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La fabrique du monde

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No
Date created
2025/11/06
Latest episode
2026/10/01
Average duration
4 min.
Release period
2 days

Description

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni pense ouvertement à un retour dans l'Union européenne
2026/10/01
C’était une petite musique en sourdine depuis des mois. Cette fois, le Premier ministre britannique Andy Burnham le dit à voix haute. Il n’exclut pas une nouvelle adhésion à l’Union européenne, un peu plus de dix ans après le référendum sur le Brexit remporté à près de 52% par les partisans du retrait de l’UE. C’est le Premier ministre britannique qui va le plus loin dans ce sens depuis le vote.  Toc toc toc ! C'est le bruit de l’ex toxique qui revient frapper à votre porte après avoir constaté que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Pendant des décennies, entre Margaret Thatcher et surtout David Cameron, c’est ce qu’ont prétendu certains chefs du gouvernement britannique, en essayant d’obtenir le maximum de l’Europe et en donnant le moins possible. Et en misant notamment sur la relation spéciale avec les États-Unis. Seulement voilà, les États-Unis aujourd’hui, c'est Donald Trump. Andy Burnham se garde bien de dire quelle est son opinion et propose plusieurs possibilités : le statu quo, un retour dans l’union douanière, un retour dans le marché unique ou bien réintégrer l’UE.   « Bregret » Il faut dire que les lendemains économiques promis par les Brexiters ne chantent pas vraiment. Les entreprises exportatrices sont en difficulté. Et puis un sentiment de « Bregret », le regret du Brexit s’est diffusé dans la société britannique. Les sondages montrent que si un nouveau référendum avait lieu aujourd'hui, la réadhésion à l’Union européenne l’emporterait. Et puis il y a ce qui s’est passé le 16 septembre au Parlement européen de Strasbourg. Et la proposition d’Ursula von der Leyen au Canada de devenir membre associé de l’Union. C’est-à-dire pas un membre à part entière, mais l’ouverture d’une discussion. Une sorte d’adhésion à la carte. Alors que précisément, les négociateurs européens, le Français Michel Barnier en tête, ont expliqué aux Britanniques pendant des années que c’était tout ou rien. Et la proposition faite au Canada n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.    À lire aussiUE: dans un discours fleuve, Ursula von der Leyen propose que le Canada devienne «membre associé» « Trahison » Au Royaume-Uni, les réactions sont plutôt prudentes chez les travaillistes. Andy Burnham a fait cette sortie en plein congrès du Labour. Il s’agit donc de motiver les troupes. Ils savent que le débat est explosif. Et ils savent aussi qu’un sondage qui donnait en juin 55 % en faveur de la réadhésion peut être retourné par une bonne campagne. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé en 2016. Le parti Reform UK de Nigel Farage parle de trahison. Et c’est vrai qu’il y a eu un référendum pour la sortie en 2016. Personne n’en conteste le résultat. Et il y a eu aussi des mandats clairs pour que les conservateurs concrétisent le Brexit.   Une procédure longue Les Européens, qui ont réagi comme Emmanuel Macron et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, souhaitent déjà la bienvenue au Royaume-Uni, qui est un bon partenaire en matière de défense. Il va néanmoins falloir discuter. Cela peut commencer lors du sommet Royaume-Uni-UE en novembre. Mais ce sera une procédure longue. Il faut faire une demande d'adhésion entièrement nouvelle. Les Britanniques doivent valider un éventuel accord. Et il doit être ratifié par l’ensemble des 27. Autrement dit, la porte risque de ne pas s'ouvrir avant un petit moment.
En Éthiopie, les combats reprennent dans un contexte international explosif
2026/09/30
Les affrontements qui s’intensifient depuis plusieurs jours entre le pouvoir central éthiopien et les rebelles du Tigré. L'inquiétude est vive qu’ils dégénèrent en véritable guerre civile comme celle qui a fait plus de 600 000 morts entre 2000 et 2022. Entre braises mal éteintes et rivalités ethno-politiques, les causes internes sont nombreuses, mais ce conflit s’inscrit aussi dans un contexte régional complexe.   Dimanche, le chef d’état-major de l’armée éthiopienne accusait directement l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte d’aider les rebelles du Tigré. C’est difficile à prouver, mais c’est vrai qu’il y a des enjeux géopolitiques entre l’Éthiopie et ces trois pays. L’inimitié entre l’Éthiopie et l’Érythrée est bien connue, elle date de l’indépendance érythréenne acquise en 1993 par referendum après trente ans de conflit armé. Depuis, l’Éthiopie est devenue un pays enclavé, privé d’accès à la mer Rouge, un axe majeur du commerce mondial, ce qui crée des tensions géopolitiques dans toute la Corne de l’Afrique. Le Nil et l'accès à l'eau douce Il y a aussi une question d’accès à l’eau douce qui crée des tensions. Cette fois entre l’Éthiopie d’un côté et le Soudan et l’Égypte de l’autre. C’est la question fondamentale du Nil, source quasi unique d’eau douce pour ces pays. L’an dernier, l’Éthiopie a achevé et inauguré sur le Nil Bleu le grand barrage de la renaissance, un énorme projet, construit principalement pour combler ses besoins en électricité. Les deux pays en aval craignent pour la sécurité de leurs propres installations hydroélectrique et pour le débit de l’eau qui leur sert pour leurs besoins agricoles et donc alimentaires. Là aussi, c’est source de tension.   À lire aussiL’Éthiopie inaugure son Grand barrage de la Renaissance sur le Nil, l'Égypte proteste auprès de l’ONU Implications au Soudan Et puis il y a la guerre au Soudan. Elle dure depuis plus de trois ans et rien ne semble pouvoir l'arrêter. L’Égypte, directement concernée par ce qui se passe à sa frontière sud, soutient les forces armées soudanaises du général al-Buhran. Et l’Érythrée servirait aussi de plate-forme logistique et d’approvisionnement pour ce même gouvernement de Khartoum. Bien qu’elle nie, l’Éthiopie est aussi impliquée dans ce conflit. Elle soutient la rébellion soudanaise des forces de soutien rapides du général Hemedti. Des images satellites montrent avec certitude un camp pour accueillir et entraîner les FSR près de la frontière entre les deux pays. Cette base s’est même étendue ces derniers mois et de nouvelles implantations ont été repérées.   À lire aussiGuerre au Soudan: l'Éthiopie appuie les paramilitaires FSR, selon l'université de Yale Puissances extérieures à l'Afrique  Et pour construire ces installations, l’Éthiopie n'était pas seule. C’est là que la focale s’élargit encore. Elle est soutenue par les Émirats arabes unis, qui bien qu’ils s’en défendent, soutiennent militairement les FSR au Soudan. Ils construisent une influence dans la région, où ils ont des intérêts à protéger. Par exemple, c’est une société émirienne qui opère le port de Berbera, au Somaliland, territoire revendiqué par la Somalie, mais qui a déclaré son indépendance. Indépendance reconnue pour l’instant par un seul pays, Israël, allié des émirats depuis les accords d’Abraham. Les émirats entretiennent aussi leur rivalité régionale avec l’Arabie saoudite, soutien du Soudan, et occupée à combattre actuellement les rebelles houthis du Yemen, juste en face pour le contrôle du détroit de Bab-El Mandeb. Et de la mer Rouge. Autant d’influences étrangères qui donnent à la crise éthiopienne le potentiel de déstabiliser encore davantage toute la Corne de l’Afrique et au-delà.
