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La fabrique du monde

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Categories
This podcast has
24 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2025/11/06
Latest episode
2026/10/26
Average duration
4 min.
Release period
2 days

Description

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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Les conflits en mer augmentent et inquiètent l'Union européenne
2026/10/26
Vendredi 23 octobre, la présidente de la Commission européenne s’est dite « profondément alarmée par une nouvelle escalade russe en mer Noire ». Une inquiétude de la cheffe de l’exécutif européen exprimée après une attaque au drone subie par un cargo au large de la Roumanie. En différents points du monde, les conflits en mer se multiplient. Les attaques de cargos en mer Noire ne sont pas un phénomène totalement nouveau. Depuis le début de la guerre à grande échelle en Ukraine en 2022, elles se sont multipliées. Mais elles ont pris plus d’ampleur depuis le début du mois d’octobre. L’agence Reuters a recensé au moins sept cargos touchés depuis le début du mois au large de la Roumanie mais aussi de la Bulgarie. Et le bilan humain de ces attaques est lourd : une trentaine de marins ont été tués ou sont portés disparus. Renforts de l’Otan Vendredi, la Roumanie a ouvertement accusé la Russie d’être à l’origine de cette frappe de drone. La Bulgarie, elle, s’est gardée d’accusation directe, mais l’ambassadrice de Russie dans le pays a tout de même été convoquée par les autorités bulgares. Ces attaques sont devenues un sujet d’inquiétude pour les gouvernements européens. Samedi, Jean-Noël Barrot a effectué la première visite d’un chef de la diplomatie française en vingt ans en Bulgarie ; il ne s’est pas rendu à Sofia, la capitale, mais à Varna, sur les bords de la mer Noire, présentant sa visite comme une marque « de soutien et de solidarité ». L’Otan, de son côté, avait annoncé mardi l’envoi de renforts dans la zone. L’Alliance militaire de l’Atlantique Nord veut notamment « soutenir les activités de surveillance, de reconnaissance et d'enquête ». À lire aussiL'Ukraine face au fléau des drones russes Geran-5 Différend en Méditerranée orientale Mais la mer Noire est loin d’être la seule mer gagnée par les conflits. Les cas du Golfe arabo-persique et de la mer Rouge avec les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb occupent le devant de l’actualité. Les entraves ou les risques qui y pèsent sur le trafic maritime ont entraîné une hausse des prix de l’essence. Mais les exemples se multiplient : en Asie, l’Institut naval des États-Unis constatait au début du mois une augmentation des incidents entre les forces philippines et chinoises. Les deux pays ont un différend sur leurs eaux territoriales en mer de Chine du Sud. En Méditerranée orientale, les tensions pourraient monter également en Méditerranée orientale. La Turquie conteste les droits de la Grèce et de Chypre dans certaines zones. Les deux pays ont prévu d’y installer un réseau électrique sous-marin devant les relier à Israël. Mais Ankara revendique une souveraineté. Cette position est aussi défendue par la Libye où, après sept ans de blocage, le parlement a ratifié la semaine dernière un accord délimitant une frontière maritime entre les deux pays. Le texte est rejeté par l’Égypte et l’Union européenne. Rapport de force Au cours des dernières décennies, les mers sont devenues de plus en plus stratégiques. L’activité commerciale, une fonction qui existe depuis l’Antiquité, s’est renforcée avec le développement du commerce international : il se fait très largement par voie maritime. Mais à celle-ci se sont aussi ajoutées d’autres fonctions. Les mers sont aussi pleines de ressources : en poissons mais également en hydrocarbures, en terres rares… Là aussi, leur exploitation s’est développée. Et puis elles se sont remplies de câbles : qu’ils soient numériques ou électriques, ils sont stratégiques. Ce sont là autant de vulnérabilités qui sont exploitées par des compétiteurs, des pays rivaux. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde a tenté de se doter de conventions afin de régler pacifiquement des conflits. Et il existe bien un droit de la mer. Mais dans un monde où le rapport de force prend une place de plus en plus importante dans les relations internationales, le cadre multilatéral est de plus en plus ignoré : sur terre comme sur mer. Et depuis une dizaine d’années, sur l’ensemble des continents, il existe un mouvement de réarmement naval. À lire aussiBataille navale en mer d'Azov: les drones ukrainiens prennent le dessus sur la Russie
Réseaux sociaux et démocratie: le Brésil comme cas d’école
2026/10/23
Luis Inacio Lula da Silva face à Flavio Bolsonaro : le dernier débat de la campagne présidentielle brésilienne a lieu vendredi 23 octobre au soir. À deux jours du second tour, les deux candidats restent au coude à coude dans les sondages. Traditionnellement, ces rendez-vous télévisés étaient des moments importants de la campagne. Mais aujourd’hui, les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante. Et le Brésil est un cas d’école. En 1901 déjà, l’éditorialiste états-unien Arthur Brisbane écrivait : « Utilisez une image, elle vaut mille mots. » Cette affirmation n’en est devenue que plus vraie depuis l’émergence des réseaux sociaux. Dans cet entre-deux-tours au Brésil, une image a ainsi suscité beaucoup de réactions. Celle d’un partisan de Lula perché sur le toit d’une sortie du métro sur la grande avenue de São Paulo, l’avenue Paulista lors d’un rassemblement des partisans du président sortant candidat à sa réélection. Visage masqué mais torse athlétique dénudé, drapeau de Lula à la main. Les réseaux sociaux l’ont baptisé le « gostoso da Paulista » (le « beau gosse de l’avenue Paulista »). Par lui, la gauche devenait énergique, désirable. Le « gostoso da Paulista » n’est pas qu’anecdotique. Car c’est bien sur les réseaux sociaux que le camp Lula a concentré ses efforts. Avant le premier tour, il n’avait pas investi ce champ, laissant ainsi de la place à son adversaire. Arrivé en deuxième position le 4 octobre et sans report de voix possible, Lula a changé de stratégie. Avec succès : ses posts ont suscité près de quatre fois plus de réactions que ceux de son adversaire. Sa chaîne WhatsApp, au nom éloquent d’« armée de Lula », a trois fois plus d’abonnés que celle de Flavio Bolsonaro, baptisée elle « régiment de Flavio ». À lire aussiPrésidentielle au Brésil: Lula et Flavio Bolsonaro jettent leurs dernières forces dans la bataille du second tour Force mobilisatrice Le vocabulaire militaire souligne un peu plus que c’est bien là que se joue la bataille électorale. Le Brésil est l’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux et les plateformes y sont devenues une source majeure d’information. Devancé par son rival début octobre, Lula remonte désormais dans les sondages. La nouvelle stratégie numérique redonne de l’espoir à son camp. La force mobilisatrice des réseaux sociaux est documentée. Lors du printemps arabe en 2011 déjà, Facebook et Twitter ont servi la mobilisation. Ils ont permis l’expression de griefs dans des pays où les médias traditionnels étaient très contrôlés et facilité l’organisation des manifestations. Les plateformes, parfois différentes, ont encore accompagné les grandes mobilisations de ces dernières années. En septembre 2025 au Népal, les manifestants avaient même organisé sur la plateforme Discord une consultation pour déterminer qui devait prendre la tête d’un gouvernement de transition. Déstabilisation Mais leur force déstabilisatrice est connue également. Les réseaux sociaux véhiculent aussi de fausses informations. Certaines sont amplifiées par des États étrangers, pour peser sur les résultats d’un scrutin. En décembre 2025, la Cour constitutionnelle de Roumanie avait ainsi invalidé le premier tour de la présidentielle, estimant