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Questions d'environnement

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Categories
Country
United States
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2022/11/08
Latest episode
2026/10/26
Average duration
4 min.
Release period
3 days

Description

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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Pourquoi votre smartphone est-il menacé par le réchauffement climatique?
2026/10/26
Une chaleur excessive altère la batterie et les composants électroniques des téléphones. La fabrication des smartphones, très gourmands en matières premières et en eau, aggrave aussi la crise climatique.  On le rappelle régulièrement : dans le réchauffement climatique, chaque 0,10°C supplémentaire entraîne des conséquences parfois irréversibles pour le vivant, pour nous humains, mais aussi pour cet objet devenu le prolongement naturel de notre bras : le smartphone. Il s'en vend plus d'un milliard par an, et plus de 5,5 milliards de personnes en possèdent au moins un (et on ne compte pas ceux qui traînent au fond d'un tiroir). Les deux premiers fabricants de smartphone sont très clairs là-dessus : les téléphones Apple et Samsung fonctionnent entre 0°C et 35°C, et au-delà, la catastrophe. Plus il fait chaud, plus ça chauffe Quand il fait trop chaud, la batterie prend cher. Sans entrer dans le détail des réactions chimiques, plus il faut chaud, plus cela chauffe, et cette chaleur a des conséquences sur la capacité future de la batterie et ses performances. La chaleur altère aussi les joints d'étanchéité du téléphone, qui sera ensuite plus vulnérable à la poussière et à l'humidité. Voici donc quelques conseils pour protéger son smartphone face à la chaleur : en premier lieu, il convient d'éviter de laisser son téléphone en plein soleil, d'autant plus qu'au soleil l'écran affiche une luminosité maximale, ce qui le fait encore plus chauffer. Il faut aussi éviter les jeux, les vidéos, qui sollicitent le plus les composants électroniques. Évitez aussi de recharger la batterie – c'est la double peine. Et si votre smartphone vous brûle les doigts, il ne faut surtout pas tenter de le mettre au frigo, le choc thermique pourrait être pire ! À lire aussiMoins cher et plus écologique, le marché des téléphones d’occasion en pleine croissance Cent kilos de matières premières pour un objet de 200 grammes Entre les smartphones et le climat, c'est d'ailleurs un vrai cercle vicieux. Les téléphones sont victimes du réchauffement climatique, mais ils contribuent aussi à la crise climatique. Avant même sa première utilisation, un smartphone pèse déjà 80 kilos de CO2, le principal gaz à effet de serre. Cette empreinte carbone tient à sa fabrication et à toutes les matières premières qu'on retrouve dans les téléphones : du lithium, de l'or, des terres rares qu'il faut extraire. Pour fabriquer un téléphone de 200 grammes, il faut une centaine de kilos de matières premières, et 75 000 litres d'eau. Le bilan environnemental du smartphone ne s'arrête pas là. Toutes ces matières premières récoltées un peu partout sur la planète sont ensuite transportées dans des usines. Un même smartphone va ainsi voyager plusieurs fois : ses composants sont fabriqués dans une usine, pour être ensuite envoyés dans une autre usine, pour l'assemblage, avant que le produit fini ne soit redistribué partout dans le monde. Partout où il fait de plus en plus chaud.
Paris Games Week: les jeux vidéo sont-ils écolos?
2026/10/22
Le premier secteur culturel au monde peine à intégrer les enjeux environnementaux et considère encore le plus souvent la nature comme un décor (pixelisé) aux ressources inépuisables. Mais quelques jeux se distinguent. C'est la plus grande industrie culturelle au monde, célébrée jusqu'à dimanche 25 octobre en France, à l'occasion de la 15e édition de la Paris Games Week : les jeux vidéo. Et comme toute industrie, son empreinte carbone n'est pas neutre, entre la fabrication des jeux, des consoles, la consommation d'électricité, les téléchargements, le streaming. Avec plus de trois milliards de joueurs, le bilan carbone mondial du jeu vidéo serait équivalent à celui de la France, et il devrait atteindre en 2030 1,5 milliard de tonnes de CO2 : cela représenterait plus de 3 % des émissions totales de CO2 dans le monde, responsables de la crise climatique. À lire aussiQuatre sorties de jeux vidéo à ne pas manquer en octobre Nature inépuisable Le message écologique que pourrait porter le secteur ne saute d'ailleurs pas aux yeux, au moins pour la plupart des jeux grand public. Dans les jeux vidéo, la nature pixelisée est surtout un décor, aux ressources inépuisables. « Ce sont des jeux dans lesquels, par exemple, vous avez besoin pour forger une armure d'aller récolter du minerai, de couper des arbres et de tuer des animaux pour récupérer du cuir. Toutes ces ressources-là, au bout d'un certain moment, vont réapparaître dans le jeu. La plupart des grands grands jeux mainstream continuent à considérer la nature comme un élément de décor plus ou moins inépuisable », relève Minh Xuan Truong, chercheur en sciences sociales de la conservation à l'université des sciences agricoles d'Uppsala en Suède, où il travaille sur la représentation de la nature dans les univers digitaux. Zelda suscite des vocations avec son monde où « la nature reprend ses droits » Mais certains jeux n'ont pas cette approche primaire. La nature et les questions d'environnement sont de plus en plus présentes, comme elles le sont d'ailleurs dans d'autres supports culturels, les livres ou les films, à mesure que la crise climatique s'impose dans nos vies. « On est passé d'une nature qui était un décor à une nature qui devient de plus en plus un personnage des histoires, analyse Minh Xuan Truong. Il y a la possibilité, pour des jeux de niche, avec certaines questions environnementales, de prendre la lumière. Et il y a des jeux vraiment grand public comme Zelda : Breath of the Wild sur Switch. C'est un monde post-apocalyptique où la nature a repris ses droits. Il y a des gens pour qui cela a été une espèce de révélation. Des joueurs qui se sont mis à observer les insectes et les oiseaux dans le jeu se sont dit, quand ils découvrent qu'ils ont ce goût-là et cette appétence-là en jouant aux jeux vidéo : “Pourquoi ne pas le faire dans la vraie vie?” » The Legend of Zelda suscite des vocations naturalistes. À lire aussiL’été gaming de RFI: prenez le train en marche, jouez à «Denshattack» Éducation à l'environnement À partir du moment où ils touchent des milliards de personnes, les jeux vidéo ont du pouvoir. Et notamment le pouvoir de porter des visions écologiques, sans donner de leçons, sans être culpabilisant. « Cela reste difficile dans le monde du jeu vidéo de véhiculer de vrais messages écologiques, parce que les distributeurs peuvent être frileux et qu'on peut considérer que ce sont des questions qui ne vendent pas, estime Minh Xuan Truong. Je pense que c'est une espèce de plafond de verre qu'il reste dans les jeux très grand public. Mais c'est le média culturel le plus puissant actuellement en termes d'éducation à l'environnement, en termes d'éveil aux questions de la crise de la biodiversité. Je pense qu'il y a vraiment des choses à creuser à ce niveau-là. » En attendant, on peut toujours lâcher sa console et aller se frotter à la nature, la vraie.
Comment l'île paradisiaque de Nauru est-elle devenue un enfer sur Terre?
