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Reportage France

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Rating
★★★★★
5
from
3 reviews
Categories
Country
United States
This podcast has
25 episodes
Language
French
Publisher
RFI
Explicit
No
Date created
2014/10/28
Latest episode
2026/10/25
Average duration
4 min.
Release period
2 days

Description

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

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«Je te crois»: des formation aux violences faites aux enfants pour les acteurs du périscolaire en France
2026/10/25
Encore une semaine de vacances pour les élèves français. À la rentrée, ils seront tous soumis à un questionnaire, de la maternelle au lycée. Une initiative du ministère de l'Éducation pour détecter les victimes de violences sexuelles. Les questions sont évidemment adaptées à l'âge des élèves. En France, 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles. Les scandales dans le périscolaire, qui ont éclaté en 2025, ont rappelé l'urgence d'une réponse à ce phénomène, qualifié de systémique. Rien qu'à Paris, des enquêtes ont été ouvertes dans plus de 200 écoles et 24 crèches. Dans la quasi-totalité des cas, les suspects sont des animateurs hommes, occupant des postes précaires ne nécessitant aucune formation. Face à l'urgence, de nombreuses mairies et collectivités réagissent, en proposant notamment des formations, qui font toute la différence. La Métropole de Lyon, troisième ville de France, concentre de nombreuses initiatives. Comment repérer un enfant victime de violence et recueillir sa parole ? Comment repérer un prédateur, au sein d'une équipe ? Après 12h de formation, la dizaine de stagiaires a désormais des éléments de réponse. Sandrine Fortina, la formatrice, dresse un bilan avec elles. Elles sont directrice du périscolaire, animatrice, responsable de maison de quartier ou encore assistante d'enseignants. Elle leur demande un mot qu'elles vont garder de cette formation. « Je te crois », répond l'une d'entre elles. « "Je te crois", c'est notre cœur pour contrecarer la stratégie des agresseurs », ajoute Sandrine Fortina. « On a bien vu quand on a fait ce travail sur comment on recueille la parole des enfants qu'on était toute hyper-génée. On voulait pas induire quelque chose. En fait, à un moment donné, il faut nommer les violences par le mot "violence". Il y a des façons plus directes de s'adresser à eux là-dessus : "Est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ?" », souligne Géraldine, à l'initiative de cette formation. Elle dirige la MJC de la Duchère, une maison des jeunesses et de la culture, implantée dans un quartier populaire de Lyon qui propose toute l'année des activités aux enfants. « On a eu des sujets qui étaient sans "gravité". Et je mets des guillemets à "gravité", qui résonnait avec l'actualité plus grave du périscolaire. Oui, c'est vraiment une situation qui nous a fait prendre conscience que si collectivement on tolérait, on acceptait, on excusait, du coup cela laissait l'échelle des gravités monter. Aujourd'hui on ne se dit pas : "Ah ça y est, c'est bon". On sort de [cette formation] avec des clefs ». À lire aussiFrance: les députés votent pour la proposition de loi «intégrale» contre les violences sexistes et sexuelles Des clefs notamment sur la stratégie des agresseurs. C'est ce que Touria Jaouini retient d'abord, elle est directrice du périscolaire dans deux écoles : « L'agresseur va identifier une victime. Il y a un critère autour de la mise en confiance. Un autre paramètre autour de l'isolement de la victime. Cela permet d'affiner nos méthodes managériales. Ce qu'on travaillait en formation, c'est : n'importe qui. Et surtout mes collègues préférés peuvent être un agresseur. On devient des sortes de vigies les uns et les unes par rapport aux autres. Parfois, il y a des gens qui disent en formation : "Est-ce que je dois me méfier de tout le monde ?" Oui, vu la réalité statistique des violences qui sont faites aux enfants, bien sûr ». Cette étape de la formation, avec des mises en situation, a particulièrement secoué Naomi, 25 ans, animatrice périscolaire : « La stratégie de l'agresseur, on la connaissait pas forcément. Il y a plein de moments où j'ai revu des amis à moi, des situations dans lesquelles on s'est retrouvés, nous, quand on était enfant. Parce qu'on a pas de formation pour s'occuper des enfants. C'est juste qu'on reproduit ce que l'on a vécu, l'éducation que l'on a eue. C'est un peu dur parfois de prendre du recul », explique-t-elle. Cette formation a toujours été au catalogue de l'organisme de Sandrine Fortina, experte de la prévention des violences faites aux enfants. Mais l'intérêt qu'il suscite est tout récent. Un effet, selon elle, du #metoopériscolaire : la médiatisation récente de nombreux scandales : « Très clairement, j'ai eu une première demande qui a fait un peu boule de neige. Après, il y a une deuxième vague de sollicitations qui sont en train d'arriver, ce sont les collectivités. Mais c'est toujours pas évident de vendre la formation sur ces sujets là. C'est pas encore tout à fait acquis, cette volonté politique de protéger les enfants, de donner les moyens. » En février 2026, la Ciivise, la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, relevait un niveau de formation des professionnels toujours insuffisant, faute de temps, de moyens et de priorisation claire. Le #metoopériscolaire parviendra peut-être à faire évoluer la donne. À lire aussiFrance: la proposition de loi intégrale permettra-t-elle de lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles?
Football américain: pour la NFL, Paris se met à l'heure étatsunienne
2026/10/22
C'est une première : la France va accueillir un match de la NFL, la puissante et richissime ligue de football américain. Au Stade de France, ce dimanche 25 octobre 2026, les Saints de La Nouvelle-Orléans vont affronter les Steelers de Pittsburgh. Dans sa stratégie d'expansion mondiale, la NFL s'attaque donc pour la première fois au marché français. Et pour marquer les esprits, la ligue a investi plusieurs lieux de la capitale.  La NFL est la ligue sportive qui génère le plus d’argent au monde, plus de 20 milliards de dollars par saison. Pour son arrivée en France et à Paris, elle n’a pas hésité à le montrer. Une boutique officielle sur trois étages au cœur du Marais, des animations près de la cathédrale Notre-Dame et sur le Champ-de-Mars. Les plus beaux coins de la capitale française sont devenus la vitrine d’un sport qui veut rattraper son retard à l’étranger. Il y a encore du travail pour convaincre Paul, jeune Francilien qui accompagne son ami Yannis à la boutique NFL. « Je n’ai jamais regardé plus que ça la NFL ou quoi, à part les Super Bowl », explique-t-il. Son ami aimerait beaucoup aller au Stade de France : « C’est un peu cher, mais on va voir. Je vais à la NFL House samedi je crois, mais j’ai un peu peur avec les événements à Paris, tout ce qui se passe, etc. Du coup, on va voir. » Le climat social a poussé la NFL à revoir légèrement ses plans sur des partenariats avec des boutiques parisiennes. Mais l’essentiel est là. Le match entre les New Orleans Saints et les Pittsburgh Steelers aura bien lieu ce dimanche au Stade de France. Les Saints, justement, sont arrivés lundi 19 octobre à Paris, on les retrouve mercredi à l’entraînement à Versailles, près du château du Roi-Soleil, comme un clin d’œil au passé français de La Nouvelle-Orléans. Le stade et le gymnase municipal sont assez éloignés des standards de la NFL, mais les joueurs se réjouissent de cette parenthèse parisienne. Le running back Alvin Kamara et ses coéquipiers en ont profité pour voir leurs homologues de l’autre football au Parc des Princes, lors du match de Ligue des champions entre le PSG et Barcelone. « C’était clairement le meilleur match à aller voir. L’atmosphère était électrique, s'enthousiasme le joueur. C’est un peu différent. Nos stades sont plus grands, mais les chants sans arrêt pendant tout le match, c’était fou. Ça m’aurait dérangé si j’étais sur le terrain, ça me rendrait fou, mais c’était super à voir. » À lire aussiLe patron de la NFL affiche sa "confiance" avant le match à Paris, malgré les récentes violences « Pour vraiment être une marque globale, il faut venir à Paris, il faut venir en France » La star des Saints soulève une vraie question : la greffe va-t-elle prendre entre la très américaine NFL et un pays à la culture sportive très différente ? « Je suis persuadé que c’est compatible, estime Rémi Reverchon, l’une des grandes voix du sport américain à la télévision française. Je suis persuadé que de plus en plus de gens s’en rendent compte. Cette niche, puisque ça a été une niche longtemps de la NFL, est en train de grandir en France et les gens se rendent compte qu’en fait, c’est un produit, parce que le sport de haut niveau est un produit qui se consomme très bien. Et vous allez voir dimanche, si vous regardez un peu le truc, si vous prenez le temps d’avoir quelqu’un à côté qui vous explique les règles, comment ça marche, que c’est un produit qui est hyper cool et hyper intéressant à suivre. » La NFL, par la voix de Brett Gosper, son directeur Europe et Asie, espère bien un mariage réussi. L’homme d’affaires, qui a passé dix ans de sa vie de rugbyman au club francilien du Racing 92, revendique 12 millions de fans potentiels pour la NFL en France, ce qui en ferait le troisième marché européen pour le football américain. « Pour vraiment être une marque globale, il faut venir à Paris, il faut venir en France. Il y a un potentiel énorme, souligne-t-il. C’est un pays qui a un fort pourcentage de la population qui suit le sport. Ils adorent le sport, ils sont passionnés et ils aiment plusieurs sports, le rugby, le foot, le hand... Ils sont dans tous les sports, donc il y a une place pour la NFL à l’intérieur de ça. » Sans annoncer officiellement d’autres matchs dans les saisons à venir, Brett Gosper a pour autant suggéré que la NFL souhaite s’installer dans la durée en France. Comme sur un terrain de football américain, la victoire s’obtient un yard après l’autre.  À lire aussiSuper Bowl : Bad Bunny, Patriotes et Faucons (mais pas Trump) !
