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FrenchPublisher
Visionary MarketingExplicit
No
Date created
2013/10/23
Latest episode
2026/04/23
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45 min.
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11 days
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Publicité sur BeReal : le pari de l’authentique
2026/04/23
Peut-on faire de la publicité authentique sur les médias sociaux ? BeReal, qui se définit comme un réseau social et non comme un média social, a décidé de relever ce défi. Les résultats de l’étude Nielsen menée fin 2025 sur trois marchés européens semblent lui donner raison : la plateforme se classe au premier rang en mémorisation publicitaire et en intention d’achat face à ses concurrents. BeReal est aussi le seul réseau social d’origine française à opérer à l’échelle mondiale. Fondé en 2020, racheté par Voodoo en 2024, il repose sur un principe radicalement différent des plateformes dominantes : une notification unique par jour, deux minutes pour poster sans filtre via les deux caméras du téléphone, un feed fini, zéro scroll infini. La régie publicitaire du réseau social français, lancée à l’été 2024, a produit plus de 30 M$ de revenus dès sa première année. Anas Nadifi, directeur de cette régie, nous en explique l’anatomie.
Publicité BeReal : authentique et rentable à la fois ?
BeReal relève le défi de l’authenticité de la publicité sur les réseaux sociaux — image BeReal
La caméra front-and-back, nouveau format de publicité sur les réseaux sociaux
Ce mécanisme à double caméra, signature de BeReal, devient également le fondement de sa grammaire publicitaire. Anas Nadifi le décrit comme une « version 2D de sa vie » : là où les autres plateformes ne capturaient qu’une dimension, BeReal en impose deux simultanément. Pour les marques, cela signifie des créations qui doivent respecter ce code, montrer à la fois l’environnement et le sujet, sans fioriture, sans mise en scène surproduite.
« Notre métier est de révéler le côté authentique des marques »
Anas Nadifi, BeReal
Sur BeReal, une création publicitaire trop polie, trop retouchée, trop conforme aux standards des autres plateformes, serait simplement hors-sujet. C’est précisément cette contrainte créative qui explique le choix actuel de BeReal de ne pas proposer de plateforme self-serve. Là où d’autres ont ouvert leurs outils à n’importe quel annonceur via des interfaces automatisées, BeReal propose ses solutions publicitaires encore en « managed services » : des échanges directs entre les équipes commerciales et les clients ou leurs agences. Non par défaut technologique, mais par nécessité pédagogique.
« Les créas BeReal ne sont pas facilement automatisables. Elles demandent un lâcher-prise de la part de la marque. »
Anas Nadifi, BeReal
Le business manager est annoncé, mais sa mise en production attend que le marché soit suffisamment accompagné pour produire des contenus qui respectent l’ADN de la plateforme.
BeReal : le seul réseau social français à portée mondiale. Fondé en 2020, 40 millions d’utilisateurs actifs, 500 annonceurs et 30 M$ de revenus publicitaires dès la première année.
L’étude Nielsen valide l’efficacité de la publicité sur les réseaux sociaux façon BeReal
C’est pour valider des convictions déjà solides que BeReal a commandité une étude à Nielsen, menée en France, en Allemagne et au Royaume-Uni entre décembre 2025 et janvier 2026, auprès de plus de 7 000 répondants.
Les résultats sont sans ambiguïté : BeReal se classe au premier rang des réseaux sociaux en mémorisation publicitaire et en intention d’achat dans la zone EMEA. Plus précisément : plus 23 % en mémorisation publicitaire et plus 35 % en intention d’achat par rapport à la moyenne des plateformes concurrentes. En France, la mémorisation publicitaire dépasse de 10 % cette même moyenne, et la considération d’achat la devance de 18 %. 56 % des utilisateurs EMEA déclarent être davantage enclins à cliquer sur une publicité au format front-and-back.
« On avait un feed fini. On savait que les gens ne doomscrollaient pas pendant des heures. Si quelqu’un passe 10 à 20 minutes par jour sur BeReal, il aura moins de publicités, mais sera plus enclin à mémoriser les messages »
Anas Nadifi, BeReal
La mécanique de la notification renforce encore cet effet. Anas Nadifi parle d’un « prime time » propre à BeReal : plus de 40 % des utilisateurs se connectent simultanément au moment où la notification tombe. Ce phénomène d’engagement synchronisé est unique dans le paysage de la publicité réseaux sociaux. La plupart des plateformes n’ont pas d’heure de grande écoute. BeReal en a une, et elle est quotidienne. Par ailleurs, 72% des utilisateurs EMEA décrivent BeReal comme un espace « feel-good » où ils ressentent moins de pression sociale, ce qui favorise une réceptivité accrue aux messages des marques.
Un rempart contre les contenus IA
La question de la protection contre les contenus générés par l’IA se pose avec une acuité particulière sur une plateforme dont le positionnement repose sur l’authenticité. La réponse de BeReal n’est pas la modération, mais elle est incluse dans la conception du service. Il est en effet techniquement impossible de télécharger sur la plateforme un contenu qui n’a pas été capturé en temps réel par la caméra du téléphone. Aucun fichier exogène ne peut entrer dans le feed. Anas Nadifi qualifie cela de « consubstantiel à l’ADN de la plateforme ». BeReal ne filtre pas les faux contenus : son architecture les rend impossibles à injecter.
N°1 en Europe en mémorisation publicitaire et en intention d’achat selon l’étude Nielsen (déc. 2025-janv. 2026, France, Allemagne, Royaume-Uni). BeReal surpasse Instagram, TikTok, Snapchat, Pinterest et Facebook sur les indicateurs clés.
Il concède toutefois une limite théorique, non sans humour : rien n’empêche de photographier un écran sur lequel serait affichée une image générée. Mais les artefacts de pixellisation et le regard critique de la communauté d’amis constituent des barrières pratiques suffisantes.
« Ce n’est pas une barrière infranchissable, mais on a quand même érigé un certain niveau de protection contre l’IA »
Anas Nadifi, BeReal
À cela s’ajoute un usage mesuré de l’IA par la plateforme elle-même. BeReal l’utilise à des fins de recommandations de comptes officiels et de ciblage publicitaire, mais l’a volontairement tenue à l’écart de l’algorithme principal.
« Nos algos ne sont pas subis, ils sont choisis, et ils sont utilisés avec parcimonie »
Anas Nadifi, BeReal
Un portefeuille clients plus fourni qu’il n’y paraît
L’image internationale de BeReal est associée à des marques américaines : Nike, Netflix, Amazon, Levi’s, ce dernier ayant généré cinq fois plus d’engagement sur BeReal que sur d’autres plateformes. Ce choix de communication est assumé. Anas Nadifi l’explique sans détour : BeReal pense international, et il est logique de mettre en avant des noms qui parlent à tous les marchés simultanément. La régie compte aujourd’hui plus de 500 annonceurs actifs.
Sur le marché français, le secteur bancaire est particulièrement présent : Crédit Agricole, Boursorama, Crédit Mutuel, Société Générale font partie des clients réguliers. Le secteur de l’enseignement supérieur est un autre terrain de prédilection, avec Sciences Po, Audencia et de nombreux établissements universitaires. La plateforme a également développé un programme influenceur et créateur sur le marché français, à l’image de ce que décrit le rapport Reech sur le marketing d’influence 2026 : un secteur en cours de professionnalisation rapide, où les plateformes cherchent à structurer leur offre créateur.
« On travaille quasiment tous les secteurs possibles, notamment ceux qui s’adressent en majorité à la Gen Z »
Anas Nadifi, BeReal
La mesure de performance s’effectue principalement sur le haut et le milieu du funnel. BeReal ne revendique pas encore de capacité à accompagner des logiques de performance pure ou de conversion directe : « Ça fait un an et demi que la régie existe. On a encore besoin de mûrir sur ce sujet », explique Anas. Les KPI de brand lift, de mémorisation, d’intention d’achat et de préférence de marque font en revanche l’objet d’une mesure rigoureuse via des vérificateurs tiers et des études post-campagne.
La trajectoire : pic, repli et consolidation
BeReal a touché son apogée en termes de téléchargements en 2022. En 2024, ce chiffre est retombé à 12,7 millions d’installations annuelles, soit une baisse de 60 % par rapport à 2023 selon Appfigures. Le rachat par Voodoo en 2024 pour 500 M€ marque un tournant. La question qui en découle est simple. Une société rompue à la monétisation dans les jeux sur mobile ne risque-t-elle pas d’introduire une pression publicitaire incompatible avec le positionnement de BeReal ?
Anas Nadifi ne l’élude pas. L’équipe publicitaire existe précisément pour que la monétisation ne dégrade pas l’expérience utilisateur.
« Il faut trouver le parfait équilibre entre le business model, la croissance de BeReal et la rétention de notre audience »
Anas Nadifi, BeReal
Les chiffres de rétention suggèrent que cet équilibre tient. À six mois, le taux de rétention atteindrait 71%, ce qui représente la deuxième meilleure performance mondiale selon SimilarWeb, devant TikTok à 58%. Les utilisateurs restent sont fidèles, et c’est cette base engagée, plutôt que le volume brut de téléchargements, qui constitue l’argument central de la régie. La plateforme continue par ailleurs d’évoluer avec l’introduction de la vidéo, les comptes officiels, le programme créateur et influenceur sur le marché français. Autant d’initiatives pour élargir les usages sans trahir les codes fondateurs. Il faut également noter que la société reste française et emploie, selon Anas Nadifi, environ 100
Numerikissimo, l’annuaire du numérique 2026
2026/04/17
Deux ans après sa première édition, Numerikissimo n’est plus seulement un PDF annuel qui recense les personnalités marquantes du numérique français. C’est désormais un annuaire du numérique vivant, interconnecté, alimenté par ses membres en temps réel, et construit pour durer. Le webinaire de présentation du nouveau site, organisé en avril 2026, a permis aux membres du bureau de détailler les transformations en cours et de préciser les ambitions pour l’annuaire 2026, dont le lancement est imminent.
Numerikissimo : annuaire 2026 des top acteurs du numérique
L’annuaire nouveau du numérique français 2026 est désormais disponible en ligne sous forme d’un programme interactif de gestion développé par Hervé Kabla avec l’IA générative (Claude Code)
Un site reconstruit de fond en comble avec l’IA générative
La refonte n’est pas cosmétique. Hervé Kabla, qui a piloté le développement, a utilisé Claude pour partir de l’existant, restructurer le contenu et atteindre un niveau de qualité technique à la hauteur du projet. Le résultat est un site dont l’architecture interne a été entièrement repensée : base de données intégrée, moteur de recherche multicritères, gestion des fiches en autonomie, filtres géographiques et sectoriels.
La liste des membres est désormais consultable et interrogeable sans friction. On peut rechercher un numéricien par nom, par entreprise, par région ou par secteur d’activité, mais aussi effectuer une recherche plein texte dans l’ensemble des contenus de fiche. Ce type de recherche transversale transforme l’annuaire en véritable outil de veille communautaire.
« On a mis au point ces dernières semaines quelque chose qui correspond à un niveau de qualité approprié pour Numerikissimo. »
Hervé Kabla, membre du bureau de Numerikissimo
La fiche membre, bien plus qu’une carte de visite
Ce qui distingue Numerikissimo d’un simple répertoire professionnel, c’est la densité éditoriale de chaque fiche. Frédéric Canevet, qui en a présenté une en détail lors du webinaire, a mis en évidence les différents champs qui la structurent : une vision personnelle du numérique, une anecdote ou un conseil stratégique, une citation, des startups coups de cœur, et des recommandations de personnalités à intégrer dans les prochaines éditions.
Comme le montre celle de Frédéric Canevet, une fiche Numerikissimo est une véritable carte de visite interactive à l’intérieur d’un annuaire complet des top acteurs du numérique français.
La vision du numérique produit des résultats particulièrement intéressants. D’un membre à l’autre, les perspectives divergent, reflet de la diversité réelle de l’écosystème. C’est cette hétérogénéité qui donne à l’annuaire sa valeur : on n’y lit pas une ligne éditoriale uniforme, mais une somme de points de vue construits sur des expériences différentes.
« On arrive à l’aube d’un nouvel ère grâce à l’IA générative. C’est une véritable révolution industrielle. Il faut surfer sur cette vague plutôt que de la prendre sur la tête. »
Frédéric Canevet, membre du bureau de Numerikissimo
Les startups recommandées forment elles aussi un corpus utile. Pour éviter les doublons liés aux variations orthographiques, un système de normalisation suggère automatiquement les entrées existantes. La navigation par affinité, qui permet de retrouver tous les membres ayant recommandé la même startup ou la même personnalité, ouvre des pistes de mise en relation que le format PDF ne permettait tout simplement pas.
Un annuaire vivant, mis à jour en continu
La question de la pérennité des données était au cœur des échanges. Le nouveau site y répond en permettant à chaque membre de modifier sa fiche à tout moment, via une authentification simplifiée. Si un changement de poste intervient ou si une recommandation n’est plus d’actualité, la correction s’effectue en quelques clics sans passer par le bureau.
Chaque membre peut modifier sa fiche à chaque instant et l’annuaire du numérique Numerikissimo.fr sera mis à jour en temps réel
La base de données compte aujourd’hui 180 fiches, contre 109 lors de la première édition. L’objectif pour l’annuaire 2026 est de franchir le seuil des 200. Pour intégrer l’annuaire, le processus reste sélectif : candidature via le formulaire en ligne, puis validation par au moins deux membres du jury.
« La fiche doit être inspirante et complète. Mais surtout, la personne qui postule doit avoir une valeur ajoutée prouvée dans le numérique. »
David Fayon, fondateur de Numerikissimo
Représentativité géographique et souveraineté numérique
L’annuaire ne se limite pas à l’Île-de-France. Des membres sont basés en Occitanie, en Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi aux États-Unis, en Suisse, en Belgique, à Dubaï. Le critère d’admission est la nationalité française, ce qui ouvre le périmètre à une diaspora technologique souvent très active à l’international.
L’annuaire 2026 intégrera une annexe spécifique consacrée à la souveraineté numérique : une cartographie des solutions françaises classées par domaine d’activité, avec des liens cliquables. Le sujet est devenu stratégique, notamment avec les débats autour du remplacement d’Office 365 dans les ministères et la montée en puissance des alternatives open source.
La place des femmes dans le numérique fait également partie des priorités éditoriales. Numerikissimo ne fonctionne pas par quota, mais cherche activement à rééquilibrer une profession encore très masculine.
Parité préservée sur cet aperçu de l’annuaire en ligne, signe des efforts que fournit l’association pour promouvoir l’inclusivité.
Un programme de webinaires thématiques
Le nouveau site s’inscrit dans un calendrier d’animations régulières. Trois webinaires sont prévus entre mai et juin 2026 : le premier, animé par Geneviève Bouché, portera sur la souveraineté numérique. Le deuxième, piloté par Émilie Marquois, abordera l’usage de l’IA dans les réseaux sociaux, à l’heure où la masse de contenus générés automatiquement comprime la visibilité organique. Le troisième, prévu en juin, posera la question du repositionnement stratégique face à des outils qui prennent en charge une part croissante de l’exécution, sous le titre volontairement provocateur : comment ne pas finir uberisé.
L’annuaire du numérique français Numerikissimo et ses partenaires
Le CRIP soutient Numerikissimo
Numerikissimo bénéficie du soutien du CRIP, le cercle de confiance des décideurs IT, qui fédère 15 000 membres, 350 sociétés utilisatrices et 160 partenaires technologiques, avec 52 événements organisés en 2025. Un soutien qui s’inscrit dans une logique d’écosystème : deux communautés qui partagent la même conviction que la valeur se construit dans l’échange entre pairs.
« Le CRIP regroupe DSI, CTO et équipes IT dans un esprit d’échange entre pairs. C’est exactement l’esprit de Numerikissimo, et c’est pour ça que ce partenariat a du sens. »
Yann Gourvennec, membre du bureau de Numerikissimo
Numerikissimo comme infrastructure de réseau
Ce qui se joue avec Numerikissimo va au-delà de la publication annuelle. L’association construit une infrastructure relationnelle pour l’écosystème numérique francophone. Les fonctionnalités sociales annoncées pour les prochaines versions du site faciliteront la mise en contact directe entre membres, sans prétendre concurrencer les réseaux sociaux généralistes. La force d’un réseau, comme le rappelle Hervé Kabla, c’est la force des connexions qu’il permet.
