technologique actuelle sur le déploiement des technologies propres », analyse encore Lola Vallejo, de la Fondation européenne pour le climat. Les États-Unis s'isolent. Aucun autre pays ne les a suivis jusqu'ici dans leur politique de la chaise vide, dans leur fuite en arrière climatique. À lire aussiDonald Trump: un an de politiques anti-climat aux États-Unis
À Davos, le gratin de l'économie se soucie-t-il de la crise climatique?
2026/01/19
La réunion annuelle du Forum économique mondial s'ouvre ce lundi 19 janvier en Suisse. Les menaces sur le climat semblent passer au second plan face à l'urgence économique. The place to be. L'endroit où il faut être, et être vu. La station de sports d'hiver de Davos, en Suisse, accueille comme chaque année le Forum économique mondial, le rendez-vous des élites économiques et politiques de la planète, plus ou moins préoccupées par l'avenir de la planète, de son climat et de sa biodiversité.  À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous? La « vedette » de cette édition se fiche pas mal du réchauffement climatique et affirme même qu'il n'existe pas. Il s'agit de Donald Trump. Le président des États-Unis aurait d'ailleurs posé ses conditions pour venir à Davos : qu'on évite les sujets « woke », et notamment la crise climatique. Le Forum économique mondial a démenti. Il y aura bien une table ronde intitulée « Comment éviter une récession climatique », avec l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore, notamment. Ce sera mercredi, à 9 heures du matin. Donald Trump est attendu plus tard dans la journée... « Je veux que vous paniquiez » A chaque édition ses stars, et en 2019, une autre personnalité avait fait les gros titres à Davos : une jeune fille avec des nattes, âgée de 16 ans, venue secouer de vieux messieurs en costume sur mesure. « Les adultes répètent sans cesse : “nous devons donner de l'espoir aux jeunes”. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens chaque jour », avait assené Greta Thunberg, la jeune militante du climat. Aujourd'hui, les décideurs économiques mondiaux n'ont pas l'air de « paniquer », à en croire le Rapport sur les risques mondiaux publié comme chaque année par le Forum économique mondial. Dans cette enquête, plus de 1 300 experts et dirigeants sont interrogés sur les menaces qui pèsent, selon eux, sur l'année qui commence. Les catastrophes météo, en deuxième place l'an dernier, passent à la quatrième place ; les risques pour le climat et l'environnement dégringolent dans le classement.  Urgence moins urgente L'économie et le climat n'ont pas la même temporalité, entre menaces à court terme et à plus long terme. « Le changement climatique est un problème de long terme, qui va rester avec nous pendant tout le XXIe siècle, explique l'économiste du climat Aurélien Saussay, qui enseigne à la London School of Economics. Aujourd'hui, on est face à une montée de risques à beaucoup plus court terme. Les deux premières menaces, selon ce rapport du Forum économique mondial, sont le risque de compétition économique entre États et le risque, encore pire, de conflits armés entre États. Mais cela ne veut pas dire que, dans leur perception, le changement climatique est moins un problème qu'avant ou que le climat va mieux et est moins un risque qu'à l'avenir. » À lire aussiDavos: une montée en puissance des ultra-riches qui érode les démocraties, selon OXFAM L'urgence climatique parait aujourd'hui moins urgente, comme ce fut le cas après la crise financière de 2008. « La crise était tellement forte et avait tellement pris par surprise par son intensité les gouvernants et les opinions publiques, rappelle Aurélien Saussay. La COP de Copenhague en 2009 est un échec, sans accord concluant qui en ressort. Et pendant les six ans qui ont suivi jusqu'à l'Accord de Paris, il fallait d'abord éteindre l'incendie sur le plan macro-économique avant de s'occuper à nouveau des questions climatiques. » Santé humaine et santé économique Climat et économie sont pourtant liés. Une étude américaine a même tenté de mesurer l'impact de la crise climatique sur la croissance économique : une augmentation de la température mondiale de 1ºC entrainerait une baisse de 12% de l'activité économique mondiale.  Les vagues de chaleur à répétition menacent ainsi l'économie. « Quand cela conduit à des sécheresses, on peut avoir des pertes de rendements agricoles qui viennent renchérir le coût des denrées alimentaires. Lorsque les températures sont très élevées, notamment lors de canicules, vous allez avoir un impact sur la productivité – les gens sont plus ou moins productifs lorsqu'ils font face à des vagues de chaleur plus élevée. On va aussi avoir un impact sur les arrêts maladie, sur la santé », précise Aurélien Saussay. La santé des gens et la santé de l'économie dépendent de la santé de la planète.