Octobre rose: s'informer et se sensibiliser au cancer du sein à la Grande Mosquée de Paris [2/2]
2026/10/21
Deuxième épisode de notre mini-série sur Octobre rose en France, le mois de sensibilisation au cancer du sein. Ce 22 octobre, direction la Grande Mosquée de Paris, qui s'engage pour cette opération le temps d'un week-end. C'est dans ce lieu atypique dédié au culte musulman qu'une équipe de médecins est venue pendant deux jours informer, sensibiliser et conseiller les femmes sur cette maladie. Chaque année en France, plus de 60 000 cancers du sein sont diagnostiqués. Vêtus d'un gilet rose fluorescent, une vingtaine de professionnels de santé, tous bénévoles, se sont mobilisés pour cette vaste opération de dépistage. Une de ces bénévole accueille les femmes présentes : « Bonjour madame, je vous explique un petit peu ce que l'on fait ? Dans le cadre d'Octobre Rose, on s'est entourés de médecins spécialistes, que des femmes, des gynécologues, oncologues, des médecins généralistes qui proposent un examen, gratuit, en toute confidentialité et en toute intimité. » Épaulée par l'association humanitaire ADDRA, la Grande Mosquée de Paris a déployé les grands moyens. Soraya Rili, oncologue radiothérapeute, présente le dispositif : « Il y a six box, et dans chaque box, on a un médecin, une table d'examen, une chaise et on reçoit les patientes au fur et à mesure. Dès que l'on suspecte une masse – nous sommes aujourd'hui trois oncologues –, nous allons les revoir dans un second temps, les rappeler en début de semaine. » « Il faut briser ce silence » Ce n'est pas toujours facile d'aborder cette maladie qui touche le corps des femmes. « C'est compliqué d'en parler, mais cela ne concerne qu'une catégorie de femmes. On a encore des femmes, aussi, qui sont pudiques malheureusement, d'où l'intérêt d'en parler. Il faut vraiment briser ce silence, particulièrement dans notre communauté, la communauté maghrébine. Il faut que la maman en parle à sa fille, qu'elle en parle aussi à son conjoint. Pourquoi ? Car même si cela reste une maladie grave, aujourd'hui on peut aussi parler de guérison. Cela en vaut vraiment la peine », affirme Soraya Rili.  Le message semble avoir été entendu. Fatima, la benjamine de 29 ans, et Faïza, la quinquagénaire, ont répondu présentes à l'appel de la Grande Mosquée de Paris. Elles sont venues s'informer et apprendre les gestes d'autopalpation. « Je suis venue pour faire des dépistages pour le cancer du sein. Comme j'ai eu 50 ans, j'aimerais bien faire le nécessaire », explique Faïza. À la question de savoir si elle est suivie par un médecin, elle répond : « Non. Et je n'ai jamais fait d'échographie. C'est la première fois. Je suis venue pour voir. » « C'est l'occasion aussi de poser des questions, d'être sûre qu'on a pas de risques. Comme ça, on peut faire un vrai diagnostic ou un parcours. C'est déjà bien que les médecins d'aujourd'hui assurent un suivi. Après, ils peuvent aussi nous montrer, en cas de doute, comment suivre le parcours, comment procéder à la suite », ajoute Faïza.    « La femme maghrébine a une épidémiologie différente de celle que nous retrouvons en France » Le cancer du sein touche en particulier les femmes du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne. Celles qui sont nées sur le continent africain ont davantage de risques de développer un cancer du sein avant l'âge de 40 ans, et elles sont davantage touchées par des formes plus agressives, selon Soraya Rili. Le dépistage se fait trop tardivement et n'est pas systématique, regrette la médecin oncologue : « Malheureusement, c'est un constat qu'on a fait. La femme maghrébine a une épidémiologie différente de celle que nous retrouvons ici en France. Le cancer du sein frappe de plus en plus des femmes jeunes. On a même vu des femmes âgées de moins de 40 ans. Malheureusement, cette tranche d'âge n'est pas concernée par le dépistage de masse. Je tiens aussi à dire que le dépistage de masse ne concerne qu'une certaine catégorie de femmes. C'est-à-dire que ce sont des femmes qui ne présentent pas d'antécédents familiaux de cancer. D'où l'intérêt de bien les informer et de leur demander de consulter leur médecin traitant ou leur gynécologue pour qu'elle se fasse aussi examiner. »  Pour ces journées, le bilan est encourageant : près de 200 femmes ont franchi les portes de la Grande Mosquée pour ce dépistage du cancer du sein. À lire aussiOctobre rose: se réapproprier son corps et sa sexualité après un cancer du sein [1/2]
Octobre rose: se réapproprier son corps et sa sexualité après un cancer du sein [1/2]
2026/10/20
Comme chaque année en octobre, plusieurs acteurs de la lutte contre le cancer du sein se mobilisent dans toute la France pour sensibiliser à la maladie. C'est l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Plus il est diagnostiqué tôt, plus la patiente à de chance d'y survivre. Au prix, souvent, de séquelles physiques et psychologiques laissées par les traitements et les opérations. Quel rapport les patientes entretiennent-elles avec leur corps ? Comment se réapproprier son intimité et sa sexualité ? C'est la question que RFI a posé à une femme aujourd'hui guérie du cancer du sein, et à une sexologue qui vient en aide aux malades. Reportage à Paris, à l'hôpital Saint-Joseph. « Perdre un sein, c'est aussi perdre la capacité de séduire. Le regard de l'homme sur la femme, évidemment, la capacité d'être belle et d'être sexuelle aussi », explique Ysabelle-Rose, 56 ans. L'année dernière, elle découvre qu'elle est atteinte d'un cancer du sein de grade 3. Elle en a gardé une cicatrice sur la poitrine après l'ablation, et une relation ambigüe avec ce nouveau corps : « Je ne suis pas moins femme. Je n'ai pas moins d'envies sexuelles. Je ne pense pas donner moins envie. Sauf peut-être pour des hommes qui sont un peu limités, justement, à l'apparence physique. Cela peut, peut-être, choquer. Ça, je l'entends. Mais la féminité, cela passe aussi par autre chose que deux seins sur un corps », affirme-t-elle.  À l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, le docteur Sophie Wylomanski travaille justement sur ces questions avec des patientes. Chirurgien-gynécologue et sexologue, elle les rassure d'abord. Oui, il est normal que la sexualité soit perturbée pendant le parcours de soin, selon elle : « On sait que la chirurgie, les cicatrices vont donner des modifications de la sensibilité de la peau, mais également les rayons. Les rayons vont modifier la peau. On va avoir une sensation de peau cartonnée. On va adapter en fonction de leurs symptômes. L'hormonothérapie peut assécher les muqueuses. Cela peut être de la kinésithérapie, toutes les thérapies à médiation corporelle. Le cancer, c'est une épreuve qui vous est imposée, qu'on subit. Et du coup, on va généralement être totalement pris par cette annonce et par tout ce que le corps médical va demander de faire en vue de cette guérison. La libido, le désir sexuel, est vraiment lié à comment on se sent dans son corps et comment on estime son corps. Ce sont des choses qui vont pouvoir entraver le désir sexuel. » À lire aussiCancer du sein : pourquoi les patientes sont-elles de plus en plus jeunes? « Retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir » Bien souvent, la sexualité d'avant ne réapparait pas comme par magie une fois la patiente guérie. D'où l'importance d'un accompagnement sur la perception de soi, comme l'explique le docteur Sophie Wylomanski : « Il va falloir se réapproprier ce nouveau corps. Ce sera un corps différent, mais c'est un corps qui peut être beau. Et quand on voit justement l'art-thérapie et tout ce qu'on peut mettre en place, il y a des moyens d'aider les femmes à se réapproprier ce corps qui a été largement malmené. » C'est justement en suivant un atelier d'art-thérapie qu'Ysabelle-Rose a pu dépasser ses appréhensions. Dans le hall de l'hôpital Saint-Joseph, une exposition la met en scène aux côtés d'autres femmes. Elle nous montre fièrement la photo capturée à la fin de la séance : elle y pose entièrement nue, le corps recouvert d'un camaïeu de peinture violette. « Quand je l'ai faite, je me suis sentie divine. C'était vraiment très spirituel », reconnaît-elle. Un sentiment qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps. « Surtout depuis l'opération où il y avait une perte d'estime de soi très forte, précise-t-elle. Là, ça m'a vraiment permis de retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir. C'était vraiment très puissant. » Elle ajoute : « Là, ça y est. Je suis OK avec ça (se déshabiller devant un homme, NDLR). Je suis allée à la mer, à la piscine. J'ai vraiment l'impression que tout le monde me regarde des fois, alors que finalement, tout le monde s'en fout. Mais il y a quand même ce moment de... Et puis après, on le dépasse. Mais c'est un vrai travail intérieur. Déjà qu'on est complexées, nous les femmes, pour un rien : un bouton, une vergeture, ou un truc... Alors là, c'est vraiment puissant. » Dans le monde, 1 000 cancers du sein sont diagnostiqués chaque jour, ce qui en fait l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Mais c'est aussi l'un de ceux qu'on soigne le mieux, s'il est dépisté au plus tôt. À lire aussiOctobre rose: grâce à la recherche, «chaque forme de cancer du sein va avoir son traitement adapté»
France: un an après le casse du Louvre, où en est la sécurité dans les musées?