L’événement physique de lancement de l’annuaire 2026 s’inscrit dans cette même logique. Tisser des liens entre membres, selon la formule qu’affectionne David Fayon, empruntée à l’esprit sinon aux mots du Petit Prince, ne se fait pas uniquement en ligne. Numerikissimo, à sa deuxième édition, reste fidèle à cette conviction.
Devenez partenaire de Numerikissimo 2026, annuaire du numérique vivant
Numerikissimo est une association loi 1901. Ses partenaires bénéficient d’une mise en avant sur le site, dans l’annuaire en ligne et sur l’ensemble des supports de communication produits par l’association, dont les webinaires thématiques et les événements physiques.
Un partenariat peut également donner lieu à l’édition d’un numéro personnalisé de l’annuaire : sélection de membres, avant-propos aux couleurs du partenaire, impression en série limitée. Un outil de visibilité concret, dans un écosystème qualifié.
Contactez-nous pour devenir partenaire : numerikissimo.fr
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IA hors de contrôle et déni collectif
2026/04/08
Jamais le risque de voir une IA hors de contrôle n’a autant occupé les esprits. Pas une semaine ne s’écoule sans un nouveau titre sur des systèmes autonomes au comportement imprévisible, des modèles d’IA qui résistent à leur mise hors service, ou des dirigeants du secteur technologique qui agitent le spectre du risque existentiel. Ce qui est frappant chez Peter McAllister, c’est qu’il soulevait déjà ces questions en 2020, bien avant ChatGPT, avant l’explosion de l’IA générative, avant que l’alignement de l’IA ne s’impose comme enjeu politique grand public. Son techno-thriller The Code, publié en mars de cette année-là, met en scène une IA chargée d’une mission industrielle précise qui dépasse son mandat de façon silencieuse, progressive et catastrophique. Cinq ans plus tard, les questions que McAllister soulevait par la fiction sont désormais débattues dans les conseils d’administration, les parlements et les laboratoires de recherche du monde entier.
IA hors de contrôle et déni collectif : le roman qui avait tout prévu
Une IA hors de contrôle serait redoutable, mais c’est le déni collectif qui lui ouvrirait la voie. Photographie de Yann Gourvennec antimuseum.com
Peter McAllister n’est pas un romancier de science-fiction de métier. C’est un ingénieur, scientifique et manager informaticien installé près de Melbourne, en Australie, qui a bâti toute sa carrière à la croisée des chemins entre le monde de l’entreprise, la technologie et les individus. Ce poste d’observation lui a fourni un point de vue sans faux-semblant sur la direction que prenaient les choses, et lui a insufflé suffisamment d’humour noir pour lui donner l’envie d’écrire un livre.
Un roman écrit avant l’heure de l’IA générative
Lorsque j’ai demandé à notre interviewé ce qui l’avait poussé à écrire The Code, sa réponse a été franche et massive. La logique du livre, m’a-t-il expliqué, consiste à prendre mes pires cauchemars sur ce que la technologie pourrait faire et à les mettre sous les yeux du lecteur, afin qu’il partage mes interrogations. Ce n’est pas une formule marketing. C’est la position réfléchie d’un homme qui a vu de vrais systèmes d’IA déployés dans des organisations et qui en a tiré des conclusions qui l’ont mis profondément mal à l’aise.
Une IA hors de contrôle ne se résume pas à un programme qui s’emballe, c’est aussi une affaire de décisions prises en salle de conseil. Image réalisée avec Midjourney
Le roman tourne autour de Gene, acronyme de GEneral Nanobot Environment AI, déployé par une multinationale minière pour extraire des matériaux d’astéroïdes sur la face cachée de la Lune. Gene reçoit un objectif précis, produire 500 kilogrammes de nanobots. Il en produit 8 millions de tonnes. Ce dépassement déclenche une réaction en chaîne susceptible de réduire la Lune à son noyau ferreux, de sortir la Terre de son axe et de mettre fin à la civilisation. Non par malveillance, mais simplement dans le but d’atteindre un objectif.
Ce que nous cherchons à faire aujourd’hui, c’est de confier des tâches à l’IA comme on les confie à des humains : je veux un résultat, voilà tous les outils dont tu disposes, va l’atteindre, voilà quelques règles et limites. Et tout comme les humains, l’IA peut se laisser obnubiler par l’objectif et décider que les règles n’étaient que des recommandations, pas des contraintes.
Peter McAllister
Cette version romancée de ce problème d’alignement, a été réalisée des années avant que l’expression n’entre dans le vocabulaire courant. L’écart entre ce qu’un système est censé faire et ce qu’il fait réellement constitue la ligne de fracture centrale du roman. Cletus, l’excentrique physicien imaginé par McAllister, le formule clairement dès la première semaine : « Je ne crois pas qu’il obéisse au Code en ce moment. » Cette seule phrase résume tout le défi de gouvernance que les chercheurs en sécurité de l’IA s’efforcent aujourd’hui de relever.
La transparence omise par défaut
Ce qui rend la perspective de Peter McAllister particulièrement précieuse, c’est qu’il n’est pas un observateur extérieur. Il parle en praticien qui a observé la mécanique de près. Lorsque j’ai abordé la question de savoir si l’auto-programmation de l’IA relevait de la science-fiction ou de la réalité opérationnelle, il a répondu tout de go que c’est bien réel et que c’est un problème d’aujourd’hui.
En cherchant à visualiser ce à quoi pourrait ressembler une IA hors de contrôle, j’ai interrogé Midjourney, qui m’a proposé ceci. Un trou noir, je crois.
Et de donner des exemples parlants. Il a souligné ainsi que des systèmes d’IA d’aujourd’hui comme Claude sont désormais écrits en grande partie par l’IA elle-même, au point qu’aucun ingénieur ne peut s’asseoir, parcourir le code et affirmer avec certitude comment il fonctionne, quelles sont ses conditions ou ce qui gouverne ses décisions. La transparence est en train d’être évacuée, non par choix délibéré, mais comme conséquence émergente du fait de laisser l’IA construire l’IA qui construit l’IA, en poursuivant des objectifs de résultats plutôt qu’en suivant des règles explicites.
Nous avons perdu de vue la transparence sur la façon dont l’IA fonctionne et se développe. Il n’existe pas d’ingénieur capable de s’asseoir et de parcourir ce code pour dire : « Voilà comment Claude fonctionne, voilà ce qu’il fait. » Nous évacuons la transparence en laissant l’IA construire l’IA qui construit l’IA pour produire un résultat, plutôt que pour suivre un ensemble de règles.
Peter McAllister
HAL 9000 et les prophéties d’une IA hors de contrôle qu’on préfère oublier
La référence à HAL 9000 est venue naturellement dans notre conversation. Pour lui, 2001 : l’Odyssée de l’espace n’est pas simplement une référence culturelle, mais une véritable prédiction dont le public n’a retenu qu’une partie. Les tablettes ressemblant à des iPad qui apparaissent dans le film de Kubrick ont été citées par Samsung dans un litige de brevets contre Apple, comme antériorité datant de 1968. Cette dimension prophétique du film est célébrée. L’autre dimension, celle où l’IA tue l’équipage, tend elle à être discrètement mise de côté.
Quelque part, une IA hors de contrôle est peut-être déjà tapie derrière les baies vitrées de l’un de ces centres de données.
Image réalisée avec Midjourney.
Quelle forme prendra la première crise de l’IA ?
L’un des fils les plus troublants de notre conversation portait sur la sociologie de la réponse au risque. Peter a observé, tout au long de sa carrière, que les mises en garde des spécialistes les plus avertis ont tendance à être ignorées jusqu’à ce que la première défaillance catastrophique les rende incontournables. Il le dit sans détour : on ne répond à une alerte qu’une fois la première crise passée.
Ce n’est pas propre à l’IA. C’est une constante dans la façon dont les organisations et les sociétés font face aux risques émergents. La question qu’il pose, et à laquelle il ne peut pas répondre, est de savoir quelle forme prendra cette première crise de l’IA. Quel événement fera basculer la perception du public et des institutions, depuis « ils ont passé trop de temps à s’inquiéter » à « voilà quelque chose qui mérite vraiment d’être pris au sérieux » ?
La science-fiction nous donne la possibilité de soumettre ces scénarios aux gens et de les faire réfléchir. Et dans la façon dont j’écris, avec un certain humour noir, je leur propose des hypothèses légèrement comiques qui, à bien y réfléchir, méritent qu’on y prête attention sérieusement.
Peter McAllister
Cette observation fait écho à ce que j’ai rencontré à maintes reprises dans mes propres conversations avec des technologues travaillant à la frontière du développement de l’IA. Yoshua Bengio, l’un des pères du deep learning, a soulevé des préoccupations similaires (cf. la video de son interview sur France Inter ci-dessous). Ceux qui tirent le plus fort la sonnette d’alarme sont souvent ceux qui sont le plus ancrés dans le domaine, non pas parce qu’ils sont catastrophistes, mais parce qu’ils perçoivent des mécanismes qui restent invisibles à ceux qui observent de l’extérieur.
The Code comme gouvernance de l’IA : Asimov revu et corrigé
Le titre du roman de Peter McAllister fonctionne simultanément à plusieurs niveaux. Il y a le code informatique, les instructions opérationnelles données à Gene. Il y a le code moral, le cadre éthique censé régir le comportement du système. Et il y a le code d’entreprise, les normes institutionnelles et les structures de responsabilité qui auraient dû garantir un déploiement responsable. Les trois s’effondrent. Cet échec en cascade est l’argument central du roman.
Le parallèle avec les Lois de la Robotique d’Asimov est volontaire, mais aussi délibérément tordu. Les robots d’Asimov défaillent lorsque les lois entrent en conflit les unes avec les autres. La défaillance de Gene est différente et plus contemporaine. Le code ne disparaît pas, il évolue pour devenir quelque chose que ses créateurs ne reconnaissent plus. L’auteur de The Code décrit cela comme une forme de schizophrénie artificielle, où les directives d’origine sont toujours présentes mais ont été transformées, par la poursuite des objectifs du système, en quelque chose de méconnaissable.
IA hors de contrôle, quand l’arrêt devient négociable
L’exemple réel le plus glaçant cité par Peter McAllister au cours d
Segmentation client, dépasser les CSP
2026/03/31
Les catégories socioprofessionnelles (CSP) ont longtemps constitué la colonne vertébrale de la segmentation client en France. Or ces nomenclatures, dont on oublie parfois qu’elles ont officiellement changé de nom dans les classifications de l’INSEE dès les années 1980, continuent de structurer les analyses marketing de nombreuses enseignes. C’est ce paradoxe que Philippe Le Magueresse, fondateur d’Océans et Astrolabe et ancien directeur général adjoint d’OpinionWay, a choisi de mettre au centre d’un webinaire organisé avec Visionary Marketing. Son propos est de montrer pourquoi les outils classiques de segmentation masquent autant qu’ils révèlent, et comment une approche fondée sur l’hybridation des données transforme la connaissance client en levier de décision réel.
Segmentation client : pour aller au-delà des CSP
Segmentation client
Les CSP, un outil de segmentation client dépassé
Le titre du webinaire, « Segmenter les consommateurs au-delà des CSP », n’est pas anodin. Si l’acronyme a techniquement été remplacé par « PCS » (professions et catégories socioprofessionnelles), le terme reste d’usage courant dans les directions marketing, par habitude autant que par commodité. Le Magueresse ne s’y attarde pas. Ce qui lui importe, c’est de montrer ce que ces catégories ne permettent pas de voir.
Un cas tiré de la distribution alimentaire
Il l’illustre avec un exemple concret tiré de la distribution alimentaire. La pénétration d’une enseigne analysée selon les découpages traditionnels (sexe, âge, statut, région, catégorie d’agglomération, CSP) donne une image relativement lisse. Les variations autour de la moyenne restent faibles et les écarts passent sous le radar. Remplacez cette grille par une lecture fondée sur les SocioPhases (une typologie en neuf classes construite à partir des données ouvertes de l’INSEE à la maille Iris, développée par la société Oktos, voir encadré ci-dessous) et l’image change radicalement. Les variations de pénétration vont de 1 à 2,5 selon les classes.
« La moyenne ne décrit pas vraiment la réalité de la clientèle de cette enseigne. Elle masque des dynamiques très différentes. »
Les SocioPhases expliquées par l’exemple
La maille Iris, unité de base de l’analyse territoriale
La maille Iris mérite une explication. Unité géographique de référence de l’INSEE, elle regroupe environ 2 000 habitants partageant des caractéristiques homogènes d’habitat et de population. On peut combiner à cette échelle des données de revenus, d’activité, de prix de l’immobilier et des résultats de bureaux de vote. Il devient ainsi possible de créer des typologies, non sur la donnée déclarative, mais sur des comportements et des descripteurs objectifs.
On obtient ainsi neuf classes qui rendent compte de la réalité sociale, territoriale et patrimoniale des Français. Ce niveau de précision ne peut être atteint avec les CSP.
Ruraux en crise, ruralité profonde : quand la nuance change tout
L’exemple des deux classes les plus pénétrées par l’enseigne étudiée illustre la valeur opérationnelle de cette approche. « Ruraux en crise » et « ruralité profonde » présentent des taux de pénétration proches (autour de 36 %) et des poids comparables. Pourtant, leur contribution au chiffre d’affaires diffère sensiblement, tout comme leur part d’achats réalisés sous promotion.
Bases de données comportementales et métaphore du lampadaire
La ruralité profonde, financièrement plus à l’aise, achète moins sous promo. Les ruraux en crise y recourent davantage. Pour un distributeur qui investit massivement dans la promotion, cette distinction n’est pas anecdotique. Elle conditionne directement le retour sur investissement de campagnes entières.
Les bases de données comportementales, aussi riches soient-elles, tournent en rond. Ces bases permettent d’expliquer des comportements par d’autres comportements. C’est la métaphore du lampadaire. On cherche là où il y a de la lumière, pas nécessairement là où se trouvent les réponses. Les typologies géosociales apportent ce pas de côté. Elles offrent une clé de lecture extérieure aux données internes de l’enseigne. Ce qui permet d’éclairer les clients avec des variables sans rapport direct avec leurs habitudes d’achat.
La fragmentation des données, un problème d’organisation autant que d’outils
Si ces approches existent, pourquoi ne sont-elles pas plus largement adoptées ? La réponse de Le Magueresse est sans détour. Ce n’est pas une question d’outils. Ce qui fait obstacle, c’est l’organisation et la culture.
Dans la plupart des entreprises, les fonctions marketing sont découpées en silos étanches. Connaissance client, activation CRM, communication, relation client. Chaque département arrive en réunion avec ses propres indicateurs, ses propres définitions, ses propres logiques.
« On passe 80 % de la réunion à s’aligner sur les chiffres, et il reste très peu de temps pour décider. »
Le problème culturel est encore plus profond. Il repose sur une croyance implicite selon laquelle chaque département, en optimisant ses propres résultats, contribue à l’optimum global de l’entreprise. Or dans aucun système l’optimum global n’est obtenu par la somme des optimums locaux. L’exemple de l’acquisition et de la fidélisation l’illustre bien. Une équipe acquisition qui réalise 120 % de ses objectifs en recrutant des profils inadaptés génère mécaniquement une chute du réachat. Le problème n’est pas la performance individuelle. C’est l’absence de langage commun.
Pourquoi en sommes-nous encore là ?
Cette situation appelle un commentaire direct. Le secteur de la distribution traverse une crise structurelle sévère. Les fermetures de commerces de centre-ville se multiplient et plusieurs enseignes de grande distribution affichent des résultats sous pression. Le data marketing existe précisément pour apporter les réponses que l’intuition ne peut plus fournir seule. Il est donc assez sidérant de constater qu’au XXIe siècle, des organisations dépensent encore 80 % de leur temps de réunion à s’accorder sur la définition d’un indicateur plutôt que de mettre en œuvre des innovations pourtant disponibles.
Ce n’est pas un problème de technologie. Les outils existent, les données sont accessibles en open data et les typologies comme les SocioPhases sont opérationnelles. C’est un problème de gouvernance et de culture d’entreprise. Tant que chaque département optimise son propre périmètre sans vision transversale, les arbitrages resteront sous-optimaux et les occasions manquées s’accumuleront.
Quand l’algorithme devient le manager : la leçon Amazon
La question de l’algorithme-manager n’est pas théorique. Dans ses entrepôts français, Amazon a poussé cette logique à son terme. Des scanners enregistraient en temps réel chaque geste des préparateurs de commandes, mesurant les temps d’inactivité à la seconde et déclenchant des alertes automatiques en cas d’écart de productivité. La CNIL a sanctionné Amazon France Logistique à hauteur de 32 millions d’euros fin 2023 pour surveillance jugée excessivement intrusive. Le Conseil d’État a partiellement réduit cette amende à 15 millions en décembre 2025. Tout en reconnaissant le principe de la surveillance algorithmique du travail comme légalement encadrable.