Pourquoi les humains sont-ils parfois pires que les pollutions?
2026/01/15
Y a-t-il une vie après la catastrophe ? À Tchernobyl ou Fukushima, partout où la présence humaine disparait, les plantes et les animaux prospèrent, même dans les pires conditions.  C’est l'un des endroits les plus sinistrés de la planète : la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'explosion d'un des réacteurs en 1986 a provoqué la pire catastrophe nucléaire de l'humanité. Une zone d'exclusion de plusieurs milliers de kilomètres carrés a dû être créée à cheval entre l'Ukraine et la Biélorussie. Une zone sans humains, mais avec beaucoup d'autres animaux : petit à petit, la vie a repris à Tchernobyl. C'était pourtant mal parti, après la mort de tous les arbres, devenus rouges. On a cru que Tchernobyl resterait un désert. Mais la végétation est repartie. Les animaux sont revenus, et notamment des mammifères : des lynx, des loups, des bisons. On a aussi introduit à Tchernobyl le cheval de Przwevalski, utilisé un peu comme cobaye ; il a pu se reproduire et sa population a augmenté. À lire aussiTchernobyl, 30 ans après : quelles sont les conséquences écologiques ? Radioactivité et activités humaines Le même phénomène a été observé à Fukushima, après l'accident de la centrale nucléaire en 2011. Le départ des humains a laissé les autres animaux prospérer. On a même observé un ours noir d'Asie, une espèce menacée dont on croyait qu'il avait disparu de la région. On a aussi découvert une nouvelle espèce de sanglier, issue de l'accouplement entre un sanglier sauvage et un cochon d'élevage échappé au moment de la catastrophe. Comme si les animaux préféraient la radioactivité aux activités humaines. Mais tout n'est pas complètement rose. À Tchernobyl, il y a un contre-exemple parfait : un champignon qui se porte bien, très bien, qui pousse sur le site même de la centrale. Mais voilà, c'est un champignon radiotrophe, c'est-à-dire qu'il se nourrit de la radioactivité. S'il prospère, en fait, ce n'est pas très bon signe. On a aussi noté une espérance de vie plus courte chez des animaux ou des malformations chez des oiseaux. Une grenouille est aussi particulièrement étudiée, en tant qu’animal sentinelle : à Tchernobyl comme à Fukushima, les catastrophes nucléaires ont entrainé une modification de son ADN. Zones fantômes bien vivantes Mais la radioactivité semble finalement moins néfaste que la présence humaine, comme si rien n'était pire pour la vie que la vie humaine. C'est le cas aussi de la zone d'exclusion militaire entre les deux Corées, un no man’s land en vigueur depuis 1953, une bande de 4 kilomètres de large et longue de 250 kilomètres, truffée de mines... La DMZ est un véritable sanctuaire, un corridor écologique, avec plus de 6 000 espèces végétales et animales recensées. Et parmi elles, le tiers des espèces menacées de Corée du Sud. L'atoll de Bikini, dans le Pacifique, utilisé par les États-Unis pour leurs premiers essais nucléaires, et inhabité aujourd'hui, abrite d'incroyables récifs coraliens. Cap Canaveral, aux Etats-Unis, d'où décollent les fusées de la Nasa, se trouve au milieu d'un parc naturel, avec des restrictions d'accès qui font le bonheur des lamentins, des tortues et des alligators. Il y ainsi de très nombreux exemples où la nature reprend ses droits, sur d'anciens sites industriels, même sur des sols contaminés et pollués. Des plantes qui colonisent le béton abandonné. Une renaturation involontaire. Des zones fantômes peuplées d'être bien vivants pourvu qu'ils ne soient pas humains. Comme si la défaite de l'humanité était une victoire pour le reste du vivant. 
