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Afrique, mémoires d'un continent

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Rating
★★★★★
5
from
4 reviews
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2024/01/15
Latest episode
2026/10/16
Average duration
39 min.
Release period
9 days

Description

Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 1 en hiver).

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Le Congo colonial, terre d’Islam : écrits, savoirs, talismans
2026/10/16
Le Congo, fin du XIXe siècle. Si l’histoire de la colonisation belge de ce vaste territoire béni par son ascendance royale avec le royaume Kongo a été très étudiée, celle des chemins de l’Islam dans ces terres est, elle, méconnue. Et pourtant elle est réelle. Par quelles routes l’Islam a-t-il pu élire domicile au Congo ? Quels en ont été les véhicules et quels en sont les héritages ?  Avec la participation de Xavier Luffin, professeur de langue et de littérature arabes à l'Université libre de Bruxelles, membre de l'Académie royale de Belgique et de l'Académie royale des sciences d'Outre-mer, auteur de Savoirs musulmans au Congo colonial : textes occultes, écriture arabe et talismans (éd. Académie royale des sciences lettres). Pour aller plus loin : Notre invité Xavier Luffin revient sur la présence ancienne de l’écriture arabe et des savoirs musulmans en Afrique centrale, notamment au Congo. En étudiant des lettres, des manuscrits et des livres conservés dans les musées et les archives belges, notamment au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, il met au jour un patrimoine documentaire largement méconnu. Ses enquêtes l’ont également conduit en République démocratique du Congo, notamment à Kindu, Kasongo, Kisangani et dans la province de la Tshopo, où il a retrouvé des documents anciens rédigés en caractères arabes. Si les plus anciens manuscrits congolais conservés remontent aux années 1880, leur circulation aurait commencé dès les années 1860. Cette diffusion s’explique principalement par trois voies : l’arrivée de commerçants arabo-swahilis depuis la côte est-africaine, l’installation de commerçants soudanais, tchadiens et égyptiens dans le nord-est du Congo, et la présence de soldats musulmans ainsi que de travailleurs lettrés originaires d’autres régions d’Afrique, mobilisés durant la période coloniale. Ces échanges ont contribué à l’implantation de l’écriture arabe et à la diffusion de savoirs religieux bien avant la généralisation de l’écriture latine dans certaines régions. Coran, talismans et traditions orales : des savoirs pluriels Les documents retrouvés comprennent des exemplaires du Coran, des divisions destinées à faciliter son apprentissage, des ouvrages juridiques, des textes expliquant comment utiliser des versets coraniques, des lettres sacrées pour confectionner des talismans, des formules de protection ou des remèdes. Xavier Luffin souligne que ces pratiques existaient également dans d’autres régions du monde musulman, notamment au Maghreb, en Égypte et dans l’Empire ottoman. Elles témoignent de la coexistence, au sein de l’islam, de conceptions plus rigoristes et d’autres qui intègrent certaines pratiques ésotériques à la vie religieuse. Au Congo, les mêmes lettrés pouvaient enseigner le Coran et transmettre des connaissances relatives aux talismans. La colonisation belge et la mémoire d’un patrimoine dispersé Les relations entre les autorités coloniales belges et les communautés musulmanes ont évolué au fil du temps. Au début de la colonisation, les Européens empruntaient les routes commerciales des Swahilis et sollicitaient même l’aide du sultan de Zanzibar. Mais les conflits des années 1892-1894, désignés dans les sources belges comme la « campagne arabe », ont profondément modifié cette relation. Dès lors, les communautés musulmanes sont progressivement perçues par l’administration coloniale comme une menace politique et comme des concurrentes des missions chrétiennes, auxquelles une place centrale est accordée dans l’enseignement. Dans les années 1930 à 1950, plusieurs publications coloniales présentent ainsi l’islam comme un « problème » ou un « danger ». Cette histoire soulève également la question de la conservation et de la restitution des archives. Certains documents conservés en Belgique y sont arrivés par des voies légitimes, notamment lorsqu’il s’agissait de correspondances adressées aux autorités coloniales. D’autres livres ont cependant été récupérés après des batailles, dans des villes vaincues, puis emportés comme trophées par des officiers.