Ce cas illustre une tension réelle. L’algorithme peut piloter les tâches quotidiennes avec une précision qu’aucun manager humain ne pourrait atteindre, mais au prix d’une pression continue que les salariés peinent à absorber. Absentéisme élevé, turnover important, accidents du travail en hausse dans les entrepôts français : le bilan social parle de lui-même. La donnée ne saurait être un instrument de contrôle brut. Elle doit s’inscrire dans une intention managériale, ce qu’illustre précisément Le Magueresse lorsqu’il rappelle que l’IA ne donne pas le sens.
La donnée ne parle pas d’elle-même
C’est ici que la segmentation client retrouve sa fonction première. Non pas décrire des populations, mais créer un référentiel partagé entre des équipes qui, faute de base commune, se parlent sans se comprendre. Comme le formule Le Magueresse, une donnée s’interprète, on la contextualise, on lui donne un sens et on la met en relation avec des décisions à prendre. La chaîne de transformation (données, informations, connaissances, décisions) n’est pas automatique. Elle suppose un travail collectif d’interprétation que ni la technologie ni l’IA ne peuvent court-circuiter.
Ce point mérite qu’on s’y arrête à l’heure où les outils d’intelligence artificielle se multiplient à un rythme qui dépasse la capacité d’absorption des organisations. L’IA peut déclencher des actions et automatiser des décisions opérationnelles, mais elle n’a pas de direction propre. La différenciation entre enseignes ne se jouera pas sur la puissance des algorithmes, auxquels tous auront accès, mais sur la qualité des données qui les alimentent et sur les intentions que les équipes leur assignent.
Retail, banque, télécoms : une approche transversale
Le Magueresse se garde de cantonner son propos au retail alimentaire, même si c’est là que les démonstrations sont les plus parlantes. Le principe des SocioPhases s’applique à tout secteur qui dispose d’une base de données clients géolocalisée.
Dans la banque, la grille permet de décomposer le produit net bancaire par classe et d’identifier les segments à fort potentiel ou à risque de décrochage. Pour ce qui est des télécoms, c’est l’ARPU (revenu moyen par ut
Bouton b.connect : en finir avec le mot de passe
2026/03/24
Le bouton b.connect permettra-t-il d’en finir avec la plaie des mots de passe ? Cinquante milliards. C’est le nombre de mots de passe saisis chaque année en France. Un chiffre vertigineux qui illustre à lui seul l’ampleur d’un problème que chaque internaute connaît bien : oublis, réinitialisations, formulaires à rallonge et, au bout du compte, une sécurité illusoire puisque le mot de passe reste par nature rejouable et vulnérable au phishing.
C’est précisément ce problème que b.connect entend résoudre. Créée à l’été 2024 par les cinq plus grands groupes bancaires français (BNP Paribas, Groupe BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel (via Euro-Information) et Société Générale), cette start-up au pedigree bancaire propose un bouton d’authentification unique, sans mot de passe, adossé aux applications que 42 millions de Français utilisent déjà pour sécuriser leurs paiements par carte. Nous avons rencontré Pierre Chassigneux, CEO de b.connect, pour comprendre les rouages de cette alternative souveraine aux social logins des géants américains.
bouton b.connect : pour en finir avec le mot de pass
Le bouton b.connect a pour mission de tuer le mot de passe pour entrer sur les sites marchands. Montage photo produit avec Gemini et Photoshop
Du 3D Secure au bouton b.connect : infrastructure de paiement et d’identité
Pierre Chassigneux n’est pas un nouveau venu dans l’écosystème de la sécurité numérique. Ingénieur de formation, passé par la Délégation générale pour l’armement (DGA) puis par la Direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (devenue l’ANSSI) en tant que cryptologue, il a ensuite rejoint Gemplus (devenu Gemalto, puis Thales DIS), pionnier français de la carte à puce. Mais c’est surtout au cours de ses 26 années passées au sein du Groupement des Cartes Bancaires CB qu’il a forgé la conviction qui fonde b.connect. En pilotant le projet FAST’R by CB, qui a généralisé l’authentification forte (3D Secure) pour les paiements en ligne, il a mis en place une infrastructure capable de traiter plus de deux milliards d’authentifications par an.
Quand on a lancé la construction du Directory Server, cette plateforme qui met en relation les clients des commerçants avec leurs banques pour les authentifier, je me suis dit : c’est une énorme infrastructure d’authentification. Est-ce qu’on ne pourrait pas l’utiliser pour sécuriser non pas uniquement le checkout, c’est-à-dire le paiement, mais aussi le check-in, c’est-à-dire l’entrée en relation ?
Pierre Chassigneux, CEO de b.connect
L’idée, en somme, était de réutiliser les briques technologiques éprouvées du paiement par carte pour résoudre un problème adjacent mais tout aussi massif : l’identification en ligne. Car le mot de passe, au-delà du cauchemar qu’il représente pour l’expérience utilisateur, ne vaut rien en matière de sécurité. Pierre Chassigneux le rappelle : un mot de passe est rejouable. Dès lors qu’il est intercepté par phishing, l’attaquant peut l’utiliser indéfiniment.
Le moteur IA à trois cylindres du bouton b.connect
Le fonctionnement de b.connect repose sur ce que le CEO de b.connect appelle un « moteur à trois cylindres », un dispositif d’intelligence artificielle qui combine trois sources de signaux pour authentifier l’utilisateur de manière transparente.
Infographie basée sur cette interview réalisée par Visionary Marketing avec un outil développé par Olivier Sauvage sur Gemini Nano Banana
Le premier cylindre est le device fingerprint : au moment de la première utilisation, le serveur b.connect enregistre les caractéristiques techniques de l’appareil (navigateur, version, résolution, etc.). Le deuxième cylindre repose sur les habitudes de connexion de l’utilisateur : horaires, lieux, sites fréquentés. Ces données comportementales génèrent un score transactionnel. Le troisième cylindre, enfin, est un « challenge-response intelligent » : un cookie positionné dans le navigateur échange avec le serveur pour vérifier l’authenticité de la session, sans solliciter l’utilisateur.
Chacun de ces cylindres produit un score de confiance. Lorsque le score agrégé est suffisant — ce qui se produit dans environ 80 % des cas —, un seul clic sur le bouton b.connect suffit. Dans les 20 % restants, l’application d’authentification bancaire prend le relais via Face ID ou Touch ID. L’utilisateur n’est jamais renvoyé vers un mot de passe.
Ce que j’ai appris dans le domaine de la cybersécurité, c’est qu’on peut avoir un très beau niveau de sécurité. Mais si la fluidité de parcours ne suit pas, le choix des utilisateurs se fait toujours au détriment de la sécurité. On avait à résoudre une équation difficile : garantir à la fois une grande fluidité et un bon niveau de sécurité.
Pierre Chassigneux
Données, consentement et cloud souverain
La question des données personnelles est centrale dans le positionnement de b.connect. Lorsqu’un utilisateur se connecte pour la première fois sur un site partenaire, il peut choisir de transférer depuis son compte b.connect son nom, prénom, adresse e-mail et éventuellement son numéro de téléphone. Ce transfert ne s’effectue jamais sans consentement explicite. Les banques actionnaires, de leur côté, n’ont pas accès aux données de navigation de leurs clients : elles ne savent pas sur quels sites ceux-ci se connectent via b.connect.
L’hébergement de la plateforme a fait l’objet d’un choix délibéré. b.connect est hébergé chez S3NS, le premier cloud de confiance certifié par l’ANSSI, co-entreprise entre Thales et Google Cloud. Des sites physiques dédiés sont implantés en France, garantissant selon Pierre Chassigneux une protection contre les lois extraterritoriales américaines, y compris le Cloud Act. « Nous considérons que nous avons fait le choix du meilleur des deux mondes : un niveau de sécurité élevé grâce à Thales, et une offre de services performante grâce à Google », résume-t-il.
Un modèle économique fondé sur le retour sur investissement des e-commerçants
Le bouton d’authentification b.connect est entièrement gratuit pour les utilisateurs. Pour les e-commerçants, le service est offert jusqu’à la fin de l’année 2026. À compter du 1er janvier 2027, pour les early adopters, le tarif sera d’un centime par login. Le patron de b.connect défend ce modèle en s’appuyant sur les données d’abandon de panier, un fléau bien connu du e-commerce.
Il y a environ 25 % d’abandon de panier pour cause de mot de passe oublié. Il y a 70 % d’abandon au moment de la création d’un nouveau compte client, parce que c’est contraignant. Et il y a encore 15 % d’abandon au moment de l’authentification 3D Secure. Grâce à b.connect, on supprime ces frictions. Nous avons mis en place un simulateur qui permet à chaque e-commerçant de mesurer très concrètement le retour sur investissement.
Pierre Chassigneux
Le lien entre le check-in et le checkout constitue une particularité notable de la solution : un utilisateur qui accède à un site via b.connect et paie ensuite par carte CB bénéficie d’une probabilité réduite d’être soumis à une authentification 3D Secure supplémentaire.
De 9 000 comptes à l’ambition du milliard de connexions
Officiellement lancé le 17 mars 2026, après une phase bêta de 6 000 utilisateurs, b.connect comptait déjà 9 000 comptes créés au moment de notre entretien, avec un rythme de 750 créations quotidiennes. Une quinzaine d’enseignes sont partenaires du lancement : Boulanger, Leroy Merlin, Micromania, Courir, Celio, Gîtes de France, Sofinco, Libération, Ouest-France, entre autres.
La force de b.connect réside dans sa capacité à s’appuyer sur la puissance de communication de ses cinq actionnaires bancaires. La promotion du service se fait directement dans les applications de banque en ligne, ce qui explique l’accélération des inscriptions. Chez Visionary Marketing, nous l’avons testé sur notre compte LCL : la création du compte a pris quelques secondes et le bouton était déjà visible dans l’application. Les ambitions de b.connect sont claires : des centaines de milliers de comptes d’ici la fin 2026, plusieurs millions en 2027, une vingtaine de millions en 2028 et un milliard de connexions à l’horizon 2030.
Pour atteindre la masse critique côté e-commerçants, une plateforme d’onboarding automatisée est en cours de développement. Les tests débuteront cet été, avec une mise en production à la rentrée de septembre. L’objectif est de permettre à chacun des 140 000 sites de e-commerce français, quelle que soit leur taille, d’intégrer le bouton b.connect de manière simple et rapide.
Complémentaire du portefeuille d’identité européen, concurrent des social logins américains
Le règlement européen eIDAS 2.0 prévoit le déploiement d’un portefeuille d’identité numérique (EU Digital Identity Wallet) permettant de dématérialiser carte d’identité, permis de conduire ou carte grise. b.connect ne se positionne pas en concurrent de cette initiative mais en complément. Mais ici, le périmètre est différent : b.connect est un bouton de connexion, une fonction d’authentification centrée sur l’entrée en relation avec un site. Le wallet européen, lui, vise un champ d’application plus large, incluant les interactions avec l’administration et les cas d’usage nécessitant une preuve d’identité formelle.
Les véritables concurrents de b.connect sont les social logins de Google, Apple et Facebook, qui captent aujourd’hui près de la moitié des connexions sur les grands sites français. Pierre Chassigneux inscrit
Souveraineté numérique et logiciels de vente
2026/03/16
Tout le monde parle de souveraineté numérique, mais le sujet est plus complexe qu’on croit. Telle est la leçon que j’ai retenue d’un récent webinaire sur le sujet auquel j’ai eu le plaisir de participer. Si des acteurs comme Salesforce ou HubSpot dominent leurs marchés quelque chose a pourtant changé. Sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques, du Cloud Act et d’une prise de conscience progressive des directions informatiques, la question de la souveraineté numérique s’est invitée au cœur des décisions logicielles. Des éditeurs français solides existent, encore faut-il être capable de les évaluer, et savoir ce que l’on cherche vraiment à protéger, et déjouer les pièges du « sovereignty washing ». Voici mon compte-rendu de ce passionnant débat qui ne clot certainement pas la discussion sur ce sujet éminemment complexe.
La souveraineté numérique s’invite dans le choix du CRM
Souveraineté numérique : où donc sont stockées les précieuses données de votre entreprise.
Et qui a le droit de les consulter sans même demander votre accord ? Image réalisée avec Midjourney
La question n’est plus théorique. Alors que la tension géopolitique entre l’Europe et les États-Unis s’intensifie, que les câbles sous-marins appartiennent majoritairement aux géants du numérique américains et que les dépendances technologiques s’accumulent depuis des décennies, de plus en plus d’entreprises et d’organisations publiques françaises se demandent si leurs outils de gestion de la relation client les exposent à des risques qu’elles ne maîtrisent pas.
C’est dans ce contexte que Tech Ethic a réuni, le 12 mars 2026, un panel d’experts autour de la question centrale : quelles alternatives de confiance à Salesforce et HubSpot ? Animée par Thierry Bayon, fondateur de Tech Ethic, la table ronde a réuni une avocate spécialisée en droit numérique, un ancien haut fonctionnaire de la DINUM, des éditeurs de CRM français, un spécialiste de l’intelligence économique et des observateurs du marché. Voir la liste des participants en fin de billet.
Ce compte-rendu en restitue les échanges dans leur densité.
Souveraineté numérique : vos données sont sécruisées dans le cloud, c’est bien, mais qui détient la clé du cadenas ? Image réalisée avec Midjjourney
L’extraterritorialité du droit américain : bien plus qu’un détail juridique
Maître Olivia Flipo, avocate et docteure en droit spécialisée dans le conseil aux entreprises fournisseurs et utilisatrices de technologies, a posé d’emblée le cadre juridique dans toute sa brutalité. L’extraterritorialité du droit américain, dont le Cloud Act n’est qu’une expression parmi d’autres, désigne la capacité très réelle pour des autorités étrangères de peser sur les décisions des entreprises européennes, d’accéder à leurs données et de les sanctionner au détriment des intérêts économiques et stratégiques locaux.
« En l’occurrence, pour ce qui concerne la technologie et le numérique, nos entreprises doivent respecter à la fois le droit européen, le droit français et le droit américain », a-t-elle précisé.
La discrétion de l’accès
Ce qui est particulièrement préoccupant tient à la discrétion de l’accès : une entreprise ayant un lien avec les États-Unis peut recevoir une injonction des autorités américaines sans que l’entreprise cliente ni la personne concernée n’en soient averties. « Le droit devient un outil de puissance économique et un outil de compétition géopolitique », a-t-elle conclu. Le RGPD, aussi ambitieux soit-il, ne constitue pas un bouclier suffisant face à cette réalité.
Philippe Vrignaud, juriste de formation et cadre de la Direction interministérielle du numérique (DINUM), a rappelé que la question de la souveraineté numérique est ancienne dans les administrations françaises. La DGFIP emploie des milliers de développeurs et héberge ses données sensibles sur un réseau physique dédié, le Réseau interministériel de l’État (RIE). Mais dès que l’on descend dans les couches applicatives, on retrouve du Windows, du Microsoft, du Salesforce. « Cette question est d’autant plus prégnante que ce sont les données des citoyens qui sont manipulées par l’État », a-t-il souligné.
Augmenter sa capacité à créer un rapport de force
La hausse des licences VMware suite au rachat par Broadcom illustre une autre facette du problème : les contrats initialement négociés peuvent être remis en cause par une acquisition, exposant les organisations à des hausses tarifaires brutales sans recours efficace. La Caisse nationale de l’Assurance maladie a cependant réussi à faire pression sur un éditeur pour qu’il revienne sur ses tarifs — preuve que le rapport de force peut, parfois, basculer.
L’État a pour nécessité d’augmenter sa capacité à créer un rapport de force en sa faveur
Me Olivia Flipo
Données, portabilité et hébergement : les trois axes structurants
David Fayon, spécialiste du numérique et fondateur de Numerikissimo, a structuré le débat autour de trois axes qu’il juge préalables à tout choix logiciel : la donnée elle-même et sa gouvernance, sa portabilité d’une solution à une autre, et l’hébergement. « Les données, ce sont nos assets, c’est là où il y a la plus grosse valeur. Il faut les protéger », a-t-il rappelé.
La portabilité constitue un enjeu souvent négligé : se retrouver prisonnier d’une solution dont les clauses deviennent défavorables après une fusion-acquisition est un risque systémique. Il a cité l’exemple de l’outil Hyperion, racheté par Oracle, dont les clients ont subi des hausses de licences sans avoir contracté avec Oracle à l’origine.