2026/10/18
Le vol des joyaux de la couronne, au sein du musée le plus visité au monde, a mis en lumière la fragilité de la sécurité des sites culturels qui doivent répondre à un défi : accueillir du public tout en protégeant les œuvres inestimables qu'ils exposent. Certains musées en viennent à conserver leurs pièces les plus précieuses dans leurs réserves, et à exposer des fac-similés, voire des photos. Pourquoi les musées sont-ils des cibles ? Assiste-t-on à une épidémie de cambriolages de musées ? Le problème de leur sécurité est-il insoluble ? La couverture en bronze de cet ouvrage est signée du grand peintre espagnol Salvador Dali. Elle a été dérobée dans la nuit du 4 au 5 octobre dans un centre privé d'art moderne à Issoire, en Auvergne. C'est le dernier cambriolage en date dans un musée français. Le lieu est actuellement fermé le temps de l'enquête, mais son propriétaire, Christian Karoutzos, ne compte pas le rouvrir. « Je ferme tout. J'en ai assez. Vous ne pouvez pas savoir le traumatisme que j'ai subi. C'est le travail d'une vie. Rien ne peut me consoler. Ils ont voulu le descendre par les escaliers, le livre a glissé. Les amateurs d'art, eux, prennent des précautions », fulmine-t-il. « Ce type de vols se multiplient, malheureusement. Les voleurs sont intéressés par la matière de l'œuvre et pas par la valeur patrimoniale », précise Me Célia Chauffray, avocate au barreau de Paris, spécialiste du marché de l'art et des biens culturels.  Si elle avance cette théorie, c'est que l'œuvre de Dali est composée de matières précieuses, possiblement revendues à la pièce ou fondues. Or, le prix du kilo d'or a été multiplié par cinq en 20 ans. Christian Karoutzos, l'été dernier, avait détaillé sa composition dans la presse locale. Il le regrette aujourd'hui. « Les perles de culture sur le côté, ainsi que des dents en or, des fourchettes en or et une quantité de pierres précieuses... », énumérait-il. « Le grand banditisme semble avoir déporté une partie de son attention vers les musées » « À l'instar de ce qu'il s'est passé au musée du Louvre, je pense que ce sont des gens qui agissent sur commande. Il faut quand même avoir a minima déjà les capacités techniques pour dessertir des pierres, pour faire fondre de l'or, et ensuite les connaissances sociales pour savoir où les revendre et à qui. Ce qu'on sait, c'est que le grand banditisme semble avoir déporté une partie de son attention vers les musées, avec un niveau de sécurité qui est bien moindre que celui des bijouteries-joailleries qui ont eux renforcé leur sécurité. Même chose pour les banques. Il n'y a plus d'espèces dans les banques, sauf cas très exceptionnels », détaille l'avocate. Contrairement à une idée reçue, la France n'assiste pas à une recrudescence des vols dans ses musées. On en compte en moyenne une vingtaine par an, depuis plusieurs années. En revanche, le cambriolage du Louvre a créé une onde de choc et renvoyé aux sites culturels l'angoisse de leur propre vulnérabilité. Stéphane Thefo est expert dans la sécurisation du patrimoine. Il y a un an, il espérait couler une retraite paisible quand le Louvre a été pris pour cible. Et depuis ? « Je n'arrête pas. Je n'ai jamais travaillé autant », confie-t-il. « Les réactions n'ont pas été à la hauteur de cette épée de Damoclès » Cela fait un an que le téléphone de Stéphane Thefo ne cesse de sonner. Des musées publics et privés l'appellent pour bénéficier de ses conseils : « Il n'a pas fallu attendre le Louvre pour voir un vol important commis. Mais le problème, c'est que les réactions n'ont pas été à la hauteur de cette épée de Damoclès. C'est vrai, c'est un problème qui est souvent avancé par les responsables. Ils n'ont pas l'argent pour. Moi, je m'inscris en faux. J'ai constaté à moult reprises que l'on pouvait élever le niveau de sûreté en ne prenant pas de grandes mesures. Ce qui a un coût, ce sont les vitrines. Mais sinon, dernièrement, on a eu une tentative de vol au musée Nissim de Camondo à Paris. L'alarme s'est déclenchée et a suffi à faire fuir le voleur. » Pour Stéphane Thefo, une meilleure prévention des risques est évidemment une réponse. Mais elle doit être aussi judiciaire pour Me Célia Chauffray : « Porter atteinte à une œuvre d'art, c'est faire disparaître quelque chose qui est unique et irremplaçable. Le droit n'en tient pas compte puisque, par le jeu des circonstances aggravantes, le vol du Louvre et le cambriolage d'une maison avec les mêmes circonstances aggravantes, la peine encourue est strictement identique. Donc le ratio bénéfice-risque est vite considéré. » Pour l'avocate, il faudrait que le vol d'objet d'art soit plus lourdement puni par la loi, et que des aménagements de peine soient possibles en échange d'informations sur les commanditaires. C'est le cas en Italie, où il existe un statut de repenti. À lire aussiLa sécurité des musées en France a été négligée, déplore la commission d'enquête
Les entreprises chinoises à la conquête de l'Europe au Mondial de l'automobile
2026/10/15
Depuis le début de la semaine et jusqu'à dimanche, à Paris, se tient le Mondial de l'Automobile. 60 exposants, avec cette année, pour la première fois, un tiers de constructeurs chinois. Une manière de montrer qu'ils entendent bien continuer d'investir massivement le marché européen. Mais face à cette offensive chinoise, les marques historiques et les politiques tentent d'organiser la riposte. Musique, éclairage, scénographie, on ne peut pas dire que les constructeurs chinois se soient faits discrets. Leurs stands rivalisent avec ceux des marques françaises et européennes, ils sont parfois même plus imposants. Le message est clair : les voitures chinoises partent à la conquête de l’Europe.  