Zeinab Badawi : «L’Afrique doit raconter sa propre histoire»
2026/10/09
« Tout le monde est originaire d’Afrique, aussi ce livre s’adresse-t-il à toutes et à tous ». Telle est la devise de Zeinab Badawi, l’invitée ce dimanche de la mémoire du continent, auteure de Une histoire africaine de l’Afrique. Plus de 500 pages pour raconter l’histoire d’un continent, de l’aube du l’humanité aux indépendances. Avec la participation de Zeinab Badawi, présidente de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres et auteure de Une histoire africaine de l’Afrique (éd. du Faubourg). Pour aller plus loin L'ouvrage de Zeinab Badawi retrace plus de cinq siècles d’histoire africaine en s’appuyant sur les travaux de chercheurs africains : l’histoire du continent a longtemps été racontée à travers le regard occidental, notamment celui des explorateurs, des missionnaires et des administrateurs coloniaux mais cette approche a souvent négligé les traditions orales, les langues locales, les chants, les danses et les découvertes archéologiques. Son objectif est donc de redonner aux Africains la place qu’ils méritent dans le récit de leur propre histoire, sans pour autant rejeter les travaux des chercheurs occidentaux. Des civilisations africaines puissantes et des échanges qui ont façonné le continent L’auteure met en lumière la richesse des civilisations africaines, souvent éclipsées par les récits historiques traditionnels, comme par exemple le royaume de Kouch, au Soudan actuel, qui a construit plus de mille pyramides et dont les souverains ont conquis l’Égypte au VIIIe siècle avant notre ère. Elle évoque aussi la vallée du Nil qui a également favorisé la sédentarisation, l’agriculture, l’écriture et le développement des sociétés. Afrique mémoires d'un continent aborde ensuite la diffusion de l’islam à partir du VIIe siècle, qui a contribué aux échanges culturels et intellectuels. Des érudits africains ont écrit et conservé des textes, notamment dans les bibliothèques de Tombouctou. En Afrique de l’Ouest, l’Empire du Mali illustre cette prospérité : Mansa Moussa, mondialement célèbre pour son immense richesse en or, a marqué les esprits lors de son pèlerinage à La Mecque en 1324-1325. Son règne témoigne du rayonnement international des royaumes africains. Traites négrières, domination et enjeux de mémoire L'auteure rappelle également les conséquences des traites négrières orientale et transatlantique : souffrances, pertes humaines, et affaiblissement démographique et économique durable du continent. Elle explique également que la fin de l’esclavage est liée, selon son analyse, à la transformation du capitalisme marchand en capitalisme industriel, davantage intéressé par l’exploitation des ressources africaines et le maintien de la main-d’œuvre sur place que par le commerce des esclaves. Nos remerciements aux Rendez-vous de l'histoire de Blois pour leur accueil.
Les Suds à l’épreuve des pensées décoloniales : de l’Amérique à l’Afrique
2026/10/02
Dans les années 1990, une idée émerge. Celle de déconstruire la colonisation et sa domination à travers ce qui reste comme la matrice, à savoir la colonialité du savoir. Ces pensées décoloniales ont leurs théoriciens. Ils s’appellent Anibal Quijano, ou encore Walter Mignolo, et ils reprennent un ouvrage ancien, politique, philosophique qui puise aussi dans les révoltes antérieures des colonisés pour proposer un nouveau chemin de résistance. Avec la participation de Lissell Quiroz, historienne péruvienne, enseignante à l’université de Cergy et co-auteure de « Les pensées décoloniales – Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine » (éd. La découverte). Pour aller plus loin À la fin des années 1990, les pensées décoloniales apparaissent en Amérique latine. Elles cherchent à déconstruire les héritages de la colonisation et la domination occidentale en appuyant notamment leur réflexion sur la notion de « colonialité du pouvoir » développée par Aníbal Quijano. L’année 1492, date à laquelle les Européens ont découvert l'existence de l'Amérique, est présentée par l'historienne Lissell Quiroz comme un moment fondateur de cette histoire coloniale. Les puissances espagnole et portugaise vont imposer progressivement leur domination sur le continent américain, entraînant génocide, destruction des cultures et bouleversements démographiques majeurs : en 70 ans, 90% de la population est exterminée.  Une réflexion nourrie par les luttes sociales Les pensées décoloniales s’inscrivent dans une longue histoire intellectuelle. Tandis que Frantz Fanon cherche à comprendre les effets psychologiques, culturels et politiques de la domination coloniale, Edward Saïd analyse la construction de l’opposition entre Occident et Orient. Les penseurs décoloniaux reprennent certaines de ces analyses tout en reprochant aux études postcoloniales de ne pas remonter suffisamment aux débuts de la colonisation américaine. Ils sont également influencés par la pensée marxiste, les théories de la dépendance, la théologie de la libération et les mouvements sociaux. La décolonialité ne se contente pas d'étudier le passé : elle cherche aussi à transformer les structures actuelles de domination et interroge notamment les musées, les systèmes éducatifs, les savoirs et la manière dont l’histoire est racontée et transmise. Des résonances entre l’Amérique latine et l’Afrique Il existe de nombreux points communs entre les expériences latino-américaine et africaine. Néanmoins, selon Lissell Quiroz, l’Afrique conserve davantage de langues, de traditions et de traces culturelles anciennes que l’Amérique latine. Enfin l'historienne revient sur les critiques émises à l'encontre des pensées décoloniales, accusées selon leurs détracteurs d’essentialisme ou de « wokisme ».