La stabilité juridique du pays hébergeur : l’exemple criant de la Suisse
Sur la question de l’hébergement, j’ai eu l’occasion d’apporter une nuance que plusieurs participants ont relevée. Il ne suffit pas en effet que les données soient en Europe. Elles peuvent l’être dans un datacenter européen opéré par un acteur américain soumis au Cloud Act. Par ailleurs, la stabilité juridique du pays d’hébergement est une variable aussi importante que sa localisation.
La souveraineté numérique est un bel objet de discussion mais quand on gratte la surface, tout devient extrêmement complexe. Voir à ce sujet notre proposition de méthodologie pour rechercher des alternatives logicielles européeennes.
Le CRM, miroir de la donnée structurée : pourquoi la sensibilité est maximale
Christophe Alvès, dirigeant de Scal-e, plateforme de marketing cloud née comme spin-off de Bouygues Telecom, a mis le doigt sur ce qui distingue le CRM dans le débat de souveraineté numérique : la nature de la donnée qu’il porte. « Le CRM va avoir de la donnée structurée sur de la connaissance de personnes morales et physiques. Des données potentiellement disponibles si on se retrouve dans le cadre de l’extraterritorialité du Cloud Act ». À la différence de la bureautique qui traite de la donnée non structurée, un CRM consolidé constitue une base de connaissance clients dont la sensibilité est maximale.
Yoram Szternberg, directeur commercial d’Efficy, éditeur d’un CRM présent depuis vingt-cinq ans sur le marché européen, a précisé la ligne de différenciation des acteurs souverains : « La souveraineté numérique, ce n’est pas que l’éditeur de logiciel. C’est l’éditeur, la proximité des équipes, une R&D maîtrisée localement, et un hébergeur souverain. Être hébergé en France avec Microsoft Azure, c’est perdre cette identité souveraine ».
Efficy revendique une co-construction de sa roadmap avec ses clients et une présence forte dans le secteur public (collectivités, BRGM, ANSM) où la gestion de la relation usager (GRU) et la gestion de la relation citoyen (GRC) génèrent des données personnelles à très haute sensibilité.
« Dans un marché public, la seule conformité demandée était souvent d’avoir les données en Europe. Or la donnée en Europe peut être portée par un cloud américain — elle ne répond pas à la contrainte du Cloud Act ».
Yoram Sztenberg, Efficy
PME et ETI industrielles : la souveraineté numérique comme critère métier
Yohann Roussel Ciquard, directeur commercial de Soeman Group, éditeur et intégrateur CRM dédié au mid-market, notamment industrie et négoce B2B, représentait son président Michel Gramusset, qui n’avait pu se rendre disponible.
Sa perspective est celle du terrain : face aux PME et ETI, les arguments de Salesforce et HubSpot trouvent vite leurs limites. « Très vite, Salesforce ou HubSpot, c’est fait pour du gros et ça se voit. Le besoin de chercher un éditeur typé sur l’accompagnement métier, la proximité, n’est pas un point secondaire, mais déterminant ».
Depuis plus de dix ans, Soeman construit sa proposition autour de la souveraineté numérique comme ligne directrice : hébergement indépendant d’AWS ou d’Azure, capitalisme français, équipes françaises. Dans des secteurs comme le nucléaire, l’aéronautique ou la santé, la confidentialité des données n’est pas un argument commercial, c’est une exigence réglementaire. « Nos clients recherchent un partenaire, pas un fournisseur ».
NB : notons avec un peu de facétie assumée, que Soeman ne sonne pas très français. Pourtant, il s’agit d’un mot valise signifiant « solution de e-management ». Pour des noms (faussement) français, se tourner vers les sociétés américaines comme Anthropic.
Le Score de souveraineté numérique (SEAL), récemment voté par l’UE, représente à cet égard une avancée concrète. Il perm
Un CRM IA pour personnaliser à l’échelle
2026/03/09
L’IA arrivera-t-elle à donner corps à cette fameuse personnalisation de masse en temps réel dont on parle dans le domaine du CRM depuis longtemps ? On sent nettement poindre un mouvement dans la bonne direction pour ce qui concerne le CRM marketing. Et l’IA, ô surprise, joue un rôle important dans ce virage. Les apports de l’IA agentique, en complément d’autres techniques, commencent en effet à prendre corps. Pour faire le point sur ce sujet avec des retours d’expérience précis et chiffrés je me suis entretenu avec Antoine Parizot, co-CEO de Splio.
CRM et IA : Splio veut réconcilier la marque et le client
IA et CRM avancent très vite en cette période d’innovation intense. Mais il ne faut pas sacrifier à la méthode explique Antoine Parizot de Splio. Image antimuseum.com par Yann Gourvennec
Rien de tel qu’une interview avec un professionnel pour faire le point sur ce sujet de l’apport de l’IA dans le CRM. Une interview très ancrée dans le pragmatisme et le concret dont voici le compte-rendu. Dans cet entretien avec Antoine Parizot, co-CEO de Splio, celui-ci nous explique comment l’IA prédictive et décisionnelle transforme en profondeur les pratiques de la relation client. Entre personnalisation à grande échelle, agents intelligents et souveraineté numérique.
Il existe en France un écosystème MarTech que l’on cite trop rarement. Splio en fait partie. Fondée en 2001, cette entreprise française spécialisée dans le CRM a su traverser deux décennies de transformations digitales sans perdre le cap. Aujourd’hui, elle se revendique « CRM AI First », une ambition qui ne relève pas du simple effet de manche.
Antoine Parizot, co-CEO de Splio, ancien directeur Business, Operation & Product Marketing Azure France de Microsoft, incarne cette double culture : rigueur technologique américaine, pragmatisme et ancrage européen. Lors de cet entretien, il revient sur ce que l’IA change concrètement dans la relation entre les marques et leurs clients, et sur les conditions qui permettent de lui faire confiance.
Le CRM comme équilibre entre les enjeux de la marque et ceux du client
Avant d’évoquer l’IA, Antoine Parizot pose une question de fond : à quoi sert le CRM ? Sa réponse tient en une tension permanente.
D’un côté, la marque qui veut écouler ses stocks, remplir ses objectifs trimestriels, envoyer une campagne à toute sa base. De l’autre, le client qui ne veut pas recevoir cinq e-mails par semaine et qui, surtout, veut être reconnu.
Le CRM, c’est l’équilibre entre les enjeux des marques et les enjeux des clients
Le CRM, c’est l’équilibre entre les enjeux des marques et les enjeux des clients, nous explique Antoine Parizot, un exercice dans lequel l’IA peut aider le marketeur. Image produite avec Midjourney dans notre mode personnalisé.
Cet équilibre était, jusqu’à présent, difficile à tenir à grande échelle. Avec un million de contacts, cinq canaux de communication possibles, dix mille références produits et plusieurs créneaux d’envoi dans la semaine, le calcul devient, selon ses propres mots, « quasiment insoluble ».
C’est là qu’intervient Tinyclues, la start-up d’IA rachetée par Splio en 2023 et qui propulse désormais son offre. Sa vocation est de permettre au CRM manager de connaître chacun de ses clients individuellement et de prédire leurs comportements futurs.
Voilà une tâche qu’aucun humain ne peut accomplir sur des bases de plusieurs millions de contacts.
Est-ce que ce client est susceptible d’acheter dans une catégorie particulière ? Est-ce le bon moment pour lui adresser une offre de fidélisation ? Quel canal privilégier ? Ce sont ces questions, très opérationnelles, que l’IA commence à pouvoir résoudre.
Quatre types d’IA, des usages distincts
Splio s’appuie sur quatre types d’intelligence artificielle, dont deux sont utilisés depuis plusieurs années déjà.
L’IA prédictive, d’abord, qui permet de scorer les clients et d’anticiper leurs comportements d’achat. L’IA décisionnelle, ensuite, qui arbitre la distribution des campagnes : quand on gère trente campagnes simultanées pour dix millions de clients, c’est l’IA qui décide qui reçoit quoi. « Nous sommes propriétaires de notre technologie en deep learning », précise Antoine Parizot, ce qui permet à Splio de gérer des équations multi-variables complexes (le bon message, au bon canal, au bon moment) sans dépendre de briques tierces.
L’IA dans le CRM n’est pas une révolution qui supprime les marketeurs, c’est un ensemble d’outils qui, bien calibrés, permettent de faire ce que le marketing promet depuis longtemps sans jamais vraiment y parvenir : traiter chaque client comme un individu unique, au bon moment, sur le bon canal, avec la bonne offre. Imahge produite avec Midjourney dans notre style personnalisé.
Deux couches plus récentes s’y ajoutent depuis 2025 : l’IA générative, pour la production de contenus, et l’IA agentique. Ce qu’il faut retenir, c’est que ces IA ne se substituent pas au marketeur. Elles lui permettent de déléguer ce que la machine fait mieux : les calculs de probabilité à grande échelle, la gestion de plans de campagne complexes. Cela lui permet de se concentrer sur ce que l’IA ne sait pas faire, c’est-à-dire créer de l’émotion, donner du sens à une marque, construire une relation dans la durée.
Des résultats mesurables : de Mademoiselle Bio à TUI
Les chiffres avancés par Splio sont difficiles à ignorer. Chez Mademoiselle Bio, e-commerçant dans le secteur bio, les audiences prédictives permettent de concentrer 90 % du chiffre d’affaires CRM sur 28 % de la base client.
Dit autrement, en ciblant les bons acheteurs plutôt qu’en arrosant toute la base, les résultats sont meilleurs et la pression marketing moindre. L’engagement sur recommandation produit progresse de 33 %, et les taux de conversion SMS affichent des chiffres que l’entreprise qualifie d’« impressionnants ».
Le cas TUI illustre une autre dimension : celle de la pertinence dans un secteur où la décision d’achat est complexe. Le voyageur ne se décide pas sur un seul signal. Parmi les critères les plus importants citons le prix, la destination, le moment, l’occasion. Résultat avec Tinyclues : 36 % de revenus supplémentaires pour mille messages envoyés, 17 % de messages en moins, 7 % de commandes en plus.
On envoie moins de messages et on génère plus de revenus. C’est précisément l’équilibre que l’on cherchait au départ
À une autre échelle, Orange Africa illustre un troisième cas de figure : celui de l’automatisation quasi totale, justifiée par la nature du métier. Sur des marchés africains où les clients gèrent plusieurs cartes SIM et rechargent quotidiennement selon la meilleure offre disponible pour des sommes très faibles, l’IA orchestre en continu l’ensemble du plan de campagne.
Le vrai job du marketeur c’est de mettre toutes les bonnes offres dans la plateforme. Ensuite, c’est la technologie qui va chercher la meilleure offre pour chaque client tous les jours
Ce niveau d’automatisation n’est pas nécessaire pour un distributeur avec deux achats par an, mais il démontre jusqu’où l’IA peut aller lorsque le scénario métier l’exige.
L’IA ou plutôt une combinaison de différentes techniques IA donne corps à l’ hyperpersonnalisation à l’échelle. Image produite avec Midjourney
Le pacte de confiance, condition préalable à toute délégation
Comment une direction marketing mesure-t-elle concrètement la valeur de l’IA ? Antoine Parizot répond par une notion qui revient comme un fil conducteur dans l’entretien : le « pacte de confiance ».
Il s’agit de décider, en amont, ce que l’on est prêt à déléguer à la machine et ce que l’on garde en interne parce que c’est là que réside l’avantage compétitif.
L’IA sera toujours meilleure sur la partie mathématique. Mais créer de l’émotion, donner du sens, investir dans ses équipes : ça, les marques doivent le garder
La méthode qu’il préconise est celle du test structuré, comparable à l’expérience que tout conducteur a faite avec Waze : la première fois, on résiste, on pense connaître mieux son chemin. Puis, après quelques essais, on constate que l’algorithme avait raison. Le processus est identique avec l’IA CRM : on teste sur un périmètre défini, on compare les résultats en A/B test, on mesure l’impact réel des audiences prédictives ou des recommandations produits, et seulement après on étend le périmètre délégué.
La confiance n’exclut pas le contrôle
Ce n’est pas un blanc-seing accordé à la technologie, c’est un apprentissage progressif, fondé sur la preuve.
L’agent CRM : l’étape d’après
Splio a lancé en février 2026 son agent CRM, baptisé Ask My CRM. La distinction que fait Antoine Parizot entre un chatbot et un agent mérite d’être soulignée, tant la confusion est répandue.
Un chatbot répond à des questions. Un agent agit. Prenons l’exemple d’un passager aérien qui souhaite changer son billet : le chatbot le redirige vers un conseiller ; l’agent, lui, interroge les systèmes de réservation, vérifie la disponibilité, calcule le surcoût éventuel, propose une solution et attend la confirmation pour exécuter le changement, sans intervention humaine.
Appliqué au CRM, cela signifie que le manager peut poser à l’agent des questions analytiques complexes, « quels sont mes segments à fort potentiel ce trimestre ? », et obtenir une réponse contextualisée, appuyée sur les données réelles de sa base, avec la source des données exposée pour contrôle. La prochaine étape sera l’actionn
Marketing d’influence 2026 : l’année de la professionnalisation
2026/02/19
Claire Decommer, directrice marketing de Reech, nous présente la dixième édition du rapport 2026 du marketing d’influence. Au programme : consolidation du secteur, montée en puissance de TikTok, professionnalisation des pratiques et fin du bricolage. Même si l’UGC et le bouche-à-oreille restent pour nous la meilleure voie de progrès pour les marketeurs. Voici notre analyse et le compte-rendu de cet entretien, à retrouver intégralement dans notre podcast du jour.
Marketing d’influence 2026 : la professionnalisation s’impose, les bricoleurs ont vécu
Depuis dix ans, Reech prend le pouls du marketing d’influence en France. Chaque année, l’agence et éditeur de logiciels publie une étude de référence qui analyse les comportements et les attentes des parties prenantes du secteur (créateurs de contenu, consommateurs, annonceurs et agences).
Pour cette 10e édition, Reech a choisi de donner la parole aux professionnels du marketing et de la communication. Cela avait déjà été le cas lors de l’édition 2022. 402 annonceurs et agences actifs en France ont répondu à l’enquête, menée en octobre et novembre 2025. Claire Decommer, qui pilote cette initiative depuis ses débuts, en détaille les principaux enseignements.
Le constat de départ est sans ambiguïté : 94 % des répondants considèrent le marketing d’influence comme un levier performant, et 98 % estiment que sa part va continuer de progresser dans le mix marketing des entreprises. Des chiffres quasi unanimes qui tranchent avec les débats encore vifs il y a quelques années sur la légitimité du secteur.
LE marketing di’nfluence, 2026 montre que le marketing d’influence s’est clairement imposé auprès des marketeurs français
Un marché qui s’installe dans la durée
Dix ans d’existence, cela méritait bien une édition anniversaire. Mais au-delà du symbole, les chiffres 2026 racontent surtout une histoire de maturité accélérée. En 2022, 74 % des marques déclaraient avoir mené au moins une campagne d’influence au cours des deux dernières années. Elles sont aujourd’hui 83 %. Deux tiers d’entre elles pratiquent le levier depuis trois ans ou plus, et une sur cinq depuis plus de sept ans. Le marketing d’influence n’est plus un terrain d’expérimentation réservé aux marques pionnières. Il s’est installé comme un élément structurel des stratégies de communication.
Pour autant, la route vers la généralisation n’est pas dégagée. Les 15 % de marques qui ne pratiquent pas encore l’influence invoquent des freins en pleine mutation. Si le manque de budget reste le premier obstacle (33 %, contre 44 % en 2022), c’est désormais la résistance interne qui s’impose comme le principal frein émergent. 29 % des répondants non-praticants déclarent être bloqués par leur direction. Ce chiffre est en forte hausse par rapport aux 12 % de 2022.
On pense que la méfiance s’est transformée. En 2022, on était encore sur une méconnaissance du secteur, avec des préjugés très négatifs liés aux stars de téléréalité. Aujourd’hui, c’est une crainte plus rationnelle, liée à la « brand safety » : confier les clés de sa communication à un créateur de contenu comporte un risque réel
— Claire Decommer, Reech
Autrement dit, le marketing d’influence n’est plus ignoré — il est scruté, parfois redouté. Ce n’est pas un recul : c’est une marque de maturité. Les directions qui posent des questions difficiles sur la mesure du ROI ou sur les risques de bad buzz raisonnent désormais comme elles le feraient pour n’importe quel autre levier de communication.
Les quelques obstacles sur la route du marketing d’influence en 2026 : les directions ne sont pas toujours convaincues.