Dorothée Bonassies, directrice générale de la marque BYD France, leader chinois de l’électrique et de l’hybride, admet des objectifs de croissance agressifs entièrement assumés. « C’est vrai qu’on est fort d’une forte accélération sur cette année 2026. C’est vraiment un tournant. On progresse de plus de 150 % par rapport à l’année dernière, mais on va vite aussi sur le développement du réseau en France, souligne-t-elle. C’est très important pour construire la confiance des Français dans une marque. Il faut qu’ils nous voient, il faut qu’on soit présents sur le territoire français. Donc 130 concessionnaires aujourd’hui, l’objectif, c’est d’arriver à 200 d’ici la fin de l’année. Ça va très vite. » Mais alors, quel est le secret des géants asiatiques pour vendre leurs hybrides électriques aux consommateurs européens ? Jean Reno dans la publicité pour le chinois Jaecoo contribue peut-être à augmenter les ventes. Mais l’une des raisons principales, c’est le prix. En moyenne, les voitures chinoises sont 20 % moins chères que les européennes. « Même si, effectivement, aujourd’hui beaucoup de clients regardent les marques chinoises en se disant qu’elles vont être plus abordables, à aucun moment un client français ne sera prêt à faire de compromis sur la qualité du produit qu’il va acheter. On ne peut pas mettre 25 000 ​​​​​​ € à 35 000 € dans un véhicule en se disant : "C’est plus accessible, mais c’est pas grave si la qualité n’est pas là", analyse Lionel French-Keogh, directeur du groupe Chery France, premier exportateur de voitures chinoises et maison-mère de Jaecoo et Omoda. Donc quand on combine la qualité, la technologie, l’écologie et le prix, évidemment, c’est pour toutes ces raisons-là aujourd’hui que les clients français basculent vers des constructeurs chinois. De nouveau, les véhicules neufs sont accessibles. » À lire aussiMondial de l'Auto: les constructeurs de voitures jouent-ils le jeu de l'électrification? De plus en plus de voitures chinoises vendues en Europe Aujourd’hui, une voiture sur dix vendue en Europe est chinoise. Une tendance qui devrait s’amplifier. Mais les marques européennes ne restent pas les bras croisés. Et s’il est difficile de lutter sur le prix, les constructeurs historiques ont plus d’un tour dans leur sac. Au milieu du stand, une voiture bien connue trône fièrement sous les projecteurs. La 2 CV, couleur orange acidulée modernisée, fait son grand retour. Et ça n’a rien d’un hasard. Face à la concurrence asiatique, maintenir le lien historique avec les Français est primordial. « Cela peut évidemment passer par là, c’est-à-dire l’héritage, la connexion avec les Français. On a besoin d’émotion, on a besoin de joie de vivre, insiste Caroline Malléus, responsable du produit et de la stratégie chez Citroën et DS. Et c’est ça qu’elle exprime, cette voiture. Elle exprime les copains, la joie, la liberté, toutes ces choses-là. Et encore une fois, dans le contexte actuel, c’est encore plus important. » Jouer sur la préférence nationale ou européenne, c’est la stratégie des constructeurs historiques, appuyée par Bruxelles, qui veut freiner les exportations de véhicules chinois sur le continent. Mais là encore, les géants asiatiques ont trouvé la parade. « On a repris une usine en Espagne, à Barcelone, pour pouvoir y produire des véhicules spécifiquement pour le marché européen. Donc, quelle que soit la réglementation mise en place, que ce soit en France ou en Europe, le groupe va s’adapter, explique Lionel French-Keogh. Parce que notre volonté de prendre pied sur le marché français et européen est extrêmement forte. Et donc, s’il faut le faire en ayant des usines en Europe, on le fera. » Mais construire en Europe risque de rendre les marques chinoises moins bon marché, à condition que ces usines ne deviennent pas de simples chaînes d’assemblage de pièces fabriquées en Asie. À écouter dans 8 milliards de voisinsDe l’âge d’or à la crise: comment la voiture a façonné nos villes… et nous enferme aujourd’hui
À Mayotte, les chiffres alarmants de la mortalité infantile
2026/10/14
Le 15 octobre marque la journée mondiale du deuil périnatal. Ces décès, survenus pendant la grossesse ou dans les semaines qui suivent, concernent plusieurs milliers de familles chaque année. Au niveau national, le taux de mortalité périnatale atteint 11 naissances sur 1 000. Mais à Mayotte, ces taux atteignent 18,7. Des chiffres encore plus inquiétants si on se penche sur la mortalité infantile, 2,5 fois supérieure à celle observée dans l'Hexagone. De notre correspondante à Mayotte, Dans la salle d’attente du cabinet d’Estelle Abel, sage-femme à Chirongui dans le Sud de Mayotte, les patientes arrivent aux aurores pour ne pas rater leur rendez-vous. Parmi elle, Sidirati, 30 ans, est enceinte de son sixième enfant. En cette fin de grossesse, la maman va deux fois par semaine dans ce cabinet pour effectuer un monitoring, une opération de contrôle du cœur du bébé. Si Sidirati est suivie de si près, c’est parce qu’en 2016, elle a perdu un bébé au 9ᵉ mois de grossesse. À Mayotte, en 2024, on enregistrait 159 morts périnatales, c'est-à-dire de fœtus in utero à plus de 22 SA (semaines d’aménorrhée) et de bébés jusqu'à 6 jours de vie, et 94 décès survenus avant le premier anniversaire (mortalité infantile). Si on compare, les taux de mortalité en périnatalité sont de 18,7 naissances sur 1 000 à Mayotte contre 11 au niveau national. Et de 10,55 sur 1 000 concernant la mortalité infantile contre 4,08 pour la moyenne nationale, selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France. Un bébé a donc 2,6 fois plus de risque de mourir avant ses un an à Mayotte que dans l'Hexagone, d’après les derniers chiffres de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). À écouter dans Priorité santéLa prématurité : principale cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans À Mayotte, plusieurs causes de mortalité s'additionnent  Mayotte est surnommée la plus grande maternité de France en raison du nombre élevé de naissances annuelles : 8 900 en 2024, soit un taux de natalité de 27,8% contre 9,6% au niveau national. Parmi les patientes, beaucoup arrivent sur le territoire français sans avoir pu obtenir de suivi durant leur grossesse, empêchant ainsi de diagnostiquer d’éventuels problèmes sur le fœtus. Selon certaines professionnelles, les croyances religieuses jouent aussi un rôle et induisent un faible taux d’interruption médicale de grossesse, ce qui entraine des naissances de bébés non viables. Surtout, le difficile accès aux soins constitue un facteur aggravant. Dans l’archipel, l’unique maternité est sursollicitée et la fermeture en 2023 de deux maternités situées dans les dispensaires de Dzoumogné (nord) et de Mramadoudou (sud) a réduit les lieux d’accouchement. À cela, il faut ajouter qu’on ne compte qu’une seule gynécologue obstétricale installée en libérale et les sages-femmes sont rares, comme le raconte Estelle Abel : « On a dû se limiter à 15 nouveaux suivis de grossesses par mois parce qu’une sage-femme est partie il y a quelques mois », regrette la professionnelle. Installée à Mayotte depuis 19 ans, elle encourage les praticiennes à venir exercer sur le territoire. Dernière cause de cette mortalité importante, une précarité très marquée, des conditions de vie et d’hygiène défavorables ou encore un accès à l’eau potable de plus en plus complexe. Ces conditions de vie précaires entrainent aussi un autre chiffre préoccupant, celui de la mortalité maternelle : à Mayotte, il s’élève à 30,9 sur 100 000 naissances quand il est de 11,1 au niveau national. À lire aussiMortalité infantile: pourquoi la France a-t-elle l’un des taux les plus élevés d’Europe?