Le président argentin Javier Milei en opération séduction à Paris
2026/09/29
Le président argentin Javier Milei arrive dans la capitale française mardi 29 septembre. Il y restera jusqu’à la fin de la semaine. Au programme, sa participation à un forum d’affaires et une rencontre annoncée comme privée avec Emmanuel Macron. Javier Milei se sent pousser des ailes ces derniers mois.  À Paris, le président argentin vient chercher de l’argent. Puisque c’est aux investisseurs qu’est consacré l’« Argentina Week », la semaine de l’Argentine, un événement dont la première édition a été organisée en mars dernier à New York, chez l’allié américain. Avec sa politique de dégraissage de l’État symbolisé par une tronçonneuse, Javier Milei a réussi à dégager un excédent budgétaire et à réduire l’inflation, de 200% à son arrivée en 2023 à environ 30%. Cela reste élevé selon les standards des pays les plus développés. Et il y a un coût important en termes de croissance et d’emploi.   Lithium Lui aussi apporte des opportunités. Là encore économiques. Et d’ailleurs, les investisseurs français l’ont compris. La France est le septième pays investisseur en Argentine et ses investissements ont très fortement augmenté sur la dernière année. Dans un secteur en particulier : les minerais critiques. L’Argentine est très largement pourvue en lithium utilisé pour fabriquer des batteries. Elle a la main, avec le Pérou et le Chili sur ce que l’on appelle le triangle du lithium. C’est un atout géopolitique majeur dans la course aux terres rares qui occupe les plus grandes puissances de la planète. Par ailleurs, il y a sur la table un contrat pour la construction de sous-marins pour plusieurs milliards d’euros et pour laquelle la France est sur les rangs.   Discours sur le déclin de l'Europe Mais tout cela vient accompagné d’un discours idéologique, similaire à celui de Donald Trump sur le déclin idéologique de l’Europe, qui serait dû à la politique migratoire, aux trop nombreuses régulations européennes. Javier Milei se place dans le sillage de Donald Trump, qui affirme la volonté de domination américaine sur l’hémisphère occidental. Mais il se voit davantage que comme un simple affidé. Il affirme aussi sa personnalité et se voit un rôle au moins régional, exemple son soutien au clan Bolsonaro dans l'actuelle campagne électorale au Brésil. Mais il voit plus loin. Il a aussi noué une alliance stratégique avec Israël. Et il y a donc, ce voyage en France.   Malouines Il intervient à un moment où Javier Milei pousse ses revendications sur les îles Malouines. Il se sent encouragé par Donald Trump qui au début du mois a laissé entendre qu’il pourrait revoir la position américaine de neutralité dans ce dossier. Le président américain est mécontent de qu’il considère comme un manque de soutien britannique dans sa guerre en Iran Les îles malouines sont administrées par la Grande-Bretagne mais revendiquées par l’Argentine. C’est une revendication nationale argentine historique qui a même été portée dans les stades de la dernière coupe du monde aux États-Unis. Les Malouines ont causé une guerre entre les deux pays en 1982. Mais depuis, l'environnement géopolitique à changé. Les relations entre États-Unis et Royaume-Uni sont moins proches et le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne. Alors Javier Milei essaye de les récupérer. Pour l’instant par la voie diplomatique.
Suisse, Vatican, une neutralité de plus en plus difficile à cultiver
2026/09/28
Ce sont deux événements du moment. Ils montrent la difficulté de rester neutre dans les relations internationales et en géopolitique. Premier exemple hier dimanche en Suisse, avec un référendum justement sur la neutralité.     La neutralité fait partie de l’identité suisse depuis le milieu du XIXe siècle. Les citoyens étaient appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur un projet de renforcement de la neutralité du pays. Un projet qui prévoyait par exemple de limiter l’application de sanctions par la Suisse à celles décidées par l’ONU. Ces dernières années, le pays s’est associé aux sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ce projet a été rejeté par plus de 70% des votants, selon une ligne de partage très politique et même géopolitique. Neutralité adaptée  Le projet était soutenu par le parti de droite nationaliste Union démocratique du centre, première force politique du pays et présenté comme pro-russe par les opposants au texte et notamment le gouvernement, qui sans grande surprise, ont eu gain de cause dans cette affaire. Il faut dire que la Russie a fait savoir publiquement son mécontentement à la Suisse. Le gouvernement et notamment le ministre des Affaires étrangères a lui plaidé pour une neutralité permettant de s’adapter aux circonstances politiques du moment, par exemple, collaborer avec l’Otan sans y adhérer. Pas simple, donc.   Ne froisser personne Pas simple non plus le voyage du pape en France. Le Vatican est tout petit par sa superficie, mais il pèse lourd sur le plan diplomatique. Il assume souvent des missions de bons offices, par exemple traditionnellement entre les États-Unis et Cuba. Le pape est le chef spirituel de plus d’un milliard 400 millions de catholiques qui ne voient pas tous la religion de la même façon, certains étant plus libéraux ou plus conservateurs que d’autres. Il faut donc faire attention à ne froisser personne.   Laïcité Et ce n’est pas facile en particulier en France. L’enthousiasme des foules qui ont participé aux différentes étapes de la visite jusque-là est réel. Mais il ne faut pas oublier que dans le pays qui a inventé une forme très particulière de laïcité souvent mal comprise ailleurs, plus de la moitié des habitants se déclarent sans religion. Il faut en tenir compte tout en faisant passer le message de l’Église, opposée la loi sur l'aide à mourir par exemple, réclamée depuis des années par l'opinion française. Il faut aussi tenir compte du contexte électoral et éviter la récupération politique. De nombreux candidats à la présidentielle tentent de se faire valoir pendant cette séquence papale.    Ligne de crête Même chose aujourd’hui avec l’étape de Metz. Le pape aurait pu choisir Strasbourg et le Parlement européen. Il a préféré rendre hommage à l’un des pères de l’Europe, le Lorrain Robert Schuman, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Mais la politique n’est jamais loin. Emmanuel Macron a invité l’ensemble des dirigeants des 27 pays membres de l’Union. Là aussi ce sera délicat. Le prédécesseur de Léon XIV, François avait dit qu’il fallait savoir hisser le drapeau blanc quand un pays est attaqué. Cela avait agacé les soutiens de l’Ukraine. Nouvelle illustration que la diplomatie et une certaine forme de neutralité sont une véritable ligne de crête dans un monde qui demande de plus en plus souvent de choisir un camp.