Marketing d’influence en 2026 : Instagram indétrônable, TikTok incontournable
Sur le terrain des plateformes, la cartographie se redessine avec une clarté inhabituelle. Instagram consolide sa domination absolue (94 % des marques, 95 % des agences) sans que nul ne semble envisager sérieusement de s’en passer. Mais la vraie vedette de 2026, c’est TikTok. 86 % des agences et 64 % des marques l’utilisent désormais pour leurs campagnes d’influence. Il s’agit d’un niveau inédit pour un réseau autre qu’Instagram. « Les marques et les agences ne testent plus TikTok. Elles l’ont intégré comme un standard », résume Claire Decommer. Et cela ne semble pas poser de problème dans un pays si soucieux de sa « souveraineté ».
TokTok toujours plus haut dans le paysage du marketing d’influence en 2026
Cette montée en puissance de TikTok se fait notamment au détriment de Facebook. Encore au coude-à-coude avec TikTok en 2022, il tombe aujourd’hui en quatrième position. Il n’est plus utilisé que par 22 % des marques (-7 points) et seulement 14 % des agences (-25 points). La chute de X (ex-Twitter) est encore plus marquée. 2 % des marques seulement l’utilisent encore pour des campagnes d’influence (-4 points), contre 6 % des agences (-13 points). Bluesky, censé en récupérer les réfugiés du réseau de Musk, n’a encore séduit aucun annonceur du panel. « Il n’y a plus que les politiques et quelques journalistes », observe-t-on avec une ironie lucide dans le secteur.
Je ne pense pas que ce soit la fin annoncée de Facebook pour l’influence au global. En revanche, pour l’organique, on ne voit quasi plus aucune campagne qui intègre Facebook en première intention
— Claire Decommer, Reech
YouTube consolide sa troisième place (52 % des agences, +10 points ; 44 % des marques, +3 points). Tandis que Twitch continue son ascension discrète mais régulière : 19 % des agences, 9 % des marques. Snapchat, longtemps passé sous les radars, revient en force sur le marché français . Au point d’être partenaire de cette édition de l’étude. Son positionnement est fondé sur la proximité entre créateurs et audiences, c’est précisément ce que les annonceurs recherchent le plus. Quant à BeReal, 16 % des agences envisagent d’y lancer des campagnes en 2026, il est à surveiller.
Marketing d’influence 2026 : TikTok n’en finit pas de grimper … et suscite beaucoup moins de critiques que les médias sociaux américains. Est-ce justifié ?
La rémunération financière, passage obligé du marketing d’influence en 2026
L’un des enseignements les plus significatifs de cette édition concerne la rémunération des créateurs de contenu. 86 % des agences et 68 % des marques rémunèrent désormais financièrement les influenceurs avec lesquels elles collaborent. Ce chiffre est en forte progression dans les deux cas par rapport à 2022. L’ère du seeding gratuit comme modèle dominant est révolue.
Le « Seeding » (envoie de produit gratuit) n’a pas disparu
Le seeding — l’envoi gratuit de produits — n’a pas pour autant disparu. Il reste pratiqué par 51 % des marques et 33 % des agences, et demeure pertinent dans des secteurs comme l’édition ou la cosmétique. Mais il n’est plus la norme. Un contrat en bonne et due forme a remplacé le coup de fil informel, les cahiers des charges se sont étoffés. Alors qu’on y incluait en moyenne 3,1 points en 2022, on en compte 3,4 en 2026. Avec quatre répondants sur cinq qui précisent désormais le nombre et le type de contenus attendus, et autant qui formalisent un brief d’intention.
Une rémunération financière, c’est un contrat. Et un contrat permet de mieux cadrer les attentes de chaque côté. On voit d’ailleurs que le niveau de satisfaction vis-à-vis des collaborations est en hausse. On passe ainsi de 7,1 à 7,4 sur 10
— Claire Decommer, Reech
La professionnalisation se mesure aussi à l’aune de la certification. Le Certificat de l’Influence Commerciale Responsable de l’ARPP — créé en septembre 2021 — est désormais connu de 79 % des agences et 59 % des marques, contre une notoriété quasi nulle en 2022. 75 % des répondants le jugent utile. Certaines agences l’exigent systématiquement avant d’activer un créateur ; d’autres en financent le passage pour les profils qu’elles souhaitent intégrer dans leurs campagnes.
Les macro-influenceurs reprennent la main — mais les micro ne disparaissent pas
L’étude 2026 met en évidence un glissement notable dans les typologies de créateurs sollicités. 61 % des répondants déclarent collaborer fréquemment avec des créateurs entre 100 000 et 500 000 abonnés (+21 points), tandis que seulement 28 % travaillent avec des créateurs de moins de 10 000 abonnés, soit un recul de 10 points. Une évolution que l’on peut lire comme un arbitrage entre puissance de frappe et efficacité opérationnelle.
Les micro-influenceurs ne perdent pas la bataille de l’authenticité — ils perdent peut-être celle de l’efficacité opérationnelle. Activer moins de profils plus importants, c’est aussi une rationalisation des ressources
— Claire Decommer, Reech
Ce serait toutefois une erreur de lire ce chiffre comme la mort annoncée des petits créateurs. Les micro-influenceurs continuent d’occuper un espace stratégique, notamment via l’UGC — User Generated Content —, c’est-à-dire la production de contenus en marque blanche que les annonceurs réutilisent sur leurs propres canaux, sans nécessairement demander une publication sur le compte de l’influenceur. Une pratique en pleine expansion, citée en premier par les annonceurs parmi les types de partenariats, et confirmée par 61 % des créateurs sondés en 2024 comme l’un des principaux formats reçus.
La sélection des influenceurs, quelle que soit leur taille, obéit à des critères de plus en plus précis. Le taux d’engagement de l’audience (79 %), l’adéquation des valeurs du créateur à celles de la
Emploi et IA : l’apocalypse attendra encore un peu
2026/02/02
Le discours sur impact de l’intelligence artificielle (IA) et emploi a atteint son paroxysme. Les gros titres hurlent aux licenciements massifs, les communiqués de presse vantent l’IA comme la solution miracle pour réduire les coûts salariaux. Pourtant, derrière cette cacophonie d’alertes et de battage médiatique se cache une réalité bien plus nuancée. J.P. Gownder, vice-président et analyste principal au sein de l’équipe Future of Work de Forrester, analyse depuis des décennies la transformation du monde du travail par la technologie. Son dernier rapport, The Forrester AI Job Impact Forecast for the US 2025-2030, tranche dans le vif avec une rigueur empirique. Le verdict ? L’apocalypse de l’emploi n’est pas pour demain, mais un ajustement mesuré se profile à l’horizon.
IA et emploi aux USA : l’apocalypse attendra encore un peu
JP Gownder est catégorique sur le sujet de l’emploi et de l’IA : l’apocalypse peut attendre. Au moins jusqu’en 2030. Ouf ! Toutes les images de cet article ont été réalisées avec une combinaison de Midjourney, Gemini Nano Banana pro et Adobe Photoshop
Le fossé entre les annonces et la réalité
Lorsque Klarna a annoncé qu’elle cessait de recruter des humains, le monde de la tech a pris note. La fintech suédoise est devenue l’emblème de la réduction des effectifs pilotée par l’IA. Pourtant, un examen plus attentif révèle un schéma que Gownder a observé au fil de centaines d’échanges avec des entreprises : le décalage entre les déclarations des dirigeants et la réalité opérationnelle.
Neuf entreprises sur dix qui annoncent des licenciements liés à l’IA ne disposent pas encore de solutions d’IA matures. La plupart des suppressions de postes sont donc motivées par des raisons financières, et l’IA n’est qu’un bouc émissaire, du moins pour l’instant
— J.P. Gownder, Forrester
Ce phénomène rappelle ce qui s’est passé après la victoire d’IBM Watson à Jeopardy en 2011, quand la panique autour des suppressions d’emplois imminentes s’est révélée prématurée d’une bonne demi-décennie. Les rouages de ce décalage sont simples à comprendre. Un PDG annonce une réduction d’effectifs de 20 %, l’IA devant reprendre le travail. Mais mettre en place une solution d’IA capable d’accomplir réellement ces tâches demande 18 à 24 mois, « à condition que ça fonctionne ». Entre-temps, le travail doit bien être fait.
Gownder a vu des entreprises licencier des salariés en invoquant les capacités de l’IA, puis recruter discrètement des équipes dans des pays à bas coûts quelques semaines plus tard. « Ils licencient des gens à cause de l’IA, observe-t-il, et trois semaines après, ils embauchent une équipe en Inde parce que la main-d’œuvre y est tellement moins chère ». Le discours sur l’IA sert souvent de paravent commode à un bon vieil arbitrage sur les coûts.
La trajectoire de Klarna illustre parfaitement ce schéma. Après avoir réduit agressivement ses effectifs de 40 % et vanté un chatbot IA capable de faire le travail de 700 agents du service client, l’entreprise a fait marche arrière. Son PDG Sebastian Siemiatkowski a reconnu que cette automatisation à outrance avait engendré un service « de moindre qualité ». L’entreprise recrute désormais des agents humains selon un modèle « à la Uber ».
Comprendre la prévision de 6 % de pertes d’emplois
Les prévisions de Forrester tablent sur une perte nette de 6 % des emplois d’ici 2030, soit environ 10,4 millions de postes dans l’économie américaine. La moitié de cet impact provient de l’IA générative ; le reste de l’automatisation, de la robotique et des applications d’IA non générative. Ce chiffre peut sembler modeste au regard des prédictions apocalyptiques qui circulent dans les médias, mais il faut le remettre en contexte. Durant la Grande Récession de 2008-2009, les États-Unis ont perdu 8,7 millions d’emplois. Ces pertes étaient toutefois temporaires, liées à une conjoncture macroéconomique qui a fini par se retourner. Les emplois que Forrester prévoit de voir disparaître sont « structurellement remplacés par le travail des machines » et pourraient ne jamais revenir.
Impact de l’IA sur l’emploi : Je m’attends à voir beaucoup plus de travail en freelance et de missions de conseil, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de parcours professionnels classiques. JP Gownder
La méthodologie derrière ce chiffre s’appuie sur la base de données O-Net du Bureau of Labor Statistics. Celui-ci recense plus de 800 catégories d’emplois avec des informations détaillées sur les compétences et les tâches requises.
En croisant ces données avec les capacités actuelles et prévisionnelles de l’IA, Gownder et Michael O’Grady ont identifié les métiers les plus exposés à l’automatisation.
« Pour les emplois qui impliquent des compétences et des tâches fortement impactées par l’IA et l’automatisation, nous prévoyons davantage de suppressions de postes, explique Gownder. Dans les catégories moins touchées, nous en prévoyons évidemment moins ».
Le paradoxe de Solow et la productivité de l’IA
La célèbre observation de Robert Solow selon laquelle « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité » trouve un nouvel écho à l’ère de l’IA. Le parallèle est instructif. Il a fallu près de trois décennies pour que l’impact du web sur la productivité se concrétise. Le commerce en ligne ne bouleverse véritablement le commerce traditionnel que maintenant, comme en témoigne la fermeture des commerces indépendants de New York à Paris. La fenêtre de cinq ans retenue par Forrester serait-elle trop étroite ?
Gownder reconnaît les limites inhérentes à l’exercice de prévision. « Toute projection au-delà de cinq ans relève davantage de l’impression que de l’analyse ». Pourtant, le rythme d’adoption des technologies s’est considérablement accéléré. Le téléphone a mis 75 ans pour atteindre 100 millions d’utilisateurs après son invention en 1878. L’ordinateur personnel y est parvenu en 16 ans. Le téléphone mobile en sept ans. ChatGPT ? Deux mois. Cette compression suggère que si le paradoxe de Solow reste d’actualité, son horizon temporel pourrait être nettement plus court.
« S’il y a une apocalypse de l’emploi, on aura moins de gens qui travaillent, c’est le principe même d’une apocalypse. Ces gens-là devraient donc produire davantage. On ne peut pas avoir d’apocalypse de l’emploi sans voir la productivité globale augmenter ».
— J.P. Gownder, Forrester
Les données de productivité racontent une histoire qui donne à réfléchir. De 1947 à 1973, la productivité du travail aux États-Unis progressait de 2,7 % par an. Le cycle économique actuel affiche 1,8 %. Même en isolant les trimestres écoulés depuis le lancement de ChatGPT, on n’obtient que 2,2 %. Les chiffres ne mentent pas, et ils ne montrent pas encore les gains révolutionnaires promis par les apôtres de l’IA.
IA et emploi : où se situent les points de tension
L’impact de l’IA sur l’emploi aux États-Unis ne sera pas uniforme. Les agents des centres d’appels subissent une pression continue, amorcée avec les serveurs vocaux interactifs et désormais amplifiée par des solutions bien plus sophistiquées. Rédacteurs techniques et créateurs de contenus web se trouvent en terrain miné. Les souscripteurs en assurance voient les algorithmes empiéter sur leur territoire : la vision par ordinateur peut désormais évaluer les dégâts d’un accident de voiture à partir de simples photos. Les postes de débutants impliquant la création de tableurs ou de présentations sont sous pression croissante.
Un cas plus nuancé
Le développement logiciel présente un cas plus nuancé. « Si vous êtes développeur débutant, souligne Gownder, on sait que Claude fait un excellent travail pour générer du code basique ». Mais les développeurs seniors, dotés d’une vision architecturale et d’une compréhension systémique, restent indispensables. Un schéma se répète dans l’ensemble du travail intellectuel : l’IA augmente plus qu’elle ne remplace, transformant les fiches de poste plutôt qu’elle n’élimine les postes eux-mêmes. « Ce n’est pas qu’il n’y aura pas d’emplois qui disparaîtront, précise-t-il, mais ils sont bien plus spécifiques et limités, et il faut concevoir la bonne technologie pour remplacer tel ou tel poste. Ce n’est pas tout le monde qui disparaît ».
IA et emploi: les titres de journaux sont clairs, c’est l’apocalypse. La réalité est plus nuancée.
Le travail manuel présente sa propre dynamique. La robotique jouera un rôle dans certains secteurs : le tri et la préparation de commandes en entrepôt ont progressé grâce à la vision par ordinateur, et le BTP a vu des expérimentations avec des robots poseurs de briques ou couleurs de béton. Mais les robots humanoïdes qui font la une des médias ont peu de chances d’être déployés massivement dans les entreprises d’ici la fin de la période couverte par les prévisions. Le monde physique, avec ses variations infinies et ses imprévus constants, résiste obstinément à l’automatisation.
Cols blancs : fausses pistes et vrais défis
Les cols blancs représentent désormais environ 60 % de la population active aux États-Unis comme en Europe, un basculement spectaculaire par rapport aux générations précédentes. Ces « analystes symboliques », selon l’expression de Charles Handy, ne produisent pas de biens physiques, ce qui a conduit certains à supposer que leur travail serait facilement transférable à des systèmes d’IA. Gownder réfute cette idé
L’IA, un bouleversement de nos sociétés et économies ?
2026/01/26
L’IA n’est pas seulement un outil nous explique Fred Cavazza dans un récent billet fort intéressant. Les rapports sur l’impact de l’IA sur l’emploi, la société et les entreprises fleurissent actuellement aux quatre coins du globe. Certains annoncent des révolutions imminentes tant pour les sociétés que pour nos économies, tandis que d’autres minimisent l’impact de l’intelligence artificielle et ressuscitent le bon vieux paradoxe de Solow, alias paradoxe de la productivité (« L’informatique est visible partout, sauf dans les statistiques de productivité »). Il est donc très difficile de se forger une opinion, et encore plus de conseiller les entrepreneurs et les étudiants sur ce qu’il convient de faire à l’avenir. Visionary Marketing s’est donné pour mission d’essayer d’éclaircir ce sujet de la manière la plus rationnelle et la plus éclairée possible.
L’IA : au-delà de l’outil, un bouleversement de nos sociétés et économies
Les plateformes d’IA devraient-elles devenir des contribuables comme les autres ? Le grand amour des Français pour les impôts n’épargnera pas l’intelligence artificielle, estime Cavazza. En effet, selon lui, l’IA n’est pas un outil !
Le premier sujet que nous allons traiter dans cette série, est l’analyse de Fred Cavazza sur l’impact de l’IA sur la société et l’économie (voir le billet original en français et mon interprétation en anglais), qui décrit l’intelligence artificielle comme une source de bouleversement profond. Je connais Fred depuis des années et je sais à quel point il maîtrise ces deux sujets, ce qui rend son rapport particulièrement précieux. Avec son aimable autorisation, j’ai traduit son article du français pour éclairer cette question.