2026/10/21
« L'île qui s'est mangée toute seule » est un symbole de la surexploitation des ressources naturelles. Les mines de phosphate ont détruit 80% des sols. Nauru, dans l'océan Pacifique, a sombré dans la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire. Du paradis à l'enfer. C'est le destin tragique de l'île de Nauru, une toute petite île de 21 kilomètres carrés, située dans l'océan Pacifique, en Micronésie, à quelque 2 000 kilomètres au nord-est de l'Australie. Un destin qui ressemble aux catastrophes vécues par l'île de Pâques ou la civilisation maya, qui avait sombré à cause de la déforestation totale. L'histoire de Nauru, bien plus tard, au XXe siècle, ressemble là aussi à un suicide. « Elle s'est bouffée » Nauru, aujourd'hui, est une île sans forêt, sans biodiversité. À cause des mines de phosphate. On a ainsi surnommé Nauru « l'île qui s'est mangée toute seule ». « Elle s'est bouffée, raconte Shérazade Zaiter, spécialiste en droit des affaires et en développement durable, et enseignante à l’université de Limoges. 80% de son territoire a été exploité pour le phosphate, pour faire des trous. Résultat, c'est une île qui s'est complètement détruite toute seule – toute seule, non : détruite par les hommes ». À Nauru, on n'avait pas de pétrole mais on avait du phosphate. Le minerai, à l'origine de la catastrophe, avait pourtant apporté la richesse – mais à quel prix ? Les concessions de mines ont fait couler l'argent à flot. En 1974, Nauru avait même le deuxième PIB par habitant le plus important au monde, après l'Arabie saoudite. Mais cette économie de la rente est devenue un piège quand tout le phosphate a été épuisé, 20 ans plus tard.  Retour en arrière impossible « L'argent rentrait tellement dans le pays, il y avait une richesse énorme, poursuit Shérazade Zaiter. Les habitants de l'île ont adopté un mode de vie extrêmement sédentaire, et ils ont importé ce qu'il y a de plus nocif pour la santé. L'obésité s'est développée, le taux de tabagisme est devenu très élevé. Et quand tout s'est effondré, il n'y avait plus la possibilité de revenir en arrière. C'est ce qui est terrible ». La corruption des dirigeants, un classique dans l'exploitation des ressources naturelles, a aggravé la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire. « On détruit cet environnement pour des profits qui vont rapporter à certaines personnes de l'argent dans des quantités phénoménales, Et les autres qui sont tout autour, qu'est-ce qu'ils vont avoir ? La pollution, les dégradations environnementales... Ce lien entre la corruption et l'environnement est extrêmement important », souligne Shérazade Zaiter, qui a écrit Le Manifeste contre la corruption environnementale (éditions Erick Bonnier). Le profit à n'importe quel prix Nauru est ainsi devenue un symbole, universel, de la surexploitation des ressources naturelles. « Il y avait tout sur cette île. Tout pour vivre bien. Et ils ont tellement surexploité cette île que ça a tout détruit. C'est pour moi un vrai symbole de ce qui peut arriver sur la Terre si on ne fait pas attention, si on ne pose pas des cadres, si on est sans cesse dans la recherche du profit à n'importe quel prix », estime Shérazade Zaiter.  Ruinée, Nauru a vendu nationalité et passeport (dont auraient bénéficié des membres d'al-Qaida...). Avant de s'engager dans une véritable fuite en avant : pour tenter de s'en sortir aujourd'hui, Nauru veut se lancer dans l'exploitation de ses fonds marins, riches en nodules polymétalliques, très recherchés par l'industrie de la transition énergétique. Comme si ses dirigeants n'avaient rien appris. Mais le pire est encore à venir : Nauru est menacée par la montée du niveau des océans. À la fin du siècle, la catastrophe de Nauru s'achèvera quand l'île sera engloutie.
Sécheresse en France en automne: c'est normal?
2026/10/20
Dans le prolongement d'un été caniculaire, les rares pluies ne permettent pas de recharger la plupart des nappes phréatiques françaises. Une situation inédite, provoquée par les activités humaines, appelée à empirer : l'Europe devrait bientôt connaître des sécheresses longues de deux ans.  Est-il normal que la moitié des petits cours d'eau français soient à sec encore aujourd'hui – le phénomène s'est même aggravé depuis fin août ? Est-il normal que les deux tiers des nappes phréatiques soient au-dessous des niveaux de saison, et que huit nappes sur dix continuent de baisser parce que la vidange se poursuit sans que la pluie ne vienne compenser ? Quand la quasi-totalité des départements français sont encore concernés par des restrictions d'eau, est-ce que c'est normal ? Est-il normal, enfin, que plus de 100 000 personnes soient approvisionnées en eau potable par camion-citerne ou par bouteilles d'eau, un chiffre encore en augmentation ces dernières semaines ? Non, évidemment, la sécheresse en automne, dans un pays tempéré comme la France, n'est pas normale et est même inédite. « Dans beaucoup de régions de France, c'est une situation assez extrême. On bat des records. Donc on peut qualifier cela de jamais-vu à l'horizon d'une cinquantaine d'années en tout cas. Nos sociétés modernes n'ont jamais connu ça », constate Florence Habets, directrice de recherche au CNRS. Pluies insuffisantes L’explication est assez simple : le manque, voire l'absence de pluie. La sécheresse historique de cet été se prolonge, et les quelques pluies attendues ces jours-ci ne vont pas suffire. « Le mois de septembre a été le troisième mois de septembre le moins arrosé depuis les années 60, en lien avec une situation anticyclonique qui perdure. Et c'est cette récurrence qui est marquante cette année, souligne Simon Mittelberger, climatologue à Météo France. On devrait être cette semaine sur une semaine relativement pluvieuse, avec des précipitations qui sont les bienvenues. En revanche, on sait que ces seules précipitations de cette semaine ne vont pas suffire, à elles seules, à enrayer cette sécheresse qui est déjà encore bien installée ». Les épisodes cévenols, et leurs lots de pluies diluviennes et d’inondations dans le sud méditerranéen, permettent à quelques départements d’afficher une situation hydrologique de nouveau satisfaisante. Mais ailleurs, bien souvent, quand il pleut, en fait il pleuviote, et les sols restent désespérément secs. « L'automne, c'est le moment où les sols commencent à se recharger. Et là, ce qui se passe, c'est qu'il y a beaucoup de régions où les sols sont restés très secs. Les quelques pluies qu'il y a eu n’ont pas été suffisantes, relève l'hydro-climatologue Florence Habets. Pour pouvoir avoir une recharge des nappes, il faut que les sols soient gorgés d'eau. Il faut qu'ils soient suffisamment humides pour que l'eau puisse s'infiltrer. Il est à peu près certain que des endroits ne connaîtront pas de recharge avant janvier. » Sols maltraités La faute au changement climatique, la faute aux activités anthropiques, ce qui revient au même : l’humanité est tout aussi responsable de la crise climatique que de la manière dont les sols sont maltraités. « Beaucoup d’impacts sont liés au sol, à la qualité du sol, à la façon dont on a pu modifier les cours d’eau, les connexions entre les nappes et les rivières. Le fait qu’on prélève beaucoup assèche les nappes, coupe le lien entre les nappes et les rivières, ce qui assèche les rivières ; c’est tout un ensemble de choses », résume Florence Habets. Cette situation risque de se répéter, et surtout de s’aggraver, précisément à cause du réchauffement climatique. « Pour chaque demi-degré en plus à l'échelle globale de température, du fait des émissions de gaz à effet de serre, on s'attend à ce que les sécheresses les plus longues en Europe augmentent de deux ans, explique Florence Habets. Vous imaginez ? Deux ans alors qu’on n'est pas du tout prêt à des sécheresses qui dépassent quelques mois ». Le pire est à venir. C'est peut-être comme ça qu'il faudrait parfois rebaptiser cette chronique.
Saumons, croquettes pour chats et compléments alimentaires: pourquoi la pêche au krill menace les animaux de l'Antarctique?