notamment que TikTok avait été instrumentalisé en faveur du candidat pro-russe. C’était la première fois que le rôle d’une plateforme conduisait à l’annulation d’un scrutin. Il y a la question de l’impartialité des plateformes ; elle est posée dans la campagne qui s’achève au Brésil. Lula accuse Meta d’avoir favorisé son adversaire. Une douzaine d’organisations ont aussi relevé des indices d’un possible traitement favorable au candidat d’extrême droite. Le groupe états-unien rejette les accusations, reconnaissant uniquement des « dysfonctionnements » techniques. Le différend sera tranché par le tribunal suprême électoral. La liberté d’expression en question Une démocratie peut-elle s’assurer de ne pas être déstabilisée par les nouveaux outils technologiques ? Là encore, l’exemple du Brésil est instructif. En 2014, il a été l’un des pionniers à adopter une législation garantissant les droits des internautes. L’un de ses objectifs était alors de garantir la liberté d’expression et la protection des usagers. Mais en janvier 2023, une tentative de coup d’État a posé la question en d’autres termes : quelle a été la part de la désinformation et des discours de haine dans ce mouvement ? Ce sont ces motifs qui sont invoqués l’année suivante par un juge de la Cour suprême pour ordonner à X de bloquer des comptes. Elon Musk, propriétaire d’X, a dénoncé une censure. Le bras de fer a conduit à l’interdiction au Brésil pendant plus d’un mois de la plateforme détenue par l’homme d’affaires d’extrême droite. X a finalement dû se conformer à la législation brésilienne. Deux visions de la liberté d’expression s’opposent aujourd’hui. L’une, aujourd’hui portée par des personnalités comme Elon Musk ou Donald Trump, défend une liberté individuelle qui ne doit pas avoir de limite : Flavio Bolsonaro, défendant un « Internet libre » et promettant de révoquer les décrets pris par le président sortant, fait partie de ce camp. Et ceux qui ont une vision d’une liberté qui s’arrête là où commence celle de l’autre ; c’est la position défendue par Lula qui veut au contraire « avancer encore » dans la régulation. Les réseaux sociaux interrogent l’un des droits les plus fondamentaux d’une démocratie. Et pour les Brésiliens, l’un des enjeux de ce scrutin de ce dimanche sera de choisir entre ces deux définitions.
Guerre en Ukraine: vers un «nouveau Yalta» entre Moscou, Pékin et Washington?
2026/10/22
La Russie se dit prête à la reprise des négociations trilatérales avec les États-Unis et l’Ukraine après les élections de mi-mandat aux États-Unis. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion, ce mercredi, entre le président russe et l’émissaire états-unien Steve Witkoff. Autre sujet abordé par les deux hommes : une rencontre trilatérale entre les présidents russe Vladimir Poutine, états-unien Donald Trump et chinois Xi Jinping. Le Kremlin dit avancer dans les préparatifs de cette réunion dont peu d’annonces sont à attendre mais qui aurait une portée symbolique importante. Il s’agit d’une initiative de Vladimir Poutine. Selon le Wall Street Journal, le président russe aurait proposé cette rencontre à son homologue états-unien le 9 octobre, lors d’un échange téléphonique. Les trois dirigeants doivent participer au sommet de l’APEC, l’organisation de coopération économique pour l’Asie-Pacifique. Il se tiendra les 18 et 19 novembre en Chine. L’idée est donc d’organiser, en marge de cet événement, une rencontre trilatérale. Donald Trump assure que l’Ukraine ne sera pas évoquée dans ces discussions. Le président états-unien assure qu’il sera question de désarmement nucléaire. Mais le Kremlin, de son côté, a clairement signifié que le but de cette rencontre trilatérale était d’évoquer la guerre qu’il a lancée contre son voisin. À lire aussiGuerre en Ukraine: les émissaires états-uniens Kushner et Witkoff en mission à Moscou et Kiev Zones d’influence C’est un sujet d’inquiétude pour l’Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky a demandé à être invité aux discussions, et pour les Européens, qui ne sont pas conviés non plus. En août 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine s’étaient déjà rencontrés à Anchorage, en Alaska, pour évoquer la guerre en Ukraine sans autre interlocuteur autour de la table. Et cette possible rencontre trilatérale, comme le sommet Trump-Poutine de 2025, fait l’objet d’un parallèle historique. En 1945, alors que la défaite de l’Allemagne nazie semblait inévitable, le président états-unien Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant de l’URSS Joseph Staline se sont retrouvés pour évoquer l’avenir de l’Europe. C’est la conférence de Yalta, du nom d’une station balnéaire sur les bords de la mer Noire, en Crimée aujourd’hui occupée par la Russie. Les dirigeants des trois grandes puissances alliées ont alors divisé l’Europe en zones d’influence : l’Est, libéré par l’armée rouge, pour les Soviétiques et l’Ouest pour les Occidentaux. Mais les pays concernés n’ont pas été consultés. Avec cette rencontre trilatérale annoncée le mois prochain, la crainte est que, comme à Yalta, les trois dirigeants se mettent d’accord sur des zones d’influence de chaque pays. Le continent américain, jusqu’au Groenland, reviendrait aux États-Unis. Son « étranger proche » à la Russie – c’est-à-dire les pays anciennement dans la sphère soviétique, ce qui inclurait l’Ukraine, mais aussi les pays baltes, aujourd’hui membres de l’Union européenne et de l’Otan, l’alliance atlantique. Et pour la Chine, l’Asie du Sud-Est et Taïwan. Récit de puissance La photo de cette rencontre trilatérale en Chine aurait des ressemblances avec celle de Roosevelt, Churchill et Staline à Yalta. Trois dirigeants de grandes puissances tentant de mettre fin à un conflit. Mais le parallèle avec Yalta a ses limites. En 1945, ce sont trois pays alliés qui partageaient un même objectif, défaire l’Allemagne nazie, qui se sont réunis sur les bords de la mer Noire. Malgré le rapprochement entre les deux capitales, les États-Unis et la Russie ne sont pas alliés. Et Washington et Pékin sont des rivaux dans le Pacifique. La méfiance est forte : cette rencontre, si elle doit avoir lieu, n’aurait pas les mêmes effets que Yalta. Cette réunion servirait principalement à nourrir le récit de puissance de ces trois dirigeants, en signifiant au reste du monde qu’ils peuvent discuter de leur avenir sans l’impliquer. En cela, elle serait un coup porté à l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour tenter de régler les conflits. Cet ordre international est aujourd’hui, certes, contesté par d’autres. Les pays du Sud lui reprochent de ne pas prendre en compte les réalités du monde contemporain. Mais ils ne veulent pas son abrogation, plutôt son adaptation. Que le système international intègre d’autres voix. Or, le message de cette rencontre serait l’inverse : celui que l’avenir du reste du monde peut se décider à trois. À lire aussiUkraine: les Européens hantés par les «fantômes de Munich» et Donald Trump par Yalta
Contestation en Albanie: dans les Balkans, l’UE face à ses contradictions
2026/10/21