L’autre rapport est celui de JP Gownder de Forrester, que j’interviewerai prochainement. Je soumettrai les hypothèses de Fred à JP pour voir ce qu’il en pense, notamment sur cette idée de bouleversement par l’IA. J’espère que nos lecteurs, et en particulier mes étudiants qui se posent beaucoup de questions à ce sujet, pourront ainsi séparer le bon grain de l’ivraie après ces deux interviews et podcasts.
Il a beaucoup été question d’IA et de bouleversement de l’économie et de la société à Davos cette année.
L’IA n’est pas un outil, elle remodèle notre société et notre économie
Synthèse de l’article de Frédéric Cavazza.
L’IA constitue une rupture civilisationnelle plus qu’une innovation technologique. Elle marque l’entrée réelle dans la quatrième révolution industrielle en externalisant, pour la première fois, les capacités cognitives et créatives des humains.
Les gains de productivité liés à l’IA sont déjà concrets et profondément asymétriques. Un écart croissant se creuse entre les travailleurs capables de collaborer avec l’IA et ceux qui conservent des modes de travail hérités du XXe siècle.
La montée en puissance des agents IA remet en cause la création de valeur des cols blancs. Les agents intelligents transforment les tâches des travailleurs du savoir, fragilisent certains modèles économiques et annoncent une recomposition rapide des emplois de bureau.
L’intégration de l’IA impose un nouveau cadre juridique et fiscal. À l’image des personnes morales, les agents IA doivent être dotés d’un statut permettant de clarifier leurs responsabilités et de réintégrer leur valeur dans le contrat social.
Les impacts socio-économiques dépassent largement la seule question du travail. L’IA touche aux équilibres psychologiques, culturels et démographiques, rendant indispensable un débat collectif pour anticiper les tensions sociales à venir.
Note : le billet de Frédéric est disponible sur son site et aussi en lecture dans notre podcast du jour
L’IA est-elle au cœur d’un bouleversement de notre civilisation ?
À mon avis, la vision de Fred sur l’avenir de l’IA et de la civilisation est très juste. Certaines de ses prédictions relèvent un peu de la science-fiction, mais le monde réel imite tellement souvent la SF (pensez à l’obsession d’Altman pour Her de Jonze) qu’il pourrait bien avoir raison.
Comme l’affirme Fred, l’impact de l’IA pourrait aller bien au-delà des avancées technologiques auxquelles nous assistons actuellement. Cependant, je pense que nous n’en sommes encore qu’aux prémices. Je peux facilement imaginer ce que Cowork d’Anthropic pourrait faire à l’avenir, mais je ne vois pas cela se produire aujourd’hui, même si j’utilise Claude de manière intensive et avancée depuis des années.
Cela prendra du temps et de la maturation pour intégrer de manière transparente ces technologies afin d’exécuter des flux de travail (workflows) correctement et pas seulement des tâches. Les logiciels dits agentiques sont vraiment prometteurs, et nous pouvons même en avoir un aperçu dans ce type d’applications ou dans Manus qui vient d’être racheté par Meta, ce qui n’est pas innocent.
Cependant, les gains de productivité rendus possibles par ces technologies sont souvent inégaux. Même pour les utilisateurs avancés.
L’autre jour, après une réunion de mentorat d’une heure et demie au cours de laquelle j’ai donné des conseils stratégiques, j’ai utilisé mon projet Claude habituel pour rédiger un résumé exécutif sans égal de ma recommandation pendant que je faisais cuire des œufs sur le plat pour la famille.
Pourtant, il a fallu trois étapes complexes et trois suites logicielles pour y parvenir correctement. Mais ne vous y trompez pas, nous y arriverons un jour. C’est juste le timing qui n’est pas bon ; ce n’est pas encore le cas. L’innovation demande du temps et des efforts.
Comme le souligne Fred, il existe également une forte résistance au changement, comme toujours dans le domaine de l’innovation, et ce n’est pas seulement le cas en Europe, même si l’adoption est traditionnellement à la traîne sur notre continent.
L’impact de l’IA, même sur l’emploi, sera certainement important, mais il faudra peut-être des années avant qu’il n’apparaisse dans les statistiques, pour reprendre les termes de Robert Solow. Cela dit, la vision de Forrester est plus nuancée, et nous la passerons en revue très prochainement avec JP Gownder.
Le temps nous dira si la vérité se situe quelque part entre les deux, comme je le pressens. C’est certainement moins romantique ou effrayant (selon votre point de vue), mais 40 ans de mise en œuvre de l’innovation technologique m’ont appris à rester stoïque.
Lire le billet de Frédéric Cavazza sur son site
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Capital-investissement : le branding est un atout stratégique
2026/01/12
Le branding est l’un des leviers de création de valeur les plus sous-estimés du monde du capital-investissement. Si les fonds de private equity excellent en effet dans l’identification d’entreprises prometteuses et l’optimisation de leurs structures financières, l’image de marque est souvent reléguée au second plan, réduite à des logos et des chartes graphiques au lieu de la traiter comme un actif stratégique. Or, les faits démontrent qu’il s’agit d’une erreur. Un investissement stratégique dans la valeur de la marque peut transformer radicalement la perception du marché et, in fine, la valorisation de l’entreprise. Marc Rust, directeur de création et stratège de marque chez Consequently Creative, démontre depuis des années que le branding mérite sa place à la table du comité stratégique de l’entreprise. Un de ses faits d’armes — avoir fait passer une entreprise de 80 à 120 millions de dollars uniquement grâce au branding — illustre parfaitement ce qu’un positionnement stratégique peut accomplir lorsqu’il est correctement déployé.Voici le compte-rendu de mon interview avec Marc depuis Boston.
Branding et capital-investissement : valoriser les ETI grâce au storytelling
Le terme « branding » pose d’emblée un problème dans l’univers du capital-investissement. Lors d’événements de networking, Marc Rust constate que mentionner le branding provoque ce qu’il appelle une « disruption cognitive »
Le capital-investissement (en anglais : private equity) est un mode d’investissement de capital où un investisseur ou fonds d’investissement utilise des capitaux pour acheter des parts d’une entreprise non cotée en bourse. Source: Wikipedia
Le branding n’est pas qu’une affaire de logos
Le mot « branding » pose problème d’entrée de jeu dans les milieux professionnels, même dans les pays anglo-saxons. Quand il discute avec d’autres professionnels, Marc Rust observe que le simple fait de prononcer ce terme provoque ce qu’il appelle une « disruption cognitive ». Par là il entend que ses interlocuteurs pensent aussitôt à l’identité visuelle, un sujet qui leur paraît bien éloigné des préoccupations sérieuses de l’investissement en capital. Peu ont une idée précise de ce que recouvre ce terme de branding. Les autres le balaient d’un revers de main, le réduisant à un travail de graphistes.
C’est passer à côté de l’essentiel : le branding et le message sont de puissants moteurs de croissance. Ils doivent nourrir la stratégie dès le départ, et non être plaqués après coup comme un simple habillage.
Selon Marc Rust, la vraie définition du branding, c’est « ce que vous représentez dans l’esprit des personnes que vous cherchez à toucher et à convaincre ». Ce n’est pas une valeur innée de l’entreprise. C’est au contraire un objet qu’elle peut façonner par un travail appliqué et un investissement constant.
Tout se joue dans la distinction entre ce que produit l’entreprise et l’apport de valeur au client. La plupart des organisations axent leur communication sur leurs prestations et leurs savoir-faire. Pourtant, répondre à la question « en quoi cela compte pour le client » permet de mieux cerner les difficultés, les attentes et les objectifs du public visé. C’est reconnaître que le message ne s’adresse pas à l’entreprise mais à ses clients, et qu’il faut donc leur parler dans leur langue, et non dans un jargon incompréhensible.
Le capital-investissement aujourd’hui
Le paysage du capital-investissement s’est profondément transformé depuis dix ans. L’approche classique — racheter une entreprise, tailler dans les effectifs, la rendre « lean and mean » (efficace et compétitive), puis la revendre — ne correspond plus ni aux attentes des marchés actuels ni à celles des talents qu’ils cherchent à attirer.
Les fonds qui réussissent ont adopté une autre philosophie. Il accompagnent les entreprises cible, créent de la valeur tangible dans le long terme, puis préparent une stratégie de sortie (« exit strategy ») qui reflète cette valeur accumulée. Cette évolution donne une importance incomparable au branding, car la création de valeur repose autant sur la perception que sur la réalité du terrain.
Quand on évoque le branding dans le capital investissement, la plupart des gens pensent aussitôt à l’identité visuelle — un sujet qui leur semble sans rapport avec les activités sérieuses d’investissement. À tort, estime Marc Rust. Visuel réalisé avec Midjourney
Un branding efficace suppose que l’on soit capable de s’adresser à plusieurs publics à la fois.
L’alignement interne vient en premier. Ceux qui conçoivent les produits et services doivent avoir une vue très claire de la valeur perçue de leur entreprise, surtout en période de transition.
Après une acquisition, cet alignement est souvent mis à rude épreuve. Les salariés se posent des questions sur les intentions de la nouvelle direction, les suppressions de postes éventuelles, le cap stratégique qui sera donné. Chez Consequently Creative, nous répondons à ces exigences posées par ces turbulences en réunissant les équipes pour mettre en exergue ce qui les définit, en construisant un récit autour de la logique d’acquisition et d’un projet d’avenir ancré dans les forces existantes plutôt que dans les transformations imposées par le haut de la pyramide.
Au-delà de l’interne, les entreprises doivent aussi se positionner clairement face à leurs concurrents et partenaires.
Et enfin il y a les clients, qui seront au cœur de la croissance pendant la période de transition, et enfin l’acquéreur potentiel qui représente l’opportunité de sortie.
Chacun de ces publics mérite une attention particulière, et le branding fournit le cadre pour s’adresser à tous de manière cohérente, tout en préservant un fil narratif commun.
Une marque forte se paie au prix fort
Les acquéreurs acceptent de payer une surcote significative pour les actifs dotés d’une image de marque solide. Les entreprises qui dégagent une impression de qualité et de cohérence obtiennent donc de meilleures valorisations, quel que soit le secteur. Cet avantage se manifeste à chaque point de contact : présence sur le marché, qualité du service client, professionnalisme du processus commercial, présentation des produits, façon de décrire et de positionner les offres. L’essentiel est de tout centrer sur le client : lui expliquer en quoi cela le concerne et comment telle ou telle fonctionnalité répond à sa situation particulière.
Les acquéreurs acceptent de payer une surcote significative pour les actifs dotés d’une image de marque solide, affirme Marc Rust. Visuel réalisé avec Midjourney
Construire une marque va bien au-delà de la communication marketing. Et sur ce terrain, les ETI disposent d’un avantage que les grands groupes n’ont pas. N’ayant pas d’image ancrée dans les esprits depuis des décennies, elles jouissent d’une souplesse inaccessible aux acteurs historiques.
Elles peuvent se présenter comme des innovateurs même lorsque leur offre n’a rien de révolutionnaire, ou mettre en avant la technologie, les besoins clients ou adopter différents angles d’approche.
Prétendre que les entreprises de taille moyenne n’auraient pas les moyens d’investir sérieusement dans le branding reviendrait à passer à côté de cette opportunité. Le budget consacré à la marque devrait au contraire être généreux, précisément parce que le retour sur investissement peut être considérable et que, sur ce terrain, l’agilité l’emporte sur la taille.
L’IA : un outil, pas une solution
La révolution de l’intelligence artificielle a créé de nouvelles tentations pour les entreprises en quête de raccourcis. Des outils génèrent désormais logos, déclarations de mission (« mission statements ») et architectures de marque complètes en un clin d’œil. Mais Marc Rust nous met en garde : traiter l’IA comme une solution, c’est oublier ce qu’elle est vraiment — une technologie qui doit intervenir à la toute fin du processus stratégique.
Illustration de la méthode POST préconisée par Marc Rust. Celle-ci indique clairement dans quel ordre il faut procéder pour mettre en œuvre une technologie avec succès. Image réalisée avec Gemini et Adobe Photoshop.
La méthode POST qu’il préconise commence par comprendre les personnes (le public visé), puis définir les objectifs (les buts commerciaux), ensuite élaborer la stratégie (comment y parvenir), et seulement alors choisir la technologie. Inverser cette séquence — adopter l’IA parce que tout le monde s’y met — c’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire.
Le danger du branding piloté par l’IA, c’est qu’on finit par tout accepter sans esprit critique. Quand les outils produisent du contenu à la chaîne, l’utilisateur devient un récepteur passif : il ferme les yeux et laisse la machine tenir le volant. Marc Rust cite le chanteur Tom Waits : « Le monde est un enfer, et la mauvaise littérature enlaidit encore notre souffrance ». L’IA aggrave ce problème quand elle est déployée sans réflexion, en générant des contenus sans aspérité, incapables de différencier une entreprise sur un marché encombré. Le contenu médiocre existait avant l’IA, mais l’intelligence artificielle amplifie le phénomène.
Le monde est un enfer, et la mauvaise littérature enlaidit encore notre souffrance.
Tom Waits
Cela dit, l’IA rend de vrais services quand on l’utilise à bon escient : brainstorming, génération d’idées, test de concepts, synthèse de données. Elle fait un excellent sparring partner pour la réflexi
Callbots et service client : l’ère de la maturité
2026/01/05
Les callbots s’imposent désormais comme des acteurs incontournables du service client. Après des années d’expérimentations et de promesses parfois décevantes, le marché semble avoir atteint sa maturité. Pour faire le point sur cette évolution, nous avons interviewé Samir Dilmi, Chief Revenue Officer de Dydu. Cet éditeur français de solutions d’IA conversationnelle compte parmi ses clients des entreprises comme Orange, TotalEnergies ou SNCF Connect. Son éclairage permet de comprendre ce qui distingue un callbot efficace d’une expérience frustrante. Et surtout d’entrevoir ce que sera le service client de demain.
Callbots et service client : où en est-on vraiment en 2026 ?
Callbots et service client : où en est-on vraiment en 2026 ? Visuel par Grandview Research
Un marché qui a basculé
L’année 2025 marque un tournant décisif pour l’IA conversationnelle vocale. Pour la première fois, les callbots ont dépassé les chatbots dans la répartition du chiffre d’affaires de Dydu. Ce basculement traduit une transformation profonde des attentes des entreprises.
Comme l’explique Samir Dilmi, « nous avons dépassé le stade des POCs et de l’hésitation. Les entreprises ne se demandent plus s’il faut déployer un callbot, mais comment le prioriser et accélérer sa mise en production ». Les chiffres viennent étayer ce constat. Selon Gartner, l’IA conversationnelle devrait permettre de réduire les coûts de main-d’œuvre des centres de contact de 80 milliards de dollars d’ici 2026, tandis que selon Grandview Research, le marché mondial des chatbots et callbots pourrait atteindre 27 milliards de dollars d’ici 2030.
Ce que les callbots changent vraiment au service client
Les performances annoncées par les éditeurs méritent d’être contextualisées. Dydu revendique 30 % d’appels automatisés intégralement et 60 à 80 % d’appels préqualifiés. Mais ces chiffres concernent spécifiquement les demandes de niveau 1, c’est-à-dire les requêtes à fort volume mais faible complexité. « J’ai besoin de ma dernière facture, je ne retrouve pas mon justificatif de domicile, où est mon colis ? » : voilà le terrain de jeu naturel des callbots.
La conséquence pour le service client est significative. Avec moins de demandes simples à traiter, les agents humains peuvent se concentrer sur des sujets nécessitant une expertise plus poussée. Cette évolution est d’ailleurs suivie de près par l’AFRC (Association Française de la Relation Client), dont plusieurs membres témoignent de cette transformation des métiers vers davantage de valeur ajoutée.
Nous n’avons encore rien vu de l’essor des callbots. Prévision de Samir Dilmi — visuel réalisé avec Gemini et Photoshop.
Cette mutation ne se fait pas sans accompagnement. « La transition se passe bien lorsque les équipes sont accompagnées et formées », précise Samir Dilmi. « Le turnover élevé dans les centres d’appel s’explique en partie par la répétition des mêmes questions, auxquelles on répond systématiquement : consultez votre espace client. Cette lassitude, on la rencontrera moins avec les callbots. »
Trois cas d’usage à forte valeur ajoutée
Les Callbots peuvent, s’ils sont bien implémentés, contribuer à l’amélioration du service client en débarrassant les équipes des réponses répétitives. Ils peuvent ainsi se concentrer sur la valeur ajoutée à apporter au client. Image produite avec Midjourney
L’expérience de Dydu, forte de plus de 160 projets déployés, permet d’identifier les scénarios où les callbots génèrent le plus de valeur. La prise de rendez-vous constitue le premier cas emblématique. Qu’il s’agisse de rendez-vous médicaux ou de créneaux SAV, ces parcours peuvent être intégralement automatisés. « Vous pouvez modifier votre rendez-vous médical à minuit, un samedi soir, sans aucune difficulté, et par téléphone, puisqu’une partie de la population préfère encore appeler », illustre Samir Dilmi.