Mobilisation lycéenne en France: un déclic politique pour des jeunes avant la présidentielle
2026/10/13
La mobilisation des lycéens français s’impose comme un déclencheur pour de nombreux jeunes initialement indécis ou distants de la politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Reportage. Le faible crachin qui recouvre Paris n’a pas dissuadé les élèves des lycées Maurice-Ravel et Hélène-Boucher de se mobiliser encore, mardi 13 octobre. Mitoyens, les deux établissements de l’est de la capitale sont deux points chauds de la mobilisation lycéenne depuis les premiers jours de protestation. Aucun élève n’est accueilli, très peu de cours sont assurés. Mais cette fois-ci, les entrées des deux lycées ont été laissées tranquilles. C’est en travers du cours de Vincennes, principale artère du quartier, que poubelles, barrières et palettes de bois ont été disposées. L’avenue est presque vide, la circulation est coupée. Une bonne centaine de lycéens occupent la chaussée, dans le calme, sous l’œil attentif des forces de l’ordre. En classe de première, Zaïnabe, 15 ans, observe la scène. Cette mobilisation, pour elle, est une première. Jusqu’à présent, elle se préoccupait très peu des débats politiques. « J’aurai le droit de vote dans trois ans, donc je me disais que j’avais encore le temps de m’intéresser à ces choses-là », explique la lycéenne. Mais ça, c’était avant l’expérience de la rue et les trois semaines de mobilisation avec ses camarades, qui ont provoqué chez elle un éveil politique : « Il y a eu un déclic. Désormais, j’ai envie de m’informer, de savoir ce qui se passe, pourquoi, comment… Je regarde beaucoup plus les informations, les débats, ce que proposent les partis politiques dans le cadre de la campagne électorale, précise-t-elle. Moi, ça m’intéresserait d’en savoir plus pour débattre, avoir mes propres idées, mes propres opinions. » À lire aussiMobilisation lycéenne en France: comment la désinformation alimente les tensions S’affirmer politiquement La mobilisation permet à de nombreux lycéens de mieux comprendre certains enjeux, de parler politique pour la première fois et pas uniquement entre eux, explique Olivia*, en classe de terminale : « On ne comprenait pas pourquoi l’économie fonctionnait aussi mal dans l’éducation publique, surtout dans les banlieues. Ce qui m’a aidée à comprendre, c’est le fait d’en parler, mais pas seulement avec des lycéens : aussi avec les syndicats et les députés qui viennent nous voir, souligne la lycéenne. Quand on parle, on commence à comprendre comment fonctionne la politique française. » Si la mobilisation permet à certains de se familiariser avec la politique, elle agit aussi sur ceux qui se disent déjà politisés. C’est le cas de Robin, 17 ans. Il votera pour la première fois à l’élection présidentielle de 2027, et ce mouvement le pousse à réévaluer l’utilité de son vote : « J’avais déjà conscience que le vote a un impact, mais c’est plus fort avec cette mobilisation. Avant, je me disais que je voterais comme les adultes ; maintenant, je me dis que je voterai comme les jeunes qui voteront avec moi. » Comme Robin, Marguerite, 18 ans, a déjà une expérience politique. Mais, pour elle aussi, la mobilisation a été un révélateur : « Ça m’a donné plus de motivation pour me lever, venir dire des choses, mettre des mots sur ce que je pensais et revendiquais », explique cette élève de terminale. Pour elle, l’affirmation est passée par le verbe. Il y a quelques jours, elle s’est permise de prendre la parole devant ses camarades lors d’une assemblée générale : « Devant mon lycée, avec un mégaphone, j’ai expliqué pourquoi on était là. C’était la première fois que je prenais la parole à froid devant tout le monde. C’était bien, j’étais contente. Je pense avoir bien parlé, avoir dit de bonnes choses. Les gens avaient l’air contents, mais, pour moi, ça a été stressant. » Stressante, mais réussie. Nul doute que cette prise de parole l’encouragera à saisir de nouveau le mégaphone lorsque l’occasion se représentera. * Prénom modifié à la demande de l’intéressée À lire aussiDIRECT - Mouvement lycéen en France: environ 480 000 manifestants selon l'intersyndicale, des heurts éclatent à Paris
France: les policiers municipaux de Montrouge se forment pour mieux accueillir les femmes victimes de violences
2026/10/13
Ce 12 octobre 2026, l'Assemblée nationale vote de manière solennelle la loi intégrale pour protéger les victimes des violences sexistes et sexuelles. Mieux former la police municipale aux violences faites aux femmes, c'est l'un des dispositifs prévus par cette loi. À Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, c'est la première fois que ce programme est organisé à l'hôtel de police municipale Clarissa Jean-Philippe. Quelle différence entre conflits et violences ? Quels sont les mécanismes d'emprise ? Autour de la table, huit policiers municipaux de Montrouge, tous volontaires, écoutent attentivement ce cours dispensé par le Centre Hubertine Auclert, un organisme spécialisé dans la lutte contre les violences faites aux femmes. L'une des formatrices l'explique : dans l'urgence, les victimes poussent la porte du poste de police. « Sauf que vous imaginez bien comment elles se présentent dans ces moments : pas forcément en capacité de s'exprimer normalement. Elles vont être sous la terreur, blessées, donc ce ne sont pas les moments les plus opportuns pour prendre une plainte », dit-elle. Cette police de proximité est en première ligne, comme le confirme David Maniak, chef de la police municipale de Montrouge : « On a des victimes qui arrivent au poste, elles sont accueillies, on essaye au maximum de les rassurer. On l'accompagne au commissariat. Après, derrière, c'est la police nationale qui prend le relais. Par contre, quand on va à domicile, on a les mêmes choses. On doit toujours rendre compte à un officier de police judiciaire. Donc on essaye d'écarter la victime de son milieu, de l'accompagner, de l'orienter. Parce que c'est parfois difficile de la convaincre d'aller déposer plainte. Nous, on leur conseille de le faire parce qu'une fois qu'elles ont été victimes de violence, on va dire qu'à 99 % du temps, ça recommence. Donc on les oriente pour qu'elles aillent vraiment déposer plainte. On essaie de faire au mieux pour pouvoir aider toutes ces personnes. » À lire aussiViolences faites aux femmes en France: un fléau sociétal qui traverse les siècles Faire au mieux, ce n'est pas toujours évident, comme en témoigne, lors de cet atelier, cette policière qui n'a pas pu recueillir la plainte d'une victime : « Vu qu'elle était dans un état second, on a dû appeler les pompiers pour l'emmener à l'hôpital. Le commissariat devait rentrer en contact avec elle pour prendre sa plainte et faire le nécessaire. Sauf que cela n'a pas été fait. » Un cas concret auquel répond la formatrice : « Dans ces situations, par exemple, vous pouvez appeler notre centre. Si jamais il n'y a pas eu de plainte, nous, on peut refaire ce travail de plainte. Notamment avec la nouvelle loi, ce qui est prévu – et déjà en expérimentation sur certains hôpitaux –, c'est la possibilité pour les victimes de porter plainte directement à l'hôpital. » Ce sont des informations essentielles qui ne sont pas toujours connues des policiers. D'où l'intérêt de ce programme de sensibilisation pour l'accueil et l'accompagnement des victimes de violences intrafamiliales, coordonné par le centre Hubertine Auclert. « Avec la région Île-de-France, on est parti d'un principe de se dire que si on va former les policiers municipaux et nationaux avec des associations locales, comme on le fait avec le centre Hubertine Auclert, cela nous permet d'agir tout de suite et de pouvoir orienter la victime vers les bons endroits. Nous, centre Hubertine Auclert, on l'a dit, on pourrait aller plus loin. C'est-à-dire que, parfois, on sent bien que certaines victimes sont accueillies et que leurs propos sont pris un peu trop à la légère », regrette Charlotte Belledent, la présidente. « La problématique, ce n'est pas qu'elles sont mal accueillies, c'est que nous n'avons pas cette formation dans notre base de policiers. Si on ne va pas nous-mêmes chercher la formation, on ne peut pas avancer », poursuit David Maniak, qui avance pas à pas sur le sujet. La police municipale de Montrouge s'est dotée ainsi d'un référent sur les violences faites aux femmes. Cette formation viendra compléter leur dispositif. Et à l'avenir, la police municipale souhaiterait que ce programme soit inscrit dans leur parcours de formation en continu au centre national de la fonction publique territoriale. À lire aussiViolences faites aux femmes en Europe : écouter, protéger, accompagner