Une nouvelle journée de mobilisation, mardi 21 octobre, en Albanie pour dénoncer la corruption du gouvernement et réclamer le départ du Premier ministre, Edi Rama. Un mouvement de protestation qui met l’Union européenne dans l’embarras. Il interroge, comme la Serbie avant l’Albanie, sa stratégie d’élargissement dans les Balkans. L’élargissement de l’Union européenne dans les Balkans est une priorité de Bruxelles. « Une priorité » et « un investissement géopolitique crucial » selon les mots même d'Antonio Costa, le président du Conseil européen, lors d'une tournée dans les Balkans en juin dernier. Une priorité car pour Bruxelles, il y a une volonté d’ancrer les Balkans à l’Ouest et de contrer l’influence de la Russie dans cette région qui, durant la guerre froide, faisait partie du bloc de l’Est. Cinq pays de la région ont aujourd’hui le statut de candidat officiel et un, le Kosovo, de candidat potentiel. Deux, le Monténégro et l’Albanie, font figure de candidats les plus avancés dans la région. Ce pourrait être dès l’année prochaine pour le Monténégro. Et il y a trois semaines, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen estimait que pour l’Albanie aussi « l’objectif est en vue ». Même si elle reconnaissait qu’il « reste du travail à accomplir ». Corruption Mais ces manifestations soulignent que cet objectif n’est peut-être pas si proche que ça. Les manifestants dénoncent la corruption au sein du gouvernement. Une corruption qui est documentée. L’Albanie était 91e l’an dernier dans le classement de l’organisation Transparency International, sur 182 pays. L’Albanie a même chuté de onze places par rapport à 2024. Le pays a fait des efforts dans la lutte contre la corruption avec notamment la mise en place d’une structure spéciale pour enquêter et juger les faits de corruption et liés au crime organisé en décembre 2019. Elle a eu des résultats : d’anciens hauts dirigeants placés en détention. Mais lorsqu’en octobre dernier, elle a inculpé la vice-Première ministre, Belinda Balluku, une proche du chef du gouvernement, celui-ci l’a protégée. Et le parlement a refusé de lever son immunité parlementaire. Ces manifestations posent aussi la question de l’état de droit. Si Edi Rama dénonce les violences des manifestants qui ont incendié des bâtiments publics, les organisateurs de ce mouvement, eux, des violences policières à l’encontre des manifestants et des journalistes. À lire aussiAlbanie: d'une ampleur inédite, la protestation anti-pouvoir monte d'un cran Tiédeur européenne Mais l’Union européenne a une réponse très discrète sur ces mouvements. La délégation de l’UE en Albanie s’est contentée d’appeler les autorités à adopter une réponse proportionnée. Et de rappeler que « la liberté de réunion et la liberté d'expression sont des droits fondamentaux et des valeurs européennes essentielles ». Et en Serbie aussi, des manifestants ont pris la rue pour dénoncer la corruption. Leur mouvement a commencé en novembre 2024 ; il a gagné de l’ampleur. Lui aussi a été marqué par des actes de violence ; manifestants et forces de l’ordre s’en rejetaient la responsabilité. Là aussi, l’Union européenne avait souligné son attachement au droit de manifester et avait appelé à une réponse proportionnée de la part des forces de l’ordre, se gardant toutefois de dénoncer frontalement leur gestion de ces manifestations. Valeurs de l’UE Le mouvement a conduit à des élections législatives anticipées. Elles auront lieu ce dimanche. Un parti issu de la contestation se présente. Mais des craintes pèsent sur l'intégrité du scrutin. Bruxelles veut éviter que les dirigeants de ces pays aillent trouver à Moscou un soutien qu’ils n’auraient pas au sein de l’Union européenne. Cela explique la tiédeur de ses réactions face à ses mouvements. Mais la Serbie et l’Albanie posent une question : pour contrer l’influence russe en Europe, l’UE n’est-elle pas en train de renoncer aux valeurs sur lesquelles elle s’est bâtie ? À lire aussiÉlargissement de l’Union européenne: pourquoi Bruxelles ralentit et accélère à la fois
Dans le Golfe, l’instabilité comme seule perspective
2026/10/20
Les États-Unis et Israël vont-ils relancer leur guerre contre l’Iran ? À deux reprises en moins de 24 heures, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a évoqué cette perspective. Donald Trump a aussi laissé planer la menace. Qu’elle que soit la forme qu’elle prendra, la confrontation avec l’Iran prolonge l’instabilité autour du Golfe arabo-persique. Dimanche soir d’abord puis lundi matin, Benyamin Netanyahu a tenu des propos menaçants vis-à-vis de l’Iran. Remerciant Donald Trump pour le soutien qu’il venait de lui accorder, le Premier ministre israélien a d’abord assuré qu’ensemble, ils allaient « finir le travail ». Puis le lendemain, lors d’une visite d’une base aérienne, il a assuré qu’Israël a « la capacité de frapper ses ennemis à tout moment ». Benyamin Netanyahu n’a pas cité l’Iran nommément. Mais la République islamique est, aux yeux des responsables israéliens, leur principal ennemi. Et il n’est pas le premier à évoquer une reprise des bombardements en Iran. Donald Trump l’a fait avant lui. Le président états-unien a d’abord assuré que cela ne serait pas avant les élections de mi-mandat, donc le 3 novembre. Puis il a déclaré qu’il prendrait sa décision « très bientôt ». Avant, en fin de semaine dernière, d’évoquer une campagne simultanée de frappes sur les centrales électriques et les ponts iraniens. Contexte électoral En Israël comme aux États-Unis, des élections cruciales pour l’avenir des deux dirigeants doivent se tenir dans les prochains jours. Mardi prochain, les Israéliens sont appelés à renouveler leur parlement, et indirectement choisir un nouveau Premier ministre. Les sondages pronostiquent des résultats serrés entre Benyamin Netanyahu et son principal rival, Gadi Eisenkot. Quant à Donald Trump, il pourrait perdre sa majorité dans les deux chambres du Congrès une semaine plus tard. Ces déclarations sont à lire dans ce contexte électoral. Benyamin Netanyahu mène toutes ses campagnes en se présentant comme l’homme capable d’assurer la sécurité d’Israël. Et depuis de nombreuses années, il désigne l’Iran comme la principale menace pour le pays. Par ces déclarations, il veut donc faire passer le message aux Israéliens qu’il continuera à les protéger. Et pour Donald Trump aussi, il s’agit, dans cette période électorale, de convaincre de sa capacité à défendre son pays. Mais lui a une autre considération à prendre en compte : l’impact de sa décision sur les prix du pétrole. Car la question du pouvoir d’achat est au cœur de la campagne aux États-Unis. Attaques iraniennes dans le détroit d’Ormuz De son côté, l’Iran maintient également la pression. De manière verbale, comme ses rivaux. Lorsque Benyamin Netanyahu a évoqué dimanche soir son intention de « finir le travail », le chef de la diplomatie iranienne a répondu : « la dernière fois que vous avez voulu "finir le travail", l'Iran en est sorti encore plus fort ». Mais militairement aussi. Ses attaques contre des bateaux dans le détroit d’Ormuz ont augmenté : plus d’une vingtaine depuis le début du mois. Téhéran veut contrer une reprise des flux pétroliers qui montrait que son emprise sur le détroit d'Ormuz s'affaiblissait. Autres acteurs régionaux : les monarchies pétrolières du Golfe. Sans être partie prenante au conflit, elles avaient été les principales cibles des tirs iraniens en mars et avril. Et elles ont pleinement conscience qu’elles ont été propulsées le 28 février dernier dans une nouvelle ère. Ils seront entraînés dans chaque confrontation entre le bloc Israël - États-Unis et l’Iran. Et que la guerre reprenne ou pas, l’instabilité va durer. La défense comme priorité pour les pays du Golfe Leur priorité est donc devenue de renforcer leurs capacités de défense. Par des alliances : les Émirats arabes unis ont clairement signifié que, malgré leur désaccord sur le déclenchement de cette guerre, les Accords d’Abraham, avec leur volet lié à la défense, qu’ils ont signés avec Israël sont stratégiques. L’Arabie saoudite, elle, s’est rapprochée du Pakistan et de la Turquie avec qui elle a signé en juillet un accord de défense. Mais les pays du Golfe veulent aussi développer leurs capacités de défense. Par des achats : ils multiplient ainsi les partenaires pour renforcer leur défense anti-aérienne. La Corée du Sud, l’Ukraine, la France en font partie. Mais aussi par le développement de leurs propres industries de défense. Et c’est l’un des enjeux de la visite actuelle d’Emmanuel Macron dans le Golfe où tous les pays partagent une certitude : pendant des décennies, le parapluie états-unien leur a permis de se concentrer sur leur développement économique. Aujourd’hui, il ne peut plus y avoir de développement économique s’ils ne sont pas en mesure d’assurer leur propre défense.