Sommet Donald Trump-Xi Jinping: beaucoup d'apparence, peu de substance
2026/09/24
C’est l’événement diplomatique de cette fin de semaine. Il se déroule à Washington. Le président américain Donald Trump accueille son homologue chinois Xi Jinping pour leur troisième sommet en un an. Une visite d'État, c'est-à-dire le plus haut niveau en matière de visite diplomatique, et ça a commencé dès hier soir.   Sur la base militaire d’Andrews, au sud-est de Washington, le président américain a accueilli le numéro un chinois lui-même à sa descente de l’avion. Il ne l'avait tout simplement jamais fait pour personne. Une visite d'État, cela signifie aussi les principales artères de la capitale américaine pavoisées aux couleurs des deux pays avec un nouvel accueil fastueux et puis un dîner d'État à la Maison Blanche. C’est donc beaucoup d’apparat et d’ailleurs, Xi Jinping semble avoir tenu à être reçu sur le tapis rouge, comme Donald Trump l'avait été lors de sa dernière visite à Pékin. Car le président américain aime avoir l’air, comme le dit la chanson de Jacques Brel, et il va tenter, à son tour, d’impressionner un homme pour lequel il éprouve la même admiration que pour tous les hommes forts. Il y a de fortes chances que le président américain montre à son homologue les travaux de la salle de bal qu’il fait construire à la Maison Blanche et à propos de laquelle il évoque souvent un autre bâtiment, le Palais de l'Assemblée du peuple à Pékin.  Trêve Mais selon toute vraisemblance, il ne va pas se passer grand-chose. Donald Trump est en pleine campagne électorale pour des élections de mi-mandat qui s’annoncent compliquées. Il est empêtré dans sa guerre en Iran. Le président américain n’a aucun intérêt à déterrer la hache de guerre sur les droits de douane, par exemple. Une trêve a été conclue il y a un an, en échange d’un engagement de la Chine à fournir aux États-Unis les terres rares et les minerais critiques qu'elle maîtrise et dont les États-Unis ont besoin pour leurs industries de haute technologie. Malgré leurs efforts, ils n’ont pas encore les moyens de faire autrement. Pendant ce temps, la Chine continue à voir grossir ses exportations et à engranger des revenus.  À lire aussiTrump déroule le tapis rouge à Xi Jinping, sur fond de guerre commerciale en pause et de la question taïwanaise Piège de Thucydide Et elle avance vers son objectif de devenir la première puissance mondiale. Lors de leur dernière rencontre, Xi Jinping avait lancé un avertissement à Donald Trump, en évoquant le piège de Thucydide. C’est une théorie des relations internationales d’un spécialiste américain qui explique qu’une puissance dominante peut être tentée de faire la guerre à une puissance ascendante par peur de perdre sa place. Dans l’esprit de Xi Jinping, la puissance menacée de perdre sa place, ce n’est évidemment pas la Chine, qui préfère avancer méthodiquement et calmement. Davantage de contrôle Pourtant, les différents ne manquent pas. Sur Taïwan par exemple, qui sera forcément évoqué. L’autre sujet du moment, c’est l’intelligence artificielle. Les deux pays se livrent à une concurrence acharnée pour la maîtrise du secteur. L’entourage des deux présidents évoque la mise en place d’un mécanisme de notification entre les deux pays. Une sorte de téléphone rouge de l’IA. Car le débat actuel sur la sécurité de l'IA n’a pas échappé aux responsables chinois, notamment celui de la sécurité d'État, qui plaide pour davantage de contrôle du parti sur la technologie.  À lire aussiWashington et Pékin s'accordent pour prolonger leur trêve commerciale jusqu'au 10 janvier 2027
France: Marine Le Pen et le Rassemblement national, sous l'œil de Moscou et Washington
2026/09/23
Dans un peu moins de sept mois, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle en France. Un scrutin surveillé de près à l’étranger et pour lequel les partis politiques français sont tenus de se positionner sur les questions internationales. Et ce n’est pas toujours simple. En témoigne ce qui vient d’arriver au Rassemblement national (RN).   « Apparemment, le parti de Le Pen est désormais un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis de Kiev. » La sortie est signée Dmitri Medvedev, habitué des déclarations choc anti-occidentales. L’ancien président russe qui avait assuré l’intérim de Vladimir Poutine entre deux mandats quand la constitution russe ne lui permettait pas de les enchaîner. En cause, un communiqué officiel du mouvement lepéniste qui considère comme une action hostile la prise de contrôle par la Russie d’actifs d'une entreprise française en particulier, opérant en territoire russe.   Partenaire privilégié C’est un sérieux rafraîchissement des relations. Il est loin le temps où Marine Le Pen, en 2017, était personnellement reçue par le président russe au Kremlin. Et pourtant, depuis qu’elle enchaîne les candidatures à la présidentielle, elle dit vouloir faire de la Russie le partenaire privilégié de la politique étrangère française. Les liens étaient si forts que, faute de trouver des banques françaises pour lui prêter de l’argent pour sa campagne, le RN s’était tourné vers une banque russe en 2017. Encore récemment, le RN disait vouloir couper les vivres à l’Ukraine ou au moins réexaminer l’aide. Mais la guerre hybride de la Russie contre les pays européens a rendu cette position difficile à tenir. Le Kremlin, qui a constaté qu’un parti clairement pro-russe avait remporté de larges succès électoraux en Allemagne, exige donc manifestement désormais des choix clairs.   Patienter en vain à la Trump Tower Ce n’est donc pas simple à Moscou, et ça ne l’est pas beaucoup plus à Washington. Cela ne l’a jamais été pour Marine Le Pen. Toujours en 2017, la patronne du RN avait fait le déplacement à New York, patientant en vain au pied de la Trump Tower pour être reçue par l’homme du moment. Il faut dire qu'il préparait sa première investiture. Cela ne s’est pas forcément arrangé avec les années. En février de l’an dernier, Jordan Bardella avait annulé son intervention à la CPAC, la grande messe des conservateurs américains, après ce qui ressemblait beaucoup à un salut nazi de la part de l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon. Ce dernier avait d’ailleurs conseillé à Marine Le Pen de larguer Jordan Bardella, qui semble un peu moins influent depuis que Marine Le Pen a décidé d'être candidate.  Coût électoral D’autres semblent avoir de meilleures connexions. C’est bien Éric Zemmour qui avait été invité à la deuxième investiture de Donald Trump, avec sa compagne Sarah Knafo qui cultive des réseaux outre-atlantique. Elle est par exemple ancienne élève de l’Institut Claremont, un centre de réflexion ultra-conservateur dont sont issus les principaux rédacteurs de la stratégie de sécurité nationale américaine qui recommande de s’appuyer sur des partis dits patriotes pour redresser la trajectoire idéologique de l’Europe. Il n’est pas évident que cette nébuleuse ait fait son choix pour l’élection présidentielle en 2027. Et il n'est pas plus certain qu'avec son actuel niveau dans les sondages, Marine Le Pen souhaite obtenir officiellement un appui qui pourrait être coûteux sur le plan électoral.     À lire aussiFrance: dans une volte-face singulière, le RN durcit le ton face à la Russie, qui nie toute «menace»
La Cour pénale internationale toujours sous pression des États-Unis
2026/09/22