En Guyane, l'orpaillage illégal dégrade la vie des populations et ravage durablement les forêts
2026/10/11
Depuis quelques années, la Guyane subit une nouvelle ruée vers l'or. Dans un monde en crise, le prix du métal jaune, valeur refuge par excellence, ne cesse de grimper. Il a dépassé les 150 dollars le gramme début 2026, contre 20 dollars le gramme dans les années 1980. Aujourd'hui, plus de 600 sites d'orpaillage illégal sont recensés dans le département français recouvert de forêt équatoriale. Un trafic en lien avec le Brésil et le Suriname voisin aux lourdes conséquences pour la sécurité et la santé des populations locales, mais aussi pour l'environnement. Sous les huées des habitants de Camopi, et en plein jour, une pirogue passe en trombe sur l'Oyapock, le fleuve qui traverse le village et qui marque la frontière avec le Brésil. À son bord : des garimpeiros, des chercheurs d'or illégaux. La scène, filmée par des villageois est devenue courante, selon, maire de Camopi, Laurent Yawalou : « Les chercheurs d'or, ce sont des personnes  sans état d'âme. Ils montrent leur armes en passant dans les villages pour montrer qu'ils sont les plus forts. » Et depuis quelques années, des factions brésiliennes ultra-violentes étendent leur influence sur l'orpaillage illégal : « Et il y a le trafic humain, le trafic d'armes, la drogue. Il y a tout. » La population locale, majoritairement amérindienne, est à bout. Car outre le risque sécuritaire, l'orpaillage a un grave impact sur la santé. Pour extraire l'or du sol et amalgamer les paillettes entre elles, les garimpeiros utilisent en effet du mercure, un métal lourd qui empoisonne l'eau et les poissons consommés par les habitants : « l y a des femmes qui accouchent avec des anomalies du fœtus, des enfants handicapés, etc. Toutes les criques, là où on pêche, sont souillées. Notre zone de chasse, notre zone de vie, la pollution est partout. On n'en peut plus. » Près de 600 soldats et gendarmes sont déployés sur le terrain pour lutter contre l'orpaillage. Mais l'opération Harpie ne parvient qu'à contenir le phénomène et pas à le faire reculer, analyse Laurent Kelle, responsable du bureau de WWF Guyane : « On voit mal comment un seul territoire dans la région pourrait réussir tout seul à résorber ce phénomène. Ici, il faut impérativement travailler un minimum avec les pays voisins ; 95% de la main d'œuvre des gens impliqués dans leur paillage illégal vient du Brésil. Et pas forcément uniquement du territoire frontalier de l'Amapa ; 50% de cette population vient du Marignan, donc ils font une migration économique de plusieurs milliers de kilomètres avant d'arriver en Guyane. Donc c'est vraiment très organisé. Et 80% de la logistique vient du Suriname. » « Des impacts qui vont durer des dizaines d'années, voire des siècles » Et c'est depuis le Suriname aussi que l'or est revendu, explique Mathieu Guyomat, coordinateur de Guyane Nature Environnement : « Via des comptoirs de revente qui vont blanchir l'or via un canal qui passe par ensuite les Émirats arabes unis pour ensuite aller soit vers la Russie, soit vers la Chine. Les circuits sont maintenant bien connus. » Et la pollution n'est pas le seul impact environnemental des mines, dénonce le militant. Car même l'orpaillage légal, qui n'utilise pas de mercure, défigure la forêt. Il nous emmène le constater sur un site pourtant à l'abandon depuis dix ans. L'ancien cours d'eau qui charriait les pépites a disparu. Le sol de terre rouge est encore à nu par endroits, ou à peine recouvert de broussailles. « On est quand même dans la forêt amazonienne. Le sol est tellement déstructuré que la végétation ne reprend pas. Ce sont des impacts qui vont durer des dizaines d'années, voire des siècles », prévient Mathieu Guyomat. Et il craint que ça ne soit qu'un début : « On commence à avoir des demandes de permis d'exploration, de recherches sur des métaux dits stratégiques. Il y a le lithium, le coltan, le manganèse, etc. On peut voir ce qui se passe chez nos voisins au Suriname : les énormes mines qui ne sont certes que liées à l'or, mais on voit l'impact que ces mines ont sur l'environnement. Là, on ne parle plus de destruction de rivières, on parle de destruction de centaines d'hectares, de milliers d'hectares, donc des énormes trous qui vont descendre à 100 ou 150 mètres de profondeur et qui vont laisser des cicatrices durables au sein de la forêt. » Un inventaire des ressources minérales de Guyane est en cours. Il doit livrer ses résultats d'ici 2030, avant l'éventuel démarrage de nouveaux projets miniers. À lire aussiEn Guyane, la lutte contre l'orpaillage illégal a atteint «un plafond de verre»
Santé: les aidants ont besoin d'«être vus, entendus et reconnus», confie Pauline Mangin, mère d'une fille handicapée
2026/10/08
En France, nous sommes en pleine semaine nationale des aidants. Il s'agit de mettre en lumière le rôle fondamental et difficile de celles et ceux qui accompagnent quotidiennement un proche fragilisé. Quinze millions de personnes soutiennent, accompagnent, apportent une aide irremplaçable dans la vie quotidienne d'un de leurs proches. Si la loi clarifie petit à petit leur statut, il reste beaucoup à faire pour les soulager. Laurence Théault a recueilli le témoignage de Pauline Mangin sur son rôle d'aidante. Elle est l'auteure d'un guide à l'intention des familles d'enfants handicapés. Sur la photo, les yeux en amande de Marilou fixent l'objectif. La petite fille dans un demi-sourire semble intriguée. Marilou, 5 ans et demi, est porteuse d'une condition génétique rare : elle a un petit bout de chromosome en moins, ce qui entraîne des retards dans son développement. Pauline Mangin, 38 ans, brosse un rapide portrait de sa fille : « C'est la petite meuf la plus cool de la planète. Elle a une intelligence émotionnelle hyper importante. Ma fille ne parle pas, elle communique autrement et tout le monde la comprend très bien. » Une maman est par définition une aidante, mais Pauline refuse de parler de « super aidante » parce que sa fille est handicapée. « J'ai commencé à comprendre le rôle d'aidante en ayant mon fils valide, qui a deux ans et demi d'écart avec ma fille. Je me suis rendu compte que non, dans la parentalité, on n'avait pas besoin d'aller 12 fois par semaine chez tous les spécialistes du monde. Là, j'ai pris conscience de ce mot ''aidante''. Effectivement, on ne peut pas nier le fait que nos parentalités sont différentes et beaucoup plus complexes », confirme Pauline Mangin. Le couple perçoit une aide financière de 460 euros par mois, bien loin de ce qui est nécessaire au quotidien pour s'occuper d'une enfant handicapée. « On pallie tous les manquements de l'État. On se retrouve à porter 18 casquettes en une journée, le tout avec notre rôle de parent. On devient un peu le mouton à cinq pattes recherché dans les startups avec énormément de compétences parce qu'on devient chauffeuse de taxi, infirmière, avocate, juriste, assistante sociale, etc. Tout cela est administratif, kafkaïen. Ces blocages constants, ces combats nous empêchent de passer un temps précieux avec notre fille hors du handicap, pour développer ses goûts, sa personnalité. Il faut du temps pour le plaisir. La solution, c'est le temps pour soi : une maman épanouie sera toujours meilleure qu'une maman qui se sacrifie constamment », affirme-t-elle. C'est pour répondre à toutes ces difficultés rencontrées que Pauline Mangin a écrit un guide très complet à l'intention des femmes d'enfants handicapés. « Au début, j'ai eu du mal à demander de l'aide parce que je suis perfectionniste, parce que j'avais envie de tout bien faire, parce que j'avais l'impression d'être une mauvaise mère. En fait, si je me faisais aider, j'avais aussi peur que ça me prenne limite plus de temps de leur raconter comment était ma fille, comment elle interagit, d'assurer sa sécurité que de déléguer », confie la maman. Avec le temps, elle a compris que Marilou avait besoin d'autres personnes pour grandir. Pauline a dû quitter un poste prestigieux. Aujourd'hui, elle ne peut travailler que 20 heures par semaine. À titre d'exemple, les rendez-vous médicaux lui prennent 10 heures de son temps. La jeune femme revendique son rôle d'aidante : « Je demande que l'on soit vu, entendu et reconnu aussi. Il n'y a pas de statut d'aidant. On est mère aidante ou père aidant comme on est mère au foyer. Pour info, il y a 57% des mères d'enfants handicapés qui arrêtent ou diminuent leur carrière. Moi, je l'ai fait.   Fort de son expérience, Pauline Mangin signe un guide pratique, concret et résolument optimiste, pour accompagner tous les parents d'enfants handicapés.  Le guide des familles d'enfants handicapés de Pauline Mangin, illustré par Aurélien Jeanney, publié aux éditions Vuibert, 224 pages, 22 euros. À lire aussiHandicap en France: Emmanuel Macron annonce une nouvelle stratégie qui laisse les associations «frustrées»