2026/10/19
La CCAMLR, la Commission pour la conservation de l'Antarctique, se réunit pour mettre en place de nouveaux quotas de pêche de la minuscule crevette à la base de la chaîne alimentaire. Baleines et manchots sont les premières victimes d'un pillage industriel. Une grosse responsabilité pour une toute petite crevette. Le krill est la clé de voûte de tout l'écosystème antarctique, et l'espèce sera au centre de négociations qui s'ouvrent aujourd'hui en Tasmanie lors de la réunion annuelle de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR). Chaîne alimentaire On trouve du krill dans tous les océans mais c'est dans l'océan Austral, en Antarctique, que le krill est le plus gros et le plus répandu. « C'est ce qu'on appelle du zooplancton, à la base de l'ensemble de la chaîne alimentaire des océans pour nourrir les plus petits poissons. Mais c'est aussi à la base de l'alimentation de certains des plus gros animaux marins, notamment les baleines, ainsi qu'énormément d'oiseaux marins et notamment les colonies de manchots dans l'Antarctique », explique François Chartier, chargé de campagne océans pour Greenpeace France. Mais il n'y a pas que les animaux marins qui soient friands du krill ; les humains le pêchent aussi, pour nourrir d'autres poissons, des poissons d'élevage, ce qui peut paraître un peu absurde... Le krill est utilisé en aquaculture, pour le saumon, qui provoque déjà de nombreux dégâts pour l'environnement. Saumons roses et gras « Pour produire du saumon, il faut du petit poisson pélagique [en haute mer], poursuit François Chartier. Le saumon mange globalement du poisson et plus on baisse le ratio de protéines animales dans l'alimentation, en mettant par exemple du soja ou des protéines végétales, moins le poisson va avoir cette couleur rose et moins il va être gras. Donc on compense en rajoutant des huiles de poisson et notamment de l'huile de krill pour enrichir le poisson, pour lui donner une texture, une couleur, du gras et des oméga-3 ». Comme les saumons, les humains consomment aussi du krill, pour la cosmétique et les compléments alimentaires – on ne sait pas si ça donne les fesses roses, on n'a pas testé. Il y a même du krill dans des croquettes de luxe pour chien et pour chat – il parait que ça leur donne le poil brillant, mais là non plus on n'a pas poussé la conscience professionnelle jusqu'à essayer. Ultime pillage La pêche au krill est une pêche industrielle. Le krill est carrément aspiré à bord d'énormes bateaux usine, où la matière première est directement transformée. 620 000 tonnes de krill sont ainsi pêchées chaque année, le maximum autorisé. Cette pêche est si massive que le quota fixé par la Commission de l'Antarctique a été atteint cette année dès le mois d'août. « Là, on est vraiment au bout du bout du modèle, estime François Chartier. On est vraiment sur l'ultime frontière puisqu'on va aller chercher dans les eaux les plus lointaines et les plus hostiles ce qu'il y a le plus en bas de la chaîne alimentaire. C'est vraiment l'ultime pillage de la chaîne alimentaire des écosystèmes marins ».  Baleines et manchots menacés La pêche au krill a donc des conséquences parfois dramatiques pour la faune de l'Antarctique. « C'est vraiment catastrophique, non seulement pour les grands cétacés qui viennent pendant l'été austral se gaver en quelque sorte de krill avant de remonter dans les zones tropicales pour mettre bas et allaiter, mais cela met aussi en péril les manchots qui sont dans une situation catastrophique et très préoccupante du fait du réchauffement. Et après, c'est l'ensemble de la chaîne alimentaire qui, en cascade, peut être affecté ». Sans parler des perturbations que provoque le bruit de ces bateaux, et des risques de collision.  Pour tenter d'endiguer le pillage du krill, on peut déjà arrêter de manger du saumon d'élevage. Mais c'est bien sûr au-dessus que cela se passe, au niveau des États, pour mettre en place des aires marines protégées. « C'est la nécessité d'avoir une gouvernance internationale qui repose sur le multilatéralisme, soutient François Chartier, de Greenpeace. Et puis il faut mettre en place un réseau d'aires marines protégées en haute mer, où on exclut totalement la pêche. Totalement. Et donc avoir au moins 30 % des océans qui soient réellement protégés ». On a bien arrêté de chasser les baleines, on peut aussi arrêter de voler leur repas.
Comment Ebola est arrivé jusqu'aux humains?
2026/10/15
L'actuelle épidémie du virus hémorragique qui frappe essentiellement la République démocratique du Congo (RDC) a tué plus de 4 300 personnes. Le recul des forêts et de la biodiversité est le principal facteur de développement d'une maladie transmise aux humains par des animaux. Il est le patient 0, la première victime du virus Ebola. En 1976, un enseignant en voyage dans la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo (le pays s’appelait alors le Zaïre), meurt d’une maladie inexpliquée, près de la rivière Ebola. C’est le début de la première épidémie d’Ebola, avant que le virus ne soit découvert la même année. Ce patient 0 avait acheté de la viande de brousse, du singe et de l'antilope. Et c'est comme cela qu'il a été contaminé. Ebola est une zoonose, une maladie transmise par les animaux aux humains. Chauves-souris, singes et antilopes Un animal en particulier attire les soupçons : la chauve-souris, capable d’héberger de nombreux virus. « On sait que certaines espèces de chauves-souris frugivores d'Afrique centrale jouent un rôle dans la circulation d’Ebola, explique Mathieu Bourgarel, écologue de la santé, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Dans certaines épidémies, les premiers cas ont été contaminés par des hôtes intermédiaires, des chimpanzés, des gorilles ou même des céphalophes, des antilopes qui ont parfois des comportements de charognards, qui vont manger des carcasses d'animaux qu'ils trouvent en forêt. » Des animaux qui peuvent être porteurs d’Ebola. C'est en forêt que circule Ebola et où vivent ces animaux. Un bome où, en principe, il n'y a pas d'humains et c'est le cœur du problème de la transmission du virus : la présence de l'Homme dans des milieux naturels. Cette présence est parfois forcée, avec des déplacements de populations provoqués par la dernière guerre dans l'est de la RDC. Puis il y a toutes les activités humaines qui favorisent le contact avec des animaux potentiellement porteurs d'Ebola : la déforestation, l'agriculture, l'exploitation des mines… « Le virus circule en forêt et souvent ces exploitations forestières ou minières génèrent ce qu'on appelle de nouvelles interfaces. On va exploiter une nouvelle partie de la forêt et d'un coup, il va y avoir beaucoup d'activités humaines. Ces gens-là, il faut les nourrir, donc il va y avoir plus de chasse dans la zone. Tout cela génère de plus en plus de comportements à risque », précise Mathieu Bourgarel. À lire aussiRDC: comment expliquer la propagation rapide de l'épidémie d'Ebola dans l'est du pays? One Health, une seule santé La préservation de la biodiversité apparait donc essentielle dans la lutte contre des virus comme Ebola. C’est le concept One Health, « une seule santé », qui considère que l’humain n’est pas une espèce à part qui serait isolée de son environnement. « La santé des humains, la santé des animaux et la santé de l'environnement sont liées. Si on veut vraiment arriver à comprendre tous ces mécanismes de circulation et d'émergence, une approche “une seule santé” est l'unique solution », estime le chercheur spécialiste des virus émergents. Pour se prémunir d'Ebola et d'autres virus, il faudrait alors éviter d’exploiter la nature pour limiter au maximum les risques de contamination, selon ce concept. Cela veut dire aussi limiter la chasse et la consommation de viande de brousse. On développe aussi des programmes sur le terrain, pour détecter, sur des animaux, l'émergence d'une possible épidémie. « Au moment où on est informé d’une épidémie, il est déjà trop tard : cette épidémie est déjà développée dans la population humaine, souligne Mathieu Bourgarel, du Cirad. Alors que si on arrive à avoir des informations sur un événement suspect chez les animaux sauvages, on sera informé beaucoup plus en amont et on pourra donc faire de la prévention et de la sensibilisation auprès des communautés avoisinantes. » La santé n'a pas de prix et c'est pareil pour la nature. À lire aussiPourquoi la biodiversité en berne favorise les zoonoses, ces maladies animales transmissibles aux humains?