Pendant que les chefs d’État et de gouvernement sont réunis cette semaine à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies, la Cour pénale internationale (CPI), autre pièce essentielle du système et de l’ordre international, est en difficulté. Elle est toujours dans le viseur des États-Unis. L’administration américaine s’en était déjà prise à plusieurs responsables de la Cour, dont la présidente japonaise Tomoko Akane, le substitut du procureur sénégalais Abdoulaye Sene ou le juge français Nicolas Guillou, en les sanctionnant personnellement. Résultat : interdiction de séjour sur le territoire des États-Unis, et interdiction d’accès au système financier américain. Par exemple, cela signifie pas de carte bancaire, puisque la plupart des organismes des émetteurs sont américains, et c'est assez peu pratique au quotidien. Démanteler la CPI Les États-Unis souhaitent aller plus loin, comme l'a annoncé le Wall Street Journal dimanche 20 septembre. Il existe un projet pour sanctionner la CPI en tant qu’institution. Les mesures pourraient être annoncées dans la semaine. Il s’agit là encore de couper l’accès de la Cour au système financier américain. En clair, l’empêcher de faire des transactions en dollars et empêcher les sociétés qui travaillent aux États-Unis de faire des transactions avec la Cour. Ce serait très ennuyeux, mais finalement pas si surprenant que ça, dans la mesure où le secrétaire d’État américain Marco Rubio a ouvertement affirmé l’intention de son pays de démanteler la CPI brique par brique.   Mandats d'arrêt D’abord parce que cela fait partie des attaques américaines contre le système international, au même titre que la création, en opposition au Conseil de sécurité de l’ONU, du Conseil de la paix de Donald Trump dont les résultats peinent à se matérialiser. Ensuite, parce que même s’ils n’ont pas adhéré à la Cour, les États-Unis peuvent être poursuivis. Des enquêtes sur les agissements de soldats américains en Afghanistan ont déjà eu lieu. Surtout, l’allié israélien, lui aussi non-signataire du statut de Rome qui fonde la CPI, est dans le viseur de la justice internationale. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant font l’objet de mandats d’arrêt émis par la CPI pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en lien avec la guerre à Gaza. Des accusations qu’ils contestent.   Forte pression Ils ne sont pas les seuls. Vladimir Poutine fait lui aussi l’objet d’un mandat d’arrêt depuis 2023, pour des transferts illégaux d’enfants de l’Ukraine vers la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. La Russie a sanctionné des juges. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel - le Mali, le Burkina Faso et le Niger - ont quitté la CPI. Ils y voient un instrument de répression néocolonial. La CPI est régulièrement accusée de s’en prendre particulièrement aux dirigeants de pays africains. Une trentaine d’entre eux sont signataires du statut de Rome, et c’est souvent de ces pays que viennent les accusations et les signalements. Il faut ajouter à ce tableau l’éviction du procureur Karim Khan pour des accusations d’inconduite sexuelle. Les États-Unis ont apparemment exercé une forte pression dans ce sens, et se sont félicités du résultat. Il faut dire qu’il les arrange dans leur campagne contre une institution décrite par eux comme irrémédiablement corrompue.   À lire aussiLes États-Unis poursuivent leur guerre contre la Cour pénale internationale et sanctionnent sa présidente
Groenland, un accord après des mois de tensions qui laisseront des traces
2026/09/21
Retour sur l’accord annoncé dans la nuit de vendredi à samedi sur le Groenland. Après des mois de tensions depuis janvier dernier entre États-Unis d’un côté Groenland, Danemark et Européens de l’autre et Otan au milieu, tout le monde se dit satisfait d’un accord dont on ne connait pas encore vraiment les détails. Il reste à signer formellement, en principe demain en marge de l’assemblée générale des Nations unies à New York. Ce que l’on peut déjà constater c’est que la partie danoise et groenlandaise se félicite prudemment de l’absence de changement sur la souveraineté sur l’île arctique. Donald Trump est beaucoup plus dithyrambique. Il parle d’un rêve devenu réalité. Son secrétaire d’État Marco Rubio, qui a négocié plus discrètement que son patron depuis des mois confirme que l’accord répond « de manière permanente et complète » aux préoccupations de sécurité nationale de Washington concernant le Groenland.  Besoins psychologiques Cela signifie en creux que le président américain n’a pas obtenu ce qu’il présentait pourtant comme l’un de ses besoins psychologiques : la propriété de l’île. Cela signifie aussi la confirmation de l’accord de 1951, pendant la guerre froide. Il donne la possibilité aux États-Unis d’installer autant d’implantations militaires qu’ils le souhaitent, on parle de trois nouvelles installations en plus de celle de Pituffik, au Nord.  Objectif stratégique et géopolitique   Cet accord permet apparemment à Washington de mettre son véto à l’installation d’implantations économiques ou militaires d’autres pays, comprendre la Chine et la Russie. Il y a au Groenland des réserves de minerais critiques et de pétrole, mais dont le caractère exploitable reste à confirmer. Et puis avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, l’ouverture du passage du nord-ouest va permettre de faire circuler des marchandises. Un mois après l’ouverture de la route commerciale entre la Chine et l’Europe, dite route de la soie polaire à Pékin, via le grand nord russe, il est impensable de ne pas répondre et de laisser à Vladimir Poutine et Xi Jinping l’initiative dans l’Arctique.   Messages   Cela s'adresse d'abord à destination de l’électorat MAGA, à un mois et demi des élections de mi-mandat. Il s’agit de montrer que le président sait sortir d’un conflit. Alors qu’il n’a manifestement aucune stratégie pour sortir de la guerre qu’il a lui-même déclenchée avec l’Iran. Une crise qui va à l’encontre de ses promesses de mettre fin à l’inflation et aux guerres infinies. L’autre message, c’est aussi de calmer le jeu avec ses alliés Européens.  Le mal est fait  La confiance entre alliés est largement atteinte par cette affaire du Groenland. Elle a resserré les liens entre alliés. C'est ce que montre la proposition européenne au Canada, en plein conflit commercial avec son voisin du sud, de venir membre associé. Au Danemark, les propos de plusieurs membres de l’administration américaine mettant en doute la fiabilité du pays comme allié ont choqué. Le Danemark a eu de nombreux soldats tués en Afghanistan aux côtés des États-Unis. Résultat : une possible révolution. Le pays jadis parmi les plus atlantistes d’Europe se dit intéressé par la proposition française de dissuasion nucléaire dite avancée.
L'intelligence artificielle devient un enjeu politique majeur
2026/09/18
C’est le sujet qui monte ces derniers jours dans le débat public à l’échelle mondiale, mais aussi dans les débats politiques plus locaux : les inquiétudes autour du développement de modèles d’intelligence artificielle qui prendraient leur autonomie et deviendraient hors de contrôle, et viendraient à représenter un risque existentiel pour l’espèce humaine.     C'est un ancien employé démissionnaire de la société américaine spécialisée Anthropic qui le dit dans une vidéo postée il y a quelques jours et largement reprise dans le monde entier : l’intelligence artificielle a le potentiel pour mener à l’extinction de l’espèce humaine d’ici dix ans. C’est le scénario à la Terminator dont on a souvent parlé ici. Une IA qui prendrait son autonomie et finirait par se débarrasser par des moyens divers d’une espèce humaine devenue encombrante.   Débat entre chercheurs Ce n’est pas très rassurant. Ce qui l’est encore moins, c’est qu’il n’est pas le seul. Loin de là. Des patrons du secteur, comme Dario Amodei, patron d’Anthropic, militent pour une pause ou au moins une régulation de cette technologie. Jeudi, le roi d’Angleterre Charles III a lui aussi averti des risques existentiels. Des vrais spécialistes, des chercheurs, même s'il y a débat entre eux, le font depuis des mois, comme Yoshua Bengio, célèbre professeur canadien, sorte de père spirituel de l’IA. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, appelle à une coordination mondiale.  À lire aussiIntelligence artificielle: «Le niveau de sophistication des modèles a augmenté bien au-delà de la capacité des humains» Centres de données L’affaire prend une tournure politique. Surtout aux États-Unis, à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Le pays est en pointe dans l’intelligence artificielle, en concurrence pour la première place avec la Chine, où le débat public est, disons, un peu plus encadré. Le problème, c'est la multiplication des centres de données, très gourmands en eau et en électricité, qui font monter le prix de ces ressources dans un contexte de coût de la vie élevé, sans parler des conséquences environnementales très lourdes. C’est pour cela que ces centres de données sont de plus en plus construits là où ces ressources sont accessibles et si possible là où il y a peu de monde pour protester. C’est-à-dire dans les zones rurales.   Un problème pour Donald Trump   Ces zones rurales soutiennent en majorité le président. Et cet électorat commence à lui faire savoir son mécontentement. Le New York Times a analysé le réseau social Truth Social de Donald Trump, où sont regroupés ses partisans les plus dévoués. Là où il poste ses messages en faveur d’une IA dérégulée. Là où désormais on lui répond, en lui suggérant par exemple de faire construire un centre de données à Mar-a-Lago pour en expérimenter un peu les conséquences. Cela devient un problème électoral important, en plus de l’inflation et de la guerre qui continuent en dépit des promesses. Mais ceux qui sont censés réguler laissent faire. Le congrès à majorité républicaine. Le président reste droit dans ses bottes pro-IA. Pour plusieurs raisons : sa famille, via ses fils, a investi dans des sociétés du secteur à croissance exponentielle. Les barons de la tech l'aident à diffuser son discours tant qu'il les laisse tranquilles. Il ne reconnait les résultats des élections que quand ils lui conviennent. Et quoi qu'il arrive, la Cour suprême lui a garanti l'immunité dans ses fonctions. À lire aussiIA: pourquoi OpenAI et Anthropic veulent ralentir la course à l’intelligence artificielle