En France, un salarié sur trois dit avoir déjà subi une situation de harcèlement au travail
2026/10/07
Les salariés français souffrent toujours autant de harcèlement au travail, qu'il soit moral ou sexuel. Un statu quo révélé ce mois-ci par une étude réalisée par Qualisocial, un cabinet spécialisé dans la qualité de vie au travail. L'institut de sondage Ipsos BVA a interrogé 2 000 actifs, avec des données qui sont les mêmes qu'il y a quatre ans lors de la précédente étude. Le phénomène de harcèlement au travail a beau être mieux connu, il est toujours aussi difficile à être identifié par les salariés et géré par les entreprises. Dans son pays d’origine, la Bulgarie, Andriana était ingénieur en menuiserie, mais arrivée en France, ses qualifications ne sont pas reconnues. Elle ne parvient à trouver qu’un poste d’agent de production dans une entreprise de l’Ouest du pays. Elle signe un premier contrat temporaire, il y a deux ans, et l’enfer pour elle commence. Elle raconte qu’une dizaine de collègues hommes, avec lesquels elle partage son atelier, se moquent quotidiennement d’elle. Ils imitent son accent, l’accusent de ne pas être vraiment française alors qu’elle a été naturalisée, raillent sa petite taille et l’accusent de mentir sur son niveau de qualification. « À la fin, c’était beaucoup plus agressif, se souvient la quadragénaire. Ils se sont mis à voler mes outils de travail. J’ai pleuré chaque jour, pendant le travail, une fois rentrée chez moi et je partais au boulot la boule au ventre. » À écouter dans Le débat du jourSouffre-t-on de plus en plus au travail? Des salariés plus confrontés que d’autres au harcèlement Nous avons soumis ce témoignage à Maria Magdalena Toma, consultante spécialisée en santé psychologique au travail pour le cabinet Qualisocial, à l'origine de cette étude sur le harcèlement professionnel. Cette consultante préfère d'emblée parler de « victime présumée », car 77 % des professionnels ont encore du mal à reconnaître une situation de harcèlement. Et c'est à ses yeux un premier problème. Ce qui retient aussi son attention, c’est le profil d’Adriana : « Il pourrait correspondre aux critères des populations qui se disent les plus confrontées à des comportements inappropriés au travail, précise-t-elle. Il s’agit d’une salariée qui se déclare être femme, avec un premier contrat en CDD et aussi en raison de son origine. » Maria Magdalena Toma ajoute que les jeunes, les 18-25 ans, sont les actifs qui se disent le plus soumis au harcèlement. Des canaux mal connus Adriana va en effet attendre d’être embauchée dans cette entreprise de menuiserie avant de se décider à parler des agissements dont elle souffre dans son atelier. Il y a bien dans les couloirs de sa société des affiches qui indiquent le nom de « référents harcèlement », mais elle ne parvient pas à les identifier et à les contacter. En France, certains types d'entreprise ont l'obligation légale d'avoir un « référent harcèlement ». Mais selon le baromètre Qualisocial, seul un tiers des actifs choisirait le bon canal de signalement. Adriana choisit donc d’alerter son responsable et les ressources humaines de son entreprise, mais faute de témoignages nominatifs de collègues, aucune enquête n’est enclenchée. Plus de la moitié des salariés, interrogés pour cette étude sur le harcèlement au travail, disent craindre des représailles. Les craintes sont plus importantes encore chez les femmes, et dans le public plutôt que le privé. Retrouvez le Conseil santé :Comment évaluer la violence au travail pour pouvoir la nommer et la dénoncer? Un contexte de travail favorable au harcèlement Pour Maria Magdalena Toma, spécialiste de santé mentale au travail, mener une enquête sur le cas précis d’Adriana et ses collègues d’atelier n’aurait pas suffi à lutter contre le phénomène au sein de cette société. « Le plus utile, mais aussi le plus difficile, détaille-t-elle, c’est de remettre en question le contexte et l’organisation du travail qui ont été d’une certaine manière facilitatrice de la situation. La plupart du temps, il ne s’agit pas d’un salarié qui a voulu faire du mal à un autre. C’est parce qu’on ne s’est pas rendu compte, parce qu’on s’est laissé embarquer dans un engrenage ou parce que c’étaient des comportements qui étaient normalisés. » Cela explique en partie le manque de prise en charge des situations de harcèlement en entreprise. Elles nécessitent une remise à plat de fonctionnements souvent bien installés et de mener des enquêtes internes, qui puissent respecter confidentialité et impartialité. Face au manque de formations des managers, le cabinet Qualisocial recommande l'intervention d'acteurs extérieurs à la société. À écouter dans L'invité d'Afrique midi«Il faut que la loi évolue» face au harcèlement au travail en Afrique de l'Ouest
En France, les contrôles aux frontières ont augmenté à la suite de la crise à Ceuta
2026/10/06
Le 30 juillet, plus de 70 000 personnes ont pénètré irrégulièrement en quelques heures sur le sol espagnol, au nord du continent africain, dans l'enclave de Ceuta, frontalière du Maroc. La scène a marqué l'Europe entière. En France, le ministre de l'Intérieur a rapidement annoncé l'envoi de renforts pour contrôler les frontières. Deux mois après ces annonces, l'augmentation des contrôles est bien visible.  De notre envoyée spéciale à Menton, Vintimille, dernière ville italienne avant la France. Au siège de l’association Caritas, une poignée de jeunes gens veulent tenter de traverser la frontière. Abderrahmane a 32 ans. Il est algérien et souhaite rejoindre ses proches à Paris. Mais depuis cet été, les points de passage sont encore plus contrôlés par la police aux frontières françaises, selon l’association italienne. « Les deux dernières semaines, on a pu constater une présence plus forte des forces de l’ordre, explique-t-il, de différents types de forces de l’ordre à la frontière, entre 60 et 70 réadmissions à la frontière par jour. » À lire aussiPacte européen asile et immigration: les conséquences en France Dix kilomètres plus loin, à la frontière, un barrage, un hélicoptère, des policiers qui jettent un œil dans certains véhicules. Les personnes qui n’auraient pas les bons documents sont renvoyées vers l’Italie après une garde à vue dans un préfabriqué. Rétablis en 2015 pour lutter contre le terrorisme, les contrôles aux frontières n’ont pas cessé depuis dix ans. Agnès Lerolle est en observation pour la Cafi, un réseau pour le droit des personnes exilées. « L’Italie en face se trouve vraiment à quelques mètres, donc juste après les policiers. Donc ça ne fait pas 30 mètres après le poste. On voit là quelqu’un qui vient de se faire refouler, un monsieur qui marche, montre-t-elle, je l'ai vu sortir du poste. Selon ce que nous disent les associations et selon même ce que parfois dit la police, ils savent que les personnes réessayent et souvent, finalement, parviennent à franchir la frontière, mais en prenant souvent plus de risques ou en payant des passeurs. Et en plus, souvent, il n’y a pas accès à un avocat. Donc c’est assez compliqué à contester. Et ça, ça fait quand même des années que ça dure, que nous, on considère qu’il y a des procédures illégales. Chaque jour. » À lire aussiCeuta: des milliers de migrants livrés à eux-mêmes et un renforcement des mesures de sécurité « Il y a des accidents, il y en a qui se font écraser » L’association dénonce des contrôles discriminatoires, notamment dans les trains. Pour cet habitant de Menton qui vient de traverser le barrage, pas de contrôles effectués. « Non, maintenant on est habitué. Donc j’en ai vu pas mal qui étaient là-bas, qui m’ont demandé : "Est-ce qu’on peut passer ?" Je leur ai dit oui, il n’y a pas la police, raconte-t-il. Il y a eu beaucoup d’accidents au niveau des rails, donc ils passent par le tunnel. Donc à chaque fois, les trains doivent ralentir. Il y a des accidents, il y en a qui se font écraser. Oui, il y a plus de drones, il y a plus d’hélicoptères, donc les moyens sont plus forts. Mais ça rassure tout le monde, ces contrôles-là. » Au nom de la protection de la vie privée, la Ligue des droits de l’Homme a demandé au tribunal administratif d’annuler l’autorisation d’utiliser des drones. De son côté, la police aux frontières n’a pas souhaité s’exprimer sur les opérations menées. À écouter, notre série de podcast des Médias francophones publicsNous, migrants
Les lycéens solidaires manifestent pour dénoncer leurs conditions d'étude
2026/10/05