Almoravides au XIème siècle : conquête, piété et naissance de l’empire des sables
2026/09/24
Au XIème siècle la dynastie berbère musulmane des Almoravides, appelés également Mourabitounes, règne sur une grande partie de l’ouest du Sahara et du Maghreb jusqu’au sud de la péninsule ibérique. Vers 1070, ils fondent Marrakech et en font leur capitale, avant de conquérir une grande partie d’Al-Andalus. Batailles emblématiques, identité composite, place des femmes, ascétisme religieux … L’histoire des Almoravides est à retrouver ce dimanche dans Afrique, mémoires d’un continent. Avec la participation de Elemine Ould Mohamed Baba, historien et géographe mauritanien spécialisé dans l'histoire du sud-ouest saharien et de la période médiévale. Pour aller plus loin Au XIᵉ siècle, le monde musulman connaît de profondes divisions politiques et religieuses. L’affaiblissement du califat de Bagdad favorise l’apparition de pouvoirs régionaux et de nouvelles dynasties. Progressivement islamisées, les tribus berbères Sanhaja deviennent le cœur du mouvement almoravide, un mouvement porté par le prédicateur Abdellah Ibn Yassine associant rigueur religieuse, ascétisme et puissance militaire. La construction et l’expansion d’un empire Progressivement les Almoravides construisent un vaste empire reliant le Sahara, le Maghreb et l’Andalousie. Ils fondent Marrakech au XIᵉ siècle, ville qui deviendra rapidement un important centre politique, religieux et commercial, avec ses mosquées et ses écoles coraniques. Les Almoravides développent également les échanges transsahariens, notamment grâce au commerce de l’or. Ils frappent leur propre monnaie, dont le dinar almoravide alors réputé pour sa qualité et sa valeur. Leur expansion les conduit vers le sud, notamment dans la région du Ghana, mais les sources historiques y sont beaucoup plus rares. Au nord, ils interviennent en Andalousie à la demande de princes musulmans menacés par la Reconquista. En Mauritanie, pays de notre invité Elemine Ould Mohamed Baba, l’héritage almoravide reste particulièrement présent dans la mémoire historique. Des villes anciennes comme Chinguetti, Ouadane ou Tichitt revendiquent notamment des liens avec l’héritage andalou.
La revue Présence africaine, carrefour des mondes noirs
2026/09/18
À l’occasion du 70ème anniversaire du 1er congrès des écrivains et artistes noirs organisé par Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Afrique mémoires d’un continent retrace l’histoire de cette revue qui a joué un rôle majeur dans la diffusion des idées liées à la négritude, aux indépendances africaines et au dialogue entre l’Afrique, les Caraïbes et le reste du monde. Avec la participation de : Boniface Mongo-Mboussa, essayiste et critique littéraire, rédacteur en chef de la revue Présence africaine Sarah Frioux-Salgas, archiviste au musée du Quai Branly-Jacques Chirac Diana Alima Cissé, chercheuse associée au programme Afriques de Noria et fondatrice du Festival International du Film documentaire Gëstu de Dakar.   Pour aller plus loin La revue Présence africaine naît à Paris en 1947 autour d’Alioune Diop, dans un contexte de réflexion sur les mondes noirs et la décolonisation.Le premier numéro, qui paraît en novembre-décembre 1947, constitue rapidement un espace majeur de publication et de débat. Des initiatives comme La Revue du Monde noir et L’Étudiant noir avaient déjà favorisé le rassemblement des intellectuels africains et afro-descendants, mais Alioune Diop reprend cet héritage en cherchant à créer un lieu de dialogue entre différentes générations, langues et sensibilités. Il s’entoure de parrains intellectuels européens de sensibilités diverses, tout en conservant un comité de rédaction essentiellement africain. Une revue au cœur des combats intellectuels Présence africaine devient à la fois une revue, une maison d’édition, un réseau et une véritable tribune intellectuelle. Elle rassemble des écrivains, chercheurs et militants aux positions parfois très différentes, notamment autour des questions coloniales et culturelles. Sa fonction d’archive est essentielle : elle conserve des textes, poèmes, débats, comptes rendus de livres et témoignages sur les décolonisations. En 1958, la revue publie notamment Le Sang de Bandung, qui dénonce la guerre d’Algérie et les violences coloniales. De Bandung aux indépendances : un héritage durable En effet la conférence de Bandung en 1955 marque profondément Alioune Diop et nourrit le projet d’un rassemblement culturel des peuples noirs. Cette dynamique conduit au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, organisé à la Sorbonne en 1956. Avec 70 participants venus de différentes régions du monde noir, le congrès est présenté comme un "Bandung culturel" dans le prolongement de l’affirmation politique des peuples colonisés. Présence africaine accompagne également les indépendances africaines en publiant des numéros spéciaux et des textes consacrés aux nouveaux États, et contribue à faire connaître les interventions des dirigeants africains à l’ONU, otamment grâce à des collections consacrées à l’Afrique et aux dirigeants politiques.