Malgré le rapprochement avec le Canada, l'Europe du Pacifique à l'Oural attendra
2026/09/17
Le Premier ministre canadien Mark Carney est à Strasbourg depuis mercredi 16 septembre. Il a assisté au discours sur l’état de l’Union européenne prononcé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Elle a proposé au Canada un statut de membre associé. Et aujourd’hui, Mark Carney répond.     Le chef du gouvernement canadien s’exprime à son tour devant les eurodéputés. C’est une étape supplémentaire dans le rapprochement avec l’Union qu’il a entamé depuis des mois. Depuis qu’il a choisi de faire face à Donald Trump en allant lui dire poliment - il est canadien -, mais directement dans le bureau ovale que le Canada n’est pas à vendre. Et c’est un sillon qu’il continue donc de creuser, en particulier avec les Européens, donc.   Étapes symboliques Première étape symbolique, le fameux discours de Davos en janvier où il appelait à une alliance des puissances moyennes attachées au multilatéralisme face au retour de la loi du plus fort dans les relations internationales, pour qu’elles puissent être à table plutôt qu'au menu des géants. Une proposition qui ne concerne manifestement aucun pays du Sud global. Ensuite, l’adhésion du Canada au programme européen SAFE de financement des industries de l’armement, avant la participation au sommet de l'union politique européenne à Erevan en mai. Puis, le choix d’une entreprise allemande pour un énorme contrat de construction d’une douzaine de sous-marins. Mark Carney prononce également un discours devant le Parlement européen de Strasbourg. Après avoir rompu les négociations commerciales avec les États-Unis et lancé son pays dans une guerre douanière. Cela contrairement à Ursula von der Leyen, qui a elle accepté les conditions tarifaires de Donald Trump, sourire aux lèvres et pouces en l’air.   À lire aussiRapprochement avec l’UE: les Canadiens partagés entre enthousiasme et beaucoup de scepticisme Membre associé, un statut à définir   Pour l’instant, on ne sait pas grand-chose de ce statut de « membre associé ». Cela concernerait surtout un partenariat renforcé dans la défense, l’énergie, l’accès aux ressources minières, la recherche et l’intelligence artificielle. Un statut spécial ne serait pas une nouveauté. Quatre pays n'appartenant pas à l'UE - la Norvège, l’Islande qui a récemment repoussé par référendum l’idée de relancer des négociations d’adhésion à l’Union, le Liechtenstein et la Suisse - font partie de l’espace Schengen où la libre circulation des personnes est assurée sans contrôles aux frontières. Il n’est pas question de cela pour le Canada, de même qu’il est très peu probable qu'il adopte les nombreuses et parfois complexes réglementations européennes, quand plusieurs pays européens, dont la France, n’ont pas ratifié le Ceta, l’accord commercial entre l’Europe et le Canada signé il y a 10 ans. Relation à la carte  Mark Carney l’a clairement dit : il ne s’agit absolument pas de devenir le 28eme membre de l’Union européenne. Plutôt de prendre ce qu'il y a à prendre dans la relation et de diversifier les sources d’investissement et les marchés d’exportation. Pour paraphraser le général Charles de Gaulle - un autre homme qui a jadis dit non à la puissance américaine -, on n’est pas près de voir l’Europe du Pacifique à l’Oural. Mais quand votre voisin immédiat devient imprévisible, il est parfois utile de se tourner ponctuellement vers ceux de la rue d'à côté.  À lire aussiLien Canada/UE: «Une réponse aux nouveaux impérialismes russe, chinois et américain» pour Sandro Gozi
Israël: trois minutes de bilan pour quatre années de coalition
2026/09/16
À l’approche des élections législatives en Israël le 27 octobre prochain, les sondages montrent que le gouvernement sortant de Benyamin Netanyahu est défié par des partis désireux de former une coalition de changement. Mais aucun de ces deux blocs ne semble aujourd’hui en mesure d’obtenir la majorité absolue. La campagne électorale – intense et tendue – se déroule sur fond de grande incertitude sur l’avenir du pays. Quel bilan pour le gouvernement sortant ? La coalition de gouvernement formée à l’issue des législatives de 2022 sera donc allée au terme de son mandat de quatre ans. Ni les attaques meurtrières du 7 octobre 2023 (plus de 1 200 morts), ni le refus du gouvernement de mettre en place une commission d’enquête sur ce désastre sécuritaire ne l’ont fait chuter. Ne l’ont pas fait vaciller non plus les manifestations des familles des otages israéliens à Gaza, qui demandaient au gouvernement de tout faire pour obtenir leur libération. Avant même le 7-Octobre, le gouvernement avait tenu face à des manifestations monstres, contre un projet de réforme judiciaire jugé illibéral par ses détracteurs. Pourquoi cette stabilité ? Elle est expliquée en partie par la composition de la coalition au pouvoir depuis quatre ans : droite (le Likoud de Benyamin Netanyahu), extrême droite (les partis sionistes religieux des ministres Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir) et religieux ultra-orthodoxes. Ces groupes politiques incarnent l’évolution socio-politique du pays, que le Premier ministre Netanyahu a su rassembler, n’avaient aucun intérêt à se déchirer, ce qui aurait mis fin à la coalition la plus à droite de l’histoire du pays. Leurs quatre années au pouvoir ont été marquées par des guerres sur de multiples fronts. La guerre lancée à Gaza, au lendemain des attaques meurtrières du Hamas 7 octobre 2023, a fait plus de 73 000 morts palestiniens. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant sont visés par des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Quant à la Cour internationale de Justice (CIJ), elle devra juger du caractère génocidaire de cette guerre, déjà attesté par de nombreux experts, y compris israéliens. Dans une autre partie du territoire palestinien occupé, la Cisjordanie, les violences des colons contre des civils palestiniens sont quotidiennes et largement impunies. Et la construction de nouvelles colonies s’accélère sur fond d’évolution du discours politique : la coalition sortante rejette explicitement toute perspective d’État palestinien, ce qui laisse place à un projet d’annexion. Certes le geste n’a pas été officiellement décrété au cours des quatre ans écoulés, malgré l’intense lobbying des colons et de leurs représentants au gouvernement. Mais l’annexion de fait se matérialise progressivement sur le terrain. À lire aussiLégislatives en Israël: un scrutin polarisé autour de Benyamin Netanyahu et l’onde de choc du 7-Octobre Des répercussions bien au-delà d'Israël L’onde de choc du 7-Octobre et de la guerre à Gaza s'est étendue au-delà des Territoires palestiniens occupés, avec une guerre au Liban, où Israël occupe toujours une partie du territoire, occupation de territoires en Syrie également et deux guerres contre l’Iran : juin 2025 et février 2026. Benyamin Netanyahu a obtenu de Donald Trump ce qu’il demandait à Washington depuis des années : le soutien militaire des États-Unis pour frapper la République islamique. Mais sans parvenir à la faire chuter, sans résoudre les questions relatives au nucléaire iranien et en laissant au monde un chaos régional dont la facture grimpe chaque jour. Quelles conséquences diplomatiques ? Un isolement croissant d’Israël, des sanctions ciblées et un débat sur d’autres mesures qui gagne un peu plus de terrain chaque jour, même si les résistances sont solides. Longtemps Benyamin Netanyahu n’a eu que faire des critiques, tant que les États-Unis et particulièrement ceux de Donald Trump le soutenaient. Mais les deux hommes sont désormais en froid et le soutien des États-Unis et de leur population à Israël connait un mouvement de recul inédit. L’héritage de la coalition sortante est aussi fait de tensions dans la société israélienne : les religieux ultra-orthodoxes doivent-ils servir dans l’armée comme leurs compatriotes ou continuer d’en être exemptés pour étudier les textes sacrés ? La question est devenue explosive sur fond de guerres sans fin. Israël est-il en passe de devenir un État théocratique et illibéral ? C’est l'angoisse formulée notamment par les dizaines de milliers d’Israéliens qui ont quitté le pays ces dernières années. Une vague de départs qui a profondément heurté le pays qui se représente encore comme le lieu d’accomplissement d’un destin national pour les Juifs du monde entier. À lire aussi7-Octobre: après les révélations de «Haaretz», le parti de Benyamin Netanyahu accuse un Palestinien d'ingérence