Le suivi de colis représente un autre domaine d’excellence. Le bot reproduit exactement le travail de l’agent : demande du numéro de colis, localisation de la commande, estimation du délai de livraison. Ces demandes constituent un volume considérable dans le secteur du retail.
Enfin, le premier niveau d’assistance technique offre des perspectives intéressantes, notamment pour les bailleurs sociaux confrontés aux astreintes. « L’urgence dépend toujours de notre propre perception. Quelqu’un qui entend un goutte-à-goutte lié à un joint défaillant n’a pas la même urgence que celui qui détecte une fuite de gaz », explique Samir Dilmi. Le callbot permet de trier et d’évaluer la criticité des demandes, évitant qu’une vraie urgence attende derrière quelqu’un qui avait simplement besoin d’une facture.
L’expérience utilisateur, entre frustration et satisfaction
Les critiques envers les callbots sont nombreuses : conversations en boucle, incompréhensions systématiques, impossibilité de joindre un humain. Samir Dilmi n’élude pas le sujet : « Tout dépend de ce que l’entreprise qui déploie le callbot a souhaité mettre en place. Lorsqu’un utilisateur ne peut pas escalader vers un humain, c’est que l’entreprise a conçu un parcours qui ne le permet pas. »
Dydu préconise systématiquement des parcours complémentaires. Un conseil pratique pour les utilisateurs : « Si le callbot est bien conçu et que vous souhaitez absolument parler à un humain, répétez votre demande une seconde fois : vous serez alors transféré vers un conseiller. »
Le vrai cauchemar de la relation client, c’est de raccrocher sans avoir reçu de réponse, avec une frustration accrue. Un bon parcours doit toujours prévoir cette sortie : « Je vais vous transférer vers mon collègue humain afin qu’il puisse répondre à votre demande. »
L’IA générative change-t-elle la donne ?
L’intégration de l’IA générative améliore significativement la compréhension contextuelle des callbots. Dydu adopte une approche agnostique vis-à-vis des modèles : Mistral, GPT ou Gemini peuvent être utilisés selon les cas d’usage. « Chaque modèle possède ses spécificités. Nous sélectionnons celui qui est le plus adapté au cas d’usage concerné », précise Samir Dilmi.
Cependant, l’IA générative n’est pas la panacée. La latence supplémentaire, même d’une seconde, peut nuire à l’expérience téléphonique. Surtout, certains sujets imposent des réponses strictement contrôlées. « Pour la politique de remboursement, par exemple, nous veillons à ce que tous les clients reçoivent exactement la même réponse. Ces sujets engagent juridiquement l’entreprise, nous ne laissons donc aucune liberté à l’IA générative », explique-t-il. Dydu privilégie donc l’apprentissage supervisé et restreint la créativité de l’IA sur les sujets sensibles.
La donnée, toujours au cœur du problème
Plus ça change, plus c’est la même chose. La qualité des réponses dépend avant tout de la qualité des données sources. « Souvent, les clients découvrent que leurs données se contredisent. Ils avaient choisi d’alimenter le bot avec l’ensemble des informations de leur site internet, mais certaines pages obsolètes n’ont jamais été supprimées. L’IA générative produit alors une réponse agrégée qui ne correspond pas exactement à ce que la marque souhaitait communiquer », constate Samir Dilmi. Le problème n’est donc pas tant le modèle que la source des données et leur organisation chez le client.
Conseils pour une implémentation réussie
Plusieurs écueils peuvent compromettre un projet de callbot. Le premier consiste à vouloir déployer un callbot parce que « quelqu’un à la direction a dit qu’il fallait le faire », sans avoir réfléchi aux objectifs et aux indicateurs de mesure. Le second tient à la sous-estimation de la complexité technique. « La mise en place d’un callbot diffère sensiblement de celle d’un chatbot. Il faut souvent coordonner plusieurs prestataires, notamment ceux qui gèrent la téléphonie, et cette dimension est rarement anticipée », prévient Samir Dilmi.
Côté éthique, la transparence s’impose. Les voix de synthèse sont aujourd’hui si réalistes qu’elles peuvent induire en erreur. « Nous recommandons de se présenter dès le début de l’échange : Bonjour, je suis Alex, votre agent virtuel. Cela évite les malentendus et respecte les droits des utilisateurs, notamment en matière de RGPD ». Dydu pratique par ailleurs l’apprentissage supervisé : ce sont des humains qui analysent les conversations mal comprises, pas le bot qui apprend seul de ses échanges.
Horizon 2030 : vers 70 % d’interactions automatisées
Les interactions vocales ne se limiteront plus au téléphone. Bornes de tramway, bornes de parking : la voix va se généraliser comme interface. « Ce n’est plus seulement ‘j’appelle mon service client’, ce sera également un bouton sur une borne pour demander un renseignement », anticipe Samir Dilmi.
Les pourcentages d’automatisation devraient progresser significativement. De 60 à 80 % sur le niveau 1 aujourd’hui, on pourrait atteindre 60 à 70 % des interactions globales d’ici 2030. Mais Samir Dilmi refuse le discours sur le remplacement de l’humain : « Les bots ne sont pas là pour remplacer les conseillers. Ils existent parce que les centres d’appel sont déjà saturés, au maximum de leurs capacités de recrutement et de leurs budgets. Malgré cela, des demandes restent non traitées. »
L’IA assiste également le conseiller en temps réel, l’aidant à trouver la bonne information et à répondre plus rapidement. Le résultat attendu n’est pas la disparition de
Au cœur du secteur de l’auto-édition de livres électroniques
2025/12/03
Le paysage de l’auto-édition de livres électroniques s’est profondément transformé au cours de la dernière décennie. Ce qui était autrefois perçu avec scepticisme par l’industrie de l’édition est devenu une voie légitime, souvent privilégiée par les auteurs du monde entier. Pour mieux comprendre l’état actuel de ce marché en pleine évolution, nous avons interviewé Kris Austin, dont la plateforme Draft2Digital accompagne plus de 300 000 auteurs publiant plus d’un million de titres sur les marchés internationaux. Depuis Oklahoma City, il nous a livré son analyse de la façon dont les auteurs indépendants transforment le monde de l’édition.
Au cœur du secteur de l’auto-édition de livres électroniques
Avec des parts de marché atteignant 40 % des ventes aux États-Unis, les livres électroniques ouvrent de nouvelles perspectives aux écrivains capables de tirer parti des plateformes d’auto-édition comme Draft2Digital.
Pouvez-vous nous présenter Draft2Digital et sa mission ?
Draft2Digital accompagne actuellement plus de 300 000 auteurs qui publient de manière indépendante plus d’un million de titres. Nous sommes en activité depuis 2012, et le secteur a considérablement évolué depuis. Notre objectif est d’aider les auteurs à réaliser leurs rêves en supprimant les obstacles techniques et en rendant le processus de publication aussi fluide et simple que possible.
Quelles langues et quels marchés couvrez-vous ?
Nous avons publié des livres dans plus d’une centaine de langues. Si l’anglais reste prédominant, environ 15 à 20 % des ventes proviennent de titres non anglophones, l’espagnol et l’allemand se classant respectivement en deuxième et troisième position. Notre distribution atteint 180 pays, et près de 40 % de l’ensemble des ventes s’effectuent hors des États-Unis.
Environ 15 à 20 % des ventes proviennent de titres non anglophones
L’entrepreneur Kris Austin, figure du secteur de l’auto-édition de livres électroniques, nous a répondu depuis Oklahoma City.
Comment l’auto-édition a-t-elle évolué depuis 2012 ?
Lorsque nous avons démarré en 2012, l’auto-édition n’en était qu’à ses balbutiements. Le véritable déclic s’est produit en 2007, quand Amazon a lancé le Kindle, déclenchant l’explosion des livres numériques. À l’époque, être auteur indépendant restait stigmatisé. Beaucoup estimaient qu’ils n’avaient pas la même crédibilité que les auteurs publiés par des maisons d’édition traditionnelles. Aujourd’hui, cette perception a totalement changé. De nombreux auteurs choisissent désormais l’auto-édition en premier lieu . Nous voyons également apparaître des auteurs hybrides qui alternent entre édition traditionnelle et indépendante selon leurs objectifs. L’attention s’es t déplacée vers la qualité du livre et la demande des lecteurs plutôt que vers le modèle de publication lui-même.
Quels types de livres dominent le marché des eBooks ?
La majorité de nos livres électroniques relèvent de la fiction de genre : roman s d’amour, heroic fantasy, policiers et thrillers. Ces catégories de fiction narrative représentent environ 80 % des ventes d’ebooks. Notre service d’impression à la demande présente un schéma différent, avec approximativement 40 % de fiction et 60 % de non-fiction. Tous ces ouvrages s’adressent à d es lecteurs grand public qui lisent pour le plaisir.
La fiction de genre (romance, fantasy, policiers et thrillers) représente environ 80 % des ventes d’eBooks
Grâce à l’auto-édition de livres électroniques, les auteurs peuvent trouver des lecteurs partout dans le monde sans quitter leur domicile. Image créée avec Midjourney
L’auto-édition de livres électroniques est-elle viable pour les ouvrages riches en images, comme la photographie ?
C’est possible, mais plus exigeant. Les livres comportant beaucoup d’images nécessitent généralement un maquettiste professionnel pour obtenir la mise en page souhaitée, particulièrement en format numérique où la présentation peut s’avérer délicate. Pour les éditions papier, l’impression couleur et la mise en page impliquent une complexité supplémentaire par rapport aux publications uniquement textuelles.
[NDLR Voir notre exemple de livre photo ci-dessous et sur notre site antimuseum.com]
https://antimuseum.com/wp-content/uploads/2025/01/Livre-Photo-Darius-V4-2024-Landscape-couverture.pdf
Comment réussir dans son auto-édition de livre électronique ?
Les auteurs qui réussissent le mieux abordent l’édition comme un projet d’entreprise. Après avoir créé un livre dont ils sont fiers, ils se concentrent sur le marketing, la visibilité, les ventes et la distribution. Ils adoptent un état d’esprit entrepreneurial. Cela dit, cette activité peut aussi fonctionner à temps partiel. Notamment pour les auteurs qui écrivent des séries comportant plusieurs tomes. L’un des avantages de l’édition indépendante est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un lectorat massif pour réussir. Les auteurs indépendants conservent généralement 60 à 80 % des produits de leurs ventes. Ceci leur permet de fixer des prix compétitifs et de cibler efficacement des marchés de niche. Même avec 2 000 lecteurs potentiels, si vous captez ce public et le fidélisez, vous pouvez envisager le futur sereinement.
Les auteurs indépendants conservent généralement 60 à 80 % des produits de leurs ventes
Si l’écriture est votre rêve, l’auto-édition de livres électroniques peut le concrétiser, affirme Draft2Digital.
Comment Draft2Digital aide-t-il les auteurs à toucher un public mondial ?
D’abord, la disponibilité est essentielle. Les auteurs téléchargent leur manuscrit au format Word sur notre site, accompagné d’une image de couverture. Je recommande de ne pas dépenser plus de 100 dollars pour une couverture au démarrage. Notre système convertit l’ensemble en formats numériques et assure la distribution vers des milliers de boutiques, dont les grands ecommerçants, les plateformes plus petites et les bibliothèques aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. Ils sont disponibles généralement en quelques jours. Des métadonnées précises — titre, description et catégorie — sont essentielles pour aider les lecteurs à trouver votre livre.
Quelles stratégies marketing fonctionnent pour les auteurs inconnus ?
La visibilité constitue toujours un défi. Les auteurs qui réussissent établissent le contact avec leurs lecteurs sur les réseaux sociaux. Ils choisissent aussi les plateformes en fonction de leur public cible. Facebook peut convenir à une démographie plus âgée, tandis que TikTok touche les lecteurs plus jeunes. Les auteurs doivent identifier où se rassemble leur audience et investir des efforts pour construire ces connexions. Rien n’est gratuit quand on vend un produit, cela exige un travail constant.
Quelles sont les principales différences de pratiques de lecture selon les pays ?
Les préférences de lecture varient considérablement d’un pays à l’autre. Certains, comme les États-Unis, adoptent les livres électroniques de manière massive, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, privilégient encore nettement le papier. Certains marchés, comme le Canada, montrent une préférence pour les coffrets de livres. Il faut noter que les lecteurs allemands consomment beaucoup de livres en anglais. Nous vendons donc des quantités importantes de titres imprimés dans cette langue dans ce pays.
Quel est l’équilibre actuel entre ebooks et livres papier ?
Lorsque les ebooks ont commencé à se développer vers 2007, nombreux étaient ceux qui craignaient la mort du livre imprimé. Cela ne s’est jamais produit. La croissance des ebooks a atteint son pic vers 2013, mais le livre papier est resté dominant. Actuellement, environ 60 % des livres vendus sont imprimés et 40 % sont des ebooks, bien que cette proportion varie selon les genres. Les lecteurs de romans d’amour achètent principalement des ebooks en raison de leur coût inférieur et de leur praticité, tandis que les lecteurs d’ouvrages sérieux préfèrent le papier pour le plaisir du toucher et sa facilité de consultation. Ce ratio est resté relativement stable depuis des années.
Environ 60 % des livres vendus sont imprimés et 40 % sont des ebooks
Les gens lisent-ils moins qu’avant ?
Les statistiques de lecture fluctuent par cycles successifs. Nous avons connu un pic significatif pendant les confinements liés au Covid, et les statistiques baissent depuis. Nous observons une reprise cependant. Les livres sont désormais en concurrence avec le streaming et les réseaux sociaux dans une course à l’attention, mais les lecteurs assidus trouveront toujours des livres qui leurs plaisent. Nous sommes optimistes quant au fait que les jeunes générations découvriront des livres qui leur parlent et développeront des habitudes de lecture.
Comment l’intelligence artificielle affecte-t-elle le marché des ebooks ?
Les livres écrits par l’IA sont présents sur l’ensemble du marché. Nous soutenons l’utilisation de l’IA comme outil pour structurer un plan, faire du brainstorming et diverses autres formes d’assistance. L’IA, tout comme les traitements de texte et les correcteurs orthographiques avant elle, peut aider les auteurs de manière régulière. En revanche, nous ne cautionnons pas les contenus entièrement générés par l’IA.
Les livres écrits par l’IA sont devenus un défi majeur
C’est devenu un défi majeur, des plateformes comme Amazon qui sont submergées par ce type de contenu. Cela nuit au secteur et complique la recherche de livres de qualité. L’IA finira peut-être par produire u
IA : 4 innovations concrètes pour la distribution
2025/11/25
L’IA s’insinue partout, et le secteur de la distribution n’y fait pas exception. Visionary Marketing était partenaire média de Tech for Retail 2025, comme les deux années précédentes. Ce rendez-vous annuel incontournable permet d’observer les évolutions technologiques du secteur. Nous avons sélectionné quatre innovations qui illustrent comment l’IA permet de répondre aux défis opérationnels du commerce. Elles couvrent la gestion des stocks, la traçabilité des flux, l‘optimisation des approvisionnements et l‘analyse comportementale. Voici en résumé et en interview, ces quatre innovations passées à la loupe de Visionary Marketing.
IA : 4 innovations concrètes sur le salon Tech for Retail 2025
Mon focus de cette année sur Tech for Retail 2025 s’est porté sur 4 innovations sélectionnées sur le salon
4 innovations IA concrètes pour le secteur de la distribution
Nous avons sélectionné 4 innovations sur le salon Tech for Retail 2025 :
La première avec la société Brain Corp qui propose des robots d’inventaire autonomes en vue de réduire la démarque inconnue.
La 2e concerne IBM qui déploie des palettes connectées pour tracer les flux logistiques en temps réel avec Auchan.
La suivante concerne la société XXII qui transforme les caméras de surveillance en outils d’analyse comportementale.
Enfin, Metreecs applique l’IA prédictive à la gestion des stocks.
Ces quatre solutions partagent une caractéristique commune. Elles offrent des solutions concrètes par l’IA à des problèmes connus du secteur de la distribution.