Tchad : Idriss Déby, le dernier front
2026/09/11
Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby meurt au front où il s’était rendu pour remobiliser ses troupes face à l’avancée fulgurante de la rébellion. Au Tchad, la stupeur est immense : celui qui venait d’être proclamé vainqueur de l’élection présidentielle disparaît brutalement, les armes à la main, au cœur même du conflit. En quelques heures, le pays bascule dans l’incertitude, face à la disparition soudaine du dirigeant qui le gouvernait d’une main de fer depuis plus de trente ans. Pour aller plus loin  Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby est annoncé mort alors qu’il se trouve sur le front. Il aurait succombé à des blessures reçues lors des combats contre la rébellion du Fact (Front pour l'alternance et la concorde au Tchad). La version officielle présente sa mort comme celle d’un chef mort « les armes à la main » mais les circonstances exactes de sa mort restent entourées de mystère. Les circonstances controversées de sa disparition Après l’annonce officielle, plusieurs hypothèses circulent sur les causes réelles de sa mort : certains évoquent un tir ennemi lors des affrontements avec les rebelles du Fact tandis que d’autres avancent l’hypothèse d’un règlement de comptes au sein de son clan ou de son armée. Une autre théorie évoque même un complot organisé par des responsables proches du pouvoir. Des journalistes de RFI ayant travaillé sur le sujet soulignent l’absence d’éléments suffisamment solides pour confirmer ces hypothèses. Le contexte des combats, le faible nombre de témoins directs et le silence de l’entourage compliquent l’enquête. Le récit officiel est également fragilisé par les trente années de pouvoir autoritaire de Déby. Les investigations journalistiques concluent donc que la vérité définitive reste difficile à établir, même si certains éléments recueillis tendent à confirmer la version d’une mort au front.     Un héritage politique et militaire Idriss Déby était arrivé au pouvoir en 1990 après une longue carrière militaire et une rébellion contre Hissène Habré. Pendant trente ans, il dirige le Tchad d’une main ferme en s’appuyant largement une armée réputée courageuse et efficace, mais traversée par des rivalités et des appartenances communautaires. Après la mort de Déby, son fils Mahamat Idriss Déby prend la tête d’un Conseil militaire de transition, et reprend ainsi une partie de l’héritage politique et militaire de son père.
Anjanamasina : une histoire coloniale de la folie à Madagascar
2026/09/04
Dans son ouvrage, l’historien Raphaël Gallien revient sur une découverte archivistique majeure effectuée en 2019 : celle des archives et des dossiers relatifs aux personnes internées à Anjanamasina, considéré comme le premier établissement psychiatrique créé par l’administration coloniale française à Madagascar. Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur l’histoire de la psychiatrie dans le contexte colonial ainsi que sur les pratiques d’internement mises en place dans l’île Rouge. Avec l’historien Raphaël Gallien, chargé de recherche au CNRS et auteur de À en perdre la raison : Folies et colonisation à Madagascar (éd. La Découverte).    Pour aller plus loin  Ouvert en 1912, l’asile psychiatrique d’Anjanamasina à Madagascar constitue le premier établissement de ce type dans l’Empire colonial français. L’asile devient un véritable laboratoire des politiques coloniales de santé, marquées par de fortes inégalités sociales et raciales. Son architecture reflète cette hiérarchie : les Européens disposent de pavillons plus confortables, tandis que les Malgaches sont placés dans des bâtiments plus éloignés et souvent surpeuplés. Notre invité l’historien Raphaël Gallien s’appuie sur près de 1 500 dossiers d’internés pour étudier cette histoire. Ces archives, longtemps reléguées dans un pavillon, ont été classées et numérisées afin d’être conservées. Elles permettent de découvrir les parcours individuels, les diagnostics, mais aussi les effets de la colonisation sur les personnes internées. La folie comme expression des tensions sociales et coloniales Les dossiers montrent que les délires des patients sont souvent liés à leur histoire personnelle et aux bouleversements provoqués par la colonisation. Les anciennes hiérarchies malgaches, notamment les lignages et les références à la royauté, restent très présentes dans les discours des internés. Certains utilisent ainsi la folie pour réaffirmer une origine prestigieuse ou contester leur déclassement social. La folie peut aussi parfois constituer une forme de résistance à l’ordre colonial. 1947, la révolte et les traces de la décolonisation La révolte malgache de 1947 constitue un moment essentiel de l’histoire de l’asile et de la colonisation. La répression provoque des milliers de morts, des arrestations, des détentions et des traumatismes durables. Certains internés ont été torturés et arrivent à l’asile profondément détruits psychologiquement. La peur et les rumeurs liées à l’insurrection continuent également à influencer les comportements plusieurs années après les événements. Raphaël Gallien rappelle aussi que la société malgache possédait ses propres manières de comprendre et de prendre en charge la folie avant l’arrivée de la psychiatrie occidentale. La folie pouvait être associée à la religion, à la parenté, aux interdits ou à une forme de malédiction touchant l’ensemble du groupe. Aujourd’hui, l’ancien asile est devenu un hôpital universitaire qui cherche à dépasser son héritage carcéral.