Droites radicales en Europe et en Amérique latine : deux continents et une même poussée
2026/09/15
L’extrême droite est en recul en Suède, c'est le premier enseignement du scrutin de dimanche 13 septembre. En Europe et en Amérique latine, deux continents emblématiques de l'évolution des extrêmes droites, droites nationalistes et droites illibérales, quel est l'état des lieux ? L’extrême droite suédoise n’était pas au gouvernement, mais son soutien à la coalition au pouvoir lui avait permis de faire appliquer une partie de son programme. Aux élections de dimanche 13 septembre, le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède a enregistré le premier recul de son histoire. C'est une surprise électorale dans une Europe où l’on décrit généralement la poussée des droites radicales, nationalistes, illibérales ou populistes. L’Italie de Giorgia Meloni, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie sont dirigées par des partis ou des personnalités qui s’inscrivent dans ces courants. Chaque nouveau scrutin permet de mesurer la progression des extrêmes droites, comme le séisme des récentes élections régionales allemandes en Saxe-Anhalt où l’AfD est arrivée largement en tête du scrutin. Mais cette année, l’Europe a aussi vu la droite nationaliste et populiste perdre l’un de ses bastions, avec la défaite en Hongrie de Viktor Orban. À lire aussiMontée de l'extrême droite: «Les Européens sont confrontés à ce type de problème de façon cyclique» En Amérique latine, la progression des droites radicales L’autre continent où l’on scrute la progression des droites radicales, c’est l’Amérique latine : Abelardo de la Espriella, élu président de Colombie en juin dernier, quelques mois plus tôt, c’est au Chili que l’extrême droite de José Antonio Kast arrivait au pouvoir. Deux noms qui se sont ajoutés à la liste déjà longue des pays d’Amérique latine ayant porté à leur tête des dirigeants de droite radicale : le Salvador de Nayib Bukele, l’Équateur de Daniel Noboa, le Costa Rica de Laura Fernandez, sans oublier l’Argentine et son président de droite ultralibertarien Javier Milei. Ces dirigeants portent-ils les mêmes thèmes politiques que leurs homologues en Europe ? Il y a des thèmes communs mais les priorités diffèrent parfois. En Europe, priorité à la question migratoire vue comme une menace (même si les mouvements migratoires, notamment en provenance du Venezuela, ont aussi pu peser en Amérique du Sud) et à l’islam dénoncé comme un danger. Les droites radicales européennes mettent en avant un combat civilisationnel, identitaire. En Amérique latine, le discours est dominé par les politiques ultrasécuritaires, un agenda conservateur sur les questions familiales (souvent hostiles aux politiques féministes ou inclusives pour les personnes LGBTQIA+) et souvent une nostalgie des dictatures militaires. À lire aussiColombie: le nouveau président d'extrême droite Abelardo de la Espriella a été investi Des élections à scruter Les États-Unis de Donald Trump inspirent les droites nationalistes et illibérales sur les deux continents, mais c’est encore plus flagrant en Amérique latine qu’en Europe. Il existe par ailleurs un trait d’union entre les mouvances de droite radicale d’Europe et d’Amérique latine et, assez naturellement, c’est le parti d’extrême droite espagnol Vox qui en est la cheville ouvrière : il est le fondateur du Foro Madrid, le « Forum de Madrid », qui s’est réuni au début du mois au Chili et qui promeut ce qu’il appelle « l’Ibérosphère », un imaginaire civilisationnel hérité de la colonisation et un discours vigoureusement anti-communiste. Sur les deux continents, plusieurs échéances électorales sont à scruter dans les prochains mois. Le Brésil vote le mois prochain pour une élection présidentielle opposant le président de gauche Lula à Flavio Bolsonaro, fils de Jair Bolsonaro, qui a dirigé le Brésil de 2019 à 2022 et qui purge actuellement une peine de prison pour tentative de coup d’État. Côté Europe, l’échéance à suivre est dans quelques jours, avec de nouvelles élections locales en Allemagne. L’AfD poursuivra-t-elle sa progression dans les urnes ? Et puis l’année prochaine, deux scrutins seront clés pour mesurer la progression de l’extrême droite : en Espagne et en France. À lire aussiPrésidentielle au Brésil: «La thématique sécuritaire», importante pour Lula comme pour Flavio Bolsonaro
Bab el-Mandeb: l’Iran toujours soutenu par son «axe de la résistance»
2026/09/14
Les rebelles houthis du Yémen, proches de l’Iran, ont désormais la main sur le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge. C’est un nouveau coup dur pour le commerce mondial après le blocage du détroit d’Ormuz, c’est une nouvelle épreuve pour l’Arabie saoudite, qui est ciblée par des attaques des Houthis, et c’est aussi l’illustration de la résilience du réseau d’alliances formé par la République islamique d’Iran. Les coups d’éclat militaires des Houthis du Yémen montrent que ce qu’on appelle « l’axe de la résistance » des alliés de Téhéran dans la région est toujours actif. Certes, le groupe rebelle a tiré des missiles et a commencé à perturber le trafic en mer Rouge dès octobre 2023, lorsque les alliés de l’Iran sont entrés dans le vaste conflit régional déclenché après les attaques du Hamas sur Israël, mais sans apparaître comme les acteurs de premier plan. De même, les Houthis n’ont pas été actifs immédiatement cette année en soutien à l’Iran, lorsque le pays a été attaqué par les États-Unis et Israël. Mais cette fois-ci, les voici en première ligne, avec le réveil d’un conflit qui semblait gelé au Yémen. À lire aussiLes détroits dans le monde: Bab el-Mandeb, sous la menace des Houthis Une guerre à dimension locale et une guerre régionale C’est une guerre à plusieurs étages, avec une dimension locale, celle du lancinant conflit interne au Yémen qui oppose les forces gouvernementales aux rebelles houthis, qui contrôlent de vastes territoires dont Sanaa, la capitale. Une guerre civile régionalisée puisque la puissante Arabie saoudite, voisine du Yémen, soutient les forces gouvernementales yéménites contre les rebelles houthis. La guerre menée par le royaume saoudien contre les Houthis de 2015 à 2022 s’est soldée par un désastre humanitaire sans solution militaire. Et ce conflit ne cesse de s’internationaliser puisqu’après avoir été attaqué par les États-Unis et Israël, la riposte de Téhéran se poursuit dans le détroit d’Ormuz et désormais dans le détroit de Bab el-Mandeb où ce sont les Houthis qui agissent. Des groupes paramilitaires composent l'« axe de la résistance » Ces derniers ne sont pas le seul groupe armé régional proche de l’Iran à agir en ce moment. Les milices irakiennes proches de Téhéran ont visé ces derniers jours l’oléoduc saoudien que le royaume utilisait pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz. Résultat : l’Arabie saoudite et sa rente pétrolière prises en tenaille par des groupes paramilitaires (Houthis et milices chiites irakiennes) que l’on peut classer dans cet « axe de la résistance » qui a pourtant subi de lourds dégâts ces dernières années. En effet, la puissance militaire du Hezbollah libanais et celle du Hamas palestinien à Gaza n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient en octobre 2023. Cela ne veut pas dire que ces organisations sont éliminées, mais les attaques israéliennes assorties d’occupations de territoires les ont affaiblies. Et puis le régime de Bachar el-Assad en Syrie a chuté en 2024, privant l’Iran d’un état allié et aussi d’une base territoriale pour son réseau d’alliances. À lire aussiMoyen-Orient: l’Arabie saoudite ferme l’oléoduc Est-Ouest après une attaque de drones «en provenance d’Irak» L’Iran soutient un réseau de milices chiites irakiennes Comment l’Iran a-t-il pu surmonter ces revers ? L’exemple de l’Irak en donne un aperçu. Dans ce pays voisin avec lequel il entretient des relations étroites, l’Iran soutient un réseau de milices chiites irakiennes. Bagdad veut intégrer ces factions dans le giron du pouvoir, mais certaines de ces milices traînent des pieds. Et l’Iran continue d’investir dans ces groupes autonomes qui agissent en fonction de ses intérêts.   