Pourquoi trouve-t-on des oranges toute l'année?
2026/10/14
Les agrumes murissant en hiver, les productions des deux hémisphères, principalement en Espagne et en Afrique du Sud, permettent d'alimenter le marché européen en continu. Mais même en été, les Européens trouvent des oranges espagnoles, conservées dans des frigos géants.  L’orange est un agrume, originaire d’Asie comme tous les agrumes, et les agrumes ont cette particularité de donner des fruits en hiver. Et pourtant, dans les supermarchés français par exemple, on trouve tout le temps des oranges, cueillies pour la plupart soit en Espagne, soit en Afrique du sud. « Pour alimenter le marché 12 mois sur 12, les spécialistes de l'agrume viennent travailler sur des origines de l'hémisphère nord et des origines de l'hémisphère sud, explique d’Eric Imbert,  agroéconomiste au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Les agrumes étant des fruits solides, il est possible, évidemment, de les conserver en frigos comme on le fait pour les pommes, par exemple. La récolte de pommes a lieu à l'automne et on trouve encore des pommes françaises sur le marché au mois de mai. » Le froid ralentit la respiration C’est ainsi que des oranges achetées ces dernières semaines en France et récoltées en Espagne sortent du frigo. L’Espagne produit des oranges d’octobre à juin, grâce à des variétés précoces et d’autres tardives, issues de mutations spontanés (l’histoire des agrumes est d’ailleurs une vaste histoire de croisements dans la nature, que l’homme a repérés et exploités). Mais au mois de juin, une partie de la production est stockée dans des frigos XXL – le froid conserve. « De toutes façons, poursuit le spécialiste des marchés des agrumes, à partir du moment où le fruit a été cueilli, vous avez besoin de ralentir sa respiration le plus rapidement possible pour pouvoir optimiser sa durée de consommation ainsi que ses qualités organoleptiques », c’est-à-dire sa couleur, son goût ou son parfum. À lire aussiAgrumes: l'Afrique du Sud détrône l'Espagne et devient le premier exportateur mondial Il est toujours mieux manger des fruits de saison, mais si on ne peut vraiment pas se passer d’oranges l’été en Europe, les fruits d’Afrique du Sud sont disponibles dans les étals. Et même si elles sont aussi transportées dans des frigos, ces oranges ont paradoxalement un meilleur bilan carbone, malgré la distance. « Des frigos consomment de l'énergie et il y a effectivement parfois des calculs qui sont un peu surprenants entre, par exemple, faire venir une orange de l'hémisphère sud par bateau ou conserver une orange méditerranéenne pendant un temps relativement long. Pour certains produits horticoles, la balance penchait plutôt pour la production de l'hémisphère sud », résume Eric Imbert. Coups de chaleur  Les frigos émettent du CO2, et l’orange est victime du changement climatique. Ces dernières années ont été particulièrement compliquées pour l’orange espagnole. « Il y a un franc recul de la production espagnole du fait du changement climatique, confirme Eric Imbert. On a eu des problématiques très fortes à la fois de sécheresse et de température, dans la mesure où on a souvent des épisodes précoces de coups de chaleur qui sont extrêmement dommageables quand l'arbre est en fleur ou que les fruits commencent à nouer », quand la fleur fécondée commence à se transformer en fruit. Evidement, ces phénomènes risquent de s’aggraver, et pas seulement pour les oranges. Une autre menace pèse sur les oranges et les orangers : la maladie du dragon jaune, véhiculée par un insecte. Elle est originaire d’Asie et a décimé à partir des années 2000 les vergers de Floride aux Etats-Unis, jusqu’au Brésil, le premier producteur mondial d’orange à jus. « La mondialisation des échanges, c’est aussi la mondialisation des maladies, souligne Eric Imbert, du Cirad. En l'occurrence, il s'agirait d'un pied d'arbre contaminé qui a été apporté par un touriste américain qui revenait de Chine. Si cette maladie rentrait dans le bassin méditerranéen, ce serait un véritable coup de tonnerre puisqu'on pourrait imaginer une mortalité des arbres peut-être comparable à celle que l'on a vue et qui a été dramatique au niveau de la Floride. » Comme un retour aux origines : une maladie asiatique pour un fruit originaire d’Asie. À lire aussiL'orange est orange (mais pas partout)
Mondial de l'Auto: les constructeurs de voitures jouent-ils le jeu de l'électrification?
2026/10/12
Entre greenwashing et lobbying intense, l'industrie automobile européenne se mobilise pour retarder l'interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 en Europe. La pression de la réglementation, et la hausse du prix de l'essence, permettent d'encourager la fabrication de modèles électriques et la transition automobile.  Il date du XIXe siècle, quand la voiture n'en était qu'à ses balbutiements. Le Mondial de l'Auto, le plus ancien salon de l'automobile, s'ouvre aujourd'hui à Paris, et toute la semaine les organisateurs et les constructeurs vont mettre l'accent sur l'innovation et la décarbonation, même si les industriels européens restent attachés au modèle du XXe siècle, le moteur thermique.  Une publicité du constructeur allemand Volkswagen, en 2009, mettait ainsi en scène de manière très caricaturale une communauté voulant réduire son empreinte carbone : « Nous avons renoncé aux énergies fossiles, refusé tout produit manufacturé, banni tout ce qui venait de l'extérieur à cause du transport et même cessé de faire du feu ». Le film montre des gens sales, qui utilisent des feuilles d'arbres comme papier toilette et finissent grelottant dans une cabane sans lumière. « Et là, nous avons atteint notre idéal : zéro CO2 rejeté. – Oui, mais quand vous me parlez, vous rejetez du CO2, pourtant, non ? On ne peut pas vivre sans rejeter de CO2. Tâchons déjà d'en rejeter un peu moins », conclut la publicité. Le poids des SUV « Un peu moins » de CO2, voilà qui résume les ambitions. Parce que le but de l'industrie automobile est d'abord de faire des profits. « Il faut bien comprendre qui sont les constructeurs. Ce sont des acteurs qui ont un objectif de rentabilité à trois ans. Et donc, a priori, ils n'ont pas d'intérêt à investir dans l'électrique, puisque ce sont des investissements qui grèvent leur rentabilité », estime Diane Strauss, la directrice du bureau français de l'ONG Transports et Environnement, en faveur de la décarbonation des transports Pour être encore plus rentable, l'industrie automobile s'est mise à construire des voitures encore plus grosses, plus lourdes et plus chères – parce qu'il faut plus de matériaux pour les fabriquer et plus d'essence pour les faire rouler. Ce sont les fameux SUV, qui représentent aujourd'hui plus de la moitié des voitures neuves vendues en Europe. Ce qui n'est pas sans conséquence. « Les SUV thermiques, c'est la raison pour laquelle on n'a pas baissé nos émissions de CO2 sur le transport en Europe, puisque avec l'électrification on aurait dû voir une décroissance des émissions de CO2. Mais comme les véhicules thermiques sont devenus plus lourds, plus gros et plus consommateurs, finalement les émissions de CO2 ont stagné », explique Diane Strauss. Lobbying  Le pied sur le frein, l'industrie automobile européenne fait tout pour retarder sa transition et l'interdiction des moteurs thermiques. Et parfois le lobbying fonctionne auprès de la Commission européenne et des pays membres de l'UE. « Les objectifs d'électrification des constructeurs fixaient à l'origine une date de fin de vente des véhicules thermiques en 2035, ce qui leur donnait une trajectoire pour électrifier. Cette trajectoire a déjà été assouplie et elle est encore en renégociation. Elle pourrait donc être encore assouplie », relève la directrice de Transports et Environnement. Certes, les constructeurs se sont bien mis à l'électrique, mais sous la pression de la réglementation européenne. Les véhicules hybrides illustrent bien le double discours des fabricants de voitures. « Pour le moment, les hybrides rechargeables ont un très gros moteur thermique et un petit moteur électrique. Ce qui signifie que si vous appuyez sur la pédale d'accélérateur, par exemple en sortant d'un rond-point, le moteur thermique va se déclencher et émettre des émissions de CO2. Et donc quand on fait le bilan, on se rend compte que les hybrides rechargeables émettent presque cinq fois ce qui est annoncé au moment de la vente », souligne Diane Strauss.  Greenwashing Il s'agit bien d'une forme de greenwashing, d'écoblanchiment comme on dit en français. Une autre publicité automobile, pour un SUV de Renault en 2022, se terminait d'ailleurs par une forme d'aveu : « Moins d'émissions de CO2, moins de consommation de carburant. Mais c'est quand même bien de ne pas s'en servir tout le temps. » Pour éviter les émissions de CO2, rien ne vaut la marche à pied, mais on n'a pas toujours le choix .  Pour la première fois en France, le mois dernier, il s'est vendu plus de voitures électriques que de voitures à essence. Ce n'est pas forcément grâce aux constructeurs mais à cause de l'explosion du prix des carburants provoquée par la guerre dans le détroit d'Ormuz. À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques
Après trois ans de guerre israélienne, y a-t-il de l'eau potable à Gaza?