L'histoire de Boko Haram : racines, expansion et divisions
2026/08/28
Né en 2002 dans le nord-est du Nigeria sous l'impulsion de Mohamed Yusuf, Boko Haram s'est développé dans un contexte de profondes inégalités sociales, de fragilité économique et de tensions religieuses. Radicalisé à partir de 2009, le mouvement jihadiste a plongé la région dans une insurrection marquée par des massacres, des attentats et des enlèvements de masse, avec l'objectif d'imposer un État fondé sur une interprétation rigoriste de la charia. Malgré les offensives militaires, les scissions et l'émergence de groupes rivaux, Boko Haram continue de déstabiliser le bassin du lac Tchad. Comment expliquer la résilience de cette organisation plus de vingt ans après sa création ?  Avec la participation de Vincent Foucher, historien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).   Pour aller plus loin  Groupe djihadiste apparu dans le nord-est du Nigeria, l'organisation Boko Haram s’inscrit dans une histoire ancienne marquée par les différences religieuses, politiques et sociales entre les régions du Nigeria. Dans les années 1970 à 1990, les courants salafistes et wahhabites gagnent progressivement en influence et un certain Mohamed Yusuf, influencé par le prédicateur salafiste Ja’afar Mahmud Adam, devient un orateur particulièrement populaire. Il critique les élites musulmanes jugées trop proches du pouvoir et développe un mouvement religieux de plus en plus radical. De la radicalisation aux violences de masse Au début des années 2000, Yusuf se rapproche progressivement du djihadisme. En juillet 2009, des affrontements opposent les partisans de Yusuf aux autorités nigérianes, provoquant plusieurs centaines de morts. Mohamed Yusuf est arrêté puis exécuté par la police, ce qui accélère la transformation du mouvement en organisation armée. Abubakar Shekau prend alors la direction du groupe et lance une campagne de vengeance contre les policiers, les responsables locaux et les opposants. Entre 2010 et 2013, Boko Haram développe un terrorisme urbain marqué par les attentats-suicides et les attaques contre les églises. Le groupe s'étend au-delà du Nigeria, notamment au Cameroun, au Niger et au Tchad, grâce aux liens sociaux et commerciaux transfrontaliers. Les combattants associent convictions religieuses, volonté de créer une société jugée plus juste et intérêts matériels liés au pillage et aux extorsions. Les massacres de Baga, Bama et d'autres localités deviennent particulièrement meurtriers en 2013-2015, tandis que l'enlèvement des lycéennes de Chibok en 2014 internationalise le conflit. La scission  Une divergence importante apparaît autour du traitement des civils, Shekau considère même certains musulmans comme des « infidèles » lorsqu'ils ne soutiennent pas son mouvement. Cette doctrine provoque des dissidences, notamment la création d'Ansaru, puis rapproche certains dirigeants de Boko Haram de l'État islamique. En 2015, Shekau prête finalement allégeance à l'État islamique, mais refuse ensuite d'appliquer pleinement ses directives. L'année suivante, une faction dirigée notamment par Abou Moussab al-Barnawi se sépare et forme l'ISWAP qui privilégie une organisation plus structurée et limite les attaques contre les civils musulmans. Depuis la mort de Shekau en 2021, les deux factions continuent d'exister.