Nos chiens et nos chats peuvent-ils être végétariens?
2026/01/14
L'empreinte carbone des animaux de compagnie n'est pas négligeable en raison de la viande contenue dans leur alimentation. Mais le passage à un régime végan est compliqué pour les canidés, et totalement exclu pour les félins. Ils n’ont pas l’air, comme ça, avec leur regard innocent, mais les animaux de compagnie ont bien leur part de responsabilité dans la crise climatique. Selon une étude britannique réalisée par l’université d’Edimbourg, et relayée par The Guardian, les aliments pour chiens représentent 1% des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, ce qui n’est pas négligeable. En cause, principalement, la viande présente dans ces aliments. Il y a quelques années, une autre étude avait montré que les chats et les chiens des États-Unis formaient les cinquièmes plus gros consommateurs de viande au monde. Certains fabricants de nourriture pour chien n’hésitent d'ailleurs pas à utiliser des parties nobles habituellement réservées à la consommation humaine, et pas seulement des déchets de carcasse – rien n’est jamais trop bon pour les toutous.  Peut-on alors avoir un chien végan ? Les chiens sont ce qu’on appelle des carnivores flexibles. Une alimentation carnée est indispensable à certains moments de leur de vie. « Quand un chien est adulte et qu’il ne se reproduit pas, il est assez flexible. Il peut donc être nourri de différentes manières. En l’absence d’éléments d’origine animale dans son alimentation, il aura un poil plus ou moins beau, etc. mais il pourra survivre. En revanche, il n’est pas capable de se reproduire, de grandir correctement s’il n’y a pas dans son alimentation des éléments d’origine animale, obligatoirement », précise Géraldine Blanchard, vétérinaire, spécialiste en nutrition clinique. Chat chasseur de viande Quant aux chats, c’est pire encore. Une alimentation végan est totalement exclue pour le chat, un carnivore strict, qui ne peut vivre sans protéines animales. D’ailleurs, même s’il est nourri tout à fait comme il faut, il a la viande dans le sang, son instinct de chasseur est intact : chasseur d’oiseaux, et c’est une vraie menace pour la biodiversité ; chasseurs de rongeurs aussi, c’est pour cette qualité-là qu’il avait été recruté, domestiqué par les humains. « La chasse, c’était ce qu’on voulait qu’il fasse, jusqu’à récemment, rappelle Eva-Maria Geigl, chercheuse au CNRS. Parce qu’on ne voulait pas d’un chat sur un canapé, ce n’était pas le but ! Donc, forcément, on n’a pas agi sur ce trait. Le problème n’est pas le chat, le problème est l’être humain qui a laissé les populations de chats prendre une telle ampleur. Un carnivore ne doit pas être présent dans une telle quantité ». Il est bien mignon, Minou, mais rien qu’en France, les chats tueraient 75 millions d’oiseaux chaque année. Au Japon, en éradiquant les chats d’une île, on a pu sauver une espèce de pigeon au bord de l’extinction. Un lapin c'est bien aussi Pour réduire l’impact climatique des animaux de compagnie, les croquettes peuvent être une solution. Leur empreinte carbone est bien plus faible que ce qu’on appelle la nourriture humide, type pâtée pour chien. Des croquettes pour tous ? Non, parce que les croquettes contiennent de l’amidon, présent dans les féculents, et certains chiens ne le digèrent pas. Oubliez aussi les croquettes végan qu’on peut trouver sur internet, la plupart provoqueront des carences chez votre animal. On peut être végan mais on ne peut pas l’imposer à son chat ou à son chien. « La biologie n’est pas une philosophie, estime la vétérinaire Géraldine Blanchard. Respecter un animal, c’est d’abord couvrir ses besoins nutritionnels à lui. Et ne pas se dire : "Puisque je ne veux pas ça pour moi, je ne veux pas ça pour lui". Dans ce cas-là, il faut réfléchir à avoir un animal qui soit végétarien. Il y en a plein. Un lapin est un animal très sympa, et c’est végétarien ». Un lapin, ou même l’animal de compagnie le plus vendu dans le monde : un poisson rouge, omnivore, dont la seule alimentation carnée vient d’insectes. Et tant-pis pour les caresses.