La Gen Z, une génération particulièrement mobilisée?
2026/10/19
S’il y a indéniablement un contexte national aux manifestations qui secouent la France actuellement, elles s’inscrivent également dans un paysage international : celui des mobilisations, à travers le monde de la Gen Z, les personnes nées entre la fin des années 90 et le début des années 2010. L’appel à manifester ce 17 octobre a été lancé de manière distincte de la mobilisation lycéenne. Il date de plusieurs semaines déjà et avait pour moteur la hausse du coût de la vie. Mais il n’aurait pas nécessairement eu la même ampleur sans une convergence des luttes. Et les revendications des lycéens étaient encore au cœur des cortèges, ce samedi. Portées par les lycéens eux-mêmes mais aussi par d’autres catégories de la population : parents, grands-parents, ou adultes sensibles à ces demandes et souvent choqués par la réponse des autorités. Plus de 8 000 personnes – dont une très large majorité de mineurs – ont été placées en garde à vue au cours de ce mois de mobilisation lycéenne. De l’Iran à Madagascar Depuis la mi-septembre, la jeunesse française réclame de meilleures conditions pour étudier : plus de professeurs, des rénovations de leurs établissements. Une jeunesse française mobilisée, comme d’autres avant elle. Ces dernières années, cette génération est descendue dans la rue dans plusieurs pays. Le mouvement « Femmes, vie, liberté » né en septembre 2022 en Iran après la mort de Mahsa Amini, âgée de 22 ans, après son arrestation par la police des mœurs, a été porté par les jeunes : la Gen Z ou la génération Y, celle juste avant. Au Népal, en septembre 2025, c’est elle aussi qui a pris la rue après l’interdiction de 26 plateformes et réseaux sociaux, dénonçant la corruption d’un gouvernement… qu’elle a finalement fait tomber. Quasi simultanément, au Maroc, c’est un collectif baptisé « Gen Z 212 » - en référence à l’indicatif téléphonique du pays – qui a organisé les protestations réclamant de meilleurs hôpitaux et de meilleures écoles. Septembre-octobre 2025 encore : cette fois à Madagascar, cette fois motivées par des coupures d’eau et d’électricité. Mais toujours la Gen Z au cœur d’un mouvement qui a chassé le président. Et les exemples se poursuivent : en Inde, c’est elle aussi qui a lancé en mai dernier un vaste mouvement. D’abord centré sur le mécontentement d’étudiants dont l’examen venait d’être annulé mais qui s’est élargi à la dénonciation de la corruption et de la politique du gouvernement. Contexte propre à la Gen Z Chaque mouvement s’inscrit dans un contexte national précis, avec des revendications propres. Et la mobilisation des jeunes n’est pas un facteur spécifique à la Gen Z. Ils étaient au cœur des révolutions du « Printemps arabe » il y a 15 ans. Mais il y a un contexte propre à cette génération. Elle a grandi dans un environnement économique marqué par la crise de 2008 qui a causé la plus grave récession de l’économie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945… et une explosion du chômage. La crise du Covid-19 en 2020 est venue porter un nouveau coup à l’économie mondiale. Mais elle a aussi contribué à renforcer une conviction : il y a urgence à construire un nouveau monde. Un sentiment qui existait déjà, né d’une prise de conscience de l’impact du changement climatique. Crise économique, crise sanitaire, crise climatique : cette accumulation de défis n’a pas fini de nourrir des revendications de la part de ceux qui ont toute une vie à construire. À lire aussiGénération Z: un mouvement de contestation exacerbé par l’effet miroir des réseaux sociaux
À Bruxelles, Volodymyr Zelensky à la recherche de soutien
2026/10/16
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est à Bruxelles depuis jeudi. Au programme, des rencontres avec les dirigeants de l’Otan, de l’Union européenne et des rencontres bilatérales avec des chefs d’États et de gouvernement. Pour une raison simple, Volodymyr Zelensky cherche des soutiens en Europe, car il n’a plus beaucoup d’amis ailleurs.     Les derniers jours lui ont montré que les États-Unis sont redevenus pratiquement aussi ouvertement hostiles qu’ils l’ont déjà été avec lui. C’est l’accord avec la Russie et la levée des sanctions pour la fourniture de gasoil russe. C’est l’appel de Donald Trump à remplacer le président ukrainien. C’est toujours Donald Trump qui annonce, apparemment un peu vite, un cessez-le-feu énergétique. Un accord qui peine à se concrétiser, comme souvent avec les annonces du président américain. C’est surtout le tarissement du renseignement américain qui omet de prévenir de l’imminence de frappes russes. C'est le ralentissement apparemment décidé à la Maison Blanche de Starshield, version militaire du système de communication Starlink d’Elon Musk dont l’Ukraine a besoin pour se défendre et piloter des drones. Ce sont enfin les menaces de Donald Trump sur le programme PURL qui permettent, depuis que les États-Unis ont cessé de fournir directement l’Ukraine, aux membres européens de l’Otan d’acheter des armes américaines, pour les fournir à Kiev.  Budget pluriannuel Volodymyr Zelensky est à Bruxelles dans un contexte budgétaire très particulier. Le Conseil européen qui se déroule depuis hier est consacré aux discussions sur le budget pluriannuel de l’Union. Et ce sont en général des discussions difficiles où chaque pays défend les programmes dont il bénéficie. Il y a quelques années, le président de la commission conseillait aux participants d’apporter plusieurs chemises. Bref, c'est le moment où on compte ses sous et la guerre en Ukraine coûte cher. Par exemple, la France s’est engagée à plus de 25 milliards d’euros en aide directe ou indirecte via l’Union depuis 2022. Et le niveau de la dette française, 119 % du PIB, devient très préoccupant. C’est pareil pour les autres pays et pour l’Union, partagée entre pays attachés à l’orthodoxie budgétaire et ceux qui essuient les reproches des premiers. Prix, durée de l’aide, c’est ce qui explique que, tout en affirmant leur soutien à l’Ukraine, de nombreux pays disent aussi leur soutien à un cessez-le-feu énergétique. Car si l’envolée des prix à la pompe a surtout été déclenchée par la guerre en Iran, toute forme de répit financier est bonne à prendre, en raison aussi d'un coût politique.   Série d'élections clés Il y a le contexte économique et donc aussi le contexte politique. L’Europe fait face à une série d’élections clés : Espagne, France, Italie, Pologne, pour lesquelles différents partis illibéraux ou d’extrême droite ont le vent en poupe. Cela pourrait faire basculer ou même bloquer l’Union. C'est pour cela que certains pays aimeraient en finir rapidement avec le budget pluriannuel. C’est pour cela que Volodymyr Zelensky est là. Il aimerait sécuriser l’aide européenne pour plusieurs années avant ces échéances électorales très importantes. La preuve, la veille de son arrivée, Marine Le Pen, favorite des sondages de la présidentielle en France, et qui change souvent d’avis sur le sujet au gré des circonstances et des interlocuteurs, a annoncé à Bruxelles que sous sa présidence, l’aide française à l’Ukraine serait stoppée au bout de six mois.    À lire aussiLe Conseil européen se réunit pour décider des futures orientations budgétaires de l'UE