2026/10/08
Boire de l'eau, c'est vital, mais c'est aussi dangereux dans la bande de Gaza. Aux pollutions agricoles et à la salinisation de la nappe phréatique sont venues s'ajouter la pollution chimique des bombes de l'armée israélienne et la destruction des infrastructures hydrauliques.  À Gaza, on peut mourir sous les bombes israéliennes, mais on peut aussi être victime d’un geste aussi anodin que vital : boire de l’eau. « Si l’eau potable est une eau qui ne met pas votre santé en danger, alors, à ma connaissance, il n'y a pas d'eau potable pour l'instant à Gaza, parce que l'eau à laquelle la population a accès est très contaminée », estime Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS, qui travaille sur les enjeux politiques et environnementaux de l’eau, en particulier en Palestine. Plusieurs sources de contaminations rendent l’eau de Gaza impropre à la consommation, et certaines existaient déjà avant la guerre déclenchée par Israël après les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023. D’abord, l’unique nappe phréatique de Gaza est surexploitée. « De longue date, on a pompé trop d'eau du sous-sol gazaoui, constate Julie Trottier. On a ainsi créé une sous-pression, ce qui a engendré une infiltration d'eau de mer dans l'eau souterraine. C’est pour cela qu'on dit qu'on boit la mer à Gaza ». Des décennies de pollution Il y a aussi une pollution agricole, venue d’Israël. Dans les exploitations agricoles situées le long de la bande de Gaza, on n’est pas dans la culture bio. « Ils utilisent énormément de biocides et d'engrais chimiques qui pénètrent dans le sol et qui contaminent l'eau souterraine à Gaza. Ils utilisent là-bas chaque jour 122 produits chimiques qui sont totalement interdits dans l'Union européenne. C'est vous donner une idée du cocktail qui arrive dans cette nappe », relève la chercheuse. À cette double contamination est venu s’ajouter l’effet désastreux de la guerre, les tapis de bombes et de missiles israéliens presque continus qui polluent les sols et donc l’eau depuis trois ans. « Quand un missile explose, c'est comme si vous aviez un blender géant qui envoie énormément de poussière dans tous les sens, dioxine, retardant de flamme, métaux lourds, des produits qui sont cancérigènes. Et comme c'est un sol sablonneux, cette pollution va atteindre très lentement la nappe, parce qu'à chaque fois qu'il pleut cela fait pénétrer toutes ces poussières dans le sol. Donc à supposer qu'on arrête tous les bombardements aujourd'hui, cela prendrait plus d’une dizaine d'années, et même plusieurs décennies, pour voir le pic de pollution arriver dans la nappe ». Réseau d'eau hors-service Face à cette pollution durable, les habitants de Gaza peuvent faire bouillir l’eau, ce qui « va tuer la pollution biologique : les virus et les bactéries ne vont pas survivre mais cela va laisser intacts le sel et la pollution chimique. » Dès le premier jour de la guerre, Israël a coupé l'électricité à Gaza et les stations d'épurations n'ont pu fonctionner. Les bombes israéliennes ont aussi détruit les infrastructures hydrauliques : des dizaines de kilomètres de canalisations et d’égouts hors service. Cibler des infrastructures civiles est un crime de guerre, mais Israël assure qu’il ne s’agit que de dommages collatéraux ou que l’armée ciblait des combattants. « C’est la raison pour laquelle l’avis juridique de la Cour Internationale de Justice sera si important », estime Julie Trottier. 70% des stations de pompage étaient aussi hors service le mois dernier, selon les Nations unies. 150 millions de litres d’eaux usées finissent ainsi chaque jour dans la nature, dans les rues, dans les sols et dans la mer. Arroseur arrosé En Méditerranée, ces eaux sales ont provoqué le mois dernier une explosion d’algues qui a entraîné des conséquences sur l’approvisionnement en eau d’Israël. « Pour moi, c’est l'effet boomerang, relève Julie Trottier, du CNRS. Toutes ces eaux usées non traitées équivalent à de la nourriture pour des algues – c'est comme du fumier. Le courant marin a continué à les porter vers le nord et les Israéliens ont été obligés d'arrêter cinq des six usines de dessalement d'eau de mer qui fournissent 90% de l'eau utilisée en Israël, parce que ces algues détruisaient les filtres. Ils s'en sont sortis dans l'urgence en pompant à nouveau à partir de leurs forages en Cisjordanie. Et là, ils pompent beaucoup trop, à un rythme qui n'est pas renouvelable ». Israël, arroseur arrosé, est aussi en train d’épuiser l’eau de Cisjordanie.
Faut-il avoir peur du virus du Nil occidental?