Dans le golfe de Gascogne, les dauphins meurent-ils à cause du réchauffement climatique?
2026/01/13
En raison d'un déplacement géographique de leur proies (sardines et anchois, plus petits), les cétacés s'approchent trop près des côtes atlantiques françaises où ils se retrouvent pris au piège dans les filets des pêcheurs. C'est une réaction en chaîne, et c'est un mystère enfin levé. On sait désormais pourquoi trop de dauphins meurent dans le Golfe de Gascogne, sur la façade atlantique française, échoués sur les plages et surtout dans les filets des pêcheurs du Golfe de Gascogne. 9000 dauphins morts chaque année, sur une population d'environ 200 000 individus. Certes, ce n’est « que » 5%, mais au-delà de 5000 morts par an, la survie de l'espèce est menacée. Face à cette hécatombe, une mesure a d'ailleurs été prise, aux effets incontestables : l’interdiction de la pêche pendant un mois l’hiver. Le nombre de dauphins tués a ainsi été divisé par quatre. Mais cela a évidemment un coût économique et social pour tous les pêcheurs empêchés de travailler, et pour toute la filière. Mais le premier responsable de cette hécatombe, ce ne sont pas les pêcheurs. L’accusé numéro un, à l'origine de tout, c'est le réchauffement climatique. Il a d'abord un effet sur le débit des fleuves, en l'occurrence ici la Loire, qui se jette dans l'Atlantique. Moins d'eau douce, à cause du réchauffement, c'est moins de nutriments dans l'océan, « essentiellement du phosphore, d’origine terrestre, qui permet aux microalgues de se développer. En raison des politiques de réduction du phosphore dans les lessives, moins de phosphore est apporté, détaille Mathieu Doray, chercheur à l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, et co-responsable du projet Delmoges qui vient de publier une étude sur les dauphins à l’issue de trois ans de recherches et d’observations. Il y a aussi moins de débit dans la Loire et toutes ces microalgues ont donc moins de nutriments pour se développer. De plus, elles vivent dans des conditions plus chaudes et donc moins favorables pour elles ». L’océan, dans cette zone, s'est réchauffé de presque 0,8 degré en 20 ans. À lire aussiDauphins: la justice française confirme une interdiction de pêche d'un mois dans le golfe de Gascogne Petits poissons de plus en plus petits Ces microalgues se trouvent à la base de la chaine alimentaire. Et s’il y en a moins, il y a aussi moins de zooplancton, ces petits organismes qui mesurent 1 millimètre, qui se nourrissent de microalgues, et qui sont à la base de l'alimentation des sardines et des anchois. Moins de zooplancton, c'est ainsi des poissons plus petits. Depuis le début du siècle, les sardines et les anchois ont perdu 2 centimètres. Les sardines et les anchois, à la base du repas des dauphins. Il y a beaucoup moins de sardines et d'anchois au large : parce qu'ils sont plus petits, ils restent près des côtes. Les dauphins suivent donc leurs proies, là où se trouvent aussi beaucoup de bateaux de pêche. « L’essentiel de la pêche qui peut nuire aux dauphins est déployé dans la bande côtière, entre 0 et 100 mètres de profondeur, pour capturer des espèces comme la sole, le bar ou le merlu. Plus les dauphins se rapprochent des côtes, plus ils se retrouvent en interaction avec des engins de pêche qui ne sont pas déployés plus au large. Ils sont donc soumis à un risque de capture accidentelle beaucoup plus important », explique Mathieu Doray. Outre la suspension de la pêche, il existe d’autre solutions pour protéger les dauphins : établir des cartes très précises des concentrations de sardines et d'anchois pour éviter la pêche au filet dans ces zones-là, comme le préconise l’Ifremer. On étudie aussi la possibilité d'équiper les filets de caméras et d'effaroucheurs sonores pour éloigner les dauphins, en reproduisant le son émis par un dauphin face à un danger. On est là au cœur d'une problématique posée par le réchauffement climatique : préserver l'activité humaine tout en protégeant la biodiversité. Une problématique et bien souvent une contradiction.

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