Pas étonnant donc que les frappes venues d’Irak contre l’oléoduc saoudien la semaine dernière aient provoqué la colère du gouvernement irakien. Longtemps l’Iran a utilisé ses alliés régionaux pour ne pas avoir à se battre directement. Situation qui a radicalement changé ces dernières années puisque les missiles et drones iraniens ont maintes fois traversé le ciel du Moyen-Orient, s’abattant en territoire israélien ou sur des cibles stratégiques situées chez ses voisins, les monarchies du Golfe… Les deux guerres contre l’Iran en 2025 et 2026 ont montré que le réseau d’alliance de l’Iran ne suffisait plus à dissuader d’une attaque contre son territoire. Mais les groupes armés proches de la République islamique continuent à mener une efficace guerre asymétrique dont les conséquences sont planétaires. L’Arabie saoudite est dans la tourmente Visée par des groupes soutenus par l’Iran, l’Arabie saoudite est dans la tourmente. D’où ces questions lancinantes : quelle sera la réaction du royaume saoudien (au-delà des frappes qu’il effectue déjà sur les rebelles houthis du Yémen) ? Et le tout nouveau pacte de sécurité conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie est-il assez mûr pour enclencher une riposte militaire ? Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas suffi à dissuader les auteurs des attaques de ces dernières semaines contre des cibles saoudiennes. À lire aussiMoyen-Orient: les rebelles houthis du Yémen disent avoir attaqué une base militaire en Arabie saoudite
11-Septembre: 25 ans après, les chiffres vertigineux d’un monde entré en guerre
2026/09/11
Vingt-cinq ans après les attentats du 11-Septembre, les chiffres racontent à eux seuls une partie de l'histoire : près de 3000 morts aux États-Unis ce jour-là, puis des millions de personnes tuées dans les guerres qui l'ont suivi. Les dépenses militaires engagées par Washington sont stratosphériques. Retour en chiffres sur le basculement du 11 septembre 2001 et ses conséquences dans le monde. 2 977 morts C'est le nombre de personnes tuées lors des attentats du 11-Septembre, à New York, au Pentagone et à bord du vol 93 qui s'est écrasé en Pennsylvanie. À New York, 2 753 personnes sont mortes. Au Pentagone, 184. Les 40 passagers et membres d'équipage du vol 93 ont été tués lorsque l'appareil s'est écrasé dans un champ de Pennsylvanie. Les 19 terroristes qui ont détourné les quatre avions ne sont pas comptabilisés dans ce bilan. 19 pirates de l'air Les quatre avions ont été détournés par 19 membres d'al-Qaïda. Parmi eux, 15 étaient saoudiens, deux émiriens, un égyptien et un libanais. 7 octobre 2001: l'intervention en Afghanistan Moins d'un mois après les attentats, les États-Unis lancent leur intervention militaire en Afghanistan. Washington accuse les talibans, au pouvoir à Kaboul, d'abriter Oussama Ben Laden et al-Qaïda. Le 7 octobre 2001, les premières frappes américaines et britanniques commencent. Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas adopté de résolution autorisant explicitement cette intervention. Washington invoque le droit de légitime défense, prévu par l'article 51 de la Charte des Nations unies. Printemps 2003 : l'invasion de l'Irak Un an et demi plus tard, le 20 mars 2003, les États-Unis envahissent l'Irak. George W. Bush accuse alors le régime de Saddam Hussein de détenir de prétendues « armes de destruction massive ». Ces armes ne seront jamais découvertes. Là encore, aucune résolution du Conseil de sécurité de l'ONU n'autorise explicitement le recours à la force contre l'Irak. Du contre-terrorisme aux guerres post-11-Septembre Après l'Afghanistan et l'Irak, les opérations militaires américaines et alliées s'étendent à d'autres théâtres, notamment au Pakistan, à la Syrie, au Yémen, à la Somalie, à la Libye et aux Philippines. Pour l'université américaine Brown, les « guerres post-11-Septembre » désignent les opérations militaires américaines et les autres programmes gouvernementaux menés dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme » lancée après 2001. À lire aussi11-Septembre: quand la «guerre contre le terrorisme» a révélé les limites de l’hyperpuissance américaine Plus de 940 000 morts directement liés aux guerres Selon le « Costs of War Project » de l'université Brown, plus de 940 000 personnes sont mortes directement des violences de guerre dans les conflits post-11-Septembre. Ce bilan comprend des civils, mais aussi des combattants des différents camps, des membres des forces de sécurité alliées, des contractuels, des journalistes et des travailleurs humanitaires. Brown estime à plus de 432 000 le nombre de civils parmi ces morts directs. Jusqu'à 4,7 millions de morts en incluant les conséquences indirectes Les morts directement causés par les combats ne constituent qu'une partie du bilan. Les guerres entraînent également des morts liés à la destruction des systèmes de santé, des infrastructures, des économies, ainsi qu'à la faim et aux maladies. Brown estime à 3,6 millions ou 3,8 millions le nombre de morts indirects dans les zones de guerre post-11-Septembre. En additionnant morts directs et indirects, l'université estime le bilan total s'élève à 4,5 millions ou 4,7 millions de morts, un chiffre qui continue par ailleurs à augmenter. Brown précise toutefois que le nombre exact de victimes reste impossible à établir. 38 millions de personnes déplacées Autre conséquence : les déplacements de populations. Plus de 38 millions de personnes ont été déplacées par les guerres post-11-Septembre en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie. Il s'agit à la fois de personnes réfugiées ayant fui leur pays et de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Plus de 8 000 milliards de dollars Le coût financier est lui aussi vertigineux. Selon Brown, le gouvernement fédéral américain avait, jusqu'en 2021, dépensé ou était engagé à dépenser plus de 8 000 milliards de dollars pour les guerres post-11-Septembre. Cette estimation comprend notamment les dépenses militaires, les dépenses liées aux anciens combattants et au coût de la dette.  Et la justice ? Vingt-cinq ans après les attentats, une autre question se pose : qui a été condamné pour le 11-Septembre et qui a été poursuivi pour les crimes commis pendant les guerres qui ont suivi ? Aux États-Unis, le Français Zacarias Moussaoui est à ce jour le seul individu condamné par une juridiction américaine en lien avec les attentats du 11-Septembre. Il avait plaidé coupable en 2005 et a été condamné en 2006 à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Pour les crimes commis pendant les guerres qui ont suivi, la situation est beaucoup plus complexe. La Cour pénale internationale a notamment enquêté sur la situation en Afghanistan. Ses investigations portent sur des crimes présumés commis par différents acteurs, notamment les talibans, les forces afghanes et, dans certains cas, des membres des forces américaines et de la CIA. La CPI a également examiné la situation en Irak et au Royaume-Uni, notamment les allégations de crimes commis par des militaires britanniques. Cet examen préliminaire a été clos en 2020. Mais ni l’ancien président américain George W. Bush, ni le Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, n'ont été inquiétés. Zéro mandat d'arrêt contre Bush ou Blair C'est le dernier chiffre de cette chronologie : zéro. Zéro mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre George W. Bush ou Tony Blair pour les crimes présumés liés aux guerres post-11-Septembre. Une absence qui pose, 25 ans après, une question toujours ouverte : la justice pénale internationale est-elle capable de poursuivre les dirigeants des grandes puissances occidentales lorsqu'ils sont soupçonnés d'avoir engagé ou conduit des guerres au cours desquelles des crimes ont été commis ? À lire aussiAttentats du 11 septembre 2001: «Le problème de cette photo, c’est qu’on a envie de dire qu’elle est belle»
Colonies israéliennes: que dit le droit international?