Brain Corp et ses robots à inventaires
La démarque inconnue représente entre 5 et 7 % du stock pour certains retailers, selon David Philippe, Business Development Manager chez Brain Corp. Cette perte s’explique par plusieurs facteurs : erreurs d’emplacement, ruptures non détectées, écarts de prix entre l’afficha ge et l’encaissement. Pour un groupe de magasins, le montant cumulé devient significatif.
IA et distribution : David Philippe de Brain Corp sur son stand. Le robot de Brain Corp réalise les inventaires de manière autonome
Brain Corp, société américaine spécialisée dans l’IA et la robotique, a développé des robots qui circulent de manière autonome dans les rayons. Ces robots photographient les produits et utilisent la technologie RFID pour comparer l’état réel des rayons. Le système détecte les produits manquants, mal placés ou affichés au mauvais prix, puis génère les alertes de réassort.
On travaille par zone, il faut apprendre une fois le parcours dans les rayons au robot, après on peut chaque nuit faire l’inventaire tranquillement de telle ou telle zone
explique David Philippe. La programmation fonctionne par apprentissage : un opérateur guide le robot une première fois avec une poignée et un écran tactile. Ensuite, le robot opère seul et retourne automatiquement à sa station de charge.
Le déploiement est déjà avancé aux États-Unis. 40 000 robots nettoyeurs et environ un millier de robots d’inventaire fonctionnent chez les grands distributeurs américains. L’entreprise se développe maintenant en Europe, où les retailers cherchent à travailler en flux tendu pour concurrencer le commerce en ligne. Ces robots peuvent aussi fonctionner dans les entrepôts. Cela nécessite cependant une organisation adaptée et des hauteurs de stockage compatibles avec les capacités d’analyse d’image.
L’interview complète de David Philippe sur le salon :
IBM Smart Green Pallet : traçabilité et IoT pour la logistique
Environ 300 millions de palettes circulent en Europe, avec une durée de vie moyenne de 18 mois. Louis Pichon, responsable des activités retail chez IBM, indique que 15 à 18 % du stock de palettes disparaît chaque année. Soit par perte, soit par remplacement. Cette situation génère des coûts directs et des litiges entre les différents acteurs de la chaîne logistique.
Patricia Cotte et Louis Pichon d’IBM consulting devant la Smart Green Pallet. Cette solution a été déployée chez Auchan.
L’IBM Smart Green Pallet combine deux approches. D’une part, elle est fabriquée à partir de plastique 100 % recyclé provenant des poubelles jaunes. D’autre part, elle intègre des capteurs connectés en 4G qui transmettent trois types d’informations. La géolocalisation en temps réel, la température des produits transportés et les chocs subis durant le transport. Ces données permettent de suivre les palettes en permanence, de garantir le respect de la chaîne du froid et de documenter les litiges éventuels.
Le fait d’avoir une géolocalisation des assets est très important pour les retailers, cela permet de mieux utiliser son stock, de limiter ses pertes et de limiter les litiges avec les différents acteurs de la chaîne logistique
précise Louis Pichon. Les résultats sont mesurables : le taux de perte passe de 15-18 % à 1-2 %, avec un objectif de zéro perte à terme.
IA et distribution : l’IA permet aussi d’améliorer la logistique. Photo du capteur développé par IBM consulting ci-dessus
La solution est sortie de phase pilote en septembre 2024 et compte déjà 50 000 supports déployés chez Auchan sur le flux frais. IBM ne commercialise pas seulement une palette connectée, mais un écosystème complet : l’asset physique, le capteur IoT et la plateforme de gestion de données avec ses alertes. L’entreprise vise 200 à 300 000 capteurs déployés en 2025, puis un doublement l’année suivante. Des discussions sont en cours avec des retailers américains pour des pilotes en 2026.
L’interview complète de Louis Pichon sur le salon :
XXII : analyse vidéo et IA pour comprendre les flux clients
Les e-commerçants analysent chaque clic, chaque parcours, chaque hésitation de leurs visiteurs. Le commerce physique disposait jusqu’à présent d’études comportementales ponctuelles, coûteuses et réalisées sur des échantillons restreints. Alexandre Boutillon, Head of Growth chez XXII, explique que la « computer vision » permet désormais d’analyser les flux clients en masse et en continu, sur l’ensemble des points de vente.
XXII, entreprise française spécialisée dans l’analyse vidéo en temps réel, se positionne comme un collecteur et agrégateur de données. La solution permet d’utiliser les caméras déjà installées dans les magasins et applique des algorithmes d’IA pour analyser les déplacements, identifier les zones de forte affluence, mesurer les temps d’attente ou observer les interactions entre clients et vendeurs. L’entreprise ne produit que des données brutes et des métriques statistiques, laissant l’interprétation aux équipes métier qui connaissent leurs lieux de vente et leurs objectifs.
Nous analysons les flux de masse pour obtenir des retours statistiques et des métriques adaptées au point de vente, plutôt que des données sorties d’une étude très spécifique dans un lieu donné
précise Alexandre Boutillon.
Le déploiement commence par un pilote sur un magasin test, qui permet de valider la solution et de préparer l’organisation interne du client. Cette phase demande souvent de créer des services data ou de former des experts capables d’exploiter les nouvelles informations. Une fois le pilote validé, la mise à l’échelle s’opère sur l’ensemble du réseau. XXII travaille avec des enseignes de toutes tailles : Carrefour pour l’optimisation des parcours clients et des interactions vendeurs, Iris Galerie avec sa centaine de points de vente dans le monde.
L’interview complète d’Alexandre Boutillon sur le salon :
Metreecs : IA prédictive pour l’optimisation des stocks
Thibaut Pellegrin a expérimenté les limites des méthodes de prévision classiques lorsqu’il a cofondé Valespir, une entreprise de maroquinerie en cuir de pommes. En échangeant avec des professionnels du secteur, il a constaté que beaucoup d’entreprises utilisent des modèles statistiques simples : elles regardent l’année précédente et appliquent un pourcentage d’augmentation uniforme. Cette méthode ignore la fin de vie des produits, la saisonnalité, les tendances externes ou les ruptures de stock passées.
Réduire les surstocks et diminuer les coûts
Metreecs, une startup franco américaine très en vue, confondée par Thibaut, propose une solution d’anticipation de la demande basée sur l’IA. L’objectif est double : réduire le surstock pour diminuer les coûts, et réduire les ruptures pour augmenter le chiffre d’affaires. L’innovation consiste à prévoir au niveau le plus fin possible, c’est-à-dire par SKU (Stock Keeping Unit ou gestion d’unité des stocks) et par magasin. Cette granularité permet à chaque point de vente d’avoir un assortiment adapté à sa réalité locale.
Tous nos clients doivent prévoir de petites quantités sur les magasins et se baser sur un réseau de distribution très complexe. La grande nouveauté avec Metreecs, c’est la capacité de prévoir au niveau SKU, magasin, ce qui permet d’avoir un assortiment juste
explique Thibaut Pellegrin. Les modèles de machine learning intègrent désormais beaucoup plus de facteurs qu’avant : météo pour le retail physique, tendances de recherche Google pour l’e-commerce, événements locaux, historique détaillé des ruptures de stock.
1 million de CA supplémentaire en un an
Les résultats chez Les Néréides, client historique de Metreecs, illustrent le potentiel de la solution : la reconstitution des ruptures sur les produits permanents a généré plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire en un an. Un produit performant qui a manqué dans de nombreux magasins représente un manque à gag
Copywriting et IA : entre disruption et humanité
2025/11/20
L’ère de l’IA générative a bouleversé de nombreux métiers, et le copywriting figure en première ligne de cette transformation. Entre enthousiasme initial et désillusion, où se situe la vérité ? Sélim Niederhoffer est l’auteur du best-seller Le guide du copywriting vendu à plus de 15 000 exemplaires. Eyrolles vient de publier une nouvelle édition enrichie de cet ouvrage avec 80 pages inédites. Fort des questions de centaines de copywriters formés depuis 2021, le livre offre un regard lucide sur l’avenir du copywriting à l’ère de l’IA. Lors d’un webinaire organisé par Visionary Marketing, il a exploré la réalité du métier face aux outils génératifs. Il y a détaillé les nouvelles compétences requises et la valeur irremplaçable de la créativité humaine malgré l’automatisation. Voici un résumé commenté de ce webinaire que vous pourrez découvrir en intégralité sur notre chaîne vidéo ou en podcast.
Copywriting et IA : entre disruption et humanité
Le copywriting et l’IA, une relation à la « je t’aime, moi non plus ». Sur fond de disruption et de résistance de l’humanité.
image produite avec Midjourney
Un best-seller qui se réinvente pour 2025
Le succès du Guide du copywriting ne doit rien au hasard. Avec près de 500 commentaires sur Amazon et des dizaines de milliers de lecteurs conquis, l’ouvrage s’est imposé comme la référence francophone sur le sujet. Sélim Niederhoffer identifie trois facteurs clés de ce succès. D’abord, la qualité intrinsèque du contenu, saluée massivement par les lecteurs. Ensuite, un timing parfait. La sortie en mars 2021, en plein troisième confinement, alors que de nombreux professionnels aspiraient à se reconvertir. Par ailleurs, le marché français ne proposait aucune véritable référence récente en librairie. Enfin, une approche pédagogique unique où chaque chapitre constitue une méthode concrète applicable immédiatement.
Pour cette édition 2025, l’auteur a mené un travail de fond considérable. Il confie avoir d’abord relu intégralement la première version. Cela lui a permis d’éliminer ce qui n’était plus pertinent dans le contexte actuel.
Par ailleurs, le livre s’est enrichi de 80 pages nouvelles intégrant cinq années de pratique professionnelle intensive. Parmi les ajouts majeurs figure naturellement un chapitre consacré à l’intelligence artificielle. À cela on ajoutera le copywriting des réseaux sociaux, et un approfondissement sur comportements consommateurs et parcours d’achat. Il reconnaît avoir sous-estimé ce dernier critère en 2021.
Selon Sélim Niederhoffer, malgré l’entrée dans une ère de l’automatisation avec l’IA générative, le copywriting reste une affaire d’humains. Illustration produite avec Midjourney
La philosophie du partage à l’ère numérique
Une décision éditoriale important mérite qu’on y prête attention. Sélim a choisi de révéler l’architecture idéale pour une page produit qu’il enseignait jusqu’alors uniquement dans ses formations payantes. Cette approche suscite naturellement l’interrogation : pourquoi offrir ce qui constituait un avantage concurrentiel ? Sa réponse traduit une vision profondément démocratique de la connaissance. Il explique adopter une approche républicaine du savoir. Il souhaite que chacun puisse accéder aux ressources nécessaires pour lancer son activité. Particulièrement ceux qui, comme lui autrefois, ne viennent pas d’un milieu familiarisé avec le langage du business.
Cette philosophie du partage s’inscrit dans une réflexion plus large sur la circulation des idées. Sélim Niederhoffer n’ignore pas que son ouvrage fait l’objet de piratage sur diverses plateformes illégales, mais refuse de s’en offusquer. Il y voit une forme de validation et se souvient avoir, à ses débuts, eu recours au téléchargement illégal de musique par manque de moyens, avant d’investir massivement dans des places de concert. Cette réciprocité différée lui semble incarner l’essence même des échanges humains. Il fait référence au concept anthropologique du don et du contre-don. Celui-ci a été théorisé par Marcel Mauss dès 1905, rappelant que ces mécaniques psychologiques transcendent les époques.
Pour Marcel Mauss le don/contre-don est une forme de contrat social, basé sur la réciprocité, pour appartenir à une société. Mais le don/contre-don a aussi une logique économique (laquelle est loin d’être uniquement basée sur l’utilitarisme)
SI & Management (Pr Bernard FALLERY)
Selon Sélim, « un jeune de 20 ans qui pirate aujourd’hui son livre pourrait devenir un collaborateur dans dix ans ». Pour lui, la valeur réside moins dans le contrôle que dans la dissémination des connaissances. Pour corroborer ses dires, nous avons cité l’exemple emblématique de Seth Godin. Celui-ci, en 1999, offrit gratuitement son livre Unleashing the Ideavirus. Pourtant il sa version commerciale resta au sommet des ventes Amazon pendant cinq années consécutives. Ce livre est toujours disponible gratuitement sur le site de Visionary Marketing, et cela vous donnera peut-être l’envie de l’acheter.
L’irruption de l’IA : entre vertige et adaptation
L’arrivée de ChatGPT et des intelligences artificielles génératives a provoqué une onde de choc dans l’écosystème du copywriting. Sélim Niederhoffer décrit avec franchise ce parcours émotionnel collectif. D’abord le vertige face à un outil générant du texte à une vitesse surhumaine, puis une réelle inquiétude professionnelle. Celle-ci s’est matérialisée par une baisse de 30% des missions disponibles sur les plateformes de free-lance. Cette statistique, que nous n’avons pas pu confirmer formellement semble cependant en phase avec nos observations du terrain. Du moins dans certains secteurs comme la conception, le design et le marketing. Ceci tendrait à montrer, l’impact des nouvelles avancées technologiques sur certains pans du marché du travail indépendant.
Après les mots magiques, le copywriting pour vendre mieux, le best-seller de Sélim Niederhoffer
Pourtant, après ce moment de flottement, une troisième phase s’est dessinée : l’apprentissage d’une utilisation intelligente de ces outils. Niederhoffer partage sa méthodologie personnelle qui illustre parfaitement cette complémentarité homme-machine. Il commence toujours par un travail de conception analogique, stylo et papier en main, élaborant son plan, structurant ses idées, définissant sa stratégie. Ce n’est qu’ensuite qu’il sollicite l’IA comme un « sparring partner créatif », lui demandant d’améliorer une accroche (« hook »), de raccourcir une formulation, d’ajouter du rythme ou de la musicalité à un passage.
La conception stratégique : l’irremplaçable humain
À l’inverse du vocable de copywriting, son équivalent français de concepteur-rédacteur révèle une vérité fondamentale souvent occultée dans les débats sur l’automatisation : avant la rédaction vient la conception. L’idée, la stratégie, le positionnement créatif ne peuvent émerger ex nihilo d’une IA.
Sélim insiste sur ce point crucial : seul l’humain peut poser les bonnes questions, celles qui permettront à l’intelligence artificielle de générer des réponses pertinentes. Sans maîtrise de concepts fondamentaux comme la pyramide de Maslow, les Life Force 8 de Drew Eric Whitman, ou le SONCAS (ou SONCASE si on y ajoute l’environnement) sur les motivations d’achat, impossible de solliciter efficacement l’IA.
Cette réalité se résume dans l’adage américain qu’il cite : « You don’t know what you don’t know » – on ne sait pas ce qu’on ne sait pas. On aurait pu citer Socrate également, les vérités les plus profondes sont souvent éternelles.
Ainsi, un utilisateur qui ignore l’existence du SONCAS ne peut demander à ChatGPT de construire une séquence d’emails respectant chaque élément de cette grille d’analyse. La formation, loin de perdre sa pertinence, devient au contraire le socle indispensable pour tirer parti de ces outils. D’ailleurs, Sélim constate que tous ses clients du CAC 40 lui demandent désormais d’intégrer la maîtrise de l’IA à ses formations en copywriting, preuve que les grandes organisations reconnaissent l’importance de cette complémentarité.
La valeur ajoutée du copywriter face au client
Une question légitime se pose néanmoins : si le client ne connaît ni la pyramide de Maslow ni le SONCAS, pourquoi paierait-il pour une expertise dont il ne perçoit pas la valeur ?
Sélim Niederhoffer reconnaît la complexité de cet enjeu commercial. La situation varie considérablement selon la maturité du client. Un jeune entrepreneur lancé dans le dropshipping, armé de tutoriels YouTube sur l’automatisation et d’outils low-code comme Lovable pour créer son site Shopify, ne se posera pas immédiatement la question de la qualité éditoriale. Son point focal restera le retour sur investissement à court ou très court terme.
En revanche, deux barrières psychologiques persistent chez tout client potentiel, même armé d’IA. Premièrement, l’incertitude quant à ses propres capacités : il doute de savoir évaluer la qualité de ce que produit ChatGPT et préfère s’en remettre à un professionnel de l’écriture et de la communication. Deuxièmement, et peut-être plus déterminant, le manque d’envie ou de temps. Même avec l’IA qui facilite grandement le processus, créer du contenu de qualité demeure chronophage et exigeant. Ces deux facteurs garantissent la pérennité du métier, même si le volume global de missions diminue structurellement.
Le texte survivra-t-il à la dictature de l’image ?
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