2026/10/07
La France a enregistré trois décès provoqués par ce virus transmis aux humains par des moustiques contaminés par des oiseaux. Le réchauffement climatique va favoriser en Europe la prolifération de ce genre de maladies tropicales.  Record battu. Jamais la France n’avait enregistré autant de cas de virus du Nil occidental, une maladie transmise à l’homme par les moustiques et découverte au début du XXe siècle sur les rives du Nil occidental, en Ouganda. Le dernier bilan, provisoire, publié par les autorités sanitaires françaises fait état de 145 cas et 3 morts. Dans 80% des cas, la maladie passe inaperçue, sans symptômes. Mais dans de très rares cas, le virus peut atteindre le cerveau et devenir mortel. Impasse parasitaire À la différence du paludisme ou de la dengue, il n'y a pas de transmission entre humains (à part en cas de transfusion sanguine ou de greffe, ce qui n'arrive pas tous les jours...). Ce sont seulement les oiseaux qui sont porteurs du virus et qui le transmettent aux moustiques lorsqu'ils se font piquer – nous ne sommes pas les seules victimes des moustiques ; les femelles moustiques piquent tout ce qui a du sang. « Les oiseaux sont des porteurs sains, mais ces oiseaux peuvent être la source de contamination du moustique, qui peut piquer l'homme ainsi que les chevaux. L'homme est un hôte accidentel, donc il ne développe pas beaucoup le virus. L'homme, comme le cheval, sont ce qu'on appelle dans notre jargon des impasses parasitaires. L'homme ne pourrait pas être la source de contamination d'un moustique qui viendrait le piquer. Cela ne peut pas se faire », assure, et rassure, Anna-Bella Failloux, entomologiste médicale (spécialiste des insectes qui nous donnent des maladies) à l'Institut Pasteur.   Une seule espèce de moustique transmet le virus du Nil occidental, Culex pipiens, qu’on appelle aussi en France « le moustique commun », puisqu’il a toujours été présent en Europe, à la différence par exemple du moustique tigre (qui transmet la dengue ou le chikungunya), une espèce invasive qui a commencé à coloniser la France en 2004. En revanche, le virus du Nil occidental a bien été importé, d'Afrique, par des oiseaux migrateurs. On l'a repéré pour la première fois dans le sud de la France, dans les années 60, en Camargue, un paradis pour les oiseaux et pour les moustiques parce qu'il y a de l'eau. Le virus est devenu endémique, circulant « à bas bruit », faisant de rares victimes. Le réchauffement climatique, allié des moustiques La forte augmentation des cas cette année s'explique par le réchauffement climatique. D’abord, la sécheresse historique de cet été a favorisé les rencontres entre moustiques et oiseaux, concentrés sur de rares points d’eau. « Les moustiques vont se développer dans des mares à proximité des oiseaux qu'ils piquent. Et cette année, comme il y a eu des épisodes de canicule, il y a eu moins d'étendues d'eau. C'est là que les oiseaux venaient prendre de l'eau. Et c'est là aussi que les moustiques se développaient le plus », explique Anna-Bella Failloux. Le réchauffement climatique favorise aussi l'expansion géographique des moustiques. Avec la chaleur, le cycle de développement des moustiques devient plus court, donc il y en a plus. « À 25 °C, il faut 8 à 10 jours entre l'œuf et l'adulte. Si on augmente la température, à 30 ou 35°C, il ne faut plus que 6 à 7 jours. Donc forcément, en augmentant la température, on aura des adultes beaucoup plus tôt et donc on augmentera la densité de moustiques. En même temps, il y aura de plus en plus d'endroits qui vont être adaptés à son développement. Aujourd'hui, il y a des cas de West Nile par exemple en Allemagne (à Berlin) et aux Pays-Bas, qui ne sont pas vraiment des pays tropicaux », souligne Anna-Bella Failloux, de l'Institut Pasteur. En Europe, on n'est pas sous les tropiques, mais il y aura de plus en plus de maladies tropicales.
Qu'est-ce qui freine la pratique du vélo en Afrique?
2026/10/05
La bicyclette est le moyen de transport le plus écologique, mais sur le continent africain, elle se heurte au manque d'infrastructures et de pistes cyclables, alors que c'est en Afrique que la mortalité des cyclistes est la plus élevée au monde. C'est le moyen de transport le moins polluant : le vélo n'utilise que nos muscles pour avancer, bien qu'ils soient parfois assistés par un moteur électrique. Face à la crise climatique, la bicyclette a donc de plus en plus d'adeptes, notamment en Europe, mais beaucoup moins en Afrique. Il existe pourtant une culture du vélo sur le continent africain, selon les pays. Quand on dit vélo, on pense tout de suite au Burkina Faso. C'est là que les premiers vélos auraient été introduits en Afrique, à l'époque de la Haute-Volta, au début du XXe siècle. Le Burkina a accueilli la première course cycliste africaine en 1955, et pendant des décennies une usine fabriquait des vélos Peugeot à Ouagadougou. À lire aussiLe vélo électrique est-il vraiment écologique? Poulet-bicyclette Parmi les pays cyclophiles, on peut aussi citer le Kenya, ou le Rwanda et son célèbre tour cycliste. Et on peut aussi évoquer les fameux « poulets-bicyclettes », ceux qu'on voit gambader en plein air et qui ont des cuisses aussi musclées que celles des cyclistes. Le poulet-bicyclette est d'ailleurs souvent transporté vers les marchés à vélo, accroché par les pattes. Pour en revenir aux humains, l'intérêt du vélo, à part avoir de belles cuisses, est multiple. Le vélo est bon pour la santé, la nôtre et celle de la planète. « Je milite pour le vélo parce que j'estime que le vélo est par excellence un moyen de transport non polluant, explique l'Ivoirien Andy Costa, à la tête de la My Dream for Africa Foundation. Pour moi, le vélo est un levier d'impact positif sur notre santé, qui est notre premier capital. Notre continent, l'Afrique, gagnerait à faire beaucoup de vélo parce que nous souffrons beaucoup de maladies cardiovasculaires », avance l'éco surnommé « l'ambassadeur du vélo », éco-entrepreneur, Mortalité routière Mais le développement du vélo rencontre quelques obstacles en Afrique. On n'a pas forcément envie de pédaler au milieu des gaz des pots d'échappement, alors que les carburants et les voitures ne sont pas toujours aux meilleures normes. Il y a parfois aussi un élément socio-culturel : le vélo est vu comme réservé à ceux qui ne pourraient pas s'acheter une voiture. Mais le principal frein au vélo, c'est la sécurité. Selon l'Unep, le programme de l'ONU pour l'environnement, 18 cyclistes sont tués chaque jour en Afrique ; un chiffre qui en Europe est de « seulement » 5. Selon l'Irap, une ONG impliquée dans la sécurité routière, 98 % des routes africaines ne sont pas adaptées à la pratique du vélo. Mais il y a une solution : la construction de pistes cyclables. « Les gens ne se sentent pas forcément à l'aise avec le déplacement à vélo, confirme Andy Costa. Et surtout, les usagers ne se sentent pas en sécurité à cause du fait qu'il n'y a pas assez de pistes cyclables. » À Abidjan, où vit l'ambassadeur du vélo, on ne compte qu'une piste cyclable, 8 kilomètres le long du littoral, sur la promenade de Grand-Bassam. Un projet de 15 nouveaux kilomètres a aussi été lancé. Le Sénégal, lui, prévoit la construction de 175 kilomètres de pistes d'ici 2035. Incitation cyclable Tout dépend donc des pouvoirs publics. Convaincre son gouvernement que la création de pistes cyclables va susciter des vocations, c'est ce que fait Andy Costa en Côte d'Ivoire : « Peut-être que l'État se pose la question de savoir : "Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes qui souhaiteraient se déplacer à vélo ?" Parce que l'État ne va pas investir dans les pistes cyclables s'il n'y a personne pour pédaler. Donc on encourage l'usage du vélo et en même temps, on fait du plaidoyer politique pour qu'il y ait une prise en compte des pistes cyclables. » En l'occurrence, c'est bien l'offre qui provoque la demande, comme on l'a vu à Paris, en 2020, pendant le Covid-19 : le vélo a explosé avec la mise en place de ce qu'on avait appelé les « coronapistes », des pistes alors provisoires, devenues durables, pour des déplacements durables.  À lire aussiTour du monde: le vélo, ça bouge?
Va-t-on manquer de cuivre, le métal le plus utilisé dans la transition énergétique?