2026/09/10
La France, le Royaume-Uni, le Canada et plusieurs autres pays ont annoncé cette semaine des restrictions commerciales visant les produits issus des colonies israéliennes. Dans une déclaration commune, ils sont douze au total à explicitement qualifier ces colonies d’illégales. Retour aux fondamentaux du droit international. Qu’est-ce qu’une colonie juridiquement ? Pourquoi est-elle considérée comme illégale ? Quels territoires sont concernés ? Combien de colons y vivent ? Et surtout, que dit exactement la Cour internationale de Justice (CIJ) dans son avis rendu en juillet 2024 ? Qu’est-ce qu’une colonie ? Dans le contexte israélo-palestinien, une colonie est une implantation de population civile de la puissance occupante - Israël en l’occurrence - dans un territoire qu’elle occupe, la Palestine. Depuis 1967, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza sont considérées en droit international comme des territoires occupés par Israël. La question des colonies renvoie donc à deux notions fondamentales du droit international : l’occupation militaire et le transfert de population de la puissance occupante dans le territoire occupé. Pourquoi les colonies sont-elles illégales ? Il existe un texte central : l’article 49, paragraphe 6, de la IVe Convention de Genève de 1949. Il interdit formellement à une puissance occupante de « procéder au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ». C’est sur cette base, entre autres, que la CIJ a confirmé l’illégalité des colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé. Dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, celle-ci considère que les colonies israéliennes, ainsi que le régime qui leur est associé, ont été établies et sont maintenues en violation du droit international. Mais la portée de cet avis va beaucoup plus loin que la seule question des colonies. À lire aussiSanctions contre les colonies israéliennes : au-delà des annonces, un impact incertain pour ces mesures Plus de 700 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est En 2025, les dernières données citées par l’ONU font état de 737 332 colons israéliens : 503 732 en Cisjordanie et 233 600 à Jérusalem-Est.  Jérusalem-Est constitue un cas particulier. Après sa conquête en 1967, Israël l’annexe le 30 juillet 1980 grâce à une loi votée par la Knesset, le Parlement israélien. Trois semaines plus tard, le 20 août 1980, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 478, qui considère cette loi comme une violation du droit international. Et pour la CIJ, Jérusalem-Est fait partie intégrante du territoire palestinien occupé. Dans certains quartiers de Jérusalem-Est, notamment dans et autour de la Vieille ville, des colonies juives israéliennes se trouvent ainsi au cœur de quartiers palestiniens. Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza : un seul territoire en droit international Lorsqu’on parle « des territoires palestiniens », on pense généralement à la Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza. Mais juridiquement, il ne s’agit pas de trois territoires palestiniens distincts. La CIJ considère le territoire palestinien occupé comme une « unité territoriale unique » dont l’unité, la contiguïté et l’intégrité doivent être préservées. Cette précision est importante pour comprendre la situation de Gaza. Gaza : plus de colonies depuis 2005, mais une question d’occupation qui demeure Israël a démantelé ses colonies de Gaza en 2005 et évacué ses colons. Au total, 21 colonies israéliennes ont alors été évacuées de l'enclave. Israël considère que ce désengagement a mis fin à son occupation de la zone. Mais cette analyse n’est pas celle retenue par les instances internationales. La CIJ considère que le retrait de 2005 n’a pas mis fin à toutes les obligations d’Israël découlant du droit de l’occupation. Elle relève notamment qu’Israël continue d’exercer certains éléments essentiels de contrôle sur Gaza et les Gazaouis, notamment en matière de frontières, de mouvements de personnes et de marchandises, ainsi que sur certains aspects de l’espace aérien et maritime. La Cour considère donc que les obligations d’Israël au titre du droit de l’occupation subsistent dans la mesure correspondant à son « degré de contrôle effectif ». Il n’y a donc plus de colonies israéliennes à Gaza depuis 2005, mais Gaza reste incluse dans le territoire palestinien occupé comme le souligne l’avis de la CIJ. ReportageSanctions de 12 pays contre Israël: les colons de Cisjordanie dénoncent une «grave» décision Ce que dit exactement la CIJ en juillet 2024 C’est le point central. Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice a rendu son avis consultatif sur « les conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d'Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». La Cour ne se contente pas de rappeler que les colonies sont illégales : Elle estime que la présence continue d’Israël dans le territoire palestinien occupé est illicite et qu’Israël doit y mettre fin « dans les plus brefs délais » (conclusion adoptée par onze juges contre quatre). Par quatorze voix contre une, elle estime qu’Israël doit « cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation et évacuer tous les colons » du territoire palestinien occupé. La CIJ considère également que les politiques et pratiques israéliennes (notamment les colonies, les infrastructures associées, l’exploitation des ressources naturelles et l’application du droit israélien) ont pour effet d’asseoir durablement le contrôle israélien et constituent une « annexion de larges parties du territoire palestinien occupé ». La Cour rappelle à ce titre que la recherche de souveraineté sur un territoire occupé est contraire au « principe de non-acquisition d’un territoire par la force ». Quelles conséquences pour les autres États ? L’avis de la CIJ ne concerne pas seulement Israël. La Cour considère que les autres États ont l’obligation : De ne pas reconnaître comme légale la situation créée par la présence israélienne illicite; De ne pas apporter d’aide ou d’assistance au maintien de cette situation; De « faire une distinction, dans leurs relations avec Israël, entre le territoire israélien proprement dit et les territoires palestiniens occupés ». Cette dernière obligation éclaire directement les mesures annoncées cette semaine. Plus de deux ans après le prononcé de l’avis consultatif de la CIJ, la France, le Royaume-Uni, le Canada et neuf autres pays ont annoncé leur intention d’introduire ou de soutenir des restrictions commerciales visant les biens provenant des colonies. Il ne s’agit pas d’un embargo général sur les produits israéliens, la distinction porte précisément sur les produits provenant des colonies. Et maintenant ? Avec plus de 700 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, l’extension des colonies transforme progressivement la réalité du territoire. La CIJ estime elle-même que les politiques israéliennes ont imposé un contrôle durable sur de larges parties du territoire palestinien occupé. C’est ce qui explique le lien établi aujourd’hui par plusieurs États entre colonisation et solution à deux États : dans leur déclaration du 8 septembre 2026, les douze pays signataires estiment que l’expansion des colonies en Cisjordanie compromet la possibilité même d’une telle solution. La question est de savoir jusqu’où peut aller une politique de colonisation avant de rendre irréversible la transformation du territoire qu’elle occupe.

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