David Diop : avec son héros Bilal Seck, 3 500 ans d'histoire du Sénégal à l'Égypte antique
2026/07/31
Dans Où s'adosse le ciel, l’auteur David Diop ne déroge pas à sa belle tradition de confesser l’histoire. À travers le voyage du griot Bilal Seck, son héros, de retour de La Mecque à la fin du XIXᵉ siècle, le récit fait dialoguer le Sénégal et l'Égypte ancienne. Le roman invité à réfléchir sur la transmission, l’exil et la quête des origines. Avec l’écrivain David Diop, auteur de Où s’adosse le ciel (éd. Julliard) et professeur de littérature à l’université de Pau.   Pour aller plus loin Le roman Où s’adosse le ciel ? de David Diop mêle fiction, histoire et mémoire africaine. L’auteur, écrivain franco-sénégalais et professeur de littérature, nourrit son œuvre d’une profonde passion pour l’histoire qui lui vient notamment de son adolescence à Dakar et de son enseignante d’histoire.  Il cite également l’influence majeure de Cheikh Anta Diop, dont les travaux ont contribué à réinscrire l’Égypte ancienne dans son contexte africain. David Diop explique qu’il utilise une documentation historique importante, mais qu’il préfère ensuite « oublier » les détails pour laisser place aux émotions des personnages, une méthode qu'il appelle la « mémoire affective » et qui permet de transformer les faits historiques en matière romanesque. Son héros, Bilal Seck, est présenté comme le 72ᵉ passeur d’une mémoire transmise de génération en génération. Le voyage de Bilal Seck L’histoire commence au Sénégal, à la fin du XIXᵉ siècle, dans le contexte de la colonisation française. Bilal Seck appartient à une famille de griots et possède un rôle essentiel de gardien et de transmetteur de la mémoire. Il entreprend un pèlerinage à La Mecque avec Yérim Tchao, un homme issu de la noblesse avec lequel il a grandi. Malgré leur amitié, les différences sociales et les préjugés liés à la « pureté du sang » finissent par provoquer une rupture entre eux. En 1893, une importante épidémie de choléra frappe les pèlerins et fait environ 30 000 victimes en un mois. Abandonné à Djeddah, Bilal doit alors entreprendre seul son retour vers l’Afrique, souvent à pied et en travaillant pour financer son voyage. Son périple le conduit notamment par la péninsule Arabique, l’Égypte et Djenné, avant son retour au Sénégal.   L’Égypte, les origines et la transmission En Égypte, Bilal cherche à comprendre les récits qui relient les peuples sénégalais à l’Égypte antique. David Diop s’appuie sur des traditions orales rapportant plusieurs migrations anciennes depuis l’Égypte vers l’Afrique de l’Ouest. Le roman interroge ainsi les liens entre histoire écrite, traditions orales et mythes des origines. La figure du griot y occupe une place centrale. À travers Bilal et ses descendants, la transmission devient un véritable flambeau qui doit passer d’une génération à l’autre. Le roman pose enfin une question politique majeure : comment raconter l’histoire de l’Afrique sans la réduire aux récits construits par la colonisation ?
Paroles d'aînés: l'Afrique en quatre dates selon Marie-Roger Biloa
2026/07/24
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés.  Avec la journaliste camerounaise Marie-Roger Biloa.    Selon la journaliste Marie-Roger Biloa, il est plus que nécessaire de mieux enseigner l’histoire africaine, longtemps occultée ou racontée par d’autres. Elle souligne également le rôle essentiel des femmes dans l’histoire, souvent minimisé malgré leur contribution décisive à la résistance, à la gouvernance et aux luttes pour l’indépendance. Elle cite notamment la reine Nzinga d’Angola, qui résista pendant plus de quarante ans aux Portugais et symbolise le courage, le leadership et la défense de la souveraineté africaine. Marie-Roger Biloa revient aussi sur l’apartheid en Afrique du Sud, qui a profondément marqué sa génération et renforcé le sentiment d’appartenance à une communauté africaine. Elle rappelle la solidarité des États africains contre ce régime et rend hommage aux nombreuses personnalités, parfois oubliées, qui ont participé à cette lutte. Elle aborde également la guerre du Biafra, conflit qui révéla les divisions politiques et ethniques du Nigeria ainsi que les interventions des puissances étrangères. Enfin, quatrième date marquante selon elle, le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Ayant couvert cette période en tant que journaliste, elle estime que le traitement médiatique et politique de ce drame reste sujet à débat.