Ce mardi 6 octobre est marqué par une nouvelle journée de mobilisation à l'échelle nationale dans la lignée de la contestation initiée par les lycéens. Les syndicats lycéens appellent aujourd'hui à un acte 3 de leur mouvement de protestation. Ils réclament plus de moyens humains et matériels pour leurs établissements, dénoncent l'insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et un manque de personnel. À Paris, le cortège doit s'élancer à partir de 14 heures de la place de la République. De nombreux lycéens vont prendre part à cette manifestation.  Lyna est en classe de terminale, mobilisée depuis une semaine devant son établissement. Cette manifestation est l’occasion de partager ses revendications avec d’autres lycéens. « En vrai, j’ai hâte parce que c’est important aussi qu’on se soutienne les uns les autres, qu’on montre qu’on est ensemble, qu’il n’y ait pas de divisions », souligne-t-elle. Faire cause commune, c’est aussi ce qui motive Neva, 16 ans et pleine d’espoir. « Je ne vais pas vous mentir, je suis surtout excitée. J’ai hâte, admet-elle. En fait, il y a beaucoup de joie dans cette mobilisation et c’est très beau à voir, très touchant et c’est vraiment agréable de voir tous ces jeunes qui se mobilisent pour leur futur et le futur des autres. » À ses côtés, Eva acquiesce. Scolarisée dans un lycée favorisé, elle ne va pas manifester pour elle, mais en solidarité avec les lycéens des quartiers populaires. « Je ne peux pas me sentir aussi légitime que ceux qui ont des rats, de l’amiante, des plafonds qui tombent, etc. Mais c’est avant tout un mouvement pour les autres, pointe-t-elle, et je trouve ça aussi très beau que les gens se mobilisent avant tout pour les autres, même quand ils sont plus ou moins concernés par ces enjeux. » À lire aussiBlocage des lycées en France: la LDH dénonce une «dérive globale par rapport à l'État de droit» de la police « C’est notre moyen de nous faire entendre, de dire ce qu’on a à dire » Participer à une manifestation est l’une des seules façons de se faire entendre pour ces jeunes, dont beaucoup n’ont pas encore l’âge de voter. C’est le cas de Lyna. « Moi, par exemple, je vote aux prochaines élections. Du coup, je me dis que c’est un petit peu le moment de commencer à s’intéresser à la politique, à ce qui se passe dans mon pays », s'exclame la lycéenne. Manifester, « c’est notre moyen de nous faire entendre, de dire ce qu’on a à dire, de montrer qu’on est là, poursuit-elle, et de dénoncer d’autres choses qui se passent en France, qui ne nous plaisent pas en tant que jeunes, en tant que la future génération. » Pour nombre d’élèves comme Neva, cette manifestation sera une première. Alors depuis plusieurs jours, elle suit attentivement les préparatifs. « On est dans des groupes de discussion, on organise des assemblées générales pour se réunir. Les représentants de chaque lycée se retrouvent, on essaie de parler avec les principaux des lycées, etc., liste-t-elle. On fait des pancartes, on fait des banderoles. Oui, il y a une vraie préparation en fait pour ce genre de mobilisation. » Si la motivation est là, certains redoutent un dérapage de la manifestation, des cas de violences policières. « Je ne vais pas vous dire qu’on n’a pas peur. On a peur. Quand on voit des flics, on est à l’affût, on fait attention », dénonce-t-elle. Alors, en plus de son mégaphone et de sa pancarte, Lyna aura dans son sac une petite trousse de secours avec tout le nécessaire en cas de besoin. Sa mère lui a aussi donné quelques conseils : « Les règles de base : quand tu vois que ça s’agite trop, tu pars. Il ne faut pas rester en retrait, faut pas rester seule. Tu ne prends pas de risques, mais tu montres que tu es présente, que tu te mobilises. » Des recommandations qui rassurent un peu Lyna. Mais ce qui la motive réellement, dit-elle, c’est de savoir que sa mère la soutient pleinement dans ses revendications. À lire aussiBlocage des lycées en France: 1747 interpellations ce vendredi, un «acte 3» prévu mardi
En France, ne plus pouvoir faire face à ses besoins alimentaires et résidentiels, une réalité en hausse
2026/10/04
Il n'y a jamais eu autant de pauvres en France, c'est ce qui ressort d'une étude scientifique publiée ce lundi 5 octobre. Réalisée par cinq chercheurs en économie, elle mesure l’impact des politiques publiques sur la pauvreté. Cette étude a pu se faire à partir d’une base de données inédite issue de la plus grande association d’aide alimentaire en France : les Restos du Cœur. Ce rapport exceptionnel basé sur des observations de terrain permet d’analyser les déterminants de l’extrême pauvreté, et donc d'étudier la pauvreté d’une manière bien plus pertinente que les données théoriques. Sur des tables de ce Resto du Cœur du Xᵉ arrondissement, on trouve des conserves, des paquets de pâtes ou de biscuits. Plus loin, dans la salle d’à côté, des fruits frais et des légumes. C’est là aussi que yaourts et laitages réfrigérés sont proposés. Dans son caddie, Mariam a récupéré « du lait. J’ai aussi des crevettes. J’ai des pommes de terre. Des pâtes. J’ai des fruits. Des pêches. En même temps, un paquet de madeleines pour mes enfants, pour les goûters. » Mariam vit avec 200 €, 300 €, parfois rien. Avec aussi peu d’argent, il s'agit surtout de survivre. « Mais on souffre, poursuit-elle, heureusement que les Restos du Cœur nous aident beaucoup. » Comme beaucoup de femmes qui viennent ici, Mariam est une maman solo, sans papiers. Ce qui la peine le plus, c’est de ne pas satisfaire sa petite fille de sept ans. « Parfois, elle trouve des 0,02 €, 0,01 €, elle me dit : "Maman, on a beaucoup d’argent, pourquoi on ne va pas au restaurant ?" Je réponds que non, ça, c’est pas de l’argent pour aller au restaurant, c’est plutôt à partir de 10 €… » Voilà une représentation concrète de ce qu’est la grande pauvreté. Pour Jacques Bagge, bénévole depuis six ans à l’antenne du 10ᵉ arrondissement de Paris, l'image qu'il a de la grande pauvreté, c'est « des personnes qui ne sont pas en mesure de faire face à leurs besoins alimentaires et résidentiels. C’est-à-dire que la plupart des personnes que nous recevons ici et à qui nous distribuons de la nourriture sont des personnes qui sont hébergées soit dans des centres d’hébergement d’urgence, des résidences sociales ou même à la rue », précise-t-il. En effet, ce que montre l’étude à partir des données des Restos du Cœur, c’est que la précarité de logement a explosé. Elle a plus que doublé depuis 2018. « Nous sommes à Paris où les conditions de logement sont difficiles parce que les loyers sont très élevés, poursuit le bénévole, et donc il y a beaucoup d’étudiants qui, pour être en mesure de payer leur chambre ou leur logement, quelquefois en colocation, ou en co-co-co-location, sont obligés d’aller recourir à une aide extérieure pour se nourrir. » À lire aussiEn France, travailler a-t-il toujours suffi à préserver de la pauvreté? Il est très difficile de sortir de la grande pauvreté C’est le cas de Patrice, étudiant surdiplômé de 25 ans. Il vit en colocation avec très peu de revenus. « Je dirais que je suis avec moins de 600 €. Une fois que le loyer est payé, je me retrouve avec moins de 200 € par mois, moins de 100 € par mois. L’aide alimentaire qu’on nous offre ici, ça aide vraiment, ça allège, souligne-t-il. Et en plus, là, j’ai terminé les études, donc du coup, je suis à la recherche d’emploi et c’est horrible. Tu te lèves le matin, tu envoies de nombreuses candidatures et rien, aucun retour. » Mais il y a aussi les travailleurs pauvres. On croise Sam, une brique de lait et un paquet de chips dans les mains. Le jeune homme de 30 ans ne peut pas vivre sans l’aide alimentaire. « Ça fait quand même quelques années que je viens, donc à force, on vient comme si on allait en courses », admet-il, une aide qui peut lui durer sur « trois-quatre jours. » Francine Rivaud, bénévole, distribue choux-fleurs et salade de pommes de terre, et elle confirme ce que dit l’étude, qu'il est très difficile de sortir de la grande pauvreté. « D’abord, parce que ce sont des femmes en général que nous voyons ici, qui ne peuvent pas travailler. Elles n’ont pas de papiers, mais elles ont des enfants, les enfants vont à l’école. Il faut absolument pouvoir aider ces enfants de façon à ce que la génération suivante ne soit pas dans cette pauvreté », alerte-t-elle. Il est midi, le Resto va fermer. Amira est venue avec son petit garçon, sucette dans la bouche. Elle dit que ce n’est pas grave si elle ne mange pas toujours à sa faim. Ce qui compte pour elle, c’est que son enfant ne soit jamais privé d’un repas. À lire aussi40 ans des Restos du Cœur: quand la débrouille est devenue une institution

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