Avec ses aides sur l'épidémie d'Ebola, la Chine étend son influence sur les instances de santé
2026/10/15
Cinq mois après le début de la 17e épidémie de virus Ebola en République démocratique du Congo. Une épidémie et son traitement qui illustrent le poids grandissant d’un pays dans les instances mondiales de la santé. Ce pays, c’est la Chine.     En Afrique, la Chine ne se contente pas de construire des infrastructures industrielles et de transports, d’investir dans ses nouvelles routes de la soie. Elle est aussi de plus en plus active en matière de santé avec des aides d’urgence, en particulier en RDC depuis le début de l’épidémie, avec des moyens financiers, mais aussi du personnel médical. La diplomatie chinoise s’est engagée à continuer à soutenir les pays africains qui en ont besoin à lutter contre l’épidémie. Ce n’est pas la première fois que le pays s’engage et il l’a déjà fait dans d’autres pays, toujours pour Ebola mais par exemple en envoyant du matériel quand un cas s’était déclaré au Sénégal en 2014. Ces aides, elles font partie intégrante de la stratégie de soft power chinois un peu partout dans le monde et particulièrement en Afrique. Le soft power, c’est une stratégie d’influence qui passe non par la contrainte, mais par l’influence sur les esprits. Et d’ailleurs ça marche. Des études internationales montrent que la Chine est désormais plus populaire que les États-Unis dans le monde.   À lire aussiLa popularité de la Chine dépasse celle des États-Unis dans le monde Influence chinoise Il faut dire que sur son image en matière de santé, la Chine revient de loin. C’est un mauvais souvenir pour tout le monde, mais il faut bien revenir à l’épidémie de Covid-19, venue de Wuhan, en Chine. A l’époque, on se demandait comment était né le virus, une question à laquelle on n’a d’ailleurs toujours pas de réponse. Donald Trump appelait ça le « virus chinois ». Et l’Organisation mondiale de la santé demandait aux autorités de Pékin davantage de transparence alors que ce n’est pas toujours la qualité première. À leur décharge, dans des circonstances pareilles, personne n’aime admettre une forme de responsabilité. Et puis les choses se sont peu à peu retournées, la coopération s’est améliorée avec le patron de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. À tel point que les autorités américaines ont dénoncé l’influence chinoise sur l’organisation. C’est l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont quitté l’organisation au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.   Qui paye, commande Et c’est bien connu, la nature a horreur du vide. Avec les États-Unis, c’est le premier contributeur public de l’OMS qui est parti. Et la Chine les a automatiquement remplacés à cette place. Et qui paye commande, c'est le monde dans lequel on vit. Aujourd’hui, elle propose une candidature pour prendre la tête de l’organisation qu’elle a d’ailleurs déjà dirigée par le passé. À Pékin, on dit que c’est pour défendre le multilatéralisme. C’est une autre stratégie d’influence chinoise de placer des représentants dans les institutions internationales. C'est le cas à la FAO ou à l'Organisation de l'aviation civile internationale. C’est là que ses aides bilatérales, sur Ebola et d’autres maladies, viennent aussi compenser le désengagement américain dans de nombreux pays. Et c’est là que sa stratégie de soft power, même si on ne peut prédire le résultat, pourrait l’aider à remporter la direction générale de l’OMS.  À lire aussiLa Chine propose la candidature du docteur Song Li à la tête de l'OMS
La grande Allemagne rêvée du militant d'extrême droite de l'AfD
2026/10/14
C'est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques jours. Il s’agit des vues de certains membres du parti allemand d’extrême droite AfD sur ce que devraient être les frontières de l’Allemagne. Au départ, il y a la publication d’une carte qui a fait réagir.    C’est un responsable bavarois de la branche des jeunes du parti qui l’a publiée le 3 octobre à l’occasion de la fête nationale allemande pour l’anniversaire de la réunification. Et il explique que la réunification aura vraiment lieu quand un seul état rassemblera l’ensemble du peuple allemand. Et dans cette carte, à l’intérieur des frontières de cette Allemagne, et même de cette grande Allemagne rêvée, on trouve des lieux où il y a des populations considérées comme germanophones. Alors il n'y a rien vers l'Est et vers la Russie que soutient l'AfD. En revanche il y a donc toute l’Autriche, annexée par les nazis en 1938, une grande partie de la Suisse, ce qu'Hitler n'a jamais osé envisager, un petit bout du nord de l’Italie, le Luxembourg, l’Est de la Belgique et évidemment, pour faire bonne mesure, l’Alsace et la Moselle.   À lire aussiAllemagne: l'AfD veut relancer son mouvement de jeunesse, loin des polémiques Deux guerres mondiales Et cela a fait réagir en France. Logiquement. Parce que les deux départements alsaciens et la Moselle ont été annexés par l’Allemagne en 1871, posant les bases du conflit franco-allemand donc d’une grande partie de la première guerre mondiale dont le règlement a directement conduit à la deuxième. C’est donc assez normal que cela fasse un peu parler. D’autant que ce n’est pas la première fois. Quelques semaines plus tôt un autre proche du mouvement de jeunesse de l’AfD se faisait remarquer par des publications provocantes sur l’Alsace et la Moselle. Vérification faite sur son profil X, ce jeune homme, qui est autrichien, se présente aussi comme un masculiniste toxique. Il a manifestement besoin d’attention. Il a surtout besoin de soins, de prise en charge thérapeutique de niveau professionnel, si possible en équipe pour que ces soignants puissent se reposer, car lui ne se repose apparemment jamais.   Dissimulation Cela ressemble à de la provocation, mais si on la relève c'est d'abord parce que si la carte de la discorde a été retirée depuis, l’AfD a réagi assez mollement. Sa cheffe Alice Weidel s’est abstenue de tout commentaire. Aucune sanction, aucune exclusion n’a été prononcée. Cela ressemble fort à une opération de dissimulation dont sont coutumiers les partis d’extrême droite qui veulent se présenter sous un jour respectable. Ensuite parce que l’AfD ce n’est pas rien. C’est le parti qui est arrivé largement en tête des deux dernières élections régionales en Allemagne. Le parti qui se voit bien succéder un jour à la CDU de Friedrich Merz, en grande difficulté depuis ces élections régionales. C’est aussi un parti qui bénéficie de soutiens internationaux puissants, parfaitement clairs et sans ambiguïté. Par exemple le vice-président américain JD Vance ou l’homme le plus riche et parmi les plus influents du monde, Elon Musk. Cela signifie que ces idées, ouvertement racistes et volontiers antisémites pourraient un jour revenir au pouvoir et qu’il faut informer, c‘est notre devoir, sur les conséquences qu’elles ont déjà eues par le passé avant de leur donner une deuxième chance. Enfin parce qu'il est encore permis d’en douter, permis au sens d' « autorisé ». Pour l’instant.