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Sami Tchak
2026/07/17
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés.  Avec l’écrivain et essayiste Sami Tchak, Prix Cheikh Hamidou Kane pour Mélodie pour une douleur (éd. Continents, Lomé, Togo) Dans cet entretien, l’écrivain togolais Samy Tchak rappelle d’abord que l’histoire doit être enseignée avec esprit critique, en croisant les traditions orales, les savoirs locaux et les recherches historiques. Il insiste sur l’importance des mythes fondateurs et de la transmission familiale, qui permettent de comprendre le monde avant de s’ouvrir à d’autres cultures. Évoquant la mort de Chaka Zoulou en 1828, il refuse une vision idéalisée du personnage. Pour lui, ce grand bâtisseur fut aussi un dirigeant d’une extrême violence, illustrant la complexité des héros historiques. Il invite à analyser les figures du passé avec lucidité. Les défis politiques de l’Afrique contemporaine La deuxième date retenue est le décret ghanéen de 1969 ordonnant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Samy Tchak explique que cet événement l’a profondément marqué, car il a touché sa propre famille et de nombreux habitants de son village. Il y voit le symbole des tensions liées aux frontières nationales et aux migrations, rappelant que le panafricanisme se heurte aujourd’hui à la réalité des États et des intérêts nationaux. Il craint que ces phénomènes d’exclusion ne se reproduisent à l’avenir. La troisième date, le discours de La Baule prononcé par François Mitterrand en 1990, lui permet de s’interroger sur la démocratisation de l’Afrique. Selon lui, la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur ni considérée comme une solution universelle au développement. Il estime que les transitions démocratiques ont parfois conduit à des conflits ou à des désillusions, tout en reconnaissant que les libertés politiques demeurent essentielles. La littérature africaine comme espace d’émulation Enfin, Samy Tchak choisit l’année 2021, marquée par les nombreux prix internationaux remportés par des écrivains africains. Il se réjouit de cette reconnaissance tout en mettant en garde contre une vision qui ferait dépendre la valeur de la littérature africaine du seul regard des institutions occidentales. Selon lui, ces récompenses sont la confirmation d’une richesse déjà ancienne. Il rappelle que plusieurs auteurs africains avaient été distingués bien avant 2021 et souligne que l’essentiel reste la qualité des œuvres, plus que les prix eux-mêmes.
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Véronique Tadjo
2026/07/10
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés. Avec l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo, Grand prix d’Afrique noire pour Reine Pokou (éd. Actes Sud). L’écrivaine Véronique Tadjo revient sur quatre événements qui ont profondément marqué sa vision de l’histoire africaine. Forte de son parcours entre la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Europe, elle souligne que l’Afrique est un continent uni par une histoire commune, mais aussi confronté à des divisions contemporaines. Son œuvre, nourrie par les grands auteurs de la négritude et par de nombreux voyages, cherche à transmettre une mémoire vivante et à interroger les grands défis du continent. La première date évoquée est celle de la traite transatlantique, à partir de 1619 avec l’arrivée des premiers esclaves africains en Virginie. Véronique Tadjo insiste sur les conséquences humaines de cet événement, mais aussi sur la capacité des descendants d’esclaves à transformer ce traumatisme en une immense richesse culturelle, notamment à travers les cultures afro-américaines. Elle rappelle que cette mémoire demeure essentielle pour comprendre les discriminations actuelles et l’apport des diasporas africaines au monde. Des moments fondateurs du panafricanisme et du devoir de mémoire La deuxième date est le Premier Festival mondial des Arts nègres, organisé à Dakar en 1966 sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor. Ce rassemblement constitue un tournant majeur en affirmant la place des artistes africains sur la scène internationale et en célébrant les cultures noires. Ce festival symbolise également une Afrique indépendante, créatrice et ouverte sur le monde. La troisième étape est le projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire » lancé en 1998 après le génocide des Tutsi. Avec d’autres écrivains africains, Véronique Tadjo participe à cette initiative pour témoigner de l’horreur et rendre une identité aux victimes. Cette expérience bouleverse profondément son écriture et lui fait prendre conscience de la nécessité d’une solidarité intellectuelle et artistique face aux tragédies du continent. Les défis contemporains : santé, environnement et responsabilité Enfin, Véronique Tadjo évoque l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. À travers son roman En compagnie des hommes, elle montre que cette crise sanitaire est étroitement liée aux bouleversements environnementaux, notamment à la déforestation qui favorise la transmission du virus entre les animaux et les humains. Elle souligne que cette catastrophe révèle également les faiblesses des systèmes de santé africains et le manque de préparation face aux crises.