2026/10/01
Métal phare de l'électrification, le cuivre atteint des prix records. Le risque de pénurie est-il réel ? Les mines peuvent-elles répondre à l'explosion de la demande ? Que ferait-on sans cuivre ? Le métal couleur rouge-orange est une matière première indispensable à la transition énergétique. Certains font même le parallèle avec le rôle qu'a eu le pétrole au XXe siècle. Aujourd'hui, le cuivre est partout, en raison de ses grandes qualités. « Le cuivre est très utile dans toute la transition énergétique, évidemment, parce que c'est un bon conducteur de chaleur et d'électricité. Donc on le trouve dans les pompes à chaleur, dans les échangeurs thermiques, dans les moteurs électriques, dans les transformateurs, dans les réseaux, on le trouve dans les panneaux photovoltaïques, dans les éoliennes… on le trouve absolument partout dans la transition », souligne Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Vols de cuivre Mais ses qualités se paient. En raison de la forte demande, sans parler des phénomènes spéculatifs et des stocks gigantesques que font les États-Unis, le prix du cuivre a augmenté de 36 % en un an. Ce qui suscite d'ailleurs des convoitises. En France, il n'y a pas une semaine, voire un jour, sans qu'on évoque un vol de cuivre : des câbles de la SNCF, du réseau électrique, de l'éclairage public... Déjà en 2014, le journal de France 2 évoquait « le nouveau terrain de prédilection des voleurs de métaux : les éoliennes », un des symboles de la transition énergétique. « Quelques minutes ont suffi aux malfrats pour faire disjoncter l'éolienne et pour sectionner le long des parois 910 mètres de câble, une tonne de cuivre. » Le risque de pénurie est ainsi régulièrement évoqué par des analystes et des experts. Mais « le cuivre n'est pas le métal le plus en tension, estime Cédric Philbert, de l'Ifri. C'est le plus important du point de vue de la transition par son volume. On prévoit toujours à cinq ans ou dix ans qu'on ne va pas avoir assez de ressources. Et en fait, quand on arrive au moment dit, on s'aperçoit qu'on a assez de ressources. Parce que quand les prix montent, on trouve des alternatives [comme l’aluminium, plus léger mais moins bon conducteur], on apprend des façons d'économiser le cuivre, on trouve des astuces. Si on regarde ce qui s'est passé, on s’aperçoit qu’on a toujours répondu à la demande de cuivre ». Près de 15 000 dollars la tonne Certes, des usages et des besoins disparaissent, comme les fils du téléphone, remplacés par la fibre optique, mais la consommation de cuivre est en forte hausse. Pour un véhicule électrique, il faut quatre fois plus de cuivre que pour une voiture thermique. La Chine absorbe la moitié de la consommation mondiale de cuivre. Il y a aussi l'explosion récente de l'intelligence artificielle, qui a besoin de cuivre – mais là on n'est plus dans la transition énergétique, avec l'IA on est juste dans la surconsommation énergétique. Il arrive que les mines de cuivre soient sous tension, comme la semaine dernière, dans la plus grande mine de cuivre au monde, la mine à ciel ouvert d'Escondida, au Chili, dans le désert d'Atacama. Après la mort d'un ouvrier, l'extraction a été interrompue, ce qui a immédiatement entraîné une flambée du cours du cuivre, qui a frôlé les 15 000 dollars la tonne. Mais pour l'essentiel, les mines de cuivre sont capables de répondre à la grosse demande. « On nous dit : "On ne va pas y arriver parce qu'il faudrait ouvrir des tas de mines nouvelles et ça prend 15 ans pour une mine". Je lis ça tous les jours sur les réseaux sociaux. La réalité, c'est que les mines procèdent par extension, soit en profondeur, soit latérale, et donc produisent plus si nécessaire en fonction de la demande et de la rentabilité. » Le cuivre est aussi 100 % recyclable. Il ne devrait donc pas menacer la transition énergétique, même si elle risque de coûter cher. À lire aussiPrix du cuivre: les stocks américains bouleversent le marché mondial
À quoi ressemblerait un monde sans élevage?
2026/09/30
Le bilan carbone de l'élevage est élevé. Mais sa disparition n'entrainerait pas forcément des gains climatiques incontestables, car l'élevage a aussi des vertus écologiques et environnementales.  Haro sur l’élevage. C’est l’un des secteurs identifiés comme étant fortement émetteurs de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique. L’élevage représentait, en 2023 selon les Nations unies, 12% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre sans doute dépassé aujourd’hui alors que la consommation de viande ne cesse de croître dans le monde. Arrêter l’élevage permettrait-il de faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique ? La réponse n’est pas aussi simpliste. Les vaches en particulier, et leurs rototos, émettent beaucoup de méthane, le gaz le plus polluant à court terme. Mais les prairies où elles broutent sont aussi d'excellents puits de carbone. « Ces prairies, c'est un sol assez intéressant du point de vue de la matière organique qu'il va stocker, du point de vue de son système racinaire, explique Grégory Loucougaray, chercheur en écologie végétale, pour l'INRAE, au Laboratoire Écosystèmes et Sociétés en Montagne de Grenoble. Selon les dernières études qui ont pu être menées, ces prairies permanentes ont des capacités de stockage de carbone dans leur premier mètre de sol qui sont quasiment équivalentes à ce qu'on observe en forêt ». Certains chercheurs pensent même que le bilan carbone de l'élevage pourrait être neutre, voire positif... Engrais naturel L'élevage extensif, en plein air, a d'ailleurs d'autres vertus. L'élevage, c'est de l'engrais naturel et gratuit. « L'élevage, c'est du recyclage de matière organique, souligne Grégory Loucougaray. Les animaux vont manger de la végétation pour faire du lait, faire de la viande, pour leur croissance et leur survie. Ensuite, le reste va être excrété sous forme de bouse chez les vaches, de crottin chez les chevaux, etc. Et cette matière organique a un rôle d'engrais, de fertilisant naturel pour permettre à la prairie de refaire son cycle de végétation ». Et si on cultivait des protéines végétales pour remplacer la viande ? Et si les légumineuses, comme le soja, les pois, le niabé en Afrique, remplaçaient toutes les prairies jusqu'ici destinées à l'élevage ? Le gain climatique ici, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, n'est pas non plus évident. « Si on doit complètement compenser les apports de protéines animales par des apports de protéines végétales, on risque d'avoir besoin de retourner beaucoup de milieux, beaucoup de prairies. Si on laboure les prairies qui stockent du carbone, on libère le carbone. On modifie la matière organique présente dans le sol, qui va se dégrader beaucoup plus vite, ce qui va libérer du carbone dans l'atmosphère. En fait, quand on veut remplacer un système par un autre, ce n'est jamais aussi simple que de dire : "Si j'arrête ça, j'améliore tout d'un côté" ». Le retour des arbres La FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, estime que l'élevage fait vivre 1,3 milliard de personnes. Mais au-delà des questions économiques et alimentaires, le monde serait transformé. Aujourd’hui, le surpâturage peut entrainer de la désertification. La culture du soja, pour nourrir le bétail, provoque de la déforestation. Un monde sans élevage modifierait aussi les paysages. « Des espèces ligneuses, des arbrisseaux, des arbustes, des arbres à terme peuvent s'installer et ce sont des paysages qui se referment. Les paysages que l'on connaît actuellement [en milieu tempéré], les paysages ouverts avec des prairies, disparaîtraient. On aurait une dynamique d'enforestation, de progression de la forêt qui pourrait se mettre en place en fait dans plein d'endroits », prédit Grégory Loucougaray, de l'INRAE. On a parlé ici principalement des vaches, des chèvres et des moutons. Mais en rajoutant la volaille, les porcs et les lapins, on compte 90 milliards d'animaux terrestres élevés sur la planète. C'est presque dix fois plus que les humains. Mais leur espérance de vie est beaucoup plus courte… À lire aussiEnvironnement: l'agriculture pèse lourd dans les émissions de gaz à effet de serre, mais ce n'est pas inéluctable
Y a-t-il autant de gaspillage alimentaire dans la nature que chez les humains?