Le roi d'Espagne en visite sensible à Ceuta après la crise migratoire
2026/10/13
Le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne sont attendus à Ceuta aujourd'hui avant un passage à Melilla demain. Les deux enclaves espagnoles sont toujours revendiquées par le Maroc. Cette visite intervient un peu plus de deux mois après la crise migratoire qui a vu plus de 70 000 marocains arriver à Ceuta. Une crise migratoire avec des conséquences en cascade et notamment un risque sur les relations bilatérales entre les deux pays.     La dernière fois qu'un roi d'Espagne était venu à Ceuta, c'était en 2007 et c'était le roi Juan Carlos. Cela avait entraîné une vive réaction marocaine. Le roi Mohammed VI avait à l'époque rappelé son ambassadeur à Madrid. Cette fois-ci, pour l'instant, rien de tout ça. Pas de commentaire officiel en provenance de Rabat sur une éventuelle communication entre les deux palais pour préparer la visite, même si le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré que le roi Felipe VI n'avait besoin de l'accord de personne pour se rendre à Ceuta.  Sahara occidental Il y a plusieurs explications à cette mesure remarquable. La première, c'est que malgré des fuites de rapports la police espagnole, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a bien pris soin de ne pas incriminer les autorités marocaines dans la crise de la fin du mois de juillet. Cela a sans doute été apprécié à Rabat. Il y a aussi le soutien espagnol depuis 2022 au plan marocain d'autonomie du Sahara occidental qualifié de « base la plus sérieuse crédible et réaliste » pour résoudre le conflit. La question du Sahara occidental, autrefois sous tutelle espagnole est l'alpha et l'omega de la politique étrangère marocaine. Enfin, les deux pays ont des relations et des dossiers en commun à gérer, comme par exemple la co-organisation de la coupe du monde football en 2030.   À lire aussiAprès la crise migratoire, le roi d'Espagne effectue une visite sous haute tension à Ceuta Limites du modèle actuel D'ailleurs le roi du Maroc n'a pas dit autre chose. Dans un discours pour l'ouverture de la première session du nouveau Parlement issu des dernières législatives, le roi n'a pas remis en cause pour l'instant le partenariat avec l'Espagne et il a admis que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites. Il reconnait donc des dysfonctionnements et annonce une vision stratégique et une orientation nouvelle.   Thème de campagne électorale En revanche, Mohammed VI a dénoncé l'exploitation politique de la crise. Il a bien remarqué que la crise migratoire est bien partie pour être l'un des thèmes majeurs de la campagne des élections anticipées du 29 novembre en Espagne. Le président du parti populaire, en tête des sondages, est venu lancer sa campagne à Ceuta. Le président du parti d'extrême droite Vox a fait la même chose hier. Il était accompagné du président du Rassemblement national français, Jordan Bardella. En essayant d'oublier les accusations d'antisémitisme dont il fait l'objet en France et qu'il conteste, il a prévenu que ce qui s'est passé à Ceuta pourrait être le destin de l'Europe. Il a par ailleurs salué la décision de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni de mettre en place des contrôles aux frontières avec l'Espagne. C'est peut-être aussi l'une des raisons du calme affiché par les autorités marocaines. Elles savent qu'une importante série d'élections arrive en Europe. Et elles n'ont peut-être pas envie d'alimenter une crise qui a le potentiel de s'étendre aux plus importants pays du continent européen.   À lire aussiLa visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au delà des clivages politiques»
Pressé d'en finir en Ukraine avant ses élections, Donald Trump sème la confusion
2026/10/12
C'était un week-end de confusion dans le dossier ukrainien. D'abord avec l'annonce d'un accord de fourniture de diesel russe pour les marchés américains et mondiaux, à la grande colère des autorités ukrainiennes. Donald Trump a ensuite appelé au remplacement de Volodymyr Zelensky. Et enfin l'annonce par le président américain d'un accord de cessez-le-feu énergétique entre les deux belligérants.   C'est une annonce qui a surpris tout le monde. Elle est comme souvent venue d'une publication de Donald Trump sur les réseaux sociaux. Et elle a surpris le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui se dit prêt à l'accepter si la Russie en fait de même. On attend toujours la réponse officielle de Moscou. Elle est venue par le bombardement d'installations électriques ukrainiennes après l'annonce de Donald Trump, ce qui doit signifier que l'accord n'est pas tout à fait finalisé.  Soutien des puissances occidentales Cela fait quelques temps qu'il en est question. La guerre fait mal aux deux camps. Les frappes de drones ukrainiennes réduisent capacités de raffinage, de production et de financement de la Russie. Moscou tente à nouveau, pour le cinquième hiver d'affilée, de plonger l'Ukraine dans le noir et dans le froid. C'est pour cela qu'il est question de ce cessez-le-feu énergétique au moins depuis l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. Avec le soutien des puissances occidentales, en particulier la France et le Canada.  Pression sur l'Ukraine Si Donald Trump fait cela, c'est aux dépens de l'Ukraine et de Volodymyr Zelensky et donc au bénéfice de la Russie. Là aussi, ce n'est pas une surprise. Il faut se souvenir du guet-apens tendu au président ukrainien dans le bureau ovale en février 2025 avant qu'il soit chassé de la Maison Blanche, puis du plan de paix américain de novembre dernier qui reprenait quasiment intégralement les conditions russes, puis le tarissement de l'aide militaire américaine, sans compter les invitations à des responsables russes lors des différentes instances du G20 organisé par les États-Unis, jusqu'à inviter Vladimir Poutine au sommet et à ce coup de fil entre les deux présidents russes et américains vendredi. Il est assez clair que Donald Trump fait pression sur l'Ukraine pour mettre fin à la guerre.   Attendre le verdict des urnes C'est vrai que bientôt cinq ans, c'est long. Et depuis qu'il est de retour à la Maison Blanche, cette guerre est un problème pour ce que Donald Trump estime être son image de fin négociateur. Il a lui-même déclenché une guerre en Iran qui déstabilise l'ensemble du Moyen-Orient et pèse sur les prix du carburant et dont il ne sait comment sortir. C'est donc une solution de facilité de s'en prendre à Volodymyr Zelensky à moins d'un mois des élections de mi-mandat. C'est l'horizon actuel du président américain. Tout le monde le sait. Y compris les Européens. Ils savent qu'il ne faut pas le critiquer en public et qu'avec lui, c'est souvent le dernier qui lui a parlé qui a raison. Et le dernier qui lui a parlé, c'est Vladimir Poutine, vendredi. Pour l'instant, il n'y a pas d'autre choix que d'attendre le verdict des urnes aux États-Unis et de reprendre le dialogue ensuite. À lire aussiTrump assure que la Russie et l'Ukraine ont conclu un «cessez-le-feu énergétique», Zelensky tempère