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Sophie Bessis
2026/07/03
Afrique, mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués et inspirés.  Avec l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis. Dans cette édition de « Afrique, mémoires d’un continent », notre invitée Sophie Bessis rappelle que l’histoire de l’Afrique a longtemps été racontée à travers un regard colonial. Depuis les indépendances, les historiens africains ont progressivement reconstruit cette histoire grâce à un meilleur accès aux archives. Toutefois, elle souligne que de nombreux États ont également élaboré des « romans nationaux » destinés à renforcer leur identité, parfois au détriment de la vérité historique, d'où la nécessité de distinguer le travail scientifique de l’histoire des récits politiques ou idéologiques. Quatre dates fondatrices de la mémoire du continent Le premier événement retenu est le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, qui relance la traite négrière malgré son abolition en 1794. Cette décision conduit à une résistance qui aboutit à l’indépendance d’Haïti en 1804, première République noire de l’histoire. La deuxième date est la conférence de Berlin (1884-1885), où les puissances européennes définissent les règles de la colonisation de l’Afrique. Sophie Bessis explique que les frontières héritées de cette période continuent d’influencer les conflits contemporains et les difficultés de construction des États africains. La troisième date est la promulgation du Code du statut personnel en Tunisie en 1956 sous Habib Bourguiba. Cette réforme marque une avancée majeure pour les droits des femmes avec l’interdiction de la polygamie, la suppression de la répudiation et l’instauration du mariage civil. Pour Sophie Bessis, cette transformation a profondément modernisé la société tunisienne et demeure une référence dans le monde arabe. Patrice Lumumba et les enjeux contemporains Enfin, Sophie Bessis choisit l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961, symbole des difficultés rencontrées par les États africains après les indépendances. Elle rappelle que son élimination est liée aux intérêts économiques et géopolitiques autour des immenses richesses minières du Congo. Selon elle, cette tragédie illustre la nécessité pour les pays africains de maîtriser leurs ressources naturelles afin de construire une véritable souveraineté politique et économique. À travers ces quatre dates, l'historienne a souhaité démontrer comment les événements du passé continuent d’éclairer les défis actuels du continent africain.
Comprendre l’Ivoirité, son héritage et ses controverses
2026/06/26
Depuis le milieu des années 1990, l'ivoirité est souvent désignée comme la cause des malheurs ivoiriens. Idée voire idéologie d'une définition d'un « être » ivoirien, son appréciation est conflictuelle. Le terme existe pourtant depuis les années 1970. Il naît dans le champ intellectuel et culturel et charrie alors un imaginaire de libération et de redéfinition de soi.  Afrique mémoires d’un continent vous propose l'histoire et la radioscopie, sans tabou, de cinquante années d'un concept qui a évolué au fil des décennies, dans un temps actuel où la Côte d'Ivoire panse difficilement les plaies qu'il a pu nourrir. Avec Jean-Noël Loucou, historien et homme politique ivoirien, secrétaire général de la fondation Félix Houphouët-Boigny.
Libye : les derniers jours de Mouammar Kadhafi
2026/06/19
20 Octobre 2011. Après plus de quarante ans au pouvoir, Mouammar Kadhafi vit ses dernières heures. Traqué, isolé et abandonné par une partie de ses anciens soutiens, celui qui a longtemps dominé la Libye voit son régime s'effondrer. Comment s'est déroulée cette chute spectaculaire ? Quels événements ont conduit à sa capture et à sa mort ? Afrique mémoires d’un continent revient sur les derniers jours de Kadhafi et sur les ultimes moments d'un des dirigeants les plus controversés du monde arabe. ► Pour aller plus loin  Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi est capturé près de Syrte après plusieurs mois de guerre civile en Libye. La scène de son arrestation, filmée par des téléphones portables, montre un ancien dirigeant humilié, blessé et finalement tué par des combattants. Après 42 ans de pouvoir sans partage, sa mort provoque des scènes de liesse dans le pays, notamment à Tripoli, où beaucoup célèbrent la fin de la dictature. La communauté internationale salue alors la disparition d’un régime considéré comme autoritaire, tandis que des interrogations demeurent sur les circonstances exactes de sa mort. L’identité de celui qui a porté le coup fatal reste encore incertaine. Un dirigeant controversé entre Afrique et Occident Kadhafi a marqué pendant des décennies la scène internationale par son idéologie révolutionnaire, son nationalisme arabe puis son engagement panafricain. Il a longtemps été perçu par certains dirigeants africains comme un défenseur de l’indépendance du continent et un opposant à l’influence occidentale, mais son règne est aussi associé à la répression politique, aux conflits régionaux et à des accusations de soutien au terrorisme international. Dans les années 2000, après avoir renoncé à certains programmes militaires et cherché une réconciliation avec l’Occident, il retrouve une forme de respectabilité : la France, sous Nicolas Sarkozy, comme le Royaume-Uni de Tony Blair, renouent alors des relations diplomatiques avec Tripoli. L’intervention internationale et l’héritage de la guerre libyenne En 2011, les révoltes du « printemps arabe » atteignent la Libye, avec un soulèvement majeur à Benghazi. Face à la répression menée par le régime, la communauté internationale intervient sous mandat de l’ONU. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis participent aux frappes aériennes de l’OTAN, officiellement pour protéger les populations civiles. Rapidement, l’objectif évolue vers la chute du régime de Kadhafi qui finit par se réfugier à Syrte avant d’être capturé et tué.

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