2026/09/29
Un tiers de la nourriture est jeté à la poubelle dans les sociétés humaines. Mais chez les plantes et les animaux, le gaspillage finit toujours en recyclage : rien n'est jamais perdu. C’est l’un des fléaux de la société de consommation. Le gaspillage alimentaire se chiffre en milliers de tonnes chaque année. On jette un tiers de la nourriture produite dans le monde, « un drame écologique, constate le biologiste Marc-André Selosse. Si on gaspillait moins, on réduirait d'un tiers les intrants. Le poids écologique de l'agriculture serait trois fois moins important puisque c'est un tiers de la nourriture qui finit à la poubelle dans nos sociétés ». Nos sociétés humaines, parce que dans la nature, le gaspillage n’est pas la règle. Les ressources alimentaires ne sont pas toujours abondantes, ni toujours disponibles – on n’a pas l’épicier du coin ouvert quand tout le reste est fermé. Donc quand on peut manger, on mange, on ne laisse rien, puisqu’on ne sait pas si un tel festin se représentera bientôt. Mais le gaspillage existe bel et bien chez les animaux. Les perroquets, par exemple, peuvent gaspiller jusqu’à 80% de leur nourriture, en laissant tomber au sol les fruits qui ne semblent pas à leur goût (le gaspillage touche surtout les fruits qui ne sont pas assez murs). Les perroquets font la fine bouche, mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : près d’une centaine d’espèces, principalement des oiseaux, se nourrissent de ces « déchets ». Dans la nature, zéro déchet Le même phénomène est observé face au super killing, quand un prédateur tue beaucoup plus de proies qu’il n’en a besoin, comme le loup ou le renard. Non, ils n’ont pas les yeux plus gros que le ventre. Non, ils ne sont pas psychopathes. Leur instinct de prédateurs les pousse en fait à tuer tout animal qui s’enfuit. Mais là encore, la nature est bien faite : ces proies feront le bonheur d’autres animaux, comme les charognards, mammifères, oiseaux, insectes détritivores. « Chaque fois qu'il y avait des restes, cela a sélectionné dans l'évolution des organismes qui allaient les consommer, explique Marc-André Selosse, professeur au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Quand vous n’avez pas mangé toute votre viande, il y a des microbes qui vont les manger ou il y a d'autres animaux qui mangent des déchets de viande avariée. Depuis le temps que cela existe, il y a des mangeurs pour tous les déchets. Le vrai problème aujourd'hui, c'est que dans la nature, on met, nous, des déchets qui sont nouveaux comme des plastiques. Et là, il n’y a personne pour les manger ! » Il peut aussi y avoir dans la nature de la surconsommation, comme dans les sociétés humaines. Certains animaux prélèvent plus qu’il n’en faut pour leur prochain repas et font des stocks : les écureuils, ou des oiseaux comme les geais, vont enterrer des graines. Mais parfois ils les oublient. Est-ce alors une forme de gaspillage ? Pas forcément, parce que ces graines ne sont pas perdues pour autant. Dans la terre, elles vont germer et donner naissance à de nouvelles plantes et de nouveaux arbres. Dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – et ne finit pas à la décharge. Plus bêtes que les bêtes Chez les plantes, comme chez les animaux, le système est bien fait. Prenons l’exemple d’un pommier. Il perd certains fruits au début de l’été parce qu’il sait qu’il n’aura pas assez d’énergie pour leur permettre d’arriver tous à maturité. C’est une forme de gaspillage, sauf que ces mini fruits qui tombent par terre, c’est de la matière organique qui va servir de repas à d’autres organismes. Et c’est la même chose pour les feuilles des arbres. « On peut dire que la plante gaspille du magnésium, de l'azote et du phosphore quand elle perd ses feuilles mortes. Mais celles-ci sont décomposées par des micro-organismes. En décomposent les feuilles mortes, ils relibèrent l'azote, le magnésium et le phosphore sur les racines des plantes pérennes », détaille Marc-André Selosse. Rien ne se perd chez les plantes et les animaux, même si le gaspillage peut exister. Ce qui distingue les humains des autres animaux, c'est notre humanité, et c’est pour cela que nous, nous n’avons aucune excuse face au gaspillage. « Il ne faut pas voir que l'homme est contre-nature dans le gaspillage. Il faut juste voir qu’il gaspille énormément, plus que bien d'autres espèces, parce qu'il en a les moyens. Ensuite, il a la capacité à prendre conscience de cela et de s'organiser pour ne pas le faire. C'est humainement bête de gaspiller », conclut Marc-André Selosse. Nous sommes plus bêtes que les bêtes. À lire aussiDes millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?
Comment le changement climatique menace-t-il le patrimoine culturel mondial de l'Unesco?
2026/09/28
À la différence d'une route, un joyau architectural ne peut pas être remplacé. Inondations, chaleurs ou incendies, amplifiés par la crise climatique, mettent en danger les biens culturels partout sur la planète. Le sujet n’apparaît pas prioritaire, au regard des effets attendus et redoutés du changement climatique sur l’alimentation, la santé et la survie de l’humanité. Voire passe au-dessous des radars. Mais le patrimoine culturel mondial, qui raconte l’histoire de l’humanité, est tout aussi menacé par la crise climatique. Une étude que vient de publier l’EDHEC Climate Institute liste ainsi les dix sites les plus menacés en France. L'abbaye de Fontenay, en Bourgogne, est en tête. Ce joyau monastique du XIIe siècle se situe près d'un ruisseau, ce qui est bien utile quand on n'a pas l'eau courante. Mais 800 ans plus tard, c'est une autre histoire. « C'est un site qui a été construit au fond d'un vallon, à proximité d'un ruisseau, mais c'est justement ce qui fait que c'est le site le plus exposé. Être au bord d'un ruisseau, qui était un avantage à l'époque médiévale, devient avec l'intensification du cycle de l'eau et l'augmentation des risques d'inondation un facteur de vulnérabilité », explique Anthony Schrapffer, le directeur scientifique de l’EDHEC Climate Institute. Les inondations menacent un tiers des sites français Les crues, les submersions, représentent le principal risque pour le patrimoine français. Un site sur trois classé à l'Unesco en France est menacé par des inondations à l'horizon 2050. C'est le cas par exemple d'Avignon, la cité des papes, au bord du Rhône. Ou du Mont-Saint-Michel, en première ligne face aux événements que le changement climatique rend encore plus extrêmes. « Avec une tempête, on a une submersion marine qui va inonder les côtes. C'est un événement qui est accentué par l'augmentation du niveau de la mer. Le Mont-Saint-Michel est un site culturel qui est déjà exposé à l'océan, aux tempêtes, etc. Mais avec l'augmentation du niveau de la mer, on a un risque de dommages sur ce site », souligne Anthony Schrapffer. Ce qui rend la menace plus aigüe, c'est lorsque des sites cumulent plusieurs aléas climatiques, comme le Pont du Gard : le célèbre aqueduc romain dans le sud de la France est menacé par les inondations, la chaleur et les incendies.  Mais il n'y a pas qu'en France que les sites de l'Unesco sont menacés. Le changement climatique ne connait pas de frontière. L'exemple sans doute le plus connu est Venise, menacée par la montée des eaux. Une autre étude, réalisée il y a deux ans par Climate X, a identifié les 50 sites de l'Unesco les plus menacés. En tête, le système d'irrigation Subak en Indonésie, et en Chine l’Emporium mondial Song-Yuan, l'ancien comptoir maritime des routes de la soie.  Sécheresses et tempêtes de sable au Mali L'Afrique n'est pas non plus épargnée, et notamment au Mali, avec Tombouctou, menacée par l'avancée du désert et les tempêtes de sable. Plus au sud, les 2 000 maisons en terre de Djenne sont fissurées par les sécheresses, et l'argile de qualité pour les entretenir est de moins en moins disponible. Plus que les guerres, désormais, c'est la crise climatique qui menace le patrimoine culturel mondial. Il est important de le protéger, au même titre que le vivant. On peut ressentir la même émotion devant un chêne de 300 ans, un éléphant, ou une abbaye du 12e siècle. Le patrimoine culturel mondial, c'est notre histoire à tous, notre héritage. D'où la nécessité d'identifier les risques, pour tenter de les protéger. « On a réalisé en fait que le patrimoine culturel est un des secteurs qui peuvent être affectés et qui n’est pas suffisamment regardé. Une route, par exemple, peut se reconstruire si elle est endommagée, mais une abbaye du XIIe siècle ne pourra pas être remplacée. Si on ne montre pas que le patrimoine culturel peut être affecté, on ne pourra pas agir ensuite. On sera juste témoin d'événements extrêmes dans le futur qui affectent ces sites », relève Anthony Schrapffer. Plus que jamais, le changement climatique est une question de civilisation.

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