Pourquoi continuer à attribuer le prix Nobel de la paix
2026/10/09
Le très prestigieux prix Nobel de la paix est remis aujourd'hui à Oslo. C'est une tradition bien établie depuis 1901, mais ces dernières années, l'attribution du prix a été soumise à polémique dans un monde plus en plus anxiogène, et dans un climat de plus en plus tendu.  Évidemment, dès qu'il y a polémique internationale, il y a un nom qui revient souvent ces dernières années. C'est celui de Donald Trump. Il ne devrait pas l'avoir cette année après avoir attaqué le Venezuela et l'Iran. Et d'ailleurs, il fait moins campagne pour l'obtenir que l'an dernier quand il affirmait avoir mis fin à huit guerres en huit mois. Il n'avait pas réussi à convaincre le comité Nobel, qui lui avait préféré l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado. Elle n'avait pas échappé à l'ombre de Donald Trump et avait finalement remis sa médaille au président américain. Cela ne lui a pas servi à grand-chose, puisque depuis Donald Trump qui a fait déposer et enlever Nicolas Maduro n'a pas de mots assez aimables pour Delcy Rodriguez, issue du régime qui refuse toujours l'entrée du pays à Maria Corina Machado.   Déceptions Donald Trump n'est pas la seule origine des soucis du comité Nobel. Il y a aussi des choix effectués par le passé et qui ont déçu par la suite. Les exemples sont nombreux. Citons l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, lauréate en 1991 pour sa lutte non violente pour la démocratie et les droits humains. Devenue présidente de son pays son attitude au moment des exactions de l'armée birmane contre les musulmans rohingya lui a été reprochée. Désigné quelques mois après son élection en 2009, Barack Obama deviendra le président américain qui fera un usage immodéré des drones en Afghanistan et détournera le regard des lignes rouges qu'il avait lui-même fixé à Bachar el-Assad au début de la guerre en Syrie. Enfin, encore plus récemment, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été récompensé en 2019 pour ses efforts pour la paix entre son pays et l'Érythrée. Il s'est lancé l'année suivante dans une guerre contre les rebelles du Tigré qui a tué plus de 600 000 morts, l'une des guerres les plus épouvantables de ces dernières années et qui est au bord de reprendre.   Montrer l'exemple  Alors il y a plusieurs solutions. Certaines ont été testées, comme davantage donner le prix à des organisations ou à des causes plutôt qu'à des personnalités politiques susceptibles de décevoir. Il y a aussi la solution de ne pas attribuer le prix, tout simplement. Cela existe. Exemple le prix Mo Ibrahim, du nom d'un milliardaire anglo-soudanais, pour la bonne gouvernance en Afrique. Faute d'ancien dirigeant satisfaisant aux critères, il n'a pas été attribué depuis cinq ans. Et puis le climat général n'est pas forcément à la paix, mais plutôt au retour de la loi du plus fort et de la guerre dans les relations internationales. Mais il faut dire que les seules fois où le prix Nobel de la paix n'a pas été attribué, c'était pendant les deux Guerres mondiales. Ce serait un symbole un peu trop fort et en ces temps troublés, il est peut-être encore temps de montrer l'exemple de ceux qui défendent la paix.
Marco Rubio en Grèce pour secouer des Européens pris en étau
2026/10/08
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio était à Athènes mercredi 7 octobre. Au programme, une rencontre avec les dirigeants conservateurs grecs, mais surtout un discours pour réveiller, pour secouer l'Europe, dans un lieu historique et symbolique. La colline athénienne de la Pnyx présente l'avantage d'offrir une vue imprenable sur celle de l'Acropole et le Parthénon et d'offrir de superbes images depuis des siècles. Emmanuel Macron avait parlé d'Europe au même endroit en 2017. Pour Marco Rubio, l'objectif était double. Un : placer les États-Unis de Donald Trump dans la lignée de la Grèce antique, sans oublier de passer par l'étape du christianisme, en faire leur héritier direct sur le plan architectural, politique, dans le côté pionnier, explorateur et même militaire. Par exemple, il a parlé à la fois de la guerre contre l'Iran et de la bataille des Thermopyles où 300 spartiates s'étaient sacrifiés face à l'armée perse, ancêtre de l'Iran. Une histoire reprise par Hollywood dans un film à voir quand on est amateur de péplum et d'amitiés viriles. Deux : appeler l'Europe à sortir de sa torpeur et à assumer elle aussi ses racines et rejoindre ce mouvement, de choisir la puissance nationale plutôt que d'en avoir honte.   Redresser la trajectoire Ce discours n'est pas nouveau. C'est celui que l'on retrouve dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée par la Maison Blanche et où il est expliqué que l'Europe s'est perdue en chemin et qu'il est nécessaire de redresser sa trajectoire idéologique. Il est répété inlassablement depuis la campagne Trump 2024 de manière plus ou moins virulente. Plutôt plus quand il s'agit du vice-président J.D. Vance à la conférence sur la sécurité de Munich en 2025 ou quand on confie la mission au secrétaire à la guerre Pete Hegseth de demander à ses homologues de l'Otan de faire plus pour la défense de l'Europe. C'est dit de manière un peu plus agréable, un peu plus diplomatique, enrobé dans des références historiques et philosophiques quand c'est Marco Rubio, un républicain à l'origine un peu plus traditionnel.   Déchristianisation Il y a un autre pays qui a un discours un peu similaire, c'est la Russie. C'est un peu la même chose quand Moscou parle de déclin de l'Europe en citant la responsabilité de l'immigration, comme à Washington, ou le rôle des minorités LGBT. Même discours sur la déchristianisation de l'Europe qui oublie ses propres racines. Il est intéressant d'ailleurs de noter que ce discours religieux est aussi en lien avec la Grèce, via l'autre branche du christianisme, le christianisme orthodoxe.   Mettre l'Europe au pas Le discours se présente sous des aspects philosophiques, mais le but est très prosaïque. Il s'agit de mettre l'Europe au pas, tout simplement. Côté américain en la plaçant en position de suiveuse des États-Unis. Objectif réel : permettre aux entreprises américaines de s'y déployer sans entraves réglementaires, notamment les géants du numérique. Côté russe, l'idée est clairement de l'affaiblir pour arrêter le soutien à l'Ukraine et reprendre pied dans ce que le Kremlin considère comme les marches de sa zone d'influence historique et sur laquelle il entend reprendre le contrôle. Contrôle perdu depuis que les pays de l'Est ont rejoint une Europe désormais prise en tenaille entre deux empires.    À lire aussiGrèce: des manifestants dans le centre d'Athènes pour protester contre la visite de Marco Rubio
Vladimir Poutine continue sa fuite en avant et appuie sur l'accélérateur
2026/10/07
C'est l'anniversaire de Vladimir Poutine aujourd'hui. Le président russe a désormais 74 ans. Et dans sa guerre en Ukraine, qu'il a déclenché il y a plus de quatre ans, il ne donne aucun signe changement d'attitude ou d'inflexion stratégique malgré les difficultés.       Les obstacles sont réels. Absence de progression sur la ligne de front. Vulnérabilité aux attaques de drones de l'Ukraine dans la profondeur du territoire russe, avec une ampleur toujours plus importante. Des centaines, parfois plus d'un millier de drones comme le 20 septembre, dernier jour des élections législatives en Russie. À chaque fois, des victimes, et des infrastructures pétrolières visées. Résultat : une diminution des capacités de raffinage, de distribution et d'exportation. Des pénuries et des revenus en moins et donc une pression fiscale et économique accrue sur les Russes.  Davantage de moyens pour la guerre Et la réponse, c'est encore plus de guerre. Malgré les difficultés, le budget de la défense est en hausse et ce n'est pas près de s'arrêter puisque cette hausse est déjà programmée jusqu'à l'horizon 2029. Cela signifie davantage de drones, davantage de missiles et davantage de moyens pour les guerres plus ou moins hybrides. Le message, c'est que le président russe peut continuer comme ça aussi longtemps qu'il le souhaite et aussi longtemps que nécessaire pour atteindre ses objectifs stratégiques de soumission de l'Ukraine. Bien qu'il n'ait pas procédé à la mobilisation générale crainte pour après les élections législatives, il a tout de même augmenté les effectifs de l'armée russe de 50 000 hommes.  Rhétorique menaçante La pression est toujours plus forte sur l'Ukraine et ses partenaires. Les missiles contre lesquels le pays n'a pas suffisamment de moyens antiaériens, continuent de pleuvoir sur les villes et les installations énergétiques, de même que les drones. Les autorités de Kiev doivent mettre en place des mesures de restriction sur l'électricité. Les cibles civiles sont toujours visées. La dernière tactique, c'est l'attaque contre des ponts de Kiev empruntés quotidiennement par des milliers de personnes. Parallèlement, la Russie augmente sa rhétorique menaçante contre les soutiens de l'Ukraine et notamment européens. Le week-end dernier, elle est revenue à sa menace de l'usage de l'arme nucléaire comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. Cette fois si un pays s'en prenait à l'enclave russe de Kaliningrad entre Lituanie et Pologne.   Faire des affaires Pourquoi Vladimir Poutine choisit la fuite en avant ? Parce que c'est son caractère, mais aussi parce qu'il n'est pas seul. Il est loin d'être un pestiféré. Il est aidé par ses partenaires : la Chine, qui malgré les demandes répétées continue à fournir des pièces nécessaires à l'industrie d'armement russe. Le soutien est aussi affiché diplomatiquement, à travers par exemple les bonnes relations montrées lors du dernier sommet de l'organisation de coopération de Shanghaï au Kirghizstan. Mais pas seulement. Vladimir Poutine a reçu une invitation pour le sommet du G20 organisé à la fin de l'année par les États-Unis, où l'entourage du président ne cache pas son impatience de pouvoir faire des affaires et de renforcer ses liens financiers avec la Russie. Ils existent déjà. Un oligarque russe qui affirme avoir été remboursé depuis, a avancé les frais du mariage de Don Jr aux Bahamas. Et des proches de Donald Trump se préparent à acheter des actifs du géant énergétique russe Lukoil, officiellement pour favoriser la paix et faire baisser les prix de l'énergie.
En Espagne, le début d'une série d'élections qui peuvent changer le visage de l'Europe
2026/10/06
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a créé la surprise lundi en convoquant des élections anticipées pour le 29 novembre prochain. Une décision qui fait suite au rejet de ses mesures en faveur du logement par le Parlement. Un sujet extrêmement sensible dans le pays depuis l'expulsion d'une dame âgée qui a révolté une partie de la population.   C'est une vague de colère sur laquelle Pedro Sanchez compte bien surfer pour tenter de renforcer sa coalition de gauche. Elle était minoritaire et finalement si faible qu'elle n'a pas pu permettre d'adopter les mesures proposées pour le logement pourtant réclamées par la rue. Mais c'est aussi un pari, parce que ce ne sera pas le seul sujet de la campagne. Depuis des mois, il est affaibli par les affaires touchant ses proches. Il y la crise de Ceuta et les migrants venus du Maroc dans l'enclave espagnole. La droite et l'extrême-droite attaquent sa gestion du problème. Le parti populaire, principal parti d'opposition conservateur est en tête dans les enquêtes d'opinion. Peut-être pas suffisamment cependant pour décrocher la majorité à lui tout seul. En fonction des résultats, il pourrait être tenté de se tourner vers le parti d'extrême-droite Vox, qui a déjà de quoi se délecter des thèmes de campagne annoncés.    Questions internationales Il sera aussi question des positions internationales tranchées de l'Espagne. Sur la guerre à Gaza, avec des prises positions très propalestiniennes, ce qui vaut des critiques virulentes d'Israël et des États-Unis, qui en veulent aussi beaucoup à l'Espagne, membre de l'OTAN, pour ne pas les avoir aidés lors de leur guerre en Iran. Habituellement, ces questions internationales ne tiennent pas une place prépondérante en politique intérieure, mais le contexte est différent, entre pressions américaines et menaces de plus en plus claires de la Russie sur l'Europe.    Anxiété Cette campagne va donner le ton en Europe avant une série d'élections cruciales. Initialement, ces élections devaient intervenir en milieu d'année prochaine. Cette accélération du calendrier espagnol lance plus tôt que prévu une série d'élections dans quatre des cinq plus grands pays européens et cela pourrait modifier profondément le visage de l'UE en quelques mois avec en dénominateur commun, la place de l'extrême droite. Après l'Espagne, il y aura la France, dont la situation sociale et politique chaotique est observée avec anxiété par de nombreux diplomates. Le Rassemblement national est en tête des sondages malgré l'affaire des propos antisémites que nie Jordan Bardella. Il y aura ensuite l'Italie. Giorgia Meloni est issue d'un parti d'extrême droite et a démontré sa capacité à s'adapter au changement d'atmosphère politique et à se recentrer. Il y aura aussi la Pologne, le pays en plein essor en Europe, mais aussi le pays où la lutte entre pro-européens et populistes reste extrêmement serrée et l'un des pays en première ligne face à la menace russe.  Gourmandise La Russie regarde cela avec intérêt et même gourmandise, après ce qui vient de se passer dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est, où les électeurs, 35 ans après la réunification et près de 2 000 milliards d'euros investis, ont fait le choix d'un parti ouvertement prorusse. Comparaison n'est pas raison, mais ce qui se passe en Amérique du Sud montre qu'une série de victoires de l'extrême-droite ne relève pas de